samedi 26 janvier 2013

Le grand retournement, de Gérard Mordillat

(...)
Reprenez-vous, vous dis-je, c'est le capitalisme,
Laissez les journalistes croire au libéralisme.
Quant à nous, nous savons comment marche le monde,
Qu'en retrait du marché les ficelles abondent.
Nous sommes importants, nous sommes névralgiques,
La panne du crédit, c'est l'accident tragique,
Mais le crédit, c'est nous ! Nous sommes intouchables !
Pour nous sauver l'État mettra tout sur la table.

F. Lordon : D'un retournement l'autre, Éd. du Seuil, mai 2011.
 (LE BANQUIER, acte I, Scène 3)


Dans un billet du 10 août 2011, Candide résiste avait déjà abordé D'un retournement l'autre, comédie sérieuse sur la crise financière (Seuil, mai 2011) que Frédéric Lordon avait composée, en quatre actes et en alexandrins, dans le but de montrer les vraies causes de la dépossession organisée que nous subissons et de tenter de conjurer l'usure du temps, l'amnésie, qui est la grande alliée de la domination (cf. le post-scriptum de la pièce intitulé Surréalisation de la crise, où Lordon s'explique). Et cela dans l'espoir que cette connaissance mue en affect (1) —en sursaut d'indignation, dis-je à la Péguy, car autrement, elle est inutile, voire contre-productive.
Sujet majeur car nos déréglés dérègle-menteurs contrôlent tous les grands média, toutes les grandes maisons d'édition et, d'une manière générale, toute notre culture et sa pédagogie unique ; il ne faut donc pas trop s'étonner qu'on nous martèle à longueur de journée, et de nuitée, qu'il faut discipliner les finances publiques alors même que ce sont la très privée Finance et ses acrobaties démentielles (les soi-disant folies des soi-disant marchés rationnels) qui se trouvent à l'origine de la houle qui a entraîné notre dernier grand naufrage : notre argent (le Trésor public) a servi à renflouer les responsables du désastre —sans contreparties et sans que le parquet (le ministère public) agisse contre les parquets (de la bourse) : en voilà une, de charge sociale et de prise d'otages mondialisées !!!!—, et nos hauts fonctionnaires politiques (en fait, leurs), au lieu de gérer dignement la res publica, chouchoutent les agioteurs et les grands intérêts privés, bradent le patrimoine de tous, démantèlent le service public, suppriment nos structures de solidarité, sapent le Droit du Travail et les acquis sociaux, délogent les plus démunis (il faut compter 400.000 expulsions en Espagne depuis 2008, et quelques suicides), modifient le code pénal pour faciliter la répression du peuple et blanchissent les fraudeurs, entre autres. C'est ce qui arrive lorsque ce sont les pyromanes qui jouent les pompiers.

Gérard Mordillat, romancier et cinéaste né dans le cher quartier parisien de Belleville, a réalisé  Le grand retournement (2), film basé sur la pièce de Lordon qui vient de sortir en salles le mercredi 23 janvier —après une avant-première le 14 janvier à Lille. Avec François Morel, Jacques Weber, Edouard Baer, Patrick Mille, Franck de Lapersonne, Jacques Pater, Elie Triffault, Odile Conseil, Antoine Bourseiller, Jean-Damien Barbin, Thibault de Montalembert, Alain Pralon, Christine Murillo et Benjamin Wangermée.
L'affiche annonçant ce long métrage met en exergue la maxime « Qui sème la misère récolte la colère »...
"Le grand retournement" de Gérard Mordillat... sur DailyMotion.

C'est la crise, la bourse se casse la gueule, les banques sont au bord de la faillite, le crédit est mort, l'économie moribonde... Pour sauver leurs mises, les banquiers font appel à l'État. L'État haï est soudain le sauveur ! Les citoyens paieront pour que le système perdure, que les riches restent riches, les pauvres pauvres. Adapté de la pièce de Frédéric Lordon cette histoire d'aujourd'hui se raconte en alexandrins classiques. C'est tragique comme du Racine, comique comme du Molière...


Dans un entretien accordé à Rue89, Mordillat a dit :
Je trouvais géniale l’idée de s’attaquer à la crise financière et bancaire en alexandrins. Je suis convaincu qu’il ne faut jamais parler la langue de son adversaire. Nous sommes prisonniers du langage imposé par l’idéologie néolibérale : on parle du coût du travail pour ne pas parler des salaires, les représentants syndicaux sont taxés de « partenaires sociaux » et, mieux encore, les plans de licenciement sont devenus des « plans de sauvegarde de l’emploi ».
Il y explique aussi que « une seule personne a contribué au financement : Vera Belmont, qui y a engagé ses propres fonds. »

Pour en savoir plus sur un film que nous n'avons pas encore eu l'occasion de voir ici, en Espagne, je vous suggère l'émission radiophonique de Là-bas, si j'y suis sur Le grand retournement. Pour l'écouter, cliquez sur le lien.

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(1) Frédéric Lordon a déclaré à Marianne (propos recueillis par Bertrand Rothé et publiés le jeudi 24 janvier 2013) :
« (...) il nous faut bien toutes les machines affectantes de l’art pour produire la conversion collective du regard seule capable de renvoyer le néolibéralisme aux poubelles de l’Histoire – où la crise historique que nous vivons aurait dû suffire à l’expédier. Comme vous savez, l’échec monumental du capitalisme néolibéral et l’effondrement dans lequel il précipite les populations n’a nullement conduit à sa disqualification doctrinale et morale comme l’aurait voulu un monde réglé par des normes minimales de décence intellectuelle et politique. Il faut donc envisager d’autres moyens, et sans doute ce « passage au théâtre » procède-t-il de la maxime qui devrait nous servir de viatique politique pour une époque obscène : faire flèche de tout bois. »

(2) Titre qui suggère, inévitablement, The Great Derangement, du journaliste étasunien Matt Taibbi.

mardi 22 janvier 2013

Binta et les bonnes idées

L'une de mes élèves de cette année, Ana C. me proposa de voir en classe un moyen métrage que je ne connaissais pas, Binta y la gran idea, « Binta et la grande idée », réalisé par un Toubab, un Blanc, le cinéaste espagnol Javier Fesser, en collaboration avec l’Unicef. En voici la vidéo :


ACTEURS - Zeynabou Diallo : Binta ; Agnile Sambou : Père de Binta ; Aminata Sané : Soda

