mercredi 27 mars 2013

"Chaos" et "Dimensions" ou les maths pour tout public

Vous aimez les mathématiques ? Je fais état ici d'un site qui vous propose Chaos et Dimensions, deux films produits par Jos Leys (Graphiques et animations), Étienne Ghys (Scénario et mathématiques) et Aurélien Alvarez (Réalisation et post-production).
Diffusés pour tout public sous une licence Creative Commons, ces métrages plongent directement dans des sujets passionnants des maths, cette discipline regroupant différentes branches qui ont pour objet, selon Le Robert, la quantité et l'ordre, l'étude des êtres abstraits (nombre, figure, fonction, etc.), ainsi que les relations qui existent entre eux.
En ce qui concerne leur mode d'emploi, on nous explique —mis à part quelques remaniements de mon cru :
Les films sont disponibles sur YouTube dans différentes langues et c'est la version française que vous trouverez ci-dessous. La version française est également accompagnée de nombreux sous-titres (voir la page Merci). Il est possible de modifier la taille (et donc la qualité) des vidéos et on peut facilement accèder à la liste de tous les chapitres ou passer en mode plein écran grâce aux petits boutons sur le côté bas droit des vidéos. Si vous rencontrez des difficultés pour passer d'un chapitre à l'autre, nous vous recommandons de naviguer sur le site avec l'onglet Les chapitres pour vous rendre directement au chapitre de votre choix.

Ces différents boutons, de gauche à droite, vous permettent de : choisir le chapitre, les sous-titres,  la taille de la vidéo, regarder plus tard, regarder sur YouTube et regarder en mode plein écran.
Vous pouvez télécharger les films en utilisant des logiciels comme YouTube Downloader ou Free Video Downloader. Vous pouvez également télécharger le dossier des sous-titres et lire les films et sous-titres, y compris en bengali, avec le lecteur de votre choix. Vous trouverez quelques conseils supplémentaires et des logiciels que nous avions testés sur la page de téléchargement de Dimensions. Enfin, si vous êtes utilisateurs d'un i-appareil (iPhone, iPad, iPod), il est probable que vous n'ayez pas accès aux boutons ci-dessus : vous pouvez toujours regarder les films via l'app de YouTube, ce qui vous permettra quand même d'avoir accès aux sous-titres.
Par rapport aux contenus, Chaos est...
... un film mathématique tout public constitué de neuf chapitres de treize minutes chacun qui tournent autour des systèmes dynamiques, de l'effet papillon et de la théorie du chaos.
Quant à Dimensions, c'est...

Une promenade mathématique... 

Un film pour tout public.  Neuf chapitres, deux heures de maths, pour découvrir progressivement la quatrième dimension. Vertiges mathématiques garantis !
Trouvez des informations supplémentaires pour chaque chapitre : voir "En détail".

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Téléchargement gratuit et on peut regarder en ligne! 
Vous pouvez commander le film en format DVD.
Maintenant avec encore plus de langues de commentaires et sous-titres :
Commentaires en allemand, anglais, arabe, espagnol, français, italien, japonais et russe.
Sous-titres en allemand, anglais, arabe, bosniaque, chinois, espagnol, français, grec, hebreu, italien, japonais, néerlandais, persan, polonais, portugais, russe, serbe (latin et cyrillique), slovène, tcheque, turc.

vendredi 22 mars 2013

Répression affolée à Salamanque

Alfonso Fernández, Alfón, fut écroué le 14 novembre, journée de grève générale en Espagne. Il demeura 56 jours dans la prison de Soto del Real en régime d'isolement FIES (Ficheros de Internos de Especial Seguimiento, Fichiers ou Registres des Internés au Suivi Spécial). Alfón fut libéré faute de preuves le 9 janvier.
Puis, il avait été invité par le Colectivo Estudiantil Alternativo (CEA) et Acción Antifascista de Salamanque à un colloque universitaire contre la criminalisation des mouvements sociaux ("Contra la criminalización de los movimientos sociales"). Le CEA, c'est le collectif majoritaire au sein des étudiants salmantins.
Ce débat aurait dû avoir lieu aujourd'hui, à 19h, dans la Faculté de Philosophie de l'Université de Salamanque, mais fut déplacé à la Salle des Réunions du syndicat CGT (Calle de Pérez Oliva, 2), à la même heure. Pourquoi ? Parce que M. le Rector (le Président) de l'Université de Salamanque, Daniel Hernández Ruipérez, n'a finalement pas autorisé la participation d'Alfonso Fernández, sous prétexte qu'il manquait "de relevancia" (disons... prestige) pour intervenir dans une institution académique. Son véto est intervenu juste après une campagne médiatique fulgurante et diffamatoire promue par les caciques et les néonazis locaux.

En tant qu'ancien étudiant de l'Université de Salamanque, et professeur circonstanciel dans ses salles de classe à plusieurs reprises, je tiens à dénoncer cet acte de censure (néo et vieux con par-dessus le marché) et adhère au manifeste pour la liberté d'expression qui s'en est suivi —pour signer la pétition, on peut cliquer sur le lien ci-contre. Son premier signataire est le poète salmantin Marcos Ana, un homme admirable qui resta presque 23 ans dans les prisons franquistes.

Viennent maintenant à mon esprit bon nombre de fragments des Chiens de Garde, essai signé et publié par Paul Nizan en 1932 qui est toujours, hélas, d'actualité, car justement, il y dénonçait l'intense soumission des universitaires et des philosophes aux ordres du capital. Il y disait, par exemple, à leur propos :
"Il est grandement temps de les mettre au pied du mur. De leur demander leur pensée sur la guerre, sur le colonialisme, sur la rationalisation des usines, sur l'amour, sur les différentes sortes de mort, sur le chômage, sur la politique, sur le suicide, les polices, les avortements, sur tous les éléments qui occupent vraiment la terre. Il est grandement temps de leur demander leur parti. (...) Lorsque Démétrios assiégeait Athènes, Épicure marchait au milieu des Athéniens. Épicure prenait parti. S'ils refusent publiquement (et je vois d'ici, je palpe d'ici, je mesure d'ici le monceau ordonné de leurs belles raisons, de leurs nobles raisons de refuser la marche parmi nous), alors le moindre adolescent comprendra qu'ils ont en vérité choisi, qu'ils préfèrent réellement —et non par erreur, et non par omission, et non par aveuglement guérissable— leur confort spirituel, et les garanties temporelles de leur confort, aux questions bassement humaines." (Paul Nizan : Les Chiens de Garde)
Monsieur le Rector de l'Université de Salamanque a bien pris parti mais n'est pas Épicure, loin s'en faut. Il a pris parti pour la "relevancia", l'importance, le prestige... du parti pris, de la vérité officielle. Il a obtempéré aux ordres des garants de l'ordre bien établi qui ont vite fait de commencer à couiner. Il aurait pu penser qu'un jeune homme soumis pendant presque deux mois à un régime FIES —pour ensuite être libéré faute de preuves— pourrait s'avérer une vraie autorité en matière de répression libérale (1) ou de dictature du monétariat, mais non —Nizan avait encore oublié d'être con et organique quand il écrivait :
"Il a toujours paru plus facile à l'oppresseur qu'à l'opprimé de s'adapter à l'oppression" (Ibidem)
Ou encore, après avoir transcrit une citation du "clerc" Léon Brunschvicg sur l'indignation que provoque toujours la violation des garanties du justiciable :
"On pense à l'affaire Dreyfus, on se dit qu'il en est bien ainsi. Mais on reprend ensuite dans sa mémoire le jugement et la mort de Sacco et Vanzetti, on pense aux conditions juridiques dans lesquelles se déroulent en Indochine les procès des révolutionnaires : on est bien contraint de conclure que les limites de la pratique cléricale coïncident avec celles des intérêts de la bourgeoisie. Défendre Dreyfus, c'était affirmer la bourgeoisie, défendre Sacco, défendre Tao, au nom de la justice, c'est travailler contre soi, c'est vouloir se détruire. Si la violation de la Justice atteint un prolétaire, la philosophie ne la sent point. L'homme prolétarien est situé en dehors de la philosophie. Il n'a point de titres réels à l'intérêt de la philosophie bourgeoise."
Alfón n'a point de "relevancia"... Ce dernier extrait appartient au sixième et dernier chapitre des Chiens de Garde qui s'intitule Défense de l'Homme ; nous pouvons toujours y lire :
"(...) la bourgeoisie veut détruire les causes extérieures apparentes de son mal et croit qu'elle pourra se remettre avec les anciens remèdes et le renfort de quelques remèdes nouveaux sans abandonner le monde auquel elle tient et qu'elle a fait. Cette défense comportera promptement une division du travail : il appartient aux politiques d'abattre la révolution et aux penseurs de produire des remèdes, de fabriquer des recettes, qui inspireront confiance à la bourgeoisie et persuaderont aux forces mêmes de la révolution de rester liées aux destins bourgeois.

