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mardi 30 janvier 2018

Les Forêts natales et le dépôt d'ossements ou de crânes des vaincus dans les musées


Photo : Alberto Conde

Du 3/10/2017 au 21/01/2018, nous avons pu voir l'exposition des Forêts natales dans la Galerie Jardin du musée du Quai-Branly-Jacques Chirac de Paris. Pour accéder à son dossier pédagogique, cliquez ici. Son commissaire était Yves Le Fur, le directeur du Département de Patrimoine et des collections du musée.


Le nom de l’exposition avait été inspiré par un poème de Guillaume Apollinaire. Yves Le Fur y fit référence dans une entrevue accordée a Géopolis (France TV Info) :
L’Afrique équatoriale atlantique couvre majoritairement le Gabon. Mais elle s’étend aussi sur trois autres Etats. Le titre de l'exposition ne pouvait donc pas porter uniquement sur le Gabon. Par ailleurs, cette région a connu des mouvements de populations depuis au moins trois siècles. Dans cet espace-temps, il y a ainsi une histoire, artistique notamment, que l’on ne peut pas résumer simplement. Pour la raconter, il convient d’adopter la démarche de l’histoire de l’art en montrant qu’à l’intérieur de la période, il y a un ensemble de styles différents.
Dans ce contexte, je n’ai pas voulu donner un titre particulier et réducteur. On l’a donc transposé sur Apollinaire et son poème Les fenêtres, publié en 1913 :
«Du rouge au vert tout le jaune se meurt / Quand chantent les aras dans les forêts natales».
Apollinaire est l’un des premiers en Occident à avoir considéré ces objets comme des œuvres d’art.
«Forêts natales», c’est un titre à tiroirs, qui botte un peu en touche. Il fait référence à la forêt équatoriale, d’où viennent les esprits, le surnaturel. Mais aussi au bois des statues et des masques. Un bois qui sert aussi pour la fabrication de médicaments.
Elle commençait par une déclaration de principes forte : "Les très grands sculpteurs sont africains. Pas seulement ceux de Grèce antique, de la Renaissance ou autres. L'exposition veut le montrer en présentant les styles et mutations des formes des arts au cœur de l'Afrique équatoriale atlantique".

Photo : Alberto Conde
Photo : Alberto Conde
Statue d'ancêtre, gardien de reliquaire.
Fang, Betsi-Mvaï - Bois, métal.
Photo : Alberto Conde

La présentation était divisée en zones géographiques. Aussi pouvait-on passer en revue le Nord de l'Afrique équatoriale atlantique et ses statuettes de gardiens de reliquaire Fang, comme la pièce en bois de funtumia (et faïence et métal) qui avait été choisie comme image de l'exposition ; l'Est et le culte des ancêtres des Kota et des Mbede, avec les masques-heaumes Emboli (mot qui veut dire "l'esprit de la forêt") et les masques Mahongwé ; le centre, représenté par les grands masques ovales polychromes, parfois recouverts de fibres végétales, des Galwa —ethnie gabonaise implantée en aval de la ville de Lambaréné sur le cours inférieur du fleuve Ogooué...

Masques Galwa - Photo : Alberto Conde

Le tout amenait des sensations ineffables et l'intérêt allait en croissant à mesure qu'on avançait : notre parcours s'acheva en point d'orgue avec un superbe échantillon des œuvres des Tsogo et des Punu, ethnies du Sud du territoire étudié, qui comprenait aussi des piliers de case rituelle des Tsogo.

Piliers de case rituelle - Photo : Alberto Conde

Les masques féminins des Punu, en bois, colorés avec des pigments, aux visages recouverts de kaolin, dont la blancheur était relevée et recoupée dans un espace délibérément enténébré par une illumination très bien focalisée, composaient de fascinantes physionomies aux yeux étirés et clos.

Masque Punu - Photo : Alberto Conde

 Masque anthropomorphe, Punu, République gabonaise.
XIXe siècle-début du XXe siècle, bois, pigments, dont kaolin.
(Coll. du Musée du Quai Branly-Jacques Chirac, Paris.
Photo Thierry Ollivier, Michel Urtado, p
age 7 du catalogue des éditions Beaux Arts, octobre 2017)

Les Punu, principal groupe des provinces de Ngounié (qui présente une importante diversité d’ethnies appartenant au groupe bantou) et Nyanga, habitent une vaste étendue de savanes, forêts et bassins au Sud du Gabon et au Sud-Ouest de la Republique du Congo. Une affiche de l'exposition expliquait que les membres d'un clan se disaient les « descendants d'un seul ancêtre féminin ou première femme, la mukaukila »...
Cela a éveillé ma curiosité sur les punu et ses origines, j'ai trouvé ici un blog spécialisé apparemment bien documenté.

À l'égard de cette distribution géographique des pièces exhibées, Yves Le Fur a tenu à préciser :
Ces peuples se sont déplacés du Nord au Sud, mais pas seulement : il y a eu des emprunts, des retours, des déplacements latéraux, ils ne sont pas restés dans le cadre des frontières coloniales qui ont été tracées au cordeau à un moment où les Allemands étaient au Cameroun et les Français au Gabon. Dans l’exposition, nous avons une centaine d’œuvres fang et plus encore de kota, qui permettent de percevoir ces variations. C’est cela que je veux offrir au public, cette idée de variations et de styles qui montre une grande créativité.(Extrait d’un entretien réalisé par D. Bétard, C. Pommereau et R. Turcat pour le catalogue de l’exposition)
Quant aux questions d'ancienneté et de conservation, Le Fur a souligné :
L’un des gardiens de reliquaire mahongwé a été daté entre 1640 et 1670. Entre les déplacements de populations et de villages, les guerres, les prises d’esclaves, le climat qui rend la conservation difficile, le fait que ces pièces aient traversé les âges est effectivement la marque d’une grande attention à ces œuvres.
La manière dont elles exsudent, les brillances de certaines statues attirent vraiment l'attention. Le Fur explique cette sorte de sueur :
Chez les Fang, par exemple, il existe un souci de vitalité à travers les patines suintantes. Il s'agit d'une imprégnation assez savante du bois afin que la patine ne reste pas en surface, mais qu'elle n'imprègne pas totalement le bois non plus. Ces bois ont été scannés et ont révélé que ces patines, dans certaines conditions, comme la chaleur, parviennent à suinter.
Patrick George (fabricant de placages de bois exotiques) a étudié les essences d'une
trentaine de statuettes de gardiens de reliquaires fang et kota. L'erimado ou essessang,
l'emien ou ekouk ou alstonia, l'evino ou angona et le sorro sont les essences qu'il y a trouvées.
Page 37 du catalogue des
éditions Beaux Arts, octobre 2017.

Sur un mur derrière ou en face des pièces Tsogo, un écran montrait (voir photo ci-dessous) un extrait de Disoumba (1969), documentaire de Pierre Salléeethnomusicologue et spécialiste des musiques du Gabon
Photo : Alberto Conde

Le film, trouvable dans la vidéothèque du CNRS, est un bijou qui témoigne de la Liturgie musicale des Mitsogho du Gabon central (on les appelle Mitsogo ou Tsogo) :
Lors de rites de la vie initiatique de la Confrérie du Bwété, au Gabon, les Mitsogho chantent les origines en s'accompagnant à la harpe rituelle, à l'arc musical et aux tambours.
Après un chant initiatique et un prélude à la harpe, des danses rituelles sont exécutées sur un rythme de poutrelles percutées et de tambours.
Au matin, les rites nocturnes cèdent la place à des divertissements carnavalesques auxquels tout le village participe.
Deux jeunes hommes sont initiés à la confrérie initiatique du Bwété, au cours de deux rites de passage : la descente de la rivière mythique, puis le séjour dans les limbes et la renaissance au pied de l'arbre de vie.
Au revisionnement du film, je vérifie que la scène que l'on pouvait voir à ce moment-là correspondait à peu près à la minute 24' 40'' du métrage. Un masque Tsogo faisait partie d'un déguisement carnavalesque qui transformait un homme en pantin aux mouvements souples, voire frénétiques —dans la lignée, pensais-je, d'autres traditions socio-religieuses de l'Afrique occidentale, au Burkina Faso, en Côte d'Ivoire... ou des exemples maliens glanés par la compagnie Etcétera de Grenade dans El alma del pueblo, son spectacle de recherche sur les différentes marionnettes et masques du monde.
Le village entier devenait le théâtre d'une vive représentation collective et multiple, aux accents souvent satiriques, car vient ensuite la séquence dite du Yamango qui met en scène un bouffon grotesque et libidineux. Selon L'Arc et la Harpe, la thèse de Pierre Sallée, cette scène paillarde où l'on voit un personnage parfaitement ridicule affligé d'éléphantiasis poursuivre vainement une jeune fille tsogo figurée par un travesti, semble bien être également une "mise en boîte" des Kélé [anciens ennemis des Tsogo].

