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lundi 4 décembre 2017

Macron, Mbembé, Sarr et Tsimi

Le premier et récent voyage éclair en Afrique (quelque trois jours au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Ghana) du président français Emmanuel Macron comporta, juste avant son discours à Ouagadougou (Burkina Faso), une réaction écrite co-signée par Achille Mbembé (historien et philosophe politique camerounais, auteur de Critique de la raison nègre) et Felwine Sarr (économiste et musicien sénégalais), publiée par Le Monde le 27 novembre.
Cet appel entraîna, à son tour, le lendemain, l'acide réponse de Charles Tsimi (de race curieuse, athée de conviction, diplômé en Sciences Politiques) sur son blog hébergé par Mediapart.
J'ai le plaisir de vous copier-coller les deux textes en question afin que vous puissiez peser et penser ce contraste...

« Africains, il n’y a rien à attendre de la France que nous ne puissions nous offrir à nous-mêmes ! »

Avant le discours du président Macron à Ouagadougou, les philosophes Achille Mbembé et Felwine Sarr estiment que la France reste un problème pour le continent.

Tout d'abord, lecteurs de Mediapart, il faut savoir qu'il y a le Monde et le Tiers-Monde. Il y a l'ONU et  la Communauté internationale. Il y a lemonde.fr et lemonde.fr/afrique. A ne pas confondre. Certes, il s'agit du même groupe, mais comme indiqué, ce n'est pas le même monde, enfin si, mais disons qu'ils ont jugé là-bas, que l'Afrique avait besoin d'un peu d'intimité. Ou alors, c'est simplement qu'il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes. L'un est effectivement destiné au Monde, on y parle de Trump, du CETA, des Rohingyas, de l'Union Européenne, du Qatar, de Daesh, des choses sérieuses quoi! et l'autre est destiné à l'Afrique. Unique continent qui bénéficie, de la part du grand groupe de presse, de cette attention délicate. 
Les mauvais esprits croiront qu'il s'agit d'un apartheid,  ou tout au moins, d'une discrimination POSITIVE. Personnellement, je crois que le Monde est un journal qui aime l'Afrique. C'est de notoriété publique. La Francophonie c'est sacré! Et quand on aime, on le prouve. C'est fait. 
Sur lemonde.fr/afrique donc, la parole est régulièrement donnée à certains intellectuels "africains", lesquels s'amusent  à parler, à penser au nom des "africains", pour les "africains" aux officiels du Monde, de l'Occident. Parmi ces intellectuels, figurent deux noms désormais célèbres, deux pourvoyeurs attitrés de la "pensée africaine", deux diseurs de ce qu'il faut faire, deux prescripteurs, deux censeurs, deux archevêques, deux think-thankers, deux compagnons: l'historien camerounais Achille Mbembe et l'économiste sénégalais Felwine Sarr. Ils dirigent  l'un et l'autre Les Ateliers de la pensée de Dakar, une sorte de kermesse intellectuelle qui réunit les Afro-consort éparpillés dans le monde.

