Affichage des articles dont le libellé est Togo. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Togo. Afficher tous les articles

dimanche 19 mai 2019

On n'a cadoter sa biblio.web.thèque de bons dicos

Voici un peu de lexicographie. Elle va nous aider à comprendre, d'ailleurs, la variété lexicale de la 5e langue planétaire par le nombre de ses locuteurs, après le mandarin, l'anglais, le castillan et l'arabe.
Ma collègue Alicia a eu la gentillesse de nous rappeler l'existence du Journal des Idées, une émission radiophonique réalisée par son oncle Jacques Munier à Paris, sur France Culture, du lundi au vendredi, à 6h40. Merci beaucoup, chère Alicia.
Sa remarque est intervenue à la faveur de la diffusion d'une chronique qu'elle a trouvée particulièrement intéressante, celle du 16 mai, car elle portait sur la nouvelle édition du dictionnaire Le Petit Robert. Elle s'intitulait Ce que les mots nous disent :


La nouvelle édition du Petit Robert paraît aujourd’hui [16 mai]. Parmi les mots qui ont fait leur entrée dans le dictionnaire : infox, jober, et – pour ceux qui se réveillent – latte, un café nappé de mousse de lait chaud…
Jober nous vient de Belgique, il conviendra aux milléniaux – autre mot nouveau, désormais francisé – à l’heure où les embauches en CDI se raréfient et les petits jobs se multiplient. Dans sa présentation, Alain Rey évoque le mot infox, qui permet d’éviter l’américanisme fake news. « Dans infox, on entend fox », comme pour « nous méfier du renard qui nous ment ». Le lexique de la communication numérique est bien représenté parmi les entrants : scroller, de l’anglais scroll – rouleau, manuscrit – signifie « faire défiler un contenu sur un écran informatique ». N’en déplaise à ceux qui lui préfèreront le mot données, data est désormais intronisé dans le Petit Robert comme un vocable français, en version invariable ou au pluriel. Blockchain, cyberharcèlement, ou vidéoverbalisation aussi, lequel évoque un univers orwellien – nouvel entrant – pour désigner la verbalisation effectuée à l’aide de caméras de surveillance. La politique n’est pas en reste : démocrature, ou encore transpartisan – c’est d’actualité pour dépasser les clivages…
En lire/écouter plus.
Je viens donc d'écouter Ce que les mots nous disent —par ce temps de malversation de mots et de détournement de titres de presse, où l'on a vivement besoin d'émissions sur Ce que les mots nous camouflent ou sur La manière dont on nous abuse à grand renfort de mots totem : vous aurez remarqué qu'en Blablaland, les remèdes sont toujours pires que les mots ou qu'aux grands mots succèdent toujours les grandes (contre-)réformes de choc.
Quand, au milieu de sa lecture, Jacques Munier a prononcé le mot « cadeauter » (curiosité lexicale [qui] nous vient d'Afrique, dit-il), il m'a renvoyé mentalement à ce temps révolu de nos périssables existences (les années 1980) où Internet n'existait pas et qu'il fallait s'évertuer à dégoter quelques magazines étrangers dans les kiosques pour être au courant des infos internationales ainsi que de l'évolution des langues qu'on pouvait lire.
Parmi les magazines francophones que j'achetais à l'époque, il y avait, par exemple, Actuel, un mensuel très branché, très à la coule, qui publiait des articles comme celui très illustratif de Patrick Rambaud que je vous colle ci-dessous, avec des notes de mon cru comme aide à la compréhension. Petite machine à remonter le temps, il date de 1989, malgré son ras-le-bol des bras de fer :
Emoyé par la cuscute en cuissette, le vibreur trouve porte de bois. Mais il tient son bout ...

Vous avez compris ? Émoyé signifie ému au Nouveau Brunswick. À l'île Maurice, une cuscute est une personne plutôt entortilleuse. Les Suisses enfilent des cuissettes en guise de culottes de sport. Un vibreur est un Sénégalais qui sort beaucoup en boîte de nuit. Trouver porte de bois signifie pour un Belge que la porte est close. Enfin, en Louisiane[1], un homme qui tient son bout indique seulement qu'il persévère. C'est comme ça. Le français n'appartient pas seulement à la France mais aux deux cents millions de francophones qui le parlent aux quatre coins du monde. Tous inventent une langue moderne et vivante. Apprenez-la.

