vendredi 30 septembre 2016

Anne Queffélec joue Satie, Ravel, Debussy... à Madrid

En hommage à Marylène Béquin, professeure de l’Alliance française de Madrid (Ballon, Francia, 1957 – Madrid 2016), la salle Rouge des Teatros del Canal, à Madrid, accueille la remarquable pianiste parisienne Anne Queffélec. Ce sera en séance unique le 30 octobre.
Au programme, sa grande spécialité, le normand Éric Satie, ainsi que d'autres compositeurs français :
PROGRAMME
I
Erik Satie : Gnossienne nº 1
Maurice Ravel : A la manière de Chabrier
Erik Satie : Gymnopédie nº 1
Francis Poulenc : Pastourelle (morceau de L’éventail de Jeanne)
Déodat de Séverac : Où l’on entend une vieille boîte à musique (morceau d'En vacances)
Claude Debussy : Rêverie
Erik Satie : Gnossienne nº 3
Pierre-Octave Ferroud : Nonchalante (d'Au parc Monceau)
Reynaldo Hahn : Hivernale
Reynaldo Hahn : Le banc songeur (de Le rossignol éperdu)
Claude Debussy : Clair de Lune (de la Suite bergamasque)
Gabriel Dupont : Après-midi de dimanche (de Les heures dolentes)
Erik Satie : Gymnopédie n°3
Charles Koechlin : Le chant des pêcheurs (de Paysages et Marines)
Florent Schmitt : Glas (de Musiques intimes, II)

II
Maurice Ravel : Miroirs
                Noctuelles
                Oiseaux tristes
                Une barque sur l’océan
                Alborada del gracioso
                La vallée des cloches
Suivez ce lien pour accéder aux informations fournies par le site des Teatros del Canal...


Parmi les derniers disques d'Anne Queffélec, citons trois qui ont obtenu les Diapason d'Or...

—  Satie & Compagnie (Mirare), pièces pour piano seul d'auteurs classiques français de l’entre-deux guerres : Satie, Séverac, Poulenc, Debussy, Ravel, Ferroud, Hahn, Dupont, Koechlin, Schmitt.
— Le doble album Ravel, Debussy, Fauré (Erato, 2014) et...
Ombre et Lumière, consacré à Domenico Scarlatti et enregistré chez Mirare en 2015.
À 20 ans Anne Queffélec consacrait son premier enregistrement à Scarlatti. Elle revient aujourd'hui à l’univers du compositeur italien à travers ces 18 sonates, lumineuses ou méditatives, virtuoses ou tendres, qui chantent l'Andalousie, le soleil, la vitalité mais aussi les "clairs-obscurs" de la mélancolie. Après Bach et Haendel , Anne Queffélec complète ainsi pour Mirare sa trilogie des compositeurs nés en 1685. (Mirare)

mercredi 21 septembre 2016

Guyane française: Pour tout l'or de Maripasoula

Radio France Internationale présente sur son site un nouveau documentaire pour le web, Pour tout l'or de Maripasoula, signé par Arnaud Jouve, qui nous montre en trois volets la Guyane sous un angle malheureusement louche, celui de l'orpaillage et ses ravages. 
La Guyane, le plus grand département français, est un territoire aussi vaste que le Portugal et se situe au Nord de l'Amérique du Sud, entre le Surinam et le Brésil. On la surnomme l'Amazonie française. Son chef-lieu est Cayenne.
L'orpaillage est la recherche et l'exploitation artisanale de l'or dans les rivières.
Quant aux répercussions de cette activité, on peut bien les imaginer : saccage des forêts, taux de contamination au mercure très élevés (populations amérindiennes intoxiquées moyennant les poissons —aimaras, piranhas— qu'elles mangent), pollutions variées, violences, prostitution, trafics de tout poil... 
On recense actuellement des milliers de chercheurs d'or clandestins en Guyane ; ils sont souvent soumis à des conditions de pur esclavage, voire torturés, tués. Dans le documentaire de Jouve, Martin Jaeger, le préfet actuel de Guyane, explique qu'en 2014 et 2015, on a réussi à diminuer de moitié les exploitations clandestines et qu'on serait aujourd'hui à moins de 6 000 orpailleurs dans les chantiers actifs des jungles guyanaises.

Les trois chapitres de Pour tout l'or de Maripasoula sont :


  • 1. L’Amazonie française (vidéo de 4' 08'')
  • 2. L’or sale d’Amazonie française (vidéo de 3' 54'')
  • 3. Les Wayana (vidéo de 4' 11''). Les Wayana et les Teko se sont regroupés en une dizaine de villages situés sur les fleuves Tampok et Litani (Haut Maroni). Leur mode traditionnel de vie a été radicalement transformé par cet envahissement choc de la modernité cupide et pillarde. Les anciens déplorent la disparition de leur grands rites sacrés, comme le maraké, et des chants kalawu... Anthropologiquement, c'est-à-dire, humainement, c'est la fin de tout un monde, de ses savoirs et de ses manifestations.

  • Voici les textes d'introduction du webdoc :
    La Guyane est un département de France en Amérique du Sud, recouvert à 90% de forêt amazonienne, bordée par les fleuves Maroni (frontière avec le Suriname) et l’Oyapok (frontière avec le Brésil). Mais la forêt guyanaise, difficilement contrôlable, doit faire face à un orpaillage clandestin sauvage et destructeur contre lequel luttent tous les services de l’État.
    Pour protéger son environnement forestier, la Guyane s’est dotée dès 2007 d’un parc national appelé « le Parc amazonien de Guyane » qui recouvre pratiquement la moitié sud du territoire avec une surface de 3,4 millions d’hectares. Mais la création de cet espace n’a pas réussi à empêcher la venue de nombreux chercheurs d’or clandestins qui orpaillent sur les fleuves et les forêts du parc.
    Pour faire face à cette menace, l’ensemble des services de l’État mènent une guerre permanente contre les orpailleurs clandestins qui se sont disséminés dans la forêt.
    Les « Garimpeiros », les chercheurs d’or brésiliens qui opèrent clandestinement en Guyane, ont souvent leurs bases arrière et logistiques sur les rives surinamiennes pour se protéger des autorités françaises.
    Les chantiers d’orpaillages font appel à plusieurs techniques, il y a les placers où l’on creuse le sol avec de l’eau pour dégager de l’or en surface, il y a les galeries souterraines et les barges qui sont des radeaux sur l’eau avec une pompe pour aspirer les sédiments. Ces chantiers très isolés en forêt sont très consommateurs de carburant, et de pièces de rechange et sont donc très dépendants de toute une logistique qui s’est organisée pour les approvisionner à partir du Suriname pour la zone du haut Maroni. La vie des populations amérindiennes a beaucoup changé ces dernières années. Défi supplémentaire, au cœur de la forêt amazonienne, certains villages doivent aussi faire face aux conséquences de l’orpaillage sauvage. Au nord de Maripasoula, dans la région du haut Maroni, sont installées diverses communautés Bushi nengé ou Noirs marron, comme les Boni ou les Djuka (des descendants d’esclaves qui se sont réfugiés dans la forêt). Au sud de Maripasoula, en amont sur le fleuve on arrive dans les villages amérindiens Wayana et Teko.
    Rappelons également que Grand Reportage, de RFI, a diffusé le 12 septembre une émission complétant le webdoc de Jouve que vous pouvez écouter ici (19' 30'').
    Ajoutons en passant que l'on peut retrouver tous les reportages interactifs et infographies de RFI ici.

    Disons pour conclure que La loi de la jungle : chronique d'une zone de non-droit : la Guyane française, film indépendant de qualité du très discret cinéaste Philippe Lafaix, exposait déjà en 2003, à travers notamment des témoignages bouleversants, les séquelles environnementales, personnelles et sociales de cette prédation interlope sévissant en Guyane; je me permets de vous conseiller de prendre le temps de le voir intégralement (52 minutes) :


    On a écrit à son propos :
    Prix du documentaire Festival international du film de l'environnement - Paris.
    Prix du meilleur film pour les droits de l'homme CinéEco - Portugal. Alors pourquoi cet excellent documentaire n'a été retenu par aucune grande chaine ? Sans doute parce qu'il a été mis "sur liste noire" comme le dit L'Humanité, sans doute qu'il dérange.
    Des frontières passoires dans une forêt équatoriale incontrôlable.
    Une ruée vers l'or qui dégénère en Far-west tropical.
    Des ressortissants brésiliens réduits en esclavage sur des sites d'orpaillage clandestins.
    Les témoignages exclusifs de quatre survivants atrocement torturés.
    Le premier procès en France depuis la guerre 39-45 pour tortures et actes de barbarie attribué à une organisation.
    Des forêts et fleuves partout éventrés. Une contamination massive par le mercure (12 tonnes par an!) de toute la région (le pays des mille fleuves!) qui décime les guyanais dont les derniers amérindiens français.
    Et tout cela se passe dans le plus grand département Français : la Guyane française!
    Un documentaire d'une force exceptionnelle, un constat lucide et un véritable pavé dans la mare.

    samedi 10 septembre 2016

    À la recherche des enfants du Havre

    Au cours de notre voyage en Normandie, au mois de mai 2016, nous reservâmes une demi-journée pour découvrir Le Havre.

    Photo prise par Ángeles de la Horra, participante au voyage. Merci Ángeles !

    Le groupe sur l'Avenue Foch, qui mène à la mer, vers l'Ouest.
    Cet axe est la limite Nord du Quartier Moderne projeté par l’architecte Auguste Perret. 