Felwine Sarr et Achille Mbembe: les doux panseurs 
Ils ont donc publié, à l'occasion de la visite du président Emmanuel Macron en Afrique, une tribune: Africains, il n’y a rien à attendre de la France que nous ne puissions nous offrir à nous-mêmes !  sur le site lemonde.fr/Afrique. Bien! 
Vu les auteurs, en vérité, j'aurais pu ne pas lire l'article. Mais, comme j'ai été apostrophé par un vocable des plus insignifiants :"Africains,"....il me fallait, au moins par curiosité imbécile, lire la suite : "il n’y a rien à attendre de la France que nous ne puissions nous offrir à nous-mêmes ! ".  Leur histoire a commencé très mal, très très mal, me suis-je dit. Qui attend quoi de la France? Les africains ? Qu'est-ce cette manière d’infantiliser, d'essentialiser des millions de Femmes, d'Hommes ? Ma pauvre mère, retraitée, ne connait pas ces deux messieurs, et elle  n'attend et n'a jamais rien attendu de la France, et des gens comme elles sont légions en Afrique, alors un peu de considération chers messieurs, pour ces anonymes légions qui ne vous ont pas sonnés. La fin de ce début de titre catastrophique : "...que nous ne puissions nous offrir à nous-mêmes!". Bref.... le titre de l'article m'a paru, très vite abscons et con, hélas, j'ai quand même décidé de poursuivre ma lecture. 
J'ai lu la tribune, sans émotion particulière, sans interrogation subite....je m'ennuyais presque. A un moment donné, des mots, des bouts de phrases, quelques arguments ont commencé à m'agacer terriblement. Je ne comprenais pas comment deux têtes aussi illustres pouvaient se complaire dans une pensée aussi molle, futile, et s'octroyer le beau rôle de m'interpeller moi, africain, de la "nouvelle génération". 
Ne pouvant  commenter tout l'article, car je le fais à titre gratuit, je vais juste m'attaquer à quelques arguments, bouts de phrases, paragraphes, éminemment ridicules de nos deux panseurs africains.  Que disent-ils: 
-  "Dans la poursuite de ses intérêts en Afrique, la France a, depuis l’époque coloniale, clairement choisi ses alliés locaux. En règle générale, il s’agit non pas des peuples eux-mêmes ou encore des sociétés civiles, mais de potentats souvent cruels et sanguinaires. Entourés d’une caste servile déterminée à se reproduire indéfiniment au pouvoir, il s’agit, dans la plupart des cas, de tyrans disposés à traiter les leurs comme des captifs de guerre"
L'Histoire n'est pas avare de potentats cruels et sanguinaires, de véritables tyrans. ça ne sert à rien d'affubler l'Afrique de mots extravagants, alors que celle-ci souffre déjà, simplement, pour ce qu'elle est. Des dirigeants qu'on peut faire et défaire depuis l'étranger, des dirigeants que de petites associations étrangères peuvent poursuivre en justice, des dirigeants dont on peut bloquer des comptes et saisir quelques biens à l'étranger, des dirigeants soumis aux "droits de l'homme" et à la "démocratie", des dirigeants qui ont peur de leur population ...hé bien, pour moi, c'est autre chose que des potentats (souverain absolu d'un grand Etat)
Il n'existe pas de potentats en Afrique (peut-être le Roi du Maroc, et encore!). Pourquoi utiliser donc ce mot qui ne rend compte de rien? Dans l'optique de bien se faire voir. Et cruels? La cruauté des dirigeants africains est surtout une cruauté de médiocrité, d'impuissance, de cupidité. Ils ne sont pas cruels au sens des grands massacres qui jonchent l'Histoire... l'Afrique compte les dirigeants les moins criminels de toute l'Histoire de l'humanité. Ils sont ceux qui ont le moins massacré leurs peuples, et les peuples étrangers. Ce qui ne veut pas dire qu'ils sont les plus vertueux, ni que cela constitue un mérite particulier. C'est simplement un fait qui peut se comprendre trop aisément:  moins criminels, car  moins puissants, moins conquérants. Si les conditions  étaient réunies, ils auraient été, sans nul doute, aussi cruels que Caligula, Bismarck, Napoléon, Léopold II, Ferry, Pol-Pot, De Gaulle, Bush, Sarkozy... je passe sur le cas d'Hitler et de Staline. Sanguinaires? Là aussi, on peut faire le décompte, et on verra qu'en litre de sang versé, les dirigeants africains sont de petits joueurs. Véritables tyrans? Archi faux! Ce sont surtout de médiocres tyrans. Là encore, on peut convoquer l'Histoire... Et la tyrannie, c'est autre chose que vivre au Cameroun, au Zimbabwe, en Angola. Je ne le dis pas parce que je suis défenseur d'un quelconque régime famélique en Afrique, bien au contraire, soucieux de bien nommer le mal qui mine ces pays, je refuse d'utiliser des mots qui se baladent d'une bouche à l'autre, sans qu'on ne cherche à comprendre ce qui se cache derrière, et pourquoi on l'utilise. 