J'ai un mal de chien à suivre de bout en bout un journal télévisé ou à lire en entier un quotidien. En une semaine, pendant les grèves, j'ai relevé soixante-seize fois l'expression bras de fer (entre le gouvernement et les syndicats). L'expression est imagée, elle a de la gueule, mais sa répétition épuise. Il n'y a plus d'imagination dans le vocabulaire officiel. À force d'être répétés, les mots perdent leur sens et forment un discours soporifique. Bref, le français que nous subissons devient horriblement pauvre. Lorsque Mirabeau écrivait des textes licencieux, il avait à sa disposition une palette de mots sonores et concrets pour décrire par le détail l'émotion et la main au cul. C'est fini. À qui la faute ?
Il y a quinze ans, le grand écrivain Jacques Lacarrière traversait la France à pied, des Vosges aux Corbières. Ce voyage se termina en livre, Chemin faisant, qui eut un succès pour une fois très mérité. Aux étapes, dans les villages, dans les fermes, franchi l'obstacle de ces chiens hargneux que les marcheurs libres affrontent au détour d'un chemin creux, Lacarrière, philosophe nourri de grec, écoutait et lisait des brochures locales. Il a ainsi collectionné une tapée de ces mots usuels dont les dictionnaires ne rendent plus compte. Pourtant il ne s'agit pas de patois, mais d'un français enrichi par les saveurs locales. Des noms qui servent à décrire des choses quotidiennes, des noms pratiques, imagés, forts. Ils évoquent les montagnes, l'herbe, les saisons, les casseroles pendues dans la cuisine. Rien de savant là-dedans, rien d'emprunt hors frontières, juste des mots solidement plantés, avec des sonorités paysannes : bétoire[2], capitelle, fleurine, rindoul, varaigne[3]... Les haies, dans le Morvan[4], ce sont des bouchures, parce qu'elles bouchent peut-être la vue, et les passages dans ces murs de feuilles, ce sont des échalliers[5]. C'est du français que les académies oublient sottement.
En Haute-Savoie, la première fois que mon complice Burnier m'a demandé où j'avais mis la panosse, j'ai bien été obligé de prendre mine de parfait ahuri. Panosse[6], ça vient du latin pannus, qui signifie morceau d'étoffe, et cela représente simplement un chiffon propre qui sert à essuyer une table couverte de miettes. On s'y habitue vite. À Paris, quand j'ai demandé à mon boucher favori du rondin pour le pot-au-feu, il m'a demandé si j'étais savoyard. Le rondin, c'est du gîte. J'ai tendance à préférer rondin, plus proche de cette viande ronde.
Eh oui, mes bons amis, les mots ressemblent à la cuisine. Tenez: le pot-au-feu, ça n'existe pas. Rien qu'en France on en dénombre une centaine de sortes. À Toulon, c'est le revesset, on y flanque du rouget, du turbot, des épinards, des côtes de bettes. En Artois, c'est caudière, et le bouillon de boudin en Saintonge, le mourtayrol en Auvergne, la cotriade du Morbihan, le hochepot à la flamande, la potée berrichonne, la marmite albigeoise...(...)
Chez Belin, éditeur, il y a une collection intelligente, "Le français retrouvé". On y relève, au hasard du catalogue, des bouquins forcément sublimes: Les noms des villes et des villages, Les mots du vin et de l'ivresse, Les mots d'origine gourmande, Le français écorché, Les étymologies surprises. Toute une bibliothèque pour se faire plaisir. Là, sous mon nez, j'ai Les mots de la francophonie de Loïc Depecker: au Sénégal, en Algérie, à Saint-Vincent[7], à la Guadeloupe, au Vietnam, en Guyane, le français menacé reste vivace et inventif. Au Québec, on tombe en amour, au Bénin on se toilette, les Belges mal logés sont des taudisards et les demi-muets des taiseux. Au Liban, le polygame est un garde du corps...
On imagine bien que le français se modifie quand on le parle sous les tropiques ou dans les forêts du Canada. Dans les années soixante-dix, à Paris, on découvrait avec exaltation le cinéma du Québec. J'étais sorti tout ému d'une projection des Mâles de Gilles Carles. Les expressions, l'accent que nous connaissions encore mal, celui d'ailleurs de Louis XIV, du bourguignon filtré au Nouveau Monde, rajoutait une distance et de l'humour à une situation presque banale. Et puis ça a été l'invasion des films québécois, jusqu'à Denys Arcand, jusqu'au patois sous-titré[8]. Pourtant, ô savants lecteurs et joyeuses lectrices, les Canadiens français nous donnent une sacrée leçon. Plus menacés que nous par l'américain courant, qui n'est même pas de l'anglais, ils se défendent en enrichissant leur langue. Ils ne disent pas hot-dog comme nous, mais carrément chien-chaud, les flippers deviennent des machines à boule. D'autres francophones nous donnent la même leçon: en belge, une antisèche est un copion, au Cameroun la femme facile est une tu-viens, au Sénégal le sandwich est un pain-chargé, en Louisiane le chewing-gum est une chique de gomme et, au Niger, on ne bat pas un record mais on le casse. J'aime bien cette vigueur. Un traversier, c'est plus joli qu'un ferry-boat.
Les francophones, plus de cent [deux cents, j'imagine] millions parsemés dans le monde, abrègent, transforment, détournent, empruntent, améliorent. Au Canada, une expression anglaise, to talk through one's hat, devient parler à travers son chapeau : dire des bêtises. Bien sûr, quand un Suisse vous dit: « Je péclote », il y a intérêt à traduire par "je ne vais pas bien", et il faut savoir qu'au Québec une personne exceptionnelle est un handicapé[9]. Et qu'un pikafro, au Mali, est un peigne. Parfois, les sonorités vous abusent. Si un Zaïrois vous explique qu'il a zondomisé son voisin, ne poussez pas de cris affreux: le mot vient de Zondomio, un président de l'Assemblée nationale qui mourut, dit-on, empoisonné. Zondomiser, c'est éliminer un rival de façon musclée[10].
La plupart du temps on comprend sans avoir besoin de traduire. On saisit plutôt bien que des cuissettes, en Suisse, sont des shorts, et qu'un digaule, au Bénin, désigne un homme grand de taille, comme de Gaulle: « Elle est toute menue, et elle sort avec un digaule ».
Les francophones nous mitonnent une nouvelle littérature française, loin des grands débats d'école (...) Relisez les pages bariolées, volcaniques, touffues, toutes entières consacrées aux odeurs des corps, ou au goût d'une peau, du splendide Espace d'un cillement du Haïtien Jacques Stephen Alexis, ou encore les textes pétris de créole et de leitmotiv, à la manière des écrivains latino-américains de l'Antillais Baghio'o, pour vous persuader que ce français-là invente une littérature truculente et belle. (...) Dans des cafés bien parigots, j'ai entendu des Ivoiriens dire « Tu me sciences » pour tu me plais, « poudre de démarreur » pour aphrodisiaque. Un Sénégalais crie « Arrête de dallaser » pour critiquer les frimeurs (du feuilleton « Dallas »), un Zaïrois affirme que « c'est jazz » pour dire « c'est faux », et un Togolais parle de « cadeauter », devinez pour quoi...

