jeudi 26 janvier 2023

Le journalisme d'enquête libre et pluriel en Capitalisme débraguetté

Un exemple (à travers une simple revue de presse). Un bon exemple d'une bonne vieille obscénité au sujet de laquelle le cynisme nous rassure. [Cf. Les nouveaux chiens de garde, le film et ses références.]

« Victoire de l’irresponsabilité », Emmanuel Macron invite à déjeuner, en toute discrétion et avec une facilité déconcertante, vertigineuse et non inédite, dix éditorialistes de la presse parisienne afin de leur insuffler off the record un argumentaire de vente juste deux jours avant la journée d’action contre sa Réforme des Retraites, convoquée pour le jeudi 19 janvier. « A croire, si votre infolettre osait, que le chef de l’Etat s’est directement épanché auprès de nos confrères, histoire de faire passer quelques messages, sans caméras ni micros… », dixit l'Infolettre Politico du 18.01.2023.

Les copistes collabos en question avaient été choisis parmi les pantins préférés du Président des nababs, mérite dont jouissent Guillaume Tabard, du Figaro, Dominique Seux, de France Inter et des Échos, Françoise Fressoz, du Monde, ou encore Nathalie St-Cricq, de France Télévisions (chef du service politique de France 2). Qui est plus esclave qu'un courtisan assidu, si ce n'est un courtisan plus assidu ? se demandait rhétoriquement La Bruyère (De la Cour, 69, Les Caractères). Il y avait néanmoins une condition de taille pour assister au repas et aux confidences : les perroquets ne devraient jamais avouer qu’ils avaient vu Emmanuel Macron et, donc, ne pouvaient pas le citer (cf. Ève Roger, C médiatique, émission présentée par Mélanie Taravant sur France 5 diffusée le 22.01.2023 ; cf. CheckNews du Libé du 24.01.2023). 

Donc, ô prodige, le même jour (le 17.01.2023 ou tôt le lendemain), malgré une façade présidentielle silencieuse (Cécile Cornudet, Les Échos), les « journalistes » ventriloqué.es ont trouvé la manière de colporter la bonne parole macronite bien calquée en tous indépendance et pluralisme : ici (Yaël Goosz, France Inter), ici (Matthieu Goar, Le Monde, qui venait tout juste de dénoncer le 5.01.2023, avec Ivanne Trippenbach et Claire Gatinois, « le Off,... une dérive politique » et les contorsions journalistiques concomitantes) ou là (Guillaume Tabard, Le Figaro, qui, à l'heure des alibis historiques, montre comme de l'eau de roche de quel bois se chauffe la lignée De Gaulle, Chirac, Sarkozy, etc.), ou là là (Benjamin Duhamel sur BFMTV). Ah l'entourage et les coulisses du donneur de ton (Raphaël Delvolvé, Europe 1, 18.01.2023). Complétaient la bouffe trois autres porte-parole de l'Élysée, à savoir, Alba Ventura (RTL), Stéphane Verbay (Ouest France) et David Revault d'Allonnes (rédacteur en chef politique au JDD). Ventura transmet le 18 : « À la veille de la journée de mobilisation contre la réforme des retraites, c’est la sérénité qui règne à l'Élysée. » « (...) avant une journée de mobilisation qui s'annonce massive, contre la réforme des retraites. Est-ce de nature à émouvoir Emmanuel Macron ? Non, le président de la République est droit dans ses bottes. Cette réforme il la veut. » « Emmanuel Macron dit souvent ces temps-ci qu’il ne croit pas à la victoire de l’irresponsabilité. » et tout le tralala qu'elle ressasse le lendemain tout en préservant les mots codés, les expressions totem de ces temps-ci. 

Vis-à-vis de tant d’écholalie macronite (ils ont tous diffusé les mêmes éléments de langage, vous n'avez qu'à comparer), Tabard, manteau à court d’arguments, se couvre plutôt mal.

Ouhhh là, côté ou là là, l'esprit a du mal à s'affranchir d'une vague réminiscence, en rapport peut-être avec un pur hasard généalogique, car... la nièce par alliance de Nathalie St-Cricq est la ministre des Sports macronite Amélie Oudéa-Castéra [ce qui ne constitue en principe aucun problème], qui est cousine de Benjamin Duhamel, journaliste de service ou là là au service politique de BFMTV, fils de Patrice Duhamel, ex du Figaro et directeur général de France Télévisions, et de Nathalie Saint-Cricq, qui est elle-même donc la belle-sœur de l’incontournable journaliste indépendant, libre et pluriel Alain Duhamel. 

