vendredi 23 janvier 2015

Le retour de "Là-bas si j'y suis"

“ Plus près des jetables que des notables. ”


Voilà l'exergue du nouveau "Là-bas si j'y suis". Congédié en juin 2014 par France Inter après vingt-cinq ans d'antenne, Daniel Mermet vient de relancer le 21 janvier sur le web, sur le site la-bas.org, son émission radiophonique. Une partie de ses vieux collaborateurs est restée à côté de lui. L'équipe veut s'appuyer sur l'abonnement pour pouvoir exister économiquement.
Qui sont-ils, selon eux ?
LÀ-BAS SI J’Y SUIS est une émission de radio créée sur France Inter en 1989 par Daniel Mermet. En juin 2014, la nouvelle direction de la station décide de supprimer l’émission, malgré les nombreuses protestations des auditeurs. Plus de 170 000 personnes signent les pétitions de soutien durant l’été. Pour la ministre de la Justice, Christiane Taubira, cette suppression est « une pensée mutilée ». De la trappe à la toile, face à l’indignation suscitée par la suppression de l’émission, LÀ-BAS continue sur le net.
L'émission conserve son célèbre répondeur automatique (01 85 08 37 37) qui permet la participation directe des écouteurs, dont les messages enregistrés servent à faire démarrer le programme.

Cliquez ci-contre pour écouter LÀ-BAS HEBDO première ! L’émission restera en accès libre jusqu’à demain samedi, puis sera réservée aux Abonnés Modestes et Géniaux.



Veuillez trouver une bibliographie intéressante et pas conventionnelle dans...

La bibliothèque de "Là-bas"


jeudi 15 janvier 2015

La lourde menace des deux poids deux mesures

What of the foot-soldiers? The circumstances that attract
young men and women to these groups are creations of the
Western world that they inhabit – which is itself a result of
long years of colonial rule in the countries of their forebears.
 (...)
[W]e didn’t see torchlight vigils or mass assemblies anywhere
in Europe when it was revealed that the Muslim prisoners
handed over to the US by many EU countries (with the
plucky Poles and Labour-run Britain in the forefront)
had been tortured by the CIA.
Tariq Ali, Short Cuts, LRB (9/01/2015) 



J'ai lu dans la "Check list" du 14 janvier du quotidien Le Monde...
Lourde menace
Le directeur d'Europol a estimé mardi qu'entre 3 000 et 5 000 Européens étaient partis faire le djihad dans des pays comme la Syrie et qu'ils pourraient représenter une menace de retour chez eux.
Imaginez-vous seulement la possibilité de lire un jour... ?
Lourde menace
Le directeur d'Europol a estimé mardi que [chiffre total ? difficile, n'est-ce pas ?] Européens étaient partis faire la guerre (les croisades ?), le sionisme, le colonialisme, la torture, les interventions humanitaires, les pilonnages... depuis belle lurette dans des pays majoritairement musulmans comme la Palestine, l'Iraq, l'Afghanistan... et qu'ils pourraient représenter une menace de retour chez eux ou en restant là-bas.
Dans cette lubie géométrique qui me prend, les experts dans l'art militaire pourraient également trouver de quoi débattre sur les vertus comparées entre l'Infanterie, d'un côté, et la Cavalerie et les Blindés, l'Artillerie, le Génie, la Marine et l'Aviation (pilotée ou non), de l'autre.

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À propos de l'utilité de mettre les choses dans leur contexte en vue de bien mesurer causes et conséquences, les premières minutes de cette intervention de Jean Bricmont, du 7 janvier 2015, apportent certaines lumières :

mercredi 3 décembre 2014

La Loi Bâillon et la mauvaise Réputation

La délégation du gouvernement espagnol en Estrémadure a imposé une amende de 331€ à un retraité pour chanter "La mauvaise réputation" de Georges Brassens (1921-81) —lors d'une manifestation pour le revenu de base à Merida, chef-lieu de la région. Chantait-il si affreusement ? Était-il un émule d'Assurancetourix ?

Les libéraux —aussi bien dans les monarchies que dans les républiques— ne se contentent pas de piller le trésor public, spolier la classe ouvrière, saccager et polluer la nature, réchauffer la planète ou détruire la biodiversité. Ils savent que pour y parvenir, il est essentiel de contrôler les esprits, d'humilier les insoumis et de semer la trouille —car une population qui subit leurs sévices risque de vouloir en découdre.

Candide a déjà cité sur ce blog le dominicain Henri-Dominique Lacordaire (1802-61) :

« Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit », 52e Conférence de Notre-Dame, 1848.

Voilà pourquoi nos libéraux préfèrent déréglementer en amont et décréter en aval, déréguler dans le domaine économique (tout en renflouant à nos dépens les grands spéculateurs financiers) et légiférer sans complexes en matière de « sécurité citoyenne ». Autrement dit, ils ont une volonté de répression et d'intimidation envers les contestataires et autres récalcitrants qui ne va pas fléchir facilement, si bien que Manolo Pineda, notre cher retraité estrémègne, n'est pas le seul Espagnol à en bénéficier. Nous y avons tous droit, mieux vaut ne pas se leurrer là-dessus :



Oui, cette loi libérale espagnole a été unanimement baptisée "Loi Bâillon". Nous l'avons lu, par ci...  
« Alors que l’Espagne vit une crise humanitaire sans précédent, le mouvement social subit une répression constante d’un régime qui a peur du changement et protège ses intérêts.  »
...par là... ou encore par là...
« (...) le Conseil [de l'Europe] critique l’usage disproportionné de la force policière contre des manifestations anti-austérité qui se sont déroulées en Espagne.  »
Dans son Discours sur la liberté de la presse, prononcé à la Société des Amis de la Constitution, le 11 mai 1791, Maximilien Robespierre argumentait néanmoins ce qui suit :
« Si ceux qui font les lois ou ceux qui les appliquent (...) ne sont que des hommes, s'il est absurde que la raison d'un homme soit, pour ainsi dire, souveraine de la raison de tous les autres hommes, toute loi pénale contre la manifestation des opinions n'est qu'une absurdité.  »
Et il ajoutait un peu plus loin :
« Qui ne voit combien le combat est inégal entre un citoyen faible, isolé, et un adversaire armé des ressources immenses que donne un grand crédit et une grande autorité? Qui voudra déplaire aux hommes puissants, pour servir le peuple, s'il faut qu'au sacrifice des avantages que présente leur faveur, et au danger de leurs persécutions secrètes, se joigne encore le malheur presque inévitable d'une condamnation ruineuse et humiliante ?  »
Candide soutient Manolo Pineda, lui et sa liberté d'expression. On veut l'intimider et ruiner sa réputation. À cet égard-ci, il est bien probable qu'il s'en fiche, vu qu'il comprend la chanson qu'il prend plaisir à chanter. Et puis, après ses 43 ans de travail... je me souviens d'une anecdote racontée par Chamfort, la numéro 908 de mon édition :
« On appela à la cour le célèbre Levret, pour accoucher la feue dauphine. M. le Dauphin lui dit : "Vous êtes bien content, M. Levret, d'accoucher Madame la Dauphine ? cela va vous faire de la réputation. — Si ma réputation n'était pas faite, dit tranquillement l'accoucheur, je ne serais pas ici.  »
Quant aux censeurs de Manolo Pineda et à leur valetaille zélée, rappelons la chanson aux 331€ à leur souvenir car, comme on pouvait s'en douter, dans cet hymne apatride à la mauvaise réputation, tout est bon, comme dans le cochon :




NOTE du 1er juillet 2015 (à lire en castillan) :

Los siete derechos fundamentales que limita la 'Ley Mordaza', par Raquel Pérez Ejerique, eldiario.es.


mardi 28 octobre 2014

Courts métrages en français dans le festival ALCINE 44

Le jeudi 13 novembre, nous nous déplaçons à Alcalá pour notre rendez-vous annuel avec ALCINE, le Festival de Cine de Alcalá de Henares, qui nous invite à voir les courts métrages francophones de sa section "Idiomas en corto". Notre séance aura lieu à 17h30 dans le Teatro Salón Cervantes.
Au programme...

