vendredi 3 février 2017

Tromelin, Riffard, Herrou... et la (non-)assistance à personne en danger

Dans la Roya, on s'occupe des gens qui dorment dehors,
il n'y a pas de vols parce que les gens sont nourris, les 
enfants sont accueillis chez l'habitant... Non, ce qui dérange, 
c'est que des citoyens s'occupent de politique. 
Cédric Herrou : Francetvinfo, 4/01/2017

(...) l’intention affichée par Donald Trump au cours de sa campagne
d’expulser entre 2 et 3 millions d’immigrants illégaux a fait bondir
les démocrates, valant au candidat des procès en racisme et en xénophobie.
Obama a pourtant expulsé presque trois millions de personnes dans les sept
premières années de sa présidence, sans provoquer d’émotion particulière.
(...) Il est confondant de voir François Hollande appeler son homologue
au respect du principe de l’accueil des réfugiés, lui dont la police soumet
des réfugiés à des brimades injustifiées et dont la justice poursuit
des particuliers coupables d’avoir donné à manger à ceux qui ont faim.
Roger Persichino : Le Monde, 2/02/2017.



Dans La Chute d'Albert Camus, l'événement qui déclenche la « chute » de Jean-Baptiste Clamence, personnage et voix du roman, et sa conversion en juge pénitent, c'est le suicide d'une jeune femme qui se jeta dans la Seine quand il passait par là. Il ne la secourut aucunement alors qu'elle était sur le point de se noyer et, qui plus est, il ne prévint personne.
(...) Il était une heure après minuit, une petite pluie tombait, une bruine plutôt, qui dispersait les rares passants. Je venais de quitter une amie qui, sûrement, dormait déjà. J’étais heureux de cette marche, un peu engourdi, le corps calmé, irrigué par un sang doux comme la pluie qui tombait. Sur le pont, je passai derrière une forme penchée sur le parapet, et qui semblait regarder le fleuve. De plus près, je distinguai une mince jeune femme, habillée de noir. Entre les cheveux sombres et le col du manteau, on voyait seulement une nuque, fraîche et mouillée, à laquelle je fus sensible. Mais je poursuivis ma route, après une hésitation. Au bout du pont, je pris les quais en direction de Saint-Michel, où je demeurais. J’avais déjà parcouru une cinquantaine de mètres à peu près, lorsque j’entendis le bruit, qui, malgré la distance, me parut formidable dans le silence nocturne, d’un corps qui s’abat sur l’eau. Je m’arrêtai net, mais sans me retourner. Presque aussitôt, j’entendis un cri, plusieurs fois répété, qui descendait lui aussi le fleuve, puis s’éteignit brusquement. Le silence qui suivit, dans la nuit soudain figée, me parut interminable. Je voulus courir et je ne bougeai pas. Je tremblais, je crois, de froid et de saisissement. Je me disais qu’il fallait faire vite et je sentais une faiblesse irrésistible envahir mon corps. J’ai oublié ce que j’ai pensé alors. « Trop tard, trop loin... » ou quelque chose de ce genre. J’écoutais toujours, immobile. Puis, à petits pas, sous la pluie, je m’éloignai. Je ne prévins personne.
À partir de ce fait, cet (anti)héros se livre à une confession permanente et à une accusation totale, car il juge tout et tous, l'humanité entière : Albert Camus réfléchit à la culpabilité et à l'irresponsabilité qui seraient la marque de la société moderne.
Dans son Prière d'insérer, Camus résumait son récit de la sorte :
« L'homme qui parle dans La Chute se livre à une confession calculée. Réfugié à Amsterdam, dans une ville de canaux et de lumière froide, où il joue à l'ermite et au prophète, cet ancien avocat attend, dans un bar douteux, des auditeurs complaisants. Il a le cœur moderne, c'est-à-dire qu'il ne peut supporter d'être jugé. Il se dépêche donc de faire son propre procès, mais c'est pour mieux juger les autres. Le miroir dans lequel il se regarde, il finit par le tendre aux autres. Où commence la confession, où l'accusation ? celui qui parle dans ce lieu fait-il son procès, ou celui de son temps ? Est-il un cas particulier, ou l'homme du jour ? Une seule vérité en tout cas, dans ce jeu de glaces étudié : la douleur, et ce qu'elle promet. »
On dirait, donc, que selon Camus, la « non-assistance à personne en danger » serait le symptôme par excellence de la déchéance morale moderne.
Et qu'en dit le Code Pénal en France ? L'article 223-6, alinéa 2, reprend mot pour mot les termes de l'ancien article 63, alinéa 2, définit donc le cadre de cette non-assistance et punit celui qui ayant connaissance d'un péril encouru par un tiers ne lui apporte pas une assistance appropriée  :
Quiconque pouvant empêcher par son action immédiate, sans risque pour lui ou pour les tiers, soit un crime, soit un délit contre l'intégrité corporelle de la personne s'abstient volontairement de le faire est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende.
Sera puni des mêmes peines quiconque s'abstient volontairement de porter à une personne en péril l'assistance que, sans risque pour lui ou pour les tiers, il pouvait lui prêter soit par son action personnelle, soit en provoquant un secours.
Les peines sont portées à sept ans d'emprisonnement et 100 000 euros d'amende lorsque le crime ou le délit contre l'intégrité corporelle de la personne mentionnée au premier alinéa est commis sur un mineur de quinze ans ou lorsque la personne en péril mentionnée au deuxième alinéa est un mineur de quinze ans.
Or, pour qu’il y ait obligation de porter secours, trois conditions préalables doivent être réunies ; il faut :
- qu’un péril grave menace une personne ;
- qu’un secours puisse être apporté à cette personne
- que ce secours puisse être porté sans risque 
Et qu'est-ce qui se passe en France ? Que l'exécutif et la justice agissent comme si la loi punissait... l'assistance à personne en danger, en besoin ou en détresse. C'est-à-dire, ce qui constitue, en principe, un devoir légal, perçu d'ailleurs par une belle partie de la population comme un devoir moral, est en fait constitutif de délit aux yeux des libéraux qui nous gouvernent. Et le parquet ne plaisante pas. Et cette doctrine criminelle ne fléchit ni même s'apitoie sur le sort des enfants.
Voyons, Robert Lawrie, vétéran de l'armée anglaise, risqua récemment 5 ans de prison pour avoir essayé de faire passer une petite fille de 4 ans au Royaume-Uni afin qu'elle puisse quitter la «jungle» de Calais et retrouver sa famille. Une môme de 4 ans... Le criminel ne voulait pas qu'elle pourrisse toute seule dans la dite jungle.
Finalement, en janvier 2016, il fut condamné à une amende de 1000 euros avec sursis.

