jeudi 1 mai 2014

Nestlé : Un empire dans mon assiette

Dans une chocolaterie qu’il possède en Italie, le groupe Nestlé
a proposé aux salariés de plus de cinquante ans de diminuer
leur temps de travail (1), en échange de l’embauche d’un de leurs
enfants dans cette même entreprise. C’est une position perverse,
cruelle. Une incarnation de ce management néolibéral, qui est basé
sur le harcèlement, la culpabilisation, la destruction.

Monique Pinçon-Charlot,
coautrice de La violence des riches,
entretien avec Agnès Rousseaux, bastamag.net, 5/11/2013


Le webdocumentaire Un empire dans mon assiette est le résultat d'une enquête réalisée par Judith Rueff sur le groupe suisse Nestlé, numéro 1 mondial de l'alimentation, dont le chiffre d'affaires atteignit en 2013, selon sa déclaration, 92,2 milliards de francs suisses entraînant des bénéfices de 10 milliards de francs suisses. Il dispose de 18 usines en Espagne, 39 en France, 30 en Allemagne, 71 aux États-Unis, 21 en République populaire de Chine, 24 au Brésil, 12 en Afrique du Sud, 13 en Australie... 5 500 tasses de Nescafé sont bues chaque seconde dans le monde. Les 8 000 marques Nestlé, la multinationale aux mille visages, autorisent difficilement les gens —contraints de manger et de boire— à s'en affranchir : elles inondent les rayons agroalimentaires des grandes et petites surfaces partout dans le monde.

Coproduit par Ligne 4 et Les Films d'ici 2 pour France Télévisions, en partenariat avec Le Monde, France Info et Terra Eco, ce projet transmédia, dont l'objectif est carrément de prendre l'oiseau au nid, fut mis en ligne le 24 avril 2014 et émis sur la chaîne de télévision France 5 le 28 suivant (France 5 a également diffusé le documentaire Un empire en Afrique le mardi 29 avril à 21h44).
Cette enquête décrypte (ou démasque, selon Terra Eco) la stratégie prédatrice de Nestlé. Sur le portail d'accès, l'internaute est prié de naviguer dans un placard virtuel rempli d'articles vendus par la multinationale vaudoise. Il devra explorer une toile bariolée farcie de nombreuses silhouettes d'emballages, choisir un produit, répondre à une question à choix multiple qu'on lui pose à son propos et regarder le reportage filmé ou l'infographie animée analysant les dessous louches, sans fards publicitaires, de la marchandise décortiquée. Ainsi déniche-t-on des denrées étiquetées "durables" qui ne sont en fait ni bio, ni équitables, ou des céréales Fitniaise contenant les mêmes taux de graisse et de sucre qu'un Choc-à-pic...
On avance de la sorte dans le parcours proposé : à chaque jalon 1, 2, 3, une carte dévoile l'étendue sur la planète de cet empire colossal, de ce petit nid... de vautours ?
Un exemple : on clique sur la silhouette d'une bouteille d'eau minérale Perrier. À partir d'une interrogation double, De l'eau dans le gaz ou du gaz dans l'eau ? Quelle proposition vous semble juste, pour obtenir du Perrier en bouteille ?, trois possibilités A, B, C s'ouvrent à votre considération :
  1. On met tout simplement l'eau de la source naturellement gazeuse
  2. On puise l'eau de la source naturellement gazeuse. Puis on sépare l'eau et le gaz avant de les reconditionner ensemble lors de l'embouteillage.
  3. On injecte dans de l'eau plate ou dégazéifiée du CO2 en proportion variable selon la taille des bulles que l'on souhaite obtenir.
Après avoir validé sa réponse, on reçoit la réponse correcte et une explication là-dessus. On visionne ensuite une vidéo d'environ 5 minutes dont le point de départ est une question simple et époustouflante : Peut-on délocaliser la production d'une eau minérale ? C'est tout l'enjeu d'une bataille juridique qui vient d'opposer Nestlé à la petite ville de Vergèze, dans le Gard, où jaillit la source de la célèbre eau pétillante en question, exploitée il y a 150 ans... Précisons que Nestlé Waters racheta le site de production en 1992 et que la population de Vergèze craint une délocalisation masquée de la production de Perrier.

Si nous prenons une autre référence "prestigieuse" car georgeclooneysée, les capsules Nespresso, Laurent Castaignède (ingénieur, BCO2 Ingénierie) nous apprend qu'elles produiraient, en raison notamment de leur emballage multiple, deux fois plus d'émissions de gaz à effet de serre qu'une machine à café à percolateur (celle des bars) ou à filtre.
Une autre QCM nous décèle qu'en buvant un bol de Nesquick, on absorbe 20% de cacao et 80% de sucre. On risque d'en déduire que c'est en sucrant qu'ils se sucrent. Mais ce n'est pas par hasard que Grosquick a disparu du marketing du petit nid, tout comme le troisième des oisillons qui l'habitaient jusqu'en 1966...
En matière de bourrage de crâne corporatif, un autre article de cette cuisine nous rappelle que "des réalisateurs connus se sont pliés à l'exercice du film publicitaire" vantant des produits Nestlé. Concrètement, Claire Denis, Michel Gondry, Ridley Scott et Jean-Paul Rappeneau. Au bout du compte, la propagande et ses spectacles constituent le bouillon et la bouillie de culture de notre civilisation, et Nestlé ne saurait s'en priver.

Comme le rappelle le journal Le Monde, derrière les marques que nous connaissons depuis des décennies, "il y a des stratégies marketing et commerciales bien rodées, des marchés et des matières premières, un réseau d'influence et une image à soigner", dans ce cas, à verdir. Et un violent lobbying à faire peur. Ou des activités d'espionnage contre des militants altermondialistes (le Nestlégate, pour lequel, en dépit de sa légion d'avocats, la société Nestlé -en compagnie de Securitas, firme qui se met à la disposition de tous ceux qui souhaitent "se permettre d'évoluer à leur guise, sans souci"- a été condamnée par le Tribunal Civil de Lausanne) :
Le 25 janvier 2013, exactement un an après la tenue du procès civil et quatre ans et demi après le dépôt de la plainte, le verdict est enfin tombé : Nestlé et la société de surveillance Securitas sont condamnées pour leurs pratiques d’espionnage d’Attac et des auteurs du livre « Attac contre l’Empire Nestlé ». Le Tribunal a reconnu qu’il s’agissait d’une infiltration illicite et a admis que les droits de la personnalité des plaignant-e-s ont été violés. Il a condamné Nestlé et Securitas à leur verser une réparation pour tort moral de l’ordre de CHF 3000.- chacun-e ainsi qu’une partie des frais d’avocats.
Source : ATTAC Suisse.

Quant au forcing des très grands auprès des décideurs, le dit lobbying, il s’exerce à travers une myriade d’associations —comme nous le rappelle Marc Pigeon, chercheur au CEO (Corporate Europe Observatory)— et recourt à une désinformation calculée et systématique.
Il s'agit de tout faire pour fragiliser les régulations et rafler des subventions :
Agribusiness lobbying in Brussels involves biotech, food, animal feed, agrofuels and pesticide producers targeting decision makers to weaken regulations or to get subsidies.
Monique Goyens (directrice générale du Bureau Européen des Unions de Consommateurs, BEUC) explique que, sous la pression et l’intoxication sournoise de l’industrie agroalimentaire, l’étiquetage des emballages des produits alimentaires approuvé par l’UE est « inodore, incolore, insipide, incompréhensible » pour « le commun des mortels », au lieu d’être, comme on l'avait proposé à la Commission, un feu tricolore facilitant aux gens de faire des choix, même sains, car ils saisiraient en un clin d’œil si un aliment est riche ou non en sucre, en sel ou en matière grasse.
Coût de ce lobbying ? D’après CEO (juin 2010), 1 milliard d’euros. Pour chaque lobbyiste consumériste, il y en a 5 de l’industrie, sans compter la pression directe des entreprises.

