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mercredi 16 novembre 2016

7 clés pour affiner son regard de lecteur (1)

Ce billet est un peu particulier et je me réserve la probabilité de lui ajouter une suite.

Un cours de formation pour professeurs —portant sur la lecture et la recherche à l'ère du numérique— me contraint à publier sur mon blog 7 clés pour affiner ou aiguiser son regard de lecteur. 7 comme les 7 péchés capitaux, les 7 couleurs de l'arc-en-ciel... ou les 7 messagers qui avaient 7 fléaux, les derniers qui iraient s'abattre sur la terre, car en eux s'accompli[rait] la fureur de Dieu, selon un livre (Dévoilement de Jésus Christ, Apocalypse de Jean, 15, 1-8. Dans mon édition de Bayard, la traduction est due à Jacques Brault et Jean-Pierre Prévost).
Ou un conseil de lecture par jour de la semaine... En fait, il s'agirait de créer un guide ou manifeste destiné à aider mes élèves à mieux choisir leurs lectures. Et j'accorde très volontiers qu'il faut essayer de fortifier leur perspicacité dans la jungle du consumérisme multisupports et ultratechnicisé qui nous accable.

La consigne de la tâche comporte encore deux exigences. Premièrement, il faut poser à nos élèves des questions genre quels sont vos critères à l'heure de choisir un livre, sur quoi vous jetez les yeux ou fixez votre attention quand vous en cherchez un, pourquoi vous vous intéressez à un sujet plutôt qu'à un autre, voire en quoi la couverture ou le maquettage sont dans votre choix pour quelque chose... Deuxièmement, nous devons afficher le manifeste en question sur notre blog en ayant recours à la présentation multimédia qui nous semblerait la plus adéquate. Dommage car, aux yeux de Candide, rien n'est plus adéquat à l'heure de lire qu'un texte bien écrit et sans coquilles —de la même manière que rien ne serait plus nuisible qu'une présentation hygh tech et hyper tendance, quelle qu'elle soit ; comme si un bon texte ne pouvait pas suffire.

Comme il y a en plus une contrainte temporelle, je livre cette enquête pour ainsi dire en chantier (à suivre). J'insère d'abord (1) les 7 clés que m'ont fournies (en castillan) un groupe d'élèves de Nivel Avanzado 2 de Français. Puis (2) ma contribution. Enfin (3), des extraits de Chamfort et de Michel Rio* sur les livres qui prêtent à réflexion.


*Ronde nuit (Éd. Sabine Wespieser, octobre 2016, 120 p.) est son dernier ouvrage.
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(1) Merci beaucoup à Ángeles de la Horra, Juanma Villanueva, Christian Simón Torrico et Rubén Rubio pour leurs contributions empressées que j'insère ci-dessous dans une présentation peu chronophage [sur une plateforme anglo-saxonne débitant des bourdes genre A book really is judged by its cover, Craft a cover slide that people can't resist clicking on, Make sure your title (...) sells your content, Visual is viral, etc., et qui se croit capable de convaincre tout le monde d'être "viral" —ou d'increase sa virality— en même temps grâce à ses suggestions en la matière. Ils fabriquent fièrement un beau programme d'illettrisme : Images are processed by the brain 60,000x faster than text, and get shared more on social media, assènent-ils innocemment]. Merci aussi à ceux qui envoient encore leurs contributions : ne vous inquiétez pas, il va y avoir une suite, minimum, à ce billet



(2) L'ère Gutenberg avait ses traditions en matière livres/lecture qui sont encore là. D'autre part, depuis environ deux décennies et demie, nous vivons une véritable révolution dans le domaine technologique qui est la source de considérables mutations anthropologiques, sociales, professionnelles... : prolifération des supports de l'écrit et de ses canaux commerciaux ou altruistes, activité des auteurs, des maisons d'édition et des média, transformation des activités des amateurs, des habitudes de lecture, développement de l'autoédition...
Cette superposition diachronique dans la synchronie, si j'ose dire, et l’engouement très répandu pour les gadgets technologiques, les réseaux sociaux et les tendances à la coule, doublé de la compulsion, l’absence de répit et de substance, et la culture de l’infantilisme qui s'ensuivent de manière générale, m’incitent à lâcher ici des régurgitations de mon cru sans autre forme de procès :


Astuces préliminaires suggérées par le prof à la hâte

—Ce qui s’annonce dans les grands média, quel que soit son support, tu n’achèteras jamais

—Soumets à un contrôle particulièrement sévère tous les produits de la modernité, notamment ceux conçus en anglais. Le snobisme favorise le strabisme et la mission de la langue impériale est de s'aimer et de semer la soumission.

—Apprends/vis plusieurs langues pour décatégoriser ton esprit. Tu éviteras de surcroît les traductions, trop souvent hâtives, mal payées, voire directement des trahisons minables. Si tu achètes une traduction, rappelle-toi que toutes les éditions ne se valent pas.

—Méfie-toi des réseaux sociaux qui, comme les faits divers, font diversion (Bourdieu dixit), pompent le temps et laminent la concentration : ils sont fort difficilement compatibles avec la vraie lecture.

—Méfie-toi des présentations « innovantes et créatives » découlant des TIC comme de la peste. Sous couvert de créativité, on nous file du vide, du crétinisme et du bourrage de crâne. Le sens se passe de fioritures chronophages et de spectacles (ersatz de sens).

—De la même façon qu'il faut éviter de se gaver de malbouffe, esquive les bouquins dont les conditions de production et de distribution nuisent à la qualité et à la sécurité du ravitaillement cérébral.

—Un critère ne s'improvise pas. Il faut piocher et réfléchir sans désemparer. Le prestige n'est pas un critère -ni le prestige du prestige. Chamfort disait que les succès produisent les succès, comme l'argent produit l'argent (Ch. 450). Bonne nouvelle : les bonnes lectures appellent les bonnes lectures.