Mon père dit que les oiseaux sont très intelligents... C'est ainsi que commence ce film tourné en 2005 dans la région de Ziguinchor, partie occidentale de la Casamance, la belle région du Sud du Sénégal, à majorité Diola, où les fromagers majestueux, les marigots du fleuve (la Casamance) et les bolongs —bordés des palétuviers des mangroves— remplacent la brousse des baobabs. La phrase est prononcée par Binta qui a 7 ans et va à l'école, où son maître évoque les avantages d'apprendre ensemble, pour mieux se comprendre et mieux respecter les autres. Soda, cousine de Binta, n'a pas hélas cette chance : son père la contraint à rester à la maison dans l'attente d'un futur mariage traditionnel. Une pièce montée par des enfants —le théâtre populaire y est très fréquent— reprendra le sujet de cet entêtement atavique, dans le but de le contrecarrer.
Le père de Binta, Sabou, est à son tour un pêcheur à pirogue qui, choqué par les retombées du progrès technique des Toubabs (les Blancs), et inspiré par la sagesse des oiseaux, décide de soumettre une idée très confidentielle aux autorités de son pays, une idée de progrès, tel qu'il l'entend (1). Ne la ratez pas car elle a à avoir avec la joie de vivre et son apprentissage, vitalité wertement bafouée par ceux qui préfèrent, à l'école, la religion à la citoyenneté, la ségrégation sexuelle et économique au partage et à la connaissance mutuelle, ceux-là même qui, en général, ne jurent que par l'avidité, l'affairisme sans états d'âme.
Le père de Binta, quant à lui, pense que ce désir d'accumuler —qui ravage les arbres et les poissons, et bousille l'air— pousse les Toubabs à préserver ce qu'ils accumulent à force de bombes hautement technologiques.

La présence musicale de Salif Keita (Djoliba, 1949) dans la délicieuse bande son accompagnant les images, nous fait songer à son pays natal, le Mali, grand voisin oriental du Sénégal.
En matière d'analyses à l'égard de ce qui s'y passe actuellement, j'en ai dégoté deux, sur internet, qui aident à méditer sur le conflit malien et l'opération Serval ; l'une de Badia Benjelloun, l'autre de Mohamed Tahar Bensaada. Cliquez sur les liens si le sujet vous intéresse.
Pour commencer à mieux comprendre ce genre d'enjeux "africains", vous pouvez également jeter un coup d'œil sur le site du collectif "Areva ne fera pas la loi au Niger".


(1) Note du 18/02/2013 : Cf. à cet égard ce propos d'Inmaculada Pimentel : "Voy a África a que me ayuden. De allí vuelvo nueva".

jeudi 17 janvier 2013

Wikivoyage, guide de voyage participatif

Wikivoyage est un projet, encore en bêta, pour créer un guide de voyage en ligne et gratuit du monde entier, "complet, à jour et fiable", selon l'expression utilisée par la fondation Wikimedia, source de cette initiative. Le fonctionnement du site, comme c'est le cas pour Wikipédia, repose sur la participation des internautes. Donc, il faudra avoir du critère pour déceler les eventuelles erreurs ou subjectivités contenues dans les textes et les présentations car Wikivoyage ne garantit pas le contenu mis en ligne.

Ce projet plurilingue compte en ce moment 2 423 destinations, guides et autres articles écrits et modifiés par des Wikivoyageurs du monde entier. Vous pouvez regarder l'Aide ou les Premiers pas pour voir comment modifier une page tout de suite. Selon Le Monde,
A l'origine, ce guide de voyage en ligne était géré depuis 2006 par une association allemande à but non lucratif, avec des textes uniquement en allemand et en italien. L'association a cédé en octobre 2012 l'ensemble de son contenu ainsi que son nom au nouveau projet. Depuis, la version anglaise est devenue la plus fournie, avec plus de 26 500 entrées disponibles. Sue Gartner, directrice de la fondation Wikimedia, explique dans son communiqué qu'"il y a une énorme demande pour des informations sur les voyages, mais très peu de sources sont exhaustives sans être commerciales. C'est sur le point de changer." 

dimanche 13 janvier 2013

Caducité délibérée et d'autres gaspillages et destructions

Tous nos produits sont adultérés pour en faciliter l'écoulement et en
abréger l'existence. Notre époque sera appelée l'âge de la falsification (...).
Paul Lafargue : Le Droit à la paresse, ch. III, 1881.


Longue époque, cher Paul...
Les Amis de la Terre est une association de protection de l’Homme et de l’environnement, créée en 1970, qui mène des campagnes sur les changements climatiques, la protection des forêts tropicales, la responsabilité des acteurs financiers et des entreprises, l’agriculture et les OGM.

Les Amis de la Terre ont publié en décembre 2012 un rapport pour dénoncer l'Obsolescence programmée des produits de haute technologie, c'est-à-dire, leur caducité préméditée, leur désuétude planifiée. Ou Comment les marques limitent la durée de vie de nos biens. Ce rapport est disponible en pdf sur le lien précédent. On y apprend, par exemple, qu'environ 100 000 tonnes de déchets électriques et électroniques "sont dus à l'absence de chargeur universel".

Production, consommation et fin de vie des objets "high-tech", "vite achetés, vite jetés", sont décortiquées par Les Amis de la Terre dans un portail ad-hoc intitulé Les dessous de la HighTech où vous trouverez données, explications, vidéos et liens pour en savoir plus :