Mais, parmi les cité.es, en matière de journalisme de révérence, « moi, mon colon, cell' que j'préfère, c’est » Françoise Fressoz, qui se produit d'ailleurs dans un journal de révérence. « La facilité déconcertante avec laquelle Emmanuel Macron mène campagne rend le moment à la fois inédit et vertigineux » avait-elle déjà pondéré une fois, elle, qui a consacré à Macron grand nombre d’autres alertes équilibrées, car le suryong renaissant prônant le Travail (des travailleurs) et l'All Predation for Good est un « capitaine Tempête » « protecteur de la nation », un « énarque pétri de philosophie », « une tête bien faite », un « flibustier », « préoccupé de justice sociale et désireux de vaincre cette "fatigue des démocraties" ». Voilà pourquoi elle est à même de nous rassurer : « personne n’est aujourd’hui en mesure de lui disputer le leadership, ni même simplement le partage du pouvoir. » 


[Les adorateurs de Jupiter (ados) ont la possibilité d'accéder à des échantillons stupéfiants de l'ensemble de son œuvre sur machronique en marche en cliquant ci-contre]

mardi 24 janvier 2023

Rapport OXFAM janvier 2023

 

Nouveau rapport d’Oxfam sur les inégalités mondiales

Depuis  2020, les 1% les plus riches ont capté 63% des richesses produites, près de deux fois plus que le reste de la population mondiale. C’est le constat révélé par le nouveau rapport d’Oxfam sur les inégalités mondiales, publié en marge du Forum économique mondial de Davos.

La loi du plus riche : les chiffres-clés du rapport

  • Depuis 2020, deux tiers des richesses mondiales produites ont été captées par les 1% les plus riches.
  • Les milliardaires ont gagné 2,7 milliards de dollars par jour depuis 2020 grâce à l’intervention publique face au coronavirus.
  • Depuis 2020, les 10 premiers milliardaires ont gagné 189 milliards d’euros, l’équivalent de deux ans de factures de gaz, d’électricité et de carburant des Français·es.
  • Taxer la fortune des milliardaires français à hauteur d’à peine 2% permettrait de financer le déficit attendu des retraites.
  • Avec une fortune de 179 milliards d’euros, Bernard Arnault est désormais l’homme le plus riche de la planète. Sa fortune correspond à l’équivalent de celle de près de 20 millions de Français·es.

Lire le rapport

Les milliardaires continuent de surfer sur les crises

Alors que nous traversons une période sans précédent marquée par des crises multiples, les ultra-riches se sont considérablement enrichis depuis 2020 et les bénéfices des grandes entreprises ont atteint des records sans précédent. Les milliardaires à travers le monde ont gagné plus de 2,7 milliards de dollars par jour depuis le début de la crise tandis que les entreprises des secteurs de l’alimentation et de l’énergie ont plus que doublé leurs bénéfices en 2022. 

Mais les crises n’ont pas fait que des gagnants. Partout, l’explosion des prix de l’énergie et des biens de première nécessité frappe en particulier les plus précaires. Plus de 820 millions de personnes souffrent aujourd’hui de la faim. 60% d’entre elles sont des filles et des femmes.

En France aussi, les milliardaires tirent leur épingle du jeu 

La France, comme le reste du monde, fait face à une succession de crises de forte intensité. Mais les milliardaires français font eux aussi partie des grands gagnants : depuis 2020, leur fortune a augmenté de plus de 200 milliards d’euros, soit une hausse de 58%. Parmi eux, un homme s’en sort particulièrement bien : Bernard Arnault, qui est désormais l’homme le plus riche au monde, avec une fortune équivalente à celle cumulée de près de 20 millions de Français et Françaises.

Dans le même temps, les plus précaires sont devenus encore plus pauvres et les inégalités ont explosé avec, en première ligne de ces inégalités, les femmes. Si le gouvernement a dépensé des dizaines de milliards d’euros pour combattre la crise de la vie chère, ce sont les riches qui ont davantage bénéficié des mesures gouvernementales. Selon l’Insee, entre janvier 2022 et juillet 2022, les Français ont perdu 760 euros malgré l’intervention du gouvernement.

La réforme des retraites à venir, visant à repousser l’âge de départ à la retraite à 64 ans, risque d’aggraver encore davantage les inégalités. Une nouvelle fois, les plus précaires porteront le poids de cette réforme. Oxfam France a calculé que seulement 2% de la fortune des milliardaires français suffirait à financer le déficit attendu des retraites.