D'autre part, un blog de Mediapart rendait compte un peu avant, en décembre 2015, d'un autre délit de solidarité traité comme tel par les pouvoirs publics : menottes, perquisitions, garde à vue, portable mis sous scellées, amande non négligeable... Il fallait neutraliser et discipliner une dangereuse dame de 72 ans :

Délit de solidarité : Claire, 72 ans, condamnée pour un peu d'humanité

Le TGI de Grasse vient de rétablir le délit de solidarité, pourtant supprimé par le gouvernement en janvier 2014, au détriment de Claire, 72 ans, pour avoir aidé deux réfugiés à rejoindre la gare d'Antibes. Menottée, interrogée et placée en garde à vue durant 24h, Claire a été traitée comme une dangereuse délinquante...

Claire avait, d'ailleurs, un précurseur à Saint-Étienne, un prêtre cette fois ; c'était décembre 2014 :

Saint-Etienne : un prêtre risque une amende pour avoir hébergé des sans-abris


Peu avant son procès, une quarantaine d'enseignants de Lyon et Vaulx-en-Velin, qui occupaient entre cinq à six écoles chaque soir pour héberger des enfants sans-abris, manifestaient devant les grilles du palais de justice pour soutenir le prêtre.
Bastamag se penchait sur cette histoire en janvier 2015 :
Prêter assistance à des personnes sans-abri est-il un délit ? La Cour d’appel de Lyon doit rendre ce 27 janvier sa décision concernant le prêtre Gérard Riffard. Ce dernier est poursuivi pour avoir hébergé des dizaines de demandeurs d’asile dans son église de Montreynaud, à Saint-Étienne. En première instance, le juge a reconnu l’« état de nécessité » : « Il est paradoxal que l’État poursuive aujourd’hui le père Riffard pour avoir fait ce qu’il aurait dû faire lui-même », détaille le jugement. Alors que le parquet a fait appel, Gérard Riffard persiste : il n’a fait que son devoir. 
Cette fois, heureusement, la cour s'était déclarée incompétente pour juger une telle affaire, mais hélas, pour des raisons purement formelles. Le 27 janvier, Bastamag ajoutait une mise à jour à son suivi de cette affaire :
La cour d’appel de Lyon se déclare incompétente. Selon le juge, Gérard Riffard aurait du être poursuivi pour un délit, donc en correctionnelle, et non pour une contravention. Le dossier doit désormais revenir au parquet de Saint-Etienne, qui pourra décider soit d’arrêter les poursuites, soit de reciter le père Riffard devant le tribunal correctionnel [1]. « Il faut tout recommencer à zéro. On m’a toujours dit que je n’étais pas un délinquant mais un contrevenant, et là il (le juge, NDLR) a plutôt l’air de dire que je suis plus un délinquant, donc c’est très agréable... Je m’attendais à un jugement sur le fond, alors que la cour s’est basée sur un argument juridique », a déploré Gérard Riffard à l’issue de la brève audience.
Le 23/04/2016, Le Progrès recueillait ces propos du père Gérard Riffard :
« Les refus actuels de domiciliation par le CCAS [Centre communal d'action sociale, Note de Candide résiste] sont très nombreux. Notre association qui accueille et accompagne des demandeurs d’asile est totalement impliquée, d’autant plus qu’elle abrite, de manière précaire, des gens qui, sans cet accueil, seraient laissés dans la rue. Le CCAS rejette systématiquement celles et ceux qui disent dormir à l’église. La motivation du rejet est “ Pas d’attache avec la commune car situation irrégulière logement illégal ”…Ceci est une véritable discrimination envers les personnes en grande précarité. L’attache avec la commune va de soi puisque Montreynaud est bien à Saint-Etienne. Le caractère irrégulier ou illégal n’est pas du ressort du CCAS qui devrait, au contraire, être encore plus attentif à ces personnes en grande précarité. La domiciliation a été refusée à une personne car “ absence de suivi médical justifiant l’Aide médicale d’État (AME) ”. Là, on est dans le délire absolu. 
Mme Buffard (adjointe en charge des affaires juridiques) signe les refus de domiciliation et donne, me semble-t-il, au CCAS des compétences qui ne sont pas les siennes. Ce n’est pas au CCAS de décider s’il faut affilier à la CMU ou à l’AME, s’il faut donner le RSA, ou si le conseil départemental doit verser quelque chose pour les enfants. Les organismes qui attribuent ces aides ont des critères précis qu’ils mettent en œuvre avec attention. Le CCAS n’est pas gardien des dépenses engagées par l’État pour les plus faibles.
Derrière ces pratiques de rejet qui sont humiliantes pour des personnes déjà bien malmenées, on ne peut que soupçonner une politique qui cherche à se débarrasser des plus fragiles. “ Tu n’as pas de place chez nous… ” Ce n’est pas notre conception d’une société juste et solidaire, ce n’est pas l’image que nous voulons pour notre ville de Saint-Étienne qui sait accueillir et secourir.
Pour notre part, nous sommes déterminés à soutenir les personnes déboutées d’un des derniers droits qui leur reste, de par la loi. Nous alertons d’abord le défenseur des Droits, et si les choses n’évoluent pas rapidement (il y a urgence) le tribunal administratif de Lyon sera saisi et risque d’être submergé. Cela coûtera cher en aides juridictionnelles.
Nous aimerions connaître le point de vue de M. le préfet, garant chez nous de la politique gouvernementale qui n’a jamais favorisé des décisions extrêmes qui risquent de fragiliser encore davantage notre tissu social, malgré tous ceux qui travaillent pour faire progresser le vivre ensemble. »
Le 11 octobre 2016, Le Parisien informait :
Saint-Etienne : les demandeurs d'asile ne dormiront plus à l'église

A Saint-Etienne (Loire), il est désormais interdit au père Riffard de les accueillir la nuit

À partir de ce soir, le père Gérard Riffard ne peut plus héberger la nuit des ressortissants étrangers dans sa petite église de Montreynaud à Saint-Etienne (Loire).
La décision du parquet et de la préfecture de la Loire a été communiquée directement à l'évêché oralement. Cela faisait neuf ans que la petite église Sainte-Claire servait d'asile de nuit, dans l'illégalité. En moyenne, 80 ressortissants étrangers, familles et enfants, y trouvaient chaque soir le gîte et le couvert aux côtés du père Riffard.
Une décision qui n'a pas surpris l'intéressé : « Ce qui est mis en avant par les services de l'Etat, c'est le problème de sécurité en cas d'incendie. » Lucide, bien qu'attristé, le curé stéphanois reconnaît que 80 personnes à héberger, « cela devenait très difficile. Le chiffre ne cessait de grimper et nous posait problème ».