Patrick Rambaud.
ACTUEL  Février 1989.

[1] Pour mieux connaître la réalité et les parlers cadjins, voir Mots de Louisiane et Cadjins et Créoles en Louisiane, de Patrick Griolet. Un grand pas vers le bon Dieu, roman de Jean Vautrin, en est une illustration intéressante.
[2] Aven.
[3] Ouverture par laquelle l'eau de mer entre dans un marais salant.
[4] En Bourgogne.
[5] Sorte d'échelles permettant de franchir une haie.
[6] Cf. le castillan tauromachique pañosa.
[7] La Dominique, Sainte-Lucie, La Grenade, St-Vincent : Windward Islands, des îles anglophones situées entre la Guadeloupe et Tobago; elles ont toutes accédé à l'indépendance après avoir été sous souveraineté britannique.
[8] Le mot joual est employé au Québec pour désigner globalement les traits (écarts selon les puristes) du français populaire canadien.
[9]...ou que les gosses sont les couilles...
[10] Rambaud, trouve-t-il la sodomie affreuse au point de lui préférer l'élimination musclée de quelqu'un ?
C'est donc à la fin de ce texte que je relus le verbe « cadeauter », dérivé de « cadeau », que j'avais trouvé quelques années auparavant chez Flaubert sous une autre variante graphique :
Cependant, Hussonnet, accroupi aux pieds de la Femme-Sauvage, braillait d'une voix enrouée, pour imiter l'acteur Grassot :
—Ne sois pas cruelle, ô Celuta ! cette petite fête de famille est charmante ! Enivrez-moi de voluptés, mes amours ! Folichonnons ! folichonnons !
Et il se mit à baiser les femmes sur l'épaule. Elles tressaillaient, piquées par ses moustaches ; puis il imagina de casser contre sa tête une assiette, en la heurtant d'un petit coup. D'autres l'imitèrent ; les morceaux de faïence volaient comme des ardoises par un grand vent, et la Débardeuse s'écria :
—Ne vous gênez pas ! Ça ne coûte rien ! Le bourgeois qui en fabrique nous en cadote !

Gustave Flaubert : L'Éducation sentimentale, 1869
(p. 145 de l'édition de Folio imprimée en 1979).
Dans la nouvelle édition augmentée de son Dictionnaire historique de la Langue Française (octobre 2016), Alain Rey date en 1844 le premier usage repéré de ce verbe en principe transitif :
CADEAUTER v. tr. (1844) « gratifier qqn de qqch. », d'usage rare et familier en dehors de l'Afrique où il est normal et courant pour « donner en prime, en supplément ». On trouve les variantes graphiques cadoter, cadotter chez Flaubert.
Voici les précisions du CNRTL (Centre national de Ressources textuelles et lexicales) pour son entrée cadeauter :
Cadeauter, cadot(t)er (cadoter, cadotter) (graphie de ce dernier p. plaisant.), v. trans. Synon. de gratifier* (qqn de qqc.). S'il vous plaît de m'honorer de votre compagnie, de me gratifier de votre présence, de me cadotter de votre conversation (Flaubert, Correspondance, 1844, p. 158). Lui-même, parce qu'il était beau de visage, grand et fort, avait été cadeauté par les femmes du sobriquet de Jeanin Bouquet (A. de Châteaubriant, La Brière, 1954, p. 94 dans Rheims 1969). Orth. cadotter dans Flaubert, supra ; cadoter ds Flaubert, L'Éducation sentimentale, t. 1, 1869, p. 159; cadeauter dans Flaubert, Correspondance, 1876, p. 313. 1reattest. 1844, supra ; dér. de cadeau étymol. 3, dés. -er avec consonne d'appui. Les formes en -o- par déformation plaisante. Fréq. abs. littér. : 1.
BBG. − Gohin 1903, p. 293. − Goug. Mots t. 1 1962, p. 193. − Ritter (E.). Les Quatre dict. fr. Rem. lexicogr. B. de l'Inst. nat. genevois. 1905, t. 36, p. 365. − Waringhien (G.). Géol. ling. Vie Lang. 1952, pp. 250-253.



mardi 19 décembre 2017

Le massacre de Thiaroye (1944)

Voici Camp de Thiaroye, un film d'Ousmane Sembène, scénario de Thierno Faty Sow, réalisé en 1988 (durée : 147'). Nous devons la musique à Ismaël Lô (1956, Dogondoutchi, Niger).