« Inventer » provient du verbe latin « invenio » qui veut dire, entre autres, « trouver (après recherches) » ou « inventer » : multa a majoribus nostris inventa sunt (beaucoup de choses ont été inventées par nos ancêtres). Voilà justement ce que l’on peut dire à propos de la découverte en Afrique du Sud des propriétés de deux plantes endémiques, le Rooibos (“buisson rougeâtre” en afrikaans) et le Honeybush. N’empêche. Depuis notamment 2010, nous avons pu lire dans la presse ou sur internet des titres du type :
Pillage de Rooibos : Nestlé accusé de biopiraterie en Afrique du Sud (Déclaration de Berne)
ou
Nestlé veut patenter le rooibos
Nestlé a été accusée de « biopiratage » pour utilisation illégale du Rooibos, endémique d'Afrique du Sud qui devait entrer dans une composition servant à traiter et/ou prévenir des maladies inflammatoires. L'infraction, commise sur la base d'une convention onusienne qui légifère en la matière, la Convention sur la Diversité Biologique, se rapporte au consentement préalable qui doit être obtenu par le pays fournisseur de la ressource et des tenants du savoir traditionnel associé. Dans un deuxième temps, cette convention demande à l'exploitant de partager les bénéfices commerciaux et non-commerciaux avec ces derniers selon des dispositions mutuellement convenues. Mais le gouvernement Sud-Africain a déclaré à Natural Justice et à la Déclaration de Berne1 que ni Nestlé ni Nestec - la filiale technique, scientifique et commerciale de la compagnie - n'ont reçu de consentement pour l'exploitation du Rooibos. De plus, il existe en Afrique du Sud un cadre légal qui interdit des activitiés de prospection sans une patente délivrée par le Ministère des Affaires environnementales. Nestlé, de son côté, se défend en avançant que ce n'est pas elle mais ses fournisseurs sud-africains qui ont collecté et qui lui ont procuré la plante. Mais sans succès puisque c'est avant tout à elle qu'appartient le devoir de s'assurer de la provenance licite des produits qu'elle veut utiliser. (...)
Horizon-Durable.ch 
C'est vraiment fort de café... et de thé ! Nestlé, comme tant d’autres multinationales, tente de se construire un monopole à partir d’une invention centenaire due à une collectivité traditionnelle.
D’après la définition de Vandana Shiva, lauréate du prix Nobel alternatif, la biopiraterie est « un déni du travail millénaire de millions de personnes et de cerveaux travaillant pour le bien de l’humanité », et, ajoute-jé, à travers le système des brevets d'invention, une appropriation éhontée et restrictive de savoirs qui découlent de ce travail millénaire. Et toute cette merde au nom de la propriété privée —qui fut autrefois l’alibi de l’esclavagisme, soit dit en passant.
Encore un cas qui montre à quel point le Grand Capital —qui se gargarise sans désemparer du mot « innovation »— ne pratique en fait que les innovations financière, technologique et publicitaire pour mettre en œuvre sa vraie nature, le dépôt du brevet de l’eau chaude —ou de l’eau tout court, comme on va voir tout à l'heure— pour doper ses caisses sans complexes, même au détriment des plus vulnérables, car il ne trouve pas dégueulasse de les spolier ; sa flèche (son conatus) le pousserait, si ça se trouve, à patenter le fil à couper le beurre.
Le reportage de Judith Rueff nous fait cadeau d’un entretien avec François Meienberg, porte-parole de l'ONG Déclaration de Berne. L'enquête qu'ils menèrent en compagnie de Natural Justice révéla donc que cinq demandes de brevets déposées par Nestlé concernaient l’utilisation de Rooibos et de Honeybush : sa filiale Nestec envisageait d’exploiter les propriétés anti-inflamatoires et cosmétiques de ces "alicaments" (mot-valise composé de « aliment » + « médicament »), vertus connues depuis belle lurette par les peuples indigènes qui les exploitent pour en faire du thé, du savon et des crèmes. Certaines communautés en dépendent pour vivre et risqueraient de voir leur droit de commercialisation restreint à cause de ce genre de brevets.

Le documentaire aborde aussi la qualité des produits de Nestlé. Membre de l'ADNC-Association de Diététique et Nutrition Critiques, Sylvain Duval s’exprime à propos de la devise nestléienne, Good Food, Good Life :
« Good Food, Good Life… C’est faux, en fait, c’est de la com (…). Il n’y a pas de bons aliments faits par l’industrie ; bons si, ils sont bons au goût mais ils ne sont pas bons en composition. »
Béatrice de Reynal, nutritionniste, passe au peigne fin quelques produits emblématiques, très familiaux, de chez Nestlé, dont le Knacki Herta (100% pur porc) : « Le Knacki, c’est vraiment une mayonnaise avec beaucoup de gras dedans et assez peu de viande, donc, en fait, c’est un produit que les enfants aiment bien parce que c’est mou, mais en réalité c’est un produit d’un point de vue nutritionnel qui est pas très qualitatif » ; le Hachis Parmentier (recette + équilibrée, purée + savoureuse) : « Il n’y a que 38% de viande, alors que, chez vous, vous auriez mis 100% de viande et, évidemment, avec 38% de viande seulement, ça veut dire que pour un enfant en croissance, pour une femme dont les besoins en fer sont très élevés, et bien là, vous n’avez pas notablement de fer dans un plat comme ça. » ; les minipizzas Piccolinis (Buitoni) : « Là-dedans, en fait, il y a beaucoup de sel et il n’y a pas tellement de micronutriments. Il n’y a sans doute pas beaucoup de matière grasse dans la pâte, donc, ça, c’est plutôt bien, mais quand même il y a 218 calories pour 100 grammes, sachant que là-dedans il y a 270 grammes. » ; Flanby (totalement renversant !, 70% de lait) : quant à ces produits laitiers fantaisie, il faut toujours lire leur composition, « là, on voit qu’il y a du sirop glucose-fructose (…), c’est un substitut de sucre qui physiologiquement est accusé de maux, en particulier de syndromes métaboliques, le diabète, etc. ».
Ce genre de denrées constitue, selon Sylvain Duval, 90% du contenu des caddies des mamans qui font les courses dans les supermarchés.
D’autre part, M. Duval affirme qu’à chaque fois qu’il y a des réglementations, ces entreprises sont contre et proposent qu'on leur fasse signer des chartes d’autorégulation, « ce qui est faux : elles n’ont jamais tenu leurs promesses, ou alors, elles ont tenu leurs promesses à coups de 5% par an. (…) Ces chartes sont vraiment de la poudre aux yeux, c’est vraiment un jeu de dupes. »
L'ADNC recommande sur son site, soit dit en passant, des documentaires vidéo à se procurer. Cliquez ci-contre pour accéder à cet inventaire. À ne pas se taire.

Yasmine Motarjemi, ancienne sous-directrice de la sécurité alimentaire du géant suisse (avant d’être licenciée en 2010), affirme dans ce film que chez Nestlé, la priorité n’était pas exactement la conformité avec la réglementation en matière alimentaire : « les améliorations venaient toujours après les incidents (…), alors que, dans une bonne gestion de la sécurité alimentaire, il faut prendre des mesures préventives et agir en amont des problèmes ».
Début 2003, elle découvrit qu’il y avait une quarantaine de plaintes pour étouffement concernant des biscuits de Nestlé pour les bébés. Elle apprendra par la suite que le problème était connu de longue date par la direction, ce qui ne lui avait pas empêché de laisser le produit sur le marché sans toucher même à l'étiquetage à propos de l’âge de consommation. Le film évoque le scandale, en Chine, du lait en poudre pour nourrissons contaminé à la mélamine. C’était en 2008 ; bilan officiel : six décès et 300 000 intoxications. Nous savons que ce lait provoqua un tollé également en Arabie Saoudite et à Taïwan. Et que déjà en 2005, Nestlé avait dû retirer du marché du lait infantile en Italie, en France, en Espagne et au Portugal. Motif: il contenait des traces d'encre. Le hasard ?
En 2011, Yasmine Motarjemi porta plainte contre Nestlé pour harcèlement moral. Elle déclare dans ce webdocumentaire : « Nestlé est dirigée par des hommes d’affaires, des gens dont le seul but, la seule pensée, c’est de faire des profits. Ils n’ont pas une compréhension très approfondie de la nourriture et des risques sanitaires. Je demande aux consommateurs comment on peut mettre la santé de nos enfants dans les mains de gens qui ne pensent qu’au profit. »

En matière de lait industriel, je vous conseille de lire ce rapport de grain.org (cliquez sur le lien) à l'égard de La grande arnaque du lait : Comment l'agrobusiness vole aux pauvres leurs moyens de subsistance et un aliment vital, où il est question du combat que mènent les Grands Laitiers contre le lait populaire, guerre « qui exerce une influence profonde sur l'orientation du système alimentaire mondial et la vie des populations ».

Terra Eco, partenaire du projet Un empire dans mon assiette, reprend sur son site quelques sujets de l'enquête de Judith Rueff et les soumet à notre réflexion :

A-t-on sacrifié Grosquick pour rien ?


Le site de RTBF (la radio-télévision belge francophone), quant à lui, commente la parution de ce documentaire et nous recommande aussi d'autres lectures pour en savoir plus :

Convergence Alimentaire dresse un bilan très peu mitigé des activités de Nestlé : cliquez sur le lien ci-contre pour en savoir plus.

Par ailleurs, saviez-vous que l'eau est une denrée privatisable comme les autres et pas un droit public pour Nestlé ? :
Selon le PDG de Nestlé, Peter Brabeck (déclarations de 2005), « Oui, il y a chez nous une jolie chanson folklorique qui dit « Les bêtes ont besoin d’eau, hollara et hollari… », vous pouvez vous en souvenir ; l’eau est bien sûr la matière première [das wichtigste Rohmaterial !!!!] la plus importante qu’il nous reste au monde. Il s’agit de savoir si oui ou non, nous privatisons l’approvisionnement normal en eau de la population. Et là s'affrontent deux points de vue différents. Le premier, que je qualifierais d'extrême, est préconisé par certains… par les ONG, qui réclament que l’eau soit déclarée un…euh…mmm… droit public. Autrement dit, en tant qu’êtres humains, ils devraient simplement avoir le droit d’avoir de l'eau. C'est une solution extrême. Et l’autre qui dit « l’eau est une denrée alimentaire et, comme toute denrée, elle devrait avoir une valeur marchande ». Personnellement, je crois qu’il est préférable de donner une valeur à une denrée afin que nous soyons tous conscients qu’elle a un coût et puis qu’on prenne des mesures adaptées pour cette partie de la population qui n’a pas accès à cette eau, que l’on intervienne à leur égard d’une manière plus spécifique, car il existe à ce propos beaucoup de possibilités différentes. » 
[„...das Wasser ist natürlich das wichtigste... Rohmaterial, das wir heute noch auf der Welt haben. Es geht darum, ob wir die normale Wasserversorgung der Bevölkerung privatisieren oder nicht. Und da gibt es zwei verschiedene Anschauungen. Die eine Anschauung, extrem, würde ich sagen, wird von einigen... von den NGOs vertreten, die darauf pochen, dass Wasser zu einem... äähh...mmm... öffentlichen Recht erklärt wird. Das heißt, als Menschen sollten Sie einfach Recht haben, um Wasser zu haben. Das ist die eine Extremlösung, ja? Und... der [sic] andere, die sagt: „Wasser ist ein... Lebensmittel und, so wie jedes andere Lebensmittel, sollte das einen Marktwert haben. Ich persönlich glaube, es ist besser, man gibt einem Lebensmittel einen Wert, so dass wir alle bewusst sind, dass das etwas kostet, und dann anschließend versucht, dass man mehr spezifisch, für diesen Teil der Bevölkerung, der keinen Zugang zu diesem Wasser hat, dass man dort etwas spezifischer eingreift und da gibt es, ja, viele verschiedene Möglichkeiten dazu.“]