Soixante personnes hébergées ailleurs

Désormais, les demandeurs d'asile peuvent rester dans l'église Sainte-Claire pendant la journée mais n'ont plus le droit d'y dormir, sous peine de fermeture définitive des locaux. Hier, le père Gérard Riffard n'avait donc d'autre choix que de trouver des solutions pour tout le monde. Soixante personnes ont été ainsi relogées dans des appartements ou les asiles de nuit de Saint-Etienne. Une vingtaine d'autres restaient sans hébergement.
Je ne sais pas si le père Riffard est au courant d'une autre nouvelle où nous apprenions qu'une simple plainte indignée est passible aussi de répression, car le tribunal correctionnel de Bobigny condamna à 1 500 euros d'amende André Barthélémy, membre de la Commission nationale consultative des Droits de l'Homme, pour avoir protesté contre les conditions d'expulsion de deux Congolais. C'était en mars 2009. Et je mets en rouge le dernier paragraphe car carrément ahurissant :
Le 16 avril 2008, ce vieux monsieur de 72 ans prend place à bord d’un vol Air France Paris-Brazzaville. Lui et les autres passagers sont soudainement alerté par les plaintes et cris de deux sans-papiers congolais reconduits entravés et sous escorte. Tous se lèvent.
Selon la police, André Barthélemy, qui est également président d’Agir ensemble pour les droits de l’Homme (AEDH), ONG basée à Lyon aurait crié «c’est inadmissible, une honte», «vous ne respectez pas les droits de l’homme». Il aurait également incité les autres passagers à la révolte.
A l’audience, André Barthélemy a revendiqué un «réflexe d’indignation» et de «solidarité active» de «quelqu’un qui voit des gens souffrir». Sans contester la «légitimité» des reconduites, il demande qu’elles soient faites «avec humanité et dans le respect des droits fondamentaux».
Les magistrats ont reconnu André Barthélémy coupable de «provocation directe à la rébellion» et d'«entrave volontaire à la navigation ou la circulation d’un aéronef», un délit passible de cinq ans de prison et 18 000 euros d’amende.
Un autre passager, un ingénieur de 53 ans souffrant d’hypertension qui avait expliqué s’être levé de son siège pour demander aux policiers de «diminuer les hurlements» des reconduits, a été condamné à 400 euros d’amende.
2017. Plusieurs média se font écho du procès des habitants de la vallée de la Roya, y compris, en Espagne, eldiario. Je lis sur le site de l'UJFP :
Procès d’habitants de la vallée de la Roya « coupables » d’être venus en aide à des réfugié⋅e⋅s, avec la menace de lourdes sanctions. Mesures d’intimidation, poursuites - et parfois condamnations - de personnes ayant agi en soutien de migrant⋅e⋅s ou de Roms, à Calais, à Paris, à Norrent-Fontes, à Boulogne, à Loos, à Perpignan, à St-Etienne, à Meaux... On assiste depuis plusieurs mois à la recrudescence de cas où la solidarité est tenue pour un délit. (...)
Nous avons déjà rendu compte ici du cas particulier, honteux, de Cédric Herrou. Qu'un homme de sa dignité ait des problèmes avec la police et la justice en dit long sur la turpitude et les vraies valeurs qui nous gouvernent.

Cet état de répression généralisée, y compris des élans humains les plus élémentaires, a finalement entraîné la réaction de 75 organisations qui viennent de publier un manifeste. Voici le texte de cet appel indigné et urgent, trouvable également sur le site de l'UJFP avec la liste des premières organisations signataires :

LA SOLIDARITE, PLUS QUE JAMAIS UN DELIT ?
12 janvier 2017

Bien sûr, la solidarité n’a jamais été inscrite dans aucun code comme un délit.
Cependant, des militants associatifs qui ne font que venir en aide à des personnes en situation de très grande précarité, victimes de décisions dangereuses, violentes, voire inhumaines, se retrouvent aujourd’hui face à la justice.
Avec l’instauration de l’état d’urgence, et dans le contexte baptisé « crise migratoire », on assiste à une recrudescence de poursuites visant à empêcher l’expression de la solidarité envers migrants, réfugiés, Roms, sans-papiers... Au-delà, c’est le soutien à l’ensemble des personnes étrangères qui tend à devenir suspect, l’expression de la contestation des politiques menées qui est assimilée à de la rébellion et au trouble à l’ordre public.
La loi permet en effet de poursuivre les personnes qui viennent en aide aux « sans-papiers » [1] , mais toutes sortes d’autres chefs d’accusation servent désormais à entraver toute action citoyenne qui s’oppose aux politiques mises en œuvre. L’ensemble de ces intimidations, poursuites, condamnations parfois, visent donc bien en fait ce qui constitue de nouvelles formes du « délit de solidarité ».
Dès 2009, les associations de défense des droits de l’Homme et de soutien aux étrangers avaient dénoncé le fait que le délit d’« aide à l’entrée, à la circulation et au séjour des étrangers en situation irrégulière », introduit à l’origine pour lutter contre ceux qui font commerce du trafic et de l’exploitation des étrangers, ait permis au fil du temps de sanctionner les « aidants » d’étrangers sans papiers, même agissant dans un but non lucratif. Si les peines prévues ne sont pas toujours appliquées, une telle réglementation a bien sûr un effet dissuasif sur celles et ceux qui refusent de se soumettre à des politiques hostiles aux étrangers.
La mobilisation associative, à l’époque, a abouti à plusieurs réformes successives, dont celle du 31 décembre 2012 qui a été présentée comme la « suppression » du délit de solidarité. Il n’en est rien ; la nouvelle rédaction des textes se contente de préciser et augmenter les cas d’exemption de poursuites. Outre l’aide apportée à des parents, est autorisée l’aide qui aura seulement visé à « assurer des conditions de vie dignes et décentes à l’étranger » ou à « préserver la dignité ou l’intégrité physique de celui-ci ». Malgré tout, des personnes ayant manifesté leur solidarité avec des étrangers sans titre de séjour continuent d’être inquiétées - convocations à la police ou à la gendarmerie, gardes à vue, perquisitions, écoutes téléphoniques - voire poursuivies et parfois punies d’amende et emprisonnement.
Dans le même temps, des poursuites ont commencé d’être menées sur la base de textes sans rapport avec l’immigration.
• Les délits d’outrage, d’injure et de diffamation, de rébellion ou violences à agent de la force publique sont utilisés pour défendre l’administration et la police contre celles et ceux qui critiquent leurs pratiques ;
• Le délit d’« entrave à la circulation d’un aéronef », qui figure dans le code de l’aviation civile, permet de réprimer les passagers qui, voyant des personnes ligotées et bâillonnées dans un avion, protestent contre la violence des expulsions ;
• La réglementation qui sanctionne l’emploi d’un travailleur étranger sans autorisation de travail a servi à inquiéter des personnes qui, hébergeant des étrangers en situation irrégulière, acceptent que leurs hôtes les aident à effectuer des tâches domestiques.
Aujourd’hui, les motifs des poursuites se diversifient toujours plus. Tandis que les poursuites pour aide à l’entrée et au séjour ont repris de plus belle, de nouveaux chefs d’accusation sont utilisés pour condamner les actions solidaires :
• La réglementation en matière d’urbanisme a été invoquée à Norrent-Fontes (Pas-de-Calais) pour demander la destruction d’abris pour migrants ;
• Des textes sur l’hygiène ou la sécurité applicables à des locaux ont servi à empêcher des hébergements solidaires à St-Etienne ;
• L’absence de ceinture de sécurité et d’un siège pour une fillette à bord d’un camion a permis la condamnation d’un aidant à Calais ;
• L’intrusion dans des zones particulières, interdites pour cause d’état d’urgence, a été utilisée, à Calais également, pour sanctionner le regard citoyen ;
• Le délit de faux et usage de faux est utilisé pour intimider des personnes qui ont voulu attester de la présence depuis plus de 48h de personnes dans un squat à Clichy ;
• etc...
Et, de plus en plus, le simple fait d’avoir voulu être témoin d’opérations de police, d’expulsions de bidonvilles, de rafles, peut conduire à une arrestation, sous couvert de rébellion ou de violences à agent.
Ces procédés d’intimidation doivent cesser. Nous affirmons la légitimité du droit de regard des citoyens et des citoyennes sur les pratiques de l’administration, de la justice ou de la police. Nous voulons que soient encouragé·e·s celles et ceux qui se montrent solidaires des personnes en situation de précarité sans se soucier de savoir si elles sont ou non en situation régulière quant au séjour. Nous refusons que les populations visées par des politiques ou des pratiques xénophobes soient privées de soutien. C’est l’avenir du principe même de solidarité qui est en jeu.
Nous vous appelons tous et toutes à vous joindre au combat que nous, organisations syndicales et associatives et comités de soutien informels, avons décidé d’engager ensemble, au sein du collectif que nous avons constitué.