- "L’un des procès les plus significatifs intentés contre la France par les nouvelles générations d’Africains est d’avoir lié son sort à celui de classes dirigeantes ..." 
 Qu'est ce que ce charabia? nouvelles générations d’Africains, une réalité trop imprécise et trop confuse. Cela dit, 41% de la population en Afrique a moins de 15 ans, et les jeunes de moins de 25 ans représentent 65% de la population. Ces jeunes sont très peu politisés, ils sont surtout confrontés aux problèmes d’accès à l’éducation, d’emploi et de soins de santé. Où est ce que nos deux panseurs ont vu "ces nouvelles générations qui intentent des procès significatifs à la "France"?  Ne confond-on pas ici les jeunes issus de l'immigration vivant à l'étranger,  et la "jeunesse africaine"? Il y a une différence spectaculaire entre la jeunesse urbaine de Douala (ou de Malabo, Abidjan...) et son rapport à la politique et la jeunesse africaine vivant à l'étranger. Tout comme il y a une différence entre la jeunesse urbaine de Douala et la jeunesse rurale de Mbandjock, au Cameroun. La jeunesse urbaine d'Abidjan et la jeunesse rurale de Côte d'Ivoire. Et les jeunes ruraux viennent, de plus en plus, dans les villes, non pour se liguer contre les pouvoirs en place ou contre la France, mais pour vivre plus confortablement. Ils échappent, à l'heure d'internet, à l'ennui des villages et regagnent nos étroites capitales, des pétaudières, pour se connecter avec le "monde". 
-"Ne pas se tromper de diagnostic signifie aussi ne point faire de la France le bouc émissaire de tant de malheurs que nous aurions pu éviter, mais que, plus que de coutume, nous nous auto-infligeons."  
C'est Achille Mbembe et Felwine Sarr qui font semblant de croire qu'il y a assez de gens stupides pour se tromper de diagnostic. Et qu'il faudrait leur bonne parole à eux, pour nous guider vers le droit chemin. Aucun parti politique en Afrique ne prospère sur la base d'un anti impérialisme. Contrairement en France, où on voit des hommes politiques jouer avec la corde de l’immigration par exemple, pour des raisons "démocratiques". Il n'y a pas une opinion dominante, en Afrique en tout cas, qui fait de la France un quelconque bouc-émissaire...Dans les marchés, les lieux populaires, les gens ne se mettent pas du matin au soir, sous le soleil, pour raconter que c'est à cause de la France qu'ils sont ce qu'ils sont. Dans les bars, ça ne cause pas esclavage, colonisation...
Au Cameroun, pays africain je rappelle, il y a quelques années, un activiste très anti français, André Blaise Essama vandalisait quelques sites qui portaient la trace de la présence française à l'époque coloniale. Ce dernier, aux yeux de l'opinion, avait plus l'air d'un fou que d'un activiste. Il n'était suivi, acclamé par personne. C'était une espèce de Kemi Séba, mais en plus authentique, qui n'intéressait personne... même pas mes camarades d'alors, en faculté de Sciences Juridiques et Politiques de Yaoundé II. Même pas par l'UPC, ce parti nationaliste qui a combattu les envahisseurs. 
- "Mais, par-dessus tout, les nouvelles générations ont pris conscience que les rapports franco-africains postcoloniaux reposent sur très peu de valeurs que la France et l’Afrique auraient en partage. Dans un contexte de tarissement des rentes de la circulation, cette vacuité morale et le défaut de légitimité qui s’ensuit expliquent, plus qu’on ne l’a laissé entendre, le recul de l’influence française en Afrique." 
Encore leur vague truc de "nouvelles générations". Et pour le reste, je ne comprends rien. 
- "Plus que leurs aînés, les jeunes Africains savent que la survie de l’Afrique ne dépend pas de la France, tout comme la survie de la France ne devrait guère dépendre de l’Afrique. Elles ont compris que le fait d’avoir eu, à un moment donné, un passé en commun ne nous condamne pas à envisager un futur ensemble, surtout si ce futur doit se construire à notre détriment.