(3) Voici la transcription d'extraits de deux écrivains que j'ai beaucoup lus ; l'un, déjà cité, appartient à une époque révolue (Chamfort), l'autre aux temps actuels (Michel Rio, dont les pages ne sont surtout pas à la page). Bien que ces citations précèdent le triomphe d'Internet et des nouvelles technologies de cette ère numérique, je les trouve toujours pleines de brio.

Chamfort (1741-94) sur les livres dans Maximes et Pensées, Caractères et Anecdotes (Garnier-Flammarion, Paris, 1968)

—Ce serait une chose curieuse qu'un livre qui indiquerait toutes les idées corruptrices de l'esprit humain, de la société, de la morale, et qui se trouvent développées ou supposées dans les écrits les plus célèbres, dans les auteurs les plus consacrés ; les idées qui propagent la superstition religieuse, les mauvaises maximes politiques, le despotisme, la vanité de rang, les préjugés populaires de toute espèce. On verrait que presque tous les livres sont des corrupteurs, que les meilleurs font presque autant de mal que de bien. (Chamfort : Maximes Générales, 3)

—Veut-on avoir la preuve de la parfaite inutilité de tous livres de morale, de sermons, etc., il n'y a qu'à jeter les yeux sur le préjugé de la noblesse héréditaire. Y a-t-il un travers contre lequel les philosophes, les orateurs, les poètes, aient lancé plus de traits satyriques, qui ait plus exercé les esprits de toute espèce, qui ait fait naître plus de sarcasmes ? Cela a-t-il fait tomber les présentations, la fantasie de monter dans les carrosses ? Cela a-t-il fait supprimer la place de Chérin ? (Chamfort : Maximes Générales, 15)

—La plupart des livres d'à présent ont l'air d'avoir été faits en un jour avec des livres lus de la veille. (Chamfort : Maximes, Chapitre VII, 425)

—Ce qu'on sait le mieux, c'est : 1º ce qu'on a deviné ; 2º ce qu'on a appris par l'expérience des hommes et des choses ; 3º ce qu'on a appris, non dans les livres, mais par les livres, c'est-à-dire par les réflexions qu'ils font faire ; 4º ce qu'on a appris dans les livres ou avec des maîtres. (Chamfort : Maximes, Chapitre VII, 448)

—On a fait des livres sur les intérêts des princes ; on parle d'étudier les intérêts des princes : quelqu'un a-t-il jamais parlé d'étudier les intérêts des peuples ?  (Chamfort : Maximes, Chapitre VIII, 485)

—Il y a des gens qui mettent leurs livres dans leur bibliothèque, mais M... met sa bibliothèque dans ses livres. (Dit d'un faiseur de livres faits.)  (Chamfort : Maximes, Appendice I, 537)

 —On condamna en même temps le livre De l'esprit et le poème de La Pucelle. Ils furent tous les deux défendus en Suisse. Un magistrat de Berne, après une grande recherche de ces deux ouvrages, écrivit au Sénat : « Nous n'avons trouvé dans tout le canton ni Esprit ni Pucelle. »  (Chamfort : Maximes, Appendice I, 1158)


Michel Rio : extraits d'un entretien avec Le Monde des Livres
—(...) La fiction, et tout spécialement le roman, m’apparaît comme un lieu de liberté absolue. Le seul où rien n’oblige à opérer des segmentations disciplinaires de l’esprit, le seul où on puisse mélanger justement savoir et imaginaire, logique et irrationnel, intelligence abstraite et chair, aventures de la pensée et péripéties du corps, philosophie et «galipettes», pour reprendre le terme de la citation, et aussi individu privé et homme universel. Cela se traduit évidemment dans l’écriture par un mélange proportionnel des tons. C’est une liberté à laquelle ne peuvent prétendre ni le simple divertissement, ni l’essai scientifique, ni la littérature considérée sous le seul angle de l’art, de l’esthétique pure, précisément de cette métaphore qui réclame sottement d’exister par elle-même et pour elle-même.
» Je m’étonne qu’on profite actuellement aussi peu de cette liberté radicale. Je soupçonne que limiter une telle liberté par des pseudo lois des genres est une commodité opportune pour masquer l’indigence des auteurs ou les nécessités du commerce. En tout cas, c’est cette liberté de sens et de ton, de pensée et d’écriture, qui m’a attiré vers la fiction, tout spécialement le roman, dans la mesure où, au contraire de ce que prétend le personnage provocateur que vous citiez, elle ne m’oblige pas, précisément, à trancher entre savoir et imaginaire. Cette relation dialectique est son seul lien avec ses origines, avec «cet effroi qui l’a fait naître», lorsqu’elle s’efforçait d’expliquer le monde dans son ensemble. Brisez ce lien, et effectivement il ne reste plus que la «criarde métaphore» qui continue à fonctionner dans le vide, on ne voit pas bien dans quel but.
—Dans Rêve de logique , vous dites que la littérature «hésite entre deux cloaques, la chapelle et les variétés». Qu’entendez-vous par «chapelle»? Est-ce que c’est justement cette culture de la métaphore pour elle-même, c’est-à-dire d’une forme vide, dont vous parliez?
—À peu près. C’est ce qui est défini dès Mélancolie Nord, mon premier roman, comme «la fascination de la littérature devant son propre signifiant, l’écriture», ou ailleurs dans Rêve de logique comme «la quête forcenée de l’institution de codes». Laboratoires d’esthétique maquillés en laboratoires de la pensée, d’où sortent ces petites révolutions normatives qui plaisent tant à la critique et à l’histoire littéraires.
—Lorsque vous dites préférer l’ouvrage scientifique à la littérature de chapelle, vous choisissez votre laboratoire?

