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vendredi 21 août 2020

Bernard Stiegler nous rappelle toujours qu'on est (tr)oppressés

Il y a 5 jours, j'ai appris que le philosophe français Bernard Stiegler, né le 1er avril 1952 à Villebon-sur-Yvette (Essonne), venait de mourir à l'âge de 68 ans à Épineuil-le-Fleuriel, le jeudi 6 août 2020. Il est l'auteur d'États de choc : bêtise et savoir au XXIe siècle  (Mille et une nuits, 2012) et coauteur, avec Denis Kambouchner et Philippe Meirieu, de L'école, le numérique et la société qui vient (Mille et une nuits, 2012).

Je vois maintenant que —pendant que j'étais éloigné de la civilisation connectée et branchée— certains média ont rapporté son décès subit et ont glosé sa vie et sa pensée non conventionnelles, dont le quotidien suisse Le Temps, édité à Lausanne :

La mort, le jeudi 6 août, à l’âge de 68 ans, du philosophe français Bernard Stiegler a quelque chose de stupéfiant. C’est une mort que rien ne laissait présager aussi subite, tant il avait l’esprit jeune, avide de modernité, ivre de ses enthousiasmes. Atteint d’un mal qui l’avait beaucoup fait souffrir il y a quelques mois et dont il pressentait un retour inéluctable, il s’est donné la mort, non en dépressif, mais en philosophe, dit son ami Paul Jorion.

Personnage volubile, attentif, amical et irascible, il s’était ces vingt dernières années consacré à la réflexion sur l’emprise des technologies numériques sur nos vies et la société, après s’être imposé sur la scène intellectuelle française, dès le milieu des années 1980, puis avec sa thèse avec Jacques Derrida en 1993, comme un penseur majeur de la technique.

La mort a figé sa vie en roman. Sans bac, tenancier d’un bar à jazz à Toulouse, il a les finances difficiles. Qu’à cela ne tienne, il va régler cela lui-même en décidant d’aller braquer une banque. Ça marche, et il y prend goût. C’est le quatrième braquage à main armée qui lui sera fatal, et lui vaudra 5 ans de prison. C’est là que, grâce à un professeur de philosophie (Gérard Granel) qui l’avait pris en amitié dans son bar, il découvre les grands auteurs, qu’il dévore avec passion.

Dès sa sortie de prison, il ira à la rencontre de Jacques Derrida; il se fait remarquer, et sa carrière s’enclenche alors, insolite, hétérodoxe, multiforme mais pas incohérente: professeur de technologie à Compiègne, directeur adjoint de l’INA (Institut national de l’audiovisuel) de 1996 à 1999, fondateur de l’association Ars Industrialis depuis 2005, professeur en Chine, directeur d’un centre de recherche au Centre Pompidou depuis 2006, il voulait dans tous ces domaines combattre la bêtise culturelle que le marché imposait à tous.

(...)

France Culture revient sur son appel à s'approprier la technologie afin de pouvoir la transformer et nous propose la réécoute de cet entretien des Chemins de la philosophie, émission d'Adèle Van Reeth, diffusé le 11 juin 2020, où il questionne les enjeux des mutations de nos sociétés engendrées par le numérique. À propos du silence, Stiegler y expliquait :

Pendant des années, en prison, j’étais enfermé avec moi-même, je ne pratiquais que l’écriture. Un des aspects très importants pour moi de l’expérience carcérale c’est l’expérience du silence absolu. Ça m’est arrivé de rester silencieux pendant des mois, sans dire un mot. J’y ai découvert un phénomène qui, je crois, a peu été étudié par les philosophes, davantage par les religieux, et parfois par des philosophe religieux comme saint Augustin : l'expérience du silence dans lequel tout à coup, ça se met à parler.  

Le Monde le présentait ainsi dans un article du 7 août :

Condamné en 1978 pour plusieurs braquages de banques, il avait étudié la philosophie en prison. Penseur engagé à gauche, il prenait position contre les dérives libérales de la société.

Le quotidien parisien y évoquait :

De 1996 à 1999, il devient directeur général adjoint de l’Institut national de l’audiovisuel (INA), avant de prendre la direction de l’Institut de recherche et de coordination acoustique/musique (Ircam) en 2002. Il y reste jusqu’en 2006, quand il est nommé directeur du Développement culturel du Centre Pompidou. C’est au sein de cette institution qu’il fonde la même année l’Institut de recherche et d’innovation (IRI), chargé d’« anticiper, accompagner, et analyser les mutations des activités culturelles, scientifiques et économiques induites par les technologies numériques, et [de] développer de nouveaux dispositifs critiques contributifs ».

(...)

Dans un texte publié en avril dans Le Monde sur son expérience du confinement (en prison et durant la crise du Covid-19), Bernard Stiegler écrivait :

« Le confinement en cours devrait être l’occasion d’une réflexion de très grande ampleur sur la possibilité et la nécessité de changer nos vies. Cela devrait passer par ce que j’avais appelé, dans Mécréance et discrédit (Galilée, 2004), un otium du peuple. Ce devrait être l’occasion d’une revalorisation du silence, des rythmes que l’on se donne, plutôt qu’on ne s’y plie, d’une pratique très parcimonieuse et raisonnée des médias et de tout ce qui, survenant du dehors, distrait l’homme d’être un homme. »

Donc, il fut directeur général adjoint de l'INA et justement, le site de l'INA rend aussi son hommage à Bernard Stiegler et nous rappelle la diffusion en 2017-2018 d'une série pour le Web intitulée (Tr)oppressé, une initiative intéressante qui produisit 10 épisodes de 5-7 minutes environ :

01 – SOUS HAUTE TENSION
02 – CONSO, BOULOT, DODO
03 – TEMPS DE CERVEAU DISPONIBLE
04 – MOBILISATION GÉNÉRALE
05 – EN DIRECT, UNE RÉACTION ?
06 – ALGORITHMES ENDIABLÉS
07 – CERVEAU EN MODE AVION
08 – L’AMOUR EST DANS LE SWIPE
09 – TOUT POUR ÊTRE HEUREUX
10 – BASIQUE INSTINCT (C’EST L’INTUITION QUI COMPTE)

C'était une production signée en 2017 par Les Bons Clients pour ARTE et l'INA, réalisée par Adrien Pavillard et écrite en collaboration avec Emmanuelle Julien et Meriem Lay. Elle fut accessible sur Arte Créative à partir du 11 décembre 2017 et est toujours visionnable sur le site d'ARTE jusqu'au 30 novembre 2020. L'idée de (Tr)oppressé partait de la constatation et les questions suivantes :

« Et si désormais, être débordé, agité, speedé, overbooké, c’était ringard ? Sous pression en permanence, nous manquons tous de temps, nous courons partout avec le sentiment que nos vies nous échappent. La faute à qui ? En partie aux nouvelles technologies. N’avons-nous pas développé une addiction aux ordinateurs, smartphones, réseaux sociaux, applications et sites de rencontres ? Nos désirs sont brouillés par l’avalanche de sms, mails, notifications, informations et sollicitations publicitaires. Couplés aux objectifs de rentabilité, les algorithmes nous auraient transformés en machines à produire et à consommer. Mais au final, est-ce que tout ça nous rend plus heureux ? À vouloir être partout, tout faire, est ce que nous n’oublions pas l’essentiel ? Et le plaisir de vivre ? ».

Dans le chapitre nº 6 de cette websérie, consacré aux Algorithmes endiablés, Bernard Stiegler nous livrait ses pensées là-dessus. L'épisode était introduit ainsi :

C’est le chaos ! L’époque nous rend dingos ! Nous voilà pilotés par des algorithmes qui vont 4 millions de fois plus vite que nous. Plus personne ne les contrôle. Or, c’est sur eux que reposent la finance mondiale et son système spéculatif. Conséquence : de cadre à l’ouvrier, le savoir perd sa valeur et son sens. 

Et si nous remettions les algorithmes à notre service ? Leur objectif serait alors de nous apporter plus de bonheur. N’était-ce pas au fond l’utopie première de la modernité ?

 Le site de l'INA montre le volet et le résume (j'y mets du rouge) :

(...) Bernard Stiegler analysait la complexité technologique sans cesse grandissante ayant pour conséquence la prolétarisation de tous les métiers.