Voilà. En effet, il tourne autour d'un massacre survenu le 1er décembre 1944 au Sénégal. Ces jeux de massacre ont toujours constitué une pratique civilisatrice par excellence, y compris dans des contextes de Libération.
C'était la II Guerre mondiale. La France avait eu recours à sa « Force noire » (1), donc, aux tirailleurs sénégalais, des unités d'infanterie formées d'hommes enrôlés dans ses différentes colonies africaines, c'est-à-dire, parmi une population qu'on appelait servile. Ce corps militaire avait été institué, à la demande de Louis Faidherbe, gouverneur du Sénégal (1854-1861 et 1863-1865), par un décret de Napoléon III signé à Plombières-les-Bains le 21 juillet 1857 —seize jours après la parution d'un article terrible dans Le Figaro contre les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire, soit dit en passant.
Léopold Sédar Senghor surnommerait ces tirailleurs les « Dogues noirs de l’Empire ».
Donc, pour se défendre contre la Wehrmacht, la France mobilisa 178 000 Africains et Malgaches (et 320 000 Maghrébins) en 1939-1940. "Selon des estimations fragiles, établies à l'issue des combats, entre 30 000 et 50 000 Africains et Malgaches [prirent] le chemin de la captivité, tandis que près de 5 000 auraient péri pendant les deux mois d'affrontements", mai-juin 1940, dans la ligne Maginot.
Les détenus endurèrent toute sorte de sévices : en effet, ils subirent un traitement particulièrement inhumain de la part des Allemands qui, moins de 40 ans avant, entre 1904 et 1908 (Hitler avait 15-19 ans), avaient mené à bout leur premier génocide du XXe siècle dans leur colonie du Sud-Ouest africain, l'actuelle Namibie. Les Nama et les Herero furent quasiment anéantis : près de 100 000 morts sans sépultures, dont une partie dans des… camps de concentration.
Quand on réfléchit au sort des Africains tombés aux mains des Nazis, on a la chair de poule. L'historien allemand Raffael Scheck (Freiburg im Breisgau, 1960) a étudié les massacres de tirailleurs sénégalais par la Wehrmacht en 1940 dans son livre Une saison noire : les massacres des tirailleurs sénégalais, mai-juin 1940 (trad. de l'anglais), Tallandier, 2007.
Voici, par exemple, une chronique effrayante de Lyon capitale qui rend compte du massacre des soldats africains à Chasselay en juin 1940 :
Lyon, 19 juin 1940. Les Allemands prennent la préfecture ; l’occupation de Lyon est officielle. La veille, des réservoirs d’essence situés quai Rambaud ont été incendiés. La fumée masque le soleil dans certains quartiers adjacents. Il faudra attendre le 7 juillet pour que les soldats se retirent ; Lyon fera alors partie de la zone libre. L’armée française ne parvient pas à tenir tête à l’invasion allemande. En son sein, des tirailleurs sénégalais recrutés dans les colonies. Contrairement à ce que leur nom indique, ceux-ci ne sont pas issus d’un seul pays, mais de toute l’Afrique noire, et dépendent des troupes coloniales.

Les victimes oubliées de la Seconde Guerre mondiale

À la fin de la Première Guerre mondiale, des troupes françaises issues des colonies d’Afrique sont stationnées en Allemagne, notamment en Sarre. À propos de leurs enfants nés d’unions avec des femmes de la région, Hitler écrira dans Mein Kampf qu’il s’agit d’“un complot juif visant à bâtardiser l’Europe”. Rapidement, ils vont être mis au ban de la société et devenir des boucs émissaires. À partir de 1935, suite aux lois de Nuremberg, les mariages mixtes entre Noirs et Blancs sont interdits. En 1937, la Gestapo effectue des rafles et fait stériliser de force les Noirs. Considérés comme des animaux, traités de “honte noire”, ils sont capturés et envoyés en camp de concentration.

Les soldats des colonies, cibles prioritaires ?

En France, les troupes des colonies vont être les premières victimes de la répression nazie. Pour certains historiens, telle Catherine Coquery-Vidrovitch, 65 000 tirailleurs s’engagèrent au combat entre mai et juin 1940 ; 29 000 seront massacrés. Les consignes de Goebbels ont été claires : il faut “dénoncer les Français comme des sadiques négrifiés [...] cette racaille de couleur”. L’infanterie SS a pour ordre de “ne prendre vivant aucun prisonnier nègre”. Dès lors, les soldats capturés sont automatiquement fusillés. Entre le 12 et le 16 juin 1940, 105 hommes du 26e régiment résistent contre les nazis près de Chartres et donnent une leçon de bravoure aux Allemands. Lorsque ces derniers réussissent à renverser la situation, ils massacrent les hommes en prétextant qu’il s’agirait de violeurs de femmes et d’enfants.
Au début de la guerre, des mises en scène sont régulièrement organisées après les captures de “Sénégalais”. Les troupes coloniales sont montrées comme des “sauvages”, usant du “coupe-coupe”, mutilant et violant sans aucune pitié. Lorsqu’un officier nazi a besoin de montrer l’exemple dans les rangs de prisonniers, les Noirs sont abattus en priorité. Chaque acte de rébellion de leur part engendre inévitablement l’exécution de plusieurs d’entre eux. La convention de Genève sur le statut des prisonniers de guerre ne sera jamais respectée, et la population française ne protégera que rarement les survivants et autres évadés. Résolus à attiser la haine envers le soldat noir, les Allemands se plaisent à détruire les plaques d’identification des tirailleurs et abandonnent leurs corps à l’air libre.