Sur quoi repose de telles affirmations? Leurs aînés, c'est à dire Quelle génération? Les "nouvelles générations", celles qui représentent plus de la moitié du continent sont surtout à éduquer, à soigner. Depuis leurs écrans de télévision, leurs smartphones pour ceux qui en ont, leur ordinateur, la France veut surtout dire le bien-être. Ils constatent les conditions matérielles d'existence qui diffèrent.  Ces "nouvelles générations" contrairement à ce que prétendent nos deux prescripteurs, n'ont pas davantage compris ce qu'ils appellent passé en commun et futur ensemble, faute d'intellectuels présents avec eux. 
- "Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir à un moment où le processus de décolonisation de l’imaginaire africain est en phase d’accélération...."

Quels doux rêveurs! Quelle bêtise!  Le désir d'occident (voir Alain Badiou)  n'a jamais été aussi violent en Afrique et dans le monde. Partout les gens aspirent à vivre comme en Occident.  Et ce désir d'Occident est la preuve que s'il y a bel et bien un lieu qui est loin d'être en pleine décolonisation, c'est l'imaginaire.  Partout en Afrique on aspire à la "DEMOCRATIE" (notez les guillemets), une fascination extrêmement béate des élections de Macron ou de Trump. Là encore, c'est la preuve  que le processus de décolonisation de l'imaginaire est loin d'avoir commencé. Si nos deux faiseurs de tribune étaient assez dans le réel, ils se rendraient compte que l'élection française passionne en Afrique subsaharienne, plus que n'importe quel autre élection locale. 
N'appelle t-on pas déjà, au Cameroun, un candidat aux prochaines élections présidentielles en 2018, le Macron camerounais?  N'a t-on pas vu la jeune diaspora gabonaise supplier l'ultra démocrate François Hollande, pour qu'il aille chasser  Ali Bongo du pouvoir?  Il n'y a pas de processus de décolonisation de l'imaginaire entamé, c'est l'inverse, en sa phase d’accélération. 
- "Les structures fondamentales de cette décolonisation se donnent le mieux à voir dans la production artistique et esthétique et dans le renouveau de la pensée critique" 
N'importe quoi! Production artistique? Intéressons-nous donc à cette production. Prenons la musique urbaine. Au Nigéria, au Cameroun, et en Côte d'Ivoire....elle n'est rien d'autres que la reproduction tiers-mondisée de ce qui se passe aux USA. Il suffit de regarder les clips. Les techniques utilisées. L'habillement. On parle Cinéma? Théâtre? Arts vivants? Littérature? Achille Mbembe et bien d'autres écrivains noirs, si ils sont connus et jouissent d'une réputation en Afrique, c'est grâce à la France ou disons à l'Occident. La majeur partie des
grands intellectuels et des
grands écrivains africains re-connus en Afrique le sont parce qu'ils ont été proclamés comme tel depuis les instances européennes. Il n'y a pas d'écrivains publiés au Cameroun dont la popularité dépasse le seul cadre de sa famille ou de son village. J'exclus les quelques oeuvres au programme scolaire. 
Quant au renouveau de la pensée critique, franchement, quelle imposture! Là encore, je demande à nos deux savants de faire le tour des universités en Afrique subsaharienne, de regarder le niveau de la recherche...et de nous dire s'il y a de quoi bomber le torse. Renouveau ? mais où? Quelles sont donc les revues scientifiques africaines qui bousculent le monde du savoir? 
- "Les arts du XXIe siècle seront africains" 
Tel est le titre d'un de leurs paragraphes. Alors qu'ils énoncent des conneries, rappelons à nos tranquilles intellectuels que, pendant que l'on vendait des migrants à 400 euros la pièce, en plein XXIe siècle, un tableau de la Renaissance, Salvator Mundi de Léonard De Vinci, s'est vendu à 450 millions de dollars à New York. 
Que dire par ailleurs de la production artistique et de la création esthétique ? Puisque les arts du XXIe siècle seront africains, comment ne pas s’en servir pour faire éclore , ensemble, de nouvelles virtualités ? 
On ne sait pas toujours, pourquoi et à partir de quoi ces messieurs déclarent que les arts du XXIe siècle seront africains...les chinois ne sont pas créatifs j'imagine, et les argentins des bons à rien, et les iraniens trop nuclérairés pour briller dans l'art, et les turcs pas assez démocrates pour inventer.... D'où ça leur sort que l'Afrique serait au XXIe siècle le continent par excellence de l'art?  "comment ne pas s’en servir pour faire éclore , ensemble, de nouvelles virtualités ?"...Se servir de quoi exactement? ce qui n'existe pas encore? Quelles virtualités? bref....pathétique! 
- "La réinvention des rapports entre la France et l’Afrique n’a de sens que si ces rapports contribuent à une nouvelle imagination du monde et de la planète. La grande question philosophique, esthétique et culturelle, mais aussi politique et économique du siècle en cours est celle de la mutualité, de la mobilité et de la circulation." 
Tout porte à croire qu'avec les Etats-Unis, avec la Chine, le Japon, l'Inde, la Russie...l'Afrique a d'excellents rapports. Ne reste plus que la France.  En outre, cette histoire de nouvelle imagination du monde et de la planète est assez risible. On est dans un monde capitaliste. Qu'ils continuent d'imaginer.... Et puis, la réinvention, ça tombe du ciel? ou alors, sont-ils vraiment convaincus qu'à la suite des élections libres et transparentes en Afrique, ils auront ce "nouveau monde et cette nouvelle planète"?  N'est-ce pas d'une naïveté proche de l'ignorance?  
