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dimanche 31 janvier 2021

Les Guignols, les virus et la « loi du marché »

Merci, Maite, pour le tuyau !



 

Vous rappelez-vous Les guignols de l'Info ? Émission satirique emblématique de Canal+, diffusée à partir du 29 août 1988, elle a été supprimée le 22 juin 2018.
Elle parodiait le journal télévisé, grand totem de l'histoire de la télévision française, et passait en revue grand nombre de personnages de l'actualité française et mondiale, un peu à la manière de Spitting Image, invention britannique précédente.
C'est Vincent Bolloré qui a voulu signer son acte de décès dès 2015 pour abus de dérision. Rire de salariés ringards qui se font virer, ça c’est drôle ! Ou virer des humoristes. Oui, des humoristes, car la démocratie libérale adore la satire, est Charlie et n'est pas le Venezuela ! Au bout du compte, la haute direction d'une grande maison mérite un peu de terreur...

Voici un extrait des Guignols qui date de 2009 et tombe à point nommé —par ces temps de coronavirus,  d'infos quotidiennes à propos de vaccins, d'informaticiens et de téléthons indispensables, faute de recherche mutualisée et démarchandisée.
C’était l’époque de l’épidémie de grippe aviaire ; PPD, caricature de l'ex-présentateur du journal télévisé de TF1 Patrick Poivre d'Arvor, interviewait la marionnette stallonienne de M. Sylvestre, le directeur de la communication d’une multinationale pharmaceutique qui avait refusé de fabriquer industriellement des vaccins contre la grippe aviaire.
Ce petit scénario contient des perles d'acuité simple, à la portée de tout le monde, et pourtant si subtiles... Puis, l'application stricte de la doctrine libérale à l'argumentation d'un guignol en 2009 lui confère aujourd'hui une saveur prémonitoire, on nous dit : Les Guignols étaient des prophètes ! C'est la valeur probante des conséquences, car la logique ne lâche rien. D'ailleurs, il ne faut pas être Einstein pour comprendre qu'appât du lucre et bien commun (santé publique, vie...), ça fait deux. Encore une fois, on a beau l'ignorer, il faut choisir : c'est la bourse ou la vie.


Léger prix des vaccins pour la grippe aviaire - Les Guignols - CANAL+, 2009.


AIDE À LA COMPRÉHENSION :

« Monsieur Sylvestre, vous avez refusé de fabriquer industriellement des vaccins contre la grippe aviaire, parce que ça n’est pas rentable, c’est ça ?
—Ouais, c’est nous, hein ?
—Mais... c’est tout ce que vous avez à dire ?
—Eh, non, pardon aux familles et tout ça. C’est bon ?
—Euhhh, mais, c’est affolant : vous avez 4 millions de vaccins seulement, ce qui représente à peine 2% de la population américaine. Ça devrait vous inquiéter !
—Non... J’fais partie des 2% qui sont vaccinés.
—Non, mais les autres...
—On les soignera.
—Mais, vous allez faire des vaccins, alors.
—Non, on les soignera. Quand ils seront malades...
—Pourquoi attendre qu’ils soient malades ?
—Pour leur vendre des médicaments, banane !
—La première chose que vous trouvez à faire, c’est de vendre des médicaments ?
—Non, la première chose, c’est de doubler les prix des médocs.
—Mais... c’est atroce !
—Non, c’est la loi du marché, ne fais pas l’étonné, hein ! Nous, on est là pour vendre des médocs. Et pour vendre des médocs, faut que les gens soient malades. On a un business plan très clair ; Un : pas de vaccin. Deux : épidémie mondiale. Trois : les médocs arrivent en retard.
—Hein ? Pourquoi les médicaments arriveraient en retard ?
—C’est dans le business plan ! Pour atteindre deux millions de morts !
—Quoi ?
—Ouais, c’est génial, quand il y a des morts en pagaille, on vend les médocs le prix qu’on veut. Tu sais, quand ton père a perdu deux gosses sur trois de la grippe aviaire, généralement, il est pas regardant sur le prix pour sauver le troisième, hein ! Ouais, il peut vendre sa bagnole, le gars !
—Horrible !
—Nooon. C’est après que le business plan, il est génial. C’est que l’année d’après, on fait des vaccins.
—Ah, quand même !
—Ah, oui, je te raconte pas, hein ? Ça va partir comme des petits pains, parce que les pauv’, ça a une vie de merde, mais ça veut pas mourir, hein ? C’est la grande interrogation que j’ai, ça...
—Je suppose que vous allez tripler les prix ?
—Nous, les premiers vaccins, non ! parce qu’ils marchent pas.
—Comment ça, ils marchent pas ?
—Ben, c’est dans le business plan, au début, on tâtonne, on n’est pas au point, c’est surtout à base d’eau et d’huile de vidange.
—D’huile de vidange ?
—Ouais, General Motors est actionnaire. On a des bidons à pas cher.
—On est au bout de l’horreur, là !
Mais non, l'année 3, on fait les vrais vaccins, on n’est pas des bêtes. Puis, y'aura sûrement une nouvelle maladie d’ici là, croise les doigts, hein ?
—Tout est sous contrôle, quoi !
—Bah, on est des pros, hein ? Je viens de l’informatique, moi, c’est un business plan qu’on utilise souvent, on fabrique des virus pour fourguer de l’antivirus.
—Avec la grippe aviaire, c’est un problème de santé publique.
—Bof, privé ou public, du moment que c’est bien payé, hein ?
—Non, mais là, vous nous annoncez une catastrophe sanitaire, là !
—Ah, ouais, j’ai pas été aussi optimiste que depuis l’arrivée du SIDA dans les années 80.
—En même temps, si les actionnaires sont contents, ça va peut-être réduire le chômage...
—Ouais, comptez plutôt sur les morts, hein ?
—C’est ce que je voulais dire, hein ? La suite... »


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Quand on évoque Les Guignols, c'est peut-être notamment à la période 1992-1996, avec le trio Benoît Delépine, Jean-François Halin et Bruno Gaccio, qu'on pense.
Bruno Gaccio a collaboré comme co-auteur de cette satire entre 1992 et 2007. Le média indépendant Thinkerview lui donnait la parole en direct le 16 octobre 2019. Je relaie ci-dessous cet entretien qui pourrait intéresser beaucoup de monde :

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Mise à jour du 12.03.2021 :

La lecture d'un article d'Andy Robinson (La Vanguardia, 6/03/2021, et Ctxt) a suscité en moi la fantaisie d'identifier Monsieur Sylvestre et Frank A. D’Amelio, le directeur financier de Pfizer, car celui-ci a aussi, bien entendu, son business plan et a avoué innocemment début février, lors d'une téléconférence sur les résultats de Pfizer avec des spéculateurs de Wall Street : 

Now let's go beyond a pandemic-pricing environment, the environment we're currently in. Obviously, we're going to get more on price. And clearly, to your point, the more volume we put through our factories, the lower unit cost will become. So clearly, there's a significant opportunity for those margins to improve once we get beyond the pandemic environment that we're in.

Nous sommes dans un environnement de prix pandémiques, donc, bien évidemment, nous allons obtenir de meilleurs prix.” Simple comme bonjour.
Il est vrai, néanmoins, que les actionnaires de Pfizer en voulaient beaucoup plus ; le cours de l'action s'est piteusement enfoncé sous les 36$ fin 2020 et son prix YTD (year to date) va plutôt mal en 2021, malgré une légère récupération depuis le 2 mars (il était à 33,49$ le 26 février et il est à 34,94$ le 12 mars) ; d'autant qu'il y a en perspective l'entrée en jeu du vaccin de Janssen (Johnson & Johnson), qui sera fourni dès avril en principe et dont les atouts alléchants, aujourd'hui, sont majeurs : meilleur marché, meilleures conditions de transport-stockage (il n'a besoin que de la température normal d'un frigo) et une seule dose à injecter ! Et il y a d'autres vaccins à débarquer...

