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samedi 22 août 2020

Grandes traversées : Frantz Fanon, l'indocile

(...) Seule une interprétation psychanalitique du
problème noir peut révéler les anomalies affectives
responsables de l'édifice complexuel. Nous travaillons
à une lyse totale de cet univers morbide. Nous
estimons qu'un individu doit tendre à assumer
l'universalisme inhérent à la condition humaine. 

Frantz Fanon
(extrait de l'introduction de Peau noire, masques blancs)

 

Heureux qui comme moi jouissent de bons amis, comme J., au flair aigu, qui me filent leurs tuyaux. J'apprends donc, grâce à un vieux copain, qu'on peut écouter, encore sur France Culture, une série documentaire —produite par la chercheuse en Sciences Humaines Anaïs Kien, réalisée par Séverine Cassar— sur le très grand Frantz Fanon (1925-1961), éminent psychiatre martiniquais, résistant anticolonial actif (membre du FLN algérien) et analytique, essayiste subversif pourfendeur des théories et des pratiques raciales-suprémacistes (expliquant les complexes et de supériorité et d'infériorité), et auteur notamment de Peau noire, masques blancs (Seuil, 1952) et Les Damnés de la terre (Éd. François Maspero, 1961). Il est enterré à Aïn Kerma (Algérie) conformément à ses dernières volontés.

Son engagement algérien était un engagement anticolonial. Grâce à Sara Boumghar (Libération, 12/07/2019), je découvre aujourd'hui un extrait qui définit très bien l'homme et ses positions :

Dans sa lettre de démission de l’hôpital de Blida, où il exerçait comme psychiatre, adressée en 1956 à Robert Lacoste, alors gouverneur de l’Algérie, lui vaut par ailleurs un arrêté d’expulsion du territoire algérien, daté de 1957. Cette lettre, dans laquelle il critique vivement la colonisation française en Algérie, est disponible intégralement dans son recueil d’essais Pour la révolution africaine, dont voici un extrait :

«Mais que sont l’enthousiasme et le souci de l’homme si journellement la réalité est tissée de mensonges, de lâchetés, du mépris de l’homme. Que sont les intentions si leur incarnation est rendue impossible par l’indigence du cœur, la stérilité de l’esprit, la haine des autochtones de ce pays ? La Folie est l’un des moyens qu’a l’homme de perdre sa liberté. Et je puis dire que placé à cette intersection, j’ai mesuré avec effroi l’ampleur de l’aliénation des habitants de ce pays. Si la psychiatrie est la technique médicale qui se propose de permettre à l’homme de ne plus se sentir étranger à son environnement, je me dois d’affirmer que l’Arabe, aliéné permanent dans son pays, vit dans un état de dépersonnalisation absolue.»

Le 30/07/2016, une autre émission de France Culture, Une vie, une œuvre, menée par Perrine Kervran, s'était déjà penchée sur l'œuvre et l'influence de l'insoumis martiniquais : Frantz Fanon, "L'homme qui interroge" (1925-1961), 59 minutes.

La série d'Anaïs Kien comporte 5 épisodes de 109 minutes. Elle permet d'écouter les témoignages, explications et remarques d'une trentaine d’intervenants :

Grandes traversées : Frantz Fanon, l'indocile

DU 17 AU 21 AOÛT 2020 DE 9H05 À 11H
 
Emblème de la lutte anticoloniale à travers son engagement dans la guerre d’Algérie aux côtés du FLN, il a marqué de son empreinte la fin des empires coloniaux et sa pensée révolutionnaire inspire de nombreux combats, des Black Panthers aux Palestiniens, en passant par les militants anti-apartheid.

Engagé politique et soignant, Frantz Fanon est né aux Antilles françaises dans l’entre-deux guerres. Il est devenu l’emblème de la lutte anticoloniale à travers son engagement dans la guerre d’Algérie aux côtés du FLN et grâce à son travail psychiatrique sur l’aliénation coloniale dans ses principaux ouvrages : Peau noire, masques blancs et Les Damnés de la terre. Mort en 1961 à 36 ans, quelques mois à peine avant l’indépendance algérienne, il a marqué de son empreinte la fin des empires coloniaux et sa pensée révolutionnaire inspire de nombreux combats, des Black Panthers aux Palestiniens, en passant par les militants anti-apartheid d’Afrique du Sud. 

Gaël Faye, lauréat du prix du roman des étudiants France Culture - Télérama 2016, lit les textes de Frantz Fanon. 