Ils disent, ils osent dire: La grande question philosophique, esthétique et culturelle, mais aussi politique et économique du siècle en cours est celle de la mutualité, de la mobilité et de la circulation. Alors qu'on sait depuis peu que Le patrimoine cumulé des 1 % les plus riches du monde a dépassé l’an dernier celui des 99 % restants.  Alors qu'on vit tous les jours l'expérience d'un monde cruellement injuste et inégalitaire, alors que l'Afrique piétine et reste le théâtre d'affrontements étrangers, alors que des populations entières vivent de l'aide humanitaire, nos deux Africains déclarent que LA GRANDE QUESTION PHILOSOPHIQUE...est celle de la mutualité. La mobilité. La circulation. LA GRANDE QUESTION ESTHÉTIQUE... POLITIQUE... LA GRANDE QUESTION ECONOMIQUE... CULTURELLE.  Quelle médiocrité! 
Mutualité. Mobilité. Circulation ne sont pas de grandes questions.....Elles n'ont strictement rien de politique. Et d'ailleurs, ce monde-ci est déjà mutuel, mobile et circulaire. A moins donc, de vouloir, aller plus ou moins loin, se poser la question de la mutualité, la mobilité, la circulation est sans intérêt. 
- "Réinventer la relation avec l’ex-puissance coloniale exige de remplacer le colonialisme par de nouveaux rapports de mutualité, de réciprocité et d’égalité." Qui réinvente? Les Etats? a t-on déjà vu les Etats réinventer quoi que ce soit si ce n'est leurs intérêts nationaux? Alors balancer comme réinventer la relation ...n'a pas de sens. Cette réinvention n'aura pas lieu. Parce que l'Histoire politique est une histoire de rapports de force, de luttes, de conquêtes. Ce n'est pas deux démocrates qui vont aller se mettre à table et  convenir, parce que ayant lu Mbembe et Felwine, que le colonialisme c'est pas bon, place donc à l'égalité, à la réciprocité. 
- "Au-delà des jeux de puissance, la seule discussion d’avenir avec la France, le seul débat philosophique digne d’intérêt avec ce pays qui a significativement contribué à la vie de l’esprit, c’est celui-là : comment assurer la durabilité de ce monde, le seul que nous avons en partage." 
Ces deux naïfs parlent comme si l'Afrique était un pays. Ils font comme si l'avènement d'une unité politique du continent était une affaire de claquement de doigts. Ils affirment arrogamment: "la seule discussion d’avenir avec la France, le seul débat philosophique digne d’intérêt avec ce pays qui a significativement contribué à la vie de l’esprit, c’est celui-là : comment assurer la durabilité de ce monde, le seul que nous avons en partage". C'est donc ça? Assurer la durabilité de ce monde...Le monde est très bien comme il est. Il faut simplement "assurer" qu'il dure toujours comme il est. 
L'historien et l'économiste veulent une chose et son contraire. Ils veulent imaginer un nouveau monde, et en même temps ils veulent "assurer" à "ce monde" une durabilité. A quoi renvoie "ce monde" si ce n'est le monde capitaliste régit par les intérêts, l'exploitation, les guerres? Ou alors, ils sont en train de nous dire que la seule discussion qui vaut le coup avec la France est celle de l'écologie? C'est du n'importe quoi. Après nous avoir posé leur GRANDE QUESTION PHILOSOPHIQUE de l'année, ils nous imposent la SEULE DISCUSSION d'AVENIR: durabilité. Pendant ce temps, 100 congolais peuvent mourir dans le silence complet de la communauté internationale et quand un français meurt, c'est l'humanité entière qui pleure. 
Comment peuvent-ils, au vu des conditions d'existence des millions d'Africains, dire que la seule discussion possible est "d'assurer". Et pourquoi se limitent-ils à la France? On croyait pourtant qu'ils étaient fraîchement et impeccablement décolonisés. 
- "Cette durabilité exige la redistribution la plus équitable possible du droit universel à la mobilité et à la circulation". 
J'avoue, en lisant ceci, j'ai éprouvé un peu de la colère. De mépris.  Est-ce pour ça que ces messieurs ont interpellé les Africains? Un monde juste repose t-il d'abord et fondamentalement sur la mobilité et la circulation? Qu'est ce que cette histoire de mobilité et de circulation dans ce qui se passe actuellement au Soudan, en Somalie, en Érythrée, au Somaliland, au Swaziland?  Ignore t-on sur quoi repose le privilège de ceux qui, aujourd'hui peuvent tranquillement circuler dans la surface du globe?   Va t-on dans un monde aussi horriblement gouverné par l'argent commencer à réfléchir sagement sur le droit universel à la mobilité, à la circulation, et donc à se porter soi même en esclavage, pour ceux qui n'ont rien et qui croiront aller trouver ailleurs quelque chose. 
- "Cette politique de la circulation planétaire, il nous revient d’en imaginer les fondements éthiques, à l’heure où le rêve d’apartheid semble s’être à nouveau emparé du monde." 
Pur charabia. Quelle pensée maigrichonne! Lorsque Marx demandait aux prolétaires de tous les pays de s'unir, il n'exigeait pas au préalable un droit universel de la circulation. Il existe déjà un droit universel à la santé, à l'éducation....et pourtant! Alors un droit universel de la circulation, c'est aussi imbécile que la fermeture des frontières. Car, dans un cas, comme dans l'autre, l'Homme circule... depuis ses origines. Et il y a une circulation qui doit nous interpeller, celle des migrants. Et ce qu'elle révèle, ce n'est pas tant qu'il nous faut un droit d'aller et venir, c'est surtout que le monde se résume un peu à l'Occident. Qu'un blanc c'est pas tout à fait un noir... Qu'un riche c'est pas tout à fait comme un pauvre... Qu'un anglais c'est pas comme un nigérian. 
La question de l'égalité est la question de l'Humanité par excellence. Il faut travailler à son avènement, de façon explicite et déterminée, ou sinon on travaille contre-elle, comme nos deux pauvres savants.