Je fis ma visite des Forêts natales en famille le mercredi 3 janvier, après avoir admiré Le Pérou avant les Incas, exposition qui se proposait de montrer l'origine et l'organisation du pouvoir dans les cultures anciennes du Nord du Pérou (Cupisnique, Mochica, Chimú, Lambayeque…) et qui nous apprenait qu'à leur arrivée sur la côte nord du Pérou, les Espagnols découvrirent des villages où l'autorité était détenue par des femmes : on les appelait les Capullanas. La Dame de Cao, jeune femme de la période mochica ancienne, serait la première femme dirigeante sur laquelle nous disposons d'un témoignage archéologique.
Mais revenons aux Forêts natales : l'impressionnante et touffue présentation de la Galerie Jardin réunissait près de 400 œuvres d'art du XVIIIe siècle au XXe siècle d'Afrique équatoriale atlantique appartenant notamment à la collection permanente du musée du Quai-Branly, bien qu'elle bénéficiât également de prêts exceptionnels du Musée Barbier-Mueller (situé au nº10 de la rue Jean-Calvin, à Genève) et du Musée Dapper.
Devant une telle quantité de merveilles, je me demandais —en toute connaissance de réponse— si on pourrait trouver un seul musée africain disposant d'une collection comparable de chefs-d'œuvre conçus et réalisés dans quatre pays de l'Europe occidentale, question en effet, bien qu'intime, très rhétorique.
Mais ma réflexion eut à aller plus loin, car j'appris, grâce au dossier pédagogique de l'exposition, destiné aux enseignants, qu'un panier reliquaire Kota (cf. la photo ci-dessous)...

Photo : Alberto Conde

... contenait "un nombre important d'ossements enchevêtrés répartis dans deux espaces distincts : un filet associé au pied de la statue reliquaire et fixé au moyen de ligatures, qui repose lui-même dans un panier tressé. Le premier espace, délimité par le filet, renferme les fragments mandibulaires appartenant à quatre individus compris entre vingt et trente ans. Hormis la mâchoire inférieure, aucune autre trace d'ossements de la face n'a été détectée. Dans la seconde enveloppe, celle du panier, on observe la présence de dents encore disposées sur un fragment de mandibule, dont l'examen indique qu'il s'agit d'un jeune individu d'âge compris entre trois et cinq ans", selon l'explication de Christophe Moulhérat, chargé d'analyse des collections au musée du Quai Branly-Jacques Chirac :


L'idée de conserver dans un musée français, au lieu de rendre aux Kota, ce gardien-panier de reliquaire me devenait insupportable.
Deux jours plus tard, je lus dans la presse que l'Algérie réclam[ait] officiellement la restitution des [37] crânes des résistants [algériens du XIXe siècle] conservés au musée de l’Homme à Paris,...
C’est ce qu’a indiqué, aujourd’hui, l’ambassade d’Algérie en France qui a révélé, via l’APS, que «l’ambassadeur Abdelkader Mesdoua a été chargé par le ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, d’effectuer une démarche auprès des autorités françaises au sujet de ces deux dossiers liés à la question mémorielle».
(Algérie-Focus, 5 janvier 2018)
Cette affaire avait déjà été mentionnée dans ce blog. L'entreposage dans des musées d'échantillons de notre foisonnante production civilisationnelle de cadavres est un détail qui en dit long sur le cadre général qui nous détermine, sur le bouillon de culture mythique et particulièrement perverse où nous pataugeons, d'où découle un phénoménal formatage/bourrage de crâne qui a réussi la prouesse de déshumaniser, à nos yeux, une belle partie des populations du monde et de nous persuader, en même temps, que nous sommes les détenteurs de valeurs universelles insurmontables. Sidérant tour de force : y a-t-il vraiment de quoi crâner ?
Afin de situer ce cadre général à sa juste place, c'est peut-être le moment de citer Alexis de Tocqueville, libéral à la hauteur de l'Histoire du libéralisme :
« La race européenne a reçu du ciel ou a acquis par ses efforts une si incontestable supériorité sur toutes les autres races qui composent la grande famille humaine, que l'homme placé chez nous, par ses vices et son ignorance, au dernier échelon de l'échelle sociale est encore le premier chez les sauvages ».
Un florilège de cette libérale, ergo suprémaciste, vision du monde pourrait convoquer d'autres pompons :
« J’ai souvent entendu en France des hommes que je respecte, mais que je n’approuve pas, trouver mauvais qu’on brûlât les moissons, qu’on vidât les silos et enfin qu’on s’emparât des hommes sans armes, des femmes et des enfants. Ce sont là, suivant moi, des nécessités fâcheuses, mais auxquelles tout peuple qui voudra faire la guerre aux Arabes sera obligé de se soumettre ». (...)
« Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l’époque de la récolte, soit dans tous les temps en faisant de ces incursions rapides qu’on nomme razzias et qui ont pour objet de s’emparer des hommes ou des troupeaux. »
(Alexis de Tocqueville, Travail sur l’Algérie, 1841, in Œuvres complètes, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1991, p. 704 et 705. Cf. ici ou ici et )
Voyons :
Le musée du quai Branly - Jacques Chirac est l’héritier de 200 ans d’histoire, d’enrichissement, d’étude et de conservation de collections publiques. Il préserve près de 370 000 œuvres originaires d’Afrique, du Proche-Orient, d’Asie, d’Océanie et des Amériques qui illustrent la richesse et  la diversité culturelle des civilisations extra-européennes du Néolithique (+/- 10 000 ans) au 20ème siècle. (Histoire des collections)
La collection permanente du musée du Quai-Branly a concentré celles —déjà très remarquables— du Musée de l’Homme et du Musée national des Arts d’Afrique et d’Océanie. Un ensemble époustouflant intimement lié aux conquêtes coloniales favorisant 200 ans... d'enrichissement.
Quant au Musée de l'Homme du palais de Chaillot du Trocadéro...
Crée en 1937, le Musée de l’Homme [prit] la suite du musée d’ethnographie du Trocadéro tombé en désuétude [dans la] première moitié du 20ème siècle. Refondé sur des bases scientifiques, le musée [fut] enrichi par un important mouvement d’expéditions visant à dresser l’inventaire de cultures matérielles mondiales. En parallèle, et suivant l’évolution politique des territoires coloniaux, le Musée des Colonies se [mua] en 1935 en Musée de la France d’Outre-mer. Les collections privées, et notamment celles des artistes tels que Picasso ou André Breton, [invitèrent] à une perception esthétique de ces œuvres. Avec les décolonisations de la seconde moitié du 20ème siècle et sous l’impulsion d’André Malraux, la vision artistique des civilisations extra-européennes [s'affirma] et le Musée des Colonies [devint] en 1961 le Musée des Arts africains et océaniens, puis en 1990 le Musée national des Arts d’Afrique et d’Océanie.
C'est là, dans ses sous-sols, que les restes mortuaires de quelques dizaines de résistants et de prisonniers de droit commun algériens (et je cite l'universitaire et écrivain algérien Brahim Senouci, qui a lancé en mai 2016 une pétition à ce sujet)...
(...) sont entreposés dans de vulgaires cartons, rangés dans des armoires métalliques (...).
Ces restes, des crânes secs pour la plupart, datant du milieu du 19ème siècle, appartiennent à Mohamed Lamjad Ben Abdelmalek, dit Chérif "Boubaghla" (l’homme à la mule), au Cheikh Bouziane, le chef de la révolte des Zaatchas (région de Biskra en 1849), à Moussa El-Derkaoui et à Si Mokhtar Ben Kouider Al-Titraoui. La tête momifiée d’Aïssa Al-Hamadi, qui fut le lieutenant du Chérif Boubaghla, fait partie de cette découverte, de même que le moulage intégral de la tête de Mohamed Ben-Allel Ben Embarek, lieutenant de l’Émir Abdelkader.