En 2012, Nestlé avait déjà été montrée du doigt par une enquête accablante (Bottle Life) d’Urs Schnell et de Res Gehriger, diffusé sur ARTE, qui montrait comment la multinationale faisait main basse sur les ressources en eau pour les vendre au prix fort. (2)
Nestlé et le business de l’eau en bouteille ou comment transformer de l’eau en or ? Une entreprise détient la recette : Nestlé, multinationale basée en Suisse, leader mondial de l’agroalimentaire, grâce notamment au commerce de l’eau en bouteille, dont elle possède plus de soixante dix marques partout dans le monde (Perrier, San Pellegrino, Vittel).
En 2012, Arte diffusait un autre reportage sur l’eau en bouteille qui coute 100 fois plus que l’eau du robinet, ce marché n’a jamais été aussi fleurissant. Pourtant tout le monde ne peut pas se payer le luxe d’avoir de l’eau potable.
La marchandisation de tout, y compris de l'eau, fait partie bien évidemment de la doxa libérale :
Le porte-parole de la Commission européenne, M. Joe Hennan a déclaré à la publication EUobserver.com du 18 mai [2010] : "We consider water to be a commodity like anything else".
Henri Smets, membre de l'Académie de l'eau, rétorqua quelques jours plus tard :
Prétendre que l’eau est une marchandise comme les autres dénote d’une méconnaissance grave du droit communautaire comme d’ailleurs de la réalité sociale. La Commission peut affirmer ce qu’elle veut, mais elle ne peut ignorer que la directive-cadre sur l’eau (2000/60/CE) adoptée par l’Union européenneet et qui s’impose à tous, commence par l’affirmation solennelle selon laquelle “l’eau n’est pas un bien marchand comme les autres” (“commercial product like any other”).
En lire plus.
Smets se voyait contraint de rappeler que l'eau...
C’est l’un des quatre éléments de la nature, c’est la source de toute vie.
Comme la nature a d'autres éléments, nous avions déjà appris, le 17 mars 2010, que Greenpeace dénonçait Nestlé pour d'autres raisons :
Greenpeace dénonce Nestlé, qui contribue à la déforestation en Indonésie
Grignoter une barre chocolatée Kitkat revient à tuer un orang-outang ? Le rapprochement peut étonner mais le lien est réel. Greenpeace lance une campagne pour dénoncer l’utilisation par Nestlé d’huile de palme issue de la destruction des forêts tropicales et des tourbières indonésiennes, dans la fabrication de certains de ses produits, notamment les barres chocolatées Kitkat.
En lire plus.
Pour vérifier à quel point de grandes marques de chocolat comme Crunch ou KitKat s'estiment quittes envers l'éthique ou la justice les plus élémentaires, envers par exemple les enfants exploités dans les plantations de cacao en Côte-d'Ivoire, cliquez ci-contre ou jetez un coup d'œil à la vidéo ci-dessous, reportage que nous devons à Jérémie Drieu et Johann Nertomb et qui fut diffusé sur Envoyé Spécial (France 2) le 28 avril 2011. On y apprend qu'il y a plus de 15 000 enfants esclaves dans les plantations de cacao d'Afrique de l'Ouest. Les multinationales du chocolat peuvent ainsi acheter leur matière première au bon prix, selon Henry Blémin Guida, officier de renseignement criminel à Interpol. "Pas de contrôle, pas de traçabilité : c'est plus simple pour les affaires" :



Ah, l'émoi de Cémoi. Quant à Nestlé, le titan veveysan refusa de s'exprimer sur cette question. Là, ils sont "moins preneurs pour parler" car ils veulent aussi "garder leur réputation".
Chiffres d'affaires de l'industrie du chocolat chaque année ? 62 milliards. Argent investi pour la bonne cause ? 3 petits millions (42 fois moins de ce qu'il faudrait pour atteindre les objectifs du protocole Harkin-Engel signé en 2001) bénéficiant seulement 2% des plantations ivoiriennes. Vous comprenez donc en quoi ça consiste que la réputation ou le prestige ?

Décidément, on vérifie que petit à petit, l'oiseau fait son nid et qu'au bout du conte, tout empire empire tout. Le modèle agricole mondial qui en découle ne tient pas la route et —selon le juriste belge Olivier De Schutter, qui vient de quitter son poste de rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation— est dangereusement à bout de souffle.
Au sujet de ce modèle, dont Nestlé n'est que l'une des sociétés oligarques transcontinentales, il est utile de citer pour conclure un autre ancien rapporteur spécial —concrètement le premier, de 2000 à 2008— des Nations unies pour le droit à l'alimentation. Il s'agit de Jean Ziegler, auteur de l'essai Destruction massive - Géopolitique de la faim (sous-titre en hommage à Josué de Castro), Éd. du Seuil, 2011, édition revue en juillet 2012. Dans son ouvrage, pages 169-170 (collection Points), on lit :
Aujourd'hui, les deux cents premières sociétés de l'agroalimentaire contrôlent le quart environ des ressources productives mondiales. Ces sociétés réalisent le plus souvent des profits astronomiques et disposent de ressources financières bien supérieures à celles des gouvernements de la plupart des pays dans lesquels elles sont implantées [Cf. Andrew Clapham, Human Rights Obligations of Non-State Actors, Oxford, Oxford University Press, 2006]. Elles exercent un monopole de fait sur l'ensemble de la chaîne alimentaire, de la production à la distribution au détail en passant par la transformation et la commercialisation des produits, ce qui a pour effet de restreindre le choix des agriculteurs et des consommateurs.
Jean Ziegler cite un peu plus loin Denis Horman et son texte Pouvoir et stratégie des multinationales de l'agroalimentaire, publié sur le site de Gresea (Groupe de Recherche pour une stratégie économique alternative), qui servit de base à l’exposé introductif de l’Université des alternatives organisé en avril 2006 sur le thème de la souveraineté alimentaire. Horman y écrivait :
(...)
Dix firmes contrôlent un tiers du marché des semences commercialisées. Ces mêmes dix firmes contrôlent 100% du marché des semences génétiquement modifiées (appelées également "transgéniques"). Les firmes en question sont les suivantes : Monsanto (États-Unis), DuPont/Pioneer (États-Unis), Novartis (Suisse), Limagrain (France), Advanta (Angleterre et Hollande), Guipo Pulsar/Semons/ELM (Mexique), Sakata (Japon), KWS HG (Allemagne) et Taki (Japon) [6].
Six firmes contrôlent 77% du marché des produits chimiques pour l’agriculture : Bayer, Syngenta, BASF, Dow, DuPont, Monsanto.
Dans le secteur de la transformation et de la commercialisation des produits agricoles, il n’est pas rare que plus de 80% du commerce d’un produit agricole se retrouve entre les mains d’une poignée de méga-entreprises. Six sociétés concentrent quelque 85% du commerce mondial des céréales ; huit se partagent environ 60% des ventes mondiales de café ; trois détiennent plus de 80% des ventes de cacao et trois se répartissent 80% du commerce des bananes [7].
A titre d’exemple, la société américaine Cargill est le plus important négociant d’oléagineux au monde, le deuxième plus gros producteur d’engrais phosphaté et un acteur majeur du commerce des céréales, du café, du cacao, du sucre, des semences, de la volaille. Rien que dans le secteur du café, son chiffre d’affaires excède le PIB de tous les pays africains dont elle achète le café [8].
Monsanto, une autre multinationale américaine, s’est hissée, à travers rachats, fusions et alliances, au rang de premier vendeur de semences transgéniques au monde, de deuxième producteur de semences et de troisième vendeur de produits agrochimiques (insecticides, herbicides…). Les ¾ de la surface totale des semences transgéniques dans le monde sont des semences en provenance de Monsanto. En 1998, Phil Angell, directeur de la communication chez Monsanto, se permettait de déclarer : "Nous n’avons pas à garantir la sécurité des produits alimentaires génétiquement modifiés. Notre intérêt est d’en vendre le plus possible" [9].
(...)


[6Vandana Shiva, Le terrorisme alimentaire, Comment les multinationales affament le Tiers-Monde, Ed. Fayard, 2001, pp. 19-20.
[7John Medeley, Le commerce de la faim, la sécurité alimentaire sacrifiée sur l’autel du libre-échange, Col. Enjeux Planète, 2002, pp.135-137.
[8John Medeley, ibid.
[9Isabelle Delforge, Nourrir le monde ou l’agrobusiness, Enquête sur Monsanto, MDM Oxfam/Déclaration de Berne/Orcades/Oxfam-Solidarité, mai 2000.