    C'était le 21 mai. À 9h00, départ de Rouen pour Le Havre (90 kms). Jean-Marie, notre chauffeur de la veille, assurait encore la conduite et nous lui devrions quelques bons éclaircissements ; il était cauchois, comme Guy de Maupassant, et justement, on allait traverser le vaste plateau du Pays de Caux, verte paume où soufflent forts les vents, ce qui contraint les fermes à s’entourer de hautes murailles végétales. Ce sont les clos-masures, ou cours-masures, des prairies quadrillées par des alignements de hêtres ou d’autres espèces —éventuellement frênes— plantées sur un talus d’un mètre de hauteur. Un étranger comme moi les aurait simplement appelés « bocages ». La masure est la demeure.
    Le paysage montrait aussi des champs de lin, typiques de ces climats humides et relativement tempérés à la fois. Alors verts, il aurait fallu les contempler au début de l’été, à la mi-juin, par exemple, quand ils bleuissent. Cela est dû à l’éphémère apparition des fleurs de lin. C’est alors que ces fibres atteignent leur taille maximale, un mètre, peut-être 1,20 m. Puis les tiges jaunissent et le lin est arraché, non fauché, au mois de juillet. Enfin, c’est le rouissage : ça rouit (dit-on, ou rouillit, selon écrivent d’aucuns) de juillet à septembre pour faciliter l’extraction des fibres. Le Robert illustre ainsi le terme : « Le rouissage se fait en immergeant les tiges dans l'eau, ou en les exposant à la rosée, à la chaleur humide ».
    Linfrance explique :
    C’est avec l’alternance de la pluie et du soleil que le lin va commencer à rouillir, les micro-organismes présents dans le sol vont agir sur les tiges de lin. Le liniculteur doit faire très attention de ne pas laisser trop rouillir le lin sous peine d’avoir des fibres de trop mauvaise qualité. Il doit les laisser également suffisamment de temps pour que lin puisse être teillé par la suite. Cette étape peut durer de 2 semaines à 3 mois en fonction des conditions climatiques.
    Le car avançait toujours : des pommes de terre à foison. Puis des champs verts de lin à nouveau. On annonça ensuite l’abbaye de Valasse, élégante abbaye cistercienne.
    À 8 kms environ du Havre, changement radical d’orographie : pendant presque 700 mètres, on survole un affaissement pas trop large du terrain au relief accidenté —que colonise un bois touffu— grâce au moderne et imposant viaduc de Rogerville, en béton précontraint, qui fait partie de l’autoroute A29 et fut mis en service en 1996. Techniquement, c’est un pont en poutre-caisson, structure idéale pour ce genre de structures courbes. Planète-tp en fait l’éloge sur son site :
    La recherche architecturale sur cet ouvrage de l’autoroute A29, a été poussée très loin :
    • les piles biaises à profil variable rappellent ici les arcs-boutants des cathédrales gothiques.
    • Pour réduire l’emprise de l’ouvrage, les deux tabliers sont décalés en niveaux, et partiellement superposés.
    • les larges encorbellements des tabliers sont supportés par des bracons en béton. 
    Sans délai, sur notre gauche, nous començâmes à voir les raffineries pétrochimiques de Total. Ainsi que de jolis wagons rouillés.
    À 10h00, enfin, Le Havre et, trente secondes après, le Stade Océane, toujours à gauche. Le HAC y joue. On aurait dit une gigantesque bouée gonflable bleue. Ou un radeau gonflable bleu... C'est là que nous avons rappelé aux voyageurs l'histoire des bombardements de septembre 1944.
    Si la Première Guerre mondiale avait pour l'essentiel épargné les constructions de la ville, la Seconde Guerre mondiale causa de terribles dévastations. Mis à part les 132 bombardements alliés subis au cours de la guerre, ce furent les pilonnages britanniques début septembre 1944, surtout les 5 et 6, préparatoires de l'imminente Opération Astonia, qui entraînèrent les destructions les plus massives. Le 12 septembre, on libéra une ville meurtrie et rasée. On peut, donc, imaginer le choc brutal éprouvé sur tous les plans par les havrais survivants (vies humaines, habitations, paysage, environnement, monuments, mémoire...) : trop de ravages et de traumatismes simultanés, y compris et notamment pour les enfants...

    Les enfants, on les oublie trop souvent quand on raconte l'Histoire, que ce soit au Havre ou à Gaza, mais cette fois-ci, un film tente de retracer leurs pas en ce temps de guerre 1940-45.

    En effet, « A la recherche des enfants du Havre. L’enfance en temps de guerre 1940-1945 » est un nouveau webdocumentaire —réalisé par Cécile Patingre et les élèves d’établissements scolaires du Havre— relatant l’histoire des enfants havrais mis à l'écart des bombardements nazis peu avant le début de l'Occupation ou évacués sur ordre des Allemands, car « dès 1942, ils prescrirent l'evacuation de populations dites inutiles de certains quartiers du Havre, dont les enfants de 6 à 14 ans ».
    Cécile Patingre recueillit, durant près d’un an, le témoignage de certains parmi ces petits Havrais qui se retrouvèrent seuls, loin de chez eux, sans trop comprendre pourquoi.
    Ce projet s’inscrit dans le cadre de Normandie Impressionniste et bénéficie du soutien de la ville du Havre, du Conseil Départemental de Seine-Maritime et de la DRAC Normandie. Il fut présenté le 16 juin 2016 au théâtre de l'Hôtel de Ville du Havre.

    Cette production audio-visuelle est riche de témoignages, archives administratives, images, dessins, films et textes explicatifs. En voici son introduction...
    À LA RECHERCHE DES ENFANTS DU HAVRE
    L'enfance en temps de guerre 1940-1945
    Une enquête historique webdocumentaire

    C'est un récit manquant de l'Histoire du Havre, celui de milliers d'enfants exilés de leur ville pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour être préservés des bombes ou soumis aux ordres de l'occupant. Ils sont partis, parfois loin, souvent sans leurs parents. Voici leur expérience, singulière et universelle, d'une enfance en temps de guerre.
    Sa vidéo d'introduction...
    Et voici ces deux grands sujets :
    À propos des témoignages qu'elle recueillit au Havre pour la confection de son webdoc, leur obtention et leur nature, Cécile Patingre, la réalisatrice, a donné des éclaircissements très intéressants à lehavre.fr :
    • lehavre.fr : Vous avez donc arrêté les gens dans la rue ?
    C. P. : Exactement. Dès que je croisais quelqu’un qui me semblait avoir l’âge requis je l’arrêtais «  Bonjour Madame, bonjour monsieur, je réalise un documentaire sur l’évacuation des enfants pendant la guerre etc… ». Les langues se sont déliées : soit ils avaient personnellement vécu l’expérience, soit ils m’orientaient vers des personnes qu’ils connaissaient… Tout à commencer comme ça. La ville du Havre m’a également aidé en postant sur ses réseaux sociaux un appel à témoin. En l’espace de 2 jours plus de 40 personnes avaient réagi, notamment des jeunes qui m’invitaient à prendre contact avec leurs grands-parents, leur oncle, etc. Il y a eu un engouement assez fort. Enfin, le bouche à oreille qui a également merveilleusement fonctionné. On a ainsi récolté ainsi une soixantaine de témoignages !
    • lehavre.fr : Vos témoins ont-ils parlé facilement ?
    C. P. : C’est une bonne question car pour la plupart des personnes, ils n’en avaient jamais parlé à quiconque. Pour la plupart, c’était la première fois qu’ils revenaient sur cet épisode, souvent douloureux. Les gens prenaient conscience, durant l’entretien, qu’ils n’en avaient jamais parlé. Ils n’avaient jamais mis de mots sur ce moment de leur vie. Il y a eu beaucoup de larmes durant ces entretiens. C’est un traumatisme pour beaucoup d’entre-deux. Certains n’ont pas vu leurs parents pendant près de 4 ans ! L’émotion remontait à la surface durant ces entretiens parfois éprouvants puisqu’ils duraient environ 1 h 30.
    • lehavre.fr : Je suppose que sur l’ensemble de ces entretiens, certains vous ont particulièrement marqués ?
    C. P. : Les témoignages étaient tous très poignants. Je me rappelle particulièrement de celui d’un monsieur qui, alors qu’il devait partir 6 mois, est resté 4 ans en Algérie sans la moindre nouvelle de ses parentsLorsqu’on lui a annoncé qu’il devait retourner au Havre, ce monsieur ne voulait plus rentrer « mes vrais parents, ce sont ceux avec lesquels je vis depuis 4 ans » justifiait-il. C’était bouleversant ! L’enfant s’était attaché à ceux qui prenaient soin de lui à ce moment.

    jeudi 18 août 2016

    Affaires et biocide : les abeilles

    Signée par Martine Valo et sous le titre Les pesticides triplent la mortalité des abeilles sauvages, le quotidien Le Monde glosait avant hier une étude prouvant encore une fois les ravages causés à la biodiversité, à la vie sur terre, par l'anthropisation et ses affaires, car les poisons rapportent ... au point que ʺBayer fabrique et vend dans le monde des produits interdits en Europeʺ, par exemple.
    Voici les premiers paragraphes de cette information du Monde mise à jour hier :
    Les insecticides de la famille des néonicotinoïdes, les plus efficaces jamais synthétisés, tuent massivement abeilles et bourdons. Il n’y a plus désormais que les firmes agrochimiques pour le nier. Ou du moins pour sous-évaluer le rôle de ces pesticides dans le déclin catastrophique des colonies d’insectes butineurs. Ces sociétés préfèrent le réduire à un facteur pathogène parmi d’autres : virus, monocultures réduisant et fragmentant leurs habitats, champignons, invasion de frelons, réchauffement climatique…
    Il semble, au contraire, que les néonicotinoïdes multiplient par trois cette mortalité accélérée. C’est ce que défend une étude britannique publiée mardi 16 août par la revue Nature Communications et signée par sept chercheurs du centre pour l’écologie et l’hydrologie de Wallingford et de Fera Science Limited, un centre de recherche semi-privé sur l’environnement et l’alimentation sis à York (nord de l’Angleterre).
    Voilà des années que les apiculteurs alertent sur l’impact des néonicotinoïdes, qu’ils lient à l’effondrement du nombre de leurs colonies d’abeilles, depuis que l’usage de ces produits chimiques s’est généralisé dans les campagnes occidentales, à partir de 1995.
    De précédentes études scientifiques ont évalué leurs effets sublétaux et neurotoxiques sur les abeilles domestiques, en particulier. Elles ont montré notamment que celles-ci perdent leur sens de l’orientation, ou que les bourdons donnent naissance à 80 % de femelles en moins…
    Si vous souhaitez accéder directement au rapport de Nature Communications, cliquez ici (en anglais, bien entendu).