Que font ici cependant les hommes
qui ont pour profession de parler au nom de l'Intelligence et de l'esprit ? Que font ici les penseurs de métier au milieu de ces ébranlements ?
Ils gardent encore leur silence. Ils n'avertissent pas. Ils ne dénoncent pas. Ils ne sont pas transformés. Ils ne sont pas retournés. L'écart entre leur pensée et l'univers en proie aux catastrophes grandit chaque semaine, chaque jour, et ils ne sont pas alertés. Et ils n'alertent pas. L'écart entre leurs promesses et la situation des hommes est plus scandaleux qu'il ne fut jamais. Et ils ne bougent point. Ils restent du même côté de la barrière. Ils tiennent les mêmes assemblées, publient les mêmes livres. Tous ceux qui avaient la simplicité d'attendre leurs paroles commencent à se révolter, ou à rire.
"

(1) "Cuanta más libertad se otorga a los negocios, más cárceles se hace necesario construir para quienes padecen los negocios." (dixit Eduardo Galeano dans son introduction à Las venas abiertas de América Latina, Siglo XXI Editores, México, 1971 ; dernière édition en date : Siglo XXI de España Editores, Tres Cantos, Madrid, 2011)

dimanche 17 mars 2013

Forbes démontre Archimède et la gravité n'existe pas dans la Finance

La matemática tiene padre: es Arquímedes, quien
en el siglo III a.C. intuye casi todo: el cálculo de
números como el omnipresente π, el cálculo
infinitesimal, el cálculo integral, la teoría de los grandes
números, la combinatoria, la geometría de las cónicas,
la geometría de los poliedros, los volúmenes y
superficies de revolución, las sucesiones y series de
números, la reducción al absurdo en lógica...
Jorge Wagensberg, Sólo se puede tener fe en la duda.
Pensamiento concentrado para una realidad dispersa
Tusquets Ed., Barcelona, février 2018, [37]
(Citation ajoutée en juillet 2018)



Le risque économique était traditionnellement l'atout de celui qui avait quelque chose à risquer ; la majorité de la population s'en passait car elle n'avait que le travail (le salariat, la petite initiative entrepreneuriale ou la coopérative) pour accéder à des revenus autorisant la survie, d'abord, et puis, éventuellement, quelques joies.
Les aventuriers du Grand Capital d'aujourd'hui sont des profiteurs qui ont supprimé le risque de leurs "investissements" : si ces spéculations vont bien, ils empochent l'argent ; si elles s'avèrent un pur délire, ils empochent tout de même le pognon et nous transfèrent les retombées ruineuses de leurs innovations. Pourquoi ? Parce que c'est le Grand Capital qui contrôle les pouvoirs publics —y compris le trésor public— et la propagande (par le truchement de dealers politiques, experts et journalistes de garde), et il s'en sert à loisir.
Benoît Mandelbrot, l'inventeur de la théorie mathématique des fractales, déclarait en 2009 au quotidien Le Monde :
Les gens ont pris une théorie inapplicable - celle de Merton, Black et Scholes, issue des travaux de Bachelier qui datent de 1900 -, et qui n'avait aucun sens. Je l'ai proclamé depuis 1960. Cette théorie ne prend pas en compte les changements de prix instantanés qui sont pourtant la règle en économie. Elle met des informations essentielles sous le tapis. Ce qui fausse gravement les moyennes. Cette théorie affirme donc qu'elle ne fait prendre que des risques infimes, ce qui est faux. Il était inévitable que des choses très graves se produisent. Les catastrophes financières sont souvent dues à des phénomènes très visibles, mais que les experts n'ont pas voulu voir. Sous le tapis, on met l'explosif !
En effet, les catastrophes financières sont souvent dues à des phénomènes très visibles que les experts et les grands journalistes s'évertuent à escamoter. D'ailleurs, ces marchands de statu quo sont payés pour ça, et grassement. Car ils savent que la Banque ne perd jamais dans ce casino et que les catastrophes ne concernent que les petits porteurs et les non porteurs, c'est-à-dire, les simples mortels.

Traditionnellement le trésor public servait à couvrir les frais des services publics et, mis à part les taxes et les impôts indirects, il existait un système de prélèvements directs et progressifs fournissant des sommes conséquentes à la caisse commune. Cette progressivité fut constitutionnalisée dans certains États, comme l'Espagne (cf. Constitution espagnole, article 31.1).
Comme la contre-réforme fiscale libérale a réduit, voire supprimé les impôts des très riches (le génie fiscal, la fraude, l'évasion et les paradis complétant les bonnes œuvres de la contre-réforme) et que le Trésor public se destine de plus en plus à transférer —de mille manières— des quantités énormes et croissantes au grand Capital, les grands vautours de la Finance se sentent parfaitement en sécurité, parce qu'ils le valent, et se foutent pas mal des actifs toxiques et des margin calls ; du coup, contrepartie sociale, nous voilà soudain tous (les simples mortels) condamnés à l'insécurité sociale.
Ajoutons, pour parachever le tableau, que l'avidité actionnariale a condamné le salariat traditionnel, qui est remplacé aujourd'hui à toute plombe par un état de choc mélangeant précariat (1) et chômage hypertrophié.