Cette rage libérale d'en finir avec la moindre humanité me fait penser à sa vieille tradition d'esclavagisme, de colonialisme, de racisme, de suprémacisme et d'exploitation. Cette rage inhumaine me fait penser au sort impitoyable des esclaves abandonnés et oubliés sur Tromelin.
____________________________________
MISE À JOUR du 10 février 2017 :

Selon le quotidien Le Monde d'aujourd'hui, Cédric Herrou a été condamné à 3 000 euros d’amende avec sursis. Le journal précise :
Mais le procureur, Jean-Michel Prêtre, avait pour sa part dénoncé l’usage de ce procès comme d’une « tribune politique » et requis à l’encontre de l’agriculteur huit mois de prison avec sursis, la confiscation de son véhicule, ainsi qu’un usage limité de son permis de conduire aux besoins de sa profession. Le parquet reproche à M. Herrou un détournement de la loi de 2012 accordant l’immunité pénale à ceux qui apportent une aide humanitaire aux migrants.
Cliquez ici pour accéder au blog de Roya Citoyenne-Résistances en Roya.
____________________________________
MISE À JOUR du 24 mars 2017 :

Manifeste des enfants cachés

MEDIAPART - 15 mars 2017. Par OLIVIA ELIAS. Blog : Le blog d'Olivia Elias
« Sans la solidarité de délinquants nous ne serions pas là ». Des enfants juifs aujourd'hui en vie parce que des citoyens français les ont cachés eux ou leurs parents affirment leur solidarité avec ceux et celles qui viennent en aide aux réfugiés et aux Roms.
Manifeste des enfants cachés
samedi 4 mars 2017
« Sans la solidarité de délinquants, nous ne serions pas là ! »
L’heure est à la renaissance d’un délit de solidarité. Dans la vallée de la Roya, à Calais, à Paris, à Norrent-Fontes, à Boulogne, à Loos, à Perpignan, à St-Etienne, à Meaux... des militants et des citoyens qui ont manifesté concrètement leur solidarité désintéressée aux réfugiés ou aux Roms, sont intimidés, menacés, poursuivis par les Autorités.
Nous soussigné, enfants juifs cachés pendant la Seconde guerre mondiale pour échapper à la déportation, déclarons solennellement : si nous sommes en vie, c’est parce que des délinquants solidaires ont désobéi, nous ont cachés, nous ont nourris, en dépit des lois de Vichy et de l’occupant. Ils ont ouvert leur porte, falsifié notre identité, ils se sont tus ignorant les injonctions de la police et de l’administration, ils ont emprunté des chemins de traverse face à la persécution…
Leur solidarité est aujourd’hui reconnue publiquement. Nous leur sommes reconnaissants, comme nous le sommes au courage de nos parents qui ont fait le dur choix de se séparer de nous et de transformer leurs enfants en « mineurs isolés ».
Mais ce devoir de solidarité s’applique aussi aujourd’hui et nous réclamons la fin de ces procédés d’intimidation. Nous proclamons la légitimité du droit de regard des citoyens et des citoyennes sur les pratiques de l’administration, de la justice ou de la police. Nous sommes solidaires avec celles et ceux qui se montrent solidaires des personnes en situation de précarité sans se soucier de savoir si elles sont ou non en situation régulière quant au séjour. Nous passons le flambeau de la solidarité aux lanceurs d’alerte, aux citoyens critiques des politiques xénophobes, aux solidaires du quotidien.