Prenant pour exemple la crise des subprimes de 2008 et la déclaration du président de la Réserve fédérale de l'époque, Alan Greenspan, de ne « pas tout comprendre » au mécanisme ayant amené l'effondrement de l'économie internationale, Bernard Stiegler démontre la « prolétarisation » de tous les acteurs de la société, du plus petit travailleur au « patron de la finance mondiale ».

Citant les écrits de Marx et Engels, pour qui « être prolétarisé, c'est perdre son savoir et se mettre à travailler pour un système qu'on ne comprend pas et qu'on ne peut pas changer », Bernard Stiegler alerte sur le danger que fait peser la technologie sur nos vies. Car cette frustration d'être dépossédé par la machine entraîne chez l'homme la « disruption », un panel de sentiments négatifs mêlant « chaos, angoisse et agressivité ».

Devant une telle accélération technologique, le philosophe estime que « nous approchons d'un moment où la bifurcation chaotique sera absolument incontrôlable ». D'où la nécessité de « sortir de ce modèle, de le repenser, de reconstituer des circuits courts », « non pas pour revenir en arrière ou rejeter [la technologie] », mais afin « d'utiliser les réseaux intelligemment ». Dans le but de mettre l'économie et la technologie au service de l'homme, et pas l'inverse comme jusqu'à présent : « Construire une économie mondiale qui soit solvable, durable, et qui fasse augmenter la néguentropie*, c'est-à-dire, le bonheur de vivre ». 

Parmi ses nombreuses implications universitaires au service de la recherche et de l'éducation, Bernard Stiegler avait notamment collaboré avec l'Institut national de l'audiovisuel.

Rédaction Ina le 07/08/2020 à 12:22. Dernière mise à jour le 10/08/2020 à 09:42.

Point de départ, ladite déclaration de l'inénarrable filou Alan Greenspan du 23 octobre 2008, auprès du Sénat étasunien, à propos de l'arnaque des subprimes et de la résistance des bâtiments, pardon, des liquidités virtuelles : 

Donc, le problème ici, c'est que ce qui semblait être un édifice très solide et un pilier essentiel de la concurrence de marché et des marchés libres, s'est effondré et, comme je l'ai dit, cela m'a choqué. Je ne comprends toujours pas tout à fait pourquoi c'est arrivé.

Selon Stiegler, cette déclaration voulait dire qu'il était prolétarisé au sens où Marx et Engels en 1848 avaient décrit la prolétarisation (cf. le résumé ci-dessus). Et il arrive qu'« aujourd'hui, on est pilotés [et traités] par des algorithmes**, y compris ceux qui veulent créer des algorithmes pour piloter des choses [qui] se retrouvent eux-mêmes pilotés par les algorithmes, y contrôlent plus rien ».

______________________________________

* Néguentropie : anglicisme [neg(ative) entropy]. « Entropie* négative ; augmentation du potentiel énergétique » (© 2020 Dictionnaires Le Robert - Le Petit Robert de la langue française).

** Toutes nos données et activités sur le Net son traitées en permanence et en temps réel par des algorithmes qui font ce qu'on appelle du calcul intensif, qui sont capables de traiter des milliards de données simultanément, explique Stiegler.
Quant aux déboires des mathématiques en finance, cliquez ici et lisez notamment la note en bas de page pour accéder aux aveux (d'une candeur gonflée, si j'ose dire) de Nicole El Karoui.
Stiegler nous rappelle aussi, dans son intervention pour (Tr)oppressé, que « le modèle spéculatif qui avait craqué en 2008 a été reconfiguré en profondeur et en exploitant de plus en plus ce qu'on appelle les mathématiques financières utilisant les algorithmes, pour produire une nouvelle spéculativité, moins visible, plus complexe. [cf. encore Jean de Maillard et son ouvrage L'Arnaque] On a de plus en plus de mal à anticiper ce qui va se passer, on a l'impression qu'on est dans ce que les Punks depuis 1977 à Liverpool appellent NO FUTUR. » 

lundi 13 avril 2020

Journal de confinement de Wajdi Mouawad

À Mat



Le Théâtre National de La Colline a été fondé en 1988 et implanté dans 20ᵉ arrondissement de Paris (15 Rue Malte-Brun) et c'est l'un des six théâtres nationaux français avec la Comédie-Française, le Théâtre de l'Odéon, le Théâtre national de Chaillot, le Théâtre national de l'Opéra-Comique et le Théâtre national de Strasbourg. 
Il est dirigé depuis le 6 avril 2016 par l'auteur et metteur en scène libano-québécois Wajdi Mouawad [(1968-) Cf. ici, ici et ]. En savoir plus.
Dédié à la création théâtrale contemporaine, le projet de Mouawad prône l'hospitalité et l'ouverture à la jeunesse.

Grâce à Mat, toujours alerte, j'ai eu vent du Journal de Confinement de Wajdi, qui intègre la rubrique Les Poissons Pilotes de La Colline. Ce sont des documents audio correspondant à chaque journée de confinement à compter du Jour 1: le 16 mars 2020. Je me figure que l'auteur pourrait en dire Ce sont des lectures qui parlent de la tentative de rester humain dans un confinement forcé. Il les introduit ainsi :

Nous ne pouvons plus ni nous voir, et encore moins entrer en contact physique les uns avec les autres, alors l’esprit prend ici toute sa puissance. Penser aux autres, avoir en tête le souci, l’inquiétude des autres, c’est là un travail purement spirituel. C’est donc, dans ce malheur et cette tristesse, une possibilité de renouer avec cette puissance. C’est, précisément, cette capacité à penser aux amis, penser aux lieux secrets, aux paysages qui nous ont touchés, qui a permis souvent à tant de gens de tenir dans les moments difficiles. Nous, en plus de la pensée, nous avons cet outil merveilleux, le net, pour pouvoir le faire savoir à ceux et celles vers qui notre pensée est tournée.
Si, aujourd’hui, l’essentiel est que le service public des soins puisse aider tous ceux qui en ont besoin, si le plus important sont les hôpitaux, les médecins et les aides-soignants ; que peuvent et doivent faire les artistes ? Si la santé est aujourd’hui le grand requin blanc se battant contre la maladie, qui sont alors les petits poissons pilotes qui accompagnent les squales ? Nous sommes peut-être ces petits poissons pilotes… Comment la poésie peut-elle soigner ? Et comment peut-elle le faire lorsqu’il n’est plus possible de sortir de chez soi ?
À cette question, il y a quantité de réponses joyeuses que l’équipe de La Colline invente et vous propose dès aujourd’hui et jusqu’à nouvel ordre.
Wajdi Mouawad

Ensuite, en bas à gauche de la toile, l'on dispose d'une nouvelle introduction aux fichiers audio à proprement parler :
Wajdi Mouawad, directeur de La Colline vous donne rendez-vous du lundi au vendredi à 11h pour un épisode sonore inédit de son journal de confinement, de sa propre expérience à ses errances poétiques : Une parole d'humain confiné à humain confiné. Une fois par jour des mots comme des fenêtres pour fendre la brutalité de cet horizon.(Nota bene : Il n'existe pas d'enregistrement datant du vendredi 20 mars.)
Lien direct à toute la liste d'audios depuis le 16 mars 2020.

Lien renvoyant à l'enregistrement d'aujourd'hui lundi 13 avril. Aujourd'hui... les Espagnols doivent se rendre au boulot en métro, RER, bus, etc, alors que samedi, ils se faisaient verbaliser pour assister aux funérailles de leurs grands-mères, par exemple.

Pour conclure, sachez que Mouawad et La Colline vous proposent encore une autre section...