—Oui. Parce que, des deux laboratoires, seul le scientifique se préoccupe véritablement d’élucidation, ce qui est à mon avis aussi le rôle de la littérature, d’une manière subjective, mais sans limitation de son objet. Cela a été son rôle depuis le début, et ça l’est encore, malgré les dépossessions apparentes que lui ont causées les disciplines. Elle est toujours le lieu de rencontre parfait de tout ce qui constitue l’homme. L’homme concevant et l’homme imaginant, le logicien et le rêveur.
» En fait, je vais chercher le sens où il se trouve, et je le trouve davantage à l’officine qu’à la chapelle. Je disais récemment, dans une université américaine, devant un auditoire d’étudiants et de professeurs de lettres, qu’à mon sens la plus grande révolution littéraire du siècle ne se trouvait pas chez Proust, Kafka ou Joyce, ni dans le dadaïsme, le surréalisme ou le nouveau roman, mais dans la relativité d’Einstein, les relations d’incertitude de Heisenberg ou la conception de la matière comme sujet soumis à l’histoire par l’hypothèse du big-bang. Il y a eu dans la salle un certain flottement. Et cependant toute altération de la position physique de l’homme dans l’univers doit correspondre à une altération de sa position intellectuelle et affective, donc du discours littéraire qui est le calcul de toutes ces coordonnées. C’était un exemple limite, mais je le crois vrai.
—Vous avez pris là l’exemple de la physique. Un personnage d’Archipel définit «la trinité qui fonde notre vision du monde» en ajoutant à la physique la biologie et l’histoire.
—Oui, ce sont à mes yeux les trois sources principales du sens pour le logicien dans son incessante discussion avec le rêveur. (...)
—Cependant, pour en revenir à l’écriture, ou à la métaphore, ou au style, vous posez la poétique, dans Rêve de logique, comme un des trois fondements nécessaires de la littérature, avec cette vision du monde informée dont vous venez de parler, et l’action que vous appelez aussi «les tribulations du héros». Vous faites même de la poétique la seule spécialité de l’écrivain. Est-ce que cela ne tend pas à placer l’écriture au centre de l’exercice littéraire et à justifier le débat esthétique?
—Un écrivain, par opposition à un auteur, se définit surtout par une écriture identifiable, une idiosyncrasie faite de l’utilisation particulière du lexique, de la syntaxe et de la musique d’une langue naturelle. C’est évidemment la chose la plus rare, la plus difficile à acquérir. Mais bien que cette poétique personnelle soit le fondement même de la littérature, elle entre pour moi dans une hiérarchisation et doit être l’esclave du sens, une sorte d’esclave impératif ou dictatorial, mais un esclave. Ce n’est pas seulement une source de plaisir, mais aussi, sur le plan sémantique, un considérable accroissement de l’effet persuasif. Une simple phrase d’écrivain, n’importe laquelle, doit s’adresser à la fois à l’intelligence et à l’oreille interne. Disons que c’est lorsque le sens le plus dense trouve sa musicalité la plus achevée que la phrase tient debout, d’un point de vue littéraire, quel que soit le système des règles de composition choisi par l’individu. En somme, la poétique est le caractère propre de la littérature, mais pas son objet, qui est l’élucidation. (...)
—En ce qui concerne l’action, donc «les tribulations du héros» ou ses «galipettes», on a souvent dit que vous écriviez des romans d’aventures, ou que vous investissiez le genre aventureux (mer, exploration et même roman noir) pour mieux arriver à vos fins. Qu’en pensez-vous?
—À ce compte-là, on peut ranger dans le roman d’aventures une bonne part de l’œuvre de Rabelais, Don Quichotte, Candide, Jacques le Fataliste, les Travailleurs de la mer, presque tout Edgar Poe, Salammbô, Moby Dick ou l’œuvre entière de Conrad. Ce dernier a d’ailleurs déclaré à la fin de sa vie qu’il avait été mal compris : on l’avait fiché comme un écrivain de la mer et de l’aventure, de l’exotisme, alors qu’il était un écrivain de l’idéalité.
»Je récuse cette classification empirique, cette stylistique approximative. C’est un instrument illusoire, improbable, qui est trop souvent une commodité destinée à pallier la paresse ou l’ignorance, et qui catalogue un livre a priori, donne une fausse clef de lecture, ou permet tout simplement de gloser sans se donner la peine de regarder ce qui est véritablement écrit. (...)
—Puisque vous faites allusion aux médias, venons-en à votre position vis-à-vis d’eux, et plus généralement du social. Faut-il ne jamais apparaître médiatiquement, comme vous ? Votre attitude a-t-elle des limites, comme cet entretien ? Ou alors faut-il aller n’importe où ? Mais cela a aussi des limites. Y a-t-il une « gestion » possible de ses apparitions ?
—Depuis le début, j’ai une règle très simple et absolument rigide vis-à-vis de l’audiovisuel. J’exige d’être invité seul, parce que je crois à l’individualité, à la solitude de l’imaginaire au contraire du savoir, et que cette solitude me garantit une conversation, et non un spectacle où des auteurs manipulés par la machine médiatique, stimulés par la « concurrence », se livrent à une pantomime humiliante faite de minaudages et de coups d’éclat, d’échanges de gracieusetés et d’invectives, et bonimentent comme des maquignons à la foire. C’est un show, et on attend de vous que vous soyez « bon » ou encore mieux, ridicule. Ensuite, j’exige de parler du texte, à la rigueur plus généralement de littérature, et de rien d’autre. Enfin, je demande un temps de parole minimum d’une demi-heure pour être sûr qu’il s’agit bien de dire et non de paraître.
»Évidemment, ces trois conditions m’interdisent la plupart des manifestations de la radio et toutes celles de la télévision. Je n’ai pas de haine viscérale, comme on l’a parfois dit. Mais les médias ont acquis une sorte de pouvoir totalitaire, et grand-mère, Dieu la bénisse, m’a enfoncé dans le crâne lorsque j’étais enfant ce principe assez breton : «Ne courbe la tête devant aucun pouvoir, surtout si c’est ton intérêt.»
»J’ai une règle garantissant à peu près le sens et la dignité. Je n’ai jamais cédé et je ne céderai jamais. Je n’ai pas de réserve vis-à-vis des entretiens de la presse écrite, si je ne suis pas allergique à son idéologie, ni vis-à-vis des invitations par les organismes d’enseignement. Simplement j’espace mes interventions parce que j’ai horreur de me répéter, et il me faut le temps soit de trouver un nouveau développement, soit d’oublier ce que j’ai déjà dit. Dans le même ordre d’idées, je ne fais jamais de service de presse ni de séance de signatures, parce que je trouve cela dénué de sens.
»Quant à aller n’importe où, je ne peux même pas imaginer ce que ça représente, même si j’ai une vague idée de ce que ça signifie. À mes yeux, la défense tous azimuts de la littérature n’est qu’une hypocrisie jésuitique. C’est une confusion commode entre l’art et le moi. Le fait est qu’on va se vendre, ou essayer, à tout prix. Je n’ai rien contre la prostitution franche et joyeuse, mais elle me répugne un peu lorsqu’elle se pare d’une vertu militante. En tout cas, je n’ai pas la vocation. (...)