    Comme aide à la compréhension de ce très sérieux enjeu, qui nous étouffe, Le Monde fournit une vidéo explicative, dans un moment où le taux de mortalité des abeilles aux États-Unis atteint souvent, ou dépasse, les 30% par an et les colonies d'abeilles s'effondrent partout dans le monde en général. Attention, ce phénomène biocide —découlant notamment de l'usage des néonicotinoïdes— concerne aussi d'autres pollinisateurs comme bourdons et papillons. S'il est essentiel d'en connaître les causes, il faut penser aussi aux conséquences pernicieuses de cette biodestruction.

    Le déclin des abeilles expliqué en 3 minutes



    Pour accéder à une approche plus spécialisée, on peut lire un article d'une équipe belge qui mettait dans le mille déjà en 2006 :  Le dépérissement de l’abeille domestique, Apis mellifera L., 1758 (Hymenoptera : Apidae) : faits et causes probables, par Eric Haubruge(1), Bach Kim Nguyen(1), Joëlle Widart(2), Jean-Pierre Thomé(3), Pascal Fickers(1) et Edwin Depauw(2). En voici un extrait de l'introduction :
    Les abeilles domestiques et sauvages tiennent un rôle-clef dans les écosystèmes terrestres. En effet, la majorité des phanérogames ne pourrait accomplir leur cycle de développement sans l’intervention de pollinisateurs, qui participent de manière prépondérante à la reproduction de nombreux végétaux (Allen-Wardell et al., 1998 ; Michener, 2000). L’incidence de la pollinisation par les insectes est difficile à évaluer. Toutefois, dans nos régions, 84% des espèces cultivées sont directement ou indirectement tributaires de l’activité des insectes pollinisateurs (Williams, 1996). La contribution économique de ces insectes à l’agriculture mondiale est estimée à 117 milliards de dollars US (Costanza et al., 1997). Outre l’amélioration de la fécondation des plantes cultivées, l’abeille domestique, parmi les hyménoptères pollinisateurs, revêt d’autres intérêts dont : la production de miel, de propolis et de gelée royale, le maintien de la diversité génétique et le rôle de bioindicateur (Free, 1993 ; Kevan, 1999). En tant qu’espèce animale à comportement sociétal, elle constitue un modèle biologique d’intérêt majeur (von Frisch, 1967).
    Pour la bibliographie ou en lire plus, cliquez ici.

    (1) Faculté universitaire des Sciences agronomiques de Gembloux, Unité d’Entomologie fonctionnelle et évolutive. Gembloux (Belgique).
    (2) Université de Liège (Belgique), LSM – Laboratoire de spectrométrie de masse ; CART–Centre d’analyse de résidus en trace.
    (3) Université de Liège (Belgique), LEAE – Laboratoire d’Ecologie animale et d’Ecotoxicologie ; CART – Centre d’analyse de résidus en trace.

    mardi 2 août 2016

    Les fondations, Verne et la finance - Paris au XXe siècle

    Entre le 6 novembre 2015 et le 28 février 2016, une fondation d'entreprise, la Fundación Telefónica, nous permit de voir l'exposition Julio Verne. Los límites de la imaginación dans son "espace" de Gran Vía/Fuencarral (Madrid) —dont le site consacre une page web à ses romans clés.
    L'approche de cette présentation visait à montrer ou démontrer l'influence que Jules Verne (Nantes, 1828 - Amiens, 1905) exerça sur "de grands personnages de l'Histoire". Et de l'Intrahistoire, me dis-je, car je suis certain que, parmi les spectateurs de l'exposition, il devait y avoir bon nombre de petits personnages ignorés de l'Histoire —comme moi, qui lus des dizaines de romans de Verne dans la librairie de ma grand-mère, à Ciudad-Rodrigo— à qui il ne fallait pas trop expliquer cette emprise vernienne sur tant d'imaginaires et pour qui cette visite s'avérait bel et bien un moment d'enfance retrouvée. C'est ce que j'essayai de transmettre à mes élèves les plus jeunes. En effet, les enfants des années soixante en Espagne, au lieu de Facebook ou Twitter, nous avions Jules Verne, Emilio Salgari, Walter Scott, Herman Melville et autres Karl May, des auteurs que nous fréquentions surtout dans les bouquins illustrés de la Colección Historias Selección des éditions Bruguera.
    Cette influence incontournable de Verne a été mille fois signalée, analysée ou soutenue, et du premier abord. Déjà dans la précoce biographie de Verne que signe l'explorateur et administrateur colonial Charles Lemire en 1908 (Jules Verne, 1828-1905 : l'homme, l'écrivain, le voyageur, le citoyen, son œuvre, sa mémoire, ses monuments, Berger-Levrault, 1908), on peut détacher plusieurs citations qui illustrent l'ascendant du romancier nantais :
    L'Univers dit : « Jules Verne a été un apôtre de l’initiative et un enthousiaste de la science. Son rôle comme vulgarisateur a été immense. Il a été à distance un maître de géographie, d’histoire naturelle, d’astronomie pour d’innombrables élèves. Enfin, il a été pour certaines inventions un précurseur. (…) »
    (…)
    En fin nous trouvons dans la Liberté cette note très juste sur l’écrivain et sur l’influence qu’il exerça : « Nous devons à Jules Verne une plus grande curiosité des horizons lointains, la hantise de l’extraordinaire possible. Jadis les petites filles et même les grandes rêvaient au prince Charmant. C’est Jules Verne, bien plus que George Ohnet, qui leur a révélé l’honnête ingénieur, ce magicien des temps nouveaux. Les garçons voulaient tous aller réveiller la Belle au bois dormant ; aujourd’hui ils ambitionnent d’atteindre le pôle Sud. (…) »
    Albert Robida-Sur les toits-1883

    Oui, malheureusement, les férus de colonialisme et les chantres des intérêts français trouvèrent aussi de l'inspiration chez Verne, notre civilisation étant capable de créer des monstres expressifs et conceptuels de naïve cruauté genre "aventure coloniale", voire "l'aventure coloniale à la belle-époque".

    Je me rendis deux fois à l'exposition, les 15 et 22 janvier 2016, seul et avec un groupe d'élèves respectivement. L'entrée était gratuite. Gratuite ? Aussi gratuite qu'éternels les prix annoncés dans certaines réclames de l'espèce escroc. Voyons...