Dans son article, Andy Robinson cite également Matt Taibbi, le journaliste de RollingStone toujours percutant (mentionné ici, ici et ) :

The business model for Big Pharma is brilliant. A substantial portion of research and development for new drugs is funded by the state, which then punts its intellectual work to private companies, who are then allowed to extract maximum profits back from the same government, which has over decades formalized an elaborate process of negotiating against itself in these matters.

How big are these giveaways? Since the 1930s, the NIH has spent about $930 billion in research. Between 2010 and 2016, every single drug that won approval from the FDA — 210 different pharmaceuticals — grew at least in part out of research funded by the NIH. A common pattern involves R&D conducted by a small or midsize company, which sells out to a behemoth like Gilead the instant its drug makes it through trials, and obscene prices are set. (...)
Extrait de Big Pharma’s Covid-19 Profiteers. How the race to develop treatments and a vaccine will create a historic windfall for the industry — and everyone else will pay the price.

[Le modèle commercial de Big Pharma est brillant. Une partie substantielle de la recherche et du développement de nouveaux médicaments est financée par l'État, qui cède ensuite son travail intellectuel à des entreprises privées, qui sont ensuite autorisées à retirer le maximum de profits du même gouvernement, qui a officialisé pendant des décennies un processus de négociation élaboré contre lui-même dans ces matières.
Quelle est la taille de ces cadeaux ?
Depuis les années 1930, le NIH a dépensé environ 930 milliards de dollars en recherche. Entre 2010 et 2016, chaque médicament qui a obtenu l'approbation de la FDA - 210 produits pharmaceutiques différents - est issu au moins en partie de la recherche financée par le NIH.
Un modèle courant implique la R&D menée par une petite ou moyenne entreprise, qui se vend à un géant comme Gilead au moment où son médicament passe à travers des essais, et des prix obscènes sont fixés. (...)

Extrait de
Les profiteurs Covid-19 de Big Pharma. Comment la course au développement de traitements et d'un vaccin créera une aubaine historique pour l'industrie - et tout le monde en paiera le prix.]

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Mise à jour du 22.10.2021. À propos :

Les vaccins lucratifs ne suffisent pas à maîtriser une pandémie

Investig'Action, 21 Oct 2021, par

Les vaccins COVID qui ont été mis au point n’ont pas été conçus pour endiguer la pandémie à court terme. Ils ont été développés pour consolider les monopoles économiques et en créer de nouveaux.

EN LIRE PLUS.


vendredi 23 octobre 2020

Coup de gueule du Dr. Jean-Jacques Houben contre une déprédation qui tue

Voici une vidéo mise en ligne le 22 octobre 2020. Un ras-le-bol se lâche. Le chirurgien Jean-Jacques Houben décrit la situation de l'hôpital, accuse et pose des questions en Belgique, mais il aurait pu en faire autant dans n'importe quel pays de la globalisation libérale désastreuse, car la situation dénoncée ne concerne pas que tel ou tel pays, mais tout un système criminel.

 


COUP DE GUEULE du Dr. Jean-Jaques Houben, de l'hôpital Erasme en Belgique

« J’accuse, je persiste et je signe.
En Belgique, en 2 000, il y avait assez d’hôpitaux, assez de lits et assez de personnel soignant. En 20 ans, on a non seulement fermé onze hôpitaux bruxellois, mais dans les 17 restants, on a fermé plus de 3 000 lits. Plus de 50 000 lits fermés en Belgique en 20 ans.
La durée de la vie professionnelle d’une infirmière est de 14 ans ; plus de 60% des infirmières belges ne pratiquent plus de clinique. Cessez de mentir aux gens. Il y a suffisamment de lits hospitaliers, mais ils sont fermés ou convertis en bureaux. Il y a des milliers d’infirmières compétentes disponibles, mais vous les avez perdues, parce que vous les avez méprisées, traitées de bonniches et sous-payées.
Après avoir privé la santé publique de moyens, vous avez détruit des stocks stratégiques, démonté des circuits logistiques, vous avez favorisé des monopoles pharmaceutiques scandaleux par une législation des marchés publics qui a tué nos fabricants locaux et engraissé des holdings internationaux.
La pandémie du COVID a démarré il y a près d’un an. Le commun des mortels connaît le COVID depuis 240 jours et 240 nuits. Interdire de travailler, interdire d’apprendre, de soigner, interdire d’opérer, de sortir, de se cultiver, interdire de fêter, de se marier, même d’aimer, interdire de voyager, même mourir dans la dignité et oxygéné est interdit. Mais qu’avez-vous fait à part passer quelques nuits à vociférer, insulter, négocier des accords dont on ignore tout ? Au lieu d’interdire, avez-vous multiplié les sources de matériel ? Avez-vous rouvert des lits hospitaliers ? Avez-vous préparé les laboratoires de dépistage ? Avez-vous recontacté les milliers d’infirmières compétentes en proposant un statut de crise pour qu’elles dépannent ? Avez-vous sollicité les médecins privés d’activité pour aider les généralistes submergés ? Avez-vous achalandé les pharmacies en masques, en vaccins antigrippaux, par exemple ? Avez-vous anticipé ? Avez-vous financé des centres de dépistage de crise pour la seconde ou la troisième vague ? Avez-vous équipé les O pour soigner dignement nos vieux ? Allez-vous instaurer des procédures de vidéo-teaching pour les écoles, pour les professeurs, réengager des centaines de professeurs compétents en pré-retraite ? Que nenni…
Pour défendre un État, il faut réfléchir, écouter, reconnaître ses erreurs et, surtout, les corriger. Il faut agir et non tergiverser. Vous avez le temps de fermer les restaurants et les blocs opératoires, le temps de fermer le Bois de la Cambre [grand poumon vert bruxellois] et de faire des pistes cyclables, le temps de verbaliser et de juger ; le reste, vous n’avez encore rien à prouver : vous n’êtes ni des hommes ni des femmes d’État. »

 

Non, en effet, ils/elles ne sont ni des hommes ni des femmes d'État, loin de là. Ou si, ça dépend ; cela dépend du concept d'État que l'on ait. En tout cas, ils/elles ne sont pas là pour défendre l'intérêt commun (ça se saurait !), mais pour favoriser coûte que coûte les grandes affaires, le Grand Capital pour lequel ils/elles travaillent avec acharnement, donc, contre tout sens commun, contre tout bien commun.

(...) And so ‘the yearning peoples appear, wearied with struggle and way-worn: “I have no liberty, I have no equality, I have no fraternity.”’ But the bourgeois ‘goes on muttering incoherent phrases about progress and liberty’.
[Et ainsi « apparaissent les peuples bouillants d'impatience, fatigués par la lutte et usés par la route : “Je n'ai pas de liberté, je n'ai pas d'égalité, je n'ai pas de fraternité” ». Mais le bourgeois « continue à marmonner des phrases incohérentes sur le progrès et la liberté »]
Pankaj Mishra, At the Helm of the World, London Review of Books, Vol. 39 No. 11 · 1 June 2017, excellente recension de The Discovery of Chance: The Life and Thought of Alexander Herzen, par Aileen Kelly. Les citations correspondent justement à Alexandre Herzen (1812-70).
Il y en avait qui croyaient que cette pandémie exceptionnellement létale serait une belle occasion pour que la donne changeât, n'est-ce pas ? Il n'en fut rien, loin de là. Eh ben, quand dans ce contexte, la tergiversation, l'absence de mesures dans le sens de l'humanité et la suite dans les idées prédatrices sont les réponses permanentes dans tous nos pays développés à vos questions, M. Houben, il faut commencer à surtout ne pas se leurrer là-dessus. Car il ne faut pas être docteur pour saisir la force d'attraction et de production de sociopathes de ce système sans États d'âme, ou pour observer sa flèche. Tout choc —survenu, produit ou mélange des deux— devient pour eux source d'opportunité, c'est-à-dire, l'occasion de se hâter à progresser à fond dans la feuille de route de leur religion définitive.
Nos dirigeants sont des liquidateurs à gages qui commettent certainement des bavures, car ils sont trop médiocres (cf. ici, ici et ), mais ce ne sont certainement pas les erreurs suggérées par la ferme et digne dénonciation du Dr. Houben, pour laquelle néanmoins, je le remercie très sincèrement.