[Il y a] une guerre mondiale entre la littérature et le livre, j’entends par «livre» la variété massive imprimée s’inspirant du divertissement universel de l’image. En somme, une guerre entre le sens et l’argent, le succès. Le second attire évidemment de plus en plus d’auteurs, le premier de moins en moins d’écrivains. Ce qui est pénible, c’est l’amalgame. Le livre devient l’étouffoir de la littérature. C’est d’une drôlerie sinistre. Il faudrait faire un peu de ménage, et appeler un chat un chat.

(Michel Rio, Le Monde des Livres, 1993, propos recueillis par Josyane Savigneau)
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Suite : Clés pour affiner son regard de lecteur/lectrice (2)

mercredi 3 décembre 2014

La Loi Bâillon et la mauvaise Réputation

La délégation du gouvernement espagnol en Estrémadure a imposé une amende de 331€ à un retraité pour chanter "La mauvaise réputation" de Georges Brassens (1921-81) —lors d'une manifestation pour le revenu de base à Merida, chef-lieu de la région. Chantait-il si affreusement ? Était-il un émule d'Assurancetourix ?

Les libéraux —aussi bien dans les monarchies que dans les républiques— ne se contentent pas de piller le trésor public, spolier la classe ouvrière, saccager et polluer la nature, réchauffer la planète ou détruire la biodiversité. Ils savent que pour y parvenir, il est essentiel de contrôler les esprits, d'humilier les insoumis et de semer la trouille —car une population qui subit leurs sévices risque de vouloir en découdre.

Candide a déjà cité sur ce blog le dominicain Henri-Dominique Lacordaire (1802-61) :

« Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit », 52e Conférence de Notre-Dame, 1848.

Voilà pourquoi nos libéraux préfèrent déréglementer en amont et décréter en aval, déréguler dans le domaine économique (tout en renflouant à nos dépens les grands spéculateurs financiers) et légiférer sans complexes en matière de « sécurité citoyenne ». Autrement dit, ils ont une volonté de répression et d'intimidation envers les contestataires et autres récalcitrants qui ne va pas fléchir facilement, si bien que Manolo Pineda, notre cher retraité estrémègne, n'est pas le seul Espagnol à en bénéficier. Nous y avons tous droit, mieux vaut ne pas se leurrer là-dessus :



Oui, cette loi libérale espagnole a été unanimement baptisée "Loi Bâillon". Nous l'avons lu, par ci...  
« Alors que l’Espagne vit une crise humanitaire sans précédent, le mouvement social subit une répression constante d’un régime qui a peur du changement et protège ses intérêts.  »
...par là... ou encore par là...
« (...) le Conseil [de l'Europe] critique l’usage disproportionné de la force policière contre des manifestations anti-austérité qui se sont déroulées en Espagne.  »
Dans son Discours sur la liberté de la presse, prononcé à la Société des Amis de la Constitution, le 11 mai 1791, Maximilien Robespierre argumentait néanmoins ce qui suit :
« Si ceux qui font les lois ou ceux qui les appliquent (...) ne sont que des hommes, s'il est absurde que la raison d'un homme soit, pour ainsi dire, souveraine de la raison de tous les autres hommes, toute loi pénale contre la manifestation des opinions n'est qu'une absurdité.  »
Et il ajoutait un peu plus loin :
« Qui ne voit combien le combat est inégal entre un citoyen faible, isolé, et un adversaire armé des ressources immenses que donne un grand crédit et une grande autorité? Qui voudra déplaire aux hommes puissants, pour servir le peuple, s'il faut qu'au sacrifice des avantages que présente leur faveur, et au danger de leurs persécutions secrètes, se joigne encore le malheur presque inévitable d'une condamnation ruineuse et humiliante ?  »
Candide soutient Manolo Pineda, lui et sa liberté d'expression. On veut l'intimider et ruiner sa réputation. À cet égard-ci, il est bien probable qu'il s'en fiche, vu qu'il comprend la chanson qu'il prend plaisir à chanter. Et puis, après ses 43 ans de travail... je me souviens d'une anecdote racontée par Chamfort, la numéro 908 de mon édition :
« On appela à la cour le célèbre Levret, pour accoucher la feue dauphine. M. le Dauphin lui dit : "Vous êtes bien content, M. Levret, d'accoucher Madame la Dauphine ? cela va vous faire de la réputation. — Si ma réputation n'était pas faite, dit tranquillement l'accoucheur, je ne serais pas ici.  »
Quant aux censeurs de Manolo Pineda et à leur valetaille zélée, rappelons la chanson aux 331€ à leur souvenir car, comme on pouvait s'en douter, dans cet hymne apatride à la mauvaise réputation, tout est bon, comme dans le cochon :




NOTE du 1er juillet 2015 (à lire en castillan) :

Los siete derechos fundamentales que limita la 'Ley Mordaza', par Raquel Pérez Ejerique, eldiario.es.


vendredi 28 mars 2014

Le 27 Mars 2014 à Madrid et en Espagne

If you were offered a healthy scholarship that still
left you with five figures worth of debt at graduation
along with slim prospects of getting a job capable of
paying off the loan anytime soon, would you take it?
Mike Maddock, 13.12.2013, Forbes.


