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dimanche 19 mai 2019

On n'a cadoter sa biblio.web.thèque de bons dicos

Voici un peu de lexicographie. Elle va nous aider à comprendre, d'ailleurs, la variété lexicale de la 5e langue planétaire par le nombre de ses locuteurs, après le mandarin, l'anglais, le castillan et l'arabe.
Ma collègue Alicia a eu la gentillesse de nous rappeler l'existence du Journal des Idées, une émission radiophonique réalisée par son oncle Jacques Munier à Paris, sur France Culture, du lundi au vendredi, à 6h40. Merci beaucoup, chère Alicia.
Sa remarque est intervenue à la faveur de la diffusion d'une chronique qu'elle a trouvée particulièrement intéressante, celle du 16 mai, car elle portait sur la nouvelle édition du dictionnaire Le Petit Robert. Elle s'intitulait Ce que les mots nous disent :


La nouvelle édition du Petit Robert paraît aujourd’hui [16 mai]. Parmi les mots qui ont fait leur entrée dans le dictionnaire : infox, jober, et – pour ceux qui se réveillent – latte, un café nappé de mousse de lait chaud…
Jober nous vient de Belgique, il conviendra aux milléniaux – autre mot nouveau, désormais francisé – à l’heure où les embauches en CDI se raréfient et les petits jobs se multiplient. Dans sa présentation, Alain Rey évoque le mot infox, qui permet d’éviter l’américanisme fake news. « Dans infox, on entend fox », comme pour « nous méfier du renard qui nous ment ». Le lexique de la communication numérique est bien représenté parmi les entrants : scroller, de l’anglais scroll – rouleau, manuscrit – signifie « faire défiler un contenu sur un écran informatique ». N’en déplaise à ceux qui lui préfèreront le mot données, data est désormais intronisé dans le Petit Robert comme un vocable français, en version invariable ou au pluriel. Blockchain, cyberharcèlement, ou vidéoverbalisation aussi, lequel évoque un univers orwellien – nouvel entrant – pour désigner la verbalisation effectuée à l’aide de caméras de surveillance. La politique n’est pas en reste : démocrature, ou encore transpartisan – c’est d’actualité pour dépasser les clivages…
En lire/écouter plus.
Je viens donc d'écouter Ce que les mots nous disent —par ce temps de malversation de mots et de détournement de titres de presse, où l'on a vivement besoin d'émissions sur Ce que les mots nous camouflent ou sur La manière dont on nous abuse à grand renfort de mots totem : vous aurez remarqué qu'en Blablaland, les remèdes sont toujours pires que les mots ou qu'aux grands mots succèdent toujours les grandes (contre-)réformes de choc.
Quand, au milieu de sa lecture, Jacques Munier a prononcé le mot « cadeauter » (curiosité lexicale [qui] nous vient d'Afrique, dit-il), il m'a renvoyé mentalement à ce temps révolu de nos périssables existences (les années 1980) où Internet n'existait pas et qu'il fallait s'évertuer à dégoter quelques magazines étrangers dans les kiosques pour être au courant des infos internationales ainsi que de l'évolution des langues qu'on pouvait lire.
Parmi les magazines francophones que j'achetais à l'époque, il y avait, par exemple, Actuel, un mensuel très branché, très à la coule, qui publiait des articles comme celui très illustratif de Patrick Rambaud que je vous colle ci-dessous, avec des notes de mon cru comme aide à la compréhension. Petite machine à remonter le temps, il date de 1989, malgré son ras-le-bol des bras de fer :
Emoyé par la cuscute en cuissette, le vibreur trouve porte de bois. Mais il tient son bout ...

Vous avez compris ? Émoyé signifie ému au Nouveau Brunswick. À l'île Maurice, une cuscute est une personne plutôt entortilleuse. Les Suisses enfilent des cuissettes en guise de culottes de sport. Un vibreur est un Sénégalais qui sort beaucoup en boîte de nuit. Trouver porte de bois signifie pour un Belge que la porte est close. Enfin, en Louisiane[1], un homme qui tient son bout indique seulement qu'il persévère. C'est comme ça. Le français n'appartient pas seulement à la France mais aux deux cents millions de francophones qui le parlent aux quatre coins du monde. Tous inventent une langue moderne et vivante. Apprenez-la.

J'ai un mal de chien à suivre de bout en bout un journal télévisé ou à lire en entier un quotidien. En une semaine, pendant les grèves, j'ai relevé soixante-seize fois l'expression bras de fer (entre le gouvernement et les syndicats). L'expression est imagée, elle a de la gueule, mais sa répétition épuise. Il n'y a plus d'imagination dans le vocabulaire officiel. À force d'être répétés, les mots perdent leur sens et forment un discours soporifique. Bref, le français que nous subissons devient horriblement pauvre. Lorsque Mirabeau écrivait des textes licencieux, il avait à sa disposition une palette de mots sonores et concrets pour décrire par le détail l'émotion et la main au cul. C'est fini. À qui la faute ?
Il y a quinze ans, le grand écrivain Jacques Lacarrière traversait la France à pied, des Vosges aux Corbières. Ce voyage se termina en livre, Chemin faisant, qui eut un succès pour une fois très mérité. Aux étapes, dans les villages, dans les fermes, franchi l'obstacle de ces chiens hargneux que les marcheurs libres affrontent au détour d'un chemin creux, Lacarrière, philosophe nourri de grec, écoutait et lisait des brochures locales. Il a ainsi collectionné une tapée de ces mots usuels dont les dictionnaires ne rendent plus compte. Pourtant il ne s'agit pas de patois, mais d'un français enrichi par les saveurs locales. Des noms qui servent à décrire des choses quotidiennes, des noms pratiques, imagés, forts. Ils évoquent les montagnes, l'herbe, les saisons, les casseroles pendues dans la cuisine. Rien de savant là-dedans, rien d'emprunt hors frontières, juste des mots solidement plantés, avec des sonorités paysannes : bétoire[2], capitelle, fleurine, rindoul, varaigne[3]... Les haies, dans le Morvan[4], ce sont des bouchures, parce qu'elles bouchent peut-être la vue, et les passages dans ces murs de feuilles, ce sont des échalliers[5]. C'est du français que les académies oublient sottement.
En Haute-Savoie, la première fois que mon complice Burnier m'a demandé où j'avais mis la panosse, j'ai bien été obligé de prendre mine de parfait ahuri. Panosse[6], ça vient du latin pannus, qui signifie morceau d'étoffe, et cela représente simplement un chiffon propre qui sert à essuyer une table couverte de miettes. On s'y habitue vite. À Paris, quand j'ai demandé à mon boucher favori du rondin pour le pot-au-feu, il m'a demandé si j'étais savoyard. Le rondin, c'est du gîte. J'ai tendance à préférer rondin, plus proche de cette viande ronde.
Eh oui, mes bons amis, les mots ressemblent à la cuisine. Tenez: le pot-au-feu, ça n'existe pas. Rien qu'en France on en dénombre une centaine de sortes. À Toulon, c'est le revesset, on y flanque du rouget, du turbot, des épinards, des côtes de bettes. En Artois, c'est caudière, et le bouillon de boudin en Saintonge, le mourtayrol en Auvergne, la cotriade du Morbihan, le hochepot à la flamande, la potée berrichonne, la marmite albigeoise...(...)
Chez Belin, éditeur, il y a une collection intelligente, "Le français retrouvé". On y relève, au hasard du catalogue, des bouquins forcément sublimes: Les noms des villes et des villages, Les mots du vin et de l'ivresse, Les mots d'origine gourmande, Le français écorché, Les étymologies surprises. Toute une bibliothèque pour se faire plaisir. Là, sous mon nez, j'ai Les mots de la francophonie de Loïc Depecker: au Sénégal, en Algérie, à Saint-Vincent[7], à la Guadeloupe, au Vietnam, en Guyane, le français menacé reste vivace et inventif. Au Québec, on tombe en amour, au Bénin on se toilette, les Belges mal logés sont des taudisards et les demi-muets des taiseux. Au Liban, le polygame est un garde du corps...
On imagine bien que le français se modifie quand on le parle sous les tropiques ou dans les forêts du Canada. Dans les années soixante-dix, à Paris, on découvrait avec exaltation le cinéma du Québec. J'étais sorti tout ému d'une projection des Mâles de Gilles Carles. Les expressions, l'accent que nous connaissions encore mal, celui d'ailleurs de Louis XIV, du bourguignon filtré au Nouveau Monde, rajoutait une distance et de l'humour à une situation presque banale. Et puis ça a été l'invasion des films québécois, jusqu'à Denys Arcand, jusqu'au patois sous-titré[8]. Pourtant, ô savants lecteurs et joyeuses lectrices, les Canadiens français nous donnent une sacrée leçon. Plus menacés que nous par l'américain courant, qui n'est même pas de l'anglais, ils se défendent en enrichissant leur langue. Ils ne disent pas hot-dog comme nous, mais carrément chien-chaud, les flippers deviennent des machines à boule. D'autres francophones nous donnent la même leçon: en belge, une antisèche est un copion, au Cameroun la femme facile est une tu-viens, au Sénégal le sandwich est un pain-chargé, en Louisiane le chewing-gum est une chique de gomme et, au Niger, on ne bat pas un record mais on le casse. J'aime bien cette vigueur. Un traversier, c'est plus joli qu'un ferry-boat.
Les francophones, plus de cent [deux cents, j'imagine] millions parsemés dans le monde, abrègent, transforment, détournent, empruntent, améliorent. Au Canada, une expression anglaise, to talk through one's hat, devient parler à travers son chapeau : dire des bêtises. Bien sûr, quand un Suisse vous dit: « Je péclote », il y a intérêt à traduire par "je ne vais pas bien", et il faut savoir qu'au Québec une personne exceptionnelle est un handicapé[9]. Et qu'un pikafro, au Mali, est un peigne. Parfois, les sonorités vous abusent. Si un Zaïrois vous explique qu'il a zondomisé son voisin, ne poussez pas de cris affreux: le mot vient de Zondomio, un président de l'Assemblée nationale qui mourut, dit-on, empoisonné. Zondomiser, c'est éliminer un rival de façon musclée[10].
La plupart du temps on comprend sans avoir besoin de traduire. On saisit plutôt bien que des cuissettes, en Suisse, sont des shorts, et qu'un digaule, au Bénin, désigne un homme grand de taille, comme de Gaulle: « Elle est toute menue, et elle sort avec un digaule ».
Les francophones nous mitonnent une nouvelle littérature française, loin des grands débats d'école (...) Relisez les pages bariolées, volcaniques, touffues, toutes entières consacrées aux odeurs des corps, ou au goût d'une peau, du splendide Espace d'un cillement du Haïtien Jacques Stephen Alexis, ou encore les textes pétris de créole et de leitmotiv, à la manière des écrivains latino-américains de l'Antillais Baghio'o, pour vous persuader que ce français-là invente une littérature truculente et belle. (...) Dans des cafés bien parigots, j'ai entendu des Ivoiriens dire « Tu me sciences » pour tu me plais, « poudre de démarreur » pour aphrodisiaque. Un Sénégalais crie « Arrête de dallaser » pour critiquer les frimeurs (du feuilleton « Dallas »), un Zaïrois affirme que « c'est jazz » pour dire « c'est faux », et un Togolais parle de « cadeauter », devinez pour quoi...