Après des recherches universitaires sur l'histoire de la liberté d’expression et l’invention des médias libres, Anaïs Kien intègre l’équipe de l’émission d’Emmanuel Laurentin La Fabrique de l’histoire en 2005 où elle signe plus d’une centaine de documentaires et co-anime les débats. A la rentrée 2019, elle accompagne la création de la nouvelle émission quotidienne d’histoire de France Culture Le Cours de l’Histoire où elle propose chaque jour une chronique Le Journal de l’Histoire. A l'été 2020, elle conçoit la Grande traversée consacrée à Frantz Fanon.

VOLETS de cette série :

1) Frantz Fanon : la violence en héritage ?
Comment Fanon est-il devenu le défenseur de la violence politique ? Peu avant sa mort, il rencontre Sartre et passe trois jours à Rome sans presque dormir, qui aboutissent à la préface par le philosophe des "Damnés de la terre". Livre référence pour tous les peuples en quête d’émancipation.

2) Frantz Fanon et les Antilles, la matrice d'un regard sur les sociétés coloniales.
Frantz Fanon a fait de son pays natal, la Martinique, son premier champ d’exploration de l’aliénation des peuples colonisés et des colonisateurs. S’il est oublié après son départ, les premiers mouvements nationalistes convoquent ses écrits pour penser la place des Antilles françaises.

3) Frantz Fanon, l'expérience vécue du racisme colonial sur le front de la Deuxième Guerre mondiale.
Frantz Fanon s’engage bien avant l’âge requis pour défendre la France Libre face au nazisme. Blessé et décoré, il en revient choqué et transformé après avoir fait l’expérience du racisme colonial. Une rupture matricielle qui l’amène à s’attaquer à la déconstruction de la fabrique du colonialisme.

4) La psychiatrie, une arme de combat pour dépasser la race. Frantz Fanon de Lyon à Blida en passant par Saint Alban.
Si Fanon est considéré comme un penseur politique de la domination coloniale, il est avant tout psychiatre. C’est avec ses yeux de soignant qu’il aborde la situation des relations interraciales aussi bien aux Antilles, en France qu’en Algérie pendant sa guerre de libération. 

5) Frantz Fanon au combat, un psychiatre dans la guerre d'Algérie.
En 1956, Fanon s’engage dans sa deuxième guerre. Cette fois-ci, ce n’est plus pour défendre les valeurs républicaines françaises face au fascisme mais contre l’ordre colonial de son empire sur le territoire où s’écrit la forme la plus violente de la colonisation et de sa contestation : l’Algérie.


Cette série de France Culture sur Frantz Fanon s'inscrit dans un groupe d'émissions à but mémoriel proposées par la station publique française. Céline Leclère l'explique :

Dans la nuit du 22 août 1791 commence à Saint-Domingue (aujourd'hui Haïti et République dominicaine) une violente insurrection d'esclaves qui va être le point de départ de l'abolition de la traite négrière outre-Atlantique. Depuis 1998, et en référence à cet événement, la date du 23 août a été retenue pour la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition. Une histoire et une mémoire qui s'expriment cette semaine sur France Culture portées par différentes voix. C'est d'abord Frantz Fanon qui a fait de sa Martinique natale son premier terrain d'observation des processus d’aliénation à l'oeuvre dans les sociétés coloniales. Puis le documentariste autrichien Hubert Sauper qui est allé filmer les enfants de La Havane, qui fut l'un des plus importants ports de la traite des esclaves. Avec Epicentro, le documentariste autrichien décèle à Cuba les traces toujours vives de la première des manifestations de l'impérialisme occidental. Enfin, c'est le duo électro Drexciya, issu de la scène techno de Detroit qui invente, dans les années 1990 et à grands renforts de synthétiseurs, une variation inattendue à partir de cette histoire : une Atlantide bâtie sous l'océan par des esclaves africains. Bonnes écoutes, et à la semaine prochaine !