L’héroïque résistance du 25e régiment de tirailleurs sénégalais

Le 19 juin 1940, à Chasselay-Montluzin, près de Lyon, alors que l’armée française recule, la 3e compagnie du 25e régiment de tirailleurs sénégalais ne reçoit pas l’ordre de retraite. Le régiment d’infanterie Gross Deutschland avance vers eux en compagnie de la division SS Totenkopf (connue pour avoir massacré une centaine de prisonniers britanniques au lieu-dit le Paradis). Ils vont rencontrer une résistance inattendue. Alors qu’ils n’ont presque aucune expérience du combat, les soldats africains vont résister avec une rage inédite. Pourtant, Pétain a demandé le cessez-le-feu, Lyon est abandonnée aux Allemands et déclarée ville ouverte. La Panzerdivision est déjà aux portes de la ville.
L’une des dernières batailles se déroulera au couvent de Montluzin à Chasselay. À l’intérieur, les religieuses soignent les blessés. Un officier allemand arborant un drapeau blanc s’approche d’un barrage français et proclame que l’armistice a été signé – ce qui est faux (elle ne le sera que le 22 juin). Le nazi hurle de ne pas tirer. Pourtant l’adjudant français Requier fait feu. L’homme s’écroule, les mitraillettes allemandes s’abattent sur le régiment. Les tirailleurs se battent, utilisant le couvent comme place forte, et surprennent les nazis, qui tentent plusieurs contre-attaques en vain. Ils doivent se résoudre à envoyer les blindés. Le 19 juin, les Allemands réussissent à prendre les lieux, abattent les tirailleurs et deux des trois officiers blancs accusés d’avoir dirigé des “nègres”.
Un dernier groupe, commandé par le capitaine Gouzy, s’est retranché à proximité, dans le château du Plantin. Le caporal mitrailleur Scandariato apporte un précieux témoignage sur la suite : “Nous étions environ une vingtaine de Blancs d’encadrement et un grand nombre de tirailleurs sénégalais. Le capitaine nous demanda quels étaient les volontaires pour le dernier baroud d’honneur, la coloniale ne se rendant pas sans un dernier combat. Tous répondirent présents et nous prîmes nos dispositions de combat tout autour du parc.” Les nazis perdront une centaine d’hommes et auront cinquante blessés. Les tirailleurs se battent jusqu’à ne plus avoir de munitions.
Contraints de se rendre, ils sont immédiatement capturés. Huit officiers français ainsi que soixante-dix soldats africains sont amenés dans un champ. Les officiers sont sommés de se plaquer au sol tandis que les nazis obligent les tirailleurs à fuir en courant. Les mitraillettes des chars ouvrent alors le feu, abattant les hommes dans le dos. Les blindés avancent et achèvent les blessés sous leurs chenilles. Le capitaine Gouzy se rebelle et reçoit une balle de pistolet dans le genou pour seule réponse. Le 20 juin, c'est au tour de 27 tirailleurs d'être fusillés montée de Balmont à Vaise.
Après les massacres de Chasselay, Françoise Meifredy, membre de l’Amitié africaine cherchera les survivants et les aidera à se cacher. Aujourd’hui, il est encore difficile de savoir combien ont survécu. Plus d’une centaine de prisonniers trouvèrent la mort près de Lyon, dans l’indifférence générale. Ils furent les derniers à tomber pour la France avant l’armistice.
Donc, d'anciens combattants africains (entre 1 200 et 1 800, selon les différents rapports, d'après le récit de l'historien Martin Mourre), des héros de guerre au bout du compte (dont nombreux avaient participé au débarquement de Provence), furent rapatriés de France : ils quittèrent Morlaix le 5 novembre 1944 et arrivèrent à Dakar le 21 novembre 1944. Ensuite, ils furent basés au camp de Thiaroye, à 12 km de Dakar, avant de procéder à leur démobilisation. Un rapatriement étrange étant donné que la guerre n'était pas encore finie. Cherchait-on à blanchir l'armée à ce moment-là ?
Disons, d'ailleurs, comme curiosité, qu'au début de la guerre, Dakar était restée entre les mains des vichystes et avait été bombardée par De Gaulle-Churchill... Le 25 septembre 1940, L'Écho de Nancy publiait une information datée la veille à Vichy où l'on pouvait lire :
Vichy, 24 mars [coquille : c'était septembre] — Une escadre britannique s'est présenté, hier après-midi, devant Dakar. L'ex-général De Gaulle, qui dirigeait l'expédition, a envoyé un ultimatum aux autorités de la ville, leur commandant de rendre Dakar aux Anglais.
L'ultimatum a été refusé.
Les bateaux anglais ont aussitôt ouvert le feu sur la ville.
Le Conseil des ministres, dès qu'il fut alerté, s'est réuni à Vichy.
Eh ben, à Thiaroye, les soldats de notre histoire réclamèrent de nouveau la solde à laquelle ils avaient droit et ce fut alors que se produisit ce "massacre colonial" (crime de masse prémédité, selon Armelle Mabon) : au lieu de les payer, on ouvrit le feu sur eux, qui étaient désarmés. Le général Dagnan, responsable de la division Sénégal-Mauritanie, déclara qu'il avait été retenu en otage, mais il n'y a aucune preuve solide là-dessus. D'ailleurs, les sources officielles sont pleines de contradictions (comme ont constaté les historiens Armelle Mabon, Martin Mourre ou Cheikh Faty Faye). Ce qui est sûr, c'est que le 1er décembre à l'aube, vers 5h, 5h30 du matin, on déclencha une répression sanglante comprenant l'usage même de chars et de chevaux. Puis, on rassembla ces hommes sur une esplanade et on les faucha d'une rafale, au moins, de mitrailleuse. Chiffre officiel : 35 morts. L'historien Martin Mourre répond néanmoins : plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de morts ; crime [aussi] "de papier", le nombre des morts reste flou. On fit tout pour brouiller les pistes. Tout très bien pesé et considéré, Mourre calcule la possibilité de 350-400 morts, bien qu'il n'ait pas pu le démontrer encore.
Le 1 décembre 2016, Le Monde publia une tribune signée par les familles de morts, des condamnés et des rapatriés spoliés de Thiaroye 1944. La voici :
En ce jour anniversaire du massacre d’anciens prisonniers de guerre à Thiaroye au Sénégal, le 1er décembre 1944, nous, familles des victimes, avons décidé d’alerter l’opinion publique afin que cesse toute désinformation, toute manipulation, toute falsification autour de ce crime commis par la France. Plus de soixante-dix ans après les faits, nous demandons que cesse ce mensonge d’Etat qui se perpétue encore en 2016. Ces hommes, originaires de l’Afrique-Occidentale française, ont été mobilisés pour venir défendre la France en 1939 et ont été faits prisonniers par les Allemands en juin 1940. C’est en métropole qu’ils ont passé leur temps de captivité, les nazis ne voulant pas « d’indigènes » sur leur sol. Alors que certains avaient rejoint la résistance après leur évasion, ce contingent d’anciens prisonniers de guerre a quitté Morlaix le 5 novembre 1944.
Après plusieurs années de recherches et de fouilles d’archives publiques et privées en France, au Sénégal et au Royaume-Uni, l’historienne Armelle Mabon, de l’université Bretagne-Sud, a pu établir que ce drame est bien un crime de masse prémédité puis maquillé en rébellion armée. Une machination a été mise en place pour dresser un bilan mensonger de 35 morts et camoufler les 300 à 400 victimes jetées dans des fosses communes.
Le gouvernement provisoire a couvert la réalité des faits. Il a notamment édité une circulaire trois jours après le massacre, faisant croire que ce contingent avait perçu l’intégralité des soldes de captivité, rendant ainsi les revendications illégitimes. Le procès qui a suivi en mars 1945, entièrement à charge, a conduit à la condamnation et à la dégradation militaire de 34 innocents.
Lors de son premier voyage officiel en terre africaine en 2012, le président François Hollande avait promis de restituer les archives au Sénégal et parlé de « répression sanglante » pour qualifier le mitraillage des tirailleurs sénégalais réunis au camp de Thiaroye, dans la banlieue de Dakar. Le 30 novembre 2014, à l’occasion du 70e anniversaire, le président a de nouveau employé ce terme au cimetière de Thiaroye. Deux ans plus tard, le 10 novembre 2016, le ministre des affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, évoque encore une « répression sanglante ».
« Thiaroye 44 » n’est pas une « répression sanglante ». Nos pères et grands-pères n’ont jamais contrevenu aux règles. Ils ne se sont pas mutinés. Ils ont eu simplement ce courage de réclamer des droits pécuniaires que les autorités ne voulaient pas leur verser et dont ils ont été spoliés définitivement. Cet argent est resté dans les caisses de l’Etat français.