vendredi 3 avril 2020

(2019-20) 6e Journal des infos dont on parle plutôt peu

...Car loin du psittacisme médiatique, il y a bon nombre d'événements qui nous interpellent autrement dont on ne parle que peu ou sous l'angle de la propagande unique. Nous essayons de repérer et de glaner des faits/sujets/positions en dehors de l'actu ou de l'éditocratie.
Voici notre sixième sommaire de cette année scolaire, pour notre mise en commun confinée et en ligne du mercredi 1er avril 2020. Évidemment, il tourne autour du coronavirus et les nombreuses approches qu'admet ce sujet majeur.

Merci à mes élèves pour leurs contributions !





Il vous propose, entre autres...

CORONAVIRUS, CONFINEMENT ET RÉSISTANCES : SUIVI EN CONTINU depuis le 17 mars 2020, par Acta.Zone.


...ou, en nov'langue, le sens de l'expression...

« Mon ennemi, c'est la finance » :



Comment, en 2012, Macron est allé rassurer la finance à Londres pendant que Hollande était au Bourget pour nous dire que son ennemi, c'était la finance.






jeudi 2 avril 2020

Pierre Dumayet étudiait plusieurs pestes dans son émission Histoire des gens (1974)

L'INA (Institut national de l'Audiovisuel) a fouillé dans ses archives et nous présente...


« Histoire des gens » | ORTF | 26/10/1974

L'émission est consacrée à la peste, terreur du moyen âge.
À Florence, Pierre DUMAYET converse avec l'historien Jacques LE GOFF sur la Grande peste qui a ravagé la ville italienne en 1348. La maladie entraîne des bouleversements sociaux et religieux fondamentaux dans la civilisation occidentale.
Puis à Gordes, Pierre DUMAYET écoute le docteur Jean Noël BIRABEN raconter des épidémies dont celle de Marseille en 1720*.
En conclusion, Jacques LE GOFF rencontre le professeur MOLLARET de l'institut Pasteur, qui prévient sur les risques toujours possibles d'une épidémie.
L'émission est constituée de promenades-discussions de Pierre DUMAYET et ses invités, ponctués d'extraits de films, de dessins et gravures, de nombreuses images de Florence et de ses principaux monuments, des statues de cire du musée de la Specola, du vieux port avec le quartier de l'Estaque à Marseille [où la peste fit des ravages en 1720].

Journaliste : Pierre Dumayet
Réalisation : Jean Cazenave
Durée : 1h 03'.

L'émission est grosse de pédagogie humaine, littéraire, artistique, politique et économique, même si l'on peut avoir aujourd'hui des informations plus contrastées par rapport, par exemple, à certains chiffres. Jacques Le Goff affirme que la peste du XIVe siècle aurait tué entre un quart et un tiers de la population de l'Europe (15-20 millions de décédés), alors qu'aujourd'hui, on calcule un pourcentage de trépassés de 30 à 50 % des Européens de 1347 à 1352 (environ 25 millions de victimes).
Parmi les professions les plus gravement touchées, les boulangers, les équarrisseurs, les bouchers... ou les croque-morts, évidemment ; parmi les plus épargnées, les chaudronniers, les tonneliers ou les forgerons.
Parmi les plus grandes villes de l'époque les plus frappées, la plus peuplée et prestigieuse était Florence. C'est dans sa calamité qu'il faut trouver la source du Décaméron (1349-53) de Boccace :
« Combien de vaillants hommes, que de belles dames, combien de gracieux jouvenceaux, que non seulement n'importe qui, mais Galien, Hippocrate ou Esculape auraient jugés en parfaite santé, dînèrent le matin avec leurs parents, compagnons et amis, et le soir venu soupèrent en l'autre monde avec leurs trépassés. »
Boccace, Le Décaméron, Première journée.
En tout cas, il est clair que le système productif européen essuya dès lors une pénurie conséquente de main-d'œuvre, à partir notamment de 1349, indique Le Goff. Il s'ensuivit une montée des salaires qui déclencha une réaction immédiate et brutale des classes dirigeantes, car l'Économie consiste toujours à concentrer les gains et populariser les pertes.
Le Goff explique dans l'émission que les municipalités comme les rois, là où il y avait un pouvoir central plus fort, décidèrent illico de bloquer les salaires. Ce fut le cas, d'abord, du roi Édouard III d'Angleterre, en 1349, on pouvait s'en douter. Puis en France, Jean II le Bon (sic), monarque de 1350 à 1364, bloqua prix et salaires par ordonnance du 30 janvier 1351, à l'instar de son collègue anglais, et en profita pour interdire la mendicité, in-activité qui aggravait le déficit de bras, et pour prohiber aux ouvriers de fréquenter les tavernes les jours ouvrables ou de quitter leur atelier pour chercher un meilleur salaire, par exemple. Remarquons que le règne du Bon est toujours une Belle-Époque pour la promotion du travail —toujours des autres, des corvéables à merci.
Bref, l'après-Peste servit à développer de nouvelles structures politiques en marche vers l'Absolutisme, cheminement entraînant, entre autres, une répression en bonne et due forme des révoltes paysannes (Jacqueries, en France) ou des émeutes urbaines (comme à Florence) de 1358, par exemple.

La promenade de Jacques Le Goff et de Pierre Dumayet les emmène au Chiostro Verde du couvent dominicain de Santa Maria Novella de Florence. Ils visitent ensuite l'ancienne salle capitulaire de cet ensemble, qui donne justement sur le cloître où ils se baladaient ; il arrive que cette Chapelle des Espagnols (en italien, Cappellone degli Spagnoli) est très en rapport avec l'infection via Yersinia pestis qui ravagea la ville toscane. Elle fut superbement décorée à fresque par Andrea da Firenze (surnom d'Andrea di Bonaiuto), de 1365 à 1367, grâce à l'argent d'un des plus riches marchands de Florence, dont la femme avait été foudroyée par cette calamité en 1348. "Il fait pénitence à sa façon", explique Le Goff.


Les peintures murales de la chapelle, avec sa célèbre allégorie de l'Eglise militante et triomphante, étaient en fait une délicate BD lourde d'intimidations. Ses fresques correspondraient, selon l'historien français,...
...au goût du moment et à la politique de l'Église Catholique face à la peste. L'Église, elle a surtout était effrayée par les manifestations presque hérétiques qui se sont développées après 1348. Nous avons vu les flagellants,...
...ou le cas, à l'intérieur même de l'ordre, de Sainte Catherine de Sienne (1347-80), tertiaire de l'ordre dominicain, qui passionnait les foules et prétendait avoir des visions, ou qu'à travers des contacts personnels avec Dieu, on pouvait faire son salut. Alors,
(...) pour mettre le holà, les Dominicains, en 1374, ont convoqué Catherine de Sienne dans cette salle capitulaire, l'ont fait examiner et, sans doute, lui ont montré quelle était la bonne voie grâce à ces fresques. D'abord, en obéissant aux autorités religieuses et civiles, ecclésiastiques et laïques, avec tous ces personnages qui sont de face, comme Giotto, le Pape, le plus haut, bien sûr, puis l'empereur, les hauts fonctionnaires, les ordres mendiants et toute la société, depuis les riches jusqu'aux pauvres et aux mendiants. Et à cette société, ce qu'on lui propose d'abord, c'est de ne pas faire, comme ces hérétiques, juifs, musulmans ou autres, comme ceux symbolisés par ce loup que les chiens dominicains, chiens du seigneur, sont en train de mettre à la raison. Ce qu'il faut faire, l'acte essentiel, c'est la pénitence, la confession, où il faut passer par l'intermédiaire de l'Église et, si possible, d'un dominicain, qui amène le pénitent vers Saint-Pierre, qui ouvre la porte du Paradis à l'homme qui a su résister à la tentation de manifestations hérétiques ou parahérétiques.
 —l'obéissance étant, d'ailleurs, le seul vœu des Dominicains, Domini canes, l'ordre catholique des Frères Prêcheurs —les Jacobins— lancé à Toulouse en 1216 par Domingo de Guzmán (1170-1221), juste après l'extermination des albigeois par Simon de Montfort, en plein essor du catharisme (hérésie condamnée en 1184). Tous les chiens de garde de tous les temps prêchent l'obéissance, la soumission heureuse.