Les 49 premiers signataires :

1. Enfants caché-e-s :

• Georges Gumpel, enfant caché à Lyon puis en Haute-Loire ;
• Liliane Lelaidier-Marton, enfant cachée à Bonneuil-sur-Marne ;
• Georges Tugène, caché en Haute-Loire ;
• Jean de Monbrison, caché près d’Auch, dans le Gers ;
• Georges Rosevègue, né en février 1941, enfant caché avec mes parents résistants, dans une ferme de l’Isère ;
• Nicole Kahn, enfant cachée dans une école catholique à Limoges.
• Denise Fernandez Grundman, enfant cachée dans le Maine et Loire.
• Michèle Lessmann-Portejoie, cachée dans une institution catholique, à Amélie-les-Bains, Pyrénées Orientales, puis dans une famille de paysans à Boësse, Loiret ;
• Catherine Vidrovitch, enfant cachée à Chaumont-en-Vexin par le chef de la résistance locale ;
• Bina Kohn, sauvée de la rafle du Vélodrome d’hiver par ma concierge, puis cachée par mon employeur à Paris ;
• Jean Claude Urbach, caché avec mon frère dans un hameau des Cévennes ;
• Henri Edouard Osinski, caché avec 10 enfants juifs à Montigny-le-Ganelon, Eure et Loir ;
• Nicole Marx Maingault, cachée dans un pensionnat catholique à Nègrepelisse, Tarn et Garonne ;
• Roland Gaillon, enfant caché à Nice, puis Annecy et Sallanches ; mon nom actuel est ma fausse identité conservée ;
• Henri Kochman, caché dans le village de Vourey, près de Grenoble ;
• Renée Blancheton-Sciller, cachée de 1942 à 1944, à Gières et à Pierre-Châtel, Isère ;
• Marie Jakobowicz, enfant cachée à Paris durant l’été 1942, puis passage en zone libre ;
• Jules Jakubowicz, caché avec sa famille à Bâgé-le-Châtel, Ain
• Laurent Weill, enfant caché en 1943, fuyant Lyon, au Chambon-sur-Lignon, Haute-Loire
• Catherine Weill-Follet, cachée au Chambon-sur-Lignon en 1944
• Lucienne Lerman, fille de Michel Lerman (déporté), enfant cachée à Pouzauges, Vendée ;
• Jacques Charmatz, enfant caché de 1943 à 1944, en Suisse avec ma sœur
• Charles Futerman. mère cachée à l’hôpital de Saint-Junien, Haute-Vienne, caché avec ma sœur chez des voisins lorrains en exil puis dans une famille du voisinage.

2. Parents caché-e-s

• Patrick Silberstein, fils d’Hélène Vainberg, cachée par des Italiens à Monthléry ;
• Mireille, Dominique, Brigitte et Emmanuèle Natanson, filles et fils de Jacques Natanson, caché par des moines dominicains à Saint-Maximin, Var ;
• Jean-Claude Meyer, frère de Colette Meyer, cachée après l’exécution de notre père ;
• Jean-Guy Greilsamer, fils d’Yvonne Greilsamer, cachée à Saint-Dizier en Haute-Marne, puis dans l’Aube ;
• Béatrice Orès, fille d’une enfant cachée dans le département du Rhône.
• Didier Epsztajn, fils de Josette Stern, enfant cachée ;
• Sonia Fayman, fille de Lucien David Fayman, résistant déporté à Dora, qui organisa la mise à l’abri d’enfants dans le Sud de la France.
• Heddy Riss, fille de Samuel Riss et Fanny Kohn, cachés par un garde champêtre et sa famille à Linkebeek, Belgique ;
• Sylvie Pasquier Lévy et Rosine Lévy, filles de Janine Serff cachée par une famille de Tonneins, Lot-et-Garonne ;
• Carole Stern, fille de Carol Stern juif roumain caché dans l’Hérault, puis arrêté par la police française ;
• Hélène Mendelson, fille de Roza Piernicarz, cachée à Paris, et de Chaim Henri Mendelson, caché à Cazères, Hérault ;
• Dr Jean-Jacques Tyszler, fils d’Henri Albert Tyszler caché à Tassin-la-Demie-Lune, Rhône, et de Paulette Frejtak cachée en région parisienne ;
• Patrick Portejoie et Sylvie Portejoie, fils et fille de Michèle Lessmann-Portejoie, cachée à Amélie-les-Bains, Pyrénées Orientales, puis à Boësse, Loiret ;
• Colette Barak, fille de Michel Barak, caché dans la région de Nice, Alpes-Maritimes ;
• Jean-François et Sylvie Pessis, Paul Regnier, enfants de Catherine Hanff, cachée à Die, Drôme ;
• Claudine Avram, fille de Bernard Burah Avram, un « mineur juif non accompagné », caché et protégé pendant plusieurs mois par une dame marseillaise qui élevait seule ses deux enfants ;
• Chantal Steinberg, fille de Bina Kohn, sauvée de la rafle du Vélodrome d’hiver puis cachée à Paris ;
• Armand Gorintin, fils d’Esther Gorintin, cachée par sa logeuse à Bordeaux, arrêtée puis échappée, puis cachée à Lyon ;
• Helyett Bloch, fille de Claudine Haas, cachée deux ans par la Résistance à l’auberge de La Thuile, Savoie.

Cet appel est lancé à l’initiative de l’Union juive française pour la Paix, membre de Délinquants Solidaires.

_________________________________
MISE À JOUR du 11 septembre 2020 :

La course à l'ignominie est effrénée parmi les gouvernements et les ministres de l'Intérieur de la République : à chaque fois qu'on pense que plus rien ne peut aller en la matière, ils se surpassent encore en surenchère incessante, perpétuelle... La Voix du Nord :

Calais : sur instruction de Gérald Darmanin, le préfet interdit la distribution de repas aux migrants par les associations non-mandatées

dimanche 22 janvier 2017

Lettre de Cédric Herrou au procureur de Nice

Le 8 janvier s'est constitué un Comité de soutien aux citoyens solidaires des Alpes-Maritimes. Pourquoi ? Laissons-les s'expliquer :
Le Comité de Soutien aux Citoyens Solidaires des Alpes-Maritimes s’est constitué en réponse à l’interpellation et aux poursuites judiciaires de citoyens ayant porté secours de manière désintéressée à des personnes en difficulté.
La condamnation des actes de solidarités citoyens se généralise en France et en Europe, particulièrement dans le cas de personnes de nationalités étrangères. Cela a été le cas dans la région de Calais et depuis plusieurs mois dans notre département, particulièrement dans la vallée de la Roya.
Les contrôles policiers et militaires mis en place dans le cadre de l’état d’urgence ont donné lieu à de nombreuses interpellations de personnes diverses, migrantes ou citoyens solidaires, souvent basées sur un délit de faciès instauré en règle. Ces pratiques menacent la paix de notre société et la liberté de chacun.
De nombreux procès sont en cours et de multiples interpellations ont eu lieu ces derniers mois. Pour cette raison, le site internet du comité de soutien aux citoyens solidaires du 06 a vocation à documenter les cas d’interpellations et de poursuites judiciaires passées et en cours dans les Alpes-Maritimes. Le comité entend également se constituer en réseau de solidarité dans le cadre de ces procédures afin de soutenir les personnes concernées par une mise en relation avec des avocats spécialisés, avec les associations existantes déjà mobilisées notamment sur les frais de justice.
Nous invitons les personnes concernées à nous contacter.
Au-delà des cas particuliers des personnes interpelées et/ou poursuivies, le comité de soutien entend défendre et promouvoir la solidarité, en tant que valeur et principe indispensable à la constitution et la pérennité du groupe social dans lequel nous voulons vivre. En effet, ces condamnations mettent en péril les fondements de notre société, les droits humains les plus essentiels tout comme les principes républicains de liberté, d’égalité et de fraternité qui constituent le socle de notre « vouloir vivre commun ».
Le comité est constitué de citoyens auxquels s’associent personnalités publiques et associations.
Nous invitons toutes personnes conscientes des dangers et des dérives potentielles de telles condamnations et partageant notre conviction que la solidarité doit primer dans notre société, à nous rejoindre en remplissant le formulaire accessible ici