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(1) De quarante à trente heures par semaine avec simultanément une baisse de salaire de 25 % à 30 %.
(2) Allemagne/Suisse, 2012, 1h30mn. Coproduction : ARTE, DokLab, Eikon, Südwest, SF.
Le site du film nous détaille beaucoup d'informations intéressantes dont dix choses à savoir :
  1. Stratégiquement parlant, l’eau en bouteille fait partie des domaines majeurs de Nestlé. Aujourd’hui déjà, Nestlé fait avec l’eau en bouteille un dixième de son chiffre d’affaires global, lequel s’élève à 110 milliards de francs suisses.
  2. Nestlé est devenu le leader du marché de l’eau en bouteille en adoptant une politique d’acquisition, rachetant notamment des marques telles que Vittel et Perrier.
  3. Nestlé acquiert constamment les droits sur des sources et des nappes phréatiques, ceci afin de satisfaire la demande croissante pour de l’eau en bouteille, une demande que l’entreprise a créée elle-même.
  4. Dans de nombreux Etats, les dispositions légales au sujet des droits sur l’eau sont vétustes. Nestlé profite de cet état de fait, non seulement dans le Tiers-monde, mais aussi aux USA et dans d’autres pays occidentaux.
  5. Nestlé utilise ses moyens financiers et politiques pour s’opposer aux efforts de communautés locales qui veulent que l’eau souterraine demeure un bien public.
  6. Nestlé utilise de l’eau pour fabriquer de l’eau.
  7. Nestlé propage l’eau en bouteille à grands coups de campagnes marketing et publicitaires. Nestlé affaiblit ainsi la conscience des gens à l’égard de la nécessité de garantir une alimentation en eau publique et efficace.
  8. Nestlé s’affiche en bienfaiteur – à travers une foule de dons et d’actions à l’échelle locale mais aussi en déclarant que les mesures de rationalisation dans la production et la distribution de l’eau en bouteille sont durables à long terme.
  9. Avec l’eau en bouteille, Nestlé crée des dépendances – justement là où les systèmes d’approvisionnement en eau potable s’écroulent, principalement dans le Tiers-monde.
  10. Le commerce de Nestlé avec l’eau n’est pas simplement un commerce comme les autres, c’est un commerce avec une matière première absolument indispensable à la survie des habitants de la planète.
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Mise à jour du 31 mars 2016 :

La Presse (Canada) du le 27 août 2015 - Selon l'Agence France-Presse, on accuse Nestlé de soutenir consciemment l'esclavage qui sévit dans le milieu de la pêche en Thaïlande en utilisant des fruits de mer dans des produits alimentaires pour chats :
Selon cette plainte, «Nestlé importe via un fournisseur thaïlandais, Thai Union Frozen Products PCL, plus de 28 millions de livres (12 000 tonnes) d'aliments pour animaux à base de fruits de mer pour de grandes marques vendues en Amérique dont une partie sont produits dans des conditions d'esclavage».
Des hommes et des garçons venus de pays plus pauvres que la Thaïlande comme le Cambodge ou la Birmanie sont vendus à des capitaines de bateaux de pêche, qui exigent d'eux un travail dangereux et harassant à raison de 20 heures par jour, en les payant très peu ou pas du tout, sous peine d'être battus ou même tués, accuse encore la plainte.
«En cachant cela au public, Nestlé a de fait conduit des millions de consommateurs à soutenir et encourager l'esclavage dans des prisons flottantes», a accusé l'un des associés du cabinet, Steve Berman, cité dans le communiqué, en invitant les utilisateurs des marques en cause à se joindre à cette plainte. (...)
Nestlé​ admits slavery and coercion used in catching its seafood.
Global audit by the food giant finds abuse of workers who catch seafood from Thailand
Par Martha Mendoza, The Associated Press. Publié le 23 novembre, 2015

Nestlé, Mars et Hershey’s visés par une plainte sur la traite des enfants en Côte d'Ivoire.
Le Monde.fr | 02.10.2015 à 17h59.
Les producteurs de Kit-Kat, Snickers, M & M’s et autres friandises prisées par les enfants exploiteraient-ils d’autres enfants pour récolter le cacao qui entrent dans leurs recettes ? Les groupes Nestlé, Hershey’s et Mars sont, en tout cas, visés par trois plaintes collectives (class actions) déposées à la fin de septembre en Californie auprès du cabinet juridique américain Hagens Berman, spécialisé dans le droit des consommateurs. Motif : la traite et le travail forcé des enfants dans les plantations de Côte d’Ivoire.
Selon les plaignants, ces trois firmes agroalimentaires importent du cacao en provenance de fournisseurs qui emploient des enfants, qui plus est dans des conditions de travail dangereuses et pénibles. Ils évoquent le transport de charges lourdes, l’exposition à des substances toxiques, le travail forcé et l’absence de paie, les menaces physiques. Nombre de ces enfants seraient vendus par des trafiquants qui les enlèvent ou les achètent dans des pays voisins de la Côte d’Ivoire.
« Les consommateurs qui sont venus nous consulter ont été indignés d’apprendre que les sucreries qu’ils mangent avaient un arrière-goût si sombre et amer, que le travail des enfants et l’esclavagisme faisaient partie de la production de chocolat par Nestlé, Mars et Hershey’s, affirme Steve Berman, membre du cabinet. Ces firmes s’abstiennent de divulguer ces informations sur l’exploitation des enfants et le travail forcé et trompent donc les consommateurs qui soutiennent indirectement ce type d’exploitation. » (...)
Nestlé échoue à faire annuler un procès sur l'exploitation des enfants en Côte d’Ivoire.
Voaafrique.com, le 12 janvier 2016.
Information lisible également sur intellivoire :
La société suisse, Nestlé, sera poursuivie concernant des allégations sur l’utilisation du travail d’enfants esclaves dans les plantations de cacao en Côte d’Ivoire. Reuters a rapporté que la Cour suprême américaine a rejeté l’appel interjeté par Nestlé, Archer Daniels Midland et Cargill pour mettre fin à la poursuite judiciaire.

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Mise à jour du 14 février 2021 :

Huit anciens enfants esclavisés attaquent en justice Nestlé, Mars et d'autres multinationales du chocolat devant une cour des États-Unis. Ils dénoncent l'exploitation et la maltraitance de milliers d'enfants dans la production de cacao en Côte d'Ivoire.
Source : THE GUARDIAN (12 février 2021). En savoir plus.

jeudi 3 avril 2014

Goyescas

À Golo

EFE, 31.03.2014. Source : eldiario.es

 Source : Santos Cirilo pour El País, 15.08.1995





Plus ça change, plus c'est la même chose...

Dans « Lexique » - peuple et ethnie, première section du chapitre I « Fabriquer des nations. Souveraineté et égalité » de son essai Comment le peuple juif fut inventé (Fayard, 2008), écrit l'historien Shlomo Sand à propos des sociétés agraires prémodernes :
Les appareils gouvernementaux occupés à percevoir l'impôt et à mobiliser des soldats ont réussi à survivre essentiellement grâce à la convergence entre les intérêts des couches supérieures de la noblesse et ceux du personnel de l'administration royale. La continuité et la stabilité relatives de ces systèmes, exprimées non seulement par le couronnement du roi mais aussi à travers l'instauration de dynasties monarchiques, résultaient déjà de la mise en œuvre de certains moyens idéologiques. Les rites religieux célébrés autour des gouvernants ont crée des liens d'allégeance de la part de la haute hiérarchie et une légitimité « qui n'était pas de ce monde ». Cela ne signifie pas pour autant que les religions polythéistes, puis plus tard monothéistes, aient été directement instaurées dans le but de légitimer une organisation gouvernementale, mais, dans la plupart des cas, sinon tous, elles ont contribué à asseoir la puissance des gouvernants.

Sociétés prémodernes ? En Espagne, les autorités civiles, militaires et policières octroient les plus hautes décorations honorifiques à des êtres de fiction, à des idoles en stuc ou en bois, vierges de préférence, quelle hantise ! À peu près à l'instar de Don Quichotte (cf. ch. XVIII), elles ont à toute heure et à chaque instant l'imagination remplie des combats, des défis, des enchantements, des aventures, des amours, bref, de ces absurdités que l'on trouve dans les romans de religion y compris la Bible. Le problème, c'est qu'elles occupent nos institutions pour satisfaire leurs délires... ou leurs tartuffades, car il n'est pas si évident d'en discerner la frontière. Et elles n'hésitent pas, le cas échéant, à recourir aux pressions et menaces contre les récalcitrants. Au bout du compte, les symboles sont les garants de profits autrement matériels.

vendredi 28 mars 2014

Le 27 Mars 2014 à Madrid et en Espagne

If you were offered a healthy scholarship that still
left you with five figures worth of debt at graduation
along with slim prospects of getting a job capable of
paying off the loan anytime soon, would you take it?
Mike Maddock, 13.12.2013, Forbes.


C'était entre 13h30 et 14h00. Il y en a qui disent que les jours de destruction sont jours de révolte. Une colonne d'étudiants manifestait en plein centre madrilène contre les coupes budgétaires, la hausse des frais d'inscription universitaires, la réduction des bourses d'études et la loi organique dite sur l'amélioration de la qualité de l'éducation, où ils en voyaient des Wert et des pas mûres, d'après les slogans qu'ils scandaient. "Franco ha mWERTo", rappelaient-ils. Ils dénonçaient aussi la lettre et l'esprit autoritaires et antipopulaires des récentes modifications pénales légiférées par le Parti dit Populaire. Ils prônaient le laïcisme face à un enseignement largement influencé, voire contrôlé, par l'idéologie et le clergé catholiques —il est pertinent de rappeler que le pouvoir de la calotte en Espagne est toujours ahurissant ; l'État continue d'organiser, par exemple, des funérailles catholiques en hommage des victimes du 11M 2004 !!! Et la hiérarchie ecclésiastique, qui ne voit midi qu'à sa porte, en profite politiquement et joue les tartuffes —ou plutôt, dans leur cas, les vierges effarouchées— vis-à-vis des victimes ("¿Cómo nos hemos comportado con ellos en éstos durísimos años?" eut le toupet de se demander le cardinal Rouco Varela, le patron de la COPE, dans son homélie, toujours sermon).
La colonne descendait lentement Carretas, emplissait une bonne partie de la place Jacinto Benavente ainsi qu'environ 400-500 mètres de la rue Atocha. J'y pris quelques photos :