samedi 16 février 2013

Images du passé en Afrique de l'Ouest -toujours d'actualité

Images du passé en Afrique de l'Ouest est un site que l'on peut recommander pas tellement pour l'amour des cocardes (1) mais plutôt parce qu'il archive et propose bon nombre de clichés et d'explications concernant les anciennes colonies africaines de la France.
Ce fonds historique est recueilli par Olivier Blot, journaliste et rédacteur scientifique spécialisé en Études africaines. C'est un véritable musée contenant à ce jour 1109 images, une touffue étagère de livres "africanistes" et beaucoup de gloses :
Le site "Images du passé en Afrique de l'Ouest" présente des centaines de cartes postales anciennes et photos d'époque du Sénégal, du Soudan français, de Guinée, de Haute-Volta,  de Côte d’Ivoire, du Togo, du Dahomey, de Gold Coast, du Niger, du Tchad et du Cameroun. Les images sont accompagnées de leurs légendes originales et, quand c'est possible, de commentaires sur leur contexte historique ou de références littéraires sur le sujet. Vous pouvez contribuer à l'enrichissement du site en communiquant des images, des données historiques ou des connaissances vécues ou transmises.
Profitez de ce voyage visuel dans le temps et dans l'espace. Néanmoins, pour éviter la cocardise (ah, ce coq-ardeur patriote-hard qui pousse à coq-hard-er !), il n'est peut-être pas superflu de se rappeler que les clichés peuvent véhiculer maint cliché et que les gloses savantes peuvent banaliser ou innocenter maint chasseur-bombardier.