Patrick Rambaud.
ACTUEL  Février 1989.

[1] Pour mieux connaître la réalité et les parlers cadjins, voir Mots de Louisiane et Cadjins et Créoles en Louisiane, de Patrick Griolet. Un grand pas vers le bon Dieu, roman de Jean Vautrin, en est une illustration intéressante.
[2] Aven.
[3] Ouverture par laquelle l'eau de mer entre dans un marais salant.
[4] En Bourgogne.
[5] Sorte d'échelles permettant de franchir une haie.
[6] Cf. le castillan tauromachique pañosa.
[7] La Dominique, Sainte-Lucie, La Grenade, St-Vincent : Windward Islands, des îles anglophones situées entre la Guadeloupe et Tobago; elles ont toutes accédé à l'indépendance après avoir été sous souveraineté britannique.
[8] Le mot joual est employé au Québec pour désigner globalement les traits (écarts selon les puristes) du français populaire canadien.
[9]...ou que les gosses sont les couilles...
[10] Rambaud, trouve-t-il la sodomie affreuse au point de lui préférer l'élimination musclée de quelqu'un ?
C'est donc à la fin de ce texte que je relus le verbe « cadeauter », dérivé de « cadeau », que j'avais trouvé quelques années auparavant chez Flaubert sous une autre variante graphique :
Cependant, Hussonnet, accroupi aux pieds de la Femme-Sauvage, braillait d'une voix enrouée, pour imiter l'acteur Grassot :
—Ne sois pas cruelle, ô Celuta ! cette petite fête de famille est charmante ! Enivrez-moi de voluptés, mes amours ! Folichonnons ! folichonnons !
Et il se mit à baiser les femmes sur l'épaule. Elles tressaillaient, piquées par ses moustaches ; puis il imagina de casser contre sa tête une assiette, en la heurtant d'un petit coup. D'autres l'imitèrent ; les morceaux de faïence volaient comme des ardoises par un grand vent, et la Débardeuse s'écria :
—Ne vous gênez pas ! Ça ne coûte rien ! Le bourgeois qui en fabrique nous en cadote !

Gustave Flaubert : L'Éducation sentimentale, 1869
(p. 145 de l'édition de Folio imprimée en 1979).
Dans la nouvelle édition augmentée de son Dictionnaire historique de la Langue Française (octobre 2016), Alain Rey date en 1844 le premier usage repéré de ce verbe en principe transitif :
CADEAUTER v. tr. (1844) « gratifier qqn de qqch. », d'usage rare et familier en dehors de l'Afrique où il est normal et courant pour « donner en prime, en supplément ». On trouve les variantes graphiques cadoter, cadotter chez Flaubert.
Voici les précisions du CNRTL (Centre national de Ressources textuelles et lexicales) pour son entrée cadeauter :
Cadeauter, cadot(t)er (cadoter, cadotter) (graphie de ce dernier p. plaisant.), v. trans. Synon. de gratifier* (qqn de qqc.). S'il vous plaît de m'honorer de votre compagnie, de me gratifier de votre présence, de me cadotter de votre conversation (Flaubert, Correspondance, 1844, p. 158). Lui-même, parce qu'il était beau de visage, grand et fort, avait été cadeauté par les femmes du sobriquet de Jeanin Bouquet (A. de Châteaubriant, La Brière, 1954, p. 94 dans Rheims 1969). Orth. cadotter dans Flaubert, supra ; cadoter ds Flaubert, L'Éducation sentimentale, t. 1, 1869, p. 159; cadeauter dans Flaubert, Correspondance, 1876, p. 313. 1reattest. 1844, supra ; dér. de cadeau étymol. 3, dés. -er avec consonne d'appui. Les formes en -o- par déformation plaisante. Fréq. abs. littér. : 1.
BBG. − Gohin 1903, p. 293. − Goug. Mots t. 1 1962, p. 193. − Ritter (E.). Les Quatre dict. fr. Rem. lexicogr. B. de l'Inst. nat. genevois. 1905, t. 36, p. 365. − Waringhien (G.). Géol. ling. Vie Lang. 1952, pp. 250-253.



samedi 25 août 2018

Thinkerview donne la parole à Alain Deneault : Le langage au service des puissants ?

Connaissez-vous Thinkerview ? On avait déjà mentionné ici cette plateforme née en juin 2013.

