mardi 5 octobre 2010

La France de Raymond Depardon

Le photographe Raymond Depardon, de Magnum Photos, inaugure exposition à la Bibliothèque nationale de France à Paris. Il s'agit de trente-six tirages argentiques en couleur qui sont le résultat d'un tour de France en fourgon pendant quatre ans. On peut les contempler du 30 septembre 2010 au 9 janvier 2011. Pour accéder à la page web contenant tous les détails, ainsi que les activités proposées par les services pédagogiques de la Bibliothèque, cliquez sur le lien ci-dessus.

Je relaie ici le début de l'information fournie à ce propos par la BNF :
Célèbre pour ses reportages sur des lieux sensibles, pour les nombreux livres où il tisse étroitement texte et image, pour les films où il s’attache au quotidien d’une société en pleine évolution, Raymond Depardon est décidément un auteur sans limites. Cinéaste autant que photographe, il s’interroge toujours avec acuité sur les liens entre l’image et l’éthique.
Il a consacré maintes fois des reportages au territoire français, mais il a voulu concrétiser une idée folle qui le travaillait depuis longtemps : photographier seul à la chambre 20x25 le territoire français, ses régions, ses pays.
Nomade dans l’âme, il se fixe alors à lui-même la mission qui, depuis 2004, le mènera sur les routes au gré des saisons et de la lumière afin de montrer à égalité les régions que chacun rêve de visiter ou celles qui se dérobent à tout romantisme.
Il montre les conséquences de l’explosion des villes françaises durant la seconde moitié du XXe siècle qui a créé des usines à vendre en périphérie des villes entourées d’un océan de parkings, des zones périurbaines qui engloutissent les petites villes et les villages, la surexploitation immobilière du littoral et de la haute montagne…
« J’ai visité des lieux très différents, où parfois l’histoire n’a rien de commun d’un “pays” à un autre. Cette distance que je me suis imposée, techniquement et formellement, m’a permis de passer au-dessus des spécificités régionalistes et d’essayer de dégager une unité : celle de notre histoire quotidienne commune. »
Au noir et blanc contrasté, à la profondeur de champ vibrante d’humanisme de ses œuvres antérieures, il préfère ici la frontalité à la chambre, la couleur, la lumière unique, neutre, délicate et sensible. Les humains s’éclipsent parfois, mais il photographie en premier le paysage et poursuit sa recherche : « observer les traces de la présence de l’homme qui par son intervention au fur et à mesure de l’histoire a modifié le territoire. »
L’exposition présente dans une immense salle, une installation de trente six tirages argentiques couleurs lumineux, de très grand format. En orfèvre de l’image, Raymond Depardon les a façonnés et ajustés pendant quatre ans d’après les meilleurs “scan” numériques possibles à ce jour. (...)
Note de janvier 2011 - Notre photographe a publié un ouvrage pour colporter son expérience : La France de Raymond Depardon, BNF Seuil, 2010, 59€.
J'ai lu dans Le Français dans le Monde nº 373 (Janvier-février 2011) un dossier à ce sujet. J'en extraie deux propos de Depardon qui me semblent significatifs pour mieux comprendre son dessein :
« Je suis heureux de m'être confronté à la France d'aujourd'hui. J'ai pu rassembler toute mon expérience du regard pour photographier l'état de notre territoire dans un panorama très personnel. J'ai pris le risque de déplaire à ceux qui ne reconnaîtront pas leur France et de réjouir ceux qui apprécient une perception intuitive, irréductible à une définition figée de l'identité française. »
S'il n'y a pas de gens dans ses clichés, c'est « par envie de revenir au silence de la photographie ».

Note du 22 novembre 2013 - Le Monde publie aujourd'hui...
En 2004, le photographe Raymond Depardon décide de sillonner dans sa camionnette les routes de France. De ce périple à travers l'Hexagone qui durera jusqu'en 2010, il en rapportera de saisissantes photos de lieux ordinaires : vieilles boutiques, bars-PMU de village, carrefours désertiques, etc. Son travail fit l'objet d'une grande exposition à la BNF, d'un documentaire et de deux ouvrages, dont l'un intitulé La France de Raymond Depardon (Seuil). C'est l'édition poche de ce dernier qui a inspiré Deux visions.net. La photographe Caroline Delieutraz, à l'origine du site, a ainsi eu l'idée de suivre sa trace par le biais de Google Street View. La page Web compare ces clichés de la fameuse série de Depardon avec les vues des mêmes lieux, capturés par le service de cartographie en ligne. Le résultat ne prétend à aucune analyse artistique, mais entend plutôt montrer un modeste témoignage, une intéressante vision "sans filtre". Caroline Delieutraz s'en défend sur son site : "Mettre en parallèle les images prises à la chambre avec des captures d'écran, c'est mettre en perspective deux types d'image, deux intentions opposées, deux visions du monde." Et d'ajouter qu'"il n'est d'ailleurs pas impossible que le fourgon de Depardon et la voiture de Google se soient un jour croisés". Un nouvel éclairage alors que le Grand Palais consacre en ce moment même une rétrospective au grand photographe et à son travail avec la couleur.  

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