Le 30 novembre 2014, si le président Hollande a reconnu que les rapatriés n’avaient pas perçu leur dû, il a aussi réactivé un mensonge d’Etat en annonçant solennellement que ces hommes s’étaient rassemblés pour crier leur indignation alors qu’ils ont été rassemblés par les officiers qui ont donné l’ordre de tirer avec des mitrailleuses. Au cimetière militaire de Thiaroye, le président de la République française a indiqué que les victimes n’étaient pas dans les tombes anonymes et que l’endroit de leurs sépultures demeurait mystérieux. Les tombes n’ayant pas été fouillées, l’Etat français connaît donc l’endroit des fosses communes. Le président Hollande savait-il que les copies d’archives remises au Sénégal sont en réalité le récit d’une histoire falsifiée, avec des rapports mensongers écrits sur ordre, des enquêtes menées à charge, des documents tronqués ?
Alors que le ministre de la défense ne répond pas à nos sollicitations, nous dénonçons l’obstruction à la manifestation de la vérité sur un crime commis.
Le ministère de la défense refuse de rendre consultables les archives conservées par les forces françaises au Sénégal jusqu’à leur dissolution, en 2011. Ces documents contiennent la cartographie des fosses communes et vraisemblablement d’autres pièces sensibles, comme la liste des victimes. Il refuse également de donner le motif d’une sanction infligée à l’un des officiers des forces françaises, bénéficiaire de la même loi d’amnistie que les tirailleurs condamnés. Or une amnistie ne peut en aucun cas effacer le fait matériel afin de préserver les droits des tiers et les condamnés demeurent coupables. Cette entrave est particulièrement grave : elle a contribué au rejet de la requête pour le procès en révision du plus lourdement condamné au prétexte d’absence d’éléments nouveaux. Ce rejet n’est pas susceptible de recours.