Pour aller plus loin, mais d'une autre manière, à l'égard de la peste bubonique [bubons = enflures], le grand fléau du XIVe siècle, n'hésitez pas à lire Pepe, vino (e lana) come elementi determinanti dello sviluppo economico dell'età di mezzo**, dans Allegro ma non troppo (Società editrice il Mulino, Bologne, 1988), par le grand historien Carlo M. Cipolla (1922-2000).

Finalement, pour aller plus loin en matière de pandémies, je vous suggère la lecture d'un article de Corinne Bensimon portant sur une épidémie considérable et relativement récente dont on a très peu parlé :
Corinne Bensimon, 1968, la planète grippée, Libération, le 7 décembre 2005.
Un an après être partie de Hongkong, la grippe fait, en deux mois, 31 226 morts en France, deux fois plus que la canicule de 2003. A l'époque, ni les médias ni les pouvoirs publics ne s'en étaient émus. Alors que la propagation de la grippe aviaire inquiète, retour sur cette première pandémie de l'ère moderne.

_________________________
* Cf. Alain Garrigou (Professeur émérite de science politique à l’université de Paris-Nanterre), Quand le « doux commerce » propageait la peste à Marseille, Le Monde diplomatique, avril 2020, pp. 22-23.
(...) Alors que Charles de Secondat, baron de Montesquieu, avait 31 ans, la peste de Marseille tuait entre juin et octobre 1720 un tiers de la population de la ville, la moitié de celle de Toulon et entre 90 000 et 120 000 personnes sur 400 000 en Provence. Comment Montesquieu a-t-il pu avec d’autres ignorer que le commerce amenait ses propres catastrophes ? Pas tout à fait cependant. Dans Les Lettres persanes, rédigées pendant la peste et parues l’année d’après, il revenait sur une épidémie dont on peut supposer, malgré l’approximation chronologique, qu’il s’agit de la peste noire de 1347-1349, qui anéantit un tiers de la population européenne : « Il n’y a pas deux siècles que la plus honteuse de toutes les maladies se fit sentir en Europe, en Asie et en Afrique ; elle fit en très peu de temps des effets prodigieux : c’était fait des hommes si elle avait continué ses progrès avec la même furie. » Au moins concevait-il le pire d’une extinction de l’espèce humaine.
La peste de 1720 à Marseille fut bien moins vaste mais tout aussi importante dans l’histoire des épidémies. Elle commence avec un navire de commerce, le Grand Saint-Antoine, en provenance du Levant (Syrie, Liban et Palestine). Au cours du voyage, neuf personnes meurent à bord. Après un premier refus de débarquer à Marseille le 25 mai 1720, et une tentative avortée à Livourne, le bateau est accueilli en quarantaine au large de Marseille sur l’île Jarre, qui est affectée aux navires touchés par la peste. Un bureau de santé a été aménagé sur le Vieux-Port, où les capitaines des bateaux venant du Levant doivent se rendre en barque pour obtenir le droit d’entrer dans le port. Au Liban, à Sidon, le consul français a délivré une patente nette au bateau — qui attestait qu’il avait quitté le port exempt de maladies contagieuses —, puis le consul de Tyr, où une autre cargaison a été embarquée, et celui de Tripoli, où le navire a réparé une avarie. Le capitaine avise le bureau des décès de la traversée. Alors qu’un marin est mort à bord du Grand Saint-Antoine au bout de deux jours à Marseille, le corps est débarqué, mais le médecin ne voit aucun signe de peste.
Après avoir envoyé le bateau sur l’île Jarre, le bureau de santé se ravise. Alors que les ballots de coton sont envoyés à un autre lieu de l’isolement, il autorise le déchargement des produits précieux, c’est-à-dire de la soie. Quelques jours plus tard, il décide le débarquement de toutes les marchandises. Dans des conditions obscures, les ballots sont donc successivement distribués. Avec les puces transportant le bacille de la peste. Les portefaix furent les premiers contaminés. À partir de fin juin, l’épidémie flamba en quelques jours, touchant les vieux quartiers puis les nouveaux. Avant de s’étendre en Provence. Cruelle ironie : destinée à la foire de Beaucaire du 22 juillet, la marchandise n’y fit pas de victimes car la ville annula sa foire. La peste laissa un traumatisme durable dans la population locale. Plutôt que les scènes tragiques des cadavres jetés à la rue, les fosses communes et toutes les horreurs qui culminent dans ces drames épidémiques, la mémoire préfère retenir les images positives des héros se dévouant aux victimes : l’archevêque Mgr de Belzunce et le chevalier Roze, honorés aujourd’hui par des statues et noms de rue de la cité méridionale. Toute la région fut confinée, un mur de la peste édifié, et des troupes militaires établirent un barrage au nord.
(...)

EN LIRE PLUS
** El papel de las especias (y de la pimienta en particular) en el desarrollo económico de la Edad Media dans mon édition en castillan, Ed. Crítica, Barcelona, 1991. Traduction de María Pons.

vendredi 28 septembre 2012

Médicaments et plats de lentilles ou le Triomphe de l'industrie pharmaceutique

L'industrie pharmaceutique est singulièrement, énormément lucrative. Il y en a qui ont déclaré...
« (...) l'industrie pharmaceutique est l'une des plus lucratives. Ni les banques ni le pétrole ni l'informatique ne font autant de profit. Cela devrait interpeller les Français ! Est-ce moral et éthique que l'industrie qui rapporte le plus soit une industrie de santé ? Moi je ne le crois pas ! »
C'est Philippe Even qui s'exprime de la sorte lors d'une entrevue accordée à allodocteurs.fr intitulée Médicaments dangereux : le Pr. Even répond aux critiques.

Ancien doyen de la faculté de médecine de Paris et président de l’Institut Necker, le docteur Philippe Even vient de publier, en collaboration avec Bernard Debré, un livre polémique et très salutaire : Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux, 
Éd. Cherche Midi, 912 p., 23,80 euros.