C'était entre 13h30 et 14h00. Il y en a qui disent que les jours de destruction sont jours de révolte. Une colonne d'étudiants manifestait en plein centre madrilène contre les coupes budgétaires, la hausse des frais d'inscription universitaires, la réduction des bourses d'études et la loi organique dite sur l'amélioration de la qualité de l'éducation, où ils en voyaient des Wert et des pas mûres, d'après les slogans qu'ils scandaient. "Franco ha mWERTo", rappelaient-ils. Ils dénonçaient aussi la lettre et l'esprit autoritaires et antipopulaires des récentes modifications pénales légiférées par le Parti dit Populaire. Ils prônaient le laïcisme face à un enseignement largement influencé, voire contrôlé, par l'idéologie et le clergé catholiques —il est pertinent de rappeler que le pouvoir de la calotte en Espagne est toujours ahurissant ; l'État continue d'organiser, par exemple, des funérailles catholiques en hommage des victimes du 11M 2004 !!! Et la hiérarchie ecclésiastique, qui ne voit midi qu'à sa porte, en profite politiquement et joue les tartuffes —ou plutôt, dans leur cas, les vierges effarouchées— vis-à-vis des victimes ("¿Cómo nos hemos comportado con ellos en éstos durísimos años?" eut le toupet de se demander le cardinal Rouco Varela, le patron de la COPE, dans son homélie, toujours sermon).
La colonne descendait lentement Carretas, emplissait une bonne partie de la place Jacinto Benavente ainsi qu'environ 400-500 mètres de la rue Atocha. J'y pris quelques photos :









Derrière la manifestation, à pied et motorisés, avançaient des robocops brandissant des armes qui ne plaisantaient pas. Et je songeais au Chamfort qui écrivait : "La plupart des institutions sociales paraissent avoir pour objet de maintenir l'homme dans une médiocrité d'idées et de sentiments qui le rendent plus propre à gouverner ou à être gouverné." Et de manière musclée, lorsque l'homme et la femme ne se laissent pas faire.
Les étudiants et les ouvriers évoqués sur la pancarte vallecana de la dernière photo souffrent d'une violence permanente dans l'heureuse ploutocratie globale. Prenons les étudiants, dont il est question ici. Les alarmes à leur égard se multiplient :
Selon The Guardian (24/10/2011), asphyxiés par la hausse des frais de scolarité, 10 % des "bacheliers" britanniques renonçaient à aller à l'université. D'autres envisageaient de plus en plus sérieusement de partir. Trois mois et demi plus tard, en 2012, les étudiants canadiens commencèrent à exprimer leur rage à ce sujet.
Comme curiosité, le Journal de Montréal informait le 31 mai 2013 que l’université de Cooper Union, située dans le quartier East Village à New York, gratuite depuis 110 ans, projetait d'introduire des frais de scolarité d'environ... 20 000 $ à partir de 2014.
En décembre 2013, nous avons appris -grâce à France Info- que la hausse des frais d'inscription dans les universités étasuniennes était de 550% entre 1985 et 2012. Selon Pierre Lagayette, auteur d'Aujourd'hui les Etats-Unis (Scérén-CNDP, 198 p., 17,90 €), « envoyer un enfant dans un établissement public représente 28 % du revenu familial moyen, mais pour un établissement privé la proportion grimpe à 76 % ».
Cette marchandisation de l'étude constitue un moyen détourné de reproduction de classe, une sélection par l'argent, d'après François Cocq et Francis Daspe, secrétaire national à l'éducation du Parti de Gauche et secrétaire général de l'Agaureps-Prométhée respectivement. Une façon loréaliste de faire passer les intérêts des entreprises et de la finance avant ceux des humains, dirait certainement Bernard Gensane (cf. son article L’Éducation nationale et L’Oréal, relayé initialement par bellaciao.org le 4 juin 2010).

Les retombées économiques du système universitaire libéral ne s'arrêtent pas là : Rachel Wenstone, la vice-présidente de la National Union Students, affirma dans le Guardian du 21 mars : « Obliger les étudiants à s'endetter pour financer les universités est une expérience qui a bel et bien échoué. Nous avons besoin d'un nouvel accord pour financer les études de la prochaine génération. ». Cet article commençait par une lourde constatation :
The proportion of graduates failing to pay back student loans is increasing at such a rate that the Treasury is approaching the point at which it will get zero financial reward from the government's policy of tripling tuition fees to £9,000 a year.
Autrement dit, la proportion de diplômés en défaut de remboursement des prêts étudiants est en augmentation à un rythme tel que le Trésor se rapproche du point où il obtiendra zéro récompense financière de la politique de tripler les frais de scolarité à 9.000 £ par an du gouvernement.
De nouvelles prévisions officielles suggéreraient que les prêts en pure perte auraient déjà atteint 45% des 10 milliards de livres empruntés par les étudiants chaque année.