Pourtant, une lecture régulière des moyens de communications de masse risquerait de faire croire que la "crise" atteint à peu près tout le monde, qu'il s'agit d'un problème qui nous concerne tous, un peu comme la grêle soudaine, alors que, bien évidemment, ce n'est pas ça exactement, comme on a tout loisir d'imaginer au moins depuis la formulation du principe d'Archimède, déjà évoqué ici.
En effet, la théorie nous explique que la poussée d'Archimède est la force particulière que subit un corps plongé en tout ou en partie dans un fluide (liquide ou gaz) soumis à un champ de gravité. Ce principe se formule habituellement ainsi : « Tout corps plongé dans un fluide au repos, entièrement mouillé par celui-ci ou traversant sa surface libre, subit une force verticale, dirigée de bas en haut et opposée au poids du volume de fluide déplacé ; cette force est appelée “poussée d'Archimède”. »

Analysons la force de cette poussée de manière pratique, à la lumière verbi gratia de la liste Forbes des "milliardaires" paraissant depuis 27 ans ; je vous rappelle que pour y figurer, il faut disposer d'une "Ten-figure fortune", c'est-à-dire, d'une fortune à dix chiffres mesurée en dollars.
Eh bien, il y a 27 ans, en 1986, on recensait 140 milliardaires sur la planète.
En 2007, on en dénombrait 946 (cumulant 3.500 milliards de dollars).
En 2008, 1.125 (concentrant 4.400 milliards de dollars).
En 2009, juste 793 (réunissant seulement 2.400 milliards de dollars) : une baisse de 373 Übermenschen (dont seulement 18 morts). Année d'étourdissement vite rattrapée car...
En 2010, retour à la normale, le crescendo (et des montants détenus par les richissimes et de leur nombre) ; les grands nantis étaient 1.011 sur la liste Forbes et totalisaient 3.600 milliards de dollars. L'article du magazine précisait :
(...) In his annual shareholder letter Buffett wrote, "We've put a lot of money to work during the chaos of the last two years. When it's raining gold, reach for a bucket, not a thimble."
Many plutocrats did just that. Indeed, last year's wealth wasteland has become a billionaire bonanza.
 
La terre gaste où nous crevons est devenue une aubaine milliardaire. Reach for a bucket... Quand il pleut de l'or, sortez un seau, pas un dé à coudre... Et ce n'est pas moi qui le dis.
À propos d'aubaines, soit dit en passant, un journal gratuit espagnol publiait il y a quelques jours que les capitaux étrangers "optaient pour l'Espagne" (2) et "étaient en train de sauver les ventes immobilières dans quelques régions espagnoles" :
Los extranjeros apuestan por España: un 30% más de compras en 2012.
Los rusos ya son segundos, tras los británicos. Los extranjeros están salvando la venta de viviendas en algunas zonas de España, básicamente las de carácter turístico. Si ya en 2012, frente a la caída de las compraventas, crecieron las adquisiciones por parte de ciudadanos extranjeros, este 2013 se mantiene la tónica.
Según el Consejo General del Notariado, 38.312 ciudadanos extranjeros compraron una vivienda en España en 2012. Los datos indican que crece el número de extranjeros no residentes que compra casa en nuestro país, respecto al 2011, un 28,4% más. En el inicio de la crisis, en 2007, fueron 41.787 los extranjeros que optaron por adquirir una propiedad en España. (…)

Transsubstantiation du lexique, "rafler" devient "miser sur", "s'arracher les dépouilles d'un mourant", "sauver les ventes immobilières" et "profiter de la ruine d'autrui", "opter pour acquérir" *.

Continuons. En 2012, on comptait 1.226 nababs qui disposaient en moyenne de 3,7 milliards de dollars. Une croissance de 16 titans par rapport à 2011, qui avait déjà été "A Record Year In Numbers, Money And Impact - This 25th year of tracking global wealth was one to remember. The 2011 Billionaires List breaks two records: total number of listees (1,210) and combined wealth ($4.5 trillion)". Dit en français, en 2011, 1.210 moghols se partageaient environ 4.500 milliards de dollars.
Cette année 2013, la liste Forbes de ces ploutocrates qui façonnent (shape) le monde a atteint le chiffre de 1.426 noms, soit 200 de plus que l'an dernier. L'addition de leurs fortunes égalerait 5.431.810.000.000 dollars (somme qui multiplie par six celle de l'année 2000, il y a à peine 13 ans...). Joli montant : s'ils composaient un pays, ils seraient le quatrième le plus riche du monde tout près du troisième, le Japon.

Donc, on voit bien que le volume des liquidités déplacées vers le haut par les contre-réformes et par l'assistanat aux grands égale l'addition des soustractions (coupes budgétaires dans les services publics, réductions et non indexations salariales, suppression ou diminution des prestations, etc.) opérées en bas, autrement dit, que la force verticale dirigée de bas en haut n'est que le transfert de richesse du monde du travail (qui chôme en partie non négligeable ou se précarise) vers le monde du grand Capital (qui travaille, Buffet dixit) et des grands Loisirs.
Bref, on vérifie que la gravité n'existe pas en Haute Finance, ce qui explique qu'au lieu de trickle down effect ("effet de ruissellement"), on ait plutôt trait à un trickle up effect : oui, il pleut à l'envers en Économie. Et à seaux (buckets) par ces temps-ci, comme on vient de voir : ce ne sont pas les Atlas qui soutiennent les peuples, mais les peuples qui soutiennent, supportent et financent les Atlas.
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(1) Néologisme que j'emprunte au sociologue Robert Castel, décédé le 12 mars.

(2) C'était l'idée sous-jacente bien que le quotidien en question employât une expression traduisible, en principe, par "misaient sur". L'ombre de "to bet" est allongée... et tout bête, bien entendu.

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* Mise à jour du 20/10/2013 :

El Mundo
El Economista
eldiario.es

mercredi 13 mars 2013

L'Histoire par l'image

L'Histoire par l'image est un site conçu pour l'apprentissage de l'Histoire de France à travers la consultation d'images de tout poil. Vous pouvez y procéder à des recherches thématiques, chronologiques, par index ou "avancées". Le portail fournit en plus beaucoup d'études thématiques avec animation. Ils en publient en écho à des expositions ayant lieu en France -par exemple, à la Maison Balzac ou à la Maison Victor Hugo, ces derniers temps. L'image d'aujourd'hui 13 mars illustre un sujet majeur du XIXe siècle...

Talleyrand au Congrès de Vienne et la déclaration du 13 mars 1815

Le site a été réalisé à l'initiative des ministères français de la Culture et de l'Éducation nationale, et des musées nationaux français. Ils s'expliquent ainsi :

L’Histoire par l’image explore l’Histoire de France à travers les collections des musées et les documents d'archives.
Ce site s’adresse aux enseignants et à leurs élèves mais aussi aux curieux et à l'amateur d'art et d'histoire.
Actuellement en ligne sur L’Histoire par l’image :
2291 œuvres, 1214 études et 119 animations

vendredi 1 mars 2013

Une émission sur les mystères de la dette : qui empoche l'argent ?

"Peu importe que le chat soit blanc ou noir
du moment qu'il attrape les souris.
"
Deng Xiaoping, puis Felipe González.

"L'Espagne est le pays d'Europe et peut-être du monde
où l'on peut gagner le plus d'argent à court terme.
Il n'y a pas que moi qui le dis : c'est aussi ce

qu'affirment les consultants et les analystes boursiers."
Carlos Solchaga, ministre de l'Économie et des Finances
du gouvernement "socialiste" de Felipe González,
le 4 février 1988, au Palais des Congrès de Madrid.