» LE PREMIER PAS [+]. Réalisé par Jonathan Comnène en 2012.
Avec Julian Donica, Mélissa Ganem, Grigori Manoukov. Fiction. Durée : 19' 30''.
La chanson « Mon Manège à moi » est chantée par Etienne Daho.

Prix Spécial du Jury du Cinema Jove - Festival International de Film de Valence, 2013.
Fiche d'activités pour la classe.
Sacha, douze ans, fait du patinage artistique en solo. Son père l'entraîne avec ferveur. Mais Sacha est amoureux et n'a qu'une envie, danser sur la glace avec Rebecca.
... Où l'amour pousse à danser en couple et une balafre ne semble pas pouvoir entamer la certitude d'une première passion.

 
» Mademoiselle Kiki et les Montparnos [+] 
Mademoiselle Kiki et les Montparnos en Alcine 
Réalisé par Amélie Harrault et sorti en France en 2012. Dessin animé.
Kiki de Montparnasse était la muse infatigable des grands peintres avant-gardistes du début du XXe siècle. Témoin incontestable d'un Montparnasse flamboyant, elle s'émancipera de son statut de simple modèle et deviendra reine de la nuit, peintre, dessinatrice de presse, écrivain et chanteuse de cabaret.
... Où les dessins s'amusent à prendre corps en suivant l'histoire et ses personnages.


» Argile [+]
Argile en Alcine
Réalisé par Michaël Guerraz. Drame - 18’30’’ - HD – 2,40 - Couleur - Dolby SR – France 2012
Alex pose. Une vieille dame sculpte. Une situation normale... si la dame en question n'était pas une aveugle et n'avait pour "voir" que ses mains. Des mains ridées qu'elle pose sur le corps nu de son jeune modèle. Alex va connaître une séance de pose inhabituelle.
... Où l'argent (le besoin) démollit les défenses de l'habitus et le cannabis facilite la disposition. C'est ainsi que les mains trouvent l'occasion de s'épanouir et que l'envoûtement improbable s'accomplit. Sans prénom et sans suite...




» à la française [+] 
 en Alcine 
Réalisé par Morrigane Boyer, Julien Hazebroucq, Ren-Hsien Hsu, Emmanuelle Leleu, William Lorton. Produit par Supinfocom Arles. Genre(s) : Animation - Durée : 7 min. Année de production : 2012.
C'est une après-midi à Versailles, du temps de Louis XIV...
... Où la cour, en devenant basse-cour, se montre telle qu'elle est. Le paradis chic n'est qu'un poulailler cocasse. Et puis évidemment, ces coqs et poules en pâte sont bien gaulois...



lundi 27 octobre 2014

Chibanis, Chibanias


Source: chibanis.org

"Chibani" veut dire littéralement "cheveux blancs" en arabe populaire algérien. L'expression est respectueuse. Les Chibanis, les Chibanias au féminin, sont les vieux migrants maghrébins arrivés en France dans les années 1960 pour travailler. Ils étaient jeunes à l'époque, en quête d'un avenir meilleur. La France avait besoin de main-d'œuvre dans tous les secteurs d'activité économique : bâtiment, travaux publics, industrie, agriculture…
Deux journalistes de France 24, Assiya Hamza et Anne-Diandra Louarn, ont réalisé un webdocumentaire sur ces "petits vieux", en général des hommes de plus de 65 ans —représentant près de 350 000 personnes— qui sont restés en France : leur rêve du retour ne s'est pas exaucé pour des raisons variées et ils sont devenus d'"éternels exilés" en situation précaire. Parmi eux : 130 000 Algériens, 65 000 Marocains et 40 000 Tunisiens.

Ce reportage est un hommage à ses inconnus qui ont trimé toute une vie, mènent en général une existence détraquée et manquent de voix et de reconnaissance. Mis à part un glossaire final, voici ses parties et leurs introductions :

1. - Leur France :
Extraordinaire", "formidable", "très beau", "le froid", "la solitude", "les baraquements"... l'arrivée en France est un choc. Parfois à peine majeurs, ces jeunes travailleurs découvrent un autre pays, une autre culture, mais aussi une autre langue. Surtout, ils se retrouvent seuls, "sans parents", "sans famille". Très vite, la raison de leur exil les rattrape : le travail. Il faut "envoyer de l'argent" à ceux qui sont restés au pays. À l'époque, "les patrons viennent embaucher dans les cafés", on pouvait "changer de patron deux à trois fois par jour". Bâtiment, travaux publics, industrie, agriculture… Ces jeunes hommes, en pleine force de l’âge, ne rechignent pas à la tâche, qu’ils soient déclarés ou non. Travail physique, parfois au noir, accidents... leur vie professionnelle n’est pas de tout repos. (...)
2.- Des familles disloquées :
Les travailleurs immigrés sont arrivés seuls en France. Ces jeunes hommes, persuadés de n’être que de passage en France, ont fondé leur famille au pays, au gré de mariages arrangés. Car dans la plupart des cas, ils connaissaient à peine, voire pas du tout leur future femme. "C’est ma famille qui l’a choisie", nous confie ainsi Amar. "Je l’ai emmenée d’Algérie. Elle était un peu jeune pour moi et j’étais vieux", raconte Rabah. Pendant les premières années, ils ne voyaient leurs épouses que lorsqu’ils rentraient au pays. Certains ont eu la chance de bénéficier du regroupement familial pour faire venir femme et enfants à leurs côtés, d’autres vivent toujours loin des leurs. Une solitude encore plus pesante avec l’âge. (...)
3.- Le "mythe" du retour au pays :
Couler une douce retraite au pays auprès des leurs, les chibanis en ont rêvé. Ils en ont parfois l’envie mais, pour certains, cela reste impossible. Pour ceux qui ont eu la chance de faire venir leur famille en France, vivre ici est un choix. Les autres ont renoncé à leur terre natale faute d’une pension suffisante, d’une bonne santé ou plus simplement d’attaches dans leur pays d’origine. Ils finissent souvent leurs jours dans des foyers de travailleurs, inadaptés à leur âge ou à leur état de santé. (...)
4.- Les vieux jours solitaires :
Aujourd’hui, que reste-t-il de leur vie de labeur ? À l’heure de la retraite, des milliers d’entre eux se retrouvent confrontés à l’isolement, parfois même à une extrême précarité. Beaucoup de chibanis retraités touchent l’Aspa , l’allocation de solidarité aux personnes âgées. Cette aide, versée en complément à la retraite, leur permet de toucher l’équivalent du minimum vieillesse, soit 787,26 euros mensuels pour une personne vivant seule. Or, le versement de l’Aspa (comme de nombreuses prestations sociales) est soumis à l’obligation d’avoir une résidence "stable et régulière”, c'est-à-dire de résider en France au moins six mois par an (décret du 18 mars 2007). Une clause dont nombre d’entre eux ignoraient totalement l’existence.