En matière de dette étudiante, Christopher Newfield (Professeur à l’université de Californie de Santa Barbara) nous avait déjà prévenus en septembre 2012 dans les pages du Monde diplomatique (La dette étudiante, une bombe à retardement) :
DANS l’interminable feuilleton de la crise du capitalisme américain, la dette étudiante succédera-t-elle aux subprime ? Estimée à plus de 1 000 milliards de dollars, elle a doublé au cours des douze dernières années, au point de dépasser désormais le volume des achats par carte de crédit. En 2008, les créances moyennes des nouveaux diplômés s’élevaient à 23 200 dollars — à peine moins s’il sortait d’une université publique (20 200 dollars). Dans un contexte économique difficile, marqué par un taux de chômage élevé, un nombre croissant d’entre eux se trouvent dans l’incapacité de rembourser leurs prêts. Le taux de défaut de paiement des étudiants — qui ne peuvent pas recourir à une procédure de faillite individuelle — est passé de 5 à 10 % entre 2008 et 2011.
N'hésitez pas à lire attentivement cet article dans son intégralité. Les avertissements de Maurizio Lazzarato et Tim Mak au sujet des emprunts universitaires et leurs conséquences ne sont pas non plus à négliger.
Quant à Mike Maddock, qui tient blog sur le site de Forbes.com, il affirmait à son tour, dans son entretien avec France Info cité plus haut, qu'entre 2007 et 2012, la dette des étudiants étasuniens était passée de 548 milliards à 966 milliards de dollars, ce qui représente une dette moyenne de 21.402 dollars (16.300 €) par personne :
"Si bien que les familles y regardent à deux fois et que le modèle vacille. D'autant que l'Etat fédéral investit peu : sa contribution aux universités a baissé de 30% depuis 1980 et s'élève aujourd'hui à 20 milliards de dollars annuels, soit 14 milliards d'euros. A titre de comparaison, le budget du ministère français de l'enseignement supérieur et de la recherche est de 26 milliards."
[Note du 25 juin 2015 : Dans un article publié en ligne par la BBC le 3 juin, nous apprenons que la dette étudiante totale aux États-Unis a déjà atteint 1.300 milliards de dollars... the total student debt in the US has reached $1.3 trillion (£850 billion). L'info est signée par Franz Strasser qui nous rappelle : "While the cost of college education in the US has reached record highs, Germany has abandoned tuition fees altogether for German and international students alike. An increasing number of Americans are taking advantage and saving tens of thousands of dollars to get their degrees." C'est-à-dire, "Alors que le coût de l'enseignement universitaire aux États-Unis a atteint des niveaux records, l'Allemagne a abandonné les frais de scolarité aussi bien pour les étudiants allemands que pour les internationaux. Un nombre croissant d'Étasuniens en profitent et économisent des dizaines de milliers de dollars pour obtenir leurs diplômes". Les droits de scolarité ont flambé aux États-Unis en accord avec les dogmes libéraux : "In the 2014-2015 academic year, private US universities charged students on average more than $31,000 for tuition and fees, with many schools charging well over $50,000. According to the Chronicle of Higher Education, Sarah Lawrence University is most expensive at $65,480. Public universities demanded in-state residents to pay more than $9,000 and out-of-state students paid almost $23,000, according to College Board."]

Isabelle Rey-Lefebvre écrit ces jours-ci sur son blog :
Les alertes se multiplient sur la mauvaise affaire qu’aurait faite le gouvernement britannique en triplant les droits d’inscription dans les universités anglaises. Depuis septembre 2012, les 124 universités sont autorisées à augmenter ces frais et les deux tiers d’entre elles, notamment les plus prestigieuses, les ont d’emblée fixés au plafond autorisé, soit 9 000 livres (environ 10 700 euros) par an, contre 3000 auparavant.
Le gouvernement a, dans le même temps, réduit de 40 % ses subventions à ces établissements et promis aux étudiants des prêts à taux avantageux, d’une durée maximale de trente ans, garantis par l’Etat. Le dispositif prévoit que les emprunteurs, une fois diplômés et lancés dans la vie active, ne remboursent rien tant qu’ils ne gagnent pas plus de 21 000 livres par an ; au-delà, les mensualités ne doivent pas dépasser 9 % de leurs revenus, mais s’ils viennent à gagner plus de 41 000 livres par an, le taux d’intérêt appliqué est alors celui de l’inflation, majoré de 3 points.
Au rythme d’une dizaine de milliards de livres prêtés chaque année, la dette globale des étudiants s’élevait, en 2013, à 46 milliards de livres et 3 millions d’étudiants honoraient leurs remboursements. La pratique des crédits aux étudiants date de 1998. Selon le rapport du Comité des comptes publics (équivalent de la commission des finances au parlement anglais)  publié le 14 février, la dette atteindra, à ce rythme, 200 milliards de livres d’ici 2042, pour 6,5 millions d’emprunteurs.
Mais le taux d’impayés est récemment grimpé à 45 % au lieu des 28% à 30% prévus lorsque la réforme a été adoptée, en 2010, comme l'a annoncé le 21 mars le quotidien The Guardian. Cela dépasse les prévisions les plus pessimistes et frôle le taux fatidique de 48,6 % au-delà duquel l’Etat perdra plus d’argent qu'avec l’ancien système.
Bien entendu, comme contrepartie sociale nécessaire, les « university bosses are lining their pockets like never before » (les patrons d'université se remplissent les poches comme jamais auparavant), évalue . Die Macht a toujours eu besoin de fidéliser ses kapos (esse cum imperio... et cum pecunia) et de diviser (divide e impera), et rien ne permet mieux de diviser que la construction d'une hiérarchie ; hier et aujourd'hui, c'est archiconnu. Et puis, Chakrabortty a raison : vous pouvez imaginer un seul de ces adolescents contraints de galérer pour pouvoir s'inscrire hésitant à choisir entre telle ou telle université en fonction de son président ?

Vu que toute cause entraîne des effets, l'enquête de l'OVE (Observatoire de la Vie étudiante) Comment vivent les étudiants en France (2013) ? conclut que 54% des étudiants ont une activité rémunérée pendant l'année universitaire —pas pendant leurs vacances, ce qui comporte des limitations évidentes à leur rendement, à leur vie, à leurs possibilités de bonheur... Mais côté chiffres, nous avons lu ailleurs :
Alors qu'ils ne sont pas encore sur le marché du travail, 73 % des étudiants sont obligés d'être salariés pour faire face aux frais d'une année universitaire, indique une étude du syndicat étudiant UNEF.
En 2006, ils étaient 48%, c'est-à-dire, 50% d'augmentation en 7 ans. Au demeurant, en ce qui concerne seulement l'aspect de la réussite universitaire, le salariat étudiant multiplie par deux les risques d’échec, selon l’INSEE. Alors, la spirale se déchaîne : on redouble plus facilement, il faut repayer l'année de scolarité en question, on perd sa bourse, éventuellement on se surendette... Même les "business schools" (la coqueluche du système —les écoles de commerce et autres HEC de jadis—, les grands centres de formation des futurs bourreaux du travail, au double sens) s'affolent devant les angoisses financières de beaucoup de leurs élèves et ont commencé à aménager leurs horaires pour faciliter la conciliation études / emploi et "éviter des drames" ! Paradoxes de la doxa...