Selon le journaliste français Marc Ullmann (1930-2014), il s'agirait d'un "groupe indépendant issu d'internet, très diffèrent de la plupart des think-tanks qui sont inféodés à des partis politiques ou des intérêts privés". Vous pouvez cliquer ici pour en savoir plus.
Sous la devise "Le cygne noir n'existait pas... jusqu'à ce que l'on en trouve un", ce projet en équipe et bénévole se propose de...
- Appréhender toute la complexité des enjeux actuels et futurs de notre monde.
- Écouter les points de vue peu médiatisés afin d’élargir nos prismes de lecture.
- Mettre à l’épreuve les idées/discours en décelant leurs failles, leurs limites.
Et cela à travers des entretiens "aux perspectives alternatives dans un monde aux informations formatées".
Ces interviews ou tables rondes durent en moyenne une heure "sans interruption, ni coupe, ni montage" et l'on y aborde des sujets variés : Géopolitique, Finance, Terrorisme, Médias, Internet/Technologies, Environnement, Société et Sciences.
Les dernières entrevues datent de la fin juin 2018 et ont été accordées à Pierre Larrouturou (Climat : Trois quarts de l'humanité menacés de mort ?), Antoine Champagne « kitetoa » et Olivier Laurelli (Table ronde intitulée Surveillance, Hacker et Journaliste : sans filtre) ou Mireille Bruyère, Eric Berr et David Cayla (Les économistes atterrés abordant le thème Economie en danger ? Flux migratoires, Brexit et Mondialisation)

En plus...
Thinkerview c'est aussi une veille collaborative : nous faisons remonter ce que la communauté collecte comme informations afin de comprendre et d'anticiper.
Cette veille se passe sur Facebook et prochainement sur Mastodon.
Ils récoltent des dons afin de...
- Défrayer les invités et l'équipe (transports, repas).
- Investir dans du matériel afin de gagner en qualité et en stabilité. Ne plus devoir emprunter ou louer : être plus indépendant.
(Caméras, Lumières, Ordinateur mélangeur & streaming, Table de mixage, Micros)
- Payer l'hébergement des vidéos sur notre site.
- Avoir un local associatif où l'on pourrait laisser sur place notre équipement déjà installé et prêt à tourner. Cela nous éviterait de devoir à chaque fois transporter le matériel, construire et déconstruire le studio. Nous serions alors toujours prêts pour une interview et pourrions en proposer plus régulièrement.
A L'AVENIR :
- Se déplacer à l'étranger pour élargir nos possibilités d'interviews.
Voici, comme exemple, et sous le titre alléchant Le langage au service des puissants ?, l'interview du philosophe canadien Alain Deneault, tenue en direct le 04/05/2018 à 19h :



« Des mots comme territoire, État, frontière, Droit, loi, crime, souveraineté... n’ont plus la même définition depuis que ce phénomène des paradis fiscaux a gagné en expansion (...). Les mots sont plus forts que nous. Les mots avec lesquels on pactise, les milieux dans lesquels on s’inscrit sont plus forts que nous, c’est-à-dire que dès lors qu’on pactise avec un certain vocabulaire, dès lors qu’on consent à appartenir à un certain milieu, ce vocabulaire et ce milieu nous conditionneront, et la principale liberté qu’on a, c’est de choisir avec quel vocabulaire et avec quel milieu on entre en relation sur un plan intellectuel et intime. »
Fallait-il vraiment appeler "Thinkerview" cette initiative ? Si on tenait absolument à utiliser un calembour, est-ce que "Contrevue", par exemple, ne pouvait pas bien faire l'affaire ?
Faudrait s'analyser ces tocades oiseuses et cuistres pour la langue de l'empire.

mercredi 29 novembre 2017

Le suprémacisme a son jargon...

... qui est employé à longueur de journée par toutes les instances du pouvoir dans le but qu'il soit ensuite intériorisé et réutilisé par le peuple souverain, éduqué donc comme il faut. Bien entendu, les individus souverains peuvent aussi être des journalistes à la candeur émouvante (« L’orthodoxie, c’est l’inconscience », disait George Orwell dans 1984).
Voyons, exercice d'acuité lectrice (et ce jeu ne concerne pas Trump dont le suprémacisme saute aux yeux) appliquée à la langue innocente et très légitime (aurait dit Bourdieu) d'un journal de référence :
Trump gâche par une blague douteuse un hommage à la Maison Blanche

Alors qu’il recevait des anciens combattants amérindiens, le président américain a fait lundi une surprenante allusion à « Pocahontas », surnom dont il a affublé la sénatrice démocrate Elizabeth Warren.
LE MONDE | 28.11.2017 à 02h02 • Mis à jour le 28.11.2017 à 07h26 | Par Gilles Paris (Washington, correspondant)

Le président Donald Trump aux côtés de Navajos, lors d’une cérémonie d’hommage à la Maison Blanche le 27 novembre.

La réception devait être consensuelle. Donald Trump recevait à la Maison Blanche, lundi 27 novembre, trois des treize Navajos encore vivants qui avaient mis leur dialecte au service de l’armée américaine pendant la seconde guerre mondiale. Un code de communication que les ennemis des Etats-Unis n’avaient pas été en mesure de déchiffrer. Le président des Etats-Unis est pourtant parvenu à gâcher l’hommage en ravivant les critiques qu’il nourrit de longue date contre la sénatrice démocrate du Massachusetts, Elizabeth Warren. (...)
Voilà, maintenant vous savez ce que "dialecte" veut dire. C'est cela : c'est le parler des losers (même s'il-s contribue-nt à gagner une guerre mondiale).
D'ailleurs, les images sont parfois significatives : le tableau que l'on aperçoit entre Donald Trump et les deux héros Navajos de la photo est bel et bien celui d'Andrew Jackson, président —revendiqué par Trump— qui signa en 1830 l'Indian Removal Act, la brutale loi démocrato-coloniale à l'origine de la Piste des Larmes... Encore un détail de doigté du régime aux values...
Et qu'est-ce que c'est que cette piste des larmes ? Encore un massacre de la civilisation et du progrès, encore un broyage de la machine coloniale : "les soldats à cheval forcèrent à marcher, pendant 1750 kilomètres jusqu'à l'épuisement. 15 000 Indiens, femmes et enfants : 4 000 d'entre eux devaient mourir en route."

Daniel Coté (1) a fait le 26 août 2017 la recension d'un ouvrage (2) à ce sujet que nous devons à l'autrice canadienne Russel-Aurore Bouchard (chantre, par ailleurs, des armes à feu, armurière pendant 25 ans et fondatrice du Club de tir «Le Faucon»). Coté nous explique que l'essentiel du texte est formé du témoignage d'Eugène Roy, soldat qui participa au génocide des Indiens, "dont le manuscrit repose à la Société historique du Saguenay depuis 1937".

«C'est un texte extraordinaire, sans filtre, qui nous fait entrer dans la légende du Far-West, dans l'univers de la Frontière. On assiste au plus grand génocide de l'histoire de l'Humanité, alors que des millions d'Indiens ont été massacrés de façon méthodique afin qu'on puisse céder leurs terres à des Blancs. La Piste des Larmes est un sentier qui partait de Fort Smith et se rendait jusqu'à Santa Fe. On y a créé des réserves qui, en fait, étaient des mouroirs. Les gens étaient abandonnés en plein désert. Plusieurs souffraient de la dysenterie», a décrit Russel-Aurore Bouchard, mardi, lors d'une entrevue accordée au Progrès.
(Le Quotidien - Le Soleil,
26 août 2017)

_____________________________
(1) Daniel Coté est journaliste et responsable de la section des arts dans les journaux Le Quotidien et Progrès-Dimanche
(2) La Piste des Larmes - Un Canadien français témoin du génocide des Indiens des Grandes Plaines - Journal du soldat Eugène Roy (1857-1860), Chicoutimi, 2017, 532 pages.

jeudi 6 octobre 2016

Wajdi Mouawad revient à Madrid

Ce n'est pas la première fois que je vous parle de lui. Wajdi Mouawad est un homme total de théâtre extrême ; d'un côté, il se mêle de toutes les sauces de la scène, de ses sources et prolongations, du texte ou de la réalisation. De l'autre, auteur, metteur en scène, comédien, directeur artistique, plasticien, voire cinéaste, il pousse sa recherche loin, bien loin, comme un bohémien parcourant tous les recoins de la nature humaine. Loin à tout casser. C'est pour cela que ses pièces et ses montages vous saisissent aux tripes et vous cassent : on est contraint de se reconstituer après coup, tellement sa plongée sans limites dans la tragédie —disons à la grecque— vous secoue, vous serre et vous sèche la gorge... La gorge sèche après Incendies : fatal, inéluctable. Inoubliable.