Harald Schumann, essayiste et journaliste allemand que nous avons déjà cité ici (1), a voulu connaître les dessous d'une "crise", la nôtre, provoquée par un système de faucons avides —et affranchis de tout risque— qui ne roule donc qu'en roulant des dindons, les vrais cons, dans la farine. À ce propos, en collaboration avec Árpád Bondy, il a mené une enquête en Irlande, en Espagne, à Bruxelles et en Allemagne.
On connaît la chanson : on nous contraint à payer des dettes contractées par des tarés (2), et la diète de la dette n'est ni éthique ni diététique, c'est plutôt un Régime. Époustouflés et excédés, nous voulons savoir exactement pourquoi une belle partie "des risques des investisseurs privés est prise en charge par les États", donc par nous les contribuables, et quels sont "nos" créanciers, les gros poissons bénéficiant des plans de sauvetage qui nous con-damnent, nous, des millions de con-citoyens européens (3).
Comme réponse à nos questions, nous n'avons droit qu'au secret le plus épais, un silence "cousu de fil blanc", retentissant : "L'opinion publique n'a accès à aucune donnée précise", constate Harald Schumann. Peut-être parce qu'on a socialisé une dette privée et que l'on a du mal à justifier des doses si exagérées d'Interventionnisme du Capitalisme d'État Libéral au Service d'une Élite dans l'Économie de Marché et des Risques (Sachons, soit dit en passant, que l'argent des petits investisseurs est appelé "de l'argent stupide" dans le jargon des affaires). En effet, le peuple a du mal à saisir que pour couvrir les délires des agioteurs (4), on ferme des hôpitaux et on cache l'information à ce sujet par-dessus le marché.
Bref, voici le résultat de l'enquête de Schumann : Quand l'Europe sauve ses banques, qui paye ? Il s'agit d'un reportage diffusé avant hier sur ARTE que je vous insère un peu plus bas. Attention notamment aux réponses sado-masuchistes des employés (tour à tour pétulants, cyniques ou fatalistes) des faux-cons qui en disent long sur le degré de crétinisme dont ils nous croient capables (5). Puis, il est vrai qu'on n'apprend pas à un vieux singe à faire la grimace : celle qu'arbore Joaquín Almunia (vice-président de la Commission européenne et commissaire à la Concurrence, ultra sic) juste à la fin de cette enquête, après avoir débité "on ne peut pas être les seuls à dire la vérité", est particulièrement démentielle.

Vous pouvez lire d'abord la présentation de l'émission :

QUAND L'EUROPE SAUVE SES BANQUES, QUI PAYE ?
50 milliards d'euros en Grèce, 70 milliards en Irlande, 40 milliards en Espagne : au sein de la zone euro, les États se sont vus contraint les uns après les autres - moyennant des sommes astronomiques - de venir en aide aux banques pour compenser les pertes subies suite à des prêts pourris. Mais qui sont les bénéficiaires de telles opérations ?
C'est en posant cette question très simple qu'Harald Schumann, essayiste en économie et brillant journaliste, sillonne l'Europe. Et obtient des réponses pour le moins sidérantes. Car ceux qui ont été "sauvés" ne se trouvent pas - comme on tend à vouloir nous le faire croire - dans les pays en détresse, mais surtout en Allemagne et en France. En effet, une part importante des sommes débloquées finit dans les caisses des créanciers de ces banques sauvées. Quant aux financiers qui ont fait de mauvais investissements, ils se retrouvent protégés contre toute perte aux frais de la collectivité. Et ce contrairement aux règles de l'économie de marché. Pourquoi ? Qui encaisse l'argent ?

(Allemagne, 2013, 52 minutes)
RBB

Date de première diffusion :
Mar., 26 févr. 2013, 22h23



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(1) Hans-Peter Martin und Harald Schumann: Die Globalisierungsfalle. Der Angriff auf Demokratie und Wohlstand. Rowohlt 1996.
Publié en français par Actes Sud, coll. Babel, novembre 2000 (traduction d’Olivier Mannoni sous le titre Le Piège de la Mondialisation). Et en castillan, la même année, par Taurus.

(2) Stephen Donnelly, député irlandais de centre droite, déclare : "La BCE oblige une nation à renoncer à sa souveraineté juste pour renflouer je ne sais quels investisseurs. La BCE agit illégalement".

(3) Du grand cru du social-libéralisme ; Schumann évoque, par exemple, le cas de Hypo Real State, banque immobilière allemande "victime" des subprimes en 2008, notamment depuis le dépôt de bilan de Lehman Brothers. Il explique que les gros poissons qui ont bénéficié du sauvetage de HRS en Allemagne étaient Unicredit SA, Deutsche Post AG, DZ Bank AG, Deutsche Bank AG, Commerzbank AG, Deutsche Apotheker-und-Ärztebank...
Schumann nous rappelle également au fil de son enquête que la Banque des Règlements Internationaux (la « banque centrale des banques centrales ») nous permet de consulter, par le biais de son service de statistiques, les transactions mondiales et les créanciers de cette foire à la liberté économique.

(4) Agiotage :
  « L'étude et l'emploi de manœuvres les moins délicates pour produire des variations inattendues dans le prix des effets publics et tourner à son profit les dépouilles de ceux qu'on a trompés » ().  spéculation.
Agioteur :
Aujourd'hui, spéculateur utilisant des informations obtenues plus ou moins malhonnêtement pour influencer le cours des valeurs à son profit.  initié. (Définition du Petit Robert)

(5) Le pompon revient probablement à Wolfgang Schäuble, membre de la CDU et ministre merkelien des Finances (ah la fine Hanse), qui exhibe une insolente pétulance ou une pétulante insolence —allez savoir !— de maître d'école allemand (aurait dit mon ami Golo Mann, j'en suis persuadé). 
Brian Hayes (Ministre Adjoint irlandais des Finances) nous explique que cette politique a été imposée à son peuple par la BCE et "ce qui compte, c'est que le peuple irlandais doit payer l'addition". Le reportage nous rappelle qu'en Irlande, le niveau de vie est descendu en moyenne de 25% en cinq ans, 80% des foyers comptent au moins un chômeur et chaque individu (y compris les bébés) paie mensuellement 300 € à l'étranger, "un fardeau colossal", intenable. Hayes nous laisse un message à la fin du reportage : "Transférer toutes les dettes des banques à l'État est une terrible erreur".
Justement, en ce qui nous concerne, De Guindos considère la spoliation du peuple espagnol pour combler les trous (placements délirants) des spéculateurs comme la condition sine qua non de la création d'un climat de confiance (selon Harald Schumann, les emprunteurs espagnols avaient contracté en trois ans, jusqu'en début 2008, 322 milliards d'euros auprès de banques allemandes et françaises. Évidemment, le plus gros était placé dans l'immobilier car ils étaient prêts à carreler la péninsule, si ça se trouvait. Où bronzaient les régulateurs ?). Oui, l'arnaque de cette majorité qui ne peut vivre que de son travail n'est pas révoltante car elle vise un grand bien : la multiplication du pèze des grands banquiers et des grands actionnaires ; lorsqu'ils empochent les sommes mirobolantes dont ils ont besoin, la con-fiance est rétablie. Car cela fait chier et que l'on obtient de la fiente de con, ou de pigeon, en fonction du registre linguistique.