Métaux
Métaux

Destructions
Destructions

Travailleurs
Travailleurs

Surconsommation
Surconsommation

Innovation

Obsolescence
Obsolescence

Incinération
Incinération

Exportation
Exportation

Stockage
Stockage

LIMITONS LA CASSE
EntretienEntretien2ème vie2e vie



Source : Les dessous de la HighTech, par Les Amis de la Terre

Donc, en vue de doper les ventes, la durée de vie des appareils des technologies de pointe tend à se réduire : "les producteurs de produits high-tech ont (...) développé différentes stratégies pour réduire techniquement la durée d'usage de leurs appareils", souvent difficilement réparables ou rapidement obsolètes pour des raisons logicielles. Ainsi "Apple a été le premier à mettre sur le marché un produit avec une batterie intégrée". Les Étasuniens "se sont sentis trompés car leur iPod avait une durée de vie limitée à celle de sa batterie, c'est-à-dire 18 mois". Où le mot usure exhibe impudiquement son double sens...
Voyons, usure provoquée ? dégradation volontairement accélérée ? Rappelons que les dictionnaires associent la détérioration volontaire d'édifices ou monuments publics ou des objets d'utilité publique au vandalisme, tout simplement. Donc, toute dégradation programmée industriellement serait une manière de vandalisme à l'échelle industrielle --doublé, comme on va voir, d'un vandalisme humain et écologique de première importance.
En effet, la surconsommation rend idiot (il y a beaucoup de "consommateurs" qui pensent qu'ils n'ont pas payé leur portable) et entraîne énormément d'exploitation humaine et de destruction environnementale.
Côté humain, la dégradation est évidente, surtout dans les pays où les protections légales sont plus faibles pour les travailleurs : cadences infernales, heures supplémentaires non payées, humiliations, salaires ridicules..., suicides. En outre, la forte demande de coltan a par exemple financé pendant des années une guerre en République démocratique du Congo. Et l'exploitation du lithium, dont l'extraction comporte d'autres dégâts pour le milieu naturel, est une horreur pour les populations locales concernées en Argentine, au Chili ou en Bolivie, car elle se traduit souvent par un conflit autour de l'usage de l'eau dans des régions qui sont déjà très arides.
Quant à l'aspect purement écologique, les émissions de CO2 liées au cycle de vie de ces nouveaux gadgets, toujours plus nombreux et plus utilisés, sont globalement en hausse. En France, verbi gratia, "la consommation énergétique des produits high-tech est évaluée à 13,5 % du total de la consommation électrique, soit 5 % des émissions de gaz à effet de serre. La demande d'énergie de ces produits en raison de l'augmentation du nombre de produits (smartphones, tablettes, ordinateurs) et de l'usage plus intensif qu'il en est fait ne cesse d'augmenter, cette croissance est de l'ordre de 5 à 10 % par an". Sans compter les risques relatifs à l'exposition humaine et animale aux champs électromagnétiques émis par nos équipements et nos multiples installations.
En matière de substances dangereuses, Jeff Gearhart, directeur de recherches à l’Ecology Center, affirme que « chaque téléphone testé contient au moins un de ces produits toxiques dangereux : plomb, brome, chlore, mercure et cadmium ».
En plus, le recyclage de ces appareils a commencé très tard et son taux est encore trop bas : figurez-vous qu'en 2009, il n’était que de 10 % pour les téléphones portables. En même temps, l'exportation illégale de déchets technologiques se poursuit, notamment vers l’Afrique de l’Ouest et l’Asie.
Le rapport des Amis de la Terre se termine par une conclusion...
Au final, les innovations sont uniquement orientées vers la vente de nouveaux produits et non vers l'allongement de la durée de vie et la gestion de la fin de vie des produits. La concurrence entre les différents acteurs de la high-tech ne peut justifier un tel choix dans un contexte où les ressources s’épuisent et le renouvellement fréquent de nos appareils impliquent davantage d’impacts négatifs.
...et des recommandations :
Aux pouvoirs publics :
  • Adopter une loi contre l'obsolescence programmée
    1. créant un délit d’obsolescence programmée pour que le consommateur puisse se retourner contre les pratiques abusives de certaines entreprises ; 
    2. allongeant la durée de garantie de 2 à 10 ans pour inciter les producteurs à produire durable et les consommateurs à faire réparer leurs produits ;
    3. donnant des informations substantielles du consommateur quant aux possibilités de réparation (durée de disponibilité des pièces détachées, informations sur le caractère réparable des produits, etc.).
  • Mesurer l’utilisation des ressources nécessaires à la production et adopter des objectifs de réduction
Aux entreprises :
  • Mettre sur le marché des produits réparables et durables.
  • Etendre la durée de garantie contractuelle.
  • Publier la liste des matières premières, notamment des métaux dans les produits, et leur origine.
Aux citoyens :
  • Faire pression sur les députés et sénateurs (en France via le site dessousdelahightech)
  • Allonger la durée de vie de ses produits pour réduire l’impact de vos consommations 
  • Prendre connaissances des impacts environnementaux de ses produits high-tech en allant sur les sites www.produitspourlavie.org et www.dessousdelahightech.org
Une trublione très consciente de ce genre de problèmes les aborde régulièrement dans un blog qui pourrait bien vous intéresser. Son dernier post porte, par exemple, sur notre incroyable gaspillage alimentaire. À cet égard, comme le rappellent presque tous les média francophones —en relayant une dépêche d'agence du 11 janvier—, les êtres humains disposent chaque année de 4 milliards de tonnes de nourriture mais, selon une étude de l'Institut du génie civil basé à Londres, "sur ces quatre milliards, 1,2 à deux milliards ne seront jamais consommés, soit près de la moitié. Les causes de ce gaspillage : des récoltes mal faites, des problèmes dans le stockage et le transport et l'irresponsabilité des distributeurs et des consommateurs".

La connaissance, est-elle inutile ? Pensons sérieusement aux retombées de nos choix ou ça va barder vraiment sur la planète. Bien entendu, il nous faudra un double effort, collectif —et cela concerne les règles du jeu— et individuel.

dimanche 6 janvier 2013

Blocage des publicités sur internet

"La manipulación consciente e inteligente de los hábitos y opiniones organizados de las masas 
es un elemento de importancia en la sociedad democrática. Quienes manipulan este mecanismo 
oculto de la sociedad constituyen el gobierno invisible que detenta el verdadero poder (...). 
Quienes nos gobiernan, moldean nuestras mentes, definen nuestros gustos o nos sugieren 
nuestras ideas son en gran medida personas de las que nunca hemos oído hablar. (...) 
Hoy en día (...) la minoría ha descubierto que influir en las mayorías puede serle de gran ayuda. (...) 
La propaganda moderna es el intento consecuente y duradero de crear o dar forma a los acontecimientos 
con el objetivo de influir sobre las relaciones del público con una empresa, idea o grupo."

(Edward Bernays : Propaganda, 1927.
Extraits de la version castillane d'Albert Fuentes, Ed. Melusina, 2008)

"Je me prénomme Octave et m'habille chez APC. Je suis publicitaire : eh oui, je pollue l'univers. 
Je suis le type qui vous vend de la merde. Qui vous fait rêver de ces choses que vous n'aurez jamais. 
Ciel toujours bleu, nanas jamais moches, un bonheur parfait, retouché sur PhotoShop. (...) Quand,
à force d'économies, vous réussirez à vous payer la bagnole de vos rêves, celle que j'ai shootée dans
ma dernière campagne, je l'aurai déjà démodée. J'ai trois vogues d'avance, et m'arrange toujours
pour que vous soyez frustré. Le Glamour, c'est le pays où l'on n'arrive jamais. Je vous drogue à la 
nouveauté, et l'avantage avec la nouveauté, c'est qu'elle ne reste jamais neuve. Il y a toujours une 
nouvelle nouveauté pour faire vieillir la précédente. Vous faire baver, tel est mon sacerdoce. Dans ma 
profession, personne ne souhaite votre bonheur, parce que les gens heureux ne consomment pas."

(Frédéric Beigbeder : 99 francs (14,99 €), 2000)


Une nouvelle cellule macrophage au sein du capitalisme français ? L'Agence France Presse nous invitait hier, à travers une info, à réfléchir à un sujet très intéressant, le blocage de la publicité sur internet. Le 3 janvier, la société Free venait d'installer sur ses terminaux mobiles, de manière systématique (1), un mécanisme réussissant le gel des réclames. Terrain brûlant, cette mesure fait vraiment peur car elle est susceptible de porter atteinte à la société du mensonge orchestré, des idées bien reçues, des affects déterminés, des positions dominantes et des succulents revenus.
Voici la dépêche en question suivie d'une autre qui la complète et permet de mieux la comprendre : pour l'instant on va désamorcer le dispositif explosif mais l'idée, réalisable, est bel et bien lancée...