Derrière la manifestation, à pied et motorisés, avançaient des robocops brandissant des armes qui ne plaisantaient pas. Et je songeais au Chamfort qui écrivait : "La plupart des institutions sociales paraissent avoir pour objet de maintenir l'homme dans une médiocrité d'idées et de sentiments qui le rendent plus propre à gouverner ou à être gouverné." Et de manière musclée, lorsque l'homme et la femme ne se laissent pas faire.
Les étudiants et les ouvriers évoqués sur la pancarte vallecana de la dernière photo souffrent d'une violence permanente dans l'heureuse ploutocratie globale. Prenons les étudiants, dont il est question ici. Les alarmes à leur égard se multiplient :
Selon The Guardian (24/10/2011), asphyxiés par la hausse des frais de scolarité, 10 % des "bacheliers" britanniques renonçaient à aller à l'université. D'autres envisageaient de plus en plus sérieusement de partir. Trois mois et demi plus tard, en 2012, les étudiants canadiens commencèrent à exprimer leur rage à ce sujet.
Comme curiosité, le Journal de Montréal informait le 31 mai 2013 que l’université de Cooper Union, située dans le quartier East Village à New York, gratuite depuis 110 ans, projetait d'introduire des frais de scolarité d'environ... 20 000 $ à partir de 2014.
En décembre 2013, nous avons appris -grâce à France Info- que la hausse des frais d'inscription dans les universités étasuniennes était de 550% entre 1985 et 2012. Selon Pierre Lagayette, auteur d'Aujourd'hui les Etats-Unis (Scérén-CNDP, 198 p., 17,90 €), « envoyer un enfant dans un établissement public représente 28 % du revenu familial moyen, mais pour un établissement privé la proportion grimpe à 76 % ».
Cette marchandisation de l'étude constitue un moyen détourné de reproduction de classe, une sélection par l'argent, d'après François Cocq et Francis Daspe, secrétaire national à l'éducation du Parti de Gauche et secrétaire général de l'Agaureps-Prométhée respectivement. Une façon loréaliste de faire passer les intérêts des entreprises et de la finance avant ceux des humains, dirait certainement Bernard Gensane (cf. son article L’Éducation nationale et L’Oréal, relayé initialement par bellaciao.org le 4 juin 2010).

Les retombées économiques du système universitaire libéral ne s'arrêtent pas là : Rachel Wenstone, la vice-présidente de la National Union Students, affirma dans le Guardian du 21 mars : « Obliger les étudiants à s'endetter pour financer les universités est une expérience qui a bel et bien échoué. Nous avons besoin d'un nouvel accord pour financer les études de la prochaine génération. ». Cet article commençait par une lourde constatation :
The proportion of graduates failing to pay back student loans is increasing at such a rate that the Treasury is approaching the point at which it will get zero financial reward from the government's policy of tripling tuition fees to £9,000 a year.
Autrement dit, la proportion de diplômés en défaut de remboursement des prêts étudiants est en augmentation à un rythme tel que le Trésor se rapproche du point où il obtiendra zéro récompense financière de la politique de tripler les frais de scolarité à 9.000 £ par an du gouvernement.
De nouvelles prévisions officielles suggéreraient que les prêts en pure perte auraient déjà atteint 45% des 10 milliards de livres empruntés par les étudiants chaque année.

En matière de dette étudiante, Christopher Newfield (Professeur à l’université de Californie de Santa Barbara) nous avait déjà prévenus en septembre 2012 dans les pages du Monde diplomatique (La dette étudiante, une bombe à retardement) :
DANS l’interminable feuilleton de la crise du capitalisme américain, la dette étudiante succédera-t-elle aux subprime ? Estimée à plus de 1 000 milliards de dollars, elle a doublé au cours des douze dernières années, au point de dépasser désormais le volume des achats par carte de crédit. En 2008, les créances moyennes des nouveaux diplômés s’élevaient à 23 200 dollars — à peine moins s’il sortait d’une université publique (20 200 dollars). Dans un contexte économique difficile, marqué par un taux de chômage élevé, un nombre croissant d’entre eux se trouvent dans l’incapacité de rembourser leurs prêts. Le taux de défaut de paiement des étudiants — qui ne peuvent pas recourir à une procédure de faillite individuelle — est passé de 5 à 10 % entre 2008 et 2011.
N'hésitez pas à lire attentivement cet article dans son intégralité. Les avertissements de Maurizio Lazzarato et Tim Mak au sujet des emprunts universitaires et leurs conséquences ne sont pas non plus à négliger.
Quant à Mike Maddock, qui tient blog sur le site de Forbes.com, il affirmait à son tour, dans son entretien avec France Info cité plus haut, qu'entre 2007 et 2012, la dette des étudiants étasuniens était passée de 548 milliards à 966 milliards de dollars, ce qui représente une dette moyenne de 21.402 dollars (16.300 €) par personne :
"Si bien que les familles y regardent à deux fois et que le modèle vacille. D'autant que l'Etat fédéral investit peu : sa contribution aux universités a baissé de 30% depuis 1980 et s'élève aujourd'hui à 20 milliards de dollars annuels, soit 14 milliards d'euros. A titre de comparaison, le budget du ministère français de l'enseignement supérieur et de la recherche est de 26 milliards."
[Note du 25 juin 2015 : Dans un article publié en ligne par la BBC le 3 juin, nous apprenons que la dette étudiante totale aux États-Unis a déjà atteint 1.300 milliards de dollars... the total student debt in the US has reached $1.3 trillion (£850 billion). L'info est signée par Franz Strasser qui nous rappelle : "While the cost of college education in the US has reached record highs, Germany has abandoned tuition fees altogether for German and international students alike. An increasing number of Americans are taking advantage and saving tens of thousands of dollars to get their degrees." C'est-à-dire, "Alors que le coût de l'enseignement universitaire aux États-Unis a atteint des niveaux records, l'Allemagne a abandonné les frais de scolarité aussi bien pour les étudiants allemands que pour les internationaux. Un nombre croissant d'Étasuniens en profitent et économisent des dizaines de milliers de dollars pour obtenir leurs diplômes". Les droits de scolarité ont flambé aux États-Unis en accord avec les dogmes libéraux : "In the 2014-2015 academic year, private US universities charged students on average more than $31,000 for tuition and fees, with many schools charging well over $50,000. According to the Chronicle of Higher Education, Sarah Lawrence University is most expensive at $65,480. Public universities demanded in-state residents to pay more than $9,000 and out-of-state students paid almost $23,000, according to College Board."]

Isabelle Rey-Lefebvre écrit ces jours-ci sur son blog :
Les alertes se multiplient sur la mauvaise affaire qu’aurait faite le gouvernement britannique en triplant les droits d’inscription dans les universités anglaises. Depuis septembre 2012, les 124 universités sont autorisées à augmenter ces frais et les deux tiers d’entre elles, notamment les plus prestigieuses, les ont d’emblée fixés au plafond autorisé, soit 9 000 livres (environ 10 700 euros) par an, contre 3000 auparavant.
Le gouvernement a, dans le même temps, réduit de 40 % ses subventions à ces établissements et promis aux étudiants des prêts à taux avantageux, d’une durée maximale de trente ans, garantis par l’Etat. Le dispositif prévoit que les emprunteurs, une fois diplômés et lancés dans la vie active, ne remboursent rien tant qu’ils ne gagnent pas plus de 21 000 livres par an ; au-delà, les mensualités ne doivent pas dépasser 9 % de leurs revenus, mais s’ils viennent à gagner plus de 41 000 livres par an, le taux d’intérêt appliqué est alors celui de l’inflation, majoré de 3 points.
Au rythme d’une dizaine de milliards de livres prêtés chaque année, la dette globale des étudiants s’élevait, en 2013, à 46 milliards de livres et 3 millions d’étudiants honoraient leurs remboursements. La pratique des crédits aux étudiants date de 1998. Selon le rapport du Comité des comptes publics (équivalent de la commission des finances au parlement anglais)  publié le 14 février, la dette atteindra, à ce rythme, 200 milliards de livres d’ici 2042, pour 6,5 millions d’emprunteurs.
Mais le taux d’impayés est récemment grimpé à 45 % au lieu des 28% à 30% prévus lorsque la réforme a été adoptée, en 2010, comme l'a annoncé le 21 mars le quotidien The Guardian. Cela dépasse les prévisions les plus pessimistes et frôle le taux fatidique de 48,6 % au-delà duquel l’Etat perdra plus d’argent qu'avec l’ancien système.
Bien entendu, comme contrepartie sociale nécessaire, les « university bosses are lining their pockets like never before » (les patrons d'université se remplissent les poches comme jamais auparavant), évalue . Die Macht a toujours eu besoin de fidéliser ses kapos (esse cum imperio... et cum pecunia) et de diviser (divide e impera), et rien ne permet mieux de diviser que la construction d'une hiérarchie ; hier et aujourd'hui, c'est archiconnu. Et puis, Chakrabortty a raison : vous pouvez imaginer un seul de ces adolescents contraints de galérer pour pouvoir s'inscrire hésitant à choisir entre telle ou telle université en fonction de son président ?

Vu que toute cause entraîne des effets, l'enquête de l'OVE (Observatoire de la Vie étudiante) Comment vivent les étudiants en France (2013) ? conclut que 54% des étudiants ont une activité rémunérée pendant l'année universitaire —pas pendant leurs vacances, ce qui comporte des limitations évidentes à leur rendement, à leur vie, à leurs possibilités de bonheur... Mais côté chiffres, nous avons lu ailleurs :
Alors qu'ils ne sont pas encore sur le marché du travail, 73 % des étudiants sont obligés d'être salariés pour faire face aux frais d'une année universitaire, indique une étude du syndicat étudiant UNEF.
En 2006, ils étaient 48%, c'est-à-dire, 50% d'augmentation en 7 ans. Au demeurant, en ce qui concerne seulement l'aspect de la réussite universitaire, le salariat étudiant multiplie par deux les risques d’échec, selon l’INSEE. Alors, la spirale se déchaîne : on redouble plus facilement, il faut repayer l'année de scolarité en question, on perd sa bourse, éventuellement on se surendette... Même les "business schools" (la coqueluche du système —les écoles de commerce et autres HEC de jadis—, les grands centres de formation des futurs bourreaux du travail, au double sens) s'affolent devant les angoisses financières de beaucoup de leurs élèves et ont commencé à aménager leurs horaires pour faciliter la conciliation études / emploi et "éviter des drames" ! Paradoxes de la doxa...