Ce cas rappela à mon souvenir celui, également honteux et pathétique, du guerrier bochiman du musée d'Histoire naturelle de Banyolesle Noir de Banyoles, dont l'obscène exhibition (jusqu'en 1997) fut dénoncée par Alphonse Arcelin, médecin haïtien établit en Catalogne.

Dans toutes les cultures de part et d'autre de la Méditerranée, le respect des morts, leur enterrement, est un droit des décédés et une obligation sociale. Les sociétés chrétiennes ont toujours appris à leurs enfants les œuvres de miséricorde corporelles, à savoir, donner à manger aux affamés, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, accueillir les étrangers, assister les malades, visiter les prisonniers et ensevelir les morts. Dans ce contexte spirituel, empêcher un normal enterrement de ces Algériens, importer et entreposer leurs crânes était, bien entendu, leur nier toute humanité ; un second crime de lèse-humanité. Leurs têtes n'étaient que des trophées de guerre. C'était d'ailleurs à peu près l'époque de la craniométrie, soit dit en passant, pratique insensée faisant partie de cette tradition anthropométrique européenne qui puise sa source dans la physiognomonie (tellement moquée par Lichtenberg !) et la phrénologie du XVIIIe siècle (cf. Juanma Sánchez Arteaga, La razón salvaje. La lógica del dominio: tecnociencia, racismo y racionalidad, Ed. Lengua de Trapo, Madrid, 2007; page 113).
Et au XXIe siècle, cette barbarie persiste. Il fallut attendre le mois de mars 2011 pour que l’existence de ces crânes fût révélée au grand jour par l’historien et anthropologue algérien Ali Farid Belkadi (cf. TSA-Algérie).


Le 27 mai 2011, Ali Farid Belkadi lança une première pétition dans Le Matin d'Algérie...
Pour le rapatriement des restes mortuaires algériens conservés dans les musées français
Nous signataires, auxquels se joignent des personnalités amies de l’Algérie, toutes familles politiques confondues, appelons le Président de la République Abdelaziz Bouteflika et le gouvernement algérien, à entreprendre diligemment auprès de l’État français, les démarches nécessaires au rapatriement en Algérie des restes mortuaires de résistants algériens conservés dans les musées français.
Appelons les membres influents de la société française à se joindre à cette noble action. Sachant que les insurrections des Algériens contre la France coloniale sont consommées depuis bien longtemps.
Une proposition de loi exigeant « la restitution de toutes les têtes maories détenues en France » a été adoptée le 4 mai 2010 par le parlement français, à l’issue d’une bataille engagée depuis de longues années par le peuple maori de Nouvelle-Zélande. La première tête d’un guerrier maori momifiée qui était conservée au muséum de Rouen depuis 1875, a ainsi été restituée lundi 9 mai à des émissaires néozélandais du musée Te Papa Tongareva de Wellington. La restitution des autres dépouilles maories doit se poursuivre au cours des mois à venir.
Ces manquements détestables aux règles morales les plus rudimentaires, aucune culture ne saurait y souscrire, aucune croyance ne peut les admettre. Aucune pratique de piété ne peut permettre qu’un corps soit délibérément séparé d’un bras, d’une jambe ou de la tête pour finir naturalisé dans un musée pour la postérité. Sauf à faire volontairement don de son corps à la recherche scientifique ou pour des raisons médicales envers son prochain. Par delà les tactiques et les calculs politiciens, partant du principe démocratique que l’influence citoyenne sur les décideurs peut être non-négligeable, les signataires de la présente pétition demandent aux autorités françaises, d’étendre aux restes mortuaires des dizaines de partisans algériens à la colonisation, actuellement conservés dans les musées français, le bénéfice de la loi adoptée par le parlement de la France, qui préconise « la restitution de toutes les têtes maories détenues en France ».
(En lire la totalité)
En juillet 2016, le quotidien Le Monde publia un manifeste collectif pour la restitution des crânes des révoltés algériens de 1849, signé par Pascal Blanchard (historien), Raphaëlle Branche (historienne), Christiane Chaulet Achour (universitaire), Didier Daeninckx (écrivain), René Gallissot (historien), François Gèze (éditeur), Mohammed Harbi (historien), Aïssa Kadri (sociologue), Olivier Le Cour Grandmaison (universitaire), Gilles Manceron (historien), Gilbert Meynier (historien), François Nadiras (Ligue des droits de l’homme), Tramor Quemeneur (historien), Malika Rahal (historienne), Alain Ruscio (historien), Benjamin Stora (historien), Mohamed Tayeb Achour (universitaire) :
« Les crânes de résistants algériens » n’ont rien à faire au Musée de l’homme
LE MONDE | 09.07.2016 à 13h30 | Par collectif
(En lire la totalité)
Le texte détaillait la délectation sadique —trop dure à lire— de l'armée occupante pendant la guerre de conquête d'Algérie, concrètement en 1848-49 contre les résistants de l'oasis de Zaâtcha, dans la wilaya de Biskra, dirigés par le cheikh Bouziane (crâne n° 5 941 du stock du Musée de l'Homme).


(...) Deux ans plus tard, Charles Bourseul, un « ancien officier de l’armée d’Afrique » ayant participé à l’assaut, publiera son témoignage : « Les maisons, les terrasses sont partout envahies. Des feux de peloton couchent sur le sol tous les groupes d’Arabes que l’on rencontre. Tout ce qui reste debout dans ces groupes tombe immédiatement sous la baïonnette. Ce qui n’est pas atteint par le feu périt par le fer. Pas un seul des défenseurs de Zaâtcha ne cherche son salut dans la fuite, pas un seul n’implore la pitié du vainqueur, tous succombent les armes à la main, en vendant chèrement leur vie, et leurs bras ne cessent de combattre que lorsque la mort les a rendus immobiles. ». Il s’agissait là des combattants.
Or, l’oasis abritait aussi des femmes, des vieillards, des enfants, des adolescents. La destruction de la ville fut totale, méthodique. Les maisons encore debout furent minées, toute la végétation arrachée. Les « indigènes » qui n’étaient pas ensevelis furent passés au fil de la baïonnette.
Dans son livre La Guerre et le gouvernement de l’Algérie, le journaliste Louis de Baudicour racontera en 1853 avoir vu les zouaves « se précipiter avec fureur sur les malheureuses créatures qui n’avaient pu fuir », puis s’acharner : « Ici un soldat amputait, en plaisantant, le sein d’une pauvre femme qui demandait comme une grâce d’être achevée, et expirait quelques instants après dans les souffrances ; là, un autre soldat prenait par les jambes un petit enfant et lui brisait la cervelle contre une muraille ; ailleurs, c’étaient d’autres scènes qu’un être dégradé peut seul comprendre et qu’une bouche honnête ne peut raconter. Des procédés aussi barbares n’étaient pas nécessaires, et il est très fâcheux que nos officiers ne soient pas plus maîtres en expédition de leurs troupes d’élite, qu’un chasseur ne l’est d’une meute de chiens courants quand elle arrive avant lui sur sa proie. »
D’après les estimations les plus basses, il y eut ce jour-là huit cents Algériens massacrés. Tous les habitants tués ? Non. Le général Herbillon se crut obligé de fournir cette précision : « Un aveugle et quelques femmes furent seuls épargnés ». Le pire est que la presse française d’alors reprit ce rapport cynique.
Un peu plus tard, en juin 2016, L'Humanité s'occupa de cette sombre affaire de terreur coloniale et civilisatrice entreposée.
Puis, en juillet 2016, ce fut le tour du site d'information, débat et humour Là-bas, si j'y suis (cf. Les crânes oubliés de la conquête de l'Algérie, 29/07/2016). Son reportage incluait une citation très pertinente d'Aimé Césaire que je tiens à insérer ici comme conclusion :
« Et je dis que de la colonisation à la civilisation, la distance est infinie ; que, de toutes les expéditions coloniales accumulées, de tous les statuts coloniaux élaborés, de toutes les circulaires ministérielles expédiées, on ne saurait réussir à extirper une seule valeur humaine. » (Aimé Césaire : Discours sur le colonialisme)
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Mise à jour du 3 juillet 2020 :

Voici une info d'aujourd'hui du quotidien Le Monde :

La France remet à l’Algérie 24 crânes de résistants décapités au XIXe siècle et entreposés à Paris

A la veille des célébrations du 58e anniversaire de l’indépendance algérienne, ce geste marque une volonté d’apaisement entre Paris et Alger. 