Il y est question des résultats de l'application du capitalisme pur et dur (1) à la recherche pharmaceutique, ses procédés et son "marché" : un pur et dur désastre prouvant, encore une fois, combien l'avidité peut nuire au savoir, à la recherche, au langage et à la santé de tous : 50% de médicaments inutiles, 20% de mal tolérés, 5% de « potentiellement très dangereux » ; transfert de 10 à 15 milliards d'euros du Trésor public aux caisses de l'industrie pharmaceutique "sans aucune amélioration de la santé des patients"... En voilà un, d'assistanat. Avec, en prime, son corollaire de la fièvre de l'ordonnance : les gardiens de la santé publique ont créé une population d'accros.
Le bilan que ce répertoire autorise à dresser est donc bien lourd : nous serions les otages de la cupidité des uns, du laisser-aller des autres et des routines empêchant bon nombre de professionnels de penser... et de lire. Car, selon Philippe Even, il faudrait...
« (...) apprendre aux médecins où s'informer, leur apprendre à avoir une lecture critique, à décoder les articles scientifiques d'autant qu'ils sont nombreux à être écrits par l'industrie pharmaceutique ou ses affidés. C'est un métier d'apprendre à lire ces articles. »
On dirait que la culture de la corruption et de la bêtise, du laxisme et de la démagogie (fouillis inextricable ?), dans tel ou tel domaine, est fonction du chiffre d'affaires qu'il produit. Comme me le rappelle mon ami F., médecin, ce n'est pas la première fois que l'industrie des médocs vend le diagnostic et le langage pour pouvoir ensuite vendre les médicaments ad hoc (2). Témoin, les anti-dépresseurs.
Enfin, profitons de la citation ci-dessus de Philippe Even, grand conseil à portée universelle : il faut savoir lire et il faut savoir vérifier qui est derrière telle ou telle production, ce qui n'est pas toujours facile. La compréhension de lecture ne va pas de soi, elle requiert une pratique, un apprentissage.

Revenons au Guide des 4000 médicaments... Si vous fouillez un tant soit peu sur le Web, on vous fera tomber sur d'autres informations récentes concernant ce vade-mecum et ses auteurs :

— Sous le titre Les tontons flingueurs des médicaments, Le Monde recueille certaines critiques à leur égard et nous rappelle que l'un, Even, est médecin et de gauche, et que l'autre, Debré, est chirurgien et de droite.
— Le site Allodocteurs propose plusieurs documents pour en savoir plus:
- Médicaments dangereux et inutiles : la réaction de Roselyne Bachelot
- Médicaments dangereux : la réaction de Bruno Toussaint (Prescrire)
- Médicaments : la moitié serait inutile, 13 septembre 2012.
- La liste des 58 médicaments jugés ''très dangereux'', 13 septembre 2012.
- Pr. Even : "Les médecins ignorent tout des médicaments", entretien du 27 septembre 2011.
- 77 médicaments sous surveillance rapprochée, dossier du 31 janvier 2011.
- Médicaments : de la recherche à la pharmacovigilance, dossier complet.
- Mediator : genèse d'un scandale sanitaire, reportage vidéo du 26 avril 2012.
— L'émission animé par Zemmour & Naulleau, sur Paris Première, a invité le docteur Even. Voici deux liens permettant d'écouter ses propos dans leur intégralité, ici et .
— Le Nouvel Observateur nº 2497, du 13 septembre 2012, dédie tout un dossier —documenté et effarant— à ce sujet comprenant un guide des médicaments utiles, inutiles ou dangereux ainsi qu'un entretien avec Philippe Even, menée par Anne Crignon et Céline Revel-Dumas, dont on peut lire l'intégralité sur bibliobs.com (cliquez sur le lien précédent).


Puis d'autres sites de l'Obs élargissent encore ces contenus ; je vous relaie ici un précis de pharmacologie inutile ou dangereuse édité par Matthieu Sicard et une infographie fournissant la liste noire des 58 médicaments dangereux.

Comme j'ai trouvé l'entretien de l'Obs très instructif, j'en extrais quelques fragments significatifs :

Sur les avancées majeures de l'industrie pharmaceutique :
Oui, cela a été vrai de 1950 à 1990. Elle a inventé, développé et commercialisé presque tous les grands médicaments qui ont changé notre vie. Les antibiotiques et les vaccins ont supprimé la mortalité infantile dans les pays occidentaux et d’un seul coup allongé notre médiane de vie de dix ans. Ensuite, les grands traitements des maladies d’après 50 ans —cancers, maladies cardiaques, maladies inflammatoires ou diabète— l’ont encore allongée de cinq ans. (...)
Mais, soudainement, la biologie s’est terriblement complexifiée. On n’étudie plus un organe mais ses cellules et ses dizaines de milliers de molécules. Les découvertes sont toujours plus nombreuses mais ponctuelles. On avance, mais pas à pas. C’est pourquoi les nouveaux médicaments n’ont, eux non plus, que des applications ponctuelles. Ainsi, ces vingt dernières années, pas un seul traitement de grande envergure, c’est-à-dire qui soit à la fois très actif et qui concerne un grand nombre de malades, n’a été découvert. L’industrie pharmaceutique n’a commercialisé qu’une vingtaine de molécules très efficaces, mais sur de petits créneaux comme certaines sous-variétés de cancers. Lentes et difficiles, les découvertes ne se font plus désormais que dans les laboratoires universitaires. L’industrie a décroché, elle a abandonné les recherches devenues trop complexes. Les petits marchés étant beaucoup plus étroits qu’autrefois, cela l’oblige, pour maintenir ses sacro-saints bénéfices, à vendre ses molécules à des prix nettement supérieurs aux prix d’autrefois ; parfois 100 000 euros par an et par malade.
Médicaments et affaires :
Le capitalisme est devenu essentiellement spéculatif, visant la rentabilité immédiate. Les managers des firmes ont exigé 20% de rendement par an, se condamnant à des politiques de court terme absolument antinomiques avec la découverte de nouveaux médicaments, qui demande au moins dix ans. Alors, pour gagner de plus en plus d’argent, l’industrie a tenté d’allonger la France entière en élargissant la définition des maladies. Nous sommes ainsi tous devenus des hypertendus, des diabétiques, des hypercholestérolémiques, des artériels, des ostéoporotiques et des fous en puissance. Les laboratoires, avec l’appui de nombreux spécialistes complices, ont multiplié les traitements préventifs donnés pendant dix à trente ans à des gens sains pour prévenir des pathologies qu’ils n’auront jamais. Un pactole dont le meilleur exemple est celui des statines, pour lutter contre le cholestérol [voir article de Marie Vaton, p. 58 de l'édition internationale de l'Obs]. Enfin, les firmes ont développé les « me too » : comme les brevets de leurs grandes molécules tombaient dans le domaine public et devenaient la proie des « génériqueurs », elles ont sorti tous les cinq ou six ans des quasi-copies relookés et « remarketées » de leurs anciennes molécules baptisées de « deuxième » ou « troisième » génération. (...) En effet, la totalité de ces « me too » n’ont pas le moindre intérêt. Mais avec l’impardonnable accord de l’État, on a accepté des prix et des remboursements égaux ou supérieurs à ceux des molécules originales. La copie de « la Joconde » plus chère que la Joconde elle-même ! Scandale d’État. Exemples : il y a 5 molécules pour traiter l’hypertension artérielle et 150 « me too ». Ce n’est pas tout : les firmes ont une politique de dénigrement des anciennes molécules car elles ne rapportent plus rien financièrement (3). [Et il évoque les exemples des antiashmatiques et des antidiabétiques oraux pour conclure :] « L’entreprise médicale menace la santé », écrivait déjà Ivan Illich, le grand critique de la société industrielle, en 1975.
Complicité de l'État :
Parce que, comme le disent l’ONU et les parlements américain et britannique, « l’industrie est une pieuvre infiltrant toutes les instances décisionnelles nationales et internationales, les gouvernements, les grandes administrations, les institutions, les sociétés savantes médicales et les médias ». Voilà pourquoi nos commissions d’évaluation tournent en rond, laissant passer des molécules inefficaces et dangereuses alors qu’elles savent que les essais cliniques réalisés par l’industrie sont biaisés, truqués, mensongers, masquant les dangers, amplifiant les effets positifs. Quant à la pharmacovigilance qui devrait permettre de suivre les médicaments pour repérer les accidents, il s’agit davantage d’une pharmacosomnolence, ce que le Mediator a bien illustré. Les accidents seraient-ils quand même repérés que le dossier tournerait indéfiniment entre les différentes commissions comme une boule dans un flipper.
Vraies dépenses de l'industrie pharmaceutique :
(...) 5% —seulement— pour la recherche, 15% pour le développement, 10% pour la fabrication, entièrement sous-traitée en Inde ou au Brésil. L’industrie de la santé est parmi les plus lucratives. Où est la morale ? Elle n’y parvient que par un marketing et un trafic d’influence pour lesquels elle n’investit pas moins de 45% de son chiffre d’affaires ! À Washington, 600 lobbystes s’affairent, presque autant à Bruxelles, plusieurs dizaines à l’Assemblée nationale à Paris. Elle tient aussi la presse professionnelle, et ce dans toutes les langues, par le biais des grandes agences telles Cégédim et Business Média —présente dans 80 pays et qui emploie 20 000 personnes.
— Je conseille également de lire ses propos à l'égard des essais pré-cliniques et cliniques dont les critères, procédés et recrutements s'avèrent vraiment gratinés.

