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dimanche 19 mai 2019

On n'a cadoter sa biblio.web.thèque de bons dicos

Voici un peu de lexicographie. Elle va nous aider à comprendre, d'ailleurs, la variété lexicale de la 5e langue planétaire par le nombre de ses locuteurs, après le mandarin, l'anglais, le castillan et l'arabe.
Ma collègue Alicia a eu la gentillesse de nous rappeler l'existence du Journal des Idées, une émission radiophonique réalisée par son oncle Jacques Munier à Paris, sur France Culture, du lundi au vendredi, à 6h40. Merci beaucoup, chère Alicia.
Sa remarque est intervenue à la faveur de la diffusion d'une chronique qu'elle a trouvée particulièrement intéressante, celle du 16 mai, car elle portait sur la nouvelle édition du dictionnaire Le Petit Robert. Elle s'intitulait Ce que les mots nous disent :


La nouvelle édition du Petit Robert paraît aujourd’hui [16 mai]. Parmi les mots qui ont fait leur entrée dans le dictionnaire : infox, jober, et – pour ceux qui se réveillent – latte, un café nappé de mousse de lait chaud…
Jober nous vient de Belgique, il conviendra aux milléniaux – autre mot nouveau, désormais francisé – à l’heure où les embauches en CDI se raréfient et les petits jobs se multiplient. Dans sa présentation, Alain Rey évoque le mot infox, qui permet d’éviter l’américanisme fake news. « Dans infox, on entend fox », comme pour « nous méfier du renard qui nous ment ». Le lexique de la communication numérique est bien représenté parmi les entrants : scroller, de l’anglais scroll – rouleau, manuscrit – signifie « faire défiler un contenu sur un écran informatique ». N’en déplaise à ceux qui lui préfèreront le mot données, data est désormais intronisé dans le Petit Robert comme un vocable français, en version invariable ou au pluriel. Blockchain, cyberharcèlement, ou vidéoverbalisation aussi, lequel évoque un univers orwellien – nouvel entrant – pour désigner la verbalisation effectuée à l’aide de caméras de surveillance. La politique n’est pas en reste : démocrature, ou encore transpartisan – c’est d’actualité pour dépasser les clivages…
En lire/écouter plus.
Je viens donc d'écouter Ce que les mots nous disent —par ce temps de malversation de mots et de détournement de titres de presse, où l'on a vivement besoin d'émissions sur Ce que les mots nous camouflent ou sur La manière dont on nous abuse à grand renfort de mots totem : vous aurez remarqué qu'en Blablaland, les remèdes sont toujours pires que les mots ou qu'aux grands mots succèdent toujours les grandes (contre-)réformes de choc.
Quand, au milieu de sa lecture, Jacques Munier a prononcé le mot « cadeauter » (curiosité lexicale [qui] nous vient d'Afrique, dit-il), il m'a renvoyé mentalement à ce temps révolu de nos périssables existences (les années 1980) où Internet n'existait pas et qu'il fallait s'évertuer à dégoter quelques magazines étrangers dans les kiosques pour être au courant des infos internationales ainsi que de l'évolution des langues qu'on pouvait lire.
Parmi les magazines francophones que j'achetais à l'époque, il y avait, par exemple, Actuel, un mensuel très branché, très à la coule, qui publiait des articles comme celui très illustratif de Patrick Rambaud que je vous colle ci-dessous, avec des notes de mon cru comme aide à la compréhension. Petite machine à remonter le temps, il date de 1989, malgré son ras-le-bol des bras de fer :
Emoyé par la cuscute en cuissette, le vibreur trouve porte de bois. Mais il tient son bout ...

Vous avez compris ? Émoyé signifie ému au Nouveau Brunswick. À l'île Maurice, une cuscute est une personne plutôt entortilleuse. Les Suisses enfilent des cuissettes en guise de culottes de sport. Un vibreur est un Sénégalais qui sort beaucoup en boîte de nuit. Trouver porte de bois signifie pour un Belge que la porte est close. Enfin, en Louisiane[1], un homme qui tient son bout indique seulement qu'il persévère. C'est comme ça. Le français n'appartient pas seulement à la France mais aux deux cents millions de francophones qui le parlent aux quatre coins du monde. Tous inventent une langue moderne et vivante. Apprenez-la.