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Mis à jour du 22 septembre 2020 :

Frantz Fanon

Frédéric CIRIEZ, Romain LAMY

Le nom de Frantz Fanon (1925-1961), écrivain, psychiatre et penseur révolutionnaire martiniquais, est indissociable de la guerre d’indépendance algérienne et des luttes anticoloniales du XXe siècle. Mais qui était vraiment cet homme au destin fulgurant ?
Nous le découvrons ici à Rome, en août 1961, lors de sa légendaire et mystérieuse rencontre avec Jean-Paul Sartre, qui a accepté de préfacer Les Damnés de la terre, son explosif essai à valeur de manifeste anticolonialiste. Ces trois jours sont d’une intensité dramatique toute particulière : alors que les pays africains accèdent souvent douloureusement à l’indépendance et que se joue le sort de l’Algérie, Fanon, gravement malade, raconte sa vie et ses combats, déplie ses idées, porte la contradiction au célèbre philosophe, accompagné de Simone de Beauvoir et de Claude Lanzmann. Fanon et Sartre, c’est la rencontre de deux géants, de deux mondes, de deux couleurs de peau, de deux formes d’engagement. Mais la vérité de l’un est-elle exactement celle de l’autre, sur fond d’amitié et de trahison possible ?
Ce roman graphique se donne à lire non seulement comme la biographie intellectuelle et politique de Frantz Fanon mais aussi comme une introduction originale à son œuvre, plus actuelle et décisive que jamais. 
SOURCE : La Découverte.

jeudi 12 octobre 2017

Un peu de Fanon pour le 12 octobre

Mandaté par Isabel y Fernando (les Rois Catholiques : Isabelle I de Castille et Ferdinand II d'Aragon), à la tête d'une flottille de trois bâtiments, une caraque (la Santa María) et deux caravelles (la Pinta et la Niña, la Peinte et la Gamine), Christophe Colomb débarqua le 12 octobre 1492 sur l'île de Guanahani qu'il s'empressa de nommer San Salvador. Elle faisait partie d'un archipel que nous appelons aujourd'hui Bahamas, où habitaient des Taïnos et des Caraïbes que Colomb prit pour des Indiens, persuadé qu'il était de la rotondité de la Terre (1) et d'avoir découvert une nouvelle route des Indes.
C'était le début de l'empire colonial espagnol, bel exemple d'esprit de conquête et de réussite, œuvre de civilisation et d'évangélisation ayant eu recours aux massacres, à l'esclavage et à une considérable destruction physique, culturelle et linguistique du monde précolombien.
Il arrive qu'en 2017, le 12 octobre reste la fête nationale espagnole. Fête et Nationale. Ce qui me pousse à rappeler, pour l'occasion, deux citations antifana du martiniquais Frantz Fanon :

« Le régime colonial est un régime instauré par la violence. C’est toujours par la force que le régime colonial s’est implanté. C’est contre la volonté des peuples que d’autres peuples plus avancés dans les techniques de destruction ou numériquement plus puissants se sont imposés. Violence dans le comportement quotidien, violence à l’égard du passé qui est vidé de toute substance, violence vis-vis de l’avenir. »
L’An V de la révolution algérienne (1959)

« [La colonisation est] une négation systématisée de l’autre, une décision forcenée de refuser à l’autre tout attribut d’humanité. »
Les Damnés de la Terre (1961)

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(1) Ératosthène (Cyrène v. -276, Alexandrie, Égypte, v. -194) est le premier astronome dont la méthode de mesure de la circonférence de la Terre nous soit arrivée.

mardi 30 avril 2013

"Adieu à la croissance" (Gadrey) pour ce Premier Mai 2013

« (...) double folie des travailleurs, 
de se tuer de surtravail et
de végéter dans l'abstinence »
Paul Lafargue sur La surproduction
dans "Le Droit à la Paresse"

« C'est seulement dans les pays retardés du monde
que l'accroissement de la production est un objectif
important : dans les plus avancés, ce dont on a besoin
sur le plan économique est une meilleure répartition. » 
John Stuart Mill, Principes d'économie politique, 1848