    1) Les fondations

    C'est un peu comme les origines des bananes de Jersey : on savait très bien que non sans que l'impeccable article de Christian de Brie, Votre percepteur est coté en bourse (Le Monde diplomatique, mai 2016), ne vienne à notre secours ; mais puisqu'il s'est donné heureusement la peine de l'écrire, j'en profite et je m'en sers pour apporter ses mots, légèrement détournés, à notre commun moulin, si j'ose dire. Ainsi aurait-il pu dire...
    Savez-vous que la facture de l'exposition est dans vos coups de fil ou vos connexions à internet ? Les coûts des expositions montées par les sociétés pour leur promotion sont intégralement répercutés dans le prix des produits et services qu’elles vous vendent. En réalité, elles ont effectué sur vous un prélèvement pécuniaire, par voie d’autorité, à titre définitif et sans contrepartie directe, ce qui est la définition même de l’impôt. Il en est ainsi, entre autres, de toutes les dépenses de publicité — en France, près de 30 milliards d’euros, soit les trois quarts du produit de l’impôt sur les bénéfices —, intégrées dans le prix des biens et des services vendus au consommateur.
    (...)
    Mieux : vous payez deux fois. Car les coûts de l'exposition font partie des charges déductibles minorant d’autant le bénéfice imposable, réduisant l’impôt correspondant, donc les recettes de l’Etat, qui, pour les maintenir au même niveau, se rattrapera sur vous.
    (...)
    là encore, l’Etat récupérera auprès de vous l’impôt perdu passé dans la poche des sociétés. Ainsi, vous aurez financé sans le vouloir la majorité de leurs bonnes œuvres. Ne comptez pas qu’elles vous remercient en vous faisant figurer sur la liste des généreux donateurs. Les généreux donateurs ? Ce sont elles. Elles se chargent de le faire savoir avec une discrétion de parvenu.
    Rien d’étonnant, donc, à ce qu’elles raffolent du mécénat humanitaire, culturel, sportif ou « vert »
    .
    (...) En définitive, tout se passe comme si les pouvoirs publics, censés représenter en démocratie la volonté des citoyens, abandonnaient au secteur privé les moyens de financer les politiques culturelles, sportives, environnementales et autres, en lui transférant indirectement une partie des recettes fiscales et le pouvoir de lever l’impôt, au prétexte que l’Etat… n’a plus d’argent ! A charge pour lui de contrôler le bon usage de l’impôt privatisé. Une gageure, selon un rapport public (2), vu l’explosion du nombre des fondations d’entreprise et leur possibilité de financer des activités et des opérations hors du territoire national. Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus global de privatisation des moyens d’action des Etats au profit de ceux que Susan George appelle les « usurpateurs (3) ».[EN LIRE PLUS]
    ______________________
    (2) Rapport du conseiller d’Etat Gilles Bachelier sur « Les règles de territorialité du régime fiscal du mécénat » (PDF), Paris, février 2013.
    (3) Susan George, Les Usurpateurs. Comment les entreprises transnationales prennent le pouvoir, Seuil, Paris, 2014.
    « Aux États-Unis, il y a un million de fondations privées jouissant d'exemptions fiscales. Est-ce que quelqu'un sait ce qu'elles font ? Il y a eu une flambée de leur nombre et personne ne les audite comme il faudrait », dénonce et se demande James Henry, expert de l'Université de Columbia. Ce que chacun sait, c'est que la modernité financière n'en finit pas de créer des procédés garantissant profits et propagande, et que les fondations constituent l'outil rêvé pour minorer les impôts, accéder aux subsides, blanchir de l'argent ou des réputations, se faire de la com ou orienter-diriger-contrôler des activités et des services d'importance sociale qu'on distrait des instances publiques, bref simplement, du commun.
    Voilà les principaux avantages non négligeables du philanthrocapitalisme, qui s'avère une moderne ploutoprédation économique, idéologique et ostentatoire. C'est l'énième oxymore de la Chimère de l'Argent, car philanthropie voulait dire jusque là, amour de l'humanité et, par extension, désintéressement, c'est-à-dire, générosité et détachement de tout intérêt personnel. On peut donc vraiment croire que notre mise en coupe réglée par des parasites relève de la gratuité ?
    Un exemple : savez-vous que l'American Beverage Association, l'association des boissons non alcoolisées et bien sucrées des États-Unis, a créé il y a quelques années la Foundation for a Healthy America (Fondation pour des États-Unis en bonne santé) qui a financé, entre autres, le Children's Hospital of Philadelphia, à hauteur de 10 millions de dollars, to fund research into and prevention of childhood obesity, c'est-à-dire, pour soutenir la recherche et la prévention dans le domaine de l'obésité infantile ? Dans un dossier publié en mars 2013 par l'Obs (nº 2523), Natacha Tatu écrivait à ce propos : « Ces boissons, ravageuses en termes de santé publique, sont aujourd'hui la première source de sucre dans l'alimentation des Américains, qui en boivent en moyenne 190 litres par personne et par an... Les liens avec l'obésité et le diabète ne font plus un pli. » Ensuite elle citait Cristin Couzens : « Ce sont exactement les méthodes de l'industrie du tabac. » et le chercheur Kelly Brownell, professeur à Yale et spécialiste de l'obésité : « Comme elle, l'industrie sucrière est très organisée ; elle aussi paie des scientifiques qui font des recherches visant à démontrer qu'il n'y a aucun lien entre des maladies et leurs produits. Elle aussi a acheté les faveurs de la société et des élus en faisant de larges donations à des organisations de citoyens ou de consommateurs. »

    Le capital tourbillonne à toute plombe et sait très bien se diversifier, insatiable et insaisissable. Parmi les différentes fondations se développant à bon rythme sous la houlette de la finance, il est utile de citer les « fondations actionnaires », qui utilisent les dividendes qu’elles arrachent pour financer des projets soi-disant philanthropiques. La plus-value, l'exploitation de l'homme par l'homme, soutient et essence de l'amour d'autrui ! En voilà une d'innovation ! C'est comme les microcrédits : quand les média du système en chantent les bienfaits, c'est qu'il faut s'en méfier absolument et à juste titre. 
    Gare, donc, aux philanthrocapitalistes : ils tiennent à imaginer des cachots ronds, comme on verra un peu plus loin.

    2) L'exposition Julio Verne. Los límites de la imaginación

    Je reproduis, légèrement remanié, le résumé que l'on peut trouver sur la page web Les bons plans du Petit Journal, le média des Français et francophones à l'étranger, tout en y ajoutant quelques photos (merci beaucoup, Hamilton, pour ta contribution à cet égard) :
    Les pièces présentées proviennent de 14 collections et institutions espagnoles ainsi que de deux prêteurs internationaux (le couple américain Worswick et la fondation néozélandaise Antartic Heritage Trust, laquelle présente pour la première fois, en Espagne, des photographies prises il y a cent ans sur le continent austral et récupérées en 2013).
    L'exposition prétend dépeindre des frontières parfois invisibles, entre la fiction et la réalité qui se diluent et convergent.
    A partir d'une trentaine de ses œuvres les plus représentatives et des différents domaines où se déroulent ses romans : la terre, l'air, la glace, l'eau, l'espace et le temps, le visiteur, guidé par ses contemporains, tant espagnols qu'étrangers, parcourra l'univers plausible de Jules Verne.
    - Dans le Cabinet de Jules Verne :
    Le Globe de Montfort, pièce unique, l'un des plus anciens conservé, fabriqué en Espagne au XIXème siècle est le symbole de l'inspiration de Jules Verne dans l'élaboration des routes géographiques de ses romans. Dans cette section, le visiteur pourra admirer; entre autre joyaux bibliographiques, la première édition mondiale de "Vingt mille lieues sous les mers (1869), éditée en Espagne en raison de circonstances historiques. On y verra également 44 illustrations de personnages de Jules Verne, de Phileas Fogg au capitaine Hatteras, des inventions ou des engins que l'on retrouve dans ses romans tels que la lanterne magique ou la bobine de Ruhmkorf ainsi que le bestiaire décrit tout au long de sa création littéraire.

    - Les territoires de Jules Verne :
    • La terre connue et inconnue (sa bibliothèque qui lui permit de se documenter) ;
    • Globetrotters (photos prises dans les pays parcourus à l'époque de Phileas Fogg, films de l'époque) ;
    • Mobilis in Mobili reflète la passion pour la mer de Jules Verne (maquettes et photos ) ;
    • Déserts de glace (images d'expéditions polaires qui furent des échecs) ;

      Expédition Shackleton-Photos récupérées en 2013
    • Flotter ou voler (débuts de l'aéronautique) ;

      La sortie de l'opéra en l'an 2000
    • Autour de la Lune (fascination de toujours pour aller dans la Lune) ;
    • 2889 (reflets des progrès de l'époque et pionnier de la science fiction).
    Articles sur internet au sujet de l'exposition

    El País : Jaime Rubio Hancock et Mª Victoria S. Nadal, ABC (César Cervera), eldiario.es/EFE. Citons surtout, en version imprimée, Los hombres que fue Julio Verne, le long article d'Antonio Rómar pour l'hebdomadaire Ahora (Vida Cultura Ideas, 27 de noviembre-3 de diciembre de 2015).
    Liste des vidéos proposées par les organisateurs de l'exposition.