J'ai un mal de chien à suivre de bout en bout un journal télévisé ou à lire en entier un quotidien. En une semaine, pendant les grèves, j'ai relevé soixante-seize fois l'expression bras de fer (entre le gouvernement et les syndicats). L'expression est imagée, elle a de la gueule, mais sa répétition épuise. Il n'y a plus d'imagination dans le vocabulaire officiel. À force d'être répétés, les mots perdent leur sens et forment un discours soporifique. Bref, le français que nous subissons devient horriblement pauvre. Lorsque Mirabeau écrivait des textes licencieux, il avait à sa disposition une palette de mots sonores et concrets pour décrire par le détail l'émotion et la main au cul. C'est fini. À qui la faute ?
Il y a quinze ans, le grand écrivain Jacques Lacarrière traversait la France à pied, des Vosges aux Corbières. Ce voyage se termina en livre, Chemin faisant, qui eut un succès pour une fois très mérité. Aux étapes, dans les villages, dans les fermes, franchi l'obstacle de ces chiens hargneux que les marcheurs libres affrontent au détour d'un chemin creux, Lacarrière, philosophe nourri de grec, écoutait et lisait des brochures locales. Il a ainsi collectionné une tapée de ces mots usuels dont les dictionnaires ne rendent plus compte. Pourtant il ne s'agit pas de patois, mais d'un français enrichi par les saveurs locales. Des noms qui servent à décrire des choses quotidiennes, des noms pratiques, imagés, forts. Ils évoquent les montagnes, l'herbe, les saisons, les casseroles pendues dans la cuisine. Rien de savant là-dedans, rien d'emprunt hors frontières, juste des mots solidement plantés, avec des sonorités paysannes : bétoire[2], capitelle, fleurine, rindoul, varaigne[3]... Les haies, dans le Morvan[4], ce sont des bouchures, parce qu'elles bouchent peut-être la vue, et les passages dans ces murs de feuilles, ce sont des échalliers[5]. C'est du français que les académies oublient sottement.
En Haute-Savoie, la première fois que mon complice Burnier m'a demandé où j'avais mis la panosse, j'ai bien été obligé de prendre mine de parfait ahuri. Panosse[6], ça vient du latin pannus, qui signifie morceau d'étoffe, et cela représente simplement un chiffon propre qui sert à essuyer une table couverte de miettes. On s'y habitue vite. À Paris, quand j'ai demandé à mon boucher favori du rondin pour le pot-au-feu, il m'a demandé si j'étais savoyard. Le rondin, c'est du gîte. J'ai tendance à préférer rondin, plus proche de cette viande ronde.
Eh oui, mes bons amis, les mots ressemblent à la cuisine. Tenez: le pot-au-feu, ça n'existe pas. Rien qu'en France on en dénombre une centaine de sortes. À Toulon, c'est le revesset, on y flanque du rouget, du turbot, des épinards, des côtes de bettes. En Artois, c'est caudière, et le bouillon de boudin en Saintonge, le mourtayrol en Auvergne, la cotriade du Morbihan, le hochepot à la flamande, la potée berrichonne, la marmite albigeoise...(...)
Chez Belin, éditeur, il y a une collection intelligente, "Le français retrouvé". On y relève, au hasard du catalogue, des bouquins forcément sublimes: Les noms des villes et des villages, Les mots du vin et de l'ivresse, Les mots d'origine gourmande, Le français écorché, Les étymologies surprises. Toute une bibliothèque pour se faire plaisir. Là, sous mon nez, j'ai Les mots de la francophonie de Loïc Depecker: au Sénégal, en Algérie, à Saint-Vincent[7], à la Guadeloupe, au Vietnam, en Guyane, le français menacé reste vivace et inventif. Au Québec, on tombe en amour, au Bénin on se toilette, les Belges mal logés sont des taudisards et les demi-muets des taiseux. Au Liban, le polygame est un garde du corps...
On imagine bien que le français se modifie quand on le parle sous les tropiques ou dans les forêts du Canada. Dans les années soixante-dix, à Paris, on découvrait avec exaltation le cinéma du Québec. J'étais sorti tout ému d'une projection des Mâles de Gilles Carles. Les expressions, l'accent que nous connaissions encore mal, celui d'ailleurs de Louis XIV, du bourguignon filtré au Nouveau Monde, rajoutait une distance et de l'humour à une situation presque banale. Et puis ça a été l'invasion des films québécois, jusqu'à Denys Arcand, jusqu'au patois sous-titré[8]. Pourtant, ô savants lecteurs et joyeuses lectrices, les Canadiens français nous donnent une sacrée leçon. Plus menacés que nous par l'américain courant, qui n'est même pas de l'anglais, ils se défendent en enrichissant leur langue. Ils ne disent pas hot-dog comme nous, mais carrément chien-chaud, les flippers deviennent des machines à boule. D'autres francophones nous donnent la même leçon: en belge, une antisèche est un copion, au Cameroun la femme facile est une tu-viens, au Sénégal le sandwich est un pain-chargé, en Louisiane le chewing-gum est une chique de gomme et, au Niger, on ne bat pas un record mais on le casse. J'aime bien cette vigueur. Un traversier, c'est plus joli qu'un ferry-boat.
Les francophones, plus de cent [deux cents, j'imagine] millions parsemés dans le monde, abrègent, transforment, détournent, empruntent, améliorent. Au Canada, une expression anglaise, to talk through one's hat, devient parler à travers son chapeau : dire des bêtises. Bien sûr, quand un Suisse vous dit: « Je péclote », il y a intérêt à traduire par "je ne vais pas bien", et il faut savoir qu'au Québec une personne exceptionnelle est un handicapé[9]. Et qu'un pikafro, au Mali, est un peigne. Parfois, les sonorités vous abusent. Si un Zaïrois vous explique qu'il a zondomisé son voisin, ne poussez pas de cris affreux: le mot vient de Zondomio, un président de l'Assemblée nationale qui mourut, dit-on, empoisonné. Zondomiser, c'est éliminer un rival de façon musclée[10].
La plupart du temps on comprend sans avoir besoin de traduire. On saisit plutôt bien que des cuissettes, en Suisse, sont des shorts, et qu'un digaule, au Bénin, désigne un homme grand de taille, comme de Gaulle: « Elle est toute menue, et elle sort avec un digaule ».
Les francophones nous mitonnent une nouvelle littérature française, loin des grands débats d'école (...) Relisez les pages bariolées, volcaniques, touffues, toutes entières consacrées aux odeurs des corps, ou au goût d'une peau, du splendide Espace d'un cillement du Haïtien Jacques Stephen Alexis, ou encore les textes pétris de créole et de leitmotiv, à la manière des écrivains latino-américains de l'Antillais Baghio'o, pour vous persuader que ce français-là invente une littérature truculente et belle. (...) Dans des cafés bien parigots, j'ai entendu des Ivoiriens dire « Tu me sciences » pour tu me plais, « poudre de démarreur » pour aphrodisiaque. Un Sénégalais crie « Arrête de dallaser » pour critiquer les frimeurs (du feuilleton « Dallas »), un Zaïrois affirme que « c'est jazz » pour dire « c'est faux », et un Togolais parle de « cadeauter », devinez pour quoi...

Patrick Rambaud.
ACTUEL  Février 1989.

[1] Pour mieux connaître la réalité et les parlers cadjins, voir Mots de Louisiane et Cadjins et Créoles en Louisiane, de Patrick Griolet. Un grand pas vers le bon Dieu, roman de Jean Vautrin, en est une illustration intéressante.
[2] Aven.
[3] Ouverture par laquelle l'eau de mer entre dans un marais salant.
[4] En Bourgogne.
[5] Sorte d'échelles permettant de franchir une haie.
[6] Cf. le castillan tauromachique pañosa.
[7] La Dominique, Sainte-Lucie, La Grenade, St-Vincent : Windward Islands, des îles anglophones situées entre la Guadeloupe et Tobago; elles ont toutes accédé à l'indépendance après avoir été sous souveraineté britannique.
[8] Le mot joual est employé au Québec pour désigner globalement les traits (écarts selon les puristes) du français populaire canadien.
[9]...ou que les gosses sont les couilles...
[10] Rambaud, trouve-t-il la sodomie affreuse au point de lui préférer l'élimination musclée de quelqu'un ?
C'est donc à la fin de ce texte que je relus le verbe « cadeauter », dérivé de « cadeau », que j'avais trouvé quelques années auparavant chez Flaubert sous une autre variante graphique :
Cependant, Hussonnet, accroupi aux pieds de la Femme-Sauvage, braillait d'une voix enrouée, pour imiter l'acteur Grassot :
—Ne sois pas cruelle, ô Celuta ! cette petite fête de famille est charmante ! Enivrez-moi de voluptés, mes amours ! Folichonnons ! folichonnons !
Et il se mit à baiser les femmes sur l'épaule. Elles tressaillaient, piquées par ses moustaches ; puis il imagina de casser contre sa tête une assiette, en la heurtant d'un petit coup. D'autres l'imitèrent ; les morceaux de faïence volaient comme des ardoises par un grand vent, et la Débardeuse s'écria :
—Ne vous gênez pas ! Ça ne coûte rien ! Le bourgeois qui en fabrique nous en cadote !

Gustave Flaubert : L'Éducation sentimentale, 1869
(p. 145 de l'édition de Folio imprimée en 1979).
Dans la nouvelle édition augmentée de son Dictionnaire historique de la Langue Française (octobre 2016), Alain Rey date en 1844 le premier usage repéré de ce verbe en principe transitif :
CADEAUTER v. tr. (1844) « gratifier qqn de qqch. », d'usage rare et familier en dehors de l'Afrique où il est normal et courant pour « donner en prime, en supplément ». On trouve les variantes graphiques cadoter, cadotter chez Flaubert.
Voici les précisions du CNRTL (Centre national de Ressources textuelles et lexicales) pour son entrée cadeauter :
Cadeauter, cadot(t)er (cadoter, cadotter) (graphie de ce dernier p. plaisant.), v. trans. Synon. de gratifier* (qqn de qqc.). S'il vous plaît de m'honorer de votre compagnie, de me gratifier de votre présence, de me cadotter de votre conversation (Flaubert, Correspondance, 1844, p. 158). Lui-même, parce qu'il était beau de visage, grand et fort, avait été cadeauté par les femmes du sobriquet de Jeanin Bouquet (A. de Châteaubriant, La Brière, 1954, p. 94 dans Rheims 1969). Orth. cadotter dans Flaubert, supra ; cadoter ds Flaubert, L'Éducation sentimentale, t. 1, 1869, p. 159; cadeauter dans Flaubert, Correspondance, 1876, p. 313. 1reattest. 1844, supra ; dér. de cadeau étymol. 3, dés. -er avec consonne d'appui. Les formes en -o- par déformation plaisante. Fréq. abs. littér. : 1.
BBG. − Gohin 1903, p. 293. − Goug. Mots t. 1 1962, p. 193. − Ritter (E.). Les Quatre dict. fr. Rem. lexicogr. B. de l'Inst. nat. genevois. 1905, t. 36, p. 365. − Waringhien (G.). Géol. ling. Vie Lang. 1952, pp. 250-253.



mercredi 29 novembre 2017

Le suprémacisme a son jargon...