(1) Sur la page d'accueil, ce site montre l'Image du jour. La photo que l'on y voit ces jours-ci correspond à un avion survolant Gao, ville malienne située sur le fleuve Niger et ancienne capitale de l'Empire Songhaï. Sous la photo, on peut lire un commentaire. Le voilà :
A l’heure où chasseurs bombardiers partis de France et hélicoptères appuyant les troupes au sol sillonnent le ciel du nord Mali, il est intéressant de se souvenir de la présence ancienne des aviateurs français dans cette région. En effet, c’est à Gao que fut déployée en 1931 la 3ème escadrille de l’AOF -la première escadrille avait vu le jour à Thiès au Sénégal en 1924 et la seconde à Bamako en 1929. Ces unités étaient chacune composées de neuf appareils de type Potez 25 TOE (théâtre d’opération extérieure) sur leur base principale et de trois autres Potez 25 ou 29 sur leur base secondaire (celle de Gao étant située à Agadès). Le but de ces forces aériennes implantées sous les tropiques est la surveillance du territoire et l’appui aux troupes et aux groupes supplétifs en cas d’engagement. Elles effectuent également des missions postales, ainsi la 3ème escadrille va durablement assurer la liaison courrier entre Gao et Kano au Nigéria à partir de 1933. En outre, pour la troisième escadrille, qui est basée sur des espaces limitrophes de la Lybie,  il s’agit aussi de rappeler aux Italiens la souveraineté active de la France en « montrant ses cocardes » aux confins du Sahara. Pour insigne, qui sera peint sur le fuselage de ses avions, l’escadrille de Gao choisit l’image d’un guerrier touareg. Elle sera finalement dissoute en 1940. Sources : Richemond, S. « La troisième escadrille dans le ciel de Gao » dans Images et Mémoires n°31 et Carlier, Marc, La drôle de guerre au Sahara. Confins nigériens 1938-1940, ed. Karthala, Paris, 2006.
Au XIXe siècle, les puissances européennes ont quadrillé la carte de l'Afrique pour se la partager (se l'approprier) ; au XXIe siècle, elles n'arrêtent pas de quadriller ses terres à force d'escadrilles.

lundi 7 mars 2011

Mon Faso, webdocumentaire sur le Burkina Faso

Le 7 février, le collectif français Juste un peu flou annonçait la mise en ligne d'un webdocumentaire sur le Burkina Faso intitulé Mon faso et axé sur "6 portraits abordant chacun un sujet différent" (1). Il a été tourné en 2010 par Sylvain Pioutaz et Anaïs Dombret, deux membres de ce collectif réunissant de jeunes journalistes, photographes et vidéastes. Ils expliquent ainsi leur projet :

MonFaso donne la parole à plusieurs burkinabés, afin qu'ils nous racontent leur quotidien et leur vision du Burkina Faso. De la place des femmes à la liberté de la presse, chacun nous parle d'un aspect du pays, à travers son histoire. Un regard subjectif mais nécessaire pour comprendre la singularité d'un pays et de ses habitants.
À travers leurs mots, MonFaso souhaite faire découvrir ce pays d'Afrique de l'ouest, sur lequel les médias traditionnels se penchent assez rarement.

Ce qui est très exact : voilà pourquoi je suis ravi de contribuer à faire rebondir cette information. D'autant que les présentations disposent d'un bouton que vous pouvez cliquer pour afficher ou masquer des sous-titres en français, ce qui rend plus facile la tâche de la compréhension.
En ce qui concerne les auteurs de ce documentaire...