Lire le focus France

Les recommandations d’Oxfam

Oxfam appelle à une augmentation des impôts sur les ultra-riches, à une véritable taxe sur les superprofits mais aussi à des mesures de lutte contre l’évasion fiscale afin de faire contribuer ceux qui ont profité de la crise.

Oxfam appelle également le gouvernement à mettre en place des aides plus importantes ciblant celles et ceux qui subissent le plus la crise de la vie chère. 

Des investissements structurels sont également nécessaires pour renforcer notre résilience face à des prochaines crises. Ces investissements, dans le logement, les transports en commun, les services publics, l’eau, etc. permettraient un double bénéfice : réduire notre dépendance aux énergies fossiles tout en réduisant les factures.

Lire les recommandations

vendredi 20 janvier 2023

Les dix légendes structurantes d'Israël, par Ilan Pappé

Ilan Pappé présente aujourd'hui à Paris Les dix légendes structurantes d'Israël, traduction française de son essai Ten Myths About Israel, Verso, New York, 2017, 192 pages ; il le fera dans le cadre d'une conférence-débat organisée par l'UJFP (l'Union Juive Française pour la Paix) :

L’UJFP vous convie à une soirée-débat avec ILAN PAPPE pour déconstruire les dix légendes structurantes d’Israël

Vendredi 20 janvier 2023, à 20h, à l’AGECA

177 Rue de Charonne, 75011 Paris

Télécharger l'invitation en cliquant ici.

Ce titre interpelle immédiatement les gens soucieux de révéler ou de mieux connaître la vérité que tentent de dissimuler les clichés que diffuse la propagande israélienne (la « hasbara ») pour justifier la politique coloniale, d’apartheid et d’épuration ethnique que subit le peuple palestinien et réprimer sa résistance.

En voici quelques-uns : 

Les juifs israéliens seraient un peuple descendant des Hébreux et revenu dans son pays après 2000 d’exil.

Il y aurait trouvé une terre sans peuple et aurait fait fleurir le désert.

Lors de la Nakba les Palestiniens (expulsés) seraient en réalité partis d’eux-mêmes.

La guerre des six jours en 1967 auraient été lancée pour empêcher une attaque imminente des pays arabes.

Le sionisme serait la seule solution à l’antisémitisme largement partagée par la population juive.

Les « accords d’Oslo » et la « solution à deux Etats » auraient été une proposition de paix généreuse et équitable.

L’Etat d’Israël serait un Etat démocratique.

La résistance du Hamas serait condamnable parce qu’il ne serait qu’un parti terroriste voulant jeter les Juifs à la mer.

Etc…

Ilian Pappe, historien israélien exilé en Angleterre, auteur de nombreux livres sur le « conflit » israélo-palestinien, démonte clairement tous ces clichés et établit la vérité.

Le livre comporte aussi une chronologie depuis les débuts du mouvement sioniste

Pour le commander sur le site de l’éditeur


ISBN : 978-2-913112-71-1
Éditeur : NUITS ROUGES
Date de publication : 14/01/2022
Collection : LES NUITS ROUGES
Nombre de pages : 213
Langue : français (Traduit par )
Langue d'origine : anglais.
Prix : 11€.

Présentation extraite du site de la librairie des Cordeliers :

1. Au XIXe siècle, avant l'arrivée des Juifs européens, la Palestine n'était pas une terre aride non cultivée. 

2. Ces immigrants juifs n'étaient que très partiellement des descendants des Hébreux de l'époque romaine. 

3. Sionisme et judaïsme ne sont pas des notions équivalentes. Tous les Juifs, et notamment les orthodoxes, ne sont pas sionistes. 

4. Le sionisme est bien une forme de colonialisme. 

5. L'exode des Palestiniens pendant la guerre de 1948 fut principalement causé par les exactions israéliennes. 

6. La guerre de 1967 fut largement anticipée, voire souhaitée, par les dirigeants israéliens. 

7. L'Etat juif qui impose une forme d'apartheid aux Palestiniens n'est pas démocratique. 

8. Le pseudo-« processus de paix » engagé à Oslo en 1993 ne pouvait pas aboutir. 

9. La résistance du Hamas à Gaza n'est pas condamnable en elle-même.

Enfin, le 10e mythe auquel Pappe fait un sort concerne la fausse solution, dite à 2 Etats, dont il démontre l'impossibilité et la malhonnêteté.