Eh ben, revenons à nos moutons : si vous le souhaitez, vous pouvez accéder à d'autres informations sur cette journée de manifestations étudiantes en Espagne diffusées par l'AFP ou eldiario.es en cliquant sur les liens ci-contre : manifestations en Espagne pendant la deuxième journée de grève des étudiants et que voit-on sur cette vidéo ?




Quant aux marches de la Dignité du 22 mars, lisez ici un compte rendu publié sur le site du CADTM (Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde) ; et visionnez ici et là deux vidéos illustratives.

mercredi 15 juin 2011

Orthographe et Orthogaffes


Orthogaffe.com vous propose une approche cocasse du français et ses accrocs qui entraînent tant de gaffes... La photo-vignette ci-dessus est la déclaration de principes du site.
Vous y trouverez une page de citations au sujet des complexités de l'orthographe française qui se termine par une anecdote humoristique transmise par Chamfort :
Madame Beauzée, épouse d'un Académicien, avait un amant.  Un jour son époux les surprit. Son amant dit : "quand je vous disais qu'il était temps que je m'en aille". Monsieur Beauzée, toujours puriste, lui dit : "... que je m'en allasse, Monsieur".
L'équipe artistique d'Orthogaffe.com a recours à des sketchs vidéo rigolos pour illustrer ses astuces vis-à-vis de ces subtilités du français qui vous enquiquinent ; en voici un exemple :
Orthogaffe.com Épisode 24. Subjonctif ou indicatif après "après que" ?


Pour mieux vous repérer dans ce site, profitez de leur index pédagogique.
Enfin, ils annoncent la sortie d'Orthogaffe.com en bande dessinée pour janvier 2012.

Quant au sujet et si on simplifiait l'orthographe, j'espère vous concocter ici un article là-dessus un de ces jours. Entretemps, voici encore une vidéo...


...et deux cas de figure de propositions en marche ; il s'agit de deux mouvements différents qui vous inciteront certainement à réfléchir à l'égard d'une possible réforme de l'orthographe française : le site du très polémique ortograf.net (d'emblée, vous aurez l'occasion de vérifier, par exemple, à quel point la langue -dès lors qu'elle est écrite- devient image, et image fortement accrochée aux parois de notre cerveau...) et le site ALFOGRAF, celui du mouvement Ortograf.

samedi 21 mai 2011

InSOLation

Il y a une sorte de plaisir attaché au courage qui se met au-dessus de la fortune [économique]. Mépriser l'argent, c'est détrôner un roi. Il y a du ragoût.
Chamfort : Maximes et Pensées, nº 142.

InSOLation, inSOLaction : action d'exposer à la chaleur et à la lumière solaire ou à une source lumineuse [à une longue réflexion]; son résultat [autogéré sur la Puerta del Sol].
Que rayonnement s'ensuive !

dimanche 30 janvier 2011

Charlatans et menteurs

Ces jours-ci, nous assistons à quelques exemples nord-africains qui prouvent que les charlatans, les voyants et les strausskahns ne l'emportent pas toujours forcément. Parfois on se demande pourquoi les choses ne pourraient pas se passer comme dans la vidéo qui suit :


Notre cher Chamfort (1741-1794) écrivit quelques maximes et anecdotes inspirées par charlatans et menteurs. En voici un exemple :
M. de..., menteur connu, venait de raconter je ne sais quel fait peu croyable. « Monsieur, lui dit quelqu'un, je vous crois ; mais convenez que la Vérité a bien tort de ne pas daigner se rendre plus vraisemblable. »
Chamfort : Maximes, pensées, caractères et anecdotes ; Garnier-Flammarion, Paris 1968 (Appendice II, nº 1305)
Ce qui impressionne, c'est que, malgré son piteux état, la Vérité des menteurs est toujours servie avec dévouement par une énormité invraisemblable de fidèles.

jeudi 5 novembre 2009

Le Café

Suite à notre projet d'excursion à Alcalá, afin d'y voir les courts métrages francophones —tous d'animation— du festival ALCINE, un certain nombre d'élèves ont commencé à fouiller dans le Net en vue de repérer des vidéos d'animation en français. Jorge, un élève de NB 1, en a déniché une de remarquable et me suggère de l'insérer dans le blog du prof, ce à quoi j'obtempère avec plaisir et sans tarder...
 
 
... d'autant plus qu'il s'agit d'un film de fin d'études : Le Café * est une production de l'École des Métiers du Cinéma d'Animation (l'EMCA, née à Angoulême en 1999), réalisée en 2007 par Stéphanie Marguerite ; Émilie Tarascou. Oldelaf ; Mr D signent la musique.

Angoisse, fatigue, franc épuisement, stress poussent pas mal de travailleurs au café. Et au pousse-café et autres marcs pas de café. Et —ce qui pis est— en vitesse et sans liesse. Et puis, en France, arrivés au moment de boire la tasse, on a droit trop souvent à des "cafés fétides et pleins de bulles comme une eau de lessive", pour utiliser l'expression d'Olivier Rolin dans son roman Tigre en papier. Encore heureux qu'il y a le calva !