Disons pour commencer que ces jours-ci, on dispose à Madrid d'une adaptation Mario Gas-Nuria Espert d'Incendies, cette création incontournable, au Teatro de la Abadía :
Du 14 septembre au 30 octobre, 2016
Et puis du 21 juin au 16 juillet, 2017, dans la Salle Juan de la Cruz du théâtre.
Teatro Abadía - Incendios
Incendios (Wajdi Mouawad)
Mise en scène: Mario Gas
Production d'Ysarca et du Teatro de La Abadía en collaboration avec le Teatro del Invernadero
Et puis, Mouawad revient personnellement se produire au Teatro Valle-Inclán (Lavapiés) qui est le siège du Centro Dramático Nacional. Il y sera quatre jours, du 28 au 30 octobre, pour présenter un diptyque...
Des mourants: Inflamation du verbe vivre / Les larmes D’Œdipe (Una mirada al mundo) -
Esperado regreso a los escenarios españoles de uno de los más importantes dramaturgos de este inicio de siglo, Wajdi Mouawad, recién nombrado director artístico del Théâtre de la Colline de París. Mouawad incide en este Díptico en una de sus habituales fuentes como autor y director de escena: la Grecia clásica y en concreto una figura esencial para él: Sófocles de la mano de los dos héroes trágicos Filóctetes y Edipo.
Dos piezas independientes que pueden ser vistas por separado o como un díptico en las que los temas recurrentes de este dramaturgo están presentes con gran intensidad. Un gran homenaje a los valores de la Grecia clásica y a la valentía y sufrimiento de los griegos contemporáneos. 28 al 30 de octubre de 2016
Teatro Valle-Inclán
Horario: viernes y sábado a las 20:30 horas y domingo a las 18:00 y 21:00 horas
País: Canadá y Francia
Idioma: Francés con sobretítulos en castellano (Source: CDN)
Inflammation du verbe vivre est basée sur Philoctète de Sophocle et jouée par Wajdi Mouawad. Cette pièce constitue le deuxième volet de sa trilogie Le Dernier Jour de sa vie.

Les larmes D’Œdipe est basée sur Œdipe à Colone, de Sophocle, et jouée par Jérôme Billy, Charlotte Farcet, Patrick Le Mauff.

Au crépuscule de sa vie, Œdipe accompagné de sa fille Antigone retourne à Athènes. Sa rencontre avec un Coryphée dans un théâtre antique lui apprend que la Cité est en colère : au cœur de la crise financière, elle pleure l’assassinat par la police d’un jeune garçon pendant une manifestation. Cet oratorio poétique à trois voix fait résonner les mythes fondateurs et le monde d’aujourd’hui avec le théâtre de Sophocle, dont Wajdi Mouawad conclut ici le cycle qu’il a consacré à ses sept tragédies.
(Synopsis fournie par le Théâtre de la Colline)

mercredi 30 mars 2016

Baobab

Dimanche 13 mars, 11h, Teatro Valle-Inclán, siège du Centro Dramático Nacional, à Lavapiés, Madrid. Salle El Mirlo Blanco. Séance de théâtre pour enfants à partir de cinq ans (sic) dans le cadre de Titerescena. Au Québec, c'est à partir de 4 ans qu'on la conseille. Ma fille n'avait pas encore eu sa troisième année et pourtant, j'avais adhéré illico à l'idée maternelle sans en savoir grand chose. La mère, le théâtre et le titre de la pièce, Baobab, me semblaient trois garanties plus que suffisantes. Le mot baobab évoque aussitôt dans mon esprit le Sénégal, source toujours chez moi d'affects très joyeux.
Cela fait très longtemps, après un voyage au Sénégal en 1996, j'écrivis un texte témoignage. La découverte d'un baobab (« Adansonia digitata ») cinq fois centenaire sur la savane, sur notre chemin vers Djiffère, me fit écrire :
De nuevo en marcha. La sabana de baobabs, las termiteras salpicándolo todo, también los campos cultivados. Nos detenemos a la altura de un baobab gigante de más de 500 años. En compañía de un guía de guardia, nos vamos colando todos por una rendija del tronco, cabeza y pierna al tiempo, único modo de embutirse. Una vez dentro, el experto nos habla del ancestral valor funerario del baobab, en tiempos cámara mortuoria del griot recién fallecido. Igual que muchos esclavos griegos cubrían la relevante función de pedagogos en la antigua Roma, los miembros de esta baja casta de poetas y músicos han sido los depositarios de la tradición oral de su pueblo. Al griot (géwal/géwél en uólof) nunca se lo enterraba: unas largas parihuelas sostenidas en lo alto de aquella oscura bóveda eran su sepulcro. Inhumarlo podía provocar una temible sequía.
Donc, les griots n’étaient pas enterrés, si l'on voulait éviter une terrible sécheresse ; on les inhumait dans les trous des baobabs qui devenaient de la sorte des arbres-sépultures. Cette tradition sérère relie par conséquent eau et baobab...


Deux minutes avant l'heure prévue, nous occupions nos sièges. Sur scène, un musicien tapait gaiement sur les lames de bois de son balafon, ce beau xylophone mandingue, ou malinké, à calebasses. À sa droite, une femme blonde immobile jouait subtilement de la kora avec maîtrise. La kora est une sorte de harpe-luth typique de la tradition mandingue, elle aussi, que le public espagnol intéressé identifie notamment avec le malien Toumani Diabaté —qui enregistra Songhai (1 et 2) avec le groupe Ketama. J'apprendrais plus tard que les artistes en question s'appellaient Aboulaye Koné et Nathalie Cora (de son vrai nom Nathalie Dussault), formée justement auprès de Diabaté au Mali et devenue maîtresse de l'instrument qui lui donne son surnom, dont elle dit...
La kora est un instrument diatonique à cordes pincées classé dans la famille des harpes-luths. Elle se compose d’une demi-calebasse sur laquelle est tendue une peau de vache et est traversée par un long manche où sont fixées ses 21 cordes. Deux antennes permettent de tenir l’instrument que l’on joue avec les pouces et les index. Chaque joueur de kora fabrique lui-même son instrument.
La kora est issue de l’Afrique de l’Ouest. On la retrouve principalement au Mali, au Sénégal, en Guinée et en Gambie parmi les ethnies malinkés. Elle est traditionnellement jouée par des hommes, les griots, dont le métier est de perpétuer l’histoire, les coutumes et la généalogie des familles.
Arrivèrent ensuite un homme très costaud et une femme. C'étaient Widemir Normil et Sharon James. Elle monta les marches divisant les spectateurs en deux pour demander les prénoms de quelques enfants, dont ma fille, qui seraient salués par les comédients interprètes dans leur litanie d'ouverture. Visiblement enrhumée, Sharon James n'arrêterait pas de jouer son rôle de marionnettiste avec précision, le sourire aux lèvres quand il le fallait.