Eh ben, revenons à nos moutons : si vous le souhaitez, vous pouvez accéder à d'autres informations sur cette journée de manifestations étudiantes en Espagne diffusées par l'AFP ou eldiario.es en cliquant sur les liens ci-contre : manifestations en Espagne pendant la deuxième journée de grève des étudiants et que voit-on sur cette vidéo ?




Quant aux marches de la Dignité du 22 mars, lisez ici un compte rendu publié sur le site du CADTM (Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde) ; et visionnez ici et deux vidéos illustratives.

samedi 8 mars 2014

Peau de baballe

Homines non nascuntur, sed effinguntur
(Les hommes ne naissent pas hommes, ils le deviennent)

Érasme : De pueris instituendis, 1528

 
On ne naît pas femme : on le devient
Simone de Beauvoir : Le deuxième sexe 1, Gallimard, 1949, pages 285-6.

On naît homme... puis on cesse de l'être
(Personne, le 29 janvier 2014)


Juste avant cette journée des femmes, les média nous ont appris qu'... 

Une femme sur trois vivant dans l'UE a été victime de violences physiques ou sexuelles au moins une fois dans sa vie depuis l'âge de 15 ans, selon une étude publiée mercredi [5 mars] par l'Agence européenne des droits fondamentaux, la plus vaste jamais réalisée. 

En effet, c'est franchement insupportable. D'ailleurs, l'Agence explique que "le non-signalement de la violence à l’égard des femmes masque la véritable ampleur du problème"...

Par ailleurs, Survival International nous propose une galerie de photos de femmes indigènes accompagnées de textes qui prêtent à penser. Déjà l'introduction marque le ton de l'ensemble :
Pendant des décennies, les femmes indigènes ont connu les expulsions, la peur, le meurtre et le viol aux mains de leurs envahisseurs. Elles ont souffert de l’humiliation infligée par des gouvernements qui perpétuent l’idée qu’elles sont en réalité ‘arriérées’ et qu’elles vivent encore à ‘l’âge de pierre’.
Avec la spoliation de leurs terres et devant un avenir de plus en plus incertain, elles ont perdu leur estime de soi et le sens de la vie.
Mais malgré ces épreuves, leur résistance se fait de plus en plus forte. A travers cette galerie photo, Survival célèbre la Journée internationale de la femme avec le soutien de l’actrice américaine Gillian Anderson et de la célèbre créatrice de bijoux contemporains Pipa Small. Si cette galerie relate l’histoire tragique qu’ont vécue – et que vivent – les femmes indigènes, elle met aussi en avant le courage et l’inspiration dont elles font preuve pour récupérer leurs terres et faire respecter leur droits fondamentaux.
La photo consacrée aux femmes innu de la péninsule du Labrador* est suivie d'un commentaire que je trouve particulièrement instructif :
Lorsque les missionnaires catholiques sont arrivés sur les côtes de la péninsule du Labrador, au Québec, ils furent horrifiés de constater le niveau d’indépendance et de pouvoir des femmes innu. Jusqu’au milieu du XXe siècle, le programme de l’activité missionnaire comportait la redistribution des rôles homme-femme pour les rendre conformes au modèle européen.
Jusqu’à récemment en Europe, les femmes étaient généralement perçues comme inférieures aux hommes; on les empêchait de réussir socialement et leur rôle se résumait à accompagner et soutenir leurs époux. Mais à la même époque, les femmes innu, qu’elles soient mariées ou non, étaient beaucoup plus libres, c’étaient elles qui souvent choisissaient où et quand installer le campement lors de leurs longues migrations à travers les étendues sub-arctiques de leur terre natale Nitassinan.
Cette indépendance scandalisa les missionnaires jésuites qui tentèrent sans répit de leur imposer le modèle européen de la femme soumise à son mari, mais cela ne fonctionna qu’après la sédentarisation forcée des Innu par le gouvernement canadien et l’abandon consécutif de leur mode de vie migratoire, constate l’anthropologue Colin Samson qui a travaillé avec les Innu pendant des décennies.
Néanmoins, depuis quelque temps, les femmes innu ont été en première ligne dans la résistance contre le survol à basse altitude de leur territoire par les avions d’entraînement de l’OTAN qui font fuir le gibier dont ils dépendent et qui détruisent leur santé physique et mentale.
Elles se distinguent également dans leur opposition aux industries extractives sur leurs terres ancestrales et dans leurs efforts pour que les Innu maintiennent leur mode de vie.
Bref, faisons un cadeau Tachan aux hommes de notre civilisation. On Henri (jaune) toujours. Car on a tout de même besoin de rigoler pour ne pas sombrer dans la détresse...



Merci toujours, Henri.

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* De nos jours, la province de Terre-Neuve et du Labrador compte quatre peuples d'origine indigène : les Inuit, les Innu (ou Naskapi-Montagnais), les Mi'kmaq et les Métis.

jeudi 6 mars 2014

Bangui, par Didier Kassaï

Le site de La Revue Dessinée (enquêtes, reportages et documentaires en Bande Dessinée) publie cinq épisodes d'une BD, Bangui, qui raconte le drame actuel de la Centrafrique.
Son auteur, Didier Kassaï, illustrateur, caricaturiste et aquarelliste autodidacte, naquit le 20 avril 1974 à Sibut (Centrafrique). Son témoignage illustré est celui d'un Chrétien dont la femme est musulmane, ce qui a son importance dans un contexte d'identités déchaînées —jetez un coup d'œil sur les vignettes pour mieux comprendre.
Si vous tenez à mieux vous repérer en matière justement de contexte, vous pouvez lire...

  1. Rosa Moussaoui (le 12 décembre 2013, L'Humanité) : 

    République centrafricaine, les enjeux pétroliers d’un conflit

  2. Vincent Munié (février 2008, Le Monde diplomatique) : 

    En Centrafrique, stratégie française et enjeux régionaux



Voici le début de l'introduction du site de La Revue Dessinée à une BD réalisée sous la terreur la plus absolue :
La Centrafrique raconte l’histoire d’un effondrement : celui d’une Nation tout autant que l’échec de la gestion des affaires par les puissances européennes, anciennement colonisatrices. Depuis dix ans, ce pays plus grand que la France, rebondit de crise en crise. Celle de 2013-2014 est sa troisième guerre civile de la décennie. La plus violente, la plus meurtrière, mais aussi celle dont le monde commence à percevoir l’écho. Et le drame.



Didier Kassaï est lauréat en 2006 du prix italien Afrique e Mediterraneo et du concours Vues d'Afrique organisé par le Festival international de la Bande dessinée d'Angoulème et le ministère français des Affaires étrangères. Il avait déjà publié deux planches de Bangui la Roquette au Français dans le Monde (nº 391, janvier-février 2014, pages 56-57). Les voilà :


mardi 4 mars 2014

Fourbes 2014

The ranks* of the world’s billionaires continue to scale new heights–and stretch to new corners of the world. Our global wealth team found 1,645 billionaires with an aggregate net worth of $6.4 trillion, up from $5.4 trillion a year ago. We unearthed a record 268 new ten-figure fortunes, including 42 new women billionaires, another record. In total, there are 172 women on the list, more than ever before and up from 138 last year.
Kerry A. Dolan and Luisa Kroll
Forbes

« car c’est une maxime de droit public que les vainqueurs doivent faire bonne chère aux dépens des vaincus… » (Jean Anthelme Brillat-Savarin : Physiologie du goût, Méditation XVI, De la digestion, 1826)


Voilà : le catalogue Forbes des nababs planétaires continue à atteindre de nouveaux sommets ; il nous apprend que les grands profiteurs de la guerre économique mondiale ont raflé cet exercice environ 1 000 000 000 000 dollars de plus que l'année précédente, une hausse de presque 20%. Fort bien. Figurez-vous les effets en aval de ce pompage dont le pourcentage de majoration annuel comporte deux "figures"... Si les dynamiques microéconomiques semblent bien réversibles, la « flèche du Capital » (l'argent avec majuscule) avance sans fléchir dans la même direction, pour la Finance et contre le Commun. Et pour cause ! L’argent a toujours appelé l’argent et de nos jours, plus que jamais, le Capital est la main très visible du marché.

La liste Forbes 2014 comprend 1 645 prédateurs milliardaires en dollars —dont 172 nanties— contre 1 426 en 2013 ; c'est-à-dire, 219 de plus au total. 268 font partie de la troupe pour la première fois, dont 42 femmes.
Les locataires de la Basse-Terre Gaste souhaitant contempler les « pousses vertes de la reprise » (resic) n'ont donc qu'à lire l'inventaire des sommets fo(u)rbiens.
Comme il serait pertinent d'en faire une analyse semblable à celle de l'exercice précédent, à l'évolution du verdissage —ou de la verditude— près, je vous laisse la possibilité de la (re)lire ici.