# Au creux de l’oreille

Nos corps contraints, profitons-en pour tisser un lien privilégié entre nous. Depuis lundi 23 mars et jusqu’à la fin du confinement, les artistes amis de La Colline proposent d’appeler chaque personne intéressée pour lui faire lecture de poésie, de théâtre, de littérature ou lui interpréter un extrait musical, quelques minutes ou plus…
Les 180 artistes engagés dans cette initiative sont tous bénévoles et très investis pour faire de ces petits instants de théâtre murmurés de vrais rendez-vous artistiques. Nous comptons donc sur vous pour profiter pleinement de cette expérience inédite : notez bien dans votre agenda le créneau entier que vous avez réservé pour être sûr d’avoir votre téléphone disponible à portée de main, vous-même confortablement installé dans un endroit calme et propice à l’écoute au moment où l’artiste vous offrira ce temps suspendu et privilégié de poésie, et prévenez-nous si un imprévu venait à ne pas réunir ces conditions ! Et si vous inscrivez une autre personne, prévenez-la de se tenir prête et de s’engager dans le même sens…
Si cet instant au creux de l’oreille vous séduit, complétez ce formulaire en veillant bien à la conformité de votre numéro de téléphone et votre adresse mail.
du lundi au vendredi, de 16h à 19h ou de 19h à 21h

vendredi 3 avril 2020

Un Boléro de Ravel en confinement avec les musiciens de l'Orchestre National de France

L'après-midi du lundi 30 mars 2020, Radio France, à travers ses stations France Musique et France Inter, a mis en ligne une belle initiative musicale. Il s'agit d'une vidéo où une cinquantaine de musiciens de l'Orchestre National de France jouent à distance le Boléro de Maurice Ravel (1875-1937).
Chacun chez soi, avec sa partition, mais tous ensemble pour offrir l’œuvre du répertoire la plus diffusée dans le monde, ce Boléro de Ravel de confinement. Chaque musicien s’est enregistré dans son salon, le tout a été mixé et assemblé par les techniciens de Radio France.
Si l'ordre du jour est la distance, la musique semble capable de s'envoler et de nous rapprocher, et quoi de mieux que le Boléro envoutant de Ravel pour mettre du baume au cœur !

En espérant que ces quelques notes de Ravel, universelles, vous apporteront un peu de chaleur et de réconfort.

Crédits :
Les musiciens de l'Orchestre National de France
Arrangements - Didier Benetti
Réalisation - Dimitri Scapolan


Pour en découvrir davantage [Source : France Musique] :




Pour aller encore plus loin...

France Culture : Les paradis (fiscaux) des droits d'auteur du Boléro ou une saga très Offshore.

mercredi 25 mars 2020

Manu Dibango : La Javanaise

Emmanuel N'Djoké Dibango, mondialement connu comme Manu Dibango, était un grand saxophoniste et chanteur camerounais de jazz que j'aimais beaucoup. Il était né le 12 décembre 1933 à Douala et nous a quittés hier, mardi 24 mars 2020 (date aussi du décès d'Albert Uderzo, le dessinateur d'Astérix et Obélix), à Melun, Seine-et-Marne, des suites du coronavirus. On l'avait hospitalisé le 18 mars.
« Il rendait les gens heureux ».
Hommage.





La Javanaise était le premier extrait de la face A de son album en vinyle Live' 91, édité en 1991, enregistré au festival Printemps de Bourges, le 30 avril 1991.
Le disque comportait des compositions de Manu Dibango excepté bien entendu cette Javanaise, que nous devons à Serge Gainsbourg, et la première pièce de la face B, Duke in Bushland, de Duke Ellington.

L'INA vous propose une autre version en direct de La Javanaise (cliquez sur le lien ci-contre). C'était en 1992, dans l'émission de Michel Field, Le cercle de minuit.

Dans une nécrologie de Josiane Kouagheu, que publie aujourd'hui le quotidien Le Monde Afrique, on peut lire, entre autres témoignages, celui de l’écrivain Arol Ketchiemen. Profitons-en pour rappeler la variété des rythmes populaires camerounais :
« Manu Dibango était le patriarche de la musique camerounaise. Il a eu le mérite de s’exercer à la pratique de la majorité des rythmes camerounais : makossa, bikutsi, assiko, mangambeu [la danse traditionnelle de Bangangté], bolobo… Manu Dibango a surtout été une école », souligne M. Ketchiemen, rappelant que son orchestre a accueilli et révélé plusieurs grands noms de la musique nationale.

samedi 21 mars 2020

Coronavirus libre et pluriel

La presse libre et plurielle est toujours libre et plurielle, elle ne saurait s'y soustraire.
Elle est toujours libre de dire ses consignes, de suivre ses automatismes.
Elle est toujours prête à jauger la pluralité humaine à l'aune dichotomique de ses deux poids deux mesures, de respirer naturellement son classisme, tout ce qu'il y a de plus naturel.
Je viens d'en voir un exemple outre mesure dans l'un de mes journaux préférés.
C'est le jeudi 19 mars 2020.
Les normes sont exactement les mêmes pour tous les inégaux (1).
Voilà pourquoi le récit des mêmes conduites relève de l'inégalité des perspectives la plus pure.
Et Le Parisien excelle en la matière.

Voici sa vision de ce qui se passe en Seine-Saint-Denis, où des gens mettent en danger la vie d'autrui, car « Comment convaincre les Français indisciplinés d'arrêter de jouer avec la santé des autres ? » :

Confinement : premières gardes à vue pour «mise en danger de la vie d’autrui»

Selon nos informations, au moins cinq personnes ayant refusé de respecter le confinement, en Seine-Saint-Denis et dans le Pas-de-Calais, ont été placées jeudi en garde à vue sous ce motif juridique.


Voyons maintenant son récit à propos de Paris, où il y a beaucoup de gens qui en font autant.
Non, pardon, c'est l'attrait irrésistible du soleil, c'est le goût du plaisir et du risque, ce sont des héros qui bravent les dangers, car c'est dur de ne pas sortir. Quatre pelés et un tondu ? Non, « Sur les voies sur berge de la Seine, les riverains n’ont « jamais vu » autant de joggeurs » :


Confinement à Paris: «Avec ce temps, c’est dur de ne pas sortir»

Comme Lucy, de nombreux Parisiens n’ont pas résisté à l’appel du soleil et ont bravé l’épidémie de coronavirus. Les patrouilles de police vont être renforcées dans la capitale.


J'en profite pour poser une question très simple. Qu'est-ce qu'il y a dans la tête de ces cognes qui ont décidé, toute honte bue, de verbaliser des sans-abris à Lyon, à Paris ou à Bayonne pour non-respect du confinement ?
Mais le roman est beaucoup plus long et touffu, et il se renouvelle tous les jours dans la France du coronavirus, le confinement, la répression et les résistances. Acta.zone en prend acte : cliquez ici pour accéder à leur suivi en continu.

[Ajouté le 26 mars : Macron disait qu'on était en guerre et on dirait que la police est en première ligne de la guerre... de classe de toujours. Regardez, si vous le pouvez, la vidéo où l'on voit et l'on entend plusieurs keufs défoncer un jeune homme avec acharnement dans un quartier populaire en banlieue.
Évidemment, le recours à des sources d'information indépendantes s'avère une nécessité absolue. Vous pouvez accéder à des infos dont on parle plutôt peu ou à d'autres réflexions, témoignages, vidéos en cliquant, par exemple, sur les liens ci-contre : Sébastien Fontenelle, Raphaël Kempf, Sihame Assbague, Jean Gadrey, Taha Bouhafs, David Dufresne et Pouyoul Schmorr]

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(1) En effet, le confinement qui a été décrété pour arrêter l'épidémie de coronavirus admet une lecture en clé très sociale.
Chapeau à la sociologue française Anne Lambert, chercheuse à l’Institut national d’études démographiques, directrice de l’unité de recherche "Logement et Inégalités Spatiales". Le 19 mars, elle nous rappelle sur son blog, hébergé par un média du système (le Huffington Post), à quel point éclate le scandale des inégalités sociales avec le coronavirus et le confinement. Je me permets de reproduire l'essentiel de son texte :

Avec le coronavirus et le confinement, le scandale des inégalités sociales éclate

Soignants, fonctionnaires, prolétariat urbain endiguent l'épidémie tandis que les classes supérieures fuient. Il faudra s'en souvenir. Il faudra que justice se fasse.