... qui est employé à longueur de journée par toutes les instances du pouvoir dans le but qu'il soit ensuite intériorisé et réutilisé par le peuple souverain, éduqué donc comme il faut. Bien entendu, les individus souverains peuvent aussi être des journalistes à la candeur émouvante (« L’orthodoxie, c’est l’inconscience », disait George Orwell dans 1984).
Voyons, exercice d'acuité lectrice (et ce jeu ne concerne pas Trump dont le suprémacisme saute aux yeux) appliquée à la langue innocente et très légitime (aurait dit Bourdieu) d'un journal de référence :
Trump gâche par une blague douteuse un hommage à la Maison Blanche

Alors qu’il recevait des anciens combattants amérindiens, le président américain a fait lundi une surprenante allusion à « Pocahontas », surnom dont il a affublé la sénatrice démocrate Elizabeth Warren.
LE MONDE | 28.11.2017 à 02h02 • Mis à jour le 28.11.2017 à 07h26 | Par Gilles Paris (Washington, correspondant)

Le président Donald Trump aux côtés de Navajos, lors d’une cérémonie d’hommage à la Maison Blanche le 27 novembre.

La réception devait être consensuelle. Donald Trump recevait à la Maison Blanche, lundi 27 novembre, trois des treize Navajos encore vivants qui avaient mis leur dialecte au service de l’armée américaine pendant la seconde guerre mondiale. Un code de communication que les ennemis des Etats-Unis n’avaient pas été en mesure de déchiffrer. Le président des Etats-Unis est pourtant parvenu à gâcher l’hommage en ravivant les critiques qu’il nourrit de longue date contre la sénatrice démocrate du Massachusetts, Elizabeth Warren. (...)
Voilà, maintenant vous savez ce que "dialecte" veut dire. C'est cela : c'est le parler des losers (même s'il-s contribue-nt à gagner une guerre mondiale).
D'ailleurs, les images sont parfois significatives : le tableau que l'on aperçoit entre Donald Trump et les deux héros Navajos de la photo est bel et bien celui d'Andrew Jackson, président —revendiqué par Trump— qui signa en 1830 l'Indian Removal Act, la brutale loi démocrato-coloniale à l'origine de la Piste des Larmes... Encore un détail de doigté du régime aux values...
Et qu'est-ce que c'est que cette piste des larmes ? Encore un massacre de la civilisation et du progrès, encore un broyage de la machine coloniale : "les soldats à cheval forcèrent à marcher, pendant 1750 kilomètres jusqu'à l'épuisement. 15 000 Indiens, femmes et enfants : 4 000 d'entre eux devaient mourir en route."

Daniel Coté (1) a fait le 26 août 2017 la recension d'un ouvrage (2) à ce sujet que nous devons à l'autrice canadienne Russel-Aurore Bouchard (chantre, par ailleurs, des armes à feu, armurière pendant 25 ans et fondatrice du Club de tir «Le Faucon»). Coté nous explique que l'essentiel du texte est formé du témoignage d'Eugène Roy, soldat qui participa au génocide des Indiens, "dont le manuscrit repose à la Société historique du Saguenay depuis 1937".

«C'est un texte extraordinaire, sans filtre, qui nous fait entrer dans la légende du Far-West, dans l'univers de la Frontière. On assiste au plus grand génocide de l'histoire de l'Humanité, alors que des millions d'Indiens ont été massacrés de façon méthodique afin qu'on puisse céder leurs terres à des Blancs. La Piste des Larmes est un sentier qui partait de Fort Smith et se rendait jusqu'à Santa Fe. On y a créé des réserves qui, en fait, étaient des mouroirs. Les gens étaient abandonnés en plein désert. Plusieurs souffraient de la dysenterie», a décrit Russel-Aurore Bouchard, mardi, lors d'une entrevue accordée au Progrès.
(Le Quotidien - Le Soleil,
26 août 2017)

_____________________________
(1) Daniel Coté est journaliste et responsable de la section des arts dans les journaux Le Quotidien et Progrès-Dimanche
(2) La Piste des Larmes - Un Canadien français témoin du génocide des Indiens des Grandes Plaines - Journal du soldat Eugène Roy (1857-1860), Chicoutimi, 2017, 532 pages.

samedi 27 septembre 2014

Dire, ne pas dire, selon l'Académie

C'est la rentrée et bien des étudiants de français se demandent quel dictionnaire utiliser, gratuitement si possible. Pour ceux qui recherchent un outil monolingue, normatif et gracieux, je rappelle que le site de l'Académie française (fondée par Richelieu en 1635) dispose de deux rubriques qui pourraient bien vous aider à l'heure de vos consultations : la Langue française et le dictionnaire.
Sous cette dernière se déplient quatre possibilités :
La Langue française, elle, s'ouvre sur quatre onglets :
Dire, ne pas dire est un service de consultation existant depuis 2011 et qui fait office d'une sorte de dictionnaire des difficultés ou des doutes. Il se déploie en sept pages :
Dire... ne pas dire... L'idée des immortels est claire : doit-on dire luxurieux ou luxuriant ? D'ailleurs ou par ailleurs ? Par contre ou en revanche ? Cela ressortit à mes attributions ou Cela ressort de mes attributions ? (Mais bien sûr qu'on dit aussi ce qu'ils ne veulent pas qu'on dise ! À quoi bon cette dichotomie académique "On dit" vs "On ne dit pas", comme si on ne disait pas ce que l'on dit et que l'on entend souvent un peu partout ? Un peu de rigueur, quand même !)
Bref, à travers le courrier des internautes, vous lancez votre interrogation et l'Académie (les académiciens et les linguistes du Quai Conti) répond. Ainsi lit-on aujourd'hui la question suivante :
Peut-on dire « s’engager à » suivi d’un nom et non d’un verbe ? Exemple : « s’engager à une action ».

L’Académie répond :

S’engager à est le plus souvent suivi d’un infinitif : Il s’engage à venir ; il est parfois suivi d’une subordonnée introduite par ce que : Il s’engage à ce que les travaux soient faits.
On le trouve enfin avec plus que ; Il s’engage à plus qu’il ne peut tenir ou, à la forme négative, avec rien. Il ne s’engage à rien.
Mais s’engager à ne peut être suivi d’un nom que si ce verbe est employé dans le sens de se lier, s’enrôler, s’inscrire : S’engager au service de quelqu’un, S’engager au mariage, S’engager à une épreuve de natation.
Le succès du site a permis la publication récente d'une anthologie imprimée ; selon Le Monde :
Le site connaissant un vif succès, un florilège de ces échanges vient de paraître dans un livre, Dire, ne pas dire. Du bon usage de la langue française, paru aux éditions Philippe Rey. Deux académiciens, membres de la commission du dictionnaire, Dominique Fernandez et Yves Pouliquen, ont ainsi sélectionné deux cents entrées pour cet ouvrage, qui relève les fautes et les tics de langage les plus fréquemment observés dans le français contemporain. Quels mots, quelles tournures choisir, retenir ou rejeter parmi ce qui s'entend et se dit ? Sabler ou sabrer le champagne ? Courbatu ou courbaturé ? Tout à coup ou tout d'un coup ? Quand employer débuter ou démarrer ? Irrévocable ou irréversible ? Autant de questions qui trouvent leurs réponses dans ce livre instructif et souvent drôle, ou à l'adresse academie-francaise.fr/dire-ne-pas-dire. On y trouve aussi, par exemple, l'origine de l'expression "c'est du gâteau" ou "c'est pas de la tarte".
La catégorie "bonheur - surprises" vous présente des curiosités intéressantes. En voilà une :