À l’issue de contrôles de résidence ou de ressources, des milliers de chibanis se sont vus suspendre le versement de cette aide et réclamer le remboursement de la totalité des sommes perçues. Un drame pour ces migrants âgés, dont la grande majorité ne sait ni lire ni écrire. 
5.- D'autres histoires d'immigration
Voici le début du témoignage de Sabrina, 60 ans :
"Je suis arrivée en France en 1989 pour travailler avec ma famille. Je suis venue avec mon cousin, sa femme et ses enfants. Là-bas [en Algérie], il n’y avait pas de travail. Au début, je pleurais tout le temps car je ne connaissais personne. C’était dur. Après, j’ai rencontré des gens, des amis et ça commençait à être bien. Là, je me suis dit ‘c’est bien la France’.

J’ai été mariée. Aujourd’hui, je suis divorcée et je vis seule. J’ai rencontré mon mari dans un café. Au début, je n’étais pas amoureuse de lui mais je me suis dit que c’était peut-être quelqu’un de bien. Mais je ne me suis pas mariée avec lui pour les papiers. Je pensais que j’allais rester avec lui. Au bout de cinq ans, ça n’allait plus. Il a demandé le divorce parce qu’il avait rencontré quelqu’un d’autre. Je suis tombée enceinte à deux reprises mais j’ai avorté parce que j’avais peur. J’avais peur de ma famille là-bas, de ma mère parce que… il était français. J’avais peur que ma mère dise "c’est péché de faire un enfant avec un Français". Je me suis mariée sans dire qu’il n’était pas musulman. J’avais peur de perdre ma famille. C’était dur. Avec le temps, j’ai regretté d’avoir fait ces avortements. Maintenant, c’est trop tard.
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Mise à jour (24/03/2015) :

Plus de 800 cheminots marocains demandent « réparation » à la SNCF

Le Monde.fr avec AFP | • Mis à jour le
Mise à jour (22/09/2015) :
Mise à jour (31/01/2018) :
La SNCF a été condamnée mercredi 31 janvier [2018] en appel pour discrimination envers des cheminots marocains, a annoncé leur avocate après avoir eu connaissance d’une partie des jugements dans l’affaire des chibanis (« cheveux blancs ») poursuivant la compagnie ferroviaire.
Clélie de Lesquen-Jonas a brandi les mains en l’air en criant « c’est gagné », avant de préciser à la presse que les cheminots avaient en outre obtenu reconnaissance d’un « préjudice moral ». « C’est un grand soulagement, une grande satisfaction », a-t-elle commenté. Les premiers recours aux prud’hommes remontent à plus de douze ans.
« Il y a eu aujourd’hui la confirmation des condamnations [pour discrimination] obtenues en première instance en matière de carrière et de retraite et nous avons obtenu en plus des dommages et intérêts pour préjudice moral », a déclaré Me de Lesquen-Jonas à la cour d’appel de Paris, où une centaine d’anciens salariés s’étaient déplacés.

La SNCF se réserve le droit d’un pourvoi en cassation
(En lire plus sur le site du journal Le Monde, 31.01.2018)

mardi 14 octobre 2014

Foucault et Chomsky sur la violence obscure des institutions et la nature humaine

La perception de tous nos conditionnements sociaux contre une crédulité nuancée ? À vous d'en juger...
En 1971, à l'université d'Amsterdam, dans le cadre de l'International Philosophers Project, Michel Foucault et Noam Chomsky discutent de la nature humaine, des institutions, du pouvoir, de la violence institutionnelle, de la justice...
Voici leur débat complet émis à l'époque par la télévision hollandaise.


vendredi 10 octobre 2014

Modiano Nobel 2014

Candidat habituel au Nobel, Patrick Modiano vient de remporter ce prix célèbre et phénoménal. « Pour cet art de la mémoire avec lequel il a fait surgir les destins les plus insaisissables et découvrir le monde vécu sous l'Occupation. »
Il a été traduit parmi nous par plusieurs traducteurs, dont moi même, mais surtout par Maite Gallego. En Allemagne, son premier traducteur fut Peter Handke.
En France, Le Monde publia hier :
L'auteur français Patrick Modiano a été récompensé par le prix Nobel de littérature « pour son art de la mémoire avec lequel il a évoqué les destinées humaines les plus insaisissables et dévoilé le monde de l'Occupation », selon les jurés, qui ont dit à la télévision publique suédoise que l'Académie n'avait pas réussi à joindre le lauréat avant d'annoncer sa victoire.
En même temps, on pouvait lire sur le site du Nouvel Observateur un entretien avec Antoine Gallimard, son éditeur et ami, qui démarrait comme cela :
La carrière littéraire de Patrick Modiano a débuté en 1968 chez Gallimard, avec la publication de «la Place de l’Etoile». Ce jeudi 9 octobre, quarante-six ans plus tard, l’auteur de «Dora Bruder» a reçu le prix Nobel de littérature.
Patrick Modiano est une vieille connaissance littéraire. Un jour, Constantino Bértolo, critique littéraire et éditeur, me confia la traduction pour Debate de Des Inconnues (Gallimard, 2000), un ensemble très cohérent de trois récits harmonieux. C'est drôle car nous avions eu une dizaine d'années auparavant notre première discussion littéraire à propos justement de Modiano et de son roman Dimanches d'Août.
Ma version, Las Desconocidas, parut en 2001. Article, pas d'article, quel article dans le titre en castillan... ? Coup de cœur ou flair d'éditeur et lecteur éprouvé, Constantino proposa une volte-face car il trouva l'article défini féminin et pluriel "las" plus adéquat, plus narratif, disait-il, ce "des" renvoyant vraiment à "toutes". D'ailleurs, et sur ce point nous étions tous d'accord, il fallait éviter la conversion du substantif français en adjectif en castillan, risque encouru en cas d'absence d'article. J'y pense encore.
Puis je traduisis La Petite Bijou (Gallimard, 2001). Joyita parut en 2003.




Il suffit de lire ces deux ouvrages pour comprendre la volonté de Patrick Modiano de revendiquer les êtres anonymes (sans nom), plus concrètement (nouveauté chez lui), les (jeunes) femmes anonymes dont le cadre social, économique et atmosphérique que nous subissons ne fait qu'une bouillie. Modiano nous rappelait que les parias non seulement existent mais constituent paradoxalement la majorité, les vies communes.
Les gens du commun font des rêves mais sont régulièrement exclu(e)s du banquet des grands. Sans nom, ils font partie du nombre... C'est comme cela qu'on existe, par exemple, dans un Centre d'Internement pour Étrangers (CIE) en Espagne, où l'on accorde un numéro aux captifs. Ils n'y ont pas droit à leur nom. C'est ce numéro qu'il faut mentionner aux policiers si l'on veut être autorisé à rendre visite à un de ces innocents "retenus" par le système libéral.

Je ne crois pas aux prix, mais je respecte et apprécie Patrick Modiano. Mémoire du passé et du présent.
Bonne journée à tous.