Je reproduis, en prime, un extrait de la Conclusion de La violence des riches. Chronique d'une immense casse sociale (Éd. La Découverte, Paris 2013), ouvrage de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot qui tente de démonter « les mécanismes de la violence des riches à l'heure de "leur" mondialisation » et de « dévoiler leur arbitraire, leurs subterfuges économiques, politiques et idéologiques » afin de nous « alerter sur la force et la détermination d'une classe sociale mobilisée pour la défense de ses intérêts, quitte à mettre en péril les autres classes, voire la planète elle-même. » Essai qui, de surcroît, nous prévient contre la servilité des grands média envers cette ploutocratie en place qui n'arrête pas de fourbir ses armes...
On lit à longueur d'éditoriaux des dénonciations des dérives du « populisme ». Que ne déploie-t-on pas la même énergie à épingler son double, bien plus actif et bien plus installé : le « bourgeoisisme » du Figaro, le « richissisme » des chroniqueurs de la Bourse ou l'« oligarchisme » du Who's Who ? Avec le luxe, l'élégance, les journaux people, les exhibitions caritatives et les expositions d'œuvres d'art, les riches se construisent dans une mascarade sociale en bienfaiteurs de l'humanité qu'il convient de flatter alors qu'ils n'ont bien souvent que le mérite de leur naissance. Le néologisme « bourgeoisisme » est adapté à la guerre idéologique qui ne cesse de dénoncer avec le populisme un peuple qui serait flatté par certains politiciens, alors qu'il ne mériterait pas tant d'honneurs. Mais que dire des flagorneries dithyrambiques qui encensent les riches, dont on se garde bien de dévoiler l'origine de la fortune ?
L'argent occupant désormais le devant de la scène, il est compréhensible que les sociologues spécialistes de la classe dominante utilisent le terme « riches » dans une sorte de renvoi d'ascenseur remettant à leur place ceux qui, en dernière analyse, doivent l'essentiel de leur position au travail des autres. La réflexion sur les mots est indispensable pour contrer la guerre idéologique qui fait rage au détriment des peuples. Notre « démocratie » est tenue et contrôlée par une aristocratie de l'argent. Par des bourgeois et des nobles, maintenant réconciliés, qui pratiquent un bourgeoisisme systématique. Ils se persuadent mutuellement de leurs immenses qualités, ne cessent de mettre en évidence leur excellente éducation, se montrent même courtois envers le personnel. Ils se congratulent et se félicitent mutuellement d'être comme ils sont.
Une nouvelle aristocratie s'est constituée à partir de l'emballement de la finance. Les titres de noblesse assuraient autrefois la continuité de la caste. Aujourd'hui, les fortunes visibles et les magots mis à l'abri dans les paradis fiscaux assurent la succession au sommet des générations dynastiques. Cette noblesse oligarchique a pris le contrôle de l'essentiel des forces politiques, à gauche comme à droite. La pensée unique triomphe, au-delà des coquetteries, pour amuser la galerie et justifier la coexistence de partis d'accord sur l'essentiel : le marché, la libre circulation des capitaux, le moins d'État, le chacun-pour-soi. Le tableau est incroyablement archaïque, renvoyant au régime des ordres, voire des castes. Le Tiers État comprenait la bourgeoisie naissante. Aujourd'hui, c'est aux intouchables que les plus démunis font penser. Pourtant, la machine infernale du néolibéralisme connaît les premiers soubresauts de la panne fatale. Les crises se succèdent, le chômage augmente, le bateau pris dans la tempête voit ses structures gémir sous les coups des scandales, de la mise au grand jour de la malhonnêteté intrinsèque de la pompe à profits du capitalisme.

* L'expression anglaise "rank ranking" peut se traduire en français par "classement nauséabond"
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Mise à jour du 18.03.2014 :
Voici un extrait d'une info publiée par Le Monde d'aujourd'hui au sujet d'un rapport dressé lundi par Oxfam (Five richest UK families have more than 12 million poorest Brits Wealthy elite’s income growing four times faster than others. Posted by Jonaid Jilani, Press Officer, 17th Mar 2014) suite au dernier classement Forbes commenté ci-dessus :

En Grande-Bretagne, cinq familles possèdent plus que 12 millions de personnes

Le Monde.fr | • Mis à jour le
Dans un rapport publié le lundi 17 mars, l'ONG Oxfam montre du doigt les inégalités croissantes qui frappent la société britannique, avec un constat particulièrement marquant : les cinq familles britanniques les plus fortunées possèdent aujourd'hui davantage que les 20 % les plus pauvres de leurs compatriotes, soit 12,6 millions de personnes.
En s'appuyant sur le dernier classement du magazine Forbes des individus les plus riches au monde publié début mars, Oxfam a estimé la totalité du capital détenu par ces cinq familles à 28,2 milliards de livres (33,7 milliards d'euros). A l'inverse, les 20 % les plus modestes cumulent 28,1 milliards de livres (33,6 milliards d'euros), soit 2 667 euros chacun.
Au sommet du classement, la famille du duc de Westminster, Gerald Grosvenor, qui possède 77 hectares de terrain à Londres, 39 000 en Ecosse, 13 000 en Espagne et dirige un vaste groupe immobilier, serait à la tête d'une fortune plus importante que celle des 10 % les plus pauvres du pays. (...)
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Mise à jour du 18.09.2014 :

The Wealth-X and UBS Billionaire Census 2014 shows that the global billionaire population reached an all-time record high of 2,325 billionaires in 2014 with a combined net worth of US$7.3 trillion.
C'est-à-dire, selon le rapport 2014 Wealth-X and UBS World Ultra Wealth (cabinet de recherches Wealth-X et banque suisse UBS), le nombre de milliardaires dans le monde (soit les personnes dont la fortune personnelle dépasse le milliard de dollars) est arrivé à 2 325. C'est un nouveau record, avec 155 nouveaux entrants comptabilisés cette année dans le Gotha du Capitalisme mondial.
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Mise à jour du 26.03.2015 :

The 2015 Forbes Billionaires List:

Despite plunging oil prices and a weakened euro, the ranks of the world’s wealthiest defied global economic turmoil and expanded yet again. For our 29th annual guide to the globe’s richest, we found a record 1,826 billionaires with an aggregate net worth of $7.05 trillion, up from $6.4 trillion a year ago.

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Mise à jour du 28.08.2018 :

The 2018 Forbes Billionaires List (au cas où voudriez... Meet The Members Of The Three-Comma Club) :

(...) Forbes has pinned down a record 2,208 billionaires from 72 countries and territories including the first ever from Hungary and Zimbabwe. This elite group is worth $9.1 trillion, up 18% since last year. Their average net worth is a record $4.1 billion. Americans lead the way with a record 585 billionaires, followed by mainland China with 373. Centi-billionaire Jeff Bezos secures the list’s top spot for the first time, becoming the only person to appear in the Forbes ranks with a 12-figure fortune. Bezos’s fortune leapt more than $39 billion, the list’s biggest one-year gain ever. He moves ahead of Bill Gates, who is now number 2. It is the biggest gap between no. 1 and 2 since 2001. Bernard Arnault, with a fortune of $72 billion, reclaims the title of richest European for the first time since 2012. (...) 

Ce Three-Comma Club a réussi une croissance pas en berne d'environ 50% en 4 ans. Comprenez-vous pourquoi il faut se serrer la ceinture ?

lundi 3 mars 2014

Hommage à Paco de Lucía, par Là-bas, si j'y suis

Très emu encore par la mort de Paco (le 25 février 2014), je vois que l'équipe de Mermet lui rend hommage à la radio. Pour écouter cette émission, du 27 février, cliquez ici.

Pour ceux qui lisent en castillan, articles de Miguel Mora ici et .

vendredi 28 février 2014

Berk

Nomen omen encore ? Le nom aurait pue tout déterminer ????
Cette semaine, la presse nous a appris que le commissariat de Berck, dans le Pas-de-Calais, a été évacué mardi 25 février et "restera fermé jusqu'à nouvel ordre". Quoi, donc ? Les condés sont jetés ?

Pas vraiment : "en cause, une odeur pestilentielle non identifiée qui empoisonne la vie des policiers". Le Monde ajoutait : "Deux représentants de la loi sont en arrêt de travail".

Alors... les flics se sentent mauvais ? Ils sentent leur force ? Les poulets cons-sentent le renard dans le poulailler ? Ce sont eux qu'on... qu'on sent ? La sûreté a du surpouah ? Sous quel pouah est-elle courbée ? Il n'y a personne en fragrant délit ? Les cognes cognent ? Leur nausée abonde ? Ça fouette dans les serfs veaux ? C'est la faute à un bouquet misère ? C'est une renifle à Roms, à tics ? Et ma nation ? Autant de questions qui nous travaillent. Au point de ne plus sentir nos jambes...

jeudi 13 février 2014

Ressources sur les deux guerres mondiales

C'est le centenaire de la Première Guerre mondiale, la guerre de 1914-1918. Créé en 2000 par Jean-Pierre Husson, le site du Scéren-CRDP de Champagne-Ardenne (la librairie de l'éducation en ligne), Histoire et Mémoire des deux guerres mondiales, propose des ressources pédagogiques à leur égard : lieux de mémoire, liens, photographies, "ressources documentaires"…
Sa rubrique À lire vous propose, par exemple :


mercredi 5 février 2014

Étudier un territoire avec Édugéo

Le site Strabon vous propose une...
(...) série d’articles [qui] a pour objectif de montrer comment, avec des manipulations simples, on peut étudier un territoire avec édugéo : l’analyser, comparer différentes couches d’information géographique, réaliser ou faire réaliser un croquis avec une légende structurée, et enfin récupérer et corriger le travail des élèves.
  1. Mode d’emploi (1/3)
  2. Mode d'emploi (2/3)
  3. Mode d'emploi (3/3) 

Par ailleurs, le site Édugéo nous signale que...
Edugéo est désormais accessible gratuitement dans le cadre du portail "éduthèque", conçu par le ministère de l'éducation nationale avec de grands établissements publics culturels et scientifiques pour une mise à disposition de ressources pédagogiques à l'adresse des enseignants du 1er et du 2nd degré. L’institut de l’information géographique et forestière et le ministère de l'éducation nationale vous propose ainsi d’accéder au service Edugéo et à l’ensemble de ses fonctionnalités (outils de croquis, SIG, cartothèque dont les ortho-photographies anciennes, zones pédagogiques...) en vous connectant sur Eduthèque.
Si vous souhaitez vous connecter sur Éduthèque, cliquez ci-contre.

vendredi 24 janvier 2014

Coluche : Le Flic


 

TRANSCRIPTION PROVISOIRE ET APPROXIMATIVE :

Hep ! Vous ! Pas vous, l'autre, là-bas !
Le gros qui s'barre avec le pull bleu !
Bon, tant pis.