Quant aux sommes "injectées", c'est-à-dire "shootées", dans notre système bancaire, De Guindos assure qu'il s'agit de 20 milliards d'euros plus un prêt de 40 milliards du Fonds européen de Stabilité financière (FESF). Juan Ramón Rallo, du très libéral Institut Juan de Mariana, corrige le ministre et apporte le chiffre de 90 milliards.

vendredi 22 février 2013

Marché, Croissance, Viande et autres Nourritures Terrestres

Le mot "marché" occupe incessamment l'espace médiatique, le con espace de la Com. Mais c'est un terme frelaté par la propagande que nourrissent sans désemparer les grands faux-monnayeurs qui nous pompent et leurs perroquets. Comme "liberté", "démocratie", "antisémite", "chrétien" (1), "bien-être", "connaissance" et tant d'autres expressions devenues formules, ayant atteint de nos jours un rapport oxymorique avec les vieux concepts qu'elles recouvraient (2), aberration accablante.
En vue de contribuer à déterrer un tant soit peu les vieux concepts ensevelis par cette logorrhée de grands mots en surenchère exponentielle, je vous propose une vidéo et un texte.
Le clip vous montre l'économiste breton Serge Latouche —à côté de Siné, soit dit en passant— s'exprimant à propos de décroissance, ou plutôt d'accroissance, pour être plus rigoureux :


Quant au texte, il s'agit d'un billet publié par Camille Labro dans son blog gastronomique hébergé par Le Monde ; attention notamment au dernier paragraphe et aux concepts qu'il invoque :

CAMILLE LABRO, 17 février 2013
Rêves (de raviolis) en boîte
 
Plus que cette histoire de cheval maquillé en bœuf, le vrai scandale "Findus", c'est tout le système qui a été exposé au grand jour : un circuit d'approvisionnement alimentaire totalement opaque et aberrant, organisé exclusivement autour de l'intérêt financier des industriels, sans considération pour le bien-être de l'individu (producteur ou consommateur), des animaux, et encore moins de l'environnement. Un système diabolique qui tue la petite agriculture, l'alimentation saine et la distribution raisonnable de la nourriture.
Cette affaire m'a remis en mémoire un documentaire que j'ai vu l'année dernière, au Kulinarisches Kino (la section du film culinaire de la Berlinale) : "Canned Dreams" de Katja Gauriloff, film finlandais magnifiquement sobre, qui devrait se dépêcher de sortir en France et ailleurs. Le film suit la trajectoire insensée des ingrédients d'une boite de raviolis (le blé, la viande, les tomates, les oeufs mais aussi le métal), aux quatre coins du monde et sur 30 000 kilomètres, tout en donnant voix à ceux qui produisent et fabriquent ces ingrédients. Histoires poignantes d'hommes et de femmes, atrocités de la production intensive, absurdités de la globalisation alimentaire... Tout y est.
 

On peut voir une bonne partie du film, sous-titrée en anglais, sur le site d'Al Jazeera, qui en est l'un des producteurs. Précipitez-vous si ce bijou sort un jour près de chez vous (on espère que les distributeurs saisiront l'opportunité au vol...)
Pour revenir à Findus, et à l'instar de Perico Légasse qui a bien résumé les choses sur le plateau de Mots Croisés, je me réjouis que ce système monstrueux et mensonger, à dimension européenne mais aussi mondiale, soit aujourd'hui "pris la main dans le sac" et livré en pâture à l'opinion publique. J'espère que toute personne qui a suivi le débat saura mettre cette crise à profit, en apprenant à consommer et manger plus "responsable" (il ne faut pas compter sur les agro-industriels pour arranger les choses, eux qui sont déjà en train de remettre les atroces farines animales à l'ordre du jour !).
Cela veut dire, avant tout chose, qu'il faut se remettre à cuisiner. Car qui dit cuisine dit produits bruts et frais, qui dit produits dit marché, qui dit marché dit relations directes avec les producteurs, qui dit relation dit connaissance, produit sourcé, traçabilité... Circuit court pour une alimentation juste.
Camille Labro
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(1) Cf. La Chronique de Philippe Meyer du 18.02.2013 (07h56, sur France Culture), et que le ciel vous tienne en joie !


(2) Marc Bloch écrivait dans Apologie pour l'histoire ou métier d'historien (Armand Colin, Paris, 1993, 1997, p. 57) : « (...) au grand désespoir des historiens, les hommes n'ont pas coutume, chaque fois qu'ils changent de mœurs, de changer de vocabulaire ». Complétons cette remarque et insistons sur l'usage filou de mots prestigieux aux qualités obnubilantes pour appeler, par exemple, la prédation du renard dans le poulailler * "liberté" —ou pour appeler un cheval un bœuf, le cas échéant. Au bout du compte, qui oserait s'exprimer contre la liberté ?

* La liberté peut consister, par exemple, à "payer moins de 1 euro l'heure de salaire". Voici un extrait de la lettre de Maurice "Morry" (Mucho Morry) Taylor Jr., PDG de Titan Wheele International, à Arnaud Montebourg, ministre français du Redressement Productif (sic), pour lui expliquer que Titan se retirait du projet de reprise de l'usine Goodyear de pneus située à Amiens-Nord :
"Titan va acheter un fabricant de pneus chinois ou indien, payer moins de 1 euro l'heure de salaire et exporter tous les pneus dont la France a besoin. Dans cinq ans, Michelin ne pourra plus produire de pneus en France. Vous pouvez garder les soi-disant ouvriers.". 
La lettre, datée le 8 février 2013, fut publiée par Les Échos le 19 février. Selon lui, les Français travaillent trois heures par jour (?) et touchent des salaires très élevés. Pas mal de la part d'un type qui déjà en 1996, lors des primaires du Parti Républicain, put dépenser plus de 6 millions de dollars... pour recevoir environ 1% des votes, bel exemple de sobriété tout comme de rentabilité pour celui qui se targue de savoir ce que c'est qu'une entreprise.
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NOTE du 24.02.2013 :
Le Monde a publié le 23.02.2013 un entretien avec Robyn O'Brien, autrice de The Unhealthy Truth, une investigation sur les dangers de la nourriture distribuée par l'industrie alimentaire étasunienne. Elle y dit, entre autres :
J'ai découvert qu'aux Etats-Unis, à partir de 1994, certaines modifications génétiques ont été réalisées dans la nourriture, modifications qui n'ont pas été acceptées en Europe. En utilisant mon approche d'analyste financière, j'ai cherché quelles décisions avaient été prises pour maximiser les rentabilités et ai découvert à quelles dérives cela a mené [:] Le rajout d'ingrédients et additifs chimiques, le dopage des animaux pour qu'ils prennent rapidement du poids, l'utilisation massive de pesticides... Tout cela détruit notre barrière digestive, garante de notre immunité. Aucun scientifique ne connaît vraiment les impacts de tels changements, mais nous sommes devenus plus vulnérables. Des estimations inquiétantes sont publiées : 41 % des Américains devraient avoir un cancer dans leur vie, la moitié des hommes et un tiers des femmes. Les maladies auto-immunes, liées à un état inflammatoire élevé du corps, augmentent. Nos systèmes immunitaires luttent énormément à cause de l'alimentation qui nous est proposée.
(...) Nous nous sommes déconnectés de nos racines, surtout aux Etats-Unis. Nous ne savons plus d'où vient la nourriture.

samedi 16 février 2013

Images du passé en Afrique de l'Ouest -toujours d'actualité

Images du passé en Afrique de l'Ouest est un site que l'on peut recommander pas tellement pour l'amour des cocardes (1) mais plutôt parce qu'il archive et propose bon nombre de clichés et d'explications concernant les anciennes colonies africaines de la France.
Ce fonds historique est recueilli par Olivier Blot, journaliste et rédacteur scientifique spécialisé en Études africaines. C'est un véritable musée contenant à ce jour 1109 images, une touffue étagère de livres "africanistes" et beaucoup de gloses :
Le site "Images du passé en Afrique de l'Ouest" présente des centaines de cartes postales anciennes et photos d'époque du Sénégal, du Soudan français, de Guinée, de Haute-Volta,  de Côte d’Ivoire, du Togo, du Dahomey, de Gold Coast, du Niger, du Tchad et du Cameroun. Les images sont accompagnées de leurs légendes originales et, quand c'est possible, de commentaires sur leur contexte historique ou de références littéraires sur le sujet. Vous pouvez contribuer à l'enrichissement du site en communiquant des images, des données historiques ou des connaissances vécues ou transmises.
Profitez de ce voyage visuel dans le temps et dans l'espace. Néanmoins, pour éviter la cocardise (ah, ce coq-ardeur patriote-hard qui pousse à coq-hard-er !), il n'est peut-être pas superflu de se rappeler que les clichés peuvent véhiculer maint cliché et que les gloses savantes peuvent banaliser ou innocenter maint chasseur-bombardier.