Hier 21 janvier, le site Citoyens solidaires du 06, du Comité de soutien aux citoyens solidaires des Alpes-Maritimes, publie ce qui suit et que j'ai l'honneur de relayer :

Lettre de Cédric Herrou au Procureur de Nice Jean-Michel Prêtre

Suite à l’arrestation de Morgan, Lucille et Cédric, ce dernier écrit au procureur qui, après une intervention musclée, a libéré tous les prévenus sans aucune poursuite judiciaire malgré plus de 36h de garde à vue et d’énormes moyens mobilisés : près de 30 policiers casqués et armés, une mobilisation des militaires du dispositif « sentinelle », des lunettes infrarouges, des enquêteurs en civil ainsi qu’un drone. Le bilan de cette opération se réduirait à l’arrestation de ces 3 mineurs que Cédric avait pris en charge depuis plus d’un mois et pour qui il demandait aux pouvoirs publics une prise en charge. Ce bilan inclut aussi le traumatisme de l’infirmière de Médecins du Monde sur qui un policier a pointé son arme en hurlant, l’agression du journaliste de Libération plaqué au sol ayant subit par 2 fois une clé au bras et bien sur le choc vécu par ces enfants soudanais.

signal985251-perquisition-arrestation-herrou-laurent-carre-9745-2jpg
Monsieur le procureur,
Vous avez fait pleurer ma mère, mon père.
Vous avez arrêté mon frère, mon amie.
Vous nous avez mis sous les verrous, traités comme des chiens, des malfrats.
Vous avez ordonné à une trentaine de gardes mobiles, armes aux poings, d’entrer sur mes terres, prendre ces trois enfants sans parents, qui attendent chez moi, depuis plus d’un mois d’être pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance.
Ces enfants ont connu la guerre, la torture, l’esclavagisme.
Ces enfants que je protège
Ces enfants qui m’ont donné leur confiance.
Vous avez au nom de votre France, violé les droits de l’Enfant!
Ils attendaient sécurité de la part de notre pays!
Vous me savez sensible aux personnes que j’aide, aux personnes que j’aime.
Vous savez que ma liberté ne s’arrêtera pas aux barreaux de vos prisons et vous tapez là où ça fait mal !!!
Sachez Monsieur le Procureur que je resterai fidèle à mes convictions, que ma France, que notre France, continuera à défendre les droits des hommes, des femmes, des enfants présents sur le sol français au nom de nos valeurs qui fondent la République Française.
Ne pensez pas que je suis seul, nous sommes des milliers, des millions!
Chacun son métier, le mien c’est agriculteur, le vôtre c’est de faire respecter la Loi. Loi qui protège et fait que le vivre ensemble soit la règle primordiale de notre démocratie.
Vive notre France
et …..celle que tu représentes
_________________________________
MISE À JOUR du 8/09/2017 :

Pour mesurer la détermination absolue des Valeurs contre les récalcitrants qui, comme Cédric Herrou, s'opiniâtrent à secourir "les gens qui ne sont rien" (ou moins que rien, car étrangers sinistrés, réfugiés), voici deux liens renvoyant à deux sites qui observent de près les différents chapitres de cet acharnement pour l'exemple :
Suivi du Procès Cédric Herrou par Citoyens Solidaires.
Infos fournies par Mediapart sur l'affaire Herrou.
D'ailleurs, au mois d'août 2017, Cédric Herrou ayant été condamné par la cour d'appel d'Aix-en-Provence à 4 mois de prison avec sursis pour « démarche d’action militante en vue de soustraire des étrangers aux contrôles mis en œuvre par les autorités », Éric Fassin consacra (du 8 au 21 août) 4 billets de son blog sur Mediapart à ce délit de solidarité sous le titre Le procès politique de la solidarité. Cédric Herrou et la vallée de la Roya est son premier volet. Vinrent ensuite 2-Un dispositif xénophobe, 3-Les ONG en Méditerranée et 4-Emmanuel Macron et le couteau de Lichtenberg.


_________________________________
MISE À JOUR du 14/09/2017 :

Le 11 septembre, nous avons appris la suite lamentable du procès Pierre-Alain Mannoni, un enseignant qui a été condamné pour avoir osé secourir trois femmes « apeurées, fatiguées, blessées, frigorifiées » qu'il repéra au bord de la route :
Relaxé en janvier par le tribunal correctionnel de Nice pour l’aide qu’il avait apportée à trois Erythréennes près de la frontière franco-italienne, Pierre-Alain Mannoni, un enseignant-chercheur, a été condamné, lundi 11 septembre, par la cour d’appel d’Aix-en-Provence à deux mois de prison avec sursis.
En lire plus (sur Le Monde, 11/09/2017). 
Justement, le 5 septembre, il venait de lancer un appel au don sur la plateforme gofundme.com pour subvenir à ses frais de justice. Voici son explication lorsqu'il attendait le verdict qui vient d'être rendu public :
J'ai 46 ans et je vis seul à Nice avec mes 2 enfants. En octobre 2016 j'ai recueilli 3 jeunes femmes érythréennes, migrantes et blessées, pour qu'elles se fassent soigner. Nous avons été arrêtés, j'ai été jugé et relaxé en première instance. Le parquet s'acharne et a fait appel souhaitant me faire condamner pour "transport de personnes en situation irrégulière". Les 3 jeunes femmes ont, quant à elles, vécu des situations difficiles à croire et à entendre.
J'attends le verdict qui sera rendu le 11/9/2017. Je risque 5 ans de prison et 30.000€ d'amende.
Je ne peux rien regretter de ce que j'ai fait car je ne peux que souhaiter un monde plus digne et plus humain pour mes enfants.
J'ai lancé cette cagnotte pour couvrir les frais de justice des procédures en cours mais aussi pour me défendre de plusieurs attaques diffamantes à mon égard.