Rapport experts-industrie (ou lorsque les experts font office de visiteurs médicaux) :
Dès 2002, Bernard Kouchner a imposé la déclaration des liens d'intérêts entre les experts et l’industrie pharmaceutique. Les décrets d’application ne sont parus qu’en 2007 et n’ont été que partiellement appliqués. Certains médecins se sont déclarés, d’autres pas. Le résultat: beaucoup plus de la moitié des experts de nos commissions ministérielles d’évaluation des médicaments sont très étroitement liés financièrement à l’industrie pharmaceutique. Au point que certains présidents des commissions de l’ancienne Afssaps [devenu Agence de sécurité du médicament ANSM en mai 2012, NDLR] étaient liés par dix à cinquante contrats avec l’industrie pharmaceutique. Il s’agit là de contrats personnels de consultance, leur accordant honoraires ou actions en bourse contre leur soutien actif et permanent. En France ces contrats vont de 10.000 à 500.000 euros et aux Etats-Unis de 500.000 à deux millions de dollars. La tentation est grande. Tous ces contrats ne représentent pour l’industrie mondiale qu’une dépense annuelle de quatre ou cinq cent millions de dollars, beaucoup moins d’un millième de son chiffre d’affaire. Les médecins se vendent pour un plat de lentilles.
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(1) ...du jeu production-consommation-gros profits-graves conséquences. La croissance capitaliste n'est pas qu'inutile : elle est surtout nuisible, car le productivisme est contre-productif, tout comme la surconsommation est crétinisante. Et la croissance sacrifie notamment les pays pauvres sur l'autel du marché et par-dessus le marché. Et puis, ils sont les dépotoirs de nos déchets les plus toxiques.
(2) À cet égard, le dossier du Nouvel Observateur nº 2497 cite un ouvrage dont le titre est toute une promesse. Il s'agit de Jörg Blech : Les Inventeurs de maladies (Actes Sud, 2003), où l'on rapporte, entre autres, que le « syndrome de Sissi » n'était qu'une stratégie de Wedopress, agence de relations publiques sous contrat avec un fabricant de psychotropes. Parmi les contempteurs français du trafic de la maladie, mon ami F. et l'Obs sont d'accord : il faut évoquer le directeur de la maison d'édition Les Empêcheurs de penser en rond, Philippe Pignarre, dont j'ignorais tout jusqu'ici. En 2003 il avait sorti Le Grand Secret de l'industrie pharmaceutique (cf. site de France Culture). Je dispose désormais de La sorcellerie capitaliste, Pratiques de désenvoûtement, l'ouvrage qu'il a publié en 2005 (La Découverte) avec Isabelle Stengers.
(3) Ce dénigrement de ce qui remplit bien ses fonctions, du moment qu'il ne rapporte plus rien, est l'une des marques permanentes du capitalisme prédateur, le grand champion du bâclage juteux et de l'obsolescence programmée (voir la vidéo ci-dessous). Quand l'Internationale prédatrice tient à stigmatiser quelqu'un ou quelque chose, elle les taxe de démodés ou de vieillots, sans autre forme de procès ou d'argument, et -comme on le voit bien- cela concerne même ses marchandises un peu âgées, éventuellement utiles, ce qui déborde les pertinentes analyses de Guy Debord à propos de La Société du Spectacle dans son ouvrage homonyme (1967), où l'on pouvait lire :
« L'imposture de la satisfaction doit se dénoncer elle-même en se remplaçant, en suivant le changement des produits et celui des conditions générales de la production. Ce qui a affirmé avec la plus parfaite impudence sa propre excellence définitive change pourtant, (...), et c'est le système seul qui doit continuer : Staline comme la marchandise démodée sont dénoncés par ceux-là mêmes qui les ont imposés. Chaque nouveau mensonge de la publicité est aussi l'aveu de son mensonge précédent. »

Prêt à jeter, Fabricados para no durar, Fabricats per no durar.
(co-production ARTE, TVE, Televisió Catalana)

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P.-S. - Pour ceux qui lisent en anglais, le 21 septembre, sous le titre The drugs don't work: a modern medical scandal, The Guardian a publié des extraits de Bad Pharma, un ouvrage du docteur Ben Goldacre qui est sur le point d'être édité par Fourth Estate et qui montre, lui aussi, à quel point on nous berne dans ce domaine.
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Info du 23.05.2013

Le Mediator, «un crime presque parfait», pour la pneumologue Irène Frachon

- Pour en lire plus, cliquez ci-contre.
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Mise à jour du 8 décembre 2015 :

Selon une étude du magazine 60 millions de consommateurs (novembre 2015)...

couverture du numéro 

...plus de la moitié des médicaments achetables sans ordonnance (contre grippe, rhume, toux, troubles digestifs) qu'ils ont étudiés sont inutiles ou présentent plus de risques que de bénéfices. Contre la toux, la plupart des drogues légales de la pharmacopée occidentale sont à éviter. D'autant que "Sachant qu’une toux grasse participe à la guérison du malade grâce à l’évacuation du mucus, il est préférable d’attendre qu’elle passe d’elle-même."
Leur hors-série de janvier-février 2016 publie une liste de médicaments dangereux.

jeudi 22 mars 2012

Le don de moelle osseuse

La 7e Semaine nationale française de mobilisation pour le don de moelle osseuse se termine le 25 mars, donc dans trois jours. Il y va de la vie et de la joie de beaucoup de gens, malades et proches. Comme nous le rappelle le communiqué de presse de l'Agence de la biomédecine :
Chaque année, 2 000 personnes sont atteintes de maladies graves du sang, comme les leucémies, les lymphomes, mais aussi d’autres formes de pathologies sanguines moins connues. Aujourd’hui, ces maladies peuvent être soignées par une greffe de moelle osseuse. Chaque donneur de moelle osseuse peut ainsi offrir à un malade une chance supplémentaire de guérison. C’est parce que la compatibilité entre deux individus est très rare que plus les donneurs seront nombreux et plus la probabilité de sauver un malade augmentera.
L'Agence relève du Ministère français de la Santé et a lancé, à cette occasion, une grande opération de recrutement de donneurs. Cette campagne s'appuie sur un site web destiné à nous rendre tous plus conscients du problème et à mieux expliquer ses enjeux. Pour dissiper nos doutes, cette toile aborde les questions essentielles : Tout savoir sur le don, Comment s'effectue ce don, Les idées fausses..., et donne la parole à donneurs, greffés et experts qui apportent des témoignages vidéos, écrits ou sur le mur Facebook de l'Agence.

mardi 4 octobre 2011

Hoffmann, Nobel de Médecine

Nous apprenons par les journaux que le prix Nobel de Médecine 2011 a été attribué hier à trois chercheurs -Jules Hoffmann (Français d'origine luxembourgeoise), Bruce Beutler (Étasunien) et Ralph Steinman (Canadien)- pour leurs travaux sur le système immunitaire favorisant la vaccination et la lutte contre le cancer. C'est justement cette maladie qui a causé la mort de Ralph Steinman, décédé le vendredi 30 septembre d'un cancer du pancréas, soit trois jours avant l'annonce officielle de sa récompense.