Par Publié le 3 juillet 2020 à 14h56

« Prise d’assault de la Zaatcha (1849) », par Jean-Adolphe Beauce.



Le 26 novembre 1849, au terme d’un siège de quatre mois, près de 6 000 soldats français commandés par le général Emile Herbillon se lancent à l’assaut de Zaatcha, une oasis fortifiée du Sud-Constantinois habitée par plusieurs centaines d’habitants et défendue par des résistants commandés par Ahmed Bouziane, dit le cheikh Bouziane.
Plus de 800 locaux meurent dans les combats, les survivants sont massacrés. « Ici, un soldat amputait, en plaisantant, le sein d’une pauvre femme qui demandait comme une grâce d’être achevée et expirait quelques instants après dans les souffrances ; là, un autre soldat prenait par les jambes un petit enfant et lui brisait la cervelle contre une muraille », témoignera en 1853 le journaliste Louis de Baudicour dans son livre La Guerre et le Gouvernement de l’Algérie.




Outre « un aveugle et quelques femmes », selon le général Herbillon, trois survivants sont épargnés : le cheikh Bouziane, son fils de 15 ans et un marabout. Ils seront plus tard décapités et leurs têtes exposées au bout de piques sur la place du marché de Biskra, la cité régionale, avant d’être envoyées en France par un médecin militaire. La pratique est alors courante. Les têtes coupées – trophées de guerre ou « éléments scientifiques » – récoltées dans les « colonies » peuplent les musées européens.

« Calfeutrés dans de vulgaires boîtes cartonnées »

Conservé dans les collections du Musée de l’homme, à Paris, le crâne du cheikh Bouziane fait partie des 24 restes mortuaires que la France restitue, ce vendredi 3 juillet, à l’Algérie. Transportés à bord d’un appareil militaire, ils sont arrivés vers 13 h 30 à Alger, encadrés par plusieurs avions de chasse et accueillis par le président Abdelmadjid Tebboune.
Historiens et universitaires algériens puis français demandaient depuis des années le rapatriement de ces dépouilles dans leur pays pour leur donner une sépulture digne, comme ce fut le cas pour la remise à la Nouvelle-Zélande de 20 têtes maories acquises au XIXe siècle par les explorateurs et marins occidentaux, en 2012, ou pour Saartjie Baartman, dite « la Vénus hottentote », dont les restes ont été restitués à l’Afrique du Sud en 2002.




Les têtes décapitées des résistants algériens ont été longtemps oubliées. Il faut attendre 2011 pour que l’anthropologue et historien algérien Ali Belkadi les redécouvre, perdues dans la collection de 18 000 crânes du Musée de l’homme. Les restes sont « calfeutrés dans de vulgaires boîtes cartonnées qui évoquent les emballages de magasins de chaussures », déplore le chercheur. Une critique réfutée par la direction de l’institution. Ali Belkadi lance alors une pétition pour demander un rapatriement et alerte les autorités algériennes, qui restent indifférentes.
En 2016, l’écrivain et universitaire Brahim Senouci adresse un appel au directeur du Musée de l’homme. Une pétition relayée par une tribune dans Le Monde signée par un collectif d’intellectuels, parmi lesquels les historiens Pascal Blanchard, Malika Rahal, Gilles Manceron et Benjamin Stora, ou encore l’écrivain Didier Daeninckx. Puis, lors d’une visite à Alger, en décembre 2017, le président français, Emmanuel Macron, se dit « prêt » à ce que Paris renvoie ces crânes en Algérie. C’est finalement en janvier de l’année suivante que l’Algérie demande officiellement à la France leur restitution ainsi que des archives coloniales.




(...)



mardi 19 décembre 2017

Le massacre de Thiaroye (1944)

Voici Camp de Thiaroye, un film d'Ousmane Sembène, scénario de Thierno Faty Sow, réalisé en 1988 (durée : 147'). Nous devons la musique à Ismaël Lô (1956, Dogondoutchi, Niger).



Voilà. En effet, il tourne autour d'un massacre survenu le 1er décembre 1944 au Sénégal. Ces jeux de massacre ont toujours constitué une pratique civilisatrice par excellence, y compris dans des contextes de Libération.
C'était la II Guerre mondiale. La France avait eu recours à sa « Force noire » (1), donc, aux tirailleurs sénégalais, des unités d'infanterie formées d'hommes enrôlés dans ses différentes colonies africaines, c'est-à-dire, parmi une population qu'on appelait servile. Ce corps militaire avait été institué, à la demande de Louis Faidherbe, gouverneur du Sénégal (1854-1861 et 1863-1865), par un décret de Napoléon III signé à Plombières-les-Bains le 21 juillet 1857 —seize jours après la parution d'un article terrible dans Le Figaro contre les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire, soit dit en passant.
Léopold Sédar Senghor surnommerait ces tirailleurs les « Dogues noirs de l’Empire ».
Donc, pour se défendre contre la Wehrmacht, la France mobilisa 178 000 Africains et Malgaches (et 320 000 Maghrébins) en 1939-1940. "Selon des estimations fragiles, établies à l'issue des combats, entre 30 000 et 50 000 Africains et Malgaches [prirent] le chemin de la captivité, tandis que près de 5 000 auraient péri pendant les deux mois d'affrontements", mai-juin 1940, dans la ligne Maginot.
Les détenus endurèrent toute sorte de sévices : en effet, ils subirent un traitement particulièrement inhumain de la part des Allemands qui, moins de 40 ans avant, entre 1904 et 1908 (Hitler avait 15-19 ans), avaient mené à bout leur premier génocide du XXe siècle dans leur colonie du Sud-Ouest africain, l'actuelle Namibie. Les Nama et les Herero furent quasiment anéantis : près de 100 000 morts sans sépultures, dont une partie dans des… camps de concentration.
Quand on réfléchit au sort des Africains tombés aux mains des Nazis, on a la chair de poule. L'historien allemand Raffael Scheck (Freiburg im Breisgau, 1960) a étudié les massacres de tirailleurs sénégalais par la Wehrmacht en 1940 dans son livre Une saison noire : les massacres des tirailleurs sénégalais, mai-juin 1940 (trad. de l'anglais), Tallandier, 2007.
Voici, par exemple, une chronique effrayante de Lyon capitale qui rend compte du massacre des soldats africains à Chasselay en juin 1940 :
Lyon, 19 juin 1940. Les Allemands prennent la préfecture ; l’occupation de Lyon est officielle. La veille, des réservoirs d’essence situés quai Rambaud ont été incendiés. La fumée masque le soleil dans certains quartiers adjacents. Il faudra attendre le 7 juillet pour que les soldats se retirent ; Lyon fera alors partie de la zone libre. L’armée française ne parvient pas à tenir tête à l’invasion allemande. En son sein, des tirailleurs sénégalais recrutés dans les colonies. Contrairement à ce que leur nom indique, ceux-ci ne sont pas issus d’un seul pays, mais de toute l’Afrique noire, et dépendent des troupes coloniales.

Les victimes oubliées de la Seconde Guerre mondiale

À la fin de la Première Guerre mondiale, des troupes françaises issues des colonies d’Afrique sont stationnées en Allemagne, notamment en Sarre. À propos de leurs enfants nés d’unions avec des femmes de la région, Hitler écrira dans Mein Kampf qu’il s’agit d’“un complot juif visant à bâtardiser l’Europe”. Rapidement, ils vont être mis au ban de la société et devenir des boucs émissaires. À partir de 1935, suite aux lois de Nuremberg, les mariages mixtes entre Noirs et Blancs sont interdits. En 1937, la Gestapo effectue des rafles et fait stériliser de force les Noirs. Considérés comme des animaux, traités de “honte noire”, ils sont capturés et envoyés en camp de concentration.