    3) Un roman posthume : Paris au XXe siècle

    Parmi les différents ouvrages de Verne répertoriés dans l'exposition, il y en avait un que les enfants des années soixante n'avions pas eu la possibilité de lire, puisqu'il n'était pas encore publié à l'époque. Refusé par son éditeur Pierre-Jules Hetzel, ce livre ne serait livré au public qu'en... 1994, cent trente ans après sa rédaction, vers 1863.
    Paris au XXe siècle pourrait étonner bon nombre de lecteurs de Verne, y compris ceux qui sont au courant de la nature aux multiples facettes et de l'homme et de l'écrivain, surtout quand on pense qu'après 1863, il serait par exemple anticommunard et antidreyfusard. Verne créerait certains personnages antisystème (Némo) et produirait d'autres romans futuristes ou d'anticipation, comme De la Terre à la Lune (1865), Vingt mille lieues sous les mers (1869-70) ou Les Cinq Cents Millions de la Bégum (1879), par exemple, où il analyserait également les retombées psychologiques, écopolitiques et sociales des possibilités qu'ouvraient la science et la technique de l'époque. Ou La Journée d’un journaliste américain en 2889, ouvrage dont on attribue la rédaction essentielle à son fils Michel, fiction d'anticipation prônant une perspective plutôt optimiste.  
    Mais, sans renoncer à son humour de marque, le ton de Paris au XXe siècleune ville qui n'est surtout pas idéale— est celui de la dystopie (1) et son dénouement, tragique, s'attarde sur la fin clochardisée d'un jeune homme qui ne tient pas qu'à n'être qu'un maillon de la chaîne productive sociale —qui ne tient pas qu'à naître—, dont les talents, non reconnus par un système asservissant sans pitié, auraient dû le promettre à un destin disons plus bourgeois, et décrit sans ménagement la déchéance physico-mentale qu'entraînent l'abandon, la détresse et la sous-alimentation.
    Mourir de faim est douloureux. L'agonie est longue et provoque des souffrances intolérables. Elle détruit lentement le corps, mais aussi le psychisme. L'angoisse, le désespoir, un sentiment panique de solitude et d'abandon accompagnent la déchéance physique.
    Voilà comment Jean Ziegler décrit la mort par inanition dans son imposant ouvrage “Destruction massive - Géopolitique de la faim” (Seuil, 2011). Inanition, du bas latin inanitio « action de vider », de inanire, de inanis « vide, à jeun ». Vide, à jeun..., trop humilié, trop honteux pour honorer l'amour... Voilà l'état terminal d'un jeune homme, Michel Dufrénoy, qui n'était surtout pas un homme d'action et se sentait « seul, étranger, et comme isolé dans le vide » au début de ce spécial récit vernien, décalé dans un monde « où le premier devoir de l'homme est de gagner de l'argent ». Un autre personnage perdant de ce roman, Quinsonnas, le présenterait de la sorte quelques pages plus loin : « un de ces pauvres diables auxquels la Société refuse l'emploi de leurs aptitudes, une de ces bouches inutiles que l'on cadenasse pour ne pas les nourrir. »
    Verne avait certainement en tête, lorsqu'il construisait son personnage et rédigeait ces lignes (à 32 ans environ), son propre cas, car peu avant, en 1857, il peinait à gagner sa vie et, comme Michel avec les Boutardin, il avait à se faire pistonner afin d'obtenir un poste d'agent de change pour la banque Eggly et Cie.
    Lors de sa lecture du manuscrit de ce roman, qu'il refusa, l'éditeur Hetzel nota dans les marges des commentaires genre « pour moi tout cela n'est pas gai », « ces trucs-là ne sont pas heureux »...
    C'est le ton d'un jeune Verne dont la sensibilité, sur le socle d'une information scientifique très mise à jour et d'une connaissance non négligeable de la société de son époque, parvient à subodorer, voire vaticiner le triomphe d'un affairisme déterminant le droit ou la vie sociale, la victoire du machinisme et du dressage sur la vraie vie (quand l'Économie pète le feu, rien n'est plus sûr que la galère du commun, du plus grand nombre, dont les cerveaux pètent les plombs), l'essor d'une production qui est avant tout une destruction —et des hommes (de simples rouages), et de la nature et des savoirs traditionnels—, l'apothéose du « monopole, ce nec plus ultra de la perfection », et de l'évaluation (hantise des affairistes), l'affolement face à la possibilité d'un excès d'argent inoccupé, la mise à mort du travailfaut-il laisser toute espérance à la porte ? »), la misère des conditions de logement des nombreux jetables, la transformation kafkaïenne des laissés-pour-compte en responsables de leur sort ou le développement d'une nov'langue qu'il ébauche moyennant quelques néologismes ou institutions prémonitoires, comme la Société Générale de Crédit instructionnel... 
    Chapeau pour Verne, puisqu'il tint à publier en 1863 un roman d'anticipation sur l'hégémonie du capital financier qui commençait à exercer sa domination justement à partir des années 1860 —comme le rappelle Maurizio Lazzarato dans Gouverner par la dette, Éditions Les Prairies Ordinaires, Paris, 2014, déjà cité ici. À cet égard, Véronique Bedin écrit à juste titre dans l'avant-propos de l'édition du Livre de Poche dont je dispose :
    Mais ce ne sont pas seulement les machines que Jules Verne interroge dans Paris au XXe siècle, ce sont la société, l'argent, la politique et la culture de son temps qu'il projette dans l'avenir. Sur ce point, jamais Jules Verne ne sera plus moderne et plus ambitieux : l'affairisme d'État du Second Empire, scruté sans complaisance, dévore Michel et ses amis en 1960 autant que le démon de l'électricité, et nous ne voyons pas que le temps ait tellement donné tort à l'auteur.
    Hetzel, à son tour, était loin d'avoir le flair vernien en la matière puisqu'il récidivait en marge du manuscrit : « on ne croira pas aujourd'hui à votre prophétie ».

    Non, Verne ne met pas toujours pas dans le mille, tant s'en faut, et commet certaines contradictions et bon nombre de bourdes, mais il fait des remarques parfois étonnantes de nez fin et de justesse au sujet de cette société future gouvernée par la technologie et la finance. Je vous propose un petit inventaire de citations extraites de Paris au XXe siècle —farcies de liens ou de parenthèses de mon cru— qui, à la lumière de notre expérience, ne sont pas exactement de la gnognote :
    « Si personne ne lisait plus, du moins tout le monde savait lire »

    «
    Or, construire ou instruire, c'est tout un pour des hommes d'affaires, l'instruction n'étant, à vrai dire, qu'un genre de construction, un peu moins solide. »


    «
    (...) Suivaient les statuts de la Société [
    Générale de Crédit instructionnel] soigneusement rédigés en langue financière. On le voit, pas un nom de savant ni de professeur dans le Conseil d'administration. »

    «
    Nous avouerons que l'étude des belles lettres, des langues anciennes (le français compris) se trouvait alors à peu près sacrifiée ; le latin et le grec étaient des langues non seulement mortes, mais enterrées ; il existait encore, pour la forme, quelques classes de lettres, mal suivies, peu considérables, et encore moins considérées. Les dictionnaires, les gradus, les grammaires, les choix de thèmes et de versions, les auteurs classiques, toute la bouquinerie des de Viris, des Quinte-Curce, des Salluste, des Tite-Live, pourrissait tranquillement sur les rayons de la vieille maison Hachette ; mais les précis de mathématiques, les traités de descriptive, de mécanique, de physique, de chimie, d'astronomie, les cours d'industrie pratique, de commerce, de finances, d'arts industriels, tout ce qui se rapportait aux tendances spéculatives du jour, s'enlevait par milliers d'exemplaires. »

    «
    (...) ce siècle fiévreux, où la multiplicité des affaires ne laissait aucun repos et ne permettait aucun retard »

    [À propos de la table des Boutardin, une famille opulente] :
    « (...) on mangeait vite et sans conviction. L'important, en effet, n'est pas de se nourrir, mais bien de gagner de quoi se nourrir. Michel sentait cette nuance ; il suffoquait. »

    « 
    M. Stanislas Boutardin était le produit naturel de ce siècle d'industrie ; il avait poussé dans une serre chaude, et non grandi en pleine nature ; homme pratique avant tout, il ne faisait rien que d'utile, tournant ses moindres idées vers l'utile, avec un désir immodéré d'être utile, qui dérivait en un égoïsme véritablement idéal ; joignant l'utile au désagréable, comme eût dit Horace ; sa vanité perçait dans ses paroles, plus encore dans ses gestes, et il n'eût pas permis à son ombre de le précéder ; il s'exprimait par grammes et par centimètres, et portait en tout temps une canne métrique, ce qui lui donnait une grande connaissance des choses de ce monde ; il méprisait royalement les arts, et surtout les artistes, pour donner à croire qu'il les connaissait ; pour lui, la peinture s'arrêtait au lavis, le dessin à l'épure, la sculpture au moulage, la musique au sifflet des locomotives, la littérature aux bulletins de la Bourse.
    Cet homme, élevé dans la mécanique, expliquait la vie par les engrenages ou les transmissions ; il se mouvait régulièrement avec le moins de frottement possible, comme un piston dans un cylindre parfaitement alésé ; il transmettait son mouvement uniforme à sa femme, à son fils, à ses employés, à ses domestiques, véritables machines-outils, dont lui, le grand moteur, tirait le meilleur profit du monde.
    (...) Il avait fait une fortune énorme, si l'on peut appeler cela faire ; (...) 
    »

    [Ajoutons qu'il était directeur de la Société des Catacombes de Paris et de la force motrice à domicile. Quant à son fils Athanase, premier prix de banque et principal associé de la maison de banque Casmodage et Cie,
    « il ne faisait pas seulement travailler l'argent, il l'éreintait »]

    « La maison Casmodage possédait de véritables chefs-d'œuvre ; ses instruments ressemblaient, en effet, à de vastes pianos ; en pressant les touches d'un clavier, on obtenait instantanément des totaux, des restes, des produits, des quotients, des règles de proportion, des calculs d'amortissement et d'intérêts composés pour des périodes infinies et à tous les taux possibles. Il y avait des notes hautes qui donnaient jusqu'à cent cinquante pour cent ! (...) Seulement, il fallait savoir en jouer, et Michel dut prendre des leçons de doigté. »

    «
    (...) les philanthropes américains (2) avaient imaginé jadis d'enfermer leurs prisonniers dans des cachots ronds pour ne pas même leur laisser la distraction des angles. »

    «
    (...) l'excessive cherté des loyers actuels ; la Compagnie Impériale Générale Immobilière possédait à peu près tout Paris, de compte à demi avec le Crédit Foncier et donnait de magnifiques dividendes. »

    [Un coup de lucidité debordienne, voire une certaine anticipation du
    "tittytainment"] : « L'art n'est plus possible que s'il arrive au tour de force ! De notre temps, Hugo réciterait ses Orientales en cabriolant sur les chevaux du cirque, et Lamartine écoulerait ses Harmonies du haut d'un trapèze, la tête en bas ! (...) [C]e monde n'est plus qu'un marché, une immense foire, et il faut l'amuser avec des farces de bateleur. »

    [Les gens se trouvent] « dans la nécessité d'exercer quelque métier répugnant »« (...) le jour où une guerre rapportera quelque chose, comme une affaire industrielle, la guerre se fera. (...) Une armée de négociants intrépides ? (...) Vois les Américains (2) dans leur épouvantable guerre de 1863. »

    «
    (...) la belle langue française est perdue ; [elle] est maintenant un horrible argot (...). Les savants en botanique, en histoire naturelle, en physique, en chimie, en mathématiques, ont composé d'affreux mélanges de mots, les inventeurs ont puisé dans le vocabulaire anglais leurs plus déplaisantes appellations (...). »

    «
    ce diable de progrès nous a conduits où nous sommes [dit l'oncle Huguenin]. —On finira peut-être par faire une révolution contre lui, dit Michel »