(1) Sur la page d'accueil, ce site montre l'Image du jour. La photo que l'on y voit ces jours-ci correspond à un avion survolant Gao, ville malienne située sur le fleuve Niger et ancienne capitale de l'Empire Songhaï. Sous la photo, on peut lire un commentaire. Le voilà :
A l’heure où chasseurs bombardiers partis de France et hélicoptères appuyant les troupes au sol sillonnent le ciel du nord Mali, il est intéressant de se souvenir de la présence ancienne des aviateurs français dans cette région. En effet, c’est à Gao que fut déployée en 1931 la 3ème escadrille de l’AOF -la première escadrille avait vu le jour à Thiès au Sénégal en 1924 et la seconde à Bamako en 1929. Ces unités étaient chacune composées de neuf appareils de type Potez 25 TOE (théâtre d’opération extérieure) sur leur base principale et de trois autres Potez 25 ou 29 sur leur base secondaire (celle de Gao étant située à Agadès). Le but de ces forces aériennes implantées sous les tropiques est la surveillance du territoire et l’appui aux troupes et aux groupes supplétifs en cas d’engagement. Elles effectuent également des missions postales, ainsi la 3ème escadrille va durablement assurer la liaison courrier entre Gao et Kano au Nigéria à partir de 1933. En outre, pour la troisième escadrille, qui est basée sur des espaces limitrophes de la Lybie,  il s’agit aussi de rappeler aux Italiens la souveraineté active de la France en « montrant ses cocardes » aux confins du Sahara. Pour insigne, qui sera peint sur le fuselage de ses avions, l’escadrille de Gao choisit l’image d’un guerrier touareg. Elle sera finalement dissoute en 1940. Sources : Richemond, S. « La troisième escadrille dans le ciel de Gao » dans Images et Mémoires n°31 et Carlier, Marc, La drôle de guerre au Sahara. Confins nigériens 1938-1940, ed. Karthala, Paris, 2006.
Au XIXe siècle, les puissances européennes ont quadrillé la carte de l'Afrique pour se la partager (se l'approprier) ; au XXIe siècle, elles n'arrêtent pas de quadriller ses terres à force d'escadrilles.

mercredi 13 février 2013

Apprendre la géographie française en ligne

L'IGN est l'Institut national de l'Information Géographique et Forestière. Il dispose d'un service Éducation sur internet destiné notamment aux élèves des trois cycles de base de l'enseignement français (école, collège et lycée).
L'IGN a inventé P'tit Géo, un jeu en ligne, accessible sur son site, qui vous aide à apprendre la géographie française (villes, départements, régions, DOM-TOM) en vous amusant. En voici la présentation :

Avec le jeu interactif P'tit Géo, partez à la découverte des régions françaises, des départements et des villes. 
Des puzzles et des questions pour devenir incollables en géographie !
A vous de jouer !
P'tit Géo




















NOTE du 15/02/2013
Sheila m'envoie un bon tuyau à ce propos (Merci, Sheila !). Je vous le colle :
Bonjour Alberto,

j'ai trouvé un autre site pour apprendre les régions, les départements et les continents du monde. Peut-être qu'il pourrait être utile à d'autres élèves.
Le voici :
Jeux variés géo (France, Europe, Afrique, Monde, Mers, Sommets et Fleuves, Océanie, Canada et États-Unis, Reste d'Amérique, Asie)
9 Jeux géo sur la France
6 Jeux géo sur l'Espagne.

 À bientôt !

samedi 26 janvier 2013

Le grand retournement, de Gérard Mordillat

(...)
Reprenez-vous, vous dis-je, c'est le capitalisme,
Laissez les journalistes croire au libéralisme.
Quant à nous, nous savons comment marche le monde,
Qu'en retrait du marché les ficelles abondent.
Nous sommes importants, nous sommes névralgiques,
La panne du crédit, c'est l'accident tragique,
Mais le crédit, c'est nous ! Nous sommes intouchables !
Pour nous sauver l'État mettra tout sur la table.

F. Lordon : D'un retournement l'autre, Éd. du Seuil, mai 2011.
 (LE BANQUIER, acte I, Scène 3)


Dans un billet du 10 août 2011, Candide résiste avait déjà abordé D'un retournement l'autre, comédie sérieuse sur la crise financière (Seuil, mai 2011) que Frédéric Lordon avait composée, en quatre actes et en alexandrins, dans le but de montrer les vraies causes de la dépossession organisée que nous subissons et de tenter de conjurer l'usure du temps, l'amnésie, qui est la grande alliée de la domination (cf. le post-scriptum de la pièce intitulé Surréalisation de la crise, où Lordon s'explique). Et cela dans l'espoir que cette connaissance mue en affect (1) —en sursaut d'indignation, dis-je à la Péguy, car autrement, elle est inutile, voire contre-productive.
Sujet majeur car nos déréglés dérègle-menteurs contrôlent tous les grands média, toutes les grandes maisons d'édition et, d'une manière générale, toute notre culture et sa pédagogie unique ; il ne faut donc pas trop s'étonner qu'on nous martèle à longueur de journée, et de nuitée, qu'il faut discipliner les finances publiques alors même que ce sont la très privée Finance et ses acrobaties démentielles (les soi-disant folies des soi-disant marchés rationnels) qui se trouvent à l'origine de la houle qui a entraîné notre dernier grand naufrage : notre argent (le Trésor public) a servi à renflouer les responsables du désastre —sans contreparties et sans que le parquet (le ministère public) agisse contre les parquets (de la bourse) : en voilà une, de charge sociale et de prise d'otages mondialisées !!!!—, et nos hauts fonctionnaires politiques (en fait, leurs), au lieu de gérer dignement la res publica, chouchoutent les agioteurs et les grands intérêts privés, bradent le patrimoine de tous, démantèlent le service public, suppriment nos structures de solidarité, sapent le Droit du Travail et les acquis sociaux, délogent les plus démunis (il faut compter 400.000 expulsions en Espagne depuis 2008, et quelques suicides), modifient le code pénal pour faciliter la répression du peuple et blanchissent les fraudeurs, entre autres. C'est ce qui arrive lorsque ce sont les pyromanes qui jouent les pompiers.