Depuis ces événements et avec plus de 17 morts à moins de 30 km de chez moi, j'ai ouvert les yeux sur la situation de la dignité humaine. Le montant de cette cagnotte qui ne sera pas dépensé en frais de Justice ira directement aider les associations qui luttent pour la vie et la dignité de femmes, d'enfants et d'hommes, ici, à Nice.
Entretemps, la démocratie libérale continue à veiller à ce que ses vraies Valeurs s'accomplissent. Le 1er septembre, Le Monde nous le rappelait :

Le retour des superprofits pour les champions de l’économie française

Les 40 principaux groupes cotés à la Bourse de Paris (CAC 40) ont engrangé 51,6 milliards d’euros de bénéfice en six mois. Soit 25 % de plus qu’un an auparavant.
______________________________________
Mise à jour du 9 janvier 2018 :

La répression de l'humanité en France est toujours en marche et "les horribles exactions subies sur les routes migratoires" se portent toujours à merveille en cynisme impeccable. Le quotidien Le Figaro a mis à jour hier, 8 janvier 2018, une information signée par Étienne Jacob selon laquelle une responsable d'Amnesty International est poursuivie pour aide aux migrants :
Martine Landry, 73 ans, qui aurait facilité la venue en France de deux mineurs isolés guinéens venus d'Italie, risque jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende. Elle devait comparaître ce lundi devant le tribunal correctionnel de Nice, mais le parquet a finalement demandé le renvoi de l'affaire au 14 février 2018.
Tout s'est passé deux jours après la mise en examen de Cédric Herrou pour aide à l'immigration clandestine. Le 28 juillet dernier, deux migrants guinéens, venus d'Italie, sont arrivés à la frontière franco-italienne pour rejoindre la France. Ces mineurs isolés, âgés de 15 et 16 ans, ont expliqué leur situation aux policiers italiens. Ces derniers les ont renvoyés, à pied, vers le poste frontière français. S'y trouvait alors Martine Landry, membre d'Amnesty International et de l'Association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé).
Cette militante de 73 ans est accusée d'avoir «facilité l'entrée» de ces mineurs en situation irrégulière sur le sol français, selon l'acte d'accusation, consulté par Le Figaro. Elle les aurait «pris en charge et convoyés pédestrement du poste frontière côté Italie au poste frontière côté France», précise le document. (En lire plus)
______________________________________
Mise à jour du 24 janvier 2018 :

Le quotidien Le Monde nous rappelle ces jours-ci ce que Jacques Derrida pensait en 1996 du « délit d'hospitalité »...
(...) Que devient un pays, on se le demande, que devient une culture, que devient une langue quand on peut y parler de « délit d’hospitalité », quand l’hospitalité peut devenir, aux yeux de la loi et de ses représentants, un crime ?
(…) Avec la violence qui accompagne cette politique répressive, ces manquements à la justice ne datent pas d’aujourd’hui, même si nous sommes à un tournant original et particulièrement critique de cette histoire. Ils datent d’au moins un demi-siècle, depuis la veille de la guerre, bien avant la fameuse ordonnance de 1945, quand les motifs d’un décret-loi de mai 1938, dans un langage qu’on retrouve aujourd’hui dans toutes les rhétoriques politiciennes, prétendait, je cite, « ne pas porter atteinte aux règles traditionnelles de l’hospitalité française ». Le même texte, simultanément, argumentait comme aujourd’hui, et de façon – j’y viendrai – aussi peu convaincante, pour rassurer ou flatter les fantasmes d’un électorat et déclarait, je cite (c’est en 1938, au moment de l’arrivée encombrante de certains réfugiés au faciès ou à l’accent jugés parfois caractéristiques, et que Vichy ne va pas tarder à envoyer dans les camps et à la mort que vous savez ; comme tous ceux qui leur ressemblent, ces discours nous rappellent aujourd’hui, dans leur anachronie même, à une sorte de veillée pré- « vichyste ») :
« Le nombre sans cesse croissant d’étrangers résidant en France impose au gouvernement (…) d’édicter certaines mesures que commande impérieusement le souci de la sécurité nationale, de l’économie générale du pays et de la protection de l’ordre public. »
Et, dans le même texte, où, encore une fois, l’on rassemble et fourbit toutes les armes auxquelles ont eu recours, dans leur guerre contre les immigrés, toutes les législations françaises, la même rhétorique tente de faire croire que ne sont frappés d’une répression légitime que ceux qui n’ont pas droit à la reconnaissance de leur dignité tout simplement parce qu’ils se seraient montrés indignes de notre hospitalité.
Je cite encore un texte qui préparait, en 1938 comme aujourd’hui, une aggravation du dispositif législatif dans une atmosphère de veille de guerre. Voici ce qu’il disait sous une forme de dénégation évidente, dans l’insolente forfanterie narcissique et patriotarde que nous reconnaissons bien : « Il convient d’indiquer dès l’abord (…) que le présent projet de décret-loi ne modifie en rien les conditions régulières d’accès sur notre sol ; (…) il ne porte aucune atteinte aux règles traditionnelles de l’hospitalité française, à l’esprit de libéralisme et d’humanité qui est l’un des plus nobles aspects de notre génie national. »
(...) Je lis ce texte de 1938 où l’on reconnaît déjà toute la logique et la rhétorique du pouvoir d’aujourd’hui :
« Cet esprit de générosité [le nôtre, bien sûr] envers celui que nous nommerons l’étranger de bonne foi trouve sa contrepartie légitime dans une volonté formelle de frapper désormais de peines sévères tout étranger qui se serait montré indigne de notre hospitalité (…). S’il fallait résumer, dans une formule brève, les caractéristiques du présent projet, nous soulignerions qu’il crée une atmosphère épurée autour de l’étranger de bonne foi, qu’il maintient pleinement notre bienveillance traditionnelle pour qui respecte les lois et l’hospitalité de la République, mais qu’il marque enfin, pour qui se montre indigne de vivre sur notre sol, une juste et nécessaire rigueur. »
Depuis l’époque où furent tenus ces propos d’une hypocrisie (d’une mauvaise foi, justement) qui serait comique si elle n’était terrifiante, juste avant la guerre, il y eut l’ordonnance de 1945 qui prévoyait déjà, au chapitre III, « Pénalités », de lourdes peines pour les étrangers en situation irrégulière (on ne disait pas encore sans-papiers à l’époque) ou pour quiconque aidait ces étrangers indésirables : au chapitre dit « De l’expulsion », toute une série de mesures préparaient celles qu’on est en train de renforcer ou de réactiver ; depuis cette époque, les conditions de l’hospitalité en France (immigration, asile, accueil des étrangers en général) n’ont cessé d’empirer et de ternir, jusqu’à nous faire honte, l’image dont feint de se réclamer le discours patriotique de la France des droits de l’homme et du droit d’asile. L’année dernière [en 1995], des observateurs neutres ont même pu parler d’une ­ « année noire » du droit d’asile en France.
(…) Il n’est pas de pays ou d’Etat-nation au monde aujourd’hui, et surtout dans les pays capitalistes riches, où ne se développe cette politique de fermeture des frontières, cette mise en hibernation des principes de l’asile, de l’hospitalité à l’étranger – bonne juste pour le moment où « ça va bien » et où « ça sert », c’est « bien utile » (entre l’efficacité, le service et le servage).
Au moment où, depuis quelques décennies, une crise sans précédent de l’Etat-nation jette sur les routes des millions de personnes en vérité déplacées, ce qui reste d’Etat-nation se crispe souvent dans une convulsion nationale-protectionniste, identitaire et xénophobe, une figure à la fois ancienne et renouvelée du racisme. Il y a un mot pour « sans-papiers » dans chaque culture Etat-nationale. Aux Etats-Unis, par exemple, on dit undocumented, et on organise des chasses aux illegal immigrants.
La politique à l’égard des sans-papiers et de l’immigration en général est une diversion électoraliste, une opération « bouc émissaire », une misérable manœuvre pour grappiller des voix, une petite et ignoble surenchère pour battre le Front national sur son propre terrain.
(…) Qu’il s’agisse du chômage croissant, qu’il s’agisse d’une économie de marché ou d’une spéculation dont la dérégulation est une machine à produire de la misère, de la marginalisation, qu’il s’agisse d’un horizon européen commandé par des calculs simplistes, par une fausse science économique et une folle rigidité monétariste, etc., par un abandon de pouvoir entre les mains des banques centrales, de tous ces points de vue, il faut savoir que la politique à l’égard des sans-papiers et de l’immigration en général est une diversion électoraliste, une opération « bouc émissaire », une misérable manœuvre pour grappiller des voix, une petite et ignoble surenchère pour battre le Front national sur son propre terrain.
Et n’oublions jamais que, si les premières victimes de cette stratégie de faillite sont nos amis, nos hôtes, les émigrés et les sans-papiers, ce qui est mis en place par le gouvernement est un système policier d’inquisition, de fichage, de quadrillage (sur les territoires français et européen). Cette machine menace toutes les libertés, les libertés de tous, celles des sans-papiers et celles des non-sans-papiers.
 __________________________________
Mise à jour du 17 mars 2018 :