(...) La crise sanitaire majeure que nous vivons aggrave dans des proportions inédites les inégalités sociales. Elle les décuple à tous les points de vue, en même temps qu’elle les rend visibles, palpables, immédiates: conditions de vie, exposition à la maladie, gestion de la vie domestique, de la parentalité, du travail éducatif. Les personnels de soin, les fonctionnaires (police, professeurs), mais aussi le prolétariat urbain (éboueurs, agents de sécurité…) sont en première ligne pour endiguer l’épidémie de covid19 et assurer la continuité de la vie sociale (sécurité des personnes, des musées, etc.) tandis que les classes supérieures, surexposées initialement au virus par leur nombre élevé de contacts sociaux et la fréquence de leurs voyages, ont déserté les villes pour se mettre à l’abri. Et de cela, nous ne parlons pas.Le confinement imposé depuis mardi midi décuple en effet les inégalités de conditions de vie: petites surfaces, logements surpeuplés ou insalubres, sont le fait des étudiants logés en résidence universitaire ou dans le parc privé (chambre de bonne, studio, souplex…), mais aussi des classes populaires et des classes moyennes qui habitent dans les métropoles et peinent, depuis près de dix ans (hausse du marché locatif privé et des prix à l’achat), à se loger et à se maintenir dans les centres urbains. Des logements parfois tout juste suffisants pour répondre à la norme du “logement décent” défini par la loi SRU. Mais les logements qui se sont vidés suite à l’exode sanitaire ne sont pas ceux-là. Non, ce sont les logements spacieux, lumineux, propres, connectés, des arrondissements aisés de la capitale, des logements habités par les familles de classes supérieures parties se mettre au vert dans une résidence secondaire, ou alors dans une villa connectée à internet, louée pour l’occasion.
En première ligne, dans les villes, les personnels soignants et les fonctionnaires gèrent donc l’urgence médicale au quotidien, et assurent la continuité de la vie sociale (écoles, sécurité des musées et du patrimoine de l’État, administrations, etc.). Ces personnels ont obligation de résidence. Ils ne peuvent pas fuir. Et parfois ne le veulent pas, conformément à leur éthique et à leur mission de “service public”.
Mais tandis que les personnels soignants sont mobilisés et que les salariés modestes nettoient et approvisionnent nos villes, jour et nuit, au risque d’être contaminés à leur tour, leurs enfants, pendant ce temps, ne sont pas au vert. Non, ils sont confinés dans ces mêmes appartements étroits, quand ils ne sont pas accueillis dans des structures de garde d’urgence laissées ouvertes à leur intention. Leurs parents ne pourront pas assurer la continuité pédagogique proposée en urgence par le ministre de l’éducation. Il leur est, dans ces conditions matérielles et professionnelles, impossible d’assurer le travail éducatif et parental requis. Mais à qui servent-elles, au final, ces injonctions de “continuité pédagogique”? Car les cours en ligne demandés aux professeurs sont en réalité pris en charge par de nombreux vacataires de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur (ATER, chargés de TD, vacataires…), aux conditions de vie elles-mêmes dégradées, comme l’ont médiatisé récemment les nombreux mouvements contre la réforme des retraites et la LPPR. À bien y réfléchir, comment la continuité pédagogique ne pourrait-elle pas nourrir les inégalités? Suivre un cours sur un téléphone portable n’a jamais été facile, tandis que disposer d’un ordinateur portable, d’une chambre à soi, d’une imprimante, reste un bien très inégalement partagé. De cela, il faudra se souvenir après la crise.
Enfin, il y a bien sûr les inégalités d’exposition au risque de contamination au covid19. Ceux et celles qui sont en première ligne - infirmières, médecins généralistes, aides-soignantes, brancardiers, mais aussi blanchisseurs, personnels de nettoyage- s’occupent de soigner, nettoyer, laver, récurer, endiguer la montée du coronavirus dans la population française. Ils curent une maladie de cadres supérieurs mais sont, par les processus profonds de ségrégation urbaine, de montée des inégalités économiques, de casse des services publics, durablement exclus des formes récentes d’enrichissement. De cela aussi, il faudra se souvenir après la crise.
Et pendant ce temps, les départs au vert s’accélèrent (enfin, jusqu’à hier midi). Les arrondissements riches de Paris se sont vidés de leurs familles. Pouvait-il en être autrement? Devaient-ils rester à Paris? Aider un voisin âgé à faire ses courses, ou un jeune couple atteint par le confinement total? Ou partir dans une résidence secondaire permettait-il de faire baisser la pression sur les lits des hôpitaux déjà presque saturés de la région parisienne? Mais n’allaient-ils pas transporter  avec eux (dans les commerces locaux de campagne et de station balnéaire) le fameux virus dont ils étaient potentiellement porteurs?
Il faudra que justice se fasse, non pas individuellement, mais à l’échelle collective. Je veux dire qu’il faudra lever un impôt spécial sur la fortune pour réparer, rattraper, compenser les inégalités, et payer les soins sans faille apportés par les personnels soignants et l’ensemble des fonctionnaires (police, professeurs, gardiens) mobilisés dans la gestion de la crise et la continuité de la vie sociale.
(...)
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Mise à jour du 25 mars 2020 :

Les experts osent tout. La com ne s'arrête jamais. Pauline Perrenot l'analyse sur le site d'ACRIMED :

Docteur Cymès et mister Michel, experts médiatiques en coronavirus

par Pauline Perrenot,
Le soir du 16 mars, Emmanuel Macron annonce le renforcement des mesures de confinement. Après son intervention, l’émission « Vous avez la parole » (France 2) était consacrée au coronavirus et Michel Cymès, le bien nommé « médecin de la télé préféré du PAF », est (à nouveau) en plateau. L’expert admettait, quelques heures plus tôt sur France 5, avoir contribué à minimiser l’épidémie par ses prises de paroles médiatiques. Mais cela ne l’empêche visiblement pas de revenir en plateau pour culpabiliser « les Français indisciplinés » vis-à-vis des mesures de confinement… Voire de sermonner une infirmière membre du collectif Inter-Urgences, venue témoigner des conditions de travail actuelles et exiger des moyens. Car on le sait, les experts osent tout. Mais ce que l’on redécouvre, c’est que leur magistère ne connaît pas la crise.


Qu’ils sévissent dans le domaine de la médecine, de l’économie, de la sécurité, etc., les experts médiatiques ont en commun, on le sait, cette redoutable faculté de s’exprimer publiquement avec aplomb – et à longueur d’antenne – sans maîtriser le sujet dont ils parlent. Quitte à se corriger (ou non) d’une heure sur l’autre. Comme le dit Christophe Barbier, « la vérité de 6h50 n’est pas celle de midi ».
On aurait pu penser que la crise du coronavirus changerait la donne : dans la période actuelle, l’exigence d’une information grand public de qualité s’impose d’autant plus que les informations ont des conséquences vitales, tout particulièrement dans le domaine médical. Et que le rapport comme l’accès au savoir scientifique, médical, sont socialement discriminants. Dès lors, les tenants de la parole publique ont une responsabilité plus grande encore que d’ordinaire. Et pourtant, les grands médias n’ont pas l’air de vouloir changer leurs bonnes vieilles habitudes : recourir aux experts, les regarder se tromper, commenter leurs bourdes à coup d’articles tapageurs, et, sans l’ombre d’une hésitation, les réinviter.
En témoigne la fabuleuse histoire de Michel Cymès et du coronavirus. Le 15 mars, Arrêt sur images consacrait déjà un article au « médecin de la télé » sous le titre « Coronavirus : un Cymès matin, midi et soir ». Et de constater : « Plus rapide que la diffusion du coronavirus, la démultiplication de Michel Cymès sur les écrans. Depuis deux semaines, c’est matin, midi et soir sur France 2, RTL mais aussi France 5, TMC, La 1ere. […] Celui qui dit continuer ses consultations à l’hôpital deux matinées par semaine, passe surtout son temps dans les loges de maquillages. »
Pour y dire quoi ? Pour affirmer par exemple sur Quotidien, le 10 mars, que le coronavirus « reste une maladie virale comme on en a tous les ans » ou encore : « Il y a moins de risque [qu’en Italie], on est mieux préparés et puis je ne crois pas qu’un jour on va mettre toute la France en quarantaine ». Ou encore sur Europe 1 (le 10 mars également) : « Je ne suis absolument pas inquiet. C’est un virus de plus, on le dit souvent, c’est une forme de grippe. Je ne suis pas inquiet pour moi parce que je suis en bonne santé et que je ne fais pas partie des cas les plus graves. »

EN LIRE PLUS (Allez-y, vraiment, c'est à ne pas en revenir).