Gérard Mordillat, romancier et cinéaste né dans le cher quartier parisien de Belleville, a réalisé  Le grand retournement (2), film basé sur la pièce de Lordon qui vient de sortir en salles le mercredi 23 janvier —après une avant-première le 14 janvier à Lille. Avec François Morel, Jacques Weber, Edouard Baer, Patrick Mille, Franck de Lapersonne, Jacques Pater, Elie Triffault, Odile Conseil, Antoine Bourseiller, Jean-Damien Barbin, Thibault de Montalembert, Alain Pralon, Christine Murillo et Benjamin Wangermée.
L'affiche annonçant ce long métrage met en exergue la maxime « Qui sème la misère récolte la colère »...
"Le grand retournement" de Gérard Mordillat... sur DailyMotion.

C'est la crise, la bourse se casse la gueule, les banques sont au bord de la faillite, le crédit est mort, l'économie moribonde... Pour sauver leurs mises, les banquiers font appel à l'État. L'État haï est soudain le sauveur ! Les citoyens paieront pour que le système perdure, que les riches restent riches, les pauvres pauvres. Adapté de la pièce de Frédéric Lordon cette histoire d'aujourd'hui se raconte en alexandrins classiques. C'est tragique comme du Racine, comique comme du Molière...


Dans un entretien accordé à Rue89, Mordillat a dit :
Je trouvais géniale l’idée de s’attaquer à la crise financière et bancaire en alexandrins. Je suis convaincu qu’il ne faut jamais parler la langue de son adversaire. Nous sommes prisonniers du langage imposé par l’idéologie néolibérale : on parle du coût du travail pour ne pas parler des salaires, les représentants syndicaux sont taxés de « partenaires sociaux » et, mieux encore, les plans de licenciement sont devenus des « plans de sauvegarde de l’emploi ».
Il y explique aussi que « une seule personne a contribué au financement : Vera Belmont, qui y a engagé ses propres fonds. »

Pour en savoir plus sur un film que nous n'avons pas encore eu l'occasion de voir ici, en Espagne, je vous suggère l'émission radiophonique de Là-bas, si j'y suis sur Le grand retournement. Pour l'écouter, cliquez sur le lien.

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(1) Frédéric Lordon a déclaré à Marianne (propos recueillis par Bertrand Rothé et publiés le jeudi 24 janvier 2013) :
« (...) il nous faut bien toutes les machines affectantes de l’art pour produire la conversion collective du regard seule capable de renvoyer le néolibéralisme aux poubelles de l’Histoire – où la crise historique que nous vivons aurait dû suffire à l’expédier. Comme vous savez, l’échec monumental du capitalisme néolibéral et l’effondrement dans lequel il précipite les populations n’a nullement conduit à sa disqualification doctrinale et morale comme l’aurait voulu un monde réglé par des normes minimales de décence intellectuelle et politique. Il faut donc envisager d’autres moyens, et sans doute ce « passage au théâtre » procède-t-il de la maxime qui devrait nous servir de viatique politique pour une époque obscène : faire flèche de tout bois. »

(2) Titre qui suggère, inévitablement, The Great Derangement, du journaliste étasunien Matt Taibbi.

mardi 22 janvier 2013

Binta et les bonnes idées

L'une de mes élèves de cette année, Ana C. me proposa de voir en classe un moyen métrage que je ne connaissais pas, Binta y la gran idea, « Binta et la grande idée », réalisé par un Toubab, un Blanc, le cinéaste espagnol Javier Fesser, en collaboration avec l’Unicef. En voici la vidéo :


ACTEURS - Zeynabou Diallo : Binta ; Agnile Sambou : Père de Binta ; Aminata Sané : Soda

Mon père dit que les oiseaux sont très intelligents... C'est ainsi que commence ce film tourné en 2005 dans la région de Ziguinchor, partie occidentale de la Casamance, la belle région du Sud du Sénégal, à majorité Diola, où les fromagers majestueux, les marigots du fleuve (la Casamance) et les bolongs —bordés des palétuviers des mangroves— remplacent la brousse des baobabs. La phrase est prononcée par Binta qui a 7 ans et va à l'école, où son maître évoque les avantages d'apprendre ensemble, pour mieux se comprendre et mieux respecter les autres. Soda, cousine de Binta, n'a pas hélas cette chance : son père la contraint à rester à la maison dans l'attente d'un futur mariage traditionnel. Une pièce montée par des enfants —le théâtre populaire y est très fréquent— reprendra le sujet de cet entêtement atavique, dans le but de le contrecarrer.
Le père de Binta, Sabou, est à son tour un pêcheur à pirogue qui, choqué par les retombées du progrès technique des Toubabs (les Blancs), et inspiré par la sagesse des oiseaux, décide de soumettre une idée très confidentielle aux autorités de son pays, une idée de progrès, tel qu'il l'entend (1). Ne la ratez pas car elle a à avoir avec la joie de vivre et son apprentissage, vitalité wertement bafouée par ceux qui préfèrent, à l'école, la religion à la citoyenneté, la ségrégation sexuelle et économique au partage et à la connaissance mutuelle, ceux-là même qui, en général, ne jurent que par l'avidité, l'affairisme sans états d'âme.
Le père de Binta, quant à lui, pense que ce désir d'accumuler —qui ravage les arbres et les poissons, et bousille l'air— pousse les Toubabs à préserver ce qu'ils accumulent à force de bombes hautement technologiques.

La présence musicale de Salif Keita (Djoliba, 1949) dans la délicieuse bande son accompagnant les images, nous fait songer à son pays natal, le Mali, grand voisin oriental du Sénégal.
En matière d'analyses à l'égard de ce qui s'y passe actuellement, j'en ai dégoté deux, sur internet, qui aident à méditer sur le conflit malien et l'opération Serval ; l'une de Badia Benjelloun, l'autre de Mohamed Tahar Bensaada. Cliquez sur les liens si le sujet vous intéresse.
Pour commencer à mieux comprendre ce genre d'enjeux "africains", vous pouvez également jeter un coup d'œil sur le site du collectif "Areva ne fera pas la loi au Niger".


(1) Note du 18/02/2013 : Cf. à cet égard ce propos d'Inmaculada Pimentel : "Voy a África a que me ayuden. De allí vuelvo nueva".

jeudi 17 janvier 2013

Wikivoyage, guide de voyage participatif

Wikivoyage est un projet, encore en bêta, pour créer un guide de voyage en ligne et gratuit du monde entier, "complet, à jour et fiable", selon l'expression utilisée par la fondation Wikimedia, source de cette initiative. Le fonctionnement du site, comme c'est le cas pour Wikipédia, repose sur la participation des internautes. Donc, il faudra avoir du critère pour déceler les eventuelles erreurs ou subjectivités contenues dans les textes et les présentations car Wikivoyage ne garantit pas le contenu mis en ligne.

Ce projet plurilingue compte en ce moment 2 423 destinations, guides et autres articles écrits et modifiés par des Wikivoyageurs du monde entier. Vous pouvez regarder l'Aide ou les Premiers pas pour voir comment modifier une page tout de suite. Selon Le Monde,
A l'origine, ce guide de voyage en ligne était géré depuis 2006 par une association allemande à but non lucratif, avec des textes uniquement en allemand et en italien. L'association a cédé en octobre 2012 l'ensemble de son contenu ainsi que son nom au nouveau projet. Depuis, la version anglaise est devenue la plus fournie, avec plus de 26 500 entrées disponibles. Sue Gartner, directrice de la fondation Wikimedia, explique dans son communiqué qu'"il y a une énorme demande pour des informations sur les voyages, mais très peu de sources sont exhaustives sans être commerciales. C'est sur le point de changer." 

dimanche 13 janvier 2013

Caducité délibérée et d'autres gaspillages et destructions

Tous nos produits sont adultérés pour en faciliter l'écoulement et en
abréger l'existence. Notre époque sera appelée l'âge de la falsification (...).
Paul Lafargue : Le Droit à la paresse, ch. III, 1881.