Tout de go

Le 09 septembre 2014
Contrairement à ce que l’on croit parfois, la locution adverbiale tout de go, « directement, sans préparation, sans précaution », n’est pas liée au verbe anglais to go, « aller ». Tout de go est la forme simplifiée de l’expression ancienne avaler tout de gob.
Cette forme ancienne gob est issue du gaulois *gobbo, « bec, bouche ». C’est d’elle encore qu’est dérivé l’ancien français gobet, « bouchée, gorgée », puis « pièce, morceau ». De ce dernier sens, on est passé à celui de « motte de terre ». Ainsi le français écobuage, qui désigne une méthode de fertilisation des sols, n’a-t-il rien à voir avec le préfixe éco- mais bien avec cette racine gob-, puisqu’il vient du poitevin gobuis, qui désignait la terre où l’on se prépare à mettre le feu.
Mais il suffit de lire les exemples qui illustrent le bon usage du terme crise (dont on reconnaît quand même les extensions de sens abusives) pour comprendre qu'il va falloir toujours se battre contre "la langue légitime". Non, le salut ne vient pas d'en haut. En matière de critère, il ne faut surtout pas fléchir...

jeudi 8 mai 2014

France Terme

Nouveauté technologique (depuis le 27 mars 2014), l'application gratuite France Terme permet de découvrir près de 7 000 vocables scientifiques et techniques et leurs équivalents étrangers, officiellement  recommandés par le Journal officiel de la République française. Elle est téléchargeable sur Google Play. Voici la description qu'on peut lire sur le site avant installation :
Description
Vous pouvez le dire en français ! Découvrez l'application FranceTerme.
Cette application vous permet d’accéder à tout moment aux termes spécialisés de la base de données FranceTerme de la délégation générale à la langue française et aux langues de France (ministère de la Culture et de la Communication), qui compte près de 7 000 termes français, avec leur définition et leurs équivalents étrangers.
L’application, qui n’est pas un dictionnaire de langue générale, vous permet de découvrir de très nombreux termes scientifiques et techniques. Ces termes, des plus largement en usage jusqu’aux plus spécialisés, proposés par des experts de multiples domaines, ont été recommandés et publiés au Journal officiel par la Commission générale de terminologie et de néologie, dans le cadre du dispositif institutionnel d’enrichissement de la langue française.
L’application, libre et gratuite, peut constituer un outil précieux pour vous exprimer en langue française quel que soit votre travail : rédaction ou traduction d'un article de presse, d’un mémoire, d’une note, d'un cahier des charges, d'une proposition commerciale… quelques clics et vous avez le bon terme : Ayez le réflexe FranceTerme !
 Attention, au Québec, on peut consulter le Grand dictionnaire terminologique et Termium.

dimanche 28 octobre 2012

Le Trésor de la langue française, en ligne

Le Trésor de la langue française —dictionnaire rédigé par cent chercheurs de 1962 à 1994, en 16 volumes et un supplément, et publié en version imprimée entre 1971 et 1994, date de parution du dernier tome— vient d'être mis en ligne sur le site d'Analyse et Traitement informatique de la Langue française (ATILF), en partenariat avec le CNRS et l'Université de Lorraine.
Pour vos consultations, gratuites, vous pouvez...

    taper le mot exactement (ex. éléphant) ou phonétiquement (ex. éléfan)
    omettre les accents (ex. elephant, elefan).
    omettre les tirets des mots composés (ex. porte monnaie, portemonnaie).
    taper des mots fléchis (ex. écriront, généraux, végétales)


Exemple d'entrée :

PÉTONCLE, subst. masc.
ZOOL. Mollusque lamellibranche comestible à coquille bivalve arrondie, vivant dans la Manche et l'océan Atlantique. Ce sont surtout les coquilles Saint-Jacques et de nombreuses espèces de petits coquillages: coques, praires, pétoncles, palourdes, oursins, etc., qui sont pêchées sur des gisements naturels. Tous ces mollusques, sauf les coquilles Saint-Jacques, font surtout l'objet de commerce d'ordre local (BOYER, Pêches mar., 1967, p.79). V. pinne ex.
Prononc. et Orth.: []. Att. ds Ac. dep. 1762. Étymol. et Hist. 1415 poitoncle (Archives hist. de la Saintonge et de l'Aunis 32 (1902) ds P. RÉZEAU, Sources du vocab. poitevin-saintongeais, colloque de Nantes, 16-18 févr. 1984); 1551 petoncle (COTEREAU, tr. Columelle, VIII, 16 ds HUG.). Empr. au lat. pectunculus, dimin. de pecten «peigne, peigne de mer» (pecten*).


C'est notre "zamburiña".

jeudi 12 avril 2012

Repas et boissons. Lexique de base en français

Dans des conditions de vie normale, pour un adulte en bonne santé, les besoins hydriques sont estimés à environ 2,5 litres par jour. Ils sont apportés tout à la fois par la boisson et les aliments qui contiennent de l’eau.
En quelques minutes, vous allez évaluer le volume d’eau contenu dans vos repas pendant 24 heures. Vous pourrez savoir si vos apports quotidiens en eau sont suffisants. S’ils sont insuffisants, rien de plus simple que de compléter avec de grands verres d’eau du robinet ! 
Voilà ce que vous dit le Centre d'information sur l'eau pour vous inciter à réaliser sur son site le bilan hydratation du Dr. Jean-Michel Leclerf, chef du service de nutrition de l'institut Pasteur de Lille. Il s'agit d'un questionnaire concernant vos habitudes alimentaires. En parcourant ses quatre étapes —petit déjeuner, déjeuner, goûter, dîner—, vous pourrez déterminer en un tournemain si vous satisfaites ou non vos besoins hydriques. Et puis, participer à ce jeu vous permettra de réviser l'état de votre lexique de base en matière alimentaire.
Au demeurant, le site du Centre d'information sur l'eau apporte d'autres soutiens pédagogiques, fiches et outils, pour découvrir l'eau dans tous ses états et savoir répondre à des questions comme celles-ci :  
Quel est son parcours dans la nature ? Comment arrive-t-elle jusqu’à nos robinets 24h/24 ? Quels sont les circuits de distribution ? Vos élèves savent-ils qui s’occupe de l’eau et pourquoi on la paie ? Que devient l’eau que l’on utilise ? L’eau, l’hygiène et la santé, quel rapport ?
Revenons à nos moutons ; voici une petite liste de sites qui s'occupent de la bouffe à l'intention des élèves de FLE (sauf celui des recettes, bien entendu) :
- Lexique basal de la nourriture, les repas, la cuisine (outils, parties, couverts) et un petit répertoire d'expressions clés pour le restaurant, avec des illustrations en couleur et des précisions sur le genre des mots à travers un bon usage des déterminants.
- Voie Expresse : site finlandais consacré a l'apprentissage du français, c'est une trousse à tout où foisonnent les vidéos. Vous y trouverez, parmi beaucoup d'autres, des pages dédiées au vocabulaire des boissons et de la nourriture en français ; vous pouvez y apprendre, par exemple, par l'intermédiaire de netprof.fr (1), comment lire l'étiquette d'une bouteille de vin.
- Recettes de la cuisine française (sans publicité).
- Le Point du FLE :

