mercredi 4 novembre 2009

Lévi-Strauss est mort

Hélas, je viens d'apprendre la nouvelle et j'imagine les tropiques encore plus tristes. Claude Lévi-Strauss, anthropologue, ethnologue et philosophe né à Bruxelles le 28 novembre 1908, est mort le 1er novembre. Il était un secoueur d'idées reçues et un champion de la vie, des autres êtres humains et de l'intelligence. Faute de temps, dans l'urgence, je reproduis la dépêche contenue dans la Check List du Monde là-dessus ; d'ailleurs, il est bien juste de relier l'auteur de Tristes Tropiques et le Brésil :

Avec lui, c'est une partie du XXe siècle qui s'éteint. Claude Lévi-Strauss aurait eu 101 ans fin novembre. Il est mort vendredi dernier, sans bruit [Note du prof : Il est mort dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre dernier]. Mais l'annonce officielle de sa mort, hier, a elle retenti partout dans le monde, notamment au Brésil, terrain de prédilection de l'anthropologue français. Bien que Lévi-Strauss vivait reclus depuis plusieurs années, son rayonnement intellectuel était toujours aussi vif, souligne O Estado de Sao Paulo. Il risque de ne pas s'éteindre de sitôt. "Son héritage est tel qu'il ne tient pas dans une discipline", souligne Epoca. Psychanalyse, sémiologie, études littéraires, histoire, sociologie..., ses études sur les Indiens du Mato Grosso et d'Amazonie ont influencé de nombreux champs. Symbole de cette pluridisciplinarité, Tristes Tropiques, mi-étude anthropologique, mi-réflexion philosophique, mais surtout chef-d'œuvre littéraire, sur lequel s'est attardé Veja. Le Correio da Manha retient, lui, l'humilité de ce penseur, qui plaçait la nature au-dessus de tout, notamment de l'homme. Une réflexion qui a été jusqu'à imprégner la bossa nova. Le chanteur Caetano Veloso confie ainsi à G1 son admiration pour l'anthropologue, cité dans sa chanson "O Estrangeiro".
Je vous relaie aussi le dossier que lui consacre le Nouvel Observateur sous le titre LE DERNIER DES GÉANTS ; c'était bien celui que l'hebdomadaire avait choisi en mai 2008 pour lui dédier son numéro 2269 : il s'agissait de fêter les 100 ans de Lévi-Strauss et son entrée dans la bibliothèque de la Pléiade. Aude Lancelin écrivait dans son article Un Indien dans le siècle :
(...) «Il n'y a plus rien à faire: la civilisation n'est plus cette fleur fragile qu'on préservait, écrivait-il dans "Tristes Tropiques" en 1955, le livre unanimement salué par Bataille, Aron ou Blanchot, et qui le révélera au public. L'humanité s'installe dans la monoculture; elle s'apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave.» Emprise totale de l'homme sur une nature massacrée, destruction accélérée de toute diversité culturelle à travers le globe, ainsi le chercheur désenchanté, qui n'avait jamais envisagé sérieusement de transformer politiquement le monde, a-t-il aussi fini par renoncer à le sauvegarder. «Ce n'est pas pour perpétuer cette diversité que je lutte, déclarait-il ainsi dès 1967, à la parution du deuxième volume des "Mythologiques", mais pour en préserver le souvenir.»

Sous le titre "Comprendre Lévi-Strauss", le hors série nº 8 du magazine Sciences humaines (nov.-déc. 2008) lui était également dédié et comportait une considérable collection d'articles. Et l'on peut aussi consulter le dossier radio de France Culture.

Donc, le nom de Lévi-Strauss restera lié pour toujours au musée parisien du Quai Branly (là où dialoguent les cultures), dont l'architecte est d'ailleurs Jean Nouvel. L.-S. participa à son inauguration en 2006 et lui céda une grande collection personnelle forte de 1 478 pièces. Elle est à diviser en deux grands ensembles : les collections du Brésil, objets et photos qui proviennent des missions effectuées dans les années 1930, relatées notamment dans Tristes tropiques ; les collections d’Amérique du Nord, soit 5 pièces exceptionnelles provenant de la Côte Nord-Ouest de l’Amérique du Nord (Colombie britannique et Alaska).
Le musée vaut vraiment le détour, tout comme son site internet qui propose une animation permettant de découvrir, en 3D, les objets les plus remarquables de ses différentes collections sur l'Asie, l'Afrique, l'Océanie et les Amériques. On spécifie clairement à chaque fois la provenance géographique de l'objet, l'ethnie qui y avait recours, ses matériaux et techniques de production, et sa datation. Le site suggère de même des promenades à la carte afin de faciliter de virtuelles explorations thématiques dans les collections, ou autour d'une exposition temporaire ou un événement.

Enfin, si vous souhaitez visionner chez l'INA une vidéo où l'on peut voir Claude Lévi-Strauss et Jean-Marie Le Clézio (prix Nobel de littérature 2008) s'expliquer dans le programme Apostrophes, de Bernard Pivot, le 9/9/1988, cliquez sur le lien ; ça vaut le coup. Les deux autres invités de l'émission étaient Didier Éribon et Tom Wolfe.
Vous pouvez également écouter l'émission que Là-bas, si j'y suis a consacré au musée du Quai Branly.

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