 

lundi 2 mars 2020

Manuel de chansons manuthématiques

Une époque, j'ai beaucoup joui des historiettes et des personnages de Frank Margerin ; je me rappelle surtout Lucien, le rocker à la banane, et son évolution. En classe, on a lu, par exemple, des extraits de Lucien se met au vert, Les “Anti-Noël” notamment. Puis il a créé un autre soi-disant héros, Manu : d'abord L'insupportable Manu (1990), puis L'abominable Manu (1991). Mais l'Histoire, la grande Histoire a été plus forte que lui et, en matière de Manus insupportables, voire abominables, elle en a créé un de particulièrement atroce, comme on n'en fait pas en BD. En fait, je ne l'appelle jamais Manu, vu son sinciput plaqué de hargnosités jupitériennes ; je tiendrais plutôt à le désigner de l'oxymore polysémique Macron le Micro, micro micro. D'autant qu'on nous en mettra un autre, lorsqu'il sera définitivement usé, car ce sont la classe pour laquelle il travaille et ses structures qui commandent*, pas la divinité apparente et apparemment obnubilante. En fait, il est déjà bien cramé. Du coup, on remarque que le nombre de dupes n'est pas tellement élevé en France.
Donc, les étoiles filent, le régime demeure, au moins pour l'instant. Ce que deux ans sont longs, longs, combien ils semblent éternels. Au point qu'il y a un petit chansonnier (recueil de chansons) destiné à traîner dans la boue celui qui s'y vautre volontiers. Et parmi toutes ces compositions satiriques, il y en a qui partagent la source : Renaud.
Hélas, ça fait longtemps que Renaud Séchan, chargé à plusieurs sauces, y compris le prestige, a été phagocyté par le régime, mais heureusement, la rage de ses meilleurs chansons a échappé à cette vampirisation ; elles font aujourd'hui, pour ainsi dire, leur chemin, assez en marge de leur créateur. Quant à moi, "Manu" n'en faisait pas précisément partie, mais elle avait un titre incontournable, trop bon pour ne pas en profiter, et a été reprise ces derniers temps par plusieurs indigné.e.s qui en ont adapté les paroles pour la circonstance. Petit florilège...

Le 27 juin 2018, Agnès Bihl lança en vidéo sa version Ça va, Manu ?, sur l'air de Renaud :

Elle explique : "Ca va Manu? Petite chanson écrite à l'arrache hier, rien que pour toi mon Manu... Pour te remercier du Glyphosate, des violences policières, des futures obsèques du service public et de l'humiliation d'un gamin de 15 ans... entre autres... c'est cadeau!"


Également en juin 2018, sous un titre vianesque, Manu (M. le Président), Lionel Thura a composé ces paroles et réussi cette interprétation sur l'air de Renaud :

La "leçon" infligée par Macron au jeune Joris ne se limite pas à un rappel de courtoisie. Le plus révélateur est ce retour permanent sur une vision de la méritocratie otage de l'économie (réussite = gagner sa vie), avec sa cohorte de dérives libérales… et morales…


Le 8 décembre 2018, sur la même mélodie et sous le titre Eh Manu tu fous l'camp ?!, Franck Laurent proposait cette parodie pour rire jaune, couleur du moment :



Le 23 janvier 2020, lors d’un concert en direct, au Cirque Phénix, en soutien aux grévistes contre le projet de réforme des retraites, Agnès Bihl présentait une nouvelle version de son Ça va, Manu ?
C'était une soirée organisée par la CGT spectacle. De nombreux chanteurs et humoristes se produisaient sur scène, Agnès Bihl commence son interprétation à la minute 1h09'45'' de l'enregistrement ci-dessous :



Aide à la compréhension :
Hé Manu, rentre chez toi, t’es trop plein d’arrogance
Et pour un chef d’État, tu frôles l’indécence
Si tes petits copains déboursaient leurs impôts
Au lieu de s' planquer dans leurs paradis fiscaux
Ça ferait des retraites pour les retraité.e.s
Je sais que tu trouves ça bête, mais bon, ça peut aider
Oh Manu, démission, là y’a saturation
Rien n’est bon dans le Macron, sauf pour les grands patrons

Monsieur le Président, s’il te plaît, va mourir
Monsieur le méprisant, tu mens comme tu respires
Les violences policières, non, ça n’existe pas
Que d’ailleurs Castaner, c’est la mère Thérésa
De Rugy continue de te prendre pour un Dieu
Quand tu nous pisses dessus, BFM dit qu’il pleut
Allez, casse-toi, Manu, cette fois, la coupe est pleine
On t’a tous assez vu, c’est la fin de ton règne

Arrête un peu Manu tes grands airs à la con
Va traverser la rue, c’est la seule solution
Avec un peu de chance, ils embauchent au Mac Do
Ça change de la Finance et d’ailleurs pour info
Tu verras que c’est marrant de ne même pas gagner
Le prix du carburant pour aller travailler
Allez, Manu, ciao, tu manqueras à personne
Sauf, bien sûr, Monsanto, Google et Amazon

Manu dans la vraie vie, y a pas que des milliardaires
Du dimanche au samedi, y a tous ceux qui galèrent
Ceux qui n’ont pas de quoi faire bouillir la marmite
Ceux pour qui les fins de mois commencent à peine le 8
Tous ceux qui ont la dalle et qui osent se plaindre
Alors que les aides sociales coûtent un pognon de dingue
Allez, Manu, va-t’en, maintenant, c’est urgent
Dégage, fous le camps… il faut te le dire comment ?


Allez Manu, casse-toi... ouste !... casse-toi !... casse-toi !!!

En voici la version studio, en ligne depuis le 6 février 2020 :

Ça va manu ? · Agnes Bihl. Album : Il était une femme. ℗ Un Week End A Walden / Signe Particulier.

____________________________
*
Monde Macron ou à propos de traverser la rue/travailler et posséder :

 El Roto - El País, le 23 janvier 2020.

mardi 1 octobre 2019

Un inédit de Miles David (1957)

Grâce à la rédaction de l'INA et ses contenus éditoriaux, nous avons eu vent d'un délice pure joie...


L'INA nous explique :
C'est un trésor qui vient de refaire surface. Considérées comme perdues, ces images sont les plus anciennes connues de Miles Davis en train de jouer sur un plateau de télévision. La séquence de 1957 montre le trompettiste à la tête du quintette français avec lequel il venait d’enregistrer la musique du film "Ascenseur pour l’échafaud" de Louis Malle.

Au Clair de la lune : une émission mythique enfin retrouvée

Filmée le 7 décembre 1957 par Jean-Christophe Averty pour la Radiodiffusion-télévision française (RTF), cette émission de variétés tournée au studio des Buttes Chaumont réunissait dans un étonnant décor lunaire des artistes aussi variés que Miles Davis, Juliette Gréco, les ballets guinéens de Keïta Fodeba, ou encore les chanteurs Paul Braffort et Giani Esposito.
Diffusée le 25 décembre 1957 dans le cadre d’un programme de Noël, cette émission était réputée irrémédiablement perdue, et n’était jusqu’alors connue qu’à travers un reportage photo réalisé sur le plateau de tournage. Retrouvé à l’occasion d’une opération d’inventaire au Centre de conservation de l’INA à Saint-Rémy-l’Honoré (Yvelines), le film 16 mm original a été immédiatement numérisé pour être mis en ligne sur le site Ina.fr, permettant ainsi au public de redécouvrir ces images pour la première fois depuis leur diffusion, il y a près de soixante-deux ans.

Les plus anciennes images connues de Miles Davis au monde

Séjournant à Paris pour quelques semaines, Miles Davis avait réuni autour de lui une formation française de haut vol composée de Barney Wilen au saxophone ténor, René Urtreger au piano, Pierre Michelot à la contrebasse et Kenny Clarke à la batterie. Dans la nuit du 4 au 5 décembre 1957, ce quintette entre dans la légende en enregistrant la bande originale révolutionnaire d’Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle, référence incontournable tant dans les domaines du jazz que de la musique de film. Filmées deux jours plus tard seulement, ces images sont non seulement les seules à montrer ce quintette à l’œuvre, mais encore les plus anciennes connues de Miles Davis en train de jouer sur un plateau de télévision. Répartis dans deux cratères lunaires, les musiciens y interprètent une variation sur le thème Dig, composé par le saxophoniste Jackie McLean.
Rédaction Ina le 04/09/2019 à 16:07. Dernière mise à jour le 06/09/2019 à 10:17.
Art et Culture

mardi 18 juin 2019

Jean Ziegler : Pourquoi il faut détruire le capitalisme ?