La réfutation de la croissance et du productivisme débiles, et l'apologie de la vraie vie ont toujours été l'apanage des moins cons. Je réserve un petit coin chéri de ma bibliothèque à des bouquins consacrés à l'éloge de l'oisiveté et au dénigrement du travail (ou de l'acharnement au travail). On en trouve depuis l'Antiquité.
Dans ce domaine, le XIXe siècle et le premier tiers du XXe furent particulièrement fructifères ; on peut dénombrer, par exemple, les contributions de Paul Lafargue (Le droit à la paresse, 1881, où il évoque entre autres Destutt de Tracy ou Cherbuliez [1], déjà cités par Karl Marx dans Le Capital, 1872), Robert Louis Stevenson (An apology for idlers, 1877, traduit en français comme Une apologie des oisifs), Clément Pansaers (L'apologie de la paresse, 1920-1921), Kazimir Malevitch (La paresse comme vérité effective de l'homme, ouvrage rédigé en 1921 et publié pour la première fois, bien entendu en russe, en 1994) ou Bertrand Russell (In Praise of Idleness, Éloge de l'oisiveté, écrit en 1932, paru en 1935).
Plus récemment, en matière d'analyse du Travail et des ravages de la Croissance débraguettée [2], nous disposons des apports humanistes et écologistes d'Ivan Illich, André Gorz (cité également ici et ; le Diplo se souvient de lui dans son numéro de mai 2013, paru récemment, tout comme Jean Lebrun dans son émission La Marche de l'Histoire, sur France Inter [3] ou, un peu avant, en novembre 2012, Là-bas, si j'y suis, lors du cinquième anniversaire de sa mort), Serge Latouche, Hervé Kempf et de tant d'autres penseurs documentés et sensibles, voire déconcertants, tels Jacques Ellul (« Exister, c’est résister », mais hélas, sioniste et protestant).
Mais vu que demain c'est le Premier Mai et compte tenu des positions socio-économiques de la Gauche obnubilée et quémandeuse d'emploi et de croissance que nous subissons, je me plais maintenant à reproduire un extrait d'Adieu à la Croissance - Bien vivre dans un monde solidaire (novembre 2010), essai déjà cité dans ce blog de l'économiste Jean Gadrey, membre du conseil scientifique d'Attac, dont la nouvelle édition augmentée a été publiée par Les petits matins/Alternatives Économiques en 2012 et que je conseille de lire à quiconque veut réfléchir un tant soit peu à des concepts tels que "travail", "croissance", "environnement"/"planète", "avidité", "richesse" ou "bien-vivre". Nos enfants sont encore innocents, que ce soit à Madrid, à Paris, au Mali ou à Göttingen...
Ah !, c'est moi qui ai ajouté le lien de l'avant dernier paragraphe. Bonne lecture.
« (...) Ajoutons cet argument emprunté à l'économiste Laurent Cordonnier. L'un des moteurs les plus efficaces du consumérisme [4] est le splendide isolement des individus que produit la société de marché. Ramenant tous les registres des relations sociales à des échanges marchands, la société de marché vise à transformer les individus en monades qui n'auraient plus d'autre modalité pour faire valoir leur « être » auprès de leurs semblables que de se vautrer dans des stratégies narcissiques d'affichage des succès obtenus dans l'accumulation de signes consuméristes. Pourtant, dès les années 1970, des analystes ont commencé à mettre en doute l'efficacité de ce système de persuasion incitant à dépenser toujours plus pour une croissance toujours moindre et une satisfaction qui stagne ou régresse.

Les limites sociales du « toujours plus »
Dans un ouvrage remarquable [5] datant de 1976, Fred Hirsch, économiste universitaire et journaliste, prenait un exemple simple : « Quand tout le monde se dresse sur la pointe des pieds, personne ne voit mieux que les autres », et donc personne n'est mieux qu'avant. Or, la croissance est présentée comme une voie royale permettant à tous d'atteindre de meilleures places. Cela devient impossible et source de frustrations quand il s'agit d'accéder à des biens qui provoquent de la « congestion » (sur le modèle de l'automobile) ou des « biens positionnels », dont la rareté est plus sociale que physique : des emplois de cadres supérieurs ou de direction impliquant des études prestigieuses, des statuts sociaux enviables, des places dans des théâtres renommés, « l'accès privatif à un charmant coin de verdure », les résidences des « rurbains », les lieux de tourisme réputés, etc. On invite tout le monde à se « dresser sur la pointe des pieds » pour en bénéficier alors que seule une minorité (aux premiers rangs) peut et pourra y accéder, quelle que soit la croissance. Or, ces biens sont devenus, avec l'abondance matérielle, de grands territoires d'expansion du marché dans les pays riches. Qui plus est, ce que n'avait pas anticipé Fred Hirsch, avec la raréfaction ou l'épuisement des ressources naturelles, même des biens matériels « classiques » deviennent positionnels dans le système « libéral-croissanciste ».
Ce système engendre d'énormes gaspillages collectifs : les gens s'épuisent tous à rester sur la pointe des pieds, alors que la coopération et la délibération sur des limites admises, dans un cadre plus égalitaire et moins concurrentiel, conduiraient à une plus grande efficacité et à plus de satisfaction.