Free: le blocage des publicités devrait être désamorcé dans les jours à venir

PARIS (AFP) - 05.01.2013 13:54

Le dispositif bloquant les publicités sur internet, installé par défaut depuis jeudi par l'opérateur français Free, devrait être désamorcé "dans les jours qui viennent", a indiqué samedi à l'AFP une source proche du dossier.
Le dispositif bloquant les publicités sur internet, installé par défaut depuis jeudi par l'opérateur français Free, devrait être désamorcé "dans les jours qui viennent", a indiqué samedi à l'AFP une source proche du dossier.
L'installation par défaut de ce mécanisme sur le terminal Freebox révolution de Free avait suscité un vif émoi chez les éditeurs de sites et provoqué la réaction de la ministre de l'Economie numérique, Fleur Pellerin.
Beaucoup de sites dépendent des recettes publicitaires, qui sont parfois leur seule source de revenus.
Selon une source proche du dossier, la démarche de Free se veut un moyen de pression pour amener le géant américain Google à partager une partie des revenus qu'il tire de la publicité.
Mme Pellerin doit recevoir lundi matin des représentants de Free et de sa maison mère, Iliad, ainsi que des éditeurs, représentants de régies publicitaires et d'annonceurs.

© 2013 AFP

Il y a un an, Free faisait une entrée fracassante dans la téléphonie mobile

PARIS (AFP) - 05.01.2013 13:52 - Par Emmanuelle TRECOLLE

Il y a un an, Free, connu pour être un trublion de l'internet, faisait le pari de rapidement devenir un acteur de poids dans la téléphonie mobile, un marché jugé mature, qu'il a bousculé à coups de tarifs ultracompétitifs.
Il y a un an, Free, connu pour être un trublion de l'internet, faisait le pari de rapidement devenir un acteur de poids dans la téléphonie mobile, un marché jugé mature, qu'il a bousculé à coups de tarifs ultracompétitifs.
Le 10 janvier 2012, le patron de Free, Xavier Niel, annonçait, dans un discours très agressif vis-à-vis de ses concurrents, Orange, SFR et Bouygues Telecom, qu'il lançait une offre à deux tarifs : 19,99 euros/mois avec internet, SMS/MMS illimités et appels illimités, et deux euros mensuels pour 60 minutes de communications et 60 SMS.
Une offre très inférieure aux tarifs du secteur qui a résonné comme un coup de tonnerre de la part de celui qui avait inventé la "box" avec une offre triple (internet, téléphone, télévision) et imposé l'abonnement à moins de 30 euros, et cherche encore à bousculer les lignes en s'attaquant à la publicité.
Et qui a chahuté le marché du portable au point de provoquer une baisse durable des tarifs et de recruter 4,4 millions d'abonnés sur les neuf premiers mois de son existence, malgré quelques problèmes de réseau à ses débuts. Les analystes estiment que Free devrait dépasser les cinq millions au bout d'un an.
Iliad, la maison-mère de Free, a vu son chiffre d'affaires s'envoler, tiré par le succès de la téléphonie mobile, et espère maintenant que cela lui permette de "changer de dimension", en nombre d'abonnés et en chiffre d'affaires.
Les effets de l'arrivée de Free Mobile se font aussi durablement sentir pour la concurrence, comme pour les consommateurs.
Dans un premier temps, les autres opérateurs ont dû s'aligner, déclenchant une baisse des prix généralisés.
Puis, ils ont riposté, proposant des offres qui se différencient par leurs services (subvention pour l'achat d'un téléphone portable) et des innovations comme la 4G. Ils ont pu ainsi reconquérir une partie de leur clientèle.
Baisse du coût des communications de 15,1%
La baisse des tarifs a toutefois fait l'affaire des Français. Pour la revue "60 millions de consommateurs", l'arrivée de Free Mobile a contribué à "redonner sept euros par mois et par ménage" en pouvoir d'achat.
De son côté, l'Insee (Institut de la statistique) estimait en novembre que si les prix à la consommation avaient augmenté de 1,4% sur un an, les prix des télécommunications affichaient, quant à eux, une baisse de 15,1%.
Mais si les trois opérateurs installés ont stoppé l'hémorragie de la clientèle, la baisse durable des tarifs a eu un impact négatif sur leurs chiffres d'affaires.
Bouygues Telecom a dû annoncer un plan de départs volontaires concernant 556 postes, comme SFR qui va, de son côté, supprimer 856 postes nets pour "sauvegarder sa compétitivité".
Seul Orange a tiré son épingle du jeu grâce à l'accord d'itinérance qui le lie à Free, permettant aux abonnés de ce dernier de passer par le réseau de l'opérateur historique dans les cas où ils ne seraient pas couverts par le réseau de Free Mobile, contre monnaie sonnante et trébuchante.
Le principal enjeu pour Free est celui du réseau car plus ses propres clients sont obligés de passer par celui d'Orange plus cela lui coûte cher et entame sa rentabilité. C'est d'ailleurs la réponse qu'a toujours donnée l'opérateur aux attaques récurrentes dont il a fait l'objet sur sa supposée lenteur à créer son réseau propre.
Selon l'Arcep, l'autorité des télécoms, Free Mobile, qui doit couvrir 75% de la population française grâce à son réseau propre au 12 janvier 2015, et 90% au 12 janvier 2018, couvrait 37% de la population au 1er juillet 2012.

© 2013 AFP
Côté Free, que personne ne s'affole : cette société fait partie du groupe de 10 opérateurs de téléphonie mobile assignés en justice par la CLCV, l'Association nationale de défense des consommateurs et usagers, pour cause de clauses abusives dans les contrats qu'ils imposent. Il s'agit concrètement d'Orange, SFR, Bouygues, Free, Virgin Mobile, La poste Mobile, Coriolis, Numéricâble, Prixtel et Sim Plus. Pour élargir cette information, vous pouvez cliquer sur le lien précédent.