    «
    De notre temps, [Balzac] n'aurait pas eu le courage d'écrire la Comédie humaine ! (...) Où prendrait-il [ces types] ! Les gens rapaces, il est vrai, les financiers, que la légalité protège, les voleurs amnistiés poseraient en grand nombre, et les Crevel, les Nucingen, les Vautrin, les Corentin, les Hulot, les Gobseck ne lui manqueraient pas. »

    « (...) le bruit court que les chaires des lettres, en vertu d'une décision prise en assemblée générale des actionnaires, vont être supprimées pour l'exercice 1962 »

    [Parmi les bourdes que l'on peut lire dans cette fiction vernienne d'anticipation, il y a son incontournable quote-part à propos des femmes. Néanmoins, il y a un mot de Quinsonnas, le pianiste, qui malgré son élitisme et son sexisme, prête à sourire...] « La Française est devenue américaine ; elle parle gravement d'affaires graves, elle prend la vie avec raideur (...). La France a perdu sa vraie supériorité ; ses femmes au siècle charmant de Louis XIV avaient efféminé les hommes ; mais depuis elles ont passé au genre masculin, et ne valent plus ni le regard d'un artiste ni l'attention d'un amant ! »

    [Huguenin :] «
    (...) pour moi, la campagne, avant les arbres, avant les plaines, avant les ruisseaux, avant les prairies, est surtout l'atmosphère ; or, à dix lieues autour de Paris, il n'y a plus d'atmosphère ! Nous étions jaloux de celle de Londres, et, au moyen de dix mille cheminées d'usine, de fabrique de produits chimiques, de guano artificiel, de fumée de charbon, de gaz délétères, et de miasmes industriels, nous nous sommes composé un air qui vaut celui du Royaume-Uni ; donc à moins d'aller loin, trop loin pour mes vieilles jambes, il ne faut pas songer à respirer quelque chose de pur ! Si tu m'en crois, nous resterons tranquillement chez nous, en fermant bien nos fenêtres (...). »

    «
    (...) un garçon qui ne peut être ni un financier, ni un commerçant, ni un industriel, comment va-t-il se tirer d'affaire en ce monde ? [demanda Quinsonnas] (...) à moins d'être... [ajouta Huguenin] — Propriétaire, dit le pianiste »

    [Quinsonnas :]
    « 
    Quand on pense qu'un homme, ton semblable, fait de chair et d'os, né d'une femme, d'une simple mortelle, possède une certaine portion du globe ! que cette portion de globe lui appartient en propre, comme sa tête, et souvent plus encore ! que personne, pas même Dieu, ne peut lui enlever cette portion de globe qu'il transmet à ses héritiers ! que cette portion de globe, il a le droit de la creuser, de la retourner, de la bâtir à sa fantaisie ! que l'air qui l'enveloppe, l'eau qui l'arrose, tout est à lui ! (...) que chaque jour, il se dit : cette terre que le créateur a créée au premier jour du monde, j'en ai ma part ; cette surface de l'hémisphère est à moi, bien à moi, avec les six mille toises d'air respirable qui s'élèvent au-dessus, et quinze cents lieues d'écorce terrestre qui s'enfoncent au-dessous ! Car enfin, cet homme est propriétaire jusqu'au centre même du globe, et n'est limité que par son copropriétaire des antipodes ! »

    «
    (...) il chercha un travail manuel ; les machines remplaçaient partout l'homme avantageusement ; (...) il eût fait pitié si la pitié n'eût pas été bannie de la terre dans ce temps d'égoïsme. »

    «
    Michel se trouvait enfin devant la Bourse, la cathédrale du jour, le temple des temples »


    ___________________________
    (1) Les récits d'anticipation dystopiques dépeignent des sociétés régies par des régimes totalitaires qui empêchent la vraie vie et asservissent et déshumanisent les êtres humains. Des récits considérables de ce type seraient La Machine à explorer le temps (H. G. Wells, 1895), Nous autres (Ievgueni Zamiatine, 1920, qui connaissait bien Wells), Le Meilleur des Mondes (Aldous Huxley, 1932), 1984 (George Orwell, 1949), Fahrenheit 451 (Ray Bradbury, 1953), Sa majesté des mouches (William Golding,1954) et La Planète des Singes (Pierre Boulle, 1963), parmi beaucoup d'autres.
    (2) Synecdoque bien exagérée, Verne se rapportant aux seuls Étasuniens.

    lundi 18 juillet 2016

    Les vérités de Julian Assange

    Ayant trop de chats à fouetter ces derniers temps, je n'arrive pas à trouver la pause nécessaire à l'écriture posée des articles d'un blog. Comme il m'appelle néanmoins, pour ne pas laisser d'aucuns —qui aiment trouver des contenus ici de temps à autre— sur leur faim et pour que la canicule ne nous ramollisse pas en excès, voici une entrevue avec Julian Assange, le lanceur d'alerte (Whistleblower en anglais) le plus célèbre du monde par temps de répressions féroces des libéraux contre toute sorte d'activistes, y compris M. Strawberry. Nous la devons à ARTE qui explique sur son site :
    Le 11 avril dernier, une équipe du collectif d’investigation Slugnews a fait entrer les caméras d’ARTE Reportage dans l’appartement de l’Ambassade d’Équateur à Londres, où Julian Assange est confiné depuis bientôt quatre ans.
    Tenue donc le 11 avril, émise le 30 avril (ARTE Reportage) et publiée sur le Réseau le 1er mai 2016, elle s'intitule Les vérités de Julian Assange. En voici la synopsis :
    Depuis l’ambassade d’Équateur à Londres, où il est confiné depuis bientôt quatre ans, le cyber-activiste Julian Assange se confie.
    Le 11 avril dernier, une équipe du collectif d’investigation Slugnews a fait entrer les caméras d’ARTE Reportage dans l’appartement de l’Ambassade d’Équateur à Londres, où Julian Assange est confiné depuis bientôt quatre ans.
    Dans ce face à face rare, Julian Assange revient sur ce jour de Juin 2015 où Wikileaks a révélé l’espionnage des présidents français et allemands par les grandes oreilles américaines.
    Face caméra, il révèle que les services de renseignements français ne l’ont jamais contacté, ni lui, ni Wikileaks pour en savoir plus. Il ajoute : « La France n’est pas capable de protéger sa souveraineté vis à vis des Américains. »
    Le cyber-activiste aborde également plusieurs sujets qui font la Une de l’actualité : l’après 13 novembre 2015 en France, la création de l’organisation Etat Islamique en Irak ainsi que les Panama Papers, révélés par le consortium international de journalistes ICIJ.
    Sous le coup d’un mandat d’arrêt de la justice suédoise, le co-fondateur du site Wikileaks craint surtout d’être extradé vers les Etats-Unis, où il serait jugé pour avoir publié en ligne des milliers de documents secrets de l’armée et de la diplomatie américaine.

    De Marina Ladous et Etienne Huver  – ARTE GEIE / Slug News  - France 2016, ARTE



    BlueMan a présenté cet entretien, avec d'autres apports, sur son site et sur AGORAVOX.


    jeudi 16 juin 2016

    Collon sur les mensonges, la propagande de guerre et la Syrie

    Voici une entrevue, produite par Thinkerview, où l'on interroge l'écrivain et journaliste indépendant belge Michel Collon. Réalisée le 16 février 2016, elle a pour titre Propagande de Guerre, festival de médias mensonges et complot ? et elle aborde les sujets que je détaille un peu plus bas.

    Collon a déjà été cité ici (Notre émotion ne devrait pas borner notre réflexion) et là (¡No es una crisis!). Comme il pense que nous sommes tous des journalistes et que l'information n'est pas un luxe, mais un droit, il a fondé en 2004 le collectif Investig'Action qui...
    (...) regroupe des journalistes, des écrivains, des vidéastes, des traducteurs, des graphistes et toute une série d’autres personnes qui travaillent au développement de l’info alternative. Parce qu’on ne peut laisser des médias dominés par la logique marchande monopoliser l’information sur les guerres, l’économie et les rapports Nord-Sud, Investig’Action milite pour donner la parole aux sans-voix. [En savoir plus]

    Propagande de Guerre, festival de médias mensonges et complot ?

    Liste chronologique des sujets abordés :

    01:33 - Guerre d'Irak
    01:56 - Manipulation des médias
    04:33 - Guerre Yougoslavie
    06:47 - Carl Von Clausewitz
    09:30 - L'affaire du golfe du Tonkin
    10:39 - Opération Northwoods
    13:16 - Khadafi
    13:54 - Syrie
    16:09 - Anthrax / Propagande de guerre
    19:04 - France / Propagande de guerre
    25:07 - Propagande médias/journalistes
    30:21 - Bataclan / 13 Novembre
    34:01 - Terrorisme 30 prochaines années
    37:21 - Réseau Gladio
    40:12 - Théories du complot
    45:23 - Général Wesley Clark
    50:09 - Guerre dans les prochaines années ?
    56:21 - Conseils pour les jeunes générations
    Michel Collon a déjà expliqué à plusieurs reprises quels sont, selon lui, les cinq principes de la propagande de guerre. Par exemple, en septembre 2013, dans ce débat sur la Syrie (Intervenir en Syrie ?) tenu dans l'émission Ce soir (ou jamais !) sur France 2 :



    Collon rappelle qu'en 1917, le premier ministre Lloyd George déclara: « Si les gens savaient la vérité, la guerre s’arrêterait demain. Mais bien sûr ils ne savent pas et ne doivent pas savoir. »
    PRINCIPES DE LA PROPAGANDE DE GUERRE

    1. Cacher les vrais intérêts
    2. Cacher l’Histoire
    3. Diaboliser l’adversaire
    4. Se présenter comme des défenseurs des victimes
    5. Monopoliser le débat et empêcher les opinions adverses
    En ce qui concerne l'allusion à Roland Dumas et la Syrie (cf. 1' 45''), on peut écouter deux explications de Dumas lui-même, une première en longueur, une seconde plus courte, dont voici l'extrait vidéo :

    mercredi 8 juin 2016

    Wer bezahlt diese Spesen?