Finalement, je vous relaie une info qui montre le rapport qu'il y a entre nutrition et ressources économiques / instruction. Une étude de l'Inserm (Institut national de la Santé et de la Recherche médicale) publiée dans la revue PLoS One met en évidence la relation existante entre la fréquentation de certains hypermarchés et enseignes "hard discount", ces magasins libre-service où les prix sont au-dessous de la moyenne, et le surpoids ou tour de taille élevé des clients. Liens de cause à effet ? Il ne faut pas être Einstein pour comprendre que quand on remplit mal son frigo, faute d'argent ou de connaissances, on se nourrit mal.
_________________________
(1) Site de partage des connaissances fondé par Loïc Ader.

jeudi 1 septembre 2011

Questionnaire de Greenpeace aux candidats à la présidentielle 2012

L'organisation Greenpeace vient de lancer (le lundi 29 août) un site web où elle tente de classer les choix et engagements sur l'avenir énergétique de la France des 17 candidats potentiels à l'élection présidentielle 2012. Ils se font traiter de « engagé, attentiste ou rétrograde » en fonction de leurs réponses à un questionnaire baptisé "Stress test des candidats à la présidentielle". Comme le site en question n'a pas l'air de se complaire dans la parodie, il faut imaginer que Greenpeace France prétend combattre les ravages de notre système tout en utilisant son langage (1), y compris ses anglicismes lexicaux et syntaxiques à la fois frimeurs et atténuants. Voici leur motivation de fond :
Greenpeace va fortement s’impliquer dans le débat sur les politiques énergétique et climatique qui s’est enclenché depuis l’accident nucléaire de Fukushima et qui ne va cesser de s’amplifier dans les prochains mois. Nous lançons donc notre « Stress Test des candidats à la présidentielle ».
En consultant les résultats de cette enquête, présentés de manière interactive, vous pourrez, outre savoir quels sont lesdits candidats, vous familiariser tant avec les sujets énergétiques à débat en ce moment en France qu'avec le vocabulaire d'usage en la matière —si bien que ce site fait office de dictionnaire succint d'écologie.
Trois sont les thèmes de cette étude : devenir du nucléaire en France, production / consommation de fossiles et développement des alternatives.


(1) Stress test - Anglicisme qui veut dire, par exemple, "épreuve de résistance" et que l'on nous rabâche à longueur de saison quand on évoque les soi-disant contrôles de sûreté dans les centrales nucléaires ou, ces derniers temps, les examens censés évaluer la solvabilité des banques. Si « le poète est celui qui refuse d'utiliser le langage » (Cf. Jean-Paul Sartre, Qu'est-ce que la littérature ?), cela fait belle lurette que nous savons par Viktor Klemperer que la victime doit éviter le langage du vainqueur (Cf. LTI, la langue du Troisième Reich. Carnets d'un philologue, Paris, Albin Michel, coll. Bibliothèque Idées, [1947] 1996, 375 p. Traduit et annoté par Elisabeth Guillot. Édition en castillan chez Ed. Minúscula, Barcelona, novembre 2001. Traduction d'Adan Kovacsics révisée par Marta Hernández).

lundi 29 août 2011

Expressio.fr, un site pour certaines expressions françaises

Ce petit blog, Candide résiste, dispose d'un libellé dictionnaires reccueillant les articles consacrés à ces objets qui s'occupent des mots et des expressions sous tant d'angles possibles. C'est là que je devrai ranger ce billet car je vous parle ici d'Expressio.fr, un dictionnaire en ligne qui tente de décortiquer —telle est sa devise— les expressions du français.
Lancé le 1er août 2005 par Georges Planelles, le site aborde aujourd'hui le sens et l'étymologie de 1 483 expressions ou locutions, ainsi que des suggestions de traduction en plusieurs langues ou sociétés. Il grandit en douceur. Voici ce que nous explique Planelles sur son projet :
J'ai commencé à travailler sur ce site en avril 2005, mais il n'a été officiellement ouvert que le 1er août 2005.
Amoureux des mots (comme quoi il n'y a pas forcément une totale incompatibilité entre une formation purement scientifique et d'éventuels penchants littéraires), il m'arrivait régulièrement de vouloir trouver l'étymologie ou la signification d'une expression de notre belle langue en voie de disparition.
Comme ce que je pouvais trouver sur le Net me satisfaisait rarement, je me suis décidé à démarrer avec un certain enthousiasme (curiosité personnelle, désir de partager...) les pages sur lesquelles vous êtes actuellement.
Mais comme j'ai aussi un certain nombre d'activités professionnelles, j'ai pris l'option d'en faire avancer le contenu lentement, à raison d'une nouvelle expression par jour (sauf les weekends), ce qui devrait m'occuper et vous maintenir en haleine pendant quelques années.
Si vous vous inscrivez sur Expressio, vous « serez informé chaque jour ou chaque semaine (selon votre choix) des nouvelles parutions et vous pourrez participer au forum lié à chaque expression ».
Pour connaître ses sources, vous n'avez qu'à cliquer sur le lien Bibliographie, et pour tout savoir sur le site (quoi, pourquoi, qui, comment, combien...), vous disposez d'une Foire Aux Questions assez touffue.

vendredi 14 janvier 2011

Hyperappels du dictionnaire Le Robert en ligne

Je vous conseille en classe les dictionnaires Le Robert , notamment les généralistes -unilingues-, car je trouve qu'ils sont toujours les meilleurs en français pour vos consultations de tout poil : transcription phonétique, étymologies, définitions, synonymes et contraires, conjugaison, citations...
Cela fait longtemps que vous savez qu'il existe -mis à part leurs tirages imprimés- des versions électroniques interactives, en CD ou en ligne, qui profitent des possibilités ouvertes par la technologie digitale : liens hypertextes, recherche par critères (y compris recherche par texte intégral), écoute de la prononciation de plusieurs milliers de termes jugés "difficiles", enregistrés par des comédiens, etc.
On accède aux éditions en ligne depuis l'espace numérique du portail. Elles sont payantes, bien entendu, comme toutes les autres ; l'abonnement annuel au Petit Robert en ligne coûte actuellement 24 € et vient d'ajouter une nouvelle fonctionnalité assez pratique : l'intégration du dictionnaire dans le navigateur (Firefox ou Explorer) :
Grâce aux nouvelles fonctions d'hyperappels du Petit Robert en ligne, vous pouvez ajouter le Petit Robert comme nouveau moteur de recherche de votre navigateur Internet Explorer (versions 7 et suivantes) ou Firefox, en haut à droite de la fenêtre principale.
L'installation est simple et immédiate et comporte une nouveauté considérable à l'égard des recherches :
Cette nouvelle fonctionnalité, une fois installée, vous permet à tout moment de rechercher un mot dans le Petit Robert : il suffit de taper le mot dans la zone de saisie et d'appuyer sur la touche Entrée.
Vous pouvez rechercher un mot sous sa forme habituelle mais aussi sous l'une de ses , par exemple un féminin (heureuse, active, bergère...), un pluriel (chevaux, spéciales...) ou une forme conjuguée (naquis, faisaient, pouvions...). En effet, comme pour toutes les fonctions d'hyperappels, la recherche dans le Petit Robert s'effectue toujours par défaut dans l'index des formes fléchies
(...)
L'intégration du Petit Robert comme moteur de recherche du navigateur vous permet également d'effectuer par la même occasion des recherches en hypertexte en utilisant le (c'est-à-dire le clic droit) dans les pages web que vous consultez.
Hmmm, cette potentialité vous dispense de penser la morphologie, ce qui pourrait entraîner à la longue des dégâts en la matière comparables aux ravages causés par la calculette sur votre capacité de calcul. Pensez-y (1). Hélas, en échange, vous avez de moins en moins d'alibis pour expliquer vos calques...
_______________________________
(1) N'arrêtez jamais de réfléchir à la crétinisation des esprits occasionnée par un usage (production sans scrupules ou bâclée - consommation écervelée, récipient) abrutissant ou abruti des nouvelles technologies. Un exemple à ce propos...