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(1) "Par défaut", dit-on ici, et couramment, à partir de l'expression anglaise "by default". L'expression reste toujours drôle à mes oreilles car "défaut" est toute absence de ce qui serait nécessaire ou désirable ou toute imperfection ou anomalie. On s'en sert donc à l'excès. Il y en a même qui vont encore plus loin : je me rappelle une standardiste ibéroaméricaine de la compagnie de télécommunications sévissant chez moi qui, face à mes protestations vis-à-vis d'un service qu'ils prêtaient et dont je ne voulais pas, et qui plus est j'avais demandé à plusieurs reprises de ne pas recevoir, me répliqua que ce dispositif fonctionnait "por error" (par erreur). La langue de l'empire empire toujours la nôtre.

mercredi 12 décembre 2012

Roms, Sintés et Kalés en Europe, selon le rapport Billout

Un rapport d'information du sénateur Michel Billout dénonce la situation des Roms en Europe. Il a été dressé au nom de la commission des affaires européennes [nº 199 (2012-2013)] et publié le 6 décembre 2012. Son introduction signale :
« 10 à 12 millions de Roms vivraient aujourd'hui en Europe, dont environ 8 millions sur le territoire de l'Union européenne. Ils sont présents, bien qu'à des degrés divers, dans la grande majorité des États membres, sous l'effet des migrations qui sont intervenues au cours des derniers siècles, souvent dictées par les persécutions dont ils étaient victimes, et par des motifs économiques. Ces populations rencontrent aujourd'hui de graves difficultés d'intégration. Elles souffrent de discriminations multiples, qui procèdent bien souvent de l'anti-tsiganisme, lié à une profonde méconnaissance.
Le Conseil de l'Europe depuis les années 1970 et, plus récemment, l'Union européenne ont pris diverses initiatives afin de combattre les préjugés associés aux Roms et faciliter leur intégration en Europe. Mais c'est surtout après les évènements de l'été 2010 en France que le défi posé par les Roms est devenu un véritable sujet d'actualité européen, comme en témoigne la publication par la Commission en avril 2011 d'un cadre de l'Union pour les stratégies nationales d'intégration des Roms.
Il est temps aujourd'hui de passer à la vitesse supérieure. En dépit des initiatives existantes, la situation des populations roms n'a pas connu d'amélioration notable jusqu'à présent. Il convient aujourd'hui de mieux définir les responsabilités qui incombent à chacun des échelons - européen, national et local - afin de relever le défi de l'intégration des Roms sur un continent qui a fondé ses valeurs sur la démocratie, les droits de l'homme et l'État de droit. Quand on rapporte la population rom (8 millions) à la population de l'Union européenne (503 millions), la tâche ne paraît pas insurmontable, à condition de s'y atteler véritablement et de faire enfin tomber la barrière des préjugés. »
Dans I A-1 (1. Quelques repères historiques et géographiques), on peut lire :
(...) contrairement à des idées reçues, les populations roms ne sont pas nomades mais ancrées à des territoires nationaux.
Ainsi selon Henriette Asséo3(*) : « Quatre-vingts pour cent des Tsiganes européens n'ont pas bougé de leurs pays respectifs depuis deux ou trois siècles. A l'Est, et dans l'empire austro-hongrois, il n'y avait pas de nomadisme. S'il y en avait eu, vous n'auriez pas de communautés qui constituent 8 à 10 % des populations nationales. Cette histoire de nomadisme n'a aucun sens. »
En effet le nomadisme, n'a jamais été une spécificité rom. Ce sont les persécutions, les mesures d'expulsions, les grandes déportations et, de nos jours, les reconduites à la frontière qui ont obligé les Roms à sans cesse se déplacer.
Le voyage procède pour eux plus de la mobilité que du nomadisme ; il permet de s'adapter aux conditions d'emploi, comme les travaux saisonniers qui assurent leur survie. C'est aussi une manière de rassembler les familles à l'occasion d'un événement important de leur vie. Une minorité de Roms européens a choisi un mode de vie itinérant ; la majorité d'entre eux sont sédentarisés.
Si le rapport Billout vous intéresse, cliquez ci-dessous sur le lien de votre choix :

Rapport

Illustration : couverture de rapport

lundi 3 décembre 2012

Fukushima - Pétition de Tokiko Noguchi

Juste deux semaines après votre débat autour de l'énergie nucléaire, je reçois dans mon courriel cette pétition de Tokiko Noguchi qui en dit long sur la situation du département de Fukushima après la catastrophe du 11 mars 2011 :

Préfecture de Fukushima: Ne nous volez pas le choix de nous réfugier à l’extérieur du département !

Pétition de 野口時子 Tokiko Noguchi (3a 郡山)

Fukushima, Japon

Nous habitons à Fukushima. Nous avons une fille, collégienne et un fils handicapé. Ma fille entre au lycée cette année, et nous nous demandions si ça n’était pas l’occasion de déménager à l’extérieur du département pour protéger nos enfants de l’irradiation. Mais brutalement, la préfecture de Fukushima a déclaré publiquement que les appartements gratuits réquisitionnés pour les personnes souhaitant se réfugier à l’extérieur du département, n’accepteraient plus de nouvelles demandes à partir du 28 décembre 2012.
Le jour où cette décision a été rendue publique, j’ai reçu les résultats de l’échographie de la thyroïde de mon fils : A2. Les résultats étaient terribles. « Nous nous étions pourtant réfugiés le 15 mars, et nous sommes partis un mois en séjour de villégiature l’été… » (1)
De nombreux pères et mères de Fukushima vivent soucieux et se demandent s’ils doivent, afin de protéger leurs enfants, s’éloigner de leur pays natal et s’inquiètent de savoir où ils doivent déménager ? Dans le cas où ils prennent la décision de déménager hors de la préfecture de Fukushima, parce que cela est nécessaire, le fait de pouvoir avoir accès à des logements réquisitionnés (et mis à disposition gratuitement) est une aide vitale.
Le règlement concernant les logements réquisitionnés qui se trouve originellement dans la loi de protection en cas de désastre a été appliqué durant 5 années lors du tremblement de terre d’Osaka. Refuser le dépôt de nouvelles demandes d’habitation de ces logements alors que deux années ne se sont pas encore écoulées après la catastrophe est inadmissible. De plus, cette fois, la population encourt des dommages sanitaires dus à l’irradiation. Il est manifeste qu’une assistance sur un terme plus long est nécessaire.
Selon l’enquête d’opinion réalisée dans la ville de Fukushima au mois de mai, plus de 90% des citoyens ont répondu être en état de « grande inquiétude » ou « d’inquiétude moyenne » quant aux effets de la contamination interne et externe de leur famille. 34% des personnes interrogées, et 45% des ménages ayant en leur sein des nourrissons et des enfants du primaire ont répondu qu’ils « souhaitent se réfugier » (2)
De nombreuses familles, tout comme la nôtre, attendent que leur enfant ait fini leur cycle scolaire, recherche l’endroit adéquat permettant l’accueil de leur enfant handicapé, en somme choisissent le bon moment pour déménager. C’est parce que de nombreuses familles étaient dans l’expectative de la fin de l’année scolaire de leur enfant, ou dans l’attente de pouvoir rassembler les conditions d’un environnement pédagogique adapté qu’encore au mois de mars de cette année, les refuges à l’extérieur du département furent nombreux (l’année scolaire commence en avril au Japon). Nous avons toutes raisons de croire que le nombre de famille qui pensait déménager au mois de mars prochain était également considérable.
La préfecture a décidé de cesser l’acceptation de nouvelles demandes d’occupation de logements réquisitionnés en décembre de cette année, mais les réfugiés demandent l’abrogation de cet arrêt. (4)
Si nous recevons l’assistance de tous, nous pourrons rendre possible la révision de cette décision.
Nous vous remercions.