Oui ! Je sais, j'ai l'air un peu con !
Mais l'uniforme y est pour beaucoup hein !
Non, parce que ma femme me dit toujours : - "T'as signé sans réfléchir...", elle me dit.
Et alors ? J'ai demandé aux autres, y z'ont fait pareil, hein !
Si on avait réfléchi, on n'aurait pas signé !
Faut pas nous prendre pour des cons non plus !
Remarquez, euh..., on rentre pas comme ça dans la police hein !
Y a des examens et tout, on passe devant des pschychouettes... hein !
Moi, je suis passé devant un pschychouette, y m'a dit : - "Combien j'ai de doigts ?".
Alors les examens !
J'ai dit : - "J'sais pas. 15 ?".
M'a dit : - "C'est bon. Signez là ! Quinze ans".
J'ai eu du bol parce que j'ai dit ça au hasard. J'aurais pu avoir tout faux , j'ai eu tout bon, hein !

C'est utile comme métier. Siih. Le chef est tout le temps : "L'agent de police est à l'automobiliste ce que le crapaud est à l'insecte".
Et puis, c'est bien l'uniforme, c'est pour draguer... les gonzesses !

- "Hep là-bas ! [La blonde avec le gosse. Aux pieds !
Oui ? Vous avez vos papiers ? J'suis de la police.
Voyons voir, Ginette...
Ah, ah, ah, ah !
Joli nom Ginette.
C'est votre petit frère ?
Hein ?
Votre fils !
Bon circulez !".
Non là, c'est un mauvais exemple, mais d'habitude ça marche !]
Bon, un autre exemple, alors. La police c'est trop t'ingrat comme métier. C'est vrai !
C'est t'ingrat la police, parce que par exemple... parce que j'vois, parce que les gens y nous aiment pas ! C'est con !

Parce que nous on est là pour les protéger hein ?, pour les défendre
Vous avez remarqué les gens ?
Plus y a de flics autour d'eux, plus y z'ont peur !
C'est flagrant, c'est dans les manifs.
Les gens y z'ont peur parce qu'on est là !
Bon, on est obligés de taper hein !
On le fait pas pour le plaisir, hein ?... On est obligés hein ?...
En plus on est obligés d'faire gaffe !
Parce que y a les fils des gradés, y z'ont les cheveux longs, on les reconnaît pas hein !
Et pis y a les appariteurs. C'est les mecs payés par la police.
En civil, y cassent les carreaux et après on dit qu'c'est les étudiants, tout ça.
Alors on est obligés d'faire vach'ment gaffe !
Eh ben, dis tu vois pas qu'on tap'rait sur la gueule à un flic, eh ? oh, la vache ! Oh, la crise eh !
... Eh, une fois c'est arrivé ! On a tapé sur un flic ! Ah, la crise eh !
Ils ont dit que c'était une bavure !
T'aurais vu la gueule de la bavure !
Moi, ça m'a fait passer l'envie d'baver !
Impeccable.
Non, mais on est une bande de jeunes, on s'fend la gueule.
J'vois parce que par exemple y a les gens y disent : - "La police c'est un refuge pour les alcooliques qu'on n'a pas voulu à la SNCF et aux PTT ".
Eh ben, j'vais vous dire, en fait c'est exagéré !
Moi je vois hein, je suis pas dans un gros commissariat, mais je vois rien qu'au commissariat que j'suis, y en a au moins, que je dise pas de bêtises, y en a au moins quatre qui boivent pas !
Oh bah, c'est comme dans tous les troupeaux hein ! Y a des brebis galeuses !
Nous, on a Robert. C'est un grand, il est marrant !
L'autre jour, il arrive, il gueulait : - "J'en ai eu un ! J'en ai eu un !".
Il avait arrêté un mec pour état d'ivresse, qui était plus bourré que lui !
Vach'ment rare hein !
Faut dire que le mec, il en t'nait une belle !
Il l'avait amené, il était sympa, Raymond y s'app'lait, heu...
Cheveux courts, moustache, charcutier, sympa.
On y a payé l'coup et tout !
Alors, Robert y disait : - "Mais faut pas... reste ".
Alors, l'autre y disait : - "Ben, justement heu, j'me dépêche de rentrer passe que vu dans l'état que j'suis... j'risquerais d'avoir un accident !".
Après y z'ont fait un concours de ballons.
Dis, t'aurais vu la gueule des ballons !
T'avais des couleurs qu'étaient même pas marquées dans le manuel !
C'est Robert qu'a gagné !
Ah non, mais il est balèze aux ballons hein !
Il s'entraîne. On s'fend la gueule !
L'autre jour y a un beatnik qui vient pour changer sa carte d'identité.
Alors Robert y lui dit... parce que Robert y déconne tout le temps.
Alors Robert y dit, euh... : - "Tu m'donneras l'adresse de ton coiffeur !".
On lui a cassé la gueule. On s'est marrés !
Ah non, mais on fait gaffe hein !
On tape avec le plat de la main. Comme ça dans les côtes.
Alors ça fait ach'ment mal mais euh, ça fait pas de traces. Ah non !
Parce que on n'a pas droit aux traces.
Parce que les mecs quant y z'ont des traces, y paraît qu'y peuvent porter plainte !
Remarquez, heu, y faudrait qu'y viennent au commissariat pour porter plainte.
J'les plains les mecs !
Non ! Dans l'ensemble y viennent pas, on n'a pas à se plaindre.
Alors après, heu... On l'avait attaché à la grille.
Alors Robert a été chercher sa tondeuse, parce que Robert il a une tondeuse, mais ça c'est à lui hein, c'est pas fourni.
Alors, l'autre, il avait les miques, mais on lui a pas coupé les cheveux à un beatnik, et ben, il a eu un avertissement !
Ah non ! Mais on rigole pas avec ces trucs-là hein !
Parce qu'au bout de 30 avertissements, on peut avoir un blâme !
Et au bout de 30 blâmes, on passe devant un conseil de discipline et on peut être dégradé !
Robert y s'en fout, lui, il est pas gradé !
Hé ! C'est un métier où qu'on en voit quand même des drôles !
Tiens ! L'autre jour j'étais de faction à une intersection affectée à la surveillance des usagers.
En clair, je bullais à un carrefour.
Il arrive un mec qui tournait autour de moi avec un papelard.
On aurait dit qu'y cherchait une rue ou quèque chose.
Il osait pas s'adresser à moi, on aurait dit qu'il avait peur !
Voyez le genre ? Un type louche, un peu basané, voyez...
Parce qu'on nous apprend à r'connaître les mecs louches, attention, on fait des stages !
C'lui-là si vous voulez il était pas franchement louche mais était franchement basané !
Alors j'dis rien. Y s'approche, y tourne et pis, j'sentais qu'il osait pas !
Voyez, y v'nait... mais y v'nait tout doucement voyez.
C'était le genre de mec patibulaire tu vois, mais presque !
Finalement, le mec, y s'amène et pis y m'dit, euh... :
- "Pardon, missieu l'agent, s'y you pli, axecousi-moi s'y you plit.
A c'que s'y you plit vous pouvi m'indiquer çui là qui li, heu... li coumissariat d'poulice al'plis proche, s'y you plit...
Axecousi-moi, passe qui j'y perdi mou papier d'identiti.
J'voudri faire une diclaration, s'y you plit, axecousi-moi ".
J'me suis dit : - "Toi mon p'tit gars, t'as pas la conscience tranquille !".
J'y ai dit : - "Ouais ! Vous avez vos papiers ?".
Il les avait pas !
J'te l'ai emmené au commissariat !

Coluche

lundi 20 janvier 2014

Jacques Brel sur la colère




18 mars 1966 - 01min 31 sec. - INA

Interview de Jacques BREL par Denise GLASER. Il évoque la colère qu'il porte en lui, l'indignation qu'il ressent à voir le monde tel qu'il est. On ne s'assagit pas avec l'âge, quitte à être asexué, invertébré...

J'aime pas l'humilité qui consiste à refuser de voir des choses laides, en se disant "moi, je les vois et ça me touche pas", et accepter que les autres subissent les conséquences de ces choses-là. Si on est relativement généreux quelque part, à tort ou à raison, n'est-ce pas, on passe obligatoirement par des moments de colère, ça me paraît inévitable. Et quand on n'est pas en colère, c'est qu'on est tout seul.

jeudi 9 janvier 2014

Georges Perec à propos de "Les Choses"

On aborde en classe "Les Choses", de Georges Perec, et Ángeles me fait part d'une découverte :
Salut Alberto !
J'ai trouvé cette video sur Georges Perec commentant son livre "Les Choses". À mon avis, qui mieux que Perec lui même pour en parler ?
Et elle m'envoie un lien qui me fait rebondir sur cette vidéo de l'INA :


06 oct. 1965 - 12min 07s

Interviewé par Pierre DESGRAUPES, Georges PEREC parle de l'intrigue de son livre : un hold-up. Il analyse l'attitude de ses contemporains - et de lui même - vis à vis du confort, des objets, de la société de consommation. Il pense être capable de la décrire cette société, il n'a pas encore les moyens de la contester.