    Marrant, positivement marrant. C'est justement la presse poppérienne qui fait le plus fi de la réfutabilité et de son corollaire journalistique : si un titre est réfuté, il cesse d'être valide. Et l'analyse la plus élémentaire invalide constamment leurs titres, des falsifications au sens large.
    La presse, de presser, "au sens de tourmenter", dit Le Robert ; du latin pressō, ās, āre, fréquentatif de prĕmō, ĭs, ĕre ; ubera pressare serait presser le pis, traire, nous rappelle Félix Gaffiot. Et pour presser le pis, on hâte le pis et on trahit.
    J'y pensais ce matin lorsqu'un bon ami m'envoya, ahuri, un titre aussi exorbitant et exubérant que le chiffre auquel il faisait référence. Il est encore lisible en ligne et en papier :

    Una operación urbanística fallida de Arpegio le cuesta a Cifuentes 42 millones

    El Pais, Madrid
    Arpegio est une entreprise publique de la Communauté de Madrid, région dont la présidente est Mme Cifuentes. Cette société, "spécialisée dans le développement de projets urbanistiques et l'exploitation d'équipements et d'infrastructures", a été mise en examen dans le cadre des enquêtes de l'Opération Púnica...
    Une affaire de marchés publics truqués implique de nombreux élus locaux dont l’ex-secrétaire général du PP à Madrid, Francisco Granados. L’« opération Punica » a conduit à l’interpellation d’une cinquantaine de personnes, parmi lesquelles nombre de responsables du PP, à Madrid et dans plusieurs mairies et régions autonomes. Ils auraient perçu des pots-de-vin en échange de l’attribution de contrats d’une valeur d’environ 250 millions d’euros. (Source : Le Monde,  • Mis à jour le )
    Voyons, cet arpège sonne faux... "Le cuesta a Cifuentes" ? Est-ce la tournée de la patronne ? Qui paie ces frais ? Quousque tandem abutere, pressa, patientia nostra ? Wer bezahlt diese Spesen? Ainsi tant de chroniques, maladie chronique. So viele Berichte... Bertold Brecht dixit.

    Bertolt Brecht : Fragen eines lesenden Arbeiters

    Wer baute das siebentorige Theben?
    In den Büchern stehen die Namen von Königen.
    Haben die Könige die Felsbrocken herbeigeschleppt?
    Und das mehrmals zerstörte Babylon
    Wer baute es so viele Male auf? In welchen Häusern
    Des goldstrahlenden Lima wohnten die Bauleute?
    Wohin gingen an dem Abend, wo die Chinesische Mauer fertig war
    Die Maurer? Das große Rom
    Ist voll von Triumphbögen. Wer errichtete sie? Über wen
    Triumphierten die Cäsaren? Hatte das vielbesungene Byzanz
    Nur Paläste für seine Bewohner? Selbst in dem sagenhaften Atlantis
    Brüllten in der Nacht, wo das Meer es verschlang
    Die Ersaufenden nach ihren Sklaven.

    Der junge Alexander eroberte Indien.
    Er allein?
    Cäsar schlug die Gallier.
    Hatte er nicht wenigstens einen Koch bei sich?
    Philipp von Spanien weinte, als seine Flotte
    Untergegangen war. Weinte sonst niemand?
    Friedrich der Zweite siegte im Siebenjährigen Krieg. Wer
    Siegte außer ihm?

    Jede Seite ein Sieg.
    Wer kochte den Siegesschmaus?
    Alle zehn Jahre ein großer Mann.
    Wer bezahlte die Spesen?

    So viele Berichte.
    So viele Fragen. 
    __________________________
    Questions que pose un ouvrier qui lit
    Qui a construit Thèbes aux sept portes ?
    Dans les livres, on donne les noms des Rois.
    Les Rois ont-ils traîné les blocs de pierre ?
    Babylone, plusieurs fois détruite,
    Qui tant de fois l’a reconstruite ? Dans quelles maisons
    De Lima la dorée logèrent les ouvriers du bâtiment ?
    Quand la Muraille de Chine fut terminée,
    Où allèrent, ce soir-là les maçons ? Rome la grande
    Est pleine d’arcs de triomphe. Qui les érigea ? De qui
    Les Césars ont-ils triomphé ? Byzance la tant chantée.
    N’avait-elle que des palais
    Pour les habitants ? Même en la légendaire Atlantide
    Hurlant dans cette nuit où la mer l’engloutit,
    Ceux qui se noyaient voulaient leurs esclaves.
    Le jeune Alexandre conquit les Indes.
    Tout seul ?
    César vainquit les Gaulois.
    N’avait-il pas à ses côtés au moins un cuisinier ?
    Quand sa flotte fut coulée, Philippe d’Espagne
    Pleura. Personne d’autre ne pleurait ?
    Frédéric II gagna la Guerre de sept ans.
    Qui, à part lui, était gagnant ?
    À chaque page une victoire.
    Qui cuisinait les festins ?
    Tous les dix ans un grand homme.
    Les frais, qui les payait ?
    Autant de récits,
    Autant de questions.

    Bertolt Brecht, traduction de Maurice Regnaut 

    lundi 6 juin 2016

    Libérer : la langue du pouvoir et le pouvoir de la langue

    Le voyage de l'école devait nous emmener cette année en Normandie. Et on le fit, mais toujours sous le parfum des grèves et manifestations contre la loi Travail. C'était prévisible et émouvant.
    Déjà, il fallut improviser pour y arriver car notre vol à Beauvais fut annulé une demie journée avant notre départ. Finalement, notre déplacement se fit en car.

    Puis, ce serait au Havre qu'on aurait une idée plus précise de la contestation. Au Havre, fief de la lutte où, un peu plus tard, le 2 juin, celle-ci continuait...
    "Une loi scélérate, une loi qui est une trahison du socialisme, une loi qui est une trahison des espoirs des salariés" a martelé Gérard Filoche en direct sur France 3 avant d'entrer dans une salle pleine à craquer pour rejoindre ceux qui, comme lui, ont affirmé et défendu à la tribune que "cela ne peut se terminer que par le retrait" :  François Ruffin (réalisateur du film "Merci Patron !" et fondateur du journal Fakir)  Isabelle Attard, Serge Halimi et Miguel Urbán (cofondateur du mouvement espagnol Podemos).
    Le samedi 21 mai, quant on arrivait au Havre, j'écrivais dans mon bloc-notes :

    10:00. À la radio, Valls débitait encore sa rengaine de la veille : « La loi Travail ira jusqu’au bout ». Après le radeau bleu du Stade Océane, l’inquiétude : on bougeait pas, on était tombés sur un grand bouchon juste à l’entrée du Havre. Blocage ? Non… on apprendrait vingt minutes plus tard qu’il s’agissait d’une longue queue de voitures qui attendait pour pomper de l’essence dans une station-service.
    À gauche, on vérifiait que les docks étaient devenus des centres commerciaux. On les verrait plus tard de plus près. 
    Lecture entretemps d'une info sur les bombardements de septembre 1944. La bataille de Normandie étant conclue, et Paris libérée, Le Havre fut pilonnée par les alliés alors que les défenseurs allemands dynamitaient les installations portuaires...

    Puis, déjà en ville  :

    La résistance contre la loi Travail était partout visible. Par terre, je lus sur le goudron une citation de Pierre Bottero, un écrivain de littérature adolescente mort prématurément : 

    « ELLE T’OFFRIRA EN
    REVANCHE UN TRÉSOR QUE
    LES HOMMES ONT OUBLIÉ :
    LA LIBERTÉ. »
    PIERRE BOTTERO

                                                                                          LOI TRAVAIL NON MERCI


    Ensuite, Boulevard Clémenceau, à la hauteur à peu près de l’église St-Joseph, on aperçut une longue file d’attente de bagnoles assoiffées devant la station de service de Total, peu avant le Musée d’Art Moderne André Malraux.  





    Finalement, à la sortie de la ville...

    Le chauffeur du car [nos amitiés, Jean-Marie] prit par les docks et la Route Industrielle. L’idée était de quitter la ville tout en contemplant la zone portuaire qui nous intéressait. D’ailleurs, on savait que les travailleurs portuaires et dockers menaient une longue lutte contre Hollande-Valls, depuis deux mois au moins. Le port, les docks du Havre accueillent bon nombre de grands porte-conteneurs, de pétroliers ainsi que des paquebots de croisière qui y font une escale. Son terminal pétrolier reçoit en principe 40 % des importations françaises de pétrole brut. 

    Charme en brique nickel des Docks Vauban. Ils survécurent aux bombardements alliés et à la dynamite allemande, et furent retapés par l’architecte Bernard Reichen et transformés en centre commercial et de loisirs où règnent les heureuses marques de l’itérative mondialisation. 

    On quitte vite fait la municipalité du Havre ; nous parcourûmes ensuite la zone industrielle de Gonfreville-l’Orcher où Total dispose de sa plus grande plateforme de raffinage-pétrochimie en France. Sa capacité annuelle de transformation de pétrole brut est de 12 millions de tonnes, selon le site de la compagnie. 