Documents de référence :
1 - Nodules en deça de 5.0mm et Kyste en deça de 20 mm
2 - http://www.city.fukushima.fukushima.jp/soshiki/7/kouchou12090501.html


3 - http://mainichi.jp/select/news/20121124k0000m040081000c.html
4 - http://www.yomiuri.co.jp/e-japan/yamagata/news/20121107-OYT8T01431.htm
5 - 
http://www.pref.fukushima.jp/imu/kenkoukanri/241118koujyousen.pdf 

Signer la pétition

Le 12 octobre 2012, la compagnie d'électricité Tepco, qui opère la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, a admis pour la première fois qu'elle avait minimisé le risque de tsunami "par peur d'être contrainte à fermer ses installations le temps d'en améliorer la sécurité.", selon PresseOcéan.fr, où l'on peut aussi lire :
"Il existait une peur latente d'une fermeture jusqu'à ce que des mesures draconiennes de sécurité soient mises en place", indique Tokyo Electric Power (Tepco) dans un rapport-confession intitulé "Politique fondamentale pour la réforme du dispositif nucléaire de Tepco", plus d'un an et demi après l'accident.
Ce rapport de 32 pages indique qu'avant même le tsunami géant de mars 2011 qui a submergé la centrale, la compagnie savait que les systèmes de défense et de protection étaient insuffisants. Elle n'avait toutefois pas agi, probablement par peur des coûts que cela allait représenter.
"Il y avait cette inquiétude que si de nouvelles et sévères mesures étaient imposées, la sécurité de toutes les centrales existantes serait devenu un sujet de préoccupation", et aurait pu "donner plus de vigueur au mouvement antinucléaire", lit-on encore.
Dans Le Monde diplomatique de décembre 2012, Agnès Sinaï vient de publier un long article bien éloquent sur l'Agence internationale de l'Énergie Atomique (AIEA) dont le titre est déjà très expressif : "Un gendarme du nucléaire bien peu indépendant". Sa conclusion est claire :
« Verrouillée par la doctrine officielle, l’information sur les risques liés au nucléaire est systématiquement brouillée. Et les responsables des catastrophes atomiques demeurent impunis. »
Pensons d'ailleurs que l'AIEA, qui siège à Vienne, a deux grandes fonctions comportant un conflit de passions trop évident, une simultanéité plutôt louche : la surveillance et la promotion du nucléaire. Mine de rien, elle tiendra sa conférence ministérielle du 15 au 17 décembre justement à Fukushima.

vendredi 30 novembre 2012

Lancement de France Culture Plus

France Culture vient de lancer, lundi, un webcampus : son site France Culture Plus, sa nouvelle plateforme étudiante. La radio publique française nous explique dans ce web :
France Culture Plus, le webmédia étudiant de France Culture vous donne accès à des cours et des conférences issus des universités et des grandes écoles, mais aussi à la Factory, un ensemble de productions multimédias inédites réalisées spécialement pour France Culture Plus.
Il s'agit donc d'une collaboration de France Culture avec des universités, de grandes écoles et le réseau Radio Campus. Vous aurez accès à une sélection des podcasts de France Culture et à des contenus exclusifs.
Aujourd'hui, vous avez au menu, évidemment, une information sur ce nouveau service...
30 Novembre 2012

LES ÉTUDIANTS ONT ENFIN LEUR WEBMÉDIA !

Webmedia toutes disciplines, 50 ans d'expérience, propose : cours et conférences multimédia Universités et Grandes écoles, best of France Culture et Radio Campus France, programmes exclusifs vie étudiante. Gratuit, 24h/24h, nombre de places illimité, cancres acceptés.


voir la suite

On vous propose également un dossier thématique par semaine "construit autour d'un fil rouge, dans lequel sont présentés plusieurs médias provenant de différentes universités ou institutions". Cette semaine, par exemple, la vie, déclinée en trois temps : la genèse, la destruction et l'exploration.

Palestine, État observateur non membre permanent aux NU

La Palestine est devenue hier un Etat observateur non membre permanent aux Nations unies, lors d'un vote à l'Assemblée générale de l'ONU.
Voici l'évolution du territoire palestinien depuis 1946 :

Source : Publico.es

Voici la carte de la Palestine en 1948, l'année de la Nakba :


Hervé Le Tellier a écrit aujourd'hui dans son billet quotidien pour le journal Le Monde :


papier de verre

Hervé Le Tellier



La Palestine devient un Etat observateur à l'ONU. Le statut exact est celui d'Etat non membre. A la décharge de l'ONU, il faut dire que celui d'Etat démembré n'existe pas.


NOTE POSTÉRIEURE (30/07/2014) :

Utilisons, avec Ilan Pappé, le vrai langage.

vendredi 23 novembre 2012

Les vraies dérives de l'assistanat

Un livre très récent, publié le 8 novembre en France par Éditions La Découverte, aborde les dessous honteux d'une rengaine dont les libéraux nous matraquent à longueur de journée : « les dérives de l'assistanat », alibi très cynique conçu pour stigmatiser les ayants droit et couper les prestations aux plus pauvres —et, ajouté-je, grand tour d'illusionnisme destiné à escamoter le vrai grand assistanat, celui qui transfère des sommes faramineuses d'argent public, par le truchement de subventions directes ou de subsides et boucliers fiscaux, à ceux qui jouent dans la cour des très grands, en général des soi-disant non-interventionnistes contrôlant toutes les ficelles de l'État.
Il s'agit de « L’Envers de la "fraude sociale". Le scandale du non-recours aux droits sociaux », travail du Groupe Odenore (Observatoire DEs NOn-REcours aux droits et services ; structure universitaire rattachée à un laboratoire du CNRS) qui prouve entre autres, en se basant sur les statistiques du ministère du Travail et de la Caisse nationale des Allocations familiales (Cnaf), que "les sommes qui ne sont pas versées à ceux qui y ont droit sont trois fois supérieures à celles qui sont indûment perçues". Cela est dû, comme le rappelle Martine Gilson dans le Nouvel Observateur du 8 au 14 novembre 2012 (page 14 de l'édition internationale), au fait que "les intéressés, pour la plupart illettrés, ne connaissent pas les arcanes de la loi et leurs droits"...
"Ainsi, 5,7 milliards d'euros n'ont pas été versés, l'an passé, à des Français qui pourraient bénéficier du RSA. Un autre exemple ? Près de 2 milliards d'euros d'allocations chômage non attribués chaque mois à des demandeurs d'emploi qui, faute d'informations, ne sont pas inscrits à Pôle Emploi. Où vont ces milliards d'euros ? Pourquoi, à l'exception des mairies de Paris, Rennes, Nantes ou Versailles, les organismes de contrôle des fraudes n'usent-ils pas de la même vigilance pour repérer et corriger ces situations aberrantes ?"
Le site de La Découverte explique à propos de cette étude :
"Le discours sur la « fraude sociale » a marqué le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Prétextant sauver la protection sociale des assistés et des tricheurs, ce discours a répandu l'idée que les droits économiques et sociaux se méritent et a inoculé une suspicion à l'encontre de leurs bénéficiaires légitimes. En martelant l'idée que le système est « fraudogène », il a prétendu que les droits ne sont pas une obligation et que les prélèvements les finançant ne sont pas un devoir, à l'inverse des principes qui fondent le modèle social français.
Or, pour être juste et acceptable, la lutte contre la fraude doit éviter l'amalgame et la division, et participer à une politique générale d'accès aux droits sociaux. Car si la fraude à l'ensemble des prestations sociales est estimée à 4 milliards d'euros par an, son envers, à savoir le « non-recours »à ces aides de la part des très nombreuses personnes qui y ont droit, est bien supérieur. Ainsi, chaque année, 5,7 milliards d'euros de revenu de solidarité active, 700 millions d'euros de couverture maladie universelle complémentaire, 378 millions d'euros d'aide à l'acquisition d'une complémentaire santé, etc., ne sont pas versés à leurs destinataires. C'est ce que démontre et interroge cet ouvrage, exemples, faits et chiffres à l'appui.
Pour le collectif d'auteurs réuni ici, le nouveau gouvernement doit s'occuper prioritairement du phénomène du non-recours, car ce qui n'est pas dépensé n'est en rien une économie. Cela signifie au contraire l'appauvrissement de bon nombre de ménages et la destruction de recettes pour la collectivité."
Cliquez ici pour accéder à sa table des matières. Et là pour en lire l'introduction.