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Demain, samedi 11 octobre, France Culture consacrera à Patrick Modiano ses émissions de 14 heures à minuit. Cliquez ici pour accéder au programme prévu. Il y aura même un spécial Modiano et la chanson à 19h sur Continent musiques.

samedi 27 septembre 2014

Dire, ne pas dire, selon l'Académie

C'est la rentrée et bien des étudiants de français se demandent quel dictionnaire utiliser, gratuitement si possible. Pour ceux qui recherchent un outil monolingue, normatif et gracieux, je rappelle que le site de l'Académie française (fondée par Richelieu en 1635) dispose de deux rubriques qui pourraient bien vous aider à l'heure de vos consultations : la Langue française et le dictionnaire.
Sous cette dernière se déplient quatre possibilités :
La Langue française, elle, s'ouvre sur quatre onglets :
Dire, ne pas dire est un service de consultation existant depuis 2011 et qui fait office d'une sorte de dictionnaire des difficultés ou des doutes. Il se déploie en sept pages :
Dire... ne pas dire... L'idée des immortels est claire : doit-on dire luxurieux ou luxuriant ? D'ailleurs ou par ailleurs ? Par contre ou en revanche ? Cela ressortit à mes attributions ou Cela ressort de mes attributions ? (Mais bien sûr qu'on dit aussi ce qu'ils ne veulent pas qu'on dise ! À quoi bon cette dichotomie académique "On dit" vs "On ne dit pas", comme si on ne disait pas ce que l'on dit et que l'on entend souvent un peu partout ? Un peu de rigueur, quand même !)
Bref, à travers le courrier des internautes, vous lancez votre interrogation et l'Académie (les académiciens et les linguistes du Quai Conti) répond. Ainsi lit-on aujourd'hui la question suivante :
Peut-on dire « s’engager à » suivi d’un nom et non d’un verbe ? Exemple : « s’engager à une action ».

L’Académie répond :

S’engager à est le plus souvent suivi d’un infinitif : Il s’engage à venir ; il est parfois suivi d’une subordonnée introduite par ce que : Il s’engage à ce que les travaux soient faits.
On le trouve enfin avec plus que ; Il s’engage à plus qu’il ne peut tenir ou, à la forme négative, avec rien. Il ne s’engage à rien.
Mais s’engager à ne peut être suivi d’un nom que si ce verbe est employé dans le sens de se lier, s’enrôler, s’inscrire : S’engager au service de quelqu’un, S’engager au mariage, S’engager à une épreuve de natation.
Le succès du site a permis la publication récente d'une anthologie imprimée ; selon Le Monde :
Le site connaissant un vif succès, un florilège de ces échanges vient de paraître dans un livre, Dire, ne pas dire. Du bon usage de la langue française, paru aux éditions Philippe Rey. Deux académiciens, membres de la commission du dictionnaire, Dominique Fernandez et Yves Pouliquen, ont ainsi sélectionné deux cents entrées pour cet ouvrage, qui relève les fautes et les tics de langage les plus fréquemment observés dans le français contemporain. Quels mots, quelles tournures choisir, retenir ou rejeter parmi ce qui s'entend et se dit ? Sabler ou sabrer le champagne ? Courbatu ou courbaturé ? Tout à coup ou tout d'un coup ? Quand employer débuter ou démarrer ? Irrévocable ou irréversible ? Autant de questions qui trouvent leurs réponses dans ce livre instructif et souvent drôle, ou à l'adresse academie-francaise.fr/dire-ne-pas-dire. On y trouve aussi, par exemple, l'origine de l'expression "c'est du gâteau" ou "c'est pas de la tarte".
La catégorie "bonheur - surprises" vous présente des curiosités intéressantes. En voilà une :

Tout de go

Le 09 septembre 2014
Contrairement à ce que l’on croit parfois, la locution adverbiale tout de go, « directement, sans préparation, sans précaution », n’est pas liée au verbe anglais to go, « aller ». Tout de go est la forme simplifiée de l’expression ancienne avaler tout de gob.
Cette forme ancienne gob est issue du gaulois *gobbo, « bec, bouche ». C’est d’elle encore qu’est dérivé l’ancien français gobet, « bouchée, gorgée », puis « pièce, morceau ». De ce dernier sens, on est passé à celui de « motte de terre ». Ainsi le français écobuage, qui désigne une méthode de fertilisation des sols, n’a-t-il rien à voir avec le préfixe éco- mais bien avec cette racine gob-, puisqu’il vient du poitevin gobuis, qui désignait la terre où l’on se prépare à mettre le feu.
Mais il suffit de lire les exemples qui illustrent le bon usage du terme crise (dont on reconnaît quand même les extensions de sens abusives) pour comprendre qu'il va falloir toujours se battre contre "la langue légitime". Non, le salut ne vient pas d'en haut. En matière de critère, il ne faut surtout pas fléchir...

mercredi 24 septembre 2014

Les travailleurs de la mer, par l'université Rennes-II


Tel est le titre du webdocumentaire conçu par l'université Rennes-II consacré au vigoureux et sensible roman de Victor Hugo Les Travailleurs de la mer (1866), une pure générosité sur tous les plans, un ouvrage dont le livre premier s'intitule De quoi se compose une mauvaise réputation...
Il s'agit d'une production multimédia riche des splendides illustrations de Victor Hugo, car en vrai architecte, il dessina les différents éléments de son édifice ; puis il fit même relier son manuscrit (images et textes en rapport mutuel dans le même volume).
Cette production pleine d'intérêt comporte plusieurs vidéos explicatives. On aborde l'œuvre manuscrite (le manuscrit, l'intrigue, le titre), l'œuvre graphique (encres et pigments, clair obscur, instruments -le crayon de graphite, la barre lithographique, le fusain, l'encre, les plumes...-, l'art au sommet : Victoria Tébar Ávila s'exprime en castillan) et Pierre Georgel, Victoria Tébar Ávila et Jean-Pierre Montier font l'analyse des dessins.
Comme l'abordage à tous ces matériaux est libre, la marque d'une puce bleue sur la vidéo X indique que vous l'avez déjà vue. Il y a aussi, en prime, des lectures d'extraits du roman. Témoin Les Douvres.