Baobab est une coproduction de la troupe Sô (Mali) et du québécois Théâtre Motus [voir plus bas pour Hélène Ducharme] créée le 18 janvier 2009 avec le soutien du Théâtre de la Ville de Longueuil et la collaboration du comédien Hamadoun Kassogué (né en 1957 à Ley, Kani Godouna, Mali) et du peintre, infographe et sculpteur sénégalais Ismaïla Manga (1957-2015). Ce 13 mars 2016, c'était le premier anniversaire de sa mort.
La traduction en castillan —hélas, faible— est due à Humberto Pérez Mortera. La diction travaillée et en général claire des acteurs —notamment du puissant et protéiforme Widemir Normil— facilitait néanmoins la compréhension.
Voici le résumé officiel de la pièce :
Dans cette région d'Afrique où une sécheresse sévit depuis très longtemps, se dresse un baobab millénaire. Voilà qu'un jour, de ce baobab naît un œuf et, de cet œuf, un petit garçon. Les villageois découvrent qu'il est le seul capable de libérer la source d'eau. Débute alors une grande quête où seul le courage d'un enfant peut changer l'histoire du Monde. Dans cet univers rempli de soleil, où l'ombre est réconfortante, les percussions africaines se transforment en animaux et les masques et marionnettes deviennent génies ou sorcières ! Laissez-vous guider par le grand griot dans cette fabuleuse histoire inspirée de contes africains.
Ce jeune garçon sauveur s'appelle Amondo, le rassembleur. Sa présence sur scène est assurée par une marionnette inoubliable. Il n'est pas Hercule, c'est un môme qui ne devra exécuter que... trois travaux décisifs pour la reconquête de l'eau, symbole autrement significatif, surtout en Afrique où la sécheresse ne plaisante pas.
L’enfance croit ce qu’on lui raconte..., disait Jean Cocteau au début de son film La Belle et la Bête. En guise d'« il était une fois », Baobab démarre comme cela...
« LE GRIOT : Aw ni sogoma! À vous le petit matin… Nous sommes les griots du village et pour vous raconter notre histoire, nous avons besoin de vos oreilles. Voulez-vous nous prêter vos oreilles? Les enfants répondent et le griot fait le geste de prendre dans ses mains les oreilles des enfants et de les placer sur son cœur. Merci. Ne vous en faites pas, elles sont entre bonnes mains. Zirin ! / TOUS : Namou. »
Au sujet de l'archéologie de la conception de Baobab, le journaliste Jean Siag publiait le 12 décembre 2009 un article très instructif dans La Presse :
La genèse du projet Baobab vaut la peine d'être contée. Après avoir plongé plusieurs mois dans l'univers glacial des Inuits pour sa pièce Inuussia, la femme-phoque, présentée la semaine dernière au Festival Titirijai de Tolosa, en Espagne, la cofondatrice de Motus, Hélène Ducharme, avait envie d'un peu de chaleur.
«Mon ami Aboulaye Koné, m'a dit: tu dois aller à la rencontre de l'Afrique, raconte-t-elle. Oui, j'avais une idée de ce que je voulais écrire, mais je devais m'imprégner de la culture africaine et de ses traditions.»
L'auteure de Nombril et de Bulles s'est donc rendue au Mali et au Sénégal, dans une démarche de recherche. De ce périple en Afrique de l'Ouest, Hélène Ducharme fera deux rencontres déterminantes: Ismaïla Manga, artiste visuel sénégalais, qui a peint toutes les toiles de Baobab que l'on voit sur scène; et l'acteur Hamadoun Kassogué, le «Brad Pitt du Mali !» dixit l'auteure, qui a peaufiné la structure du texte (...).



Librement inspiré de ce spectacle, les Éditions de la Bagnole publièrent en 2010, l'ouvrage Baobab. Amondo le rassembleur, texte d'Hélène Ducharme, illustrations de Normand Cousineau. 
Hélène Ducharme est comédienne, marionnettiste, acrobate, danseuse, auteure en résidence pour le Théâtre Motus ; elle a aussi mis en scène les dernières créations de la compagnie : La Crise (2003), Inuussia, la femme-phoque (2005), Bulles, Légendes d'hiver pour micro-marionnettes (2007) et Baobab (2009).
Le Théâtre Motus fournit sur son site cette information sur ses origines et son projet :
Fondé au début de ce millénaire, le Théâtre Motus explore, crée et diffuse des pièces de théâtre originales destinées au jeune public et au public familial. Nous privilégions le médium de la marionnette pour les libertés que celle-ci nous offre au niveau de la dramaturgie et de la mise en scène, comme véhicule d’émotions et comme objet qui nous permet de repousser les frontières des formes.
Nous explorons le mariage entre la marionnette, le jeu de comédien, la musique en direct, le théâtre d’ombres noires et en couleur et toute autre forme théâtrale potentiellement complémentaire à la marionnette. Le dialogue entre cultures diverses nous inspire également beaucoup.
La compagnie, qui a été fondée par Hélène Ducharme et Sylvain Massé et a pignon sur rue à Longueuil, diffuse ses spectacles à l’échelle internationale et a déjà donné plus de 1 200 représentations de neuf spectacles ici, aux États-Unis, au Mexique, en Espagne, en France, en Grèce et au Mali.
Les amis des contes africains disposent ici (les trésors d'Amadou Hampâté Bâ) et (contes du Congo) d'autres références abordées dans ce blog.

jeudi 8 mai 2014

France Terme

Nouveauté technologique (depuis le 27 mars 2014), l'application gratuite France Terme permet de découvrir près de 7 000 vocables scientifiques et techniques et leurs équivalents étrangers, officiellement  recommandés par le Journal officiel de la République française. Elle est téléchargeable sur Google Play. Voici la description qu'on peut lire sur le site avant installation :
Description
Vous pouvez le dire en français ! Découvrez l'application FranceTerme.
Cette application vous permet d’accéder à tout moment aux termes spécialisés de la base de données FranceTerme de la délégation générale à la langue française et aux langues de France (ministère de la Culture et de la Communication), qui compte près de 7 000 termes français, avec leur définition et leurs équivalents étrangers.
L’application, qui n’est pas un dictionnaire de langue générale, vous permet de découvrir de très nombreux termes scientifiques et techniques. Ces termes, des plus largement en usage jusqu’aux plus spécialisés, proposés par des experts de multiples domaines, ont été recommandés et publiés au Journal officiel par la Commission générale de terminologie et de néologie, dans le cadre du dispositif institutionnel d’enrichissement de la langue française.
L’application, libre et gratuite, peut constituer un outil précieux pour vous exprimer en langue française quel que soit votre travail : rédaction ou traduction d'un article de presse, d’un mémoire, d’une note, d'un cahier des charges, d'une proposition commerciale… quelques clics et vous avez le bon terme : Ayez le réflexe FranceTerme !
 Attention, au Québec, on peut consulter le Grand dictionnaire terminologique et Termium.

samedi 8 mars 2014

Peau de baballe

Homines non nascuntur, sed effinguntur
(Les hommes ne naissent pas hommes, ils le deviennent)

Érasme : De pueris instituendis, 1528

 
On ne naît pas femme : on le devient
Simone de Beauvoir : Le deuxième sexe 1, Gallimard, 1949, pages 285-6.

On naît homme... puis on cesse de l'être
(Personne, le 29 janvier 2014)


Juste avant cette journée des femmes, les média nous ont appris qu'... 

Une femme sur trois vivant dans l'UE a été victime de violences physiques ou sexuelles au moins une fois dans sa vie depuis l'âge de 15 ans, selon une étude publiée mercredi [5 mars] par l'Agence européenne des droits fondamentaux, la plus vaste jamais réalisée. 

En effet, c'est franchement insupportable. D'ailleurs, l'Agence explique que "le non-signalement de la violence à l’égard des femmes masque la véritable ampleur du problème"...