Des chiffres du non-recours, selon le Groupe Odenore.

En revanche, ce sont les grandes entreprises et les grandes fortunes qui jouissent d'un assistanat tous azimuts dans le système libéral du Grand Capitalisme protégé et dorloté par l'État (1). À cet égard, dans un article d'Ashley Portero intitulé “30 Major U.S. Corporations Paid More to Lobby Congress Than Income Taxes, 2008-2010”, publié par International Business Times, le 9 décembre 2011, nous apprenions que Public Company venait de faire paraître un nouveau rapport analysant les comptes de 30 grandes entreprises des États-Unis, dont 29 n'avaient pas payé d'impôts de 2008 à 2010 (la 30e, FedEx, y avait consacré moins de 1% de ses profits) ; loin de là, elles touchaient des remboursements du Trésor public allant parfois jusqu'à 50% de leurs bénéfices (Pepco Holdings -58%, General Electric -45%). Plus concrètement, elles totalisaient un gain de 164 milliards de dollars entre 2008 et 2010, ce qui les habilitait, aux yeux de leurs amis de l'administration, à encaisser encore 11 milliards de dollars en concept de réductions d'impôts sur la même période —alors que leur taux d'imposition théorique était de 35%. Ah, l'optimisation fiscale...
Voici un extrait de l'article d'A. Portero :
29 Major Corporations Paid No Federal Taxes, 2008-2010
Of the 30 companies analyzed in the report, which include corporate giants such as General Electric, Verizon Communications, Wells Fargo (WFC), Mattel (MAT) and Boeing (BA), 29 of them managed to pay no federal taxes from 2008 to 2010. Only FedEx, which raked in about $4.2 billion in profits during that period, paid a three-year tax rate of 1 percent -- totaling $37 million -- far less than the statutory federal corporate tax rate of 35 percent.
The Public Campaign report expanded on a newly released analysis on corporate tax dodging by the liberal-leaning Citizens for Tax Justice, a non-profit research and advocacy group, as well as lobbying expenditure data provided by the non-partisan Center for Responsive Politics.
Citizens for Tax Justice, the sister organization to the Institute on Taxation and Economic Policy, reports that 68 of the 265 most consistently profitable Fortune 500 companies did not pay a state corporate income tax during at least one year between 2008 and 2010, while 20 of them paid no taxes at all during that period.
Lorsque la taxation de leurs plus-values est presque toujours négative, voire très négative, il n'est pas étonnant que ces sociétés déboursent beaucoup plus à faire pression sur le Congrès qu'elles ne payent d'impôts. Disons que le coût de leur lobbying atteint la coquette quantité de 400 000 dollars par jour. Mais on a droit à lire les événements à l'envers : les sommes dépensées à faire de la pression auprès des politiciens et des législateurs sont un investissement qui rapporte gros. Donc, si les cadeaux défiscalisent, voire rendent des revenus substantiels, on peut affirmer que la corruption est le noyau légal du système.
Il faut préciser, pour conclure, que le montant du lobbying est malgré tout inférieur pour ces boîtes à celui de la rémunération de leurs gérants (2).

Si vous souhaitez connaître en détail le rapport de Public Campaign (en pdf), cliquez sur le lien ci-contre. Je colle ensuite son premier tableau, vu son degré d'éloquence :


(1) Drôle d'oxymore, mais je n'y suis pour rien : la farce sémantique est l'un des fondements du système.

(2) Noam Chomsky a prononcé une conférence le 7 avril 2011 à l'Université de Toronto intitulée "L'État et les Grandes Sociétés. Une alliance contre la liberté et la survie". Il y rappelait justement que General Electric avait flambé plus de 84 millions de dollars en "lobbying", n'avait pas payé d'impôts en 3 ans (de 2008 à 2010), avait été remboursé par l'État à hauteur de presque 5 milliards de dollars, avait obtenu 10 milliards de dollars de profits "en pleine crise" et avait augmenté  de 27% en moyenne les salaires de ses dirigeants. En même temps, l'entreprise avait renvoyé plus de 4.000 employés (depuis 2008).
Il est pertinent de savoir que GE a fortement soutenu les campagnes politiques du président Barack Obama qui l'a très bien récompensée ; le 21 janvier 2011, il a même nommé le PDG de GE, Jeffrey Immelt, président du Council on Jobs and Competitiveness, le Conseil pour l'Emploi et la Compétitivité, où il a succédé à Paul Volcker. Il faut avouer qu'Immelt est un expert en la matière car, en tant que chef des opérations du conglomérat GE depuis 2001, il a viré 21 000 travailleurs et fermé 20 usines en tout. Sa nouvelle fonction ne l'a pas empêché de conserver son poste chez GE, pour lequel il a touché plus de 15 millions de dollars en 2010 et où il continue à sévir (délocaliser) sans états d'âme. Conflit d’intérêt, dites-vous ? Draghi et Goldman Sachs, Cheney et Halliburton, etc, etc. etc. etc. Tout le monde sait que c'est la norme systémique. Le cynisme censitaire ne se gêne pas —"censitaire", si j'ose dire, car le suffrage censitaire limitait le droit de vote à ceux qui payaient suffisamment d’impôts directs pour être considérés comme des citoyens actifs, alors que de nos jours, les vrais grands décideurs sont justement ceux-là mêmes qui savent très bien comment évader des capitaux et s'affranchir des prélèvements obligatoires et des contributions directes tout en raflant une belle partie des recettes publiques. Autrement dit, une application stricte du principe No representation without taxation priverait du droit de vote bon nombre des plus argentés. Tout comme une reprise de la vieille devise des colons de l'Amérique du Nord britannique No taxation without representation —moteur de la Révolution étasunienne—, ajoutée à la conviction que no, que no, que no nos representan, risquerait d'inciter grand nombre des contribuables actuels à une grève des impôts.