Permettez-moi de reproduire le billet que les nobelisations suggèrent à Hervé Le Tellier, collaborateur quotidien du journal Le Monde :


papier de verre
Hervé Le Tellier
On a attribué hier le prix Nobel de médecine. Mais le monde est ainsi fait qu'un Français sur trois n'a plus les moyens de se soigner, et sans doute à cause d'un prix Nobel d'économie.

mardi 17 février 2009

Précis de Science et Francophonie

Liste révisée postérieurement. À vous de la compléter...

RABELAIS, François (La Devinière 1483-Paris 1553). Célèbre surtout grâce à sa littérature (Pantagruel 1532, Gargantua 1534...), il fut reçu en plus comme docteur en médecine (1537).

VÉSALE, Andries Van Wesel, latinisé en Andreas Vesalius. En français, André. Chez nous, Vesalio (Bruxelles 1514-île de Zante 1564). Anatomiste flamand. Il étudia la médecine à Louvain, à Montpellier et à Paris, enseigna l’anatomie et devint médecin de Charles Quint en 1544. Il écrivit un traité d’anatomie, De corporis humani fabrica libri septem (1543), où il s’attaquait aux théories médicales des Anciens (en particulier de Galien) et préconisait la méthode expérimentale. Accusé d’avoir pratiqué une dissection sur un homme encore vivant, il dut faire un pèlerinage en Terre sainte. Au retour, il périt dans un naufrage. Vésale est considéré comme le fondateur de l’anatomie moderne.

LAVOISIER, Antoine Laurent de (Paris 1743-1794). Chimiste : créateur de la chimie moderne, il introduisit une expérimentation rigoureuse par l’usage systématique de la balance et le principe de conservation de la masse et des éléments chimiques (principe de Lavoisier). Il découvrit le rôle de l’oxygène dans la combustion et, ensuite, dans la formation des chaux métalliques, il étudia la formation des acides phosphorique, sulfurique et nitrique, ainsi que la composition du gaz carbonique. Dans son Traité élémentaire de chimie, présenté dans un ordre nouveau et d’après les découvertes modernes (1789), il donna le premier tableau d’ensemble de la chimie devenue une science. Grand ennemi des préjugés. Il fut guillotiné pendant la Terreur.

LAPLACE, Pierre Simon, marquis de (Beaumont-en-Auge 1749-Paris 1827). Astronome, mathématicien et physicien. En astronomie, ses travaux les plus importants concernent le mouvement de Saturne et de Jupiter. C’est en décrivant les mouvements célestes qu’il parvint à ses résultats essentiels en mathématiques : il exposa une méthode d’élimination qui l’amena à des remarques sur les déterminants et leur développement en produits de mineurs (1772), traita de l’attraction des ellipsoïdes homogènes (1783), donna la célèbre équation de Laplace, vérifiée par le potentiel, dont les solutions (fonctions harmoniques) sont capitales en analyse et en physique mathématique. Auteur avec Lavoisier, de mesures calorimétriques relatives aux chaleurs spécifiques et aux réactions chimiques (1782-4), il établit la formule des transformations adiabatiques d’un gaz et élabora une théorie générale de la capillarité : il énonça encore les deux lois fondamentales de l’électromagnétisme qui portent son nom. En 1796, il publia son Exposition du système du monde : il y formula sa célèbre hypothèse cosmogonique selon laquelle le système solaire proviendrait d’une “nébuleuse primitive” entourant un noyau fortement condensé et à température très élevée. Quand il présenta son Traité de mécanique céleste à Napoléon Ier, celui-ci lui reprocha de ne pas y avoir mentionné l'existence de Dieu, à quoi il répondit : « Sire, je n'avais pas besoin de cette hypothèse ». Néanmoins, il reçut de l'empereur le titre de comte en 1806. En 1814, il publia son Essai philosophique sur les probabilités, introduction a la seconde édition de sa Théorie analytique.

LAMARCK, Jean-Baptiste de Monet, chevalier de (Bazentin 1744-Paris 1829). Naturaliste. Il publia notamment Histoire naturelle des animaux sans vertèbres (1815-22). Il élabora la première théorie positive de l’évolution des êtres vivants. À partir des infusoires [protozoaires ciliés primitifs vivant dans les eaux stagnantes] apparus, selon lui, par “générations directes ou spontanées”, se sont formés progressivement des organismes de plus en plus complexes. L’adaptation au milieu créérait chez l’animal de nouvelles habitudes qui engendrerait à leur tour des transformations dans l’organisme... Le lamarckisme, combattu par Cuvier [zoologiste et paléontologue français, 1769-1832], influença fortement Darwin.

GAY-LUSSAC, Joseph-Louis (Saint-Léonard-de-Noblat, Haute-Vienne 1778-Paris 1850). Chimiste et physicien connu pour ses études sur les propriétés des gaz, Gay-Lussac fut célèbre en son temps pour son record d’ascension en ballon qui tint plus de cinquante ans. Ces travaux méticuleux en physique et chimie pneumatique, dans la continuité de Lavoisier et dans le respect de l'école newtonienne d'Arcueil, ont ouvert une voie paradoxale, mais assurée, aux notions fondamentales de la chimie atomique, à commencer par le nombre d'Avogadro et la molarité.

BERNARD, Claude (Saint-Julien, Rhône 1813-Paris 1878). Physiologiste. Dans son Introduction à l’étude de la médecine expérimentale (1865), il exposa les principes essentiels d’une médecine scientifique. Il est donc considéré comme le fondateur de la médecine expérimentale et il a en particulier laissé son nom au syndrome de Claude Bernard-Horner. On lui doit les notions de milieu intérieur et d’homéostasie, fondements de la physiologie moderne. Ainsi, par exemple, l’homéostasie est un phénomène par lequel un facteur clé en biologie ou en systémique (par exemple, la température du corps ou le taux de sucre sanguin) est maintenu autour d'une valeur bénéfique pour le système considéré, grâce à un processus de régulation.

PASTEUR, Louis (Dole, Jura 1822-Marne-la-Coquette, Hauts-de-Seine, à l'époque Seine-et-Oise, 1895). Chimiste et biologiste, il est surtout connu en tant que père de la microbiologie. Ses expériences lui permirent de réfuter définitivement la doctrine de la génération spontanée. À partir de 1865, il s’intéressa aux maladies infectieuses et il montra que des micro-organismes spécifiques en étaient la cause. Étudiant le charbon des moutons, puis le choléra des poules et enfin la rage, il découvrit, avec C. É. Chamberlain et É. Roux, que l’injection du microbe atténué rendait les animaux insensibles à la maladie : ce fut la découverte du vaccin préventif. C’est en 1881 que, assisté de Roux, il appliqua pour la première fois le vaccin à l’homme : il s’agissait du cas désespéré d’un enfant mordu par un chien enragé. Le succès assura à Pasteur une gloire mondiale [Les mots “vaccin”, “vacuna”, proviennent de l’expression latine médicale “variola vaccina”, “variole de la vache”, “viruela de la vaca”]

BECQUEREL, Henri (1820-1908). Physicien. Fils et petit-fils de remarquables physiciens. Étudiant les relations entre les rayons X et la fluorescence sur des sels d’uranium, il découvrit le phénomène de la radioactivité (1896) ainsi que les propriétés ionisantes du nouveau rayonnement. Prix Nobel de physique en 1903, avec Pierre et Marie Curie.

CURIE, Pierre (1859-1906). Physicien. Après la découverte de la radioactivité par Henri Becquerel, lui et sa femme, Maria Skłodowska, découvrirent et isolèrent le polonium puis le radium en 1898. Ils partagèrent avec Becquerel le prix Nobel de physique de 1903 pour leurs recherches sur les radiations.