Le discours du ministre Jean-Marc Ayrault [le chef de la diplomatie française s’est rendu à Thiaroye le 10 novembre] est certes encourageant : « Nous avons failli à nos devoirs, tout simplement. Le devoir d’égalité, le devoir de reconnaissance. (…) Ceux qui parlent de repentance se trompent de chemin. Ce que nous disons ce soir, c’est la justice, tout simplement. » Mais les discours ne rendent pas la justice et n’exhument pas les corps. D’après la loi, le garde des sceaux peut saisir la commission d’instruction, en vue du procès en révision. Or le directeur de son cabinet a rejeté cette possibilité le 19 décembre 2014, prétextant l’éventuelle compétence de la Cour suprême du Sénégal.
Alors que se prépare la visite d’État en décembre 2016, du président de la République sénégalaise, Macky Sall, nous, familles des victimes, demandons un sursaut éthique de l’État français afin de :
  • rendre consultables toutes les archives sur l’affaire Thiaroye ;
  • proposer son aide au Sénégal pour l’exhumation des corps ;
  • donner la liste des morts et leur attribuer la mention « Mort pour la France ». Il n’y a rien de plus tragique que des morts sans nom ;
  • saisir la commission d’instruction de la Cour de révision et de réexamen pour les 34 condamnés ;
  • réparer les spoliations
  • modifier les textes exposés au Mémorial du cimetière de Thiaroye ;
  • cesser de porter atteinte à la mémoire de ces hommes et des officiers qui ont eu le courage de les défendre ;
  • nommer les responsables aujourd’hui de cette obstruction à la manifestation de la vérité sur un crime commis.
Une mémoire collective ne peut trouver d’apaisement avec un mensonge.
Tribune signée par les familles des morts, des condamnés et des rapatriés spoliés de « Thiaroye 44 », notamment les familles d’Antoine Abibou, Tindaogo Bélem, Fasséry Coulibaly, Kotou Diakité, Doudou Diallo, Souleymane Doucouré, Mbap Senghor et Pierre Zoungrana.



(1) Pour reprendre le mot du général Charles Mangin, auteur de Force Noire, Hachette, Paris, 2010 (lieutenant-colonel à l'époque). Il serait aussi le colonel Mangin des quatre bataillons du massacre d'Agadir du 30 mars 1912 contre les gens de Ma el Aïnine, raconté par Le Clézio dans Désert (en castillan). Ou, déjà général, le boucher de Verdun.
Là-bas, si j'y suis, de Daniel Mermet, a consacré à la Force Noire cet entretien le 11 novembre 2004, rediffusé à deux reprises (le 11/11/2008 et le 11/11/2013).

__________________________________
Références pour en savoir plus :

______________________________________
Mise à jour du 23 octobre 2018 :

Morts par la France. Thiaroye 1944.

______________________________________
Mise à jour du 16 février 2021 :

L'historien Pascal Blanchard, spécialiste du « fait colonial », a réalisé avec David Korn-Brzoza la série-documentaire Décolonisations. Du sang et des larmes, racontée par Lucien Jean-Baptiste.
Ce sont deux volets de 80 minutes chacun —dont le premier a été diffusé le mardi 6 octobre 2020 à 21h05 sur France 2— qui donnent la parole aux derniers témoins de l’histoire. a écrit à leur propos (

(...) Narré par l'acteur martiniquais Lucien Jean-Baptiste, Décolonisations raconte au fil des témoignages comment la grandeur de la France a été mise entre parenthèse durant ces 25 années de conflit. La France qui ne voulait pas lâcher ses colonies. Les garder coûte que coûte, au prix de massacres et d'actes de barbaries, guidée par l'aveuglement des politiques des IVème et Vème République et qui lui a valu d'être mise au ban par les Nations Unies, découvre-t-on dans le documentaire. Ces actes qu'elle dénonce aujourd'hui. Aux scènes de guerre, succèdent des séquences de fraternité. Aux scènes dramatiques, succèdent des scènes de libération. 

Pour la première fois cette histoire n'est pas racontée par des experts, mais à travers les témoignages de ses derniers acteurs et des générations descendantes. 

Des bombardements au Napalm en Algérie, au bourbier indochinois, en passant par les évènements d'Ouvéa en Nouvelle Calédonie et de Mai 67 en Guadeloupe, "Décolonisations, du sang et des larmes" met en lumière des épisodes incontournables, méconnus, voire oubliés pour certains. (...)

Comme support de ces films, il y a eu un ouvrage, Décolonisations françaises. La chute d'un Empire (Éditions de la Martinière, 2020), signé par Pascal Blanchard, Nicolas Bancel, Sandrine Lemaire, Benjamin Stora et Achille Mbembe).