Et les plus pauvres ?
Ce qui précède peut sembler dépassé en 2010, alors que la crise se poursuit, accompagnée de drames humains à l'échelle du monde. On peut penser que ces arguments ne concernent pas ceux qui, dans notre pays, vivent avec bien peu. Pourtant, la production organisée de l'avidité ne vise pas que les riches et les « classes moyennes ». Les chaînes de la restauration rapide et les multinationales de l'agroalimentaire sont aujourd'hui accusées par les associations de consommateurs et par les médecins de pousser à la consommation de produits dont le prix est aussi bas qu'élevée leur teneur en graisse, en sucre et en CO2. Elles organisent autour de ces produits à risques, destinés en priorité à des gens modestes, des campagnes permanentes de publicité, y compris dans les émissions télévisées pour enfants.
Les ménages à bas revenu n'ont pas assez de ce qui pourrait contribuer à leur bien-être, et, en particulier, aujourd'hui, ils sont souvent mal logés et manquent d'un accès universel et gratuit à la santé, à l'éducation, à des transports collectifs, aux services pour la petite enfance et les personnes âgées, à un environnement sain, etc. La pauvreté est une situation de privation de « droits à... », au-delà du droit à disposer d'un revenu décent. Les plus pauvres sont d'un côté limités dans leur accès à des services liés à des droits, et, de l'autre, ils sont conduits à dépenser leurs maigres ressources monétaires dans le cadre du système de l'avidité, du crédit, de l'envie et de la frustration, sous l'emprise des marques, de la publicité, de la malbouffe, de la pression au renouvellement des biens. Les officines de crédit à la consommation prospèrent sur le dos des pauvres, avec des taux d'usurier et des pratiques inhumaines de recouvrement et de poursuites en justice. Tout cela contribue à aggraver la pauvreté comme privation de droits. Un système qui n'est pas fait pour répondre à des besoins mais pour produire des désirs à des fins lucratives est particulièrement nocif pour les pauvres.
(...)
On peut, sans croissance économique, améliorer nettement la vie des ménages à faible pouvoir d'achat, par la redistribution indispensable des revenus (voir troisième partie [6]), mais aussi par la maîtrise politique du foncier, du logement social (et écologique), par la gratuité d'accès à des services publics redevenant universels, par une profonde réorganisation de la production et de son contrôle, issue de délibérations sur les besoins [7]. (...) »

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[1] Antoine-Élisée Cherbuliez (Genève 1797- Zürich 1869), utilitariste et antisocialiste, écrivit dans Riche ou pauvre : exposition succincte des causes et des effets de la distribution actuelle des richesses sociales (1840) :
"Les travailleurs eux-mêmes, en coopérant à l'accumulation des capitaux productifs, contribuent à l'événement qui, tôt ou tard, doit les priver d'une partie de leur salaire."
Et pour conclure son paragraphe, il ajoutait :
"Ce défaut de sécurité, provenant de circonstances que le prolétaire ne peut ni prévoir, ni prévenir, loin d'aiguiser les facultés qui lui restent, exerce une influence fatale sur son développement morale."
Le lien ci-dessus permet de mieux situer ces extraits dans leur contexte disons benthamien.

[2] ... et sa cousine la Compétitivité, qui fait toujours des victimes.

[3] Merci José pour le tuyau. Quant aux couinements d'Édith Cuignache-Gallois, n'arrêtons pas d'offenser les ignares piteux.

 
[4] Anglicisme affreux à grand succès, y compris parmi les adversaires de la fièvre acheteuse promue par le Capital de la Croix-sance et de la Con-Gestion —essentiellement et avant tout dévastatrices.

[5] Social Limits to Growth, Routledge. Une traduction française, préfacée par Jean Gadrey, a été éditée le 28 mars 2013.

[6] Elle s'intitule Société soutenable, société désirable.

[7] Note de J. Gadrey : Voir le « manifeste pour les produits de haute nécessité ».

mercredi 25 février 2009

La révolte des Antillais, selon Hervé Le Tellier

4 Français sur 5 trouvent le mouvement des Antillais "justifié". Le cinquième pense simplement "Dyoum chèché, dyoum touvé", qui cherche la bagarre l'a trouvée.

papier de verre, par Hervé Le Tellier (Le Monde, mercredi 25 février 2009)

Si les lexiques créoles vous intéressent, voici un dictionnaire en ligne recueillant des mots dans les langues créoles de Guadeloupe, Martinique, Guyane, Haïti, Réunion et île Maurice.

mercredi 18 février 2009

Des Antillais habitant Paris...

... glosent la colère sociale causée par la cherté de la vie dans les îles et en Guyane. Depuis le 19 janvier 2009, une grève générale y paralyse tous les secteurs économiques. Voir vidéo.