Les soldats des colonies, cibles prioritaires ?

En France, les troupes des colonies vont être les premières victimes de la répression nazie. Pour certains historiens, telle Catherine Coquery-Vidrovitch, 65 000 tirailleurs s’engagèrent au combat entre mai et juin 1940 ; 29 000 seront massacrés. Les consignes de Goebbels ont été claires : il faut “dénoncer les Français comme des sadiques négrifiés [...] cette racaille de couleur”. L’infanterie SS a pour ordre de “ne prendre vivant aucun prisonnier nègre”. Dès lors, les soldats capturés sont automatiquement fusillés. Entre le 12 et le 16 juin 1940, 105 hommes du 26e régiment résistent contre les nazis près de Chartres et donnent une leçon de bravoure aux Allemands. Lorsque ces derniers réussissent à renverser la situation, ils massacrent les hommes en prétextant qu’il s’agirait de violeurs de femmes et d’enfants.
Au début de la guerre, des mises en scène sont régulièrement organisées après les captures de “Sénégalais”. Les troupes coloniales sont montrées comme des “sauvages”, usant du “coupe-coupe”, mutilant et violant sans aucune pitié. Lorsqu’un officier nazi a besoin de montrer l’exemple dans les rangs de prisonniers, les Noirs sont abattus en priorité. Chaque acte de rébellion de leur part engendre inévitablement l’exécution de plusieurs d’entre eux. La convention de Genève sur le statut des prisonniers de guerre ne sera jamais respectée, et la population française ne protégera que rarement les survivants et autres évadés. Résolus à attiser la haine envers le soldat noir, les Allemands se plaisent à détruire les plaques d’identification des tirailleurs et abandonnent leurs corps à l’air libre.

L’héroïque résistance du 25e régiment de tirailleurs sénégalais

Le 19 juin 1940, à Chasselay-Montluzin, près de Lyon, alors que l’armée française recule, la 3e compagnie du 25e régiment de tirailleurs sénégalais ne reçoit pas l’ordre de retraite. Le régiment d’infanterie Gross Deutschland avance vers eux en compagnie de la division SS Totenkopf (connue pour avoir massacré une centaine de prisonniers britanniques au lieu-dit le Paradis). Ils vont rencontrer une résistance inattendue. Alors qu’ils n’ont presque aucune expérience du combat, les soldats africains vont résister avec une rage inédite. Pourtant, Pétain a demandé le cessez-le-feu, Lyon est abandonnée aux Allemands et déclarée ville ouverte. La Panzerdivision est déjà aux portes de la ville.
L’une des dernières batailles se déroulera au couvent de Montluzin à Chasselay. À l’intérieur, les religieuses soignent les blessés. Un officier allemand arborant un drapeau blanc s’approche d’un barrage français et proclame que l’armistice a été signé – ce qui est faux (elle ne le sera que le 22 juin). Le nazi hurle de ne pas tirer. Pourtant l’adjudant français Requier fait feu. L’homme s’écroule, les mitraillettes allemandes s’abattent sur le régiment. Les tirailleurs se battent, utilisant le couvent comme place forte, et surprennent les nazis, qui tentent plusieurs contre-attaques en vain. Ils doivent se résoudre à envoyer les blindés. Le 19 juin, les Allemands réussissent à prendre les lieux, abattent les tirailleurs et deux des trois officiers blancs accusés d’avoir dirigé des “nègres”.
Un dernier groupe, commandé par le capitaine Gouzy, s’est retranché à proximité, dans le château du Plantin. Le caporal mitrailleur Scandariato apporte un précieux témoignage sur la suite : “Nous étions environ une vingtaine de Blancs d’encadrement et un grand nombre de tirailleurs sénégalais. Le capitaine nous demanda quels étaient les volontaires pour le dernier baroud d’honneur, la coloniale ne se rendant pas sans un dernier combat. Tous répondirent présents et nous prîmes nos dispositions de combat tout autour du parc.” Les nazis perdront une centaine d’hommes et auront cinquante blessés. Les tirailleurs se battent jusqu’à ne plus avoir de munitions.
Contraints de se rendre, ils sont immédiatement capturés. Huit officiers français ainsi que soixante-dix soldats africains sont amenés dans un champ. Les officiers sont sommés de se plaquer au sol tandis que les nazis obligent les tirailleurs à fuir en courant. Les mitraillettes des chars ouvrent alors le feu, abattant les hommes dans le dos. Les blindés avancent et achèvent les blessés sous leurs chenilles. Le capitaine Gouzy se rebelle et reçoit une balle de pistolet dans le genou pour seule réponse. Le 20 juin, c'est au tour de 27 tirailleurs d'être fusillés montée de Balmont à Vaise.
Après les massacres de Chasselay, Françoise Meifredy, membre de l’Amitié africaine cherchera les survivants et les aidera à se cacher. Aujourd’hui, il est encore difficile de savoir combien ont survécu. Plus d’une centaine de prisonniers trouvèrent la mort près de Lyon, dans l’indifférence générale. Ils furent les derniers à tomber pour la France avant l’armistice.
Donc, d'anciens combattants africains (entre 1 200 et 1 800, selon les différents rapports, d'après le récit de l'historien Martin Mourre), des héros de guerre au bout du compte (dont nombreux avaient participé au débarquement de Provence), furent rapatriés de France : ils quittèrent Morlaix le 5 novembre 1944 et arrivèrent à Dakar le 21 novembre 1944. Ensuite, ils furent basés au camp de Thiaroye, à 12 km de Dakar, avant de procéder à leur démobilisation. Un rapatriement étrange étant donné que la guerre n'était pas encore finie. Cherchait-on à blanchir l'armée à ce moment-là ?
Disons, d'ailleurs, comme curiosité, qu'au début de la guerre, Dakar était restée entre les mains des vichystes et avait été bombardée par De Gaulle-Churchill... Le 25 septembre 1940, L'Écho de Nancy publiait une information datée la veille à Vichy où l'on pouvait lire :
Vichy, 24 mars [coquille : c'était septembre] — Une escadre britannique s'est présenté, hier après-midi, devant Dakar. L'ex-général De Gaulle, qui dirigeait l'expédition, a envoyé un ultimatum aux autorités de la ville, leur commandant de rendre Dakar aux Anglais.
L'ultimatum a été refusé.
Les bateaux anglais ont aussitôt ouvert le feu sur la ville.
Le Conseil des ministres, dès qu'il fut alerté, s'est réuni à Vichy.
Eh ben, à Thiaroye, les soldats de notre histoire réclamèrent de nouveau la solde à laquelle ils avaient droit et ce fut alors que se produisit ce "massacre colonial" (crime de masse prémédité, selon Armelle Mabon) : au lieu de les payer, on ouvrit le feu sur eux, qui étaient désarmés. Le général Dagnan, responsable de la division Sénégal-Mauritanie, déclara qu'il avait été retenu en otage, mais il n'y a aucune preuve solide là-dessus. D'ailleurs, les sources officielles sont pleines de contradictions (comme ont constaté les historiens Armelle Mabon, Martin Mourre ou Cheikh Faty Faye). Ce qui est sûr, c'est que le 1er décembre à l'aube, vers 5h, 5h30 du matin, on déclencha une répression sanglante comprenant l'usage même de chars et de chevaux. Puis, on rassembla ces hommes sur une esplanade et on les faucha d'une rafale, au moins, de mitrailleuse. Chiffre officiel : 35 morts. L'historien Martin Mourre répond néanmoins : plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de morts ; crime [aussi] "de papier", le nombre des morts reste flou. On fit tout pour brouiller les pistes. Tout très bien pesé et considéré, Mourre calcule la possibilité de 350-400 morts, bien qu'il n'ait pas pu le démontrer encore.
Le 1 décembre 2016, Le Monde publia une tribune signée par les familles de morts, des condamnés et des rapatriés spoliés de Thiaroye 1944. La voici :
En ce jour anniversaire du massacre d’anciens prisonniers de guerre à Thiaroye au Sénégal, le 1er décembre 1944, nous, familles des victimes, avons décidé d’alerter l’opinion publique afin que cesse toute désinformation, toute manipulation, toute falsification autour de ce crime commis par la France. Plus de soixante-dix ans après les faits, nous demandons que cesse ce mensonge d’Etat qui se perpétue encore en 2016. Ces hommes, originaires de l’Afrique-Occidentale française, ont été mobilisés pour venir défendre la France en 1939 et ont été faits prisonniers par les Allemands en juin 1940. C’est en métropole qu’ils ont passé leur temps de captivité, les nazis ne voulant pas « d’indigènes » sur leur sol. Alors que certains avaient rejoint la résistance après leur évasion, ce contingent d’anciens prisonniers de guerre a quitté Morlaix le 5 novembre 1944.
Après plusieurs années de recherches et de fouilles d’archives publiques et privées en France, au Sénégal et au Royaume-Uni, l’historienne Armelle Mabon, de l’université Bretagne-Sud, a pu établir que ce drame est bien un crime de masse prémédité puis maquillé en rébellion armée. Une machination a été mise en place pour dresser un bilan mensonger de 35 morts et camoufler les 300 à 400 victimes jetées dans des fosses communes.
Le gouvernement provisoire a couvert la réalité des faits. Il a notamment édité une circulaire trois jours après le massacre, faisant croire que ce contingent avait perçu l’intégralité des soldes de captivité, rendant ainsi les revendications illégitimes. Le procès qui a suivi en mars 1945, entièrement à charge, a conduit à la condamnation et à la dégradation militaire de 34 innocents.
Lors de son premier voyage officiel en terre africaine en 2012, le président François Hollande avait promis de restituer les archives au Sénégal et parlé de « répression sanglante » pour qualifier le mitraillage des tirailleurs sénégalais réunis au camp de Thiaroye, dans la banlieue de Dakar. Le 30 novembre 2014, à l’occasion du 70e anniversaire, le président a de nouveau employé ce terme au cimetière de Thiaroye. Deux ans plus tard, le 10 novembre 2016, le ministre des affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, évoque encore une « répression sanglante ».
« Thiaroye 44 » n’est pas une « répression sanglante ». Nos pères et grands-pères n’ont jamais contrevenu aux règles. Ils ne se sont pas mutinés. Ils ont eu simplement ce courage de réclamer des droits pécuniaires que les autorités ne voulaient pas leur verser et dont ils ont été spoliés définitivement. Cet argent est resté dans les caisses de l’Etat français.