mardi 15 juin 2010

Glossaire ciné (cocasse)

Nanarland.com est un site qui s'occupe évidemment des nanars, c'est-à-dire, des navets, des pires films sortis ici ou là, car ils sont fiers de nous présenter des héros de provenances très variées. Voici leur édito :
Bienvenue sur www.nanarland.com, le site des mauvais films sympathiques. Chroniques de films, extraits vidéo, biographies, interviews... C'est une exploration de la face obscure du cinéma à laquelle nous vous invitons à travers nos documentaires vidéo exclusifs, un glossaire aussi exhaustif que subjectif et bien d'autres rubriques.
Vous pouvez y jeter un coup d'oeil si vous tenez juste à vous marrer en français, mais je vous conseille particulièrement ce site parce qu'il propose ce glossaire ciné du mauvais film sympathique qui pourrait éventuellement vous tirer d'affaire un jour ou l'autre. Ainsi, si vous lisez quelque part qu'un politicien retraité fait des panouilles dans le cinéma et que vous ignoriez ce jargon, vous n'avez qu'à consulter P comme Panouille chez Nanarland et ça y est, problème résolu, images, affiches et textes à l'appui. Toute une trouvaille ! Et puis, il se peut que vous trouviez moyen d'appliquer ce lexique à des péloches bourrées de prestige, n'est-ce pas ?

vendredi 19 mars 2010

Cartes interactives pour jouer et apprendre

Votre prof de français reprend ses activités le lundi 22 mars. Entretemps, je vous relaie une contribution de Sara Gómez, élève de NB 1, qui m'a envoyé le lien d'un site plurilingue, créé par Enrique Alonso, où vous trouverez des jeux didactiques basés sur des cartes interactives avec Flash. Une manière facile de vérifier vos connaissances en matière de géographie et, en ce qui nous concerne, d'apprendre en français des noms de pays, de départements français, de communautés autonomes, etc. Sa dernière actualisation date du 22/02/2010. Merci Sara pour ton tuyau.

mardi 19 janvier 2010

MyMemory et les traductions

Il y a quelques semaines, grâce au nº 366 (nov-déc. 2009) du Français dans le Monde, la revue de la Fédération Internationale des Professeurs de Français, j'ai eu vent de l'existence d'une nouvelle ressource en ligne. Il s'agit d'un moteur de recherche pour les traductions qui s'appelle MyMemory ; il permet de comparer la phrase traduite automatiquement aux traductions professionnelles qui sont présentes sur internet. La brève du FDLM nous explique :
Avec plus de 180 millions de phrases traduites par des professionnels, MyMemory est la plus grande archive de traductions collaborative au monde. Très semblable à Wikipédia dans la façon dont les utilisateurs peuvent ajouter, modifier et annuler des traductions, ce moteur de recherche accepte déjà des contributions dans 82 langues différentes et comprend des mémoires de l'UE et de l'ONU.
Après plusieurs testages, j'ai pu déceler pas mal de lacunes ou défaillances chez MyMemory. Ce qui est bien logique, vu son âge. Néanmoins, il faudra suivre son évolution car un outil de ce type, bien agencé, pourrait s'avérer extrêmement utile.

dimanche 19 juillet 2009

L'Office québécois de la Langue française et sa banque de dépannage

Vous faut-il vous tirer d'un embarras linguistique ? La Banque de dépannage linguistique (BDL) est le service conçu par l'Office québécois de la Langue française à ce propos. C'est « un outil pédagogique en constante évolution qui propose des réponses claires aux questions les plus fréquentes portant sur l'orthographe, la grammaire, la syntaxe, la ponctuation, le vocabulaire, la typographie, les sigles, abréviations et symboles, les noms propres, la prononciation, la rédaction et la communication. »
En voici un cas de figure : dans le domaine de la comparaison, vous avez des doutes à l'égard de l'opposition "aussi" - "autant" ? Cliquez sur le lien et vous vérifierez les explications et les exemples fournis par cette banque de dépannage linguistique à ce propos.
D’autre part, Le grand dictionnaire terminologique (GDT) est une banque de données terminologiques qui rassemble les termes appartenant à des domaines de spécialité ; il ne s'agit donc pas d'un dictionnaire usuel.
Enfin, l'OQLF a sélectionné pour vous quelques-uns des meilleurs sites Web sur le français présentement disponibles dans Internet. Ces sites sont fiables, conviviaux, généralement gratuits et rédigés dans une langue de qualité. Pour accéder aux liens qui sont les plus susceptibles de vous intéresser, cliquez soit sur le profil d'usager qui vous correspond le mieux, soit sur un des sujets proposés par la toile.

En matière de dépannage linguistique, un autre site qui est à votre disposition, c'est ORTHONET, créé et géré par le Conseil International de la Langue française

_________________________
Mise à jour du 2.12.2020 :

Voici les outils complémentaires de la BDL dont vous disposez actuellement :

Le grand dictionnaire terminologique

Banque de fiches terminologiques qui renseignent sur des concepts liés à des domaines d’emploi spécialisés.

Formation sur la rédaction épicène

Formation sur la féminisation lexicale (appellations de personnes) et la rédaction épicène (textes). Exercices et corrigé offerts pour mettre en pratique la rédaction épicène.

Outils pour les personnes apprenantes

Ressources pédagogiques offertes pour soutenir les personnes apprenantes dans leur apprentissage du français.

Exercices – Groupe du nom

Capsules grammaticales sur les règles d’accord de base dans le groupe du nom. Exercices et corrigés.

Modèles de communications écrites téléchargeables

Modèles de communications écrites téléchargeables gratuitement et utilisables avec le logiciel Word de Microsoft.

Banque de noms de lieux du Québec

Information précise sur plus de 273 000 noms de lieux du Québec.

Le Vocabulaire de l’enseignement à distance et du télétravail est le fruit d'une collaboration entre l'Office québécois de la langue française (OQLF) et le Bureau de la traduction (BT) du gouvernement du Canada. Il présente la terminologie bilingue relative à plus de 80 concepts de ces domaines.

Ressources

D'autre part, comme il n’est pas toujours évident de déterminer le genre des noms de pays et les prépositions dont il faut les faire précéder, vous pouvez accéder à un tableau idéal pour consulter des dizaines de ces noms de pays sur le site de TERMIUM Plus® (The Government of Canada’s terminology and linguistic data bank).

jeudi 16 juillet 2009

Langue sauce piquante

Langue sauce piquante est le blog des correcteurs du journal Le Monde. Sa lecture quotidienne peut vous procurer non seulement un apprentissage constant en matière de français mais surtout un vif plaisir. Il est vrai que savourer pleinement les sauces linguistiques qu'ils nous proposent nécessite une connaissance considérable du français et des nombreuses références culturelles qu'il comporte. Mais n'ayez pas peur : ce sont des textes admettant plusieurs niveaux de lecture, pleins d'acuité et d'humour et expliquant par des notes ou post-scripta les détails linguistiques qui intéressent à chaque fois de sorte à ne rien rater d'essentiel.
Langue sauce piquante présente une variété de rubriques dont voici la liste :

Au fil des jours
Aux sigles méconnus
Cours du soir
Des correcteurs racontent
Devinette
La confusion des sens
La langue korrecte
La marche du “Monde”
La typo c’est pas sorcier
Langue de bois
Le mot d’ailleurs
Le mot du lundi
LSP a goûté pour vous
Non classé


En outre, ce blog est une superbe banque de liens franchement utiles au sujet du français, de la langue en général, voire de certaines langues ; tout y est, ou presque !!!! :