Voici l'à propos de ce bel effort :
Si le grand public n’ignore plus, depuis les grandes rétrospectives qui ont été depuis vingt ans consacrées à son œuvre graphique, que Victor Hugo fut aussi un dessinateur exceptionnel, en revanche, dans le domaine de la recherche universitaire, ses dessins demeurent le plus souvent soigneusement distincts de la production de l’homme de Lettres. Or, comment ne pas être frappé des parentés étroites existant entre le geste de la plume à l’encre qui, dans le même temps, trace les signes de l’écriture et imprègne le papier de figures tantôt réalistes, tantôt hallucinées ?
Le manuscrit que Victor Hugo avait réalisé pour les Travailleurs de la Mer fut, de cette remarquable symbiose, la manifestation éclatante. S’il est impossible de le reconstituer (la Bibliothèque nationale, à laquelle il fut légué, a dû le démembrer pour les besoins de la conservation des documents), toutefois ce web documentaire se donnera pour ambition de retrouver l’esprit d’une démarche artistique complexe, dans laquelle poésie et roman, écriture et dessin, méditation humaine et création divine (par l’entremise de la figure mythique de la Mer) communient étroitement sous l’espèce d’un même sens du Verbe.
Ce webdocumentaire, dont le titre reprend une phrase écrite par Victor Hugo sur l’un de ses dessins, est conçu de manière à conjuguer les intérêts du public scolaire et universitaire en Littérature et en Art.
Jean-Pierre Montier
Voici un extrait du roman, la présentation de Gilliatt, son héros :
Gilliatt, nous l'avons dit, n'était pas aimé dans la paroisse. Rien de plus naturel que cette antipathie. Les motifs abondaient. D'abord, on vient de l'expliquer, la maison qu'il habitait. Ensuite, son origine. Qu'est-ce que c'était que cette femme ? et pourquoi cet enfant ? Les gens du pays n'aiment pas qu'il y ait des énigmes sur les étrangers. Ensuite, son vêtement qui était d'un ouvrier, tandis qu'il avait, quoique pas riche, de quoi vivre sans rien faire. Ensuite, son jardin, qu'il réussissait à cultiver et d'où il tirait des pommes de terre malgré les coups d'équinoxe. Ensuite, de gros livres qu'il avait sur une planche, et où il lisait.
D'autres raisons encore.
D'où vient qu'il vivait solitaire ? Le Bû de la Rue était une sorte de lazaret; on tenait Gilliatt en quarantaine, c'est pourquoi il était tout simple qu'on s'étonnât de son isolement, et qu'on le rendît responsable de la solitude qu'on faisait autour de lui.
Il n'allait jamais à la chapelle. Il sortait souvent la nuit. Il parlait aux sorciers. Une fois on l'avait vu assis dans l'herbe d'un air étonné. Il hantait le dolmen de l'Ancresse et les pierres fées qui sont dans la campagne çà et là. On croyait être sûr de l'avoir vu saluer poliment la Roque qui Chante. Il achetait tous les oiseaux qu'on lui apportait et les mettait en liberté. Il était honnête aux personnes bourgeoises dans les rues de Saint-Sampson, mais faisait volontiers un détour pour n'y point passer. Il pêchait souvent, et revenait toujours avec du poisson. Il travaillait à son jardin le dimanche. Il avait un bag-pipe, acheté par lui à des soldats écossais de passage à Guernesey, et dont il jouait dans les rochers au bord de la mer, à la nuit tombante. Il faisait des gestes comme un semeur. Que voulez-vous qu'un pays devienne avec un homme comme cela ?
N'hésitez plus : plongez dans cette mer inoubliable de l'un des vrais grands monstres de la littérature de tous les temps.

jeudi 18 septembre 2014

La peau dure des fois induites

(Texte conçu-entamé en mai 2014 et pondu-publié aujourd'hui)

La lecture des deux derniers billets de Frédéric Lordon sur son blog, La pompe à phynance, intitulés Les entreprises ne créent pas l’emploi et Les évitements visibles du « Parlement des invisibles », m'a poussé à rebouquiner au lit un conte d'Edgar Allan Poe, La lettre volée (1844), intelligente métaphore sur l'évidence qu'on ne voit pas. J'en gardais nettement dans mon esprit les grandes lignes mais avais oublié les brillantes et sectaires réflexions de Dupin, son personnage principal.
« (...) Bryant, dans sa très-remarquable Mythologie, mentionne une source (...) d’erreurs, quand il dit que, bien que personne ne croie aux fables du paganisme, cependant nous nous oublions nous-mêmes sans cesse au point d’en tirer des déductions, comme si elles étaient des réalités vivantes. Il y a d’ailleurs chez nos algébristes, qui sont eux-mêmes des païens, de certaines fables païennes auxquelles on ajoute foi, et dont on a tiré des conséquences, non pas tant par une absence de mémoire que par un incompréhensible trouble du cerveau. (...) »
Ma foi, oui, nous savons très bien que la mémoire et la connaissance sont fréquemment inutiles, stériles : trouble du cerveau ? peur ? intériorisation de la soumission par un dressage ancestral ? asthénie ? fatigue face aux pouvoirs multiples des puissances d'argent ? haine de soi ?
Quant à l'absence de mémoire, elle n'est pas forcément absolument néfaste —car on peut disposer quand même d'un jugement disons lucide et juste et n'avoir aucun penchant pour la cruauté— mais contribue souvent à rendre vraisemblables, crédibles, et donc soutenir, certaines fables et croyances fort nuisibles et parfaitement démenties par les sciences expérimentales, les modestes constatations personnelles ou l'Histoire.
C'est là un des points où je diffère de Jean Bricmont et de son ouvrage La République des censeurs, L'Herne, 2014, essai par ailleurs remarquable et que je conseille vivement. À la fin de son livre, Bricmont s'aventure à « suggérer que le devoir de mémoire n'est souvent que le nom actuel de ce qu'on aurait appelé jadis l'entretien des haines du passé, qui peut en fait créer des craintes imaginaires et des conflits artificiels ». Oserait-il défendre cette position devant les Palestiniens, la masse des Noirs pauvres de l'Afrique du Sud ou les Espagnols en quête des os de leurs proches républicains fusillés par les Franquistes ? Je sais bien que Bricmont a oublié d'être con, ne dit pas n'importe quoi en général et emploie ici l'expression « devoir de mémoire » au lieu de mémoire pour de bon, mais son juste plaidoyer contre « le devoir de mémoire » s'attaque un peu trop à mes yeux à la simple mémoire, et je trouve donc son approche plutôt dangereuse. À l'heure de réfuter le topique « ceux qui ignorent leur histoire sont condamnés à la répéter », il nous rappelle que « (...) la plupart des peuples au cours des siècles ont ignoré leur propre histoire ». Justement ; ce qui explique en partie, selon moi, leurs fois incroyables. Et puis "l'enseignement systématique" de l'Histoire est et a toujours été foncièrement partisan, y compris dans des pays soi-disant "démocratiques" comme les États-Unis, Israël ou l'Espagne : il s'agit toujours de l'histoire rédigée par les vainqueurs. Témoin Howard Zinn, Ilan Pappé —ou moi-même. Les manipulations historiques (y compris le passage sous silence des épisodes gênants que l'on veut vouer à l'oubli, au devoir d'oubli) ont toujours fait partie essentielle des différentes propagandes.
Nous ne renonçons pas à la connaissance et à la justice pour des prunes et cette double ambition nécessite une correcte reconstruction des faits, sans quoi on risque de mettre agresseurs/voleurs et victimes/volés sur un pied d'égalité.

Revenons à Lordon ; dans Les entreprises ne créent pas l’emploi, il écrivait exactement :
Il est vrai (...) que le capital a pour lui tous les privilèges de la lettre volée d’Edgar Poe, et que sa prise d’otages, évidente, énorme, est devenue invisible à force d’évidence et d’énormité. Mais par un effet de cécité qui en dit long sur le pouvoir des idées dominantes, pouvoir de faire voir le monde à leur manière, en imposant leur forme au réel, et en rendant invisible tout ce qui pourrait les contredire, par cet effet de cécité, donc, la plus massive des prises d’otages est devenue la moins remarquée, la plus entrée dans les mœurs.
L'invisibilité de l'évidence et la visibilité de l'irréel : le triomphe du mythe et des chambres à Gattaz. C'est un sujet qui me hante car il me sidère et m'enquiquine : j'en rage. La spoliation perpétuelle de la masse du peuple par ses élites opérerait un effet de mithridatisation et d'insensibilisation (an-esthésie) de bon nombre d'esprits par accoutumance, par routine. D'ailleurs, non seulement on est régulièrement dépouillé et on s'y habitue, mais on confie son salut aux vampires qui vous sucent le sang par-dessus le marché ! « Ô chimères ! dernières ressources des malheureux ! » (Rousseau dixit ; cf. Julie ou la Nouvelle Héloïse). Ce sont les (très) mauvaises conséquences de la bonne foi.