Le 30 novembre 2014, si le président Hollande a reconnu que les rapatriés n’avaient pas perçu leur dû, il a aussi réactivé un mensonge d’Etat en annonçant solennellement que ces hommes s’étaient rassemblés pour crier leur indignation alors qu’ils ont été rassemblés par les officiers qui ont donné l’ordre de tirer avec des mitrailleuses. Au cimetière militaire de Thiaroye, le président de la République française a indiqué que les victimes n’étaient pas dans les tombes anonymes et que l’endroit de leurs sépultures demeurait mystérieux. Les tombes n’ayant pas été fouillées, l’Etat français connaît donc l’endroit des fosses communes. Le président Hollande savait-il que les copies d’archives remises au Sénégal sont en réalité le récit d’une histoire falsifiée, avec des rapports mensongers écrits sur ordre, des enquêtes menées à charge, des documents tronqués ?
Alors que le ministre de la défense ne répond pas à nos sollicitations, nous dénonçons l’obstruction à la manifestation de la vérité sur un crime commis.
Le ministère de la défense refuse de rendre consultables les archives conservées par les forces françaises au Sénégal jusqu’à leur dissolution, en 2011. Ces documents contiennent la cartographie des fosses communes et vraisemblablement d’autres pièces sensibles, comme la liste des victimes. Il refuse également de donner le motif d’une sanction infligée à l’un des officiers des forces françaises, bénéficiaire de la même loi d’amnistie que les tirailleurs condamnés. Or une amnistie ne peut en aucun cas effacer le fait matériel afin de préserver les droits des tiers et les condamnés demeurent coupables. Cette entrave est particulièrement grave : elle a contribué au rejet de la requête pour le procès en révision du plus lourdement condamné au prétexte d’absence d’éléments nouveaux. Ce rejet n’est pas susceptible de recours.

Le discours du ministre Jean-Marc Ayrault [le chef de la diplomatie française s’est rendu à Thiaroye le 10 novembre] est certes encourageant : « Nous avons failli à nos devoirs, tout simplement. Le devoir d’égalité, le devoir de reconnaissance. (…) Ceux qui parlent de repentance se trompent de chemin. Ce que nous disons ce soir, c’est la justice, tout simplement. » Mais les discours ne rendent pas la justice et n’exhument pas les corps. D’après la loi, le garde des sceaux peut saisir la commission d’instruction, en vue du procès en révision. Or le directeur de son cabinet a rejeté cette possibilité le 19 décembre 2014, prétextant l’éventuelle compétence de la Cour suprême du Sénégal.
Alors que se prépare la visite d’État en décembre 2016, du président de la République sénégalaise, Macky Sall, nous, familles des victimes, demandons un sursaut éthique de l’État français afin de :
  • rendre consultables toutes les archives sur l’affaire Thiaroye ;
  • proposer son aide au Sénégal pour l’exhumation des corps ;
  • donner la liste des morts et leur attribuer la mention « Mort pour la France ». Il n’y a rien de plus tragique que des morts sans nom ;
  • saisir la commission d’instruction de la Cour de révision et de réexamen pour les 34 condamnés ;
  • réparer les spoliations
  • modifier les textes exposés au Mémorial du cimetière de Thiaroye ;
  • cesser de porter atteinte à la mémoire de ces hommes et des officiers qui ont eu le courage de les défendre ;
  • nommer les responsables aujourd’hui de cette obstruction à la manifestation de la vérité sur un crime commis.
Une mémoire collective ne peut trouver d’apaisement avec un mensonge.
Tribune signée par les familles des morts, des condamnés et des rapatriés spoliés de « Thiaroye 44 », notamment les familles d’Antoine Abibou, Tindaogo Bélem, Fasséry Coulibaly, Kotou Diakité, Doudou Diallo, Souleymane Doucouré, Mbap Senghor et Pierre Zoungrana.



(1) Pour reprendre le mot du général Charles Mangin, auteur de Force Noire, Hachette, Paris, 2010 (lieutenant-colonel à l'époque). Il serait aussi le colonel Mangin des quatre bataillons du massacre d'Agadir du 30 mars 1912 contre les gens de Ma el Aïnine, raconté par Le Clézio dans Désert (en castillan). Ou, déjà général, le boucher de Verdun.
Là-bas, si j'y suis, de Daniel Mermet, a consacré à la Force Noire cet entretien le 11 novembre 2004, rediffusé à deux reprises (le 11/11/2008 et le 11/11/2013).

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Références pour en savoir plus :

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Mise à jour du 23 octobre 2018 :

Morts par la France. Thiaroye 1944.

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Mise à jour du 16 février 2021 :

L'historien Pascal Blanchard, spécialiste du « fait colonial », a réalisé avec David Korn-Brzoza la série-documentaire Décolonisations. Du sang et des larmes, racontée par Lucien Jean-Baptiste.
Ce sont deux volets de 80 minutes chacun —dont le premier a été diffusé le mardi 6 octobre 2020 à 21h05 sur France 2— qui donnent la parole aux derniers témoins de l’histoire. a écrit à leur propos (

(...) Narré par l'acteur martiniquais Lucien Jean-Baptiste, Décolonisations raconte au fil des témoignages comment la grandeur de la France a été mise entre parenthèse durant ces 25 années de conflit. La France qui ne voulait pas lâcher ses colonies. Les garder coûte que coûte, au prix de massacres et d'actes de barbaries, guidée par l'aveuglement des politiques des IVème et Vème République et qui lui a valu d'être mise au ban par les Nations Unies, découvre-t-on dans le documentaire. Ces actes qu'elle dénonce aujourd'hui. Aux scènes de guerre, succèdent des séquences de fraternité. Aux scènes dramatiques, succèdent des scènes de libération. 