Jean Ziegler (Thoune, Canton de Berne, 1934) a déjà été cité sur ce blog ici et , en général en rapport avec son combat contre la faim et pour le droit à une alimentation décente :



J'insère un peu plus bas un récent entretien de Thinkerview avec lui, diffusé en direct le 14 juin 2019.
Le point de départ en est le dernier ouvrage de l'altermondialiste et sociologue suisse : Le Capitalisme expliqué à ma petite-fille (en espérant qu'elle en verra la fin), Seuil, 03/05/2018, 9.00 € TTC, 128 pages, EAN 9782021397222. La maison d'éditions parisienne en dit :

Le capitalisme domine désormais la planète. Les sociétés transcontinentales défient les États et les institutions internationales, piétinent le bien commun, délocalisent leur production où bon leur semble pour maximiser leurs profits, n’hésitant pas à tirer avantage du travail des enfants esclaves dans les pays du tiers-monde.
Résultat : sous l’empire de ce capitalisme mondialisé, plus d’un milliard d’êtres humains voient leur vie broyée par la misère, les inégalités s’accroissent comme jamais, la planète s’épuise, la déprime s’empare des populations, les replis identitaires s’aggravent sous l’effet de la dictature du marché.
Et c’est avec ce système et l’ordre cannibale qu’il impose au monde que Jean Ziegler propose de rompre, au terme d’un dialogue subtil et engagé avec sa petite-fille.





Diffusé en direct le 14 juin 2019
POSEZ VOS QUESTIONS EN DIRECT : 
SOURCEZ, VERIFIEZ LES FAITS EN DIRECT : 
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ECOUTER EN PODCAST AUDIO : 
▶️ https://podcasts.apple.com/fr/podcast/thinkerview/id1196519121
SITE : https://thinkerview.com ▶️ 
MASTODON : https://mamot.fr/@thinkerview ▶️ 
Cette œuvre vidéo et sonore de Thinkerview est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International. Mettre obligatoirement un lien vers la source originale entière en cas de réutilisation. Merci.

jeudi 25 avril 2019

Siné Madame

...vient d'être enfanté. Par des femmes. En vente depuis mercredi 17 avril. Réjouissante nouveauté, merci vraiment.
Siné Madame. Le journal qui ne simule pas, se veut une publication satirique et sociétale, écrite et dessinée par une bande de filles —autrices, comédiennes, illustratrices, journalistes...— de tout âge, joyeuses, savantes, brindezingues et sans tabous, dirigée par Catherine Weil Sinet. Libre d'actionnaires vautours, libre d'annonceurs car libre de publicité, elle n’aura pas de pubs pour les crèmes...

Catherine Weil Sinet : Édito, Siné Madame, nº1, avril 2019, page 2.

Un journal qui a vocation a stimuler nos pensées, selon Isabelle Alonso (fille de réfugiés républicains espagnols). "Ni féministe ni féminin, il parlera des femmes comme on n’ose pas le faire, avec humour et engagement", précise Catherine Sinet. Cliquez ici pour accéder à son site.

La chance a voulu que je puisse m'en acheter le nº1 (avril 2019), historique, dans le kiosque de journaux de la gare de Saint-Pierre-des-Corps, lors d'un voyage éclair en France. Heureux qui comme moi font d'une pierre deux corps, cela va sans dire.


Vidéo de présentation de Siné Mensuel.


TV5 Monde Info - Juliette Arnaud et Isabelle Alonso font partie de l’aventure du premier numéro

C'est historique ! est une chronique de l'émission Debout les copains !


jeudi 4 avril 2019

Curieux Voyageurs, Nicolas Bouvier et Gaël Métroz

Certains pensent qu'ils font un voyage, en fait,
c'est le voyage qui vous fait ou vous défait 
(Nicolas Bouvier) 



Curieux Voyageurs vient de fêter les 29, 30 et 31 mars son 40e anniversaire. Il s'agit d'un festival de films qui se tient à Saint-Étienne et qui se propose de conjuguer aventures, rencontres, découvertes, témoignages, émotions, poésie, traditions, passion, curiosité, jeunesse et folie, à en croire son clip bilan de cette année.
L’équipe du festival réunit des voyageurs passionnés amoureux de cinéma :
photographes, vidéastes ou carnettistes, les membres de CURIEUX VOYAGEURS rapportent de leurs voyages des moments pleins de couleurs et de musiques. D’autres voyageurs proposent leurs expériences à travers des créations : chaque année plus de 100 films ou expositions sont proposés en sélection et une quarantaine sont retenus qui font du festival CURIEUX VOYAGEURS une des plus prestigieuses manifestations françaises consacrées au document de voyage.
En chiffres, le festival comporte aujourd'hui 16 000 visiteurs, 2 salariées, 36 organisateurs et 80 bénévoles.
Voici le palmarès des films récompensés par le jury de Saint-Étienne cette année 2019 :
Grand Prix du festival : “Angkar” de Neary Adeline HAY
Mention spéciale du jury : “Le géographe et l’île” de Christine BOUTEILLER
Le prix Mention spéciale du jury exprime un “coup de cœur” ressenti par le jury
Prix Ulysse : “Aventure cyclobalkanique” de Jean-Hugues GOORIS
Le prix Ulysse valorise l’aventure vécue par une personne ou une équipe
Prix Terre des hommes : “Ka’apor, le dernier combat” de Nicolas MILLET
Le prix Terre des hommes valorise la démarche sociétale et/ou environnementale du film.
Prix Complicité sans frontière : “je n’aime plus la mer” d’Idriss GABEL.
Le prix Complicité sans frontière valorise les thématiques “rencontres”, “partage” et “authenticité”.
C'est Nomad's Land - Sur les traces de Nicolas Bouvier (24 juillet 2008) le film qui m'a permis de découvrir ce festival stéphanois car il a reçu son Grand Prix en 2010.
Gaël Métroz (Liddes, Valais, Suisse, 1978), son réalisateur, était tombé fasciné par L'usage du monde, le célèbre ouvrage-culte du genevois Nicolas Bouvier (1929-1998) paru en 1963, à la Librairie Droz
Dans l'entretien ci-dessous, Bouvier évoque ce récit qui retrace la première partie d'un voyage conçu pour respirer, pour sortir de l'abstraction des études, des murs d'une vie confortable et sédentaire, pour échapper au cadre qui vous détermine, pour devenir plus vulnérable et plus réceptif, dans le but de mieux comprendre la vraie vie humaine.
Il était parti à bord d'une petite Fiat Topolino avec son ami le peintre Thierry Vernet, auteur des illustrations du livre. Ses dessins et croquis d'une grande fidélité et d'une certaine rudesse mélangent le cocasse et le tragique, selon Bouvier. 
Puis après deux ans de voyage ensemble en Yougoslavie, en Turquie, en Iran, en Afghanistan, au Pakistan et jusqu'à la frontière avec l’Inde, le jeune Bouvier a continué tout seul, jusqu'au Japon. Il avait 23 ans au moment de leur départ, à l'été 1953, il était de retour en Suisse à 27 :


Métroz, donc, fasciné par le récit de Bouvier et l'expérience qu'il comportait (comme le photographe Frédéric Lecloux, qui s'est mis en marche en novembre 2004, est retourné plus d'un an plus tard et a publié un album L'usure du monde en février de cette même année 2008), a choisi de suivre ses traces tout seul et de raconter son périple en images :



C'est devenu finalement un hommage au nomadisme ; Métroz l'explique :



Gaël Métroz persiste et, en 2016, a signé et présenté un nouveau film, Sadhu, au Festival Curieux Voyageurs. Il fait le portrait d'un sadhu, Suraj Baba, qu'il a rencontré au cœur de l'Himalaya et qui est devenu son ami ; il l'a suivi pendant plus d’une année.
__________________________
Mise à jour du 18 mai 2020 :