Voilà pourquoi nous sommes contraints de répéter des évidences qui sont loin d'être généralement perçues. Merci donc à Frédéric Lordon et Bertrand Méheust, par exemple, pour leurs analyses démystifiantes.
Au sujet de Bertrand Méheust, disons qu'il a publié il y a cinq ans un essai bien écrit et succinct qui aborde tout de même les grands maux déclenchés par la prédation humaine (sociale et planétaire, méchante et inconsciente) —que l'on tient à nous dissimuler à travers les grands mots, oxymoriques, du système qui nous assomme. Une quintessence ou compendium à l'usage de ceux qui souhaiteraient se rattraper en la matière et dont la bibliographie citée est excellente. Il s'agit de La politique de l'oxymore, ou Comment ceux qui nous gouvernent nous masquent la réalité du monde, Les Empêcheurs de penser en rond, Éd. La Découverte, Paris 2009.



« Pour l'essentiel, ces pages ont été écrites pendant l'automne et l'hiver 2007. Je n'ai pas cru, à quelques remarques près, devoir les ajuster à l'actualité, qui s'est chargée de confirmer mes craintes », écrit l'auteur pour clore son avant-propos.

Oxymore est un terme qui provient du grec ὀξύμωρον (oxumôron), de ὀξύς (oxus) « aigu » et μωρός (môros) « sot, fou ».
Ce bouquin se divise en deux parties : la première s'intitule très spinoziennement Toute société cherche à persévérer dans son être ; la seconde, Politique de l'oxymore, décrit le phénomène mais n'en fait pas la collection à fond. Ce n'est pas son but, bien entendu. Il présente néanmoins une belle liste de contradictions de la société libérale dans la deuxième partie. Et je dois dire que cela fait longtemps qu'elle me tente, l'idée de faire un bon inventaire des oxymores des libéraux, ces grands professionnels de la langue interlope, de la fraude expressive...
Bref, pour l'instant, je me borne à recueillir ci-dessous quelques extraits, choisis à la va-vite, de La Politique de l'oxymore (les notes et les liens hypertextes sont de mon cru. Attention, ma sélection néglige, malheureusement, bien des développements les plus juteux de la démonstration de Méheust) :
— (...) nous n'avons pas encore assimilé la dimension collective nouvelle de l'éthique exigée par la crise écologique.
— (...) les forces libérées par le couplage du marché et de la technoscience semblent incompatibles à terme avec la « permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre », selon la fameuse formule de Hans Jonas, (...) l'on ne peut pas agresser très longtemps la biosphère sans en subir les conséquences.
— (...) un univers mental cherche toujours à persévérer dans son être et ne renonce jamais de lui-même à lui-même si des forces extérieures considérables ne l'y contraignent pas.
— La mondialisation peut (...) être caractérisée comme le moyen qu'à trouvé la civilisation libérale pour répondre à la saturation locale de ses systèmes et pour différer encore et encore la saturation finale.
(...) Mais, comme nous vivons dans un monde fini, sa saturation globale est inéluctable, et plus on aura déployé d'ingéniosité pour le prolonger, plus les effets différés seront dévastateurs.
— (...) la démocratie du futur, telle qu'on la voit se dessiner, risque fort de devenir une « barbarie molle » d'un genre inédit, une barbarie froide et raisonnée, disposant de moyens de contrôle mental sans précédent.
— La démocratie telle qu'on la voit se mettre en place aujourd'hui est le système à travers lequel s'achèvera l'appropriation de la nature (et de la nature humaine) par la rationalité instrumentale.
— (...) on compte sur des découvertes nouvelles pour réparer les dégâts des technologies précédentes, (...). Ce raisonnement (...) est inacceptable moralement, et insoutenable logiquement.
— (...) le formatage auquel nous sommes soumis nous éloigne de la nature et nous rend indifférents, entre autres choses, à [la mort des rivières].
— (...) rien n'est moins spontané que la doctrine libérale.
— La mentalité consumériste façonnée par le système continuera pendant longtemps de freiner les modifications psychiques et culturelles qui seules pourraient rendre possible à long terme la mutation requise par la crise [écologique].
Le pacte implicite qui lie l'opinion au système -un confort matériel toujours accru, en échange d'un vide de sens toujours plus effrayant- ce pacte empêchera longtemps encore que l'on diminue de façon sensible la pression de confort (...).
— Comme l'a montré l'exemple de l'amiante, comme le montre celui des pesticides, comme le montreront sans doute les effets différés des téléphones portables, jamais on ne peut arrêter immédiatement une production létale, une technologie dangereuse, même si leurs dangers sont prouvés ou probables.
[Note candide - La voiture et ses effets : pollution, guerres du pétrole, saturation, morts directes, blessés... ; les médicaments...]
— La cirrhose néolibérale est incurable.
— Une société d'endettés est prisonnière du futur, elle ne peut plus prendre de risques, se battre pour ses droits, ou envisager de vivre autrement. Et c'est d'ailleurs pourquoi Sarkozy souhaite que tous les Français deviennent propriétaires de leur maison : endettés jusqu'au cou pour un demi-siècle, ils seront définitivement prisonniers du système.
[Note candide - N'oublions pas les étudiants]
— Encore un signe qui ne trompe pas : aujourd'hui, l'élite des mathématiciens ne va plus à la physique, à la cosmologie, à la recherche fondamentale, elle va à la finance, et se met au service des maîtres du monde. Platon doit se retourner dans sa tombe.
[Voir la note de ce billet-ci]
— Aujourd'hui, on assiste à une multiplication vertigineuse des normes et des règlements qui sont en train de nous étouffer comme un véritable corset. En même temps, la fonction de ces lois devient de plus en plus répressive, elles visent à prévenir et à traquer la déviance, on entre dans le Surveiller et punir prémonitoire de Michel Foucault. Ainsi, à mesure que l'activité économique et le travail sont dérégulés, la vie quotidienne est sur-régulée, sur-encadrée.
[Note candide : Russie, Genève, Égypte, Espagne, un peu partout...]
— Le « déchet moderne » (...) tend à s'évanouir : il devient invisible, (...) -mais il envahit tout l'espace physique, et sous sa forme publicitaire tout l'espace mental. « Les animaux -écrit [Michel] Serres- s'approprient certes leurs gîtes par leur saleté, mais de manière physiologique et locale. Homo s'approprie le monde physique global par ses déchets durs et [...] le monde humain global par les déchets doux. » Le « déchet dur » en question est évacué chez les pauvres, il termine sa course dans les océans, dans les déserts africains, dans les mangroves. Le « déchet doux » est psychique, il est destiné à l'humanité toute entière, ses formes les plus agressives sont tournées vers les classes inférieures, ses formes les plus élaborées sont réservées aux classes aisées et cultivées. Mais, chez les riches comme chez les pauvres, il s'insinue partout.
— En moins d'un siècle, le marché, couplé à la technologie, en instrumentalisant et en artificialisant les désirs, aura stérilisé tout ce qui donnait aux hommes le goût de vivre depuis des millénaires. (...) C'est chez des auteurs comme George Orwell, Aldous Huxley, Stanislas Lem ou Philip K. Dick que l'on trouvera des évocations prémonitoires du psychisme qui monte.
— (...) la civilisation libérale est la culture de la sortie de la culture.
— « Développement durable », « croissance négative », « marché civilisationnel », « financiarisation durable », « flexisécurité », « moralisation du capitalisme », « offre d'emploi raisonnable », « vidéoprotection », « décélération de la décroissance », « mal propre », etc. La montée des oxymores constitue un des faits marquants et révélateurs de la société contemporaine.
[Note candide : Méheust et moi, nous savons que ce répertoire serait vraiment interminable. Il faudrait même inclure le patron de l'Espagne, Saint-Jacques Occit-Maures, oxymore particulièrement affreux !!!]
— Les « cohérences antagonistes » étudiées par [Gilbert Durand] se sont mises en place spontanément à travers les âges, (...) tandis que, dans les sociétés contemporaines (...), elles sont de plus en plus souvent forgées artificiellement par des idéologues pour justifier et maintenir un ordre, avec la complicité de certains intellectuels et le relais des moyens contemporains. Loin de favoriser l'équilibre des individus et de la société, les oxymores ainsi utilisés peuvent alors favoriser la déstructuration des esprits, devenir des facteurs de pathologie et des outils de mensonge.
— Par de nombreux points essentiels, le nazisme préfigure notre modernité.
Les nazis étaient fascinés par la technologie de pointe (...). Leur eugénisme a diffusé, sous des formes banalisées, dans les pratiques médicales contemporaines. Ils ont inventé les autoroutes, les fusées, les avions à réaction, la voiture pour tous, la propagande de masse par les médias modernes, la politique spectacle, les grandes messes sportives, les voyages organisés, l'exaltation narcissique du corps, qui éclate dans les films de Leni Riefenstahl (...). Ils ont anticipé la « modernisation » de la langue, en ayant recours de façon systématique aux sigles et aux euphémismes destinés à masquer les réalités dérangeantes. Ils ont appliqué aux Juifs et aux Tziganes les méthodes de l'élevage et de l'abattage industriels qui commençaient à se développer dans le secteur agro-industriel.
Ils ont même inventé la guerre spectacle. (...)
[Note candide - Cette liste mériterait certaines nuances compte tenu de l'existence des États-Unis]
— On a remarqué que les oxymores se mettent à proliférer dans les sociétés soumises à de fortes tensions, comme le montre le cas exemplaire du régime de Vichy, un gouvernement qui se réclame de la patrie, mais qui est installé et maintenu par une armée d'occupation ; une politique de soumission, qui est présentée comme une entreprise de régéneration nationale ; un éloge de la vie champêtre, dans un régime à la solde de l'industrie lourde allemande ; enfin, et c'est sans doute le comble, une exaltation des vieilles valeurs chrétiennes, au service d'une entreprise fondamentalement antichrétienne et néopaïenne...
[Note candide - Nos très chrétiens et très libéraux notables —qui prônent donc les bienfaits de la liberté et de l'initiative individuelle— diabolisent, maltraitent et expulsent les Africains, les Roms, les pauvres...]
— [Pour notre système], Il s'agit de durer, coûte que coûte, en démultipliant les fantasmes, en faisant, en faisant des technologies du mensonge raisonné une branche importante du savoir et un secteur vital de l'économie.
— (...) la thèse de Hobbes est une prophétie autoréalisatrice : ce n'est pas au commencement que l'on assiste à la guerre de tous contre tous, mais au terme. Quand les hommes n'auront plus le choix, ils voudront le Léviathan, mais il sera trop tard.
— Un chantier titanesque attend les générations futures, un chantier tellement énorme qu'il ne peut guère être qualifié qu'à travers des expressions tirées de la mythologie. Il faudra nettoyer les écuries d'Augias. Il faudra, si c'est encore possible, décontaminer la planète, la transformer en une véritable Arche de Zoé (le terme devant être pris ici dans son sens littéral) [Note candide : en grec Ζωή, qui veut dire "vie"] pour préserver et relancer les espèces vivantes, réparer et recréer la biosphère. Pour cela, il faudra d'abord décontaminer les esprits.
— (...) il y a un hiatus fatal entre la profondeur de champ de l'économie et de la politique, et celle de la cosmologie et de la paléo-anthropologie contemporaines (...). L'homme que dévoilent la cosmologie et la paléo-anthropologie n'est pas un être fixe, mais un processus dont le développement se joue sur des centaines de milliers, voire sur des millions d'années. (...) C'est précisément au nom d'une conception élargie de l'histoire et du progrès qu'il faut refuser par tous les moyens la marchandisation du monde.