Pour la première fois cette histoire n'est pas racontée par des experts, mais à travers les témoignages de ses derniers acteurs et des générations descendantes. 

Des bombardements au Napalm en Algérie, au bourbier indochinois, en passant par les évènements d'Ouvéa en Nouvelle Calédonie et de Mai 67 en Guadeloupe, "Décolonisations, du sang et des larmes" met en lumière des épisodes incontournables, méconnus, voire oubliés pour certains. (...)

Comme support de ces films, il y a eu un ouvrage, Décolonisations françaises. La chute d'un Empire (Éditions de la Martinière, 2020), signé par Pascal Blanchard, Nicolas Bancel, Sandrine Lemaire, Benjamin Stora et Achille Mbembe).

Blanchard a offert un entretien à Siné Mensuel qu'on peut lire dans le nº 104 du journal, février 2021, pages 22 et 23. Quand la rédaction de Siné lui demande ce qui est arrivé aux tirailleurs sénégalais qui demandaient à être payés lors de leur retour à Dakar, il répond :

On les massacre. L'armée coloniale ne peut pas imaginer ni accepter qu'un homme noir, un homme maghrébin, un homme indochinois, un homme malgache, un homme antillais puissent s'opposer au pouvoir colonial dans l'espace colonial. Ils sont toujours considérés comme des « indigènes » qui n'ont aucun droit en dépit du fait qu'ils se sont battus pour la France. Leurs revendications sont structurellement perçues comme une remise en question de l'autorité coloniale. Nous ne sommes pas dans l'après-guerre mais en décembre 1944. Dans l'empire colonial, tous ceux qui s'opposeront par la suite à l'autorité de la France connaîtront la répression. Réprimer et réformer sont les « deux mamelles » de la France coloniale à partir de 1945...

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Mise à jour du 19 mai 2021 :

Massacre de Thiaroye 1944 : une première victoire judiciaire mais...

MEDIAPART - 17 mai 2021. Par - Blog : Le blog de Armelle MABON

Le tribunal administratif de Paris a condamné l'État français à verser des dommages et intérêts à Biram Senghor, fils d'une victime du massacre perpétré par l'armée française le 1er décembre 1944. Ce jugement du 9 avril 2021, assurément une première victoire, affiche cependant un renoncement face aux turpitudes négationnistes du ministère des armées sur ce crime impuni.
EN LIRE PLUS.

 

jeudi 24 février 2011

Contes du Congo, contes et comptes de la Crise

Quand je suis à Paris, j'aime bien voir ce qu'il y a au menu du musée du Quai Branly -dont je vous ai déjà parlé dans ce blog- car sa programmation est toujours appétissante. Lors de ma visite du 3 juillet 2010, j'eus le loisir de flâner un peu partout et de fourrer mon nez dans l'exposition Fleuve Congo, illustration des traditions artistiques des régions bantouphones d’Afrique Centrale sillonnées par le fleuve Congo. Les créations présentées concernaient donc trois États actuels : le Gabon, la République du Congo et la République démocratique du Congo.


Après mon parcours, je fis quelques emplettes dans la boutique du musée dont un bouquin intitulé Contes et légendes du Congo, Cyr Éditions, mars 2008, illustré par Yann Sougey-Fil. L'auteur de ce recueil est Marc Koutekissa qui tente ainsi de rendre hommage à ses aïeux et de protéger un héritage oral qui risque de disparaître. Il explique dans son prologue que "la majorité de ces contes tirait leur origine de la région du Pool, sauf le conte Vili qui était de la région du Kouilou." Ils suggèrent immédiatement fables et apologues : les héros sont toujours des animaux, les histoires sont brèves et comportent une morale qui s'exprime en général à la fin. Et comme il arrive souvent dans les vieux récits, la morale en question peut tour à tour nous séduire ou nous horripiler, ça dépend. Mais Koutekissa avoue ne s'être pas donné l'ambitieuse tâche littéraire d'un La Fontaine (1621-95), dont les Fables étaient ce "livre favori / Par qui j'ose espérer une seconde vie", selon les vers de sa dédicace à Madame de Montespan au début du Livre VII. Les critères de sélection de Koutekissa et son intervention ("fidèle") sont plus modestes : "Le choix de ces contes est dû au fait qu'ils étaient les plus courants et que ma mémoire les avait retenus fidèlement."
Je vous reproduis maintenant l'essentiel d'un de ses contes congolais car je trouve que sa moralité est non seulement universelle mais particulièrement profitable de nos jours :
La Tortue aux ailes d'or
Écoutez une histoire que parfois se racontent les oiseaux et dont ils gardent un triste souvenir, car ils n'oublieront jamais le mauvais tour que la tortue leur a joué il y a deux mille ans.
C'est la fête dans le royaume des airs. Les oiseaux siffleurs annoncent partout ce grand événement. Un billet d'invitation a été adressé par le génie oiseau à toute la gent ailée. Chaque oiseau se prépare à assister à cette fête, drapé dans un beau costume. (...)
La tortue quant à elle, n'est pas là pour entendre ce que se disent les oiseaux. Bien qu'étant éloignée d'eux, elle entend clairement leur langage. Les oiseaux parlent d'un repas qui leur sera offert là-haut au-dessus des nuages par oiseau génie.
La tortue a une faim de loup et elle voudrait goûter à ce repas. (...)
— Pour quoi n'ai-je pas d'ailes ?
Elle bat des deux pattes.
— C'est une injustice, poursuit-elle. Et pourquoi ne suis-je pas une tortue oiseau ou un oiseau tortue ?
Trac, trac, elle va trouver les oiseaux et parle avec un langage sincère.
— Tu n'as pas d'ailes et ce repas est destiné aux oiseaux, répondent ses interlocuteurs.
— J'ai des ailes comme vous mais elles sont bloquées dans ma carapace.
— Mais du reste, tu n'es pas de la famille des oiseaux. Tu as une bouche, des dents, et quatre pattes, répliquent les oiseaux.
— Je n'ai que deux pattes. Les deux autres que vous voyez au devant de mon corps ne sont que des ailes déplumées. Et ces plumes sont retenues prisonnières dans ma carapace.
— Nous voulons bien te croire. Mais nous connaissons parfaitement les vilains tours que tu joues aux autres.
— Vous me connaissez mal en ce moment. Depuis des lunes, je me suis arrachée de mes mauvais penchants.
Après une longue discussion, les oiseaux finissent par accepter la proposition de la tortue. Chaque oiseau lui donne une plume. La tortue possède maintenant des ailes et peut voler.
Satisfaite, la Tortue se met à haranguer la foule ailée pour les convaincre totalement.
Devant sa bravoure et son éloquence, les oiseaux acceptent sans la moindre opposition, sa proposition qui est celle de prendre la parole au nom de tous les invités devant l'oiseau génie.
— N'oubliez pas quelque chose d'importance capitale, dit-elle. Nous sommes invités tous à un cocktail. N'oublions pas que nos coutumes recommandent à tout invité de choisir un nom qui lui convient le mieux.
— Nous ignorons cette loi que tu nous imposes.
— Bien sûr ! Parce que vous vous êtes tous empêtrés dans l'ignorance. J'ai beaucoup voyagé dans les pays lointains où j'ai appris beaucoup de choses.
Dupé, chaque oiseau prend un nom.
— Moi, je m'appelle « N'tiétié » (roitelet)
— Moi, « Bingoundou bidé » (rossignol) [et ainsi de suite]
Et tous les oiseaux, d'un ton unanime, demandent à la tortue.
— Et toi, quel nom as-tu choisi ?
— Je m'appelle « Vous tous », répétez !
« Vous tous », répondent les oiseaux. (...)
Les serviteurs apportent les plats de nourriture, des mets très délicieux à la soupe agréable à voir des yeux. Il y a de la viande, le poisson, les légumes, les ignames, du foufou, du manioc, etc.
Tout le ciel est inondé d'une odeur sentant si bon. Alors la tortue se lève et demande au génie oiseau :
— Pour qui avez-vous apporté ces plats ?
— Pour vous tous, répliqua le génie oiseau.
— C'est formidable, répliqua la tortue en s'adressant à ses compagnons. Vous avez tous entendu ceci. Tout cela m'appartient. C'est bel et bien leur coutume qui leur ordonne ces pensées. Ils servent avant tout le porte-parole et ensuite, vous autres. Patientez, votre tour viendra.
Ce disant, la tortue se met à dévorer les mets sous les regards des oiseaux.
Quand les oiseaux s'aperçoivent du tour que la tortue vient de leur jouer, ils se fâchent tous, mais c'est un peu trop tard.
(...)
Tout flatteur vit au dépens de celui qui l'écoute.