    À 12 :35, on commença à voir sur l’autoroute les effets des blocages d’une résistance tout feu tout flammes, logique choix stratétique, concrètement avant d’arriver au panneau signalant la sortie vers le Port 4150-4400.



    À 12 :38, depuis le car, Route Industrielle, nous vîmes à une centaine de mètres, à son accès, ce qui semblait un calme piquet de grève. Sur une pancarte, on parvenait à lire : « La CGT Total de Normandie, pour un syndicalisme de conquêtes sociales ».



    Jean-Marie devait de temps à autre se frayer un passage à travers des carrefours et des ronds-points où les traces de barrages de pneus brûlés étaient nombreuses, bien visibles, toutes fraîches. Les voyageurs se rappelèrent sournois l’incendie intentionnel et toujours actif de l’immense décharge illégale de pneus de Seseña, en Espagne. Les hautes températures de ces barricades en feu avaient troué et défiguré le bitume. Le car cahotait dessus. 


    [De retour à Madrid, le 25 mai, tard dans la nuit, je lirais un article signé par Natalie Castetz pour Libération dont voici cet extrait :
    Pneus, palettes, arbres déracinés ont brûlé sur les routes donnant accès à la zone industrialo-portuaire qui compte plus de 30 000 salariés. Les barrages ont ralenti les flux de marchandises et perturbé la circulation des salariés, mais le mouvement a pris une autre ampleur avec l’annonce, vendredi, de l’arrêt de la plus grosse raffinerie de France. Pour le retrait de la loi travail, les syndicats CGT et FO de la raffinerie Total de Gonfreville-l’Orcher, 1 700 salariés, ont voté l’arrêt de la production.]
    Le dernier rond-point de la Route Industrielle était coupé par des barrières métalliques. Jean-Marie dut tourner à droite, s’engager dans le sens contraire à notre marche sur la Route de la Plaine, faire 360º au rond-point qu’il y a à la hauteur de DHL pour revenir en arrière et sauver ainsi ledit rond-point bloqué.




    De retour à Madrid de ce voyage en Normandie, je lance une recherche sur internet et je saisis trois mots : Valls, libère, raffineries.
    Je me livre souvent à ce genre d'exercices car les résultats sont autrement époustouflants. Il est drôle de voir à quel point la presse libre et plurielle remplit constamment la fonction de passeuse de notes gouvernementales et/ou patronales, ce qui revient au même, surtout quand Valls déclare depuis Jérusalem, impregné d'un sadisme extra. C'est-à-dire : les tyrans libèrent et la presse, toujours dépendante, soutient leur campagne. Sauf lorsque la priorité revient à un parti pris en rapport aux querelles des familles intrasystémiques : c'est là qu'on s'amuse le plus.
    Et Google de vomir aussitôt bon nombre de résultats libertaires :

    Carburant: Manuel Valls «très déterminé» à ce qu'il n'y ait aucune ...

    www.lefigaro.fr/.../20002-20160522ARTFIG00041-la-cgt-appell... - Traducir esta página
    22 may. 2016 - Ce Dimanche, quatre des huit raffineries étaient encore bloquées, ainsi ... Les forces de l'ordre libèrent deux nouveaux dépôts de carburant ...

    Raffineries bloquées. Valls assure que d'autres sites seront libérés

    www.ouest-france.fr › ... › Transports › Pénurie de carburant
    24 may. 2016 - Manuel Valls a promis que « d'autres sites (de raffinerie) seront libérés ... Le dépôt de Fos libéréLa raffinerie Esso et le dépôt de carburants de ...

    Raffineries bloquées : "D'autres sites seront libérés" selon Valls

    www.midilibre.fr/.../toutes-les-raffineries-francaises-paralysees-sel... - Traducir esta página
    24 may. 2016 - Manuel Valls a réaffirmé mardi qu'il n'y aurait "pas de retrait" du projet de loi travail, et a promis que "d'autres sites (de raffinerie) seraient ...

    Blocage des raffineries : "Nous continuerons à évacuer les sites ...

    www.sudouest.fr/.../blocage-des-raffineries-nous-continuerons-a-e... - Traducir esta página
    24 may. 2016 - Face au blocage des raffineries et des dépôts de carburant, Manuel Valls ... "A Fos-sur-Mer, le site a été libéré, tous les accès ont été dégagés.

    christophe on Twitter: "Manuel Valls libère les raffineries.. (ce qui est ...

    https://twitter.com/cricrib/status/735021085310214144
    24 may. 2016 - Follow Following Unfollow Blocked Unblock Pending Cancel. christophe @cricriB May 24. Manuel Valls libère les raffineries.. (ce qui est bien ...

    Valls envoie les CRS débloquer les raffineries, bientôt l'armée ?

    www.economiematin.fr/news-loi-travail-blocage-CRS-police-raffi...
    Valls envoie les CRS débloquer les raffineries, la grève se généralise ! par Paolo Garoscio ... Fos-sur-Mer libérée, le port du Havre en grève. Si, Manu(el) ...

    Pénurie de carburant : 25 navires affectés par le blocage des ...

    www.francetvinfo.fr › ... › Transports › Pénurie de carburants - Traducir esta página
    24 may. 2016 - Plus tôt, Manuel Valls avait affirmé que "d'autres sites [seraient] libérés" ... Un salarié de la raffinerie de Donges participe à un blocage pour .... 15h13 : "Nous respecterons toujours la liberté syndicale, la liberté de manifester (.

    Statuts de la liberté - Le Monde

    www.lemonde.fr/.../statuts-de-la-liberte_4931061_4500055.html - Traducir esta página
    hace 2 días - Valls assure que d'autres sites seront libérés » (Ouest-France). ... Et là, il met le feu, Manuel, avec son « libérer » les raffineries et les dépôts ...

    Le déblocage par la force des raffineries en grève est-il légal ...

    https://nuitdebout.fr/.../le-deblocage-par-la-force-des-raffineries-e...
    25 may. 2016 - Le déblocage par la force des raffineries en grève est-il légal ? ... lorsque les forces de l'ordre ont libéré les accès à la raffinerie et aux dépôts ... De son côté, Manuel Valls a promis : « Nous continuerons à évacuer les sites (…) ...
    Et ce n'était que la première page des résultats, il y en avait d'autres dont on reparlera illico.

    Pour aller un peu plus loin, je clique sur le lien du Monde, qui nous renvoie à un article de Lucien Jedwab intitulé Statuts de la liberté et publié par le magazine du Monde. Son début confirme nos soupçons :
    « Raffineries bloquées. Valls assure que d’autres sites seront libérés » (Ouest-France). « Tous les sites seront libérés. Encore ce matin, le site de Fos-sur-Mer a été libéré, tous les accès ont été dégagés par les forces de l’ordre » (Manuel Valls, sur Europe 1). « L’Etat fera ce qui est nécessaire pour libérer un certain nombre de ces raffineries, pour assurer l’approvisionnement des Français » (Stéphane Le Foll, sur France Info, déclaration rapportée par Le Parisien). « Onze dépôts ont été libérés » (le même, après le conseil des ministres). Le choix des mots…
    Le Figaro, Économie Matin, Le JDD, Ouest-France,... Un blog de L'Obs analyse et met en perspective... J'en profite pour vérifier que le gouvernement libère même les prix, comme on pouvait s'en douter. Ou qu'en Belgique, 7sur7 titre également :
    Le port pétrolier de Wandre a été libéré.
    Mais ce qui est vraiment sidérant, c'est que Mathias Jeanne, délégué de la CGT (Confédération générale des travailleurs) du terminal pétrolier de la Compagnie industrielle maritime (CIM) havraise et participant aux grèves, reprend, selon RFI, le participe du verbe libérer à l'égard du carburéacteur repris par la police. Et que le site de la Nuit Débout relaie tranquillement ce vocabulaire, le 25 mai, comme si de rien n'était ; après une introduction qui pose une question...
    Mardi, des militants CGT opposés à la loi Travail ont été dégagés par les forces de l’ordre des accès à la raffinerie de Fos-sur-Mer, qu’ils occupaient depuis la veille. Ce mercredi 25 mai, ce sont les accès au dépôt de Douchy-les-Mines qui ont été débloqués. Ces « déblocages » par la force sont-ils légaux, alors que les employés usent légitimement de leur droit de grève ? (...)
    ... , voici la suite de ce texte :
    « On utilisera tous les moyens au service d’une démocratie pour qu’il n’y ait pas de pénurie » . En faisant cette déclaration, le ministre Michel Sapin avait sous-entendu que le gouvernement aurait recours à la force pour mettre fin au blocage des raffineries. De fait, c’est ce qu’il s’est passé ce mardi matin, aux environ de 4 heures, à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), lorsque les forces de l’ordre ont libéré les accès à la raffinerie et aux dépôts de carburants bloqués depuis lundi par des militants de la CGT. « Débloquer les raffineries, c’est illégal, a réagi  le secrétaire général du syndicat, Philippe Martinez. Monsieur Sarkozy a essayé en 2010, il a été condamné par l’OIT pour non respect du droit de grève dans les raffineries« . De son côté, Manuel Valls a promis : « Nous continuerons à évacuer les sites (…) qui sont aujourd’hui bloqués par cette organisation » . Alors, qui a raison ? 
    Le rouge est de mon cru : j'ai tenu à ce que le texte rougisse là où il fait singulièrement mal.
    Car Viktor Klemperer, sous la botte nazie, abasourdi, consterné que les Juifs allemands puissent réemployer la lingua tertii imperii (LTI), la langue de leurs oppresseurs, nous avait bel et bien prévenus : la victime doit éviter le langage du vainqueur.