Eh ben, dans sa conférence de Toronto, Chomsky expliquait que les réductions d'impôts étaient soigneusement conçues pour bénéficier aux multimilliardaires, sans compter les paradis fiscaux et les autres modalités d'évasion. C'est une redistribution en amont qui a même son nom, la "technique de la tombée du jour", la "Sunset technique" (Cf. Alan J. Auerbach : "Red Sails in the Sunset", article publié dans The Magazine of International Economy Policy en automne 2003).
Voilà, les jours ne tombent jamais pour les abattements d'impôts des nababs ni pour leurs subsides directs ; la contrepartie sociale à tant de générosité, ce sont et les tailles budgétaires concernant les services publics et l'augmentation des contributions directes et indirectes pénalisant les classes moyennes et les plus démunis, mis en coupe réglée par les génies de la finance et de l'administration en collaboration serrée.

Pour aller plus loin, les lecteurs castillanophones disposent d'un bouquin réunissant celle-ci et d'autres conférences récentes de Noam Chomsky sous le titre "Ilusionistas" (Ediciones Irreverentes, traduction de Jorge Majfud, septembre 2012).
____________________________
NOTE du 2 septembre 2013 :

Cofondateur d'Odenore et directeur de recherche au CNRS, Philippe Warin a publié un article à ce propos au Monde diplomatique de juillet 2013 (page 28) sous le titre La face cachée de la fraude sociale. Il y soutient entre autres :
"(...) 5,7 milliards d'euros de revenu de solidarité active (RSA), 700 millions d'euros de couverture-maladie universelle complémentaire (CMU-C), 378 millions d'euros d'aide à l'acquisition d'une complémentaire santé, etc., ne sont pas versés à ceux qui devraient les toucher. Et l'addition est loin d'être complète...
Un scandale d'autant plus grand que ceux qui renoncent à leurs droits les financent néanmoins. Un exemple : dix millions de ménages démunis n'ont pas bénéficié des tarifs sociaux de l'énergie entre la date de leur mise en œuvre -2005 pour l'électricité, 2008 pour le gaz- et la fin 2011, ce qui représente 767 millions d'euros de manque à percevoir ; ils ont pourtant abondé à cette somme en payant au prix fort l'électricité et le gaz...
Cette situation n'est en rien particulière à la France. On ne peut, par conséquent, l'imputer à une générosité incontrôlée de son système de protection sociale. Une étude de 2004 de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a estimé que le taux moyen de non-recours aux aides ou aux programmes sociaux oscillait entre 20 et 40% selon les pays."
____________________________
MISE À JOUR du 8 septembre 2017 :

Extrait de L'Optimisme contre le désespoir, entretiens de Noam Chomsky avec C.J. Polychroniou.
Image tirée de @vivelefeu (de Sébastien Fontenelle), sous l'exergue "Les (vrais) assistés" :

dimanche 28 octobre 2012

Le Trésor de la langue française, en ligne

Le Trésor de la langue française —dictionnaire rédigé par cent chercheurs de 1962 à 1994, en 16 volumes et un supplément, et publié en version imprimée entre 1971 et 1994, date de parution du dernier tome— vient d'être mis en ligne sur le site d'Analyse et Traitement informatique de la Langue française (ATILF), en partenariat avec le CNRS et l'Université de Lorraine.
Pour vos consultations, gratuites, vous pouvez...

    taper le mot exactement (ex. éléphant) ou phonétiquement (ex. éléfan)
    omettre les accents (ex. elephant, elefan).
    omettre les tirets des mots composés (ex. porte monnaie, portemonnaie).
    taper des mots fléchis (ex. écriront, généraux, végétales)


Exemple d'entrée :

PÉTONCLE, subst. masc.
ZOOL. Mollusque lamellibranche comestible à coquille bivalve arrondie, vivant dans la Manche et l'océan Atlantique. Ce sont surtout les coquilles Saint-Jacques et de nombreuses espèces de petits coquillages: coques, praires, pétoncles, palourdes, oursins, etc., qui sont pêchées sur des gisements naturels. Tous ces mollusques, sauf les coquilles Saint-Jacques, font surtout l'objet de commerce d'ordre local (BOYER, Pêches mar., 1967, p.79). V. pinne ex.
Prononc. et Orth.: []. Att. ds Ac. dep. 1762. Étymol. et Hist. 1415 poitoncle (Archives hist. de la Saintonge et de l'Aunis 32 (1902) ds P. RÉZEAU, Sources du vocab. poitevin-saintongeais, colloque de Nantes, 16-18 févr. 1984); 1551 petoncle (COTEREAU, tr. Columelle, VIII, 16 ds HUG.). Empr. au lat. pectunculus, dimin. de pecten «peigne, peigne de mer» (pecten*).


C'est notre "zamburiña".

mardi 23 octobre 2012

Terres communes : la vie, la rue, la mort

Hiver, printemps, été, automne... La vie, la rue, la mort...

"Terres Communes est un web-documentaire consacré à un mouvement de solidarité singulier. À Marseille et à Paris, des citoyens, regroupés en collectifs, accompagnent des gens de la rue jusque dans la mort."

Le documentariste et journaliste Emmanuel Vigier a suivi dans la rue, pendant plus d'un an, des bénévoles du collectif Terres communes. Selon l'information que je viens de lire sur Le Monde, ils organisent même...
(...) des hommages aux défunts afin de leur conserver un nom et une dignité. Sensible et engagé, cet objet multimédia allie vidéos, photos, textes et sons. Mis en ligne depuis lundi, le projet a fédéré de nombreux soutiens, y compris de contributeurs privés, à travers une souscription sur le site KissKissBankBank.
"Terres communes est un documentaire conçu pour le Web, forme qui est, selon moi, la plus adaptée au contenu et à ma démarche : rendre visible l'invisible, faire mémoire, faire lien", explique Emmanuel Vigier. "Cette forme permet en effet d'approcher de plus près et de façon plus sensible - pour l'auteur tout comme pour le spectateur internaute - la démarche de ces hommes et de ces femmes. Des éléments apparaissent, disparaissent.... Autant de fragments choisis qui révèlent ces liens possibles entre ceux qui aident et ceux qui sont dans la rue, entre des vivants et des morts." Une diffusion sous d'autres formes que sur Internet est envisagée : des projections en salles de cinéma aujourd'hui, et par la suite une installation et une exposition photo.
C'est une co-production ZINC - LES FILMS DU TAMBOUR DE SOIE.