Par ailleurs, Survival International nous propose une galerie de photos de femmes indigènes accompagnées de textes qui prêtent à penser. Déjà l'introduction marque le ton de l'ensemble :
Pendant des décennies, les femmes indigènes ont connu les expulsions, la peur, le meurtre et le viol aux mains de leurs envahisseurs. Elles ont souffert de l’humiliation infligée par des gouvernements qui perpétuent l’idée qu’elles sont en réalité ‘arriérées’ et qu’elles vivent encore à ‘l’âge de pierre’.
Avec la spoliation de leurs terres et devant un avenir de plus en plus incertain, elles ont perdu leur estime de soi et le sens de la vie.
Mais malgré ces épreuves, leur résistance se fait de plus en plus forte. A travers cette galerie photo, Survival célèbre la Journée internationale de la femme avec le soutien de l’actrice américaine Gillian Anderson et de la célèbre créatrice de bijoux contemporains Pipa Small. Si cette galerie relate l’histoire tragique qu’ont vécue – et que vivent – les femmes indigènes, elle met aussi en avant le courage et l’inspiration dont elles font preuve pour récupérer leurs terres et faire respecter leur droits fondamentaux.
La photo consacrée aux femmes innu de la péninsule du Labrador* est suivie d'un commentaire que je trouve particulièrement instructif :
Lorsque les missionnaires catholiques sont arrivés sur les côtes de la péninsule du Labrador, au Québec, ils furent horrifiés de constater le niveau d’indépendance et de pouvoir des femmes innu. Jusqu’au milieu du XXe siècle, le programme de l’activité missionnaire comportait la redistribution des rôles homme-femme pour les rendre conformes au modèle européen.
Jusqu’à récemment en Europe, les femmes étaient généralement perçues comme inférieures aux hommes; on les empêchait de réussir socialement et leur rôle se résumait à accompagner et soutenir leurs époux. Mais à la même époque, les femmes innu, qu’elles soient mariées ou non, étaient beaucoup plus libres, c’étaient elles qui souvent choisissaient où et quand installer le campement lors de leurs longues migrations à travers les étendues sub-arctiques de leur terre natale Nitassinan.
Cette indépendance scandalisa les missionnaires jésuites qui tentèrent sans répit de leur imposer le modèle européen de la femme soumise à son mari, mais cela ne fonctionna qu’après la sédentarisation forcée des Innu par le gouvernement canadien et l’abandon consécutif de leur mode de vie migratoire, constate l’anthropologue Colin Samson qui a travaillé avec les Innu pendant des décennies.
Néanmoins, depuis quelque temps, les femmes innu ont été en première ligne dans la résistance contre le survol à basse altitude de leur territoire par les avions d’entraînement de l’OTAN qui font fuir le gibier dont ils dépendent et qui détruisent leur santé physique et mentale.
Elles se distinguent également dans leur opposition aux industries extractives sur leurs terres ancestrales et dans leurs efforts pour que les Innu maintiennent leur mode de vie.
Bref, faisons un cadeau Tachan aux hommes de notre civilisation. On Henri (jaune) toujours. Car on a tout de même besoin de rigoler pour ne pas sombrer dans la détresse...



Merci toujours, Henri.

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* De nos jours, la province de Terre-Neuve et du Labrador compte quatre peuples d'origine indigène : les Inuit, les Innu (ou Naskapi-Montagnais), les Mi'kmaq et les Métis.

mercredi 29 août 2012

La Valls des Roms en quête de vie

Antonio Torres Heredia,
hijo y nieto de Camborios,
viene sin vara de mimbre
entre los cinco tricornios.

(Federico García Lorca, Romancero Gitano)


Suite aux vicissitudes électorales (présidentielle et législatives) de cette année 2012, la France a changé a deux reprises de pouvoir exécutif ; nous avons connu ainsi les 35e et 36e gouvernements de la Ve République française.
Dans les deux cas, par les décrets du 15 mai et du 18 juin 2012 respectivement, le nouveau président de droite de la République, François Hollande, a nommé le même Premier ministre de droite, Jean-Marc Ayrault. Oui, "de droite", car dans la démocratie libérale, plus ça alterne, plus c'est la même chose.
Dans ce genre de situations, il y a néanmoins des gens admirables qui choisissent d'employer plaisamment l'expression "gauche de droite" ; désolé, je la trouve un peu inutilement longue : on risque d'avoir à dire des énormités du type « le Premier ministre de gauche de droite de cette République d'extrême centre... », et je préfère toujours la voie la plus directe entre le mot et le concept, mis à part les vertus de la langue métaphorique.
Au demeurant, comme dans les fermes orwelliennes, il est vrai que dans tout gouvernement de droite, tous les ministres sont de droite, mais certains ministres sont plus de droite que d'autres. C'est ainsi qu'il ne fallait pas être Einstein pour savoir au préalable que Manuel Valls (maire d'Évry très blanc jusqu'au 24 mai), qui avait obtenu 5,69 % dans la primaire de son parti (le soi-disant Parti Socialiste), serait beaucoup plus à droite que d'autres, raison pour laquelle François Hollande, qui l'avait déjà nommé directeur de la communication pour sa campagne présidentielle de 2012, l'a élu ministre de l'Intérieur.
Manuel Valls est connu pour son « refus de l'assistanat » —rengaine des libéraux et des fondamentalistes chrétiens qu'il ne faut surtout pas appliquer aux instances vraiment raflantes, autrement dit les grandes fortunes et les grandes entreprises. En fait, peu après son arrivée au ministère, il déclara 
 "Etre de gauche, ce n'est pas régulariser tous les sans-papiers" (Manuel Valls).
, expression qui lui valut ce billet d'Hervé Le Tellier (Le Monde, 20/06/2012) :
Pour donner son ton, on ne dira pas que Valls a mis l'temps (c'est beaucoup moins charmant, ça ressemble à Guéant, chanterait Brel).
Il naquit à Barcelone et se naturalisa français en 1982.
Comme il souhaite « concilier la gauche avec la pensée libérale », dès qu'il devint ministre de l'Intérieur et qu'il en eut les moyens, il entama tout naturellement une croisade contre les Roms, une vraie, comme d'habitude, qui nous a permis de lire dans la presse ces derniers jours :
  1. « On expulse des Roms sans savoir où les mettre, c'est scandaleux. Si on les expulse, il faut savoir où les mettre. Ce n'est pas le cas, c'est une honte. »
    Réaction, lundi, de Mgr Gaillot à l'expulsion d'un campement rom d'Evry [Essonne, Île-de-France ; rappelez-vous : l’ancienne mairie de Manuel Valls !], dont une quarantaine d'occupants restaient regroupés dans l'après-midi devant la mairie de la commune.
    Le Monde, 28 août 2012.
  2. Un campement de Roms évacué par la police près de Lyon
    Le Monde.fr | 28.08.2012 à 10h02 • Mis à jour le 28.08.2012 à 13h47

    La police est intervenue mardi 28 août dans la matinée sur un terrain de Saint-Priest, dans le Rhône, pour en expulser environ cent quatre-vingts Roms qui y étaient installés depuis plusieurs mois à la suite d'une décision de justice. Selon la préfecture du Rhône, il y avait mardi matin seulement cent vingt et une personnes dont quarante-sept mineurs. Le terrain appartient à une société privée et, selon une source proche du dossier, la mairie de Saint-Priest était favorable à cette expulsion. La police a procédé à des contrôles d'identité sur ce vaste terrain de la banlieue lyonnaise, proche de l'usine Renault Trucks et du parc de Parilly, selon Gilberte Renard, une militante d'un collectif de soutien aux enfants des squats et membre de la Ligue des droits de l'homme (LDH).