Il ne faut pas se souvenir de la terrible série de suicides chez France Télécom pour voir autour de nous ce qui se passe et qui est, en effet, fort de café : production bête, aveugle et souvent contre-productive, et consommation encore plus bête remplacent la vraie vie. Nous apprenons ces jours-ci que, dans le but de prouver à la société française la volonté gouvernementale de juguler les suicides des employés de F. T., Xavier Darcos, le ministre concerné, vient d'annoncer un plan d'urgence pour la prévention du stress au travail. "En parallèle", lis-je dans Le Monde,

"l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (Anact) a lancé une campagne pour prévenir le stress des salariés. Articulée autour d'un site, mieuxvivreautravail.anact.fr, cette campagne a pour objectif, selon Jean-Baptiste Obéniche, directeur général de l'Anact, de "donner aux acteurs de l'entreprise - syndicats, managers, médecins du travail, CHSCT, etc. - les outils concrets pour agir contre le stress au travail". Sur cette déclinaison française d'une campagne européenne, un questionnaire permet d'évaluer son niveau de stress, et le cas échéant, donne des conseils sommaires pour s'en défaire : identifier les tensions, en discuter entre salariés et employeurs... En Europe, plus d'un travailleur sur quatre souffre du stress. Ce mal serait la raison de plus de 50 % de l'absentéisme dans les entreprises."
Pour l'instant, je vous fais grâce des suggestions qu'éveillent en moi les solutions Darcos, les discussions salariés / employeurs ou l'expression "mieux vivre au travail" (un pur régal). Je souris rien qu'à l'idée d'une glose de Rafael Sánchez Ferlosio à ce propos et vous laisse une pensée de notre cher Chamfort facilement extrapolable à d'autres temps et d'autres latitudes :
Paris, ville d'amusements, de plaisirs, etc., où les quatre cinquièmes des habitants meurent de chagrin.
(Chamfort, Maximes et Pensées, 495)


* PAROLES de la chanson :

Pour bien commencer
Ma petite journée
Et me réveiller
Moi, j'ai pris un café
Un arabica
Noir et bien corsé
J'enfile ma parka
Ça y est je peux y aller

« Où est-ce que tu vas ? »
Me crie mon aimée
« Prenons un kawa
Je viens de me lever »
Étant en avance
Et un peu forcé
Je change de sens
Et reprends un café

A huit heures moins l'quart
Faut bien avouer
Les bureaux sont vides
On pourrait s'ennuyer
Mais je reste calme
Je sais m'adapter
Le temps qu'ils arrivent
J'ai l'temps pour un café

La journée s'emballe
Tout le monde peut bosser
Au moins jusqu'à l'heure
De la pause-café
Ma secrétaire entre :
« Fort comme vous l'aimez »
Ah mince, je viens d'en prendre
Mais maintenant qu'il est fait…

Un repas d'affaire
Tout près du Sentier
Il fait un temps super
Mais je me sens stressé
Mes collègues se marrent :
« Détends-toi, René
Prends un bon cigare
Et un petit café… »

Une fois fini
Mes collègues crevés
Appellent un taxi
Mais moi j'ai envie d'sauter
Je fais tout Paris
Puis je vois un troquet
J'commande un déca
Mais recaféiné

Solo

J'arrive au bureau
Ma secrétaire me fait :
« Vous êtes un peu en retard
Je me suis inquiétée »
J'la jette par la f'nêtre
Elle l'avait bien cherché
T'façons faut qu'je rentre
Mais avant un café

Attendant l'métro
Je me fais agresser
Une petite vieille me dit :
« Vous avez l'heure s'vous plaît ? »
Je lui casse la tête
Je la pousse sur le quai
Je file à la maison
Et j'me sers… devinez…

« Papa, mon Papa,
En classe je suis premier »
Putain mais quoi ?
Tu vas arrêter de m'faire chier ?
Qu'il est con ce gosse !
En plus il s'met à chialer !
J'm'enferme dans la cuisine
Il reste un peu de café

Ça fait quatorze jours
Que je suis enfermé
J'suis seul dans ma cuisine
Et je bois du café
Il faudrait bien qu'je dorme
Mais les flics vont m'choper
Alors je cloue les portes
Et j'reprends du café

lundi 16 mars 2009

Les conquérants

De Perret à La Fontaine, de La Fontaine à Ésope, de tous à Yoni Goodman,... tout invite à se rappeler la malheureuse pertinence intemporelle de la fable du Loup et de l'Agneau. Et de fil en aiguille, il m'est venu à l'esprit une autre maxime de Chamfort :
Les conquérants passeront toujours pour les premiers des hommes, comme on dira toujours que le lion est le roi des animaux.

Chamfort, Maximes et Pensées, 592.

mardi 17 février 2009

L'art de bien mourir - Hommage au docteur Montes

Les rois et les prêtres, en proscrivant la doctrine du suicide, ont voulu assurer la durée de notre esclavage. Ils veulent nous tenir enfermés dans un cachot sans issue; semblables à ce scélérat, dans le Dante, qui fait murer la porte de la prison où était enfermé le malheureux Ugolin.

Chamfort, Maximes et Pensées, 484.

Un malade qui ne voulait pas recevoir les sacrements, disait à son ami : « Je vais faire semblant de ne pas mourir. »

Chamfort, Caractères et Anecdotes, 1259.

jeudi 12 février 2009

L'éducation, selon Chamfort

« On ne cesse d'écrire sur l'éducation, et les ouvrages écrits sur cette matière ont produit quelques idées heureuses, quelques méthodes utiles, ont fait, en un mot, quelque bien partiel. Mais quelle peut être, en grand, l'utilité de ces écrits, tant qu'on ne fera pas marcher de front les réformes relatives à la législation, à la religion, à l'opinion publique ? L'éducation n'ayant d'autre objet que de conformer la raison de l'enfance à la raison publique relativement à ces trois objets, quelle instruction donner tant que ces trois objets se combattent ? En formant la raison de l'enfance, que faites-vous que de la préparer à voir plutôt l'absurdité des opinions et des mœurs consacrées par le sceau de l'autorité sacrée, publique, ou législative, par conséquent, à lui en inspirer le mépris ? »

Chamfort : Maximes et Pensées, nº4.