jeudi 4 septembre 2014

ARTE Cinéma

Je reproduis presque intégralement une dépêche du Monde d'aujourd'hui sur un nouveau service d'ARTE consacré au cinéma :

Une plate-forme consacrée au cinéma pour Arte
Depuis le 1er septembre, la chaîne franco-allemande Arte propose sur la Toile sa nouvelle plate-forme consacrée au cinéma, à partir de son offre TV. Accessible en streaming gratuit, Arte Cinema (disponible sur cinema.arte.tv/fr) propose aussi aux cinéphiles de retrouver les films diffusés par la chaîne sur Arte +7  (qui permet de visionner les contenus vidéo en intégralité pendant sept jours) ainsi que des courts-métrages. La plate-forme propose aussi chaque semaine une sélection de cycles de rares longs-métrages regroupés dans la section Europa Film Treasures, fruit d'un partenariat entre Arte et Lobster Films (qui détient les droits des films mis à disposition par les cinémathèques européennes). Les amateurs du 7e art pourront en outre être redirigés vers l'offre VOD payante de la chaîne grâce à un lien. Arte Cinéma est aussi un espace où les internautes pourront retrouver les magazines en ligne habituels ("Blow Up", "Les leçons de cinéma"... ), ainsi que des articles, des entretiens, des making-of et une sélection des sorties en salles réalisée en partenariat avec Allociné/ Filmstarts. Au programme cette semaine, un cycle Leos Carax (avec Holy Motors, puis Les Amants du Pont-Neuf à partir du 8 septembre), ainsi que la possibilité de revoir le téléfilm de Guillaume Nicloux L'Enlèvement de Michel Houellebecq.

mardi 2 septembre 2014

Brésil, un portrait en musique

La série Brésil, un portrait en musique, proposée du lundi 7 au vendredi 11 juillet par Continent musiques, sur France Culture, constitue une manière de découvrir un peu le Brésil à partir de sa musique et en français.
Continent musiques est une émission estivale produite par Véronique Mortaigne, Maylis Besserie, Amaury Chardeau, Jérôme Sandlarz, Florent Mazzoleni, Virginie Bloch-Lainé, Simon Rico, Elodie Maillot. Elle explore en musique les cinq continents.