Accents de France, Affaire Esperluette, voyage typo', Au domicile des mots dits et écrits, Café Babel/expressions, Canal Académie, Centre de recherche sur les variétés linguistiques du français en Belgique, Délégation générale à la langue française et aux langues de France, Des liens utiles à foison, Des mots verts, Dictionnaire des kanjis (japonais), Dictionnaires d'autrefois, Du côté de l'arabe, Encyclopédie des expressions, Franc parler, France Terme, Grand dictionnaire terminologique (Québec), Histoires de mots languedociens, Installer Littré, L'Académie française, L'Alliance française, L'argot des typographes, La ponctuation.com, Langue française.net, Le blog Mots et Paroles, Le devoir conjugal, Le Dicomoche, Le dictionnaire de l'Académie française, Le Dictionnaire de la zone, Le français au micro, Le glossaire du marketing, Le P'tit Dico, Le Petit Champignacien illustré, Le Singe / tipografia, Le Trésor de la langue française informatisé, Les amoureux du français, Les Cahiers Gutenberg, Les dictionnaires.com, Les mots-clés de la justice, Les zakouskis du jeudi, Lexilogos, Lexique des expressions québécoises, Merci professeur !, Musée virtuel des dictionnaires, Naked Translations, Orthonet, Pince ton français !, Planète typographie, Quelques proverbes, Retourne au CM1, Revue "Passage d'encres", RFI - Langue française, Saveurs du français (dans "Le Temps"), Serendipity, Technologies du langage, Trésor de la langue française au Québec, TV5 monde, Langue française, Vous cherchez un synonyme ?

mercredi 15 avril 2009

Ouvrages du Robert en ligne

Le Robert, vous le savez très bien, c'est le dictionnaire de référence du français depuis plusieurs décennies. Vous connaissez son directeur, Alain Rey, et puis, mis à part la version traditionnelle imprimée du Petit Robert, vous avez l'habitude de consulter son édition numérique interactive.
Eh bien, les ouvrages essentiels du Robert sont désormais accessibles via Internet. Le portail en question vous rappelle les avantages qu'il tient à vous procurer : aucune installation sur l'ordinateur, rapidité d'accès, simplicité et confort d'utilisation, puissance des recherches, pertinence des réponses... Et il vous propose une période de dix jours de découverte gratuite de ses dictionnaires en ligne.
Comme je trouve très pertinente l'information fournie à ce sujet par Le Monde, je vous la colle ci-dessous. Y'a de la joie !

Disponibles sur le site officiel robert.com via abonnement payant, les dictionnaires Le Grand Robert, Le Petit Robert et Le Grand Robert et Collins (bilingue français-anglais) sont accompagnés de différentes fonctions habituelles : correcteur d'orthographe, outil de conjugaison, contraires et synonymes d'un mot. Plus original, une fonction prononciation permet d'entendre 16 000 des 60 000 mots "difficiles" du Petit Robert, enregistrés par des comédiens. Pour les citations du Grand Robert, un clic permet également d'accéder à la notice biographique de l'auteur, et la navigation dans les dictionnaires permet de multiples recherches (étymologiques, par terminaison, date d'apparition des mots...). Outre l'avantage d'être accessible de partout et à tout moment via Internet, le site donne accès à la version actualisée de l'ouvrage. Les dictionnaires en ligne sont accessibles par abonnement trimestriel ou annuel, les forfaits variant respectivement entre 2 et 4 euros par mois, selon les éditions choisies.

vendredi 27 mars 2009

Le Littré

Institution classique dans le domaine des dictionnaires de la langue française, il porte le nom d'Émile Littré (1801-81), qui est parvenu à publier le premier volume de son célèbre ouvrage en 1863 (donc, à l'âge de 62 ans). La deuxième édition de cette entreprise a paru entre 1872 et 1877. C'est le dictionnaire dont vous avez besoin pour mieux comprendre vos lectures en français datant surtout du XIXe siècle —il rend compte de l'usage littéraire entre le XVIIe et le XIXe siècles—, bien qu'il s'agisse d'un travail normatif et puritain.
Il est disponible sur le Net dans deux sites différents. Il y a tout d'abord un Littré en ligne qui omet l'étymologie et l'historique des mots, contenus qui existaient dans l'édition traditionnelle imprimée et qui constituaient un travail poussé mais isidoresque ; vous y trouverez, en revanche,
définitions, citations, synonymes, usage... Comme on vous explique dans son mode d'emploi, « Une grande partie du contenu du dictionnaire est encore parfaitement valable aujourd'hui. Cependant, certains mots ont gagné ou perdu des sens, certains sont devenus obsolètes. Ne vous étonnez pas si certains termes d'usage fréquent aujourd'hui n'y figurent pas. Ils n'existaient pas à l'époque. »
Un deuxième site, XMLittré, vous propose aussi ce dictionnaire, y compris la partie étymologique, que François Gannaz (auteur de cette page) qualifie à juste titre de "fantaisiste".

samedi 21 mars 2009

Aya de Yopougon

Le Festival International de la BD d'Angoulême 2006 a décerné à Aya de Yopougon, tome 1, le prix du premier album —écrit par Marguerite Abouet et dessiné par Clément Oubrerie. Cette histoire à bulles en est maintenant, que je sache, à son quatrième volet. Elle fait montre d'un humour à tout casser.
Marguerite Abouet (Abidjan, 1971) nous a transmis ses motivations :
« Dans les années 1970, la vie était douce en Côte d'Ivoire. Il y avait du travail, les hôpitaux étaient équipés et l'école était obligatoire. J'ai eu la chance de connaître cette époque insouciante, où les jeunes n'avaient pas à choisir leur camp trop vite, et ne se préoccupaient que de la vie courante: les études, les parents, les amours… Et c'est cela que je veux raconter dans Aya, une Afrique sans les clichés de la guerre et de la famine, cette Afrique qui subsiste malgré tout car, comme on dit chez nous, ‘la vie continue‘... »
La vie d'Aya se déroule donc à Yopougon, "Yop City" ou "Poy", énorme quartier populaire à l'ouest d'Abidjan, en Côte d'Ivoire, qui est surtout connu pour la rue Princesse, où foisonnent les "maquis" (bars-restos popu) et les boîtes de nuit. C'est là, d'ailleurs, que se situent les lieux du film Rue Princesse, d'Henri Duparc.


Voici un extrait de l'article publié à propos d'Aya par Afrik.com :

Les héroïnes de Aya de Yopougon ont chacune choisi leur stratégie pour s’assurer un avenir. Et leurs tribulations font la part belle à des expressions très imagées à vous faire mourir de rire. « Même si un bouc veut une femme, il n’ira pas pleurer derrière une hyène », dit la sagesse populaire. Des expressions également inspirées de l’argot ivoirien dénommé nouchi. Un mélange de français, de langues locales et d’un vocabulaire crée de toutes pièces par la rue. Ainsi entre les « grotos » (messieurs d’un certain âge très fortunés, leurs alter égo plus jeunes, les « genitos » et les « freshnies » (les jolies jeunes filles), vous découvrirez un univers très tropical, mais qui n’a rien d’exotique. Les quelques anachronismes, auxquels seront seuls sensibles quelques uns d’entre vous, n’enlèvent rien à l’intérêt de cette histoire dont les personnages, hauts en couleurs, sont le reflet d’une époque, tout en étant très contemporains. Comme tous les jeunes de son âge et de tout temps, Aya et ses amis sont en bute à l’autorité parentale et les victimes (consentantes) de leurs élans amoureux.

Avec cet ouvrage, qui en prime vous propose un petit lexique du nouchi, vous montre comment préparer les frites de banane plantain (l’alloco, plat très apprécié en Côte de’Ivoire) et nouer le pagne, Marguerite Abouet est devenue une ambassadrice de la culture ivoirienne.