Nicolas Bouvier était aussi devenu photographe, au Japon, dans les années 50, puis iconographe. Deux bouquins récents en témoignent.
Le premier est un recueil de textes qui montrent sa conception de la photographie :
Nicolas Bouvier, Du coin de l’œil. Écrits sur la photographie, Héros-Limite, Genève, 2019, 224 pages, 14 euros.
Résumé de la librairie Eyrolles :
Le présent recueil réunit les textes que Nicolas Bouvier a écrit sur la photographie entre 1965 et 1996. A de nombreuses occasions, l'auteur genevois avait parlé de son métier d'iconographe, notamment dans le petit livre Le hibou et la baleine, paru en 1993, mais sa réflexion sur l'acte photographique restait à découvrir. Jusqu'à ce jour, les écrits qu'il a dédié à ce sujet (préfaces, articles de presse, introductions à des catalogues d'exposition) restaient dispersés. Près de quarante textes se trouvent ainsi rassemblés ici. Parmis eux, certains relatent également son activité de "chercheur-traqueur d'images", qui aura été son gagne pain durant près de trente ans. Il nous a paru intéressant de les reprendre ici, d'autant plus que quelques-uns de ces textes sont totalement inconnus et n'ont jamais été republiés.
Photographe à ses débuts (par nécessité), portraitiste (par accident), chroniqueur ("aliboron") : la photographie est une constante dans le parcours de l'écrivain voyageur. Nicolas Bouvier s'intéresse à la photographie parce qu'il entretient un rapport passionnel à l'histoire de l'estampe. Les images qu'il affectionne n'appartiennent jamais à la "grande" peinture classique mais toujours à l'art populaire. Dans les textes qui composent ce recueil, il est beaucoup question de ses tâtonnements : l'important pour l'écrivain étant d'élaborer une esthétique de l'effacement puis de se "forger une mémoire iconographique". Il tirera son enseignement de ses nombreux voyages et des recherches infatigables dans les bibliothèques du monde entier.
Le second ouvrage vient d'être publié par l'historien de la photographie suisse et professeur de l'Université de Lausanne Olivier Lugon :
Olivier Lugon, Nicolas Bouvier iconographe, Infolio, Gollion (Suisse) - Bibliothèque de Genève, 2020, 160 pages, 26 euros.
Cliquez sur le lien ci-dessus pour accéder à un entretien avec Olivier Lugon.

lundi 18 mars 2019

Bourse de Travail de Paris, le 14 mars 2019

Au retour de la Sierra de Francia (Salamanca), j'apprends par une alerte que MACRON INVITE LORDON : C’EST PAS DU BIDON.
Je vois le reportage de Là-bas et il paraît que c'était vrai. Puis je retrouve sur Internet une vidéo, publiée le 15 mars, montrant son intervention dans son intégralité :

Intervention de Frédéric LORDON (économiste et philosophe) à la Bourse du Travail de Paris le 14 mars 2019 dans le cadre du colloque "Fin du grand débat, début du grand débarras ! "

On y voit que Lordon montre une invitation de l'Élysée —reçue cela faisait 15 jours— pour participer à un grand numéro de prestidigitation : le Président de la République souhaite avoir un Grand Débat (prospectif) avec des intellectuels le 18 mars en fin de journée.
En écoutant les rires, les sifflets et les huées d'une salle pleine à craquer, Lordon ne cache pas son sentiment : “Ça m’a fait à peu près le même effet. (...) Ces mecs nagent en pleine béatitude ou quoi ? Ou alors, ils sont au comble du désarroi. »
Dans la circonstance, il avoue que deux hypothèses lui sont venues à l'esprit : la première, celle du canular ; la seconde, qui ne serait pas la moins probable, celle du machiavélisme de sous-préfecture. Ça lui a semblé tellement loufoque que, au milieu du travail, le ménage et tout ça, il a « complètement oublié de répondre, ce qui n'est pas très urbain, et je m'en excuse. », dit-il.


Donc, il profite de cette soirée devant cette assemblée pour réparer ce manquement et lire sa réponse au Président, un peu à la manière vianesque. Voici son allocution à peu de détails près [c'est Candide qui intervient entre crochets] :
« Chez Monsieur Macron [Lordon se dit à lui même, en riant : “quel hypocrite !”],
vous comprendrez que, si c’est pour venir faire tapisserie le petit doigt en l’air au milieu des pitres façon BHL et Enthoven
[huées abondantes], ou des intellectuels de Cour comme Patrick Boucheron, je préfèrerais avoir piscine ou même dîner avec François Hollande.
Au moins votre invitation ajoute-t-elle un élément supplémentaire pour documenter votre conception du débat : savez-vous qu’à part les éditorialistes qui vous servent de laquais et répètent en boucle que la démocratie, c’est le débat, votre ‘grand débat’, personne n’y croit ? Vous-même, d'ailleurs, nous ne sommes pas certains que vous y croyiez.
Dans une confidence récente à des journalistes, qui aurait gagné à recevoir plus de publicité, vous avez dit ceci, je cite : « Je ressoude partout. Et dès que c'est consolidé, je réattaque »
.
C'est très frais : vous ressoudez et vous attaquez, c'est parfait, nous savons à quoi nous en tenir, nous aussi, nous viendrons avec le chalumeau.

En réalité, la manière dont vous utilisez le langage pour débattre, comme vous dites, nous sommes assez au clair depuis longtemps. C’est une manière particulière, dont on se souviendra, parce qu’elle aura fait entrer dans la réalité ce qu’un roman d’Orwell bien connu avait anticipé il y a 70 ans très exactement  –au moins, après la réussite de votre itinérance mémorielle, on ne pourra pas dire que vous n’avez pas le sens des dates anniversaires. C’est une manière particulière d’user du langage en effet parce qu’elle n’est plus de l’ordre du simple mensonge.
Bien sûr, dans vos institutions, on continue à mentir, grossièrement, éhontément. Vos procureurs mentent, la police ment, vos experts médicaux de service mentent –ce que vous avez essayé de faire à propos de la mémoire d’Adama Traoré par experts interposés, par exemple, c’est immonde (...). Mais, serais-je presque tenté de dire, c’est du mensonge tristement ordinaire.
Vous et vos sbires ministériels venus de la start-up nation, c’est autre chose : vous détruisez le langage. Quand Mme Buzyn dit qu’elle supprime des lits pour améliorer la qualité des soins ; quand Mme Pénicaud dit que le démantèlement du code du travail étend les garanties des salariés ; quand Mme Vidal explique l’augmentation des droits d’inscription pour les étudiants étrangers par un souci d’équité financière ; quand vous-même, vous présentez la loi sur les
fake news comme un progrès de la liberté de la presse, la loi anti-casseurs comme une protection du droit de manifester, quand vous nous expliquez que la suppression de l’ISF s’inscrit dans une politique de justice sociale, vous voyez bien qu’on est dans autre chose, dans autre chose que le simple mensonge. On est dans la destruction du langage et du sens même des mots.
Si des gens vous disent « Je ne peux faire qu’un repas tous les deux jours » et que vous leur répondez « Je suis content que vous ayez bien mangé », d’abord la discussion va vite devenir difficile, ensuite, forcément, parmi les affamés, il y en a qui vont se mettre en colère.
De tous les arguments qui justifient entièrement la rage qui s’est emparée de ce pays, il y a celui-ci qui, à mon avis, pèse beaucoup, à côté évidemment des 30 ans de violences sociales que vous avez portées à un point inouï et des 3 mois de violences policières à vous faire payer : il y a que, face à des gens comme vous, qui détruisent à ce point le sens des mots, donc qui ruinent la possibilité même de discuter, pensez-y, la seule solution restant, j'en suis bien désolé mais, c'est de vous chasser.