Voici l'introduction au premier volet de Brésil, un portrait en musique, série que nous devons à Véronique Mortaigne :
Le Brésil accueille la Coupe du Monde de football. Le pays est pourtant mal connu en profondeur. Attrayant, joyeux, turbulent, le géant sud-américain a mis la musique au cœur de son quotidien. De Rio à Manaus, elle y est profondément aimée. Au-delà des refrains d’ascenseur et des leitmotivs carnavalesques, la musique populaire brésilienne (MPB) dit beaucoup sur la construction de cette identité brésilienne parfois opaque, une fois dépassé le stade des évidences. Samba, bossa-nova, tropicalisme rock, pop ou funk : la MPB est une suite inventive, continue, de déstructurations artistiques et  de révolutions sociales
Véronique Mortaigne, responsable des musiques actuelles au journal Le Monde, auteur d'une dizaine d'ouvrages, dont Cesaria Evora, la voix du Cap-Vert (Actes Sud), Manu Chao, nomade contemporain (Don Quichotte), a vécu plusieurs années au Brésil, et s'est attachée à décrire les aller-retour entre l'Afrique et les Amériques.

Playlist du jour :
Pais Tropical (Générique), Wilson Simonal
Refavela, Angelique Kidjo et Gilberto Gil, Bonus track de Black Ivory Soul, version brésilienne
Mulemba Xangola, Extrait de Onda Sonora Red Hot+Lisbon, Bonga, Marisa Monte, Carlinhos Brown
Sinha, Chico, Chico Buarque
Carinhoso, Yamandú Costa, BO du film Brasileirinho de Mika Kaurismaki
Peça de albene, Acerto de contas, Paulo Vanzolini, Pii
Luz Negra, Nelson Cavaquinho
BrigitteBardot, Jorge Veiga
Fado tropical, Calabar, o elogio da traiçao, Chico Buarque
Canoa Canoa, Clube da Esquina 2, Milton Nascimento
Tremzinho caipira, Danças dos escravos, Egberto Gismonti
Rio de Lágrimas, Feitiço Caboclo, Dona Onete
Aboio, Aboio e embolada do Nordeste, Trad.
Reza, Rita Lee.
Brésil, un portrait en musique (2/5)
Brésil, un portrait en musique (3/5)
Brésil, un portrait en musique (4/5)
Brésil, un portrait en musique (5/5)

mercredi 27 août 2014

Psittacismes de Manuel

Le Monde nous explique :
François Hollande et Manuel Valls ont composé hier un nouveau gouvernement excluant les ministres qui réclamaient un virage à gauche afin de mettre en œuvre la politique social-démocrate voulue par l'exécutif, dans la "dignité" et la "cohérence". Le premier ministre, qui a défendu sur France 2 (...) les choix faits pour constituer la nouvelle équipe, s'est dit convaincu d'obtenir une majorité à l'Assemblée lors d'un vote de confiance qui aura lieu en septembre ou en octobre. François Hollande a créé la surprise avec la nomination de son ex-conseiller Emmanuel Macron, qui prend l'économie, où il remplace le trublion Arnaud Montebourg, et symbolise le cap économique du chef de l'Etat. "Il y a une seule ligne et les membres du gouvernement ne peuvent pas se donner en spectacle", a dit Manuel Valls, pour qui cette nomination fait partie "des beaux symboles". "Et alors, on ne peut pas dans ce pays être entrepreneur, banquier, commerçant, artisan ?" a-t-il fait mine de s'étonner.
Hervé Le Tellier nuance :
Il était temps. Les Français, après n'avoir pas vu s'appliquer la politique pour laquelle ils avaient voté, voient commencer le second temps du quinquennat : on va enfin appliquer celle pour laquelle ils n'ont pas voté.
Candide glose :

Le PS fait vallser 90% des Français et Maquereau-n, "beau symbole", prend l'économie en France ! De Manuel.
Le fait que les banquiers (et autres agioteurs) soient les artisans de notre détresse ne saurait autoriser quiconque à mettre banquiers et artisans sur un pied analytique d'égalité. Sauf psittacisme de Manuel.

Le Régime libéral n'admet point la dissidence ni le pluralisme, penche donc pour la censure des non-godillots. Les grands média, aussi bien publics que privés, ne doivent transmettre que la Sacrée Pensée Unique, d'où découlent les lois iniques que nous subissons partout en Europe.
Le Parti Socialiste, l'une des deux ailes de cet avion-Régime, qui remplit sans complexes sa tâche sur les grands dossiers du moment (privatisations, renflouage des banques et des grandes entreprises privées avec de l'argent public, coupes dans les services publics, coupes des droits sociaux et du travail, soutien à tout prix d'Israël et du sionisme,...), agit sans vergogne également en matière de propagande et de contrôle médiatique —c'est-à-dire, de censure, son corollaire. Il faut bâillonner toute voix (au chapitre) qui soit “ plus près des jetables que des notables. ” C'est ainsi qu'on vient de supprimer l'émission radiophonique Là-bas, si j'y suis sur France Inter ; Val ou Valls, quelle importance ? Ça sent de toute façon l'eau rance, et l'eau rance bloque la liberté d'expression :
"Là-bas si j’y suis" c’est fini,
Daniel Mermet ne sera plus à l’antenne en septembre, et l’équipe est suspendue.
Le vendredi 26 juin, au lendemain de la dernière émission de la saison, Laurence Bloch, la nouvelle directrice de France Inter, mettait brutalement un terme à l’une des émissions la plus populaire, la plus originale et la plus engagée de la radio.
Madame Bloch assure que l’audience baisse, alors que LÀ-BAS a apporté plus de 350 000 auditeurs à France Inter sur un horaire difficile. Ceci est facilement vérifiable. Madame Bloch n’a jamais beaucoup aimé Là-bas.
Madame Bloch dit à Daniel Mermet qu’il est trop vieux, alors que la moyenne d’âge de l’équipe est de 37 ans et que Mermet a convenu de passer la main avec son équipe. De plus, étant engagé sous contrat en CDD, Mermet n’est pas concerné par la limite d’âge. Les arguments de la direction sont donc grossièrement fallacieux.
Depuis longtemps le pouvoir tentait de faire taire la voix beaucoup trop dissidente de cette émission. La nouvelle direction l’a fait. À l’intérieur de la radio comme parmi les auditeurs, la stupéfaction a fait place à la colère.
« C’est une erreur et une faute », dit le comédien François Morel.
De partout, sur tous les réseaux, circulent des pétitions et des dizaines de milliers de messages consternés ou rageurs.
« J’ai 30 ans, j’ai grandi avec les reportages, j’ai appris à tendre l’oreille, j’ai appris à réfléchir plutôt qu’à recevoir. C’est l’ouverture à la pensée critique (à la pensée tout court ?) que l’on flingue aujourd’hui. Mais on touche aussi à un petit bout de moi, à une bande de potes, là, dans le poste.
J’ai les boules et je le ferai savoir.
On ne lâche rien. »
POUR QUE LÀ-BAS CONTINUE !
Paris, le 27 Juin 2014.

Signez la pétition


Télérama, le 27/08/2014 à 18h41 - Mis à jour le 27/08/2014 à 19h21 :

Daniel Mermet envisage un “Là-bas si j'y suis” sur le Web
Remercié par France Inter en juin dernier, l'animateur compte reprendre son émission sur Internet. Il profitera de la prochaine Fête de L'Humanité pour mettre en place une campagne de souscriptions. Objectif : lancer son pure player le 21 janvier prochain.

Arrêt sur images.

— LA-BAS SI J’Y SUITE : La conférence de presse du 27 août 2014 par Mutins sur Vimeo.