    "ILS SONT CACHÉS ET NE GÊNENT PERSONNE"
    "Ces Roms se sont regroupés là depuis plusieurs mois, après avoir déjà été expulsés de droite et gauche, il y a plein d'enfants et de nouveau-nés", a ajouté Mme Renard, avant de préciser que "les policiers contrôlent les papiers et visitent toutes les tentes".
    Selon un autre militant associatif, "il s'agit du plus gros campement" de la région. "C'est aussi un terrain privé frappé d'une mesure d'expulsion. La mairie de Saint-Priest voudrait y construire des immeubles", a-t-il ajouté, se disant "scandalisé", car ces Roms "sont cachés et ne gênent personne". "Ce qui se passe en ce moment, c'est pire que sous la droite et Sarkozy, ils ne respectent pas les promesses du candidat Hollande alors qu'ils viennent de faire une réunion interministérielle", a-t-il encore déploré.
    La préfecture a confirmé l'opération, mais le préfet n'a pas souhaité s'exprimer sur le sujet.
  3. Réunion inter-ministérielle sur les Roms, un seul mot d’ordre: DEGAGE !

    Mediapart, le 25 août 2012. Par Philippe Alain
    Alors que Bruxelles vient de remettre la France sous surveillance en raison de sa politique d’expulsion des Roms, le gouvernement a organisé une réunion interministérielle sur les « opérations de démantèlement des campements illicites et leur accompagnement».

    Enfants Roms: l'autre tweet de Valérie

    Mediapart, 11 août 2012. Par Philippe Alain
    @Valtrier

    Je m’appelle Marcel et j’ai 7 ans. Je fais partie des 900 Roms de Lyon que monsieur Valls a décidé de jeter à la rue en application de décisions de justice dont je ne conteste nullement la légalité mais dont je voudrais porter à votre connaissance l’inhumanité.
    Je pensais tout d’abord vous envoyer moi aussi un tweet, mais devant tout ce que le gouvernement et la police nous font subir en ce moment, je n’ai pas pu me limiter à 140 caractères et je vous prie de m’en excuser. J’ai donc décidé de vous écrire une lettre. Si tout cela continue, c’est un livre que je vous enverrai.
    Il y a quelques mois, j’ai lu un de vos tweets, ou plutôt deux. Je ne veux pas vous parler de celui qui a fait les premières pages alors qu’il aurait dû être oublié mais plutôt de celui qui a été oublié alors qu’il aurait dû faire les premières pages. Vous avez écrit : « Rapport de l'Unicef: 10% d'enfants pauvres en France. Une information qui mériterait l'indignation et la Une. Pas la banalisation. »
    Tout d’abord, je voulais vous remercier pour l’attention que vous portez aux plus démunis et particulièrement aux enfants pauvres. Je voulais aussi vous signaler que selon ce même rapport de l’Unicef, le taux de pauvreté qui frappe les enfants en Roumanie n’est pas de 10%, mais de … 76%. (1) Vous comprenez sans doute pourquoi mes parents ont décidé un jour de tout quitter pour venir s’installer en France. Qu’auriez-vous fait à leur place ? Vous seriez restée en Roumanie ou vous auriez décidé de partir dans l’espoir de donner une vie meilleure à vos enfants ?
    Une vie meilleure… Quelle utopie… Depuis quelques jours, c’est un véritable enfer que je vis avec ma famille.
    Mardi matin, j’ai été expulsé « d’un campement insalubre » en application d’une décision de justice. Je ne sais pas pourquoi cette expulsion a eu lieu au mois d’août. Le jugement et le commandement de quitter les lieux ont été notifiés au mois de mai. De mauvaises langues disent que monsieur Valls a attendu le milieu de l’été pour expulser tout le monde en même temps dans l’espoir que cela passerait inaperçu.
    Toute la journée, nous avons dû marcher parce que la police nous empêchait de nous reposer et de poser nos affaires. « Ce sont les ordres » disait le chef de la police. Une voiture de policiers en civil nous a suivis partout. On s’est sentis traqués comme des bêtes. Le soir, nous avons trouvé un endroit au milieu de nulle part. Il y avait déjà des Roms qui venaient d’un autre campement expulsé. Nous avons construit des abris de fortune avec des bouts de bois et des branches. La nuit je n’ai pas dormi. J’avais peur. Il y avait beaucoup de bruits étranges. Avant nous, il y avait d’autres animaux qui occupaient cet endroit. Ils ne devaient pas être très contents que nous soyons ici. Plus personne ne veut de nous.
    (...)

    "Tuez les tous, ça ira plus vite"

    Mediapart, 10 juillet 2012. Par Philippe Alain
    A 7h30, lundi 9 juillet, la police encercle le campement situé au niveau de l’esplanade des taxis de la gare de Lyon Perrache. Plus personne n’est autorisé à rentrer ou à sortir du périmètre de sécurité.

    La Valls des charters continue

    Mediapart, 07 juillet 2012. Par Philippe Alain
    La France socialiste continue à expulser massivement par charters des roms en détournant des fonds publics de leur usage initial. Ces opérations permettent également de contourner des procédures judiciaires et de vider les campements de leurs occupants.

    Recensements, expulsions, charters: Valls marche à pas de Guéant

    Mediapart, 15 juin 2012. Par Philippe Alain
    Alors que tous les dirigeants socialistes poussent des cris d’orfraie contre Nadine Morano qui déclare publiquement qu’elle partage les mêmes valeurs que les électeurs du Front National, à Grenoble, Toulouse et Lyon, Manuel Valls, lui, applique scrupuleusement la même politique que Claude Guéant à l’égard des roms.

Et ce n'est pas tout, en la matière, car les amis de la Liberté prolifèrent. Au Canada aussi, où le gouvernement (Parti Conservateur) est prêt à considérer la détention des demandeurs d'asile roms, ces gens qui adorent souvent les marchés... Au nom du libre marché, j'imagine.

Quelle vague à Bonds, quelle Valls à mille temps sans solution, sans jugeote pour la roulotte —qui ne saurait acquérir le statut du camping-car.
Bref, retenons l'essentiel : il faut réserver l'assistanat aux nantis, aux ingenui modernes, les hommes libres de l'empire de la Finance ; quant aux autres groupes sociaux, esclaves ou affranchis (liberti), parias ou classes moyennes, qu'ils s'arrachent les miettes du festin des assistés !
Sartre disait « Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent ». À cet égard, même Warren Buffett pourrait accepter que « Quand les riches font la guerre aux pauvres, ce sont les pauvres qui meurent ». Et l'on remarque aussi que « Quand les pauvres se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent ».

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Note du 2/09/2012 : Rue89 publie une carte qui prouve le déplacement forcé de près de 3.000 Roms depuis l'arrivée au pouvoir de François Hollande en mai 2012.

D'autre part, sachez qu'une liste de 150 métiers est définie à l’intention des ressortissants bulgares et roumains qui restent soumis à l’autorisation de travail pendant la période transitoire qui a débuté le 1er janvier 2007. Pour Consulter la liste des 150 métiers (arrêté du 18 janvier 2008 – JO du 20/01/2008), cliquez ci-contre. Pour mieux connaître les dispositions gouvernementales françaises sur les métiers en tension (sic), cliquez sur le lien. On remarquera que les gadjos sont en quête, entre autres, de géomètres qui sont souvent arpenteurs...
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Mise à jour du 25/09/2013 :

"C'est illusoire de penser qu'on règlera le problème des populations roms à travers uniquement l'insertion", a déclaré ce mardi le ministre de l'Intérieur Manuel Valls sur France Inter, assurant qu'une minorité de Roms veulent s'intégrer en France.


jeudi 31 mai 2012

Canada amer: vents de résistance et vente de la mer

Savez-vous que CLASSE veut dire, dans un pays francophone, Coalition large pour une solidarité syndicale étudiante ? C'est au Québec, au Canada.
Je ne voudrais pas négliger ce qui s'y passe il y a plus de trois mois. L'effort de centaines de milliers de citoyens canadiens mérite tout notre soutien.