Longue époque, cher Paul...
Les Amis de la Terre est une association de protection de l’Homme et de l’environnement, créée en 1970, qui mène des campagnes sur les changements climatiques, la protection des forêts tropicales, la responsabilité des acteurs financiers et des entreprises, l’agriculture et les OGM.

Les Amis de la Terre ont publié en décembre 2012 un rapport pour dénoncer l'Obsolescence programmée des produits de haute technologie, c'est-à-dire, leur caducité préméditée, leur désuétude planifiée. Ou Comment les marques limitent la durée de vie de nos biens. Ce rapport est disponible en pdf sur le lien précédent. On y apprend, par exemple, qu'environ 100 000 tonnes de déchets électriques et électroniques "sont dus à l'absence de chargeur universel".

Production, consommation et fin de vie des objets "high-tech", "vite achetés, vite jetés", sont décortiquées par Les Amis de la Terre dans un portail ad-hoc intitulé Les dessous de la HighTech où vous trouverez données, explications, vidéos et liens pour en savoir plus :


Métaux
Métaux

Destructions
Destructions

Travailleurs
Travailleurs

Surconsommation
Surconsommation

Innovation

Obsolescence
Obsolescence

Incinération
Incinération

Exportation
Exportation

Stockage
Stockage

LIMITONS LA CASSE
EntretienEntretien2ème vie2e vie



Source : Les dessous de la HighTech, par Les Amis de la Terre

Donc, en vue de doper les ventes, la durée de vie des appareils des technologies de pointe tend à se réduire : "les producteurs de produits high-tech ont (...) développé différentes stratégies pour réduire techniquement la durée d'usage de leurs appareils", souvent difficilement réparables ou rapidement obsolètes pour des raisons logicielles. Ainsi "Apple a été le premier à mettre sur le marché un produit avec une batterie intégrée". Les Étasuniens "se sont sentis trompés car leur iPod avait une durée de vie limitée à celle de sa batterie, c'est-à-dire 18 mois". Où le mot usure exhibe impudiquement son double sens...
Voyons, usure provoquée ? dégradation volontairement accélérée ? Rappelons que les dictionnaires associent la détérioration volontaire d'édifices ou monuments publics ou des objets d'utilité publique au vandalisme, tout simplement. Donc, toute dégradation programmée industriellement serait une manière de vandalisme à l'échelle industrielle --doublé, comme on va voir, d'un vandalisme humain et écologique de première importance.
En effet, la surconsommation rend idiot (il y a beaucoup de "consommateurs" qui pensent qu'ils n'ont pas payé leur portable) et entraîne énormément d'exploitation humaine et de destruction environnementale.
Côté humain, la dégradation est évidente, surtout dans les pays où les protections légales sont plus faibles pour les travailleurs : cadences infernales, heures supplémentaires non payées, humiliations, salaires ridicules..., suicides. En outre, la forte demande de coltan a par exemple financé pendant des années une guerre en République démocratique du Congo. Et l'exploitation du lithium, dont l'extraction comporte d'autres dégâts pour le milieu naturel, est une horreur pour les populations locales concernées en Argentine, au Chili ou en Bolivie, car elle se traduit souvent par un conflit autour de l'usage de l'eau dans des régions qui sont déjà très arides.
Quant à l'aspect purement écologique, les émissions de CO2 liées au cycle de vie de ces nouveaux gadgets, toujours plus nombreux et plus utilisés, sont globalement en hausse. En France, verbi gratia, "la consommation énergétique des produits high-tech est évaluée à 13,5 % du total de la consommation électrique, soit 5 % des émissions de gaz à effet de serre. La demande d'énergie de ces produits en raison de l'augmentation du nombre de produits (smartphones, tablettes, ordinateurs) et de l'usage plus intensif qu'il en est fait ne cesse d'augmenter, cette croissance est de l'ordre de 5 à 10 % par an". Sans compter les risques relatifs à l'exposition humaine et animale aux champs électromagnétiques émis par nos équipements et nos multiples installations.
En matière de substances dangereuses, Jeff Gearhart, directeur de recherches à l’Ecology Center, affirme que « chaque téléphone testé contient au moins un de ces produits toxiques dangereux : plomb, brome, chlore, mercure et cadmium ».
En plus, le recyclage de ces appareils a commencé très tard et son taux est encore trop bas : figurez-vous qu'en 2009, il n’était que de 10 % pour les téléphones portables. En même temps, l'exportation illégale de déchets technologiques se poursuit, notamment vers l’Afrique de l’Ouest et l’Asie.
Le rapport des Amis de la Terre se termine par une conclusion...
Au final, les innovations sont uniquement orientées vers la vente de nouveaux produits et non vers l'allongement de la durée de vie et la gestion de la fin de vie des produits. La concurrence entre les différents acteurs de la high-tech ne peut justifier un tel choix dans un contexte où les ressources s’épuisent et le renouvellement fréquent de nos appareils impliquent davantage d’impacts négatifs.
...et des recommandations :
Aux pouvoirs publics :
  • Adopter une loi contre l'obsolescence programmée
    1. créant un délit d’obsolescence programmée pour que le consommateur puisse se retourner contre les pratiques abusives de certaines entreprises ; 
    2. allongeant la durée de garantie de 2 à 10 ans pour inciter les producteurs à produire durable et les consommateurs à faire réparer leurs produits ;
    3. donnant des informations substantielles du consommateur quant aux possibilités de réparation (durée de disponibilité des pièces détachées, informations sur le caractère réparable des produits, etc.).
  • Mesurer l’utilisation des ressources nécessaires à la production et adopter des objectifs de réduction
Aux entreprises :
  • Mettre sur le marché des produits réparables et durables.
  • Etendre la durée de garantie contractuelle.
  • Publier la liste des matières premières, notamment des métaux dans les produits, et leur origine.
Aux citoyens :
  • Faire pression sur les députés et sénateurs (en France via le site dessousdelahightech)
  • Allonger la durée de vie de ses produits pour réduire l’impact de vos consommations 
  • Prendre connaissances des impacts environnementaux de ses produits high-tech en allant sur les sites www.produitspourlavie.org et www.dessousdelahightech.org
Une trublione très consciente de ce genre de problèmes les aborde régulièrement dans un blog qui pourrait bien vous intéresser. Son dernier post porte, par exemple, sur notre incroyable gaspillage alimentaire. À cet égard, comme le rappellent presque tous les média francophones —en relayant une dépêche d'agence du 11 janvier—, les êtres humains disposent chaque année de 4 milliards de tonnes de nourriture mais, selon une étude de l'Institut du génie civil basé à Londres, "sur ces quatre milliards, 1,2 à deux milliards ne seront jamais consommés, soit près de la moitié. Les causes de ce gaspillage : des récoltes mal faites, des problèmes dans le stockage et le transport et l'irresponsabilité des distributeurs et des consommateurs".

La connaissance, est-elle inutile ? Pensons sérieusement aux retombées de nos choix ou ça va barder vraiment sur la planète. Bien entendu, il nous faudra un double effort, collectif —et cela concerne les règles du jeu— et individuel.