À propos de la Rue Princesse, Théophile Kouamouo écrit dans Le Français dans le Monde (nº 362, mars-avril 2009 ; page 42):
« Ce n'est qu'à la nuit tombée que la rue-souillon se met à mériter l'appellation qui l'a rendue célèbre : Rue Princesse. Les enseignes s'allument, tout aussi extravagantes les unes que les autres ; les « maquis » (…) dévoilent leurs visages ; des décibels s’échappent de partout de manière désordonnée, créant une joyeuse cacophonie ; des milliers de fêtards viennent de partout, y compris de l’orgueilleuse commune huppée de Cocody, fief de la bourgeoisie administrative locale et de la « zone 4 », quartier des nababs du business.
La Rue Princesse est, à Abidjan, le centre névralgique de « l’ambiance ». C’est le lieu de la revanche culturelle des gens de peu, de l’Afrique réelle, sur une élite occidentalisée et souvent enfermée dans des réflexes de mimétisme. C’est aussi un lieu de création trépidante, de
happening permanent. De la Rue Princesse d’aujourd’hui partent des rythmes musicaux, des « concepts » de danses urbaines, des inventions lexicales qui s’exporteront par la suite dans les night-clubs et les rues des autres métropoles africaines (…) »
Si l'actualité de Poy vous intéresse, cliquez dessus pour consultez son site web.
Quant au nouchi, ce français ivoiriennisé évoqué ci-dessus, il est très présent dans la musique ivoirienne et dispose de son site web, conçu notamment pour partager un sourire. Vous y trouverez de tout, y compris un dico ou des proverbes du type : « celui qui est sur le dos de l'éléphant ne doit pas craindre la rosée ».

mercredi 18 mars 2009

L'aménagement linguistique dans le monde

Grâce à Matilde, j'ai eu vent d'un site portant sur l'aménagement linguistique et les langues dans le monde. C'est une extraordinaire base de données nous permettant de savoir quelles sont "les situations et les politiques linguistiques particulières dans 359 États ou territoires autonomes répartis dans les 194 pays du monde".
Le site a été crée par Jacques Leclerc et est hébergé par le Trésor de la Langue française au Québec (TLFQ).

Quant à l'équipe du Trésor de la Langue française au Québec (Université Laval), elle "a été constituée dans les années 1970 dans le but de créer une infrastructure scientifique pour la recherche sur l'histoire du français québécois et son usage actuel. Son travail s'inscrit dans une tradition d'étude où la langue est considérée comme un bien patrimonial. L'équipe a réuni un fonds documentaire très riche sur lequel s'appuie son Dictionnaire historique du français québécois et auquel elle donne accès sur son site Internet".

Rire pour résister - Alain Rey. Et petit portrait du savant engagé.

Novembre 2007. Le linguiste et lexicographe Alain Rey (Pont-du-Château, 1928) était au Théâtre du Rond-Point, à Paris, dans le cadre de la série de conférences "Rire pour résister". Pendant une heure, il a proposé un vagabondage autour des mots du rire. Vous pouvez suivre son intervention, enregistrée en vidéo, en cliquant ici. Merci, Matilde, de ton tuyau.

Qui est-ce ? Je vous ai parlé plusieurs fois d'Alain Rey, surtout évidemment à propos du dictionnaire Le Robert, qu'il rédige et dirige depuis plus de 40 ans. Puis, on l'a vu en classe, en vidéo, causer des mots, de la langue, ou on a lu des extraits d'articles de son cru. Enfin, il y en a parmi vous qui se souviendront peut-être du Mot de la Fin, la microémission qu'il assurait tous les matins sur France Inter, de 8h57 à 9h00 (au sein du 7/9 de Stéphane Paoli), où il analysait —tout esprit, toute finesse— le mot qu'il avait choisi ce jour-là, souvent en rapport avec l'actualité. Nous avons podcasté plusieurs de ces courtes et savoureuses interventions et elles sont toujours à votre disposition dans notre salle d'informatique.
Mais, désolation inattendue, on l'a mis à l'écart fin juin 2006. Le mot qu'il a décortiqué pour conclure ses prestations, c'était... "Salut". Lors d'un entretien offert à Hélène Viala (Le Monde, 20.09.06), il s'exprimait là-dessus. Je vous joins ci-dessous quelques fragments de ce portrait:

"C'est comme si, après treize ans de chroniques quotidiennes (...), on vous disait "on ne veut plus de gens de votre génération."" Il y voit aussi un geste politique, la volonté de "faire place nette" en vue de la campagne présidentielle. "Des définitions telles que celles que j'avais données aux mots "Kärcher" ou "canaille" me plaçaient d'emblée dans la catégorie de ceux qu'il fallait écarter !"
Trois mois plus tard, il se reconnaît franchement soulagé : "Ne plus avoir à se lever le matin à 6 heures, ça n'a pas de prix." Il a réuni une sélection de ses chroniques de France Inter dans A mots découverts, tout récemment sorti aux éditions Robert Laffont (464 p., 21 euros). (...)
Alain Rey sait bien que parfois il agace. Ce n'est pas pour lui déplaire. D'abord il y a son look de dandy, qu'il a d'abord improvisé puis cultivé : "J'ai vite été ressenti comme un personnage. Tant mieux. Il ne faut jamais tuer son propre narcissisme !" Mais il y a aussi, et surtout, le fait qu'il n'ait jamais joué au puriste, qu'il a toujours prêté aux mots une vie propre. "Il y a aussi une dimension sensible, sensuelle, esthétique, dans les mots." Pour lui, un Mallarmé ou un Boby Lapointe, un Devos, un Queneau ou un Coluche, "chacun a apporté sa pierre à notre langue". "Vouloir figer le langage dans une norme, s'agace-t-il, c'est se priver de ce qui a le plus de goût, le priver d'épices."
Car l'homme est un gourmand. De mots, bien sûr. Mais aussi de bonne chère, de vins, de polars, de musique, de BD, d'Internet, de télévision et même de publicité. "En fait, le coeur de tout ce qui me passionne, c'est le signe. Le chant du signe. Tous les signes chantent à mon oreille, sans distinction. Même l'orthographe des SMS m'intéresse. Et tout cela doit déplaire à certains !"
Le seul reproche que Jean-Pierre Colignon, l'ancien chef correcteur du Monde devenu conseiller linguistique, aurait à lui faire, c'est de s'être toujours "fichu comme d'une guigne" de l'orthotypographie : "Les traits d'union, les capitales, tout ça ne l'a jamais intéressé, et dans ce domaine-là, le Larousse est meilleur."

Reproche que cet humble professeur ne saurait point partager, loin de là : ce mépris reyen vis-à-vis de ce genre de foutaises ne serait que preuve supplémentaire de sa qualité comme linguiste.

Donc, Alain Rey ne travaille plus pour France Inter mais nous pouvons encore jouir de sa voix et de ses remarques grâce aux bons offices de Laurent Baffie, qui nous propose le dimanche matin Coloscopie, émission que vous pouvez écouter ou podcaster sur Europe 1, radio appartenant au groupe Lagardère, tout proche des Chirac, Sarkozy et autres Balladur. Comme ce groupe sait faire du forcing pour protéger ou médiatiser les copains, on a demandé à Laurent Baffie, lorsqu'a démarré son émission, s'il craignait d'être censuré. Il y a répondu : "Je vais essayer d'être moi-même, on verra ce qui restera".

Enfin, n'oubliez pas que, parmi ses derniers livres, Alain Rey a publié L’amour du français : contre les puristes et autres censeurs de la langue (Denoël, 2007).