Quel sera le pigeon qui appellera « crise » le mauvais tour que la tortue joua aux oiseaux ? Y aura-t-il un pigeon qui prétendra que « la crise accula les oiseaux à la pauvreté et au jeûne », que « la tortue mangea comme quatre cents malgré la crise aviaire » ou que « la tortue réussit à se taper un gueuleton conçu pour toute une nation d'oiseaux en pleine crise aviaire » ?...
Ne soyons pas pigeons comme les oiseaux de ce conte congolais. Pourquoi permettons-nous que des malins sans scrupules pillent la maison de tous et nous expliquent que nous vivons au-dessus de nos moyens, alors que leurs comptes ne cautionnent pas leurs contes par-dessus le marché ? Pourquoi acceptons-nous que ce soient ceux qui nous ruinent qui fassent notre loi ? Pourquoi admettons-nous que, quand les Marchés nous pissent dessus, les médias s'évertuent à nous dire qu'il pleut ? Car jour après jour, nous lisons dans la presse très dépendante, sans qu'elle rougisse (c'est moi qui y mets du rouge), des informations comme celles-ci :

Cada vez hay más ricos y tienen más dinero, a pesar de la crisis
Los patrimonios superiores a un millón de dólares crecen en España un 12,5%
PILAR BLÁZQUEZ MADRID, Público. 23/06/2010 08:00
 (...) [M]ientras el resto de mundo peleaba con una nueva versión de la crisis financiera que se inició en 2007, el número de grandes fortunas españolas creció un 12,5% el año pasado. Un selecto club, que ya cuenta con 143.000 personas, según el Informe Anual sobre la Riqueza en el Mundo elaborado por Merrill Lynch y Capgemini. "Este incremento se debe a la subida de la capitalización bursátil. Muchos de sus activos están invertidos en renta variable", explica Lucía Granda, directora de Merrill Lynch Global Wealth Management para España y Portugal.
La situación española no es una excepción. Todo lo contrario. En el resto del mundo el porcentaje de grandes fortunas se incrementó incluso más. En total, el crecimiento superó el 17%, hasta alcanzar los 10 millones de personas. No sólo aumentó la cantidad de afortunados, sino también la de sus fortunas. El patrimonio conjunto de los más ricos del mundo, alcanzó los 39 billones de dólares (3,4 billones de euros) un 18,9% más que en 2008. Es más, el crecimiento de los superricos, es decir las fortunas cuyo patrimonio supera los 30 millones de dólares( 24 millones de euros), subió un 19,4%, y sus posesiones se incrementaron un 21,5%.


AUMENTÓ UN 12% EL NÚMERO DE RICOS EN ESPAÑA
Yates, pinturas y coches de lujo: para los millonarios pasó la crisis en 2009
Los ricos son aquellos con más de 800.000 euros en bienes, excluidas casas
El número de ricos creció un 17,1% en todo el mundo, un 12,5% en España
Las ventas de coches de lujo se disparan en Brasil y China
Los millonarios invirtieron en pinturas clásicas o de los sesenta
El Mundo - Actualizado martes 22/06/2010 17:16 - Reuters | Efe
Nueva York.- Mientras las economías mundiales abandonaban a duras penas la recesión para emprender una débil recuperación, en todo el mundo aumentó el número de millonarios, quienes volvieron a abrir sus carteras a ciertos gastos 'pasionales' a partir de la segunda mitad de 2009.
Pese a la crisis, el porcentaje de población con más de un millón de dólares en activos (unos 800.000 euros al cambio actual) creció un 17,1% en 2009, hasta los 10 millones de individuos, que juntos acumulan una riqueza de 39 billones de dólares (31,7 billones de euros), un 18,9% más del volumen que acaparaban en 2008, según un informe de Merrill Lynch con Capgemini.

Las ventas de vehículos caen un 23,5% en enero con respecto al mismo mes de 2010
EUROPA PRESS, Madrid 01/02/2011 13:04 Actualizado: 01/02/2011 14:46
Las matriculaciones de automóviles se situaron en 53.632 unidades durante el pasado mes de enero, lo que supone una fuerte caída del 23,5% en comparación con el mismo mes de 2010, cuando se comercalizaron 70.130 unidades, según datos de las asociaciones de fabricntes (Anfac) y vendedores (Ganvam). Sin embargo, los automóviles de lujo aumentaron sus ventas un 133% en el mismo periodo.


Telefónica bate récord de reparto de dividendos en plena crisis
La operadora abonará 7.300 millones de euros a sus accionistas, el mayor pagado por una empresa española
RAMÓN MUÑOZ - El País, Madrid - 23/02/2011


Repsol triplicó su beneficio en 2010
La compañía petrolera obtuvo un beneficio neto de 4.693 millones de euros el año pasado
EUROPA PRESS para Público, Madrid 24/02/2011 09:03 Actualizado: 24/02/2011 09:09
Repsol obtuvo un beneficio neto de 4.693 millones de euros en 2010, cifra que triplica el resultado logrado por la petrolera en 2009, que fue de 1.559 millones de euros, informó la compañía que preside Antonio Brufau a la Comisión Nacional del Mercado de Valores (CNMV).
(...) Sin tener en cuenta extraordinarios, el beneficio neto recurrente de Repsol mejoró en 2010 un 54,9%, hasta situarse en 2.360 millones de euros. Por su parte, el resultado de explotación recurrente de la compañía ascendió el año pasado a 5.213 millones de euros, con un repunte del 66,7% respecto a 2009.
Iberdrola ganó 2.870 millones en 2010
Iberdrola obtuvo en 2010 un beneficio neto de 2.870 millones de euros, lo que supone un aumento del 1,6% frente a 2009, cuando ganó 2.824 millones, como consecuencia de "los menores resultados atípicos netos de impuestos".
Con todo, la eléctrica señaló que se trata del mayor beneficio neto registrado en su historia. Según informó la compañía a la Comisión Nacional del Mercado de Valores (CNMV), su facturación fue de 30.431 millones de euros (+17,5%) y su Ebitda se elevó un 10,5%, hasta los 7.528 millones de euros.

ABC, 24/02/2011 :
Antena 3. Antena 3 y Telecinco mejoraron resultados en el año del «apagón analógico» El grupo Antena 3 logró un beneficio neto de 109,1 millones de euros el pasado ejercicio, lo que supone un aumento del 79,6% respecto al año anterior, en gran medida debido a la mejora de los ingresos publicitarios. El mercado publicitario creció el 3,8%. (...).
Telecinco. Telecinco obtuvo un beneficio neto de 70,5 millones de euros, lo que supone un 45,6% más que en 2009, cuando ganó 48,4 millones de euros. Los ingresos aumentaron un 30,3% en 2010, hasta los 855,1 millones de euros, y sus márgenes sobre ingresos mejoraron con respecto al año anterior, con un beneficio bruto de explotación (Ebitda) ajustado de 228 millones de euros.
Abertis. Abertis ganó un 6,1% más por la positiva evolución del tráfico en las autopistas. Abertis registró un beneficio neto de 662 millones de euros en 2010, lo que supone un incremento del 6,1% en comparación con el año anterior, según informó este jueves la concesionaria. (...)
Abengoa. La empresa andaluza registró un beneficio neto de 207 millones de euros en 2010, lo que supone un incremento del 22% respecto al ejercicio anterior. El grupo alcanzó unas ventas de 5.566 millones de euros, un 34% más, mientras que el resultado bruto de explotación (Ebitda) se situó en 942 millones de euros, un 26% más que en 2009. (...)