Il y a peu encore, vous avez déclaré, je vous cite :
Répression, violences policières, ces mots sont inacceptables dans un État de Droit.” [tour de passe-passe un peu forcé]
Mais, M. Macron, vous êtes irréparable, comment dire ?, dans un État de Droit, ce ne sont pas ces mots, ce sont ces choses qui sont inacceptables.
Avec un mort, plus exactement une morte, 22 éborgnés et 5 mains arrachées, vous vous repoudrez la perruque et vous nous dites, je cite encore : « Je n’aime pas le terme répression, parce qu’il ne correspond pas à la réalité ». La question –mais quasi-psychiatrique, j'en suis désolé– qui s’en suit, c’est de savoir dans quelle réalité demeurez-vous au juste.
Il y a quelques jours le
Gorafi nous a donné des éléments de réponse dans un article dont le titre était, je cite : « Le comité de médecine du ministère de l’intérieur confirme que le LBD est bon pour la santé ». On peut y lire ceci : « Christophe Castaner s’est réjoui des résultats des tests du comité de médecins et a aussitôt signé une ordonnance qualifiant de rébellion et outrage à agent toute personne qui mettrait en cause la fiabilité de cette étude ».
Mais Monsieur Macron, voyez-vous la minceur de l'écart qui vous tient encore séparé du Gorafi ?
Monsieur Macron, vous êtes la gorafisation du monde en personne. Sauf que normalement le Gorafi, c'est pour rire. En réalité, personne ne veut vivre dans un monde gorafisé. Si donc le macronisme est un
gorafisme, mais pour de vrai, vous comprendrez qu’il va nous falloir ajuster nos moyens en conséquence. Et si donc il est impossible de vous ramener à la raison, il faudra bien vous ramener à la maison.
Tous les glapissements éditorialistes du pays
sur votre légitimité électorale ne pourront rien contre cette exigence élémentaire et, somme toute, logique. En réalité, légitime, vous ne l’avez jamais été. Votre score électoral réel, c’est 10%. 10% c’est votre score au premier tour corrigé de l’abstention et, surtout, du vote utile puisque nous savons que près de la moitié de vos électeurs de premier tour ont voté, non par adhésion à vos idées, mais parce qu’on les avait suffisamment apeurés pour qu’ils choisissent l’option « ceinture et bretelles ».Mais quand bien même on vous accorderait cette fable de la légitimité électorale, il n'en reste plus rien au moment où vous avez fait du peuple l'ennemi de l'État, peut-être même un ennemi personnel. En tout cas, vous lui faites la guerre avec des armes de guerre et des blessures de guerre.
Mesurez-vous à quel point vous êtes en train de vous couvrir de honte internationale ? Le Guardian, le New-York Times, jusqu’au Financial Times, le Conseil de l’Europe, Amnesty International, l’ONU, tous sont effarés de votre violence. Même Erdoğan et Salvini ont pu s’offrir ce plaisir de gourmets de vous donner des leçons en matière de démocratie et de modération, c’est dire jusqu’où vous êtes tombé.
Mais de l’international, il n’arrive pas heureusement que des motifs de honte pour vous : également des motifs d’espoir pour nous. Les Algériens sont en train de nous montrer comment on se débarrasse d’un pouvoir illégitime. C’est un magnifique spectacle, aussi admirable que celui des Gilets Jaunes. Une pancarte, dont je ne sais si elle est algérienne ou si elle est française et ça n’a aucune importance, écrit ceci
[allusion à une pancarte récente des étudiants algériens de l'Université Paris 8] : « Macron soutient Boutef, les Algériens soutiennent les Gilets Jaunes, solidarité internationale. »
Et c’est exactement ça : solidarité internationale ; Boutef bientôt dégagé, Macron à dégager bientôt.
Dans le film de Perret et Ruffin
[J'veux du soleil, leur film sur les Gilets Jaunes], un monsieur qui a normalement plus l’âge des mots croisés que celui de l’émeute –mais on a, comme vous le savez, on a surtout l’âge de sa vitalité, bien davantage que celui de son état civil–, un monsieur à casquette, donc, suggère qu’on monte des plaques de fer de 2 mètres par 3 sur des tracteurs ou des bulls, et que ce soit nous qui poussions les flics plutôt que l’inverse. C’est une idée. C'est une idée.
Un autre dit qu’il s’est mis à lire la Constitution à 46 ans alors qu’il n’avait jamais tenu un livre jusqu'ici. M. Macron je vous vois d’ici vous précipiter pour nous dire que voilà, c’est ça qu’il faut faire, oui, lisez la Constitution et oubliez bien vite ces sottes histoires de plaques de fer. Mais vous savez, en réalité, ce sont deux activités très complémentaires. Pour être tout à fait juste, il faudrait même dire que l’une ne va pas sans l’autre : pas de Constitution avant d’avoir passé le bull.

C’est ce que les Gilets Jaunes ont très bien compris et c’est pourquoi ils sont en position de faire l’histoire. D’une certaine manière M. Macron, vous ne cessez de les y inviter. En embastillant un jeune homme qui joue du tambour, en laissant votre police écraser à coups de botte les lunettes d’un interpellé ou violenter des Gilets Jaunes en fauteuil roulanten fauteuil roulant ! –, vous fabriquez des images pour l’histoire, et vous appelez vous-même le grand vent de l’histoire.
Vous et vos semblables, qui vous en croyez la pointe avancée, il se pourrait que vous finissiez balayés par elle. C’est ainsi en effet que finissent les démolisseurs en général. Car c’est ce que vous êtes : des démolisseurs. Vous détruisez le travail, vous détruisez les territoires, vous détruisez les vies et vous détruisez la planète. Si vous, vous n’avez plus aucune légitimité, le peuple, lui, a entièrement celle de résister à sa propre démolition. Craignez-même que, dans l’élan de sa fureur, il ne lui vienne à l’idée de démolir ses démolisseurs.
Et comme en arriver là n’est souhaitable pour personne, il reste une solution simple, logique et qui préserve l’intégrité de tous : Monsieur Macron, il faut partir ! Monsieur Macron, rendez les clefs !
(Cris de Macron démission !)
J'en ai trouvé ensuite d'autres vidéos. Récapitulons : c'était donc à la Salle Croizat de la Bourse du Travail de Paris (3, rue du Château d'Eau), le jeudi 14 mars, dès 19h, lors d'un rassemblement intitulé Fin du grand débat, début du grand débarras ! qui a réuni plusieurs centaines de personnes.

Je lis que la rencontre avait été organisée par une petite équipe affinitaire constituée autour de Frédéric Lordon et des éditions Divergences [À propos]. Reporterre était de la partie et annonçait la table rectangulaire sur son site. La soirée a été retransmise en direct sur FB et Youtube.
On avait invité à y participer Hervé Kempf (fondateur et directeur de Reporterre), Youcef Brakni (Comité Adama) et quelques Gilets Jaunes : Jérôme Rodrigues, Priscillia Ludosky et Juan Branco, né à Estepona, proche des Gilets Jaunes et avocat de Maxime Nicolle, et Camille (lycéenne en grève pour le climat), qui est intervenue avant Lordon.

Today relaie en ligne la totalité de la séance, avec les interventions de Kempf, Brakni, Rodrigues, Branco, Ludovski, Camille et Lordon, dans une vidéo qui dure 1h 14' 35'' :  



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Mise à jour du 19 mars :

Le lendemain du Grand Débat Prospectif avec le Président Macron (j'imagine un roman parallèle conçu par Michel Rio) et sous le titre Macron donne un cours magistral à 65 intellectuels sur France Culture, Là-bas,si j'y suis se penche sur l'événement et vous propose une intéressante surprise, en accès libre (cliquez sur le lien précédent).
Extrait :
(...) Seuls des intellectuels proches du pouvoir pouvaient valider un tel dispositif médiatique : deux minutes d’intervention chacun, encadrée à chaque fois par un quart d’heure de cours magistral donné par Macron. Une véritable opération de légitimation, où le grand oral du président devait recevoir l’onction des universitaires séculiers et de la chaine du savoir.
Noam Chomsky nous avait prévenus : « la majorité des intellectuels soutiennent le pouvoir ». Au lendemain de cet énième épisode du Grand Débat, nos amis Les Mutins de Pangée ont eu l’excellente idée d’isoler et de mettre en libre accès un extrait du film d’Olivier Azam et Daniel Mermet « Chomsky et le pouvoir », dans lequel Chomsky développe et explique les raisons de cette proximité entre pouvoir et intellectuels organiques du pouvoir. À voir et à revoir sans modération.