SKŁODOWSKA, Maria (1867-1934, dite Marie Curie, Mme Curie, après son mariage avec Pierre Curie). Physicienne et chimiste polonaise, née à Varsovie, naturalisée française. Après la mort de son mari, elle obtint —en 1910, en collaboration avec A. Debierne— du radium métallique pur. Au cours de la Première Guerre mondiale, elle organisa sur le front le premier service radiologique mobile. Elle fut la première femme nommée professeur à la Sorbonne et on lui doit la création de l’Institut du radium. Outre le prix Nobel de physique, elle reçut aussi celui de chimie en 1911. Elle est jusqu'à présent la seule femme honorée au Panthéon de Paris.

POINCARÉ, Henri (1854-1912). Mathématicien. Un géant, qui apporta des contributions fondamentales à presque toutes les branches des mathématiques et à leurs applications à la physique. À partir de 1885, il étudia la mécanique céleste et en particulier le problème à trois corps pour lequel il trouva une approche entièrement nouvelle; il s’occupa notamment du problème du potentiel, des fluides en rotation, des marées. Certains de ses résultats peuvent être considérés comme une première ébauche du problème de la relativité exposé par Einstein quelques années plus tard. Son ouvrage La Science et l’Hypothèse (1902) exerça une grande influence sur plusieurs générations de scientifiques et de philosophes.

LEMAÎTRE, Georges (1894-1966). Astronome et physicien belge. Monseigneur catholique. Il fut le premier scientifique à suggérer, en 1927, que l'univers pourrait être en expansion, avant même que cette hypothèse fût confirmée par les observations de décalages vers le rouge des galaxies et la loi de Hubble.

PIAGET, Jean (1896-1980). Psychologue et épistémologue suisse. Il fit d’abord des études de zoologie, puis s’intéressa à la philosophie, notamment sous l’angle de l’épistémologie. C’est à partir de là qu’il en vint à la psychologie de l’enfant, guidé par A. Binet. La psychologie génétique de Piaget est liée à des recherches de logique, de sémiotique et d’épistémologie. Sa théorie génétique du développement psychique va à l’encontre du structuralisme de Lacan ou des théories innéistes de Noam Chomsky.

LÉVI-STRAUSS, Claude (Bruxelles, 1908-Paris, 2009). Anthropologue, ethnologue et philosophe. Il compte parmi les premiers théoriciens de la pensée structuraliste. Depuis ses premiers travaux sur les Indiens du Brésil, qu'il a étudiés sur le terrain entre 1935 et 1939, et la publication de sa thèse Les Structures élémentaires de la parenté en 1949, il devient une référence mondiale. Mis à part ses ouvrages de caractère universitaire, il publia en 1955 Tristes Tropiques, un livre plus littéraire et autobiographique qui reste toujours son texte le plus populaire.



PRIGOGINE, Ilya (Moscou 1917). Chimiste belge d’origine russe. Ses recherches, qui concernent les processus irréversibles, constituent un véritable tournant dans la thermodynamique. Prigogine fut le premier à introduire d’une manière claire et explicite l’existence de la flèche du temps dans la physique où, jusque-là, tout phénomène était considéré comme réversible, au moins en théorie (fait en contradiction flagrante avec les processus biologiques, par ex.). Il montra que la majorité des processus considérés en équilibre sont en fait des états stationnaires proches de l’équilibre et producteurs d’entropie (situation non envisagée par la thermodynamique classique). Des notions telles que l’instabilité ou le chaos, courantes aujourd’hui, furent introduites dans la physique par Prigogine. Auteur, avec Isabelle Stengers, de La Nouvelle Alliance et d’Entre le temps et l’Éternité (traduction castillane chez Alianza Universidad, 1990). Prix Nobel de chimie 1977.

THOM, René (1923-2002). Mathématicien. Auteur de Stabilité structurelle et morphogenèse (1973), il est surtout connu pour sa “théorie des catastrophes”, théorie des singularités de certaines équations différentielles qu’applique la topologie [branche des mathématiques d’abord appelée géométrie de situation] aux phénomènes de la vie.


Et puis...

Jacques-Yves Cousteau (1910-97) : l'inventeur du scaphandre autonome automatique. Océanographe et commandant de la Calypso.

George Charpak (1924-2010) : physicien de nationalité française, né à Dąbrowica, en Pologne, aujourd'hui Doubrovytsia, en Ukraine. Sa famille, juive, émigra en France en 1931, alors qu'il avait sept ans, et emménaga à Paris. Prix Nobel de physique en 1992 pour la mise au point du détecteur de particules.

Jean-Pierre Serre : mathématicien français né en 1926, prix Abel 2003. Après avoir effectué sa thèse dans le domaine de la topologie algébrique sous la direction d’Henri Cartan, il a effectué des travaux fondamentaux en théorie des nombres et géométrie algébrique.


Yves Chauvin : chimiste français né en 1930, prix Nobel de chimie en 2005 pour ses travaux sur la métathèse en synthèse organique

Claude Cohen-Tannoudji : né en 1933 à Constantine (Algérie), prix Nobel de physique en 1997 pour une méthode permettant de ralentir et d'isoler les atomes

Sydney Altman : né en 1939, à Montréal, donc, québécois. Biochimiste, prix Nobel de chimie en 1989 pour ses travaux sur les propriétés catalytiques de l'acide ribonucléique.

Jean-Marie Lehn : chimiste français né en 1939 à Rosheim en Alsace, spécialiste de la chimie supramoléculaire et prix Nobel de chimie en 1987 pour l'ensemble de ses travaux sur les molécules creuses.

Alain Aspect : physicien français né le 15 juin 1947 à Agen. Le mardi 4 octobre 2022, il reçut le prix Nobel de physique, avec l’Américain John F. Clauser et l’Autrichien Anton Zeilinger, pour leurs travaux sur l’intrication quantique. Tous les trois « ont chacun mené des expériences révolutionnaires en utilisant des états quantiques intriqués, où deux particules se comportent comme une seule unité même lorsqu’elles sont séparées », expliqua le jury. Aspect est un physicien connu pour avoir notamment conduit au début des années 80 le premier test concluant portant sur un des paradoxes fondamentaux de la mécanique quantique, le paradoxe Einstein-Podolsky-Rosen. La controverse scientifique majeure qu'Alain Aspect a résolue, prend racine dans les découvertes d’Albert Einstein. Le savant avait pensé théoriquement le phénomène d'intrication quantique, mais, comme il entrait en contradiction avec les principes de la relativité (le principe de localité, en l'occurrence) qu'Albert Einstein avait lui-même mis en lumière, le physicien de renom croyait en l’existence de variables cachées locales. Une position rejetée par Niels Bohr, physicien danois et spécialiste de mécanique quantique, qui a donna lieu à de grands débats. Grâce à une avancée théorique due à John Bell, un grand physicien du CERN, j’ai pu monter une expérience qui a pu trancher ce débat, explique Alain Aspect, le résultat a été que Bohr avait raison et Einstein avait tort » Il précisait : « Mais j’ajoute tout de suite que, grâce à cette discussion, Einstein nous avait montré qu’il y a une propriété extraordinaire de la physique quantique, qu’on appelle l’intrication et qui a été révélée par les résultats de cette expérience. Cette propriété est tellement extraordinaire qu'aujourd'hui elle donne lieu à toute une ligne de recherche : l'ordinateur quantique, la cryptographie quantique. En effet, ces découvertes ont ouvert la voie à de nouvelles technologies quantiques qui permettent, par exemple, des communications ultra-sécurisées et le développement de capteurs pour effectuer des mesures scientifiques très précises. (Cf. Romane Sauvage, INA, le 04.10.2022)