Blanchard a offert un entretien à Siné Mensuel qu'on peut lire dans le nº 104 du journal, février 2021, pages 22 et 23. Quand la rédaction de Siné lui demande ce qui est arrivé aux tirailleurs sénégalais qui demandaient à être payés lors de leur retour à Dakar, il répond :

On les massacre. L'armée coloniale ne peut pas imaginer ni accepter qu'un homme noir, un homme maghrébin, un homme indochinois, un homme malgache, un homme antillais puissent s'opposer au pouvoir colonial dans l'espace colonial. Ils sont toujours considérés comme des « indigènes » qui n'ont aucun droit en dépit du fait qu'ils se sont battus pour la France. Leurs revendications sont structurellement perçues comme une remise en question de l'autorité coloniale. Nous ne sommes pas dans l'après-guerre mais en décembre 1944. Dans l'empire colonial, tous ceux qui s'opposeront par la suite à l'autorité de la France connaîtront la répression. Réprimer et réformer sont les « deux mamelles » de la France coloniale à partir de 1945...

______________________________________
Mise à jour du 19 mai 2021 :

Massacre de Thiaroye 1944 : une première victoire judiciaire mais...

MEDIAPART - 17 mai 2021. Par - Blog : Le blog de Armelle MABON

Le tribunal administratif de Paris a condamné l'État français à verser des dommages et intérêts à Biram Senghor, fils d'une victime du massacre perpétré par l'armée française le 1er décembre 1944. Ce jugement du 9 avril 2021, assurément une première victoire, affiche cependant un renoncement face aux turpitudes négationnistes du ministère des armées sur ce crime impuni.
EN LIRE PLUS.

 

samedi 16 février 2013

Images du passé en Afrique de l'Ouest -toujours d'actualité

Images du passé en Afrique de l'Ouest est un site que l'on peut recommander pas tellement pour l'amour des cocardes (1) mais plutôt parce qu'il archive et propose bon nombre de clichés et d'explications concernant les anciennes colonies africaines de la France.
Ce fonds historique est recueilli par Olivier Blot, journaliste et rédacteur scientifique spécialisé en Études africaines. C'est un véritable musée contenant à ce jour 1109 images, une touffue étagère de livres "africanistes" et beaucoup de gloses :
Le site "Images du passé en Afrique de l'Ouest" présente des centaines de cartes postales anciennes et photos d'époque du Sénégal, du Soudan français, de Guinée, de Haute-Volta,  de Côte d’Ivoire, du Togo, du Dahomey, de Gold Coast, du Niger, du Tchad et du Cameroun. Les images sont accompagnées de leurs légendes originales et, quand c'est possible, de commentaires sur leur contexte historique ou de références littéraires sur le sujet. Vous pouvez contribuer à l'enrichissement du site en communiquant des images, des données historiques ou des connaissances vécues ou transmises.
Profitez de ce voyage visuel dans le temps et dans l'espace. Néanmoins, pour éviter la cocardise (ah, ce coq-ardeur patriote-hard qui pousse à coq-hard-er !), il n'est peut-être pas superflu de se rappeler que les clichés peuvent véhiculer maint cliché et que les gloses savantes peuvent banaliser ou innocenter maint chasseur-bombardier.


(1) Sur la page d'accueil, ce site montre l'Image du jour. La photo que l'on y voit ces jours-ci correspond à un avion survolant Gao, ville malienne située sur le fleuve Niger et ancienne capitale de l'Empire Songhaï. Sous la photo, on peut lire un commentaire. Le voilà :
A l’heure où chasseurs bombardiers partis de France et hélicoptères appuyant les troupes au sol sillonnent le ciel du nord Mali, il est intéressant de se souvenir de la présence ancienne des aviateurs français dans cette région. En effet, c’est à Gao que fut déployée en 1931 la 3ème escadrille de l’AOF -la première escadrille avait vu le jour à Thiès au Sénégal en 1924 et la seconde à Bamako en 1929. Ces unités étaient chacune composées de neuf appareils de type Potez 25 TOE (théâtre d’opération extérieure) sur leur base principale et de trois autres Potez 25 ou 29 sur leur base secondaire (celle de Gao étant située à Agadès). Le but de ces forces aériennes implantées sous les tropiques est la surveillance du territoire et l’appui aux troupes et aux groupes supplétifs en cas d’engagement. Elles effectuent également des missions postales, ainsi la 3ème escadrille va durablement assurer la liaison courrier entre Gao et Kano au Nigéria à partir de 1933. En outre, pour la troisième escadrille, qui est basée sur des espaces limitrophes de la Lybie,  il s’agit aussi de rappeler aux Italiens la souveraineté active de la France en « montrant ses cocardes » aux confins du Sahara. Pour insigne, qui sera peint sur le fuselage de ses avions, l’escadrille de Gao choisit l’image d’un guerrier touareg. Elle sera finalement dissoute en 1940. Sources : Richemond, S. « La troisième escadrille dans le ciel de Gao » dans Images et Mémoires n°31 et Carlier, Marc, La drôle de guerre au Sahara. Confins nigériens 1938-1940, ed. Karthala, Paris, 2006.
Au XIXe siècle, les puissances européennes ont quadrillé la carte de l'Afrique pour se la partager (se l'approprier) ; au XXIe siècle, elles n'arrêtent pas de quadriller ses terres à force d'escadrilles.