Anaïs Dombret est photographe, elle a travaillé comme pigiste pour différents journaux (La Croix, Paris Mômes). Ses travaux ont été exposé à Limoges (Empreintes, 2008), à Bercy Village (Photographie la nuit, 2008), ou encore au Paléo Festival de Nyon (Bosnie, 10 ans après, 2008). Visitez son site internet.
Sylvain Pioutaz est réalisateur, il a réalisé un court-métrage de fiction récompensé dans plusieurs festivals (Demain la veille, 2005). Il a également réalisé plusieurs documentaires sur des tournages de film, ainsi que des POM (2) (Marche Communarde en 2009, Une nuit avec le danseur en 2010). Visitez son site internet.

"Burkina Faso" est une expression bilingue (mooré dioula) qui veut dire pays ou patrie des hommes intègres, les Burkinabè. Quand j'étais enfant, un missionnaire vint à l'école où je faisais mon primaire nous parler de ses activités. Il nous expliqua qu'il cherchait à convertir des "negritos" dans une nation très lointaine qui s'appelait la Haute Volta, capitale Ouagadougou —nom qui nous épata profondément. C'était l'Espagne de Franco et nous avions entre six et huit ans.
La Haute Volta, ancienne colonie française grande comme la moitié de l'Espagne et contenant une soixantaine de langues, était devenue indépendante en 1960. Le nom de Burkina Faso ne fut adopté que le 4 août 1984.
Comme nous abordons ici le sujet du cinéma, je vous rappelle que la 22e édition du Festival (biennal) panafricain du Cinéma et de la Télévision s'est tenue à Ouagadougou du 26 février au 5 mars 2011. Il y avait sept catégories pour les films en compétition (long métrage, court  métrage, télé vidéo fiction, série télé vidéo, documentaire, diaspora et les  films des écoles africaines de cinéma) et cinq sections pour les hors compétition ("Panorama des  cinémas d’Afrique et des Caraïbes, "l’Afrique vue par", "Films du monde", "Séances  spéciales" et "Hommages"). Cliquez ici pour accéder au portail du FESPACO.
Palmarès du festival jusqu'à présent.
TV5Monde a préparé un fichier pdf pour l'occasion. Cliquez dessus pour mieux connaître le cinéma africain contemporain.


(1) Germain, photographe de quartier à Ouagadougou ; Ebou, femme au foyer à Boromo ; Sam's k, présentateur radio ; Hadiza Savadogo, étudiante en médecine ; Séri Youlou, formateur en maçonnerie ; et Adama, chef cavalier.
(2) Petite Œuvre Multimédia (acronyme POM ou POEM), appelée parfois Petit Objet Multimédia, est une réalisation vidéo ou flash qui associe photographe, réalisateur, webdesigner, créateur sonore et illustrateur. Si les webdocu en général vous intéressent, cliquez dessus pour accéder à un site francophone bien à propos.

mardi 2 février 2010

L'Afrique coloniale sur ARTE.tv

J'ai su, grâce au quotidien Le Monde (je vous colle presque l'info), que le site Arte.tv diffuse depuis fin janvier "Afrique : 50 ans d'indépendance", une série de web-documentaires sur les colonies d'Afrique coïncidant avec l'anniversaire de la déclaration d'indépendance de plusieurs pays de ce vaste continent. Première destination de ce voyage cofinancé par TV5 monde, la ville de Yaoundé, au Cameroun. Les membres du groupe de rap Ak Sang Grave, Reezbo et Eboo, nous accueillent sur le tarmac de l'aéroport et seront les guides privilégiés de cette visite locale d'une journée. Dans ce documentaire proposant différentes séquences vidéo, le duo propose un large itinéraire de la ville : à la rencontre de différentes générations camerounaises dans un bar populaire, un détour par leur quartier natal jusqu'au quartier chic des ambassades, devant le monument symbolique de la réunification franco-anglaise ou une banque de micro-crédit... Tout au long de l'année, cette série proposera un nouveau web-documentaire chaque mois à travers douze pays, dont la Côte d'Ivoire, le Tchad, le Burkina Faso, le Congo ou le Mali. Prochaine étape, le Sénégal.