Photographie d'un carré rouge en feutre fixé par une épingle sur un sac en bandoulière.
 Le carré rouge, symbole du Collectif pour un Québec sans Pauvreté,
est devenu le symbole de la grève étudiante. Photo tirée de Wikipédia.

On dirait un miracle, mais c'est vrai: plus de 100 jours se sont écoulés depuis le 13 février et les étudiants québécois y sont toujours, tiennent bien, ne se lassent pas de dire non. Ils n'acceptent pas l'obscène augmentation des droits de scolarité dans leurs universités : ils ne se laissent pas leurrer par l'air du temps ni beurrer la cervelle par les snobelen d'aujourd'hui qui ne tiennent qu'à faire leur beurre d'érable. Toute hausse considérable des frais d'inscription (et des frais "afférents" recouvrant d'autres coûts administratifs, de gestion, sportifs...) dans les universités entraîne, d'un côté, un accroissement des inégalités sociales et des chances devant l'étude, le savoir et les diplômes, et de l'autre, un endettement précoce qui va ruiner, voire réduire en esclavage bon nombre d'étudiants et leurs familles, car celles-ci se voient contraintes de cautionner les emprunts de leurs enfants.
À cet égard, dans Le nouvel Observateur nº 2480, du 17 au 23 mai 2012, page 67, Martine Desjardins, présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) expliquait que, pour financer leurs études, « les jeunes Québécois travaillent en moyenne 15 heures par semaine et s'endettent pour 13 000 dollars. » Elle ajoutait :
« On arbore tous un carré rouge, en papier, en feutre, en tissu pour dire qu'on ne veut pas être "carrément" dans le rouge... » Aux États-Unis, rappelle Martine Desjardins, « la dette étudiante vient de franchir le seuil des 1 000 milliards de dollars ! Et c'est devenu la première cause d'endettement. »
Comme réponse démocratique à cette contestation pacifique, récalcitrante et bien nourrie, le gouvernement libéral québécois de Jean Charest (PLQ) a renforcé son autoritarisme et dicté le 17 mai une loi spéciale limitant sérieusement le droit de manifestation : la loi 78, dite officiellement " Pour la Paix et l'Ordre ", populairement " de matraque-sur-le-peuple ". Et les étudiants québecois de descendre dans la rue de plus re-belle ou de se mobiliser encore plus sur le web. Les manifs scandent : « La loi spéciale, on s'en câlisse », c'est-à-dire, « on s'en fout ».

Pour mieux comprendre la donne actuelle du conflit, voici d'autres informations récentes relatives à ce mouvement touffu et joyeux :

Des centaines de milliers de citoyens sont rassemblés à Montréal

22 mai 2012 | Auteur: Jo ^^
Un demi million de gens défient la loi 78 au centre ville de Montréal selon CUTV
Photo Alain Roberge/La Presse
Anabelle Nicoud et Gabrielle Duchaine
La Presse
En ce 100e jour de grève étudiante, des dizaines de milliers de personnes marchent dans les rues du centre-ville contre la hausse des droits de scolarité et contre la loi spéciale adoptée vendredi dernier.
En lire plus (ou y voir énormément d'intéressantes photos)

Vidéo de la grande manifestation à Montréal du 22 mai 2012 pour le 100e jour de grève.
— Recueil d'infos à ce propos distribué le 24 mai par la Check-List du journal Le Monde :
Le Québec miné par une crise sociale inédite

Au Québec, le "printemps érable", éclos il y a quatre mois avec les premières protestations étudiantes, tourne à l'affrontement larvé. A tel point, note Le Temps, que Montréal "ne dort plus", secouée par une crise sociale d'une ampleur jamais vue jusqu'ici. Mardi, à l'occasion du centième jour de ce qui s'apparente à une"grève sans fin", plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues de la ville, relatent le Globe and Mail et La Presse. Leur mot d'ordre : "100 jours de grève, 100 jours de mépris, 100 jours de résistance". Une résistance globalement pacifique qui, désormais, ne vise plus seulement la hausse des frais universitaires, mais aussi et surtout la "loi 78", adoptée en fin de semaine dernière à l'initiative du gouvernement libéral de Jean Charest et qui restreint le droit de manifester. Fustigée sans réserve par la rue, laquelle semble s'engager sur la voie de la désobéissance civile, cette mesure d'exception est également éreintée par  les médias : Le Devoir y voit un "abus de pouvoir" et une "tentation autoritaire","corollaire de la peur engendrée par la faiblesse des autorités en place", tandis que La Presse dénonce une disposition "malavisée et contre-productive". Au-delà de ce nœud gordien, qui déchaîne les passions, comment interpréter ce bras de fer ? S'agit-il d'un épiphénomène du mouvement des "indignés" ou, comme d'aucuns le suggèrent, un "face-à-face de générations" ? Pour La Presse, en tout cas, l'attitude de "Rambo politique" adoptée par le gouvernement ne peut conduire qu'à une aggravation de la situation. D'où l'impérieux appel lancé par le quotidien à un"retour au calme""devoir national" pour chacune des parties au conflit.
— Et ça ne démord pas ; RADIO-CANADA, le 30 mai 2012 :

De nouvelles manifestations contre la loi 78 dans l'Est du Québec

Mise à jour le mercredi 30 mai 2012 à 12 h 03 HAE

Le Cégep de Rimouski Le Cégep de Rimouski

Plus d'une trentaine d'enseignants du Cégep de Rimouski ont manifesté contre l'adoption de la loi spéciale 78 tôt ce matin. Ils ont formé une chaîne de solidarité humaine devant l'entrée de la rue Saint-Louis. Ils ont demandé aux gens de ne pas emprunter cette porte pour accéder au cégep, sans pour autant empêcher l'ouverture de l'institution.  
NOTE : Un Cégep, c'est un collège d'enseignement général et professionnel destiné à assurer la formation postsecondaire/préuniversitaire des 15-24 ans.

— En même temps, comme cela fait longtemps que les grands faucons de la planète ont brisé la glace, le gouvernement canadien du conservateur Stephen Harper, semblable, frère de celui qui gouverne le Québec, veut vendre la mer —homophonie inquiétante. Plus concrètement, ils ont mis aux enchères 10 000 km2 de l'océan arctique dont les ressources minières et énergétiques font saliver les majors pétrolières car il faut vendre la glace tant qu'elle fond, réchauffement oblige, ou avant que l'ébullition sociale ne regarde de ce côté-là.
Vous pouvez penser que l'eau-céans en souffrira, tout comme toute la vie qui en dépend, bien entendu. C'est pour cela que certains scientifiques s'en inquiètent :
(...) Deux ans après la catastrophe environnementale provoquée par BP dans le golfe du Mexique, plusieurs scientifiques redoutent cependant les impacts potentiels de cette quête de ressources non renouvelables. L’Arctique, de plus en plus accessible en raison de la fonte des glaces, renferme en effet une riche biodiversité dont certains pans sont encore méconnus. Plus de 2000 scientifiques de 67 pays ont d’ailleurs demandé à la communauté internationale de protéger l’océan Arctique, en interdisant la pêche commerciale tant que la recherche et un encadrement réglementaire n’assureront pas le respect de cet environnement.
Dans ces zones, une intervention en cas de marée noire serait par ailleurs complexe, en raison de la présence de glaces et de l’éloignement. (Le Devoir, le 18 mai 2012).
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NOTE POSTÉRIEURE : Pascale Dufour a publié un article très documenté à ce propos, intitulé Ténacité des étudiants québécois, dans Le Monde diplomatique de juin 2012 (page 6). Elle est professeure au département de Science politique de l'université de Montréal (Canada). Son article s'appuie sur les recherches de Louis-Philippe Savoie, candidat à la maîtrise en Science politique à l'Université de Montréal.