Quand la police refuse l’accouchement à une femme… migrante

REPORTERRE - 13 mars 2018 / Benoit Ducos
Dans les Alpes, les réfugiés arrivant d’Italie bravent le froid et la neige. L’auteur de cette tribune raconte sa maraude de la soirée de samedi dernier. Venant en aide à une famille de migrants, il a vu sa voiture immobilisée par les douanes alors que la mère était sur le point d’accoucher.
Benoit Ducos se présente comme « un maraudeur en infraction ». Chaque soir depuis le début de l’hiver, des maraudes se déroulent aux cols de Montgenèvre et de l’Échelle (elles sont à l’arrêt pour ce dernier col, les conditions de passage étant trop dangereuses), à la frontière italienne. Elles sont effectuées par des bénévoles des associations Tous migrants et Refuges solidaires, à Briançon. Selon l’état de santé des migrants qu’ils croisent, les bénévoles les accompagnent à Briançon où ils sont hébergés quelques jours avant de reprendre leur voyage.

- Samedi 10 mars 2018, Montgenèvre (Hautes-Alpes), aux alentours de 21 h.
Une maraude ordinaire comme il s’en passe tous les jours depuis le début de l’hiver. Au pied de l’obélisque Napoléon de Montgenèvre, une famille de réfugiés marche dans le froid. La mère est enceinte. Elle est accompagnée de son mari et de ses deux enfants (2 et 4 ans). Ils viennent tout juste de traverser la frontière, les valises dans une main, les enfants dans l’autre, à travers la tempête. Nous sommes deux maraudeurs à les trouver, à les trouver là, désemparés, frigorifiés. La mère est complètement sous le choc, épuisée, elle ne peut plus mettre un pied devant l’autre. Nos thermos de thé chaud et nos couvertures ne suffisent en rien à faire face à la situation de détresse dans laquelle ils se trouvent. En discutant, on apprend que la maman est enceinte de 8 mois et demi. C’est l’alarme, je décide de prendre notre véhicule pour l’emmener au plus vite à l’hôpital. Dans la voiture, tout se déclenche. À notre arrivée au niveau de la Vachette (à 4 km de Briançon), elle se tord dans tous les sens sur le siège avant. Les contractions sont bien là… c’est l’urgence. J’accélère à toute berzingue. C’est la panique à bord. Lancé à 90 km/h, j’arrive à l’entrée de Briançon… et là, barrage de douane.
Il est 22 h. « Bon sang, c’est pas possible, merde, les flics ! » Herse au milieu de la route, ils sont une dizaine à nous arrêter. Commence alors un long contrôle de police. « Qu’est ce que vous faites là ? Qui sont les gens dans la voiture ? Présentez-nous vos papiers ? Où est-ce que vous avez trouvé ces migrants ? Vous savez qu’ils sont en situation irrégulière !? Vous êtes en infraction !!! »… Un truc devenu habituel dans le Briançonnais. Je les presse de me laisser l’emmener à l’hôpital dans l’urgence la plus totale. Refus ! Une douanière me lance tout d’abord : « Comment vous savez qu’elle est enceinte de 8 mois et demi ? » Puis, elle me stipule que je n’ai jamais accouché, et que par conséquent je suis incapable de juger de l’urgence ou non de la situation.
EN LIRE PLUS

Aujourd'hui, dans un autre article de Reporterre,  Philippe Desfilhes commente le documentaire « L’espace d’un homme » (2010), du documentaliste Hervé Nisic, film qui aborda la vie « hors du commun » d'Alexandre Grothendieck (1928-2014), « génie des mathématiques et écologiste radical », lorsque celui-ci était encore en vie.


À en juger par les remarques de Philippe Desfilhes, Alexandre Grothendieck fut aussi atteint par le délit de solidarité :
(...) Hervé Nisic fait découvrir un Alexandre Grothendieck radical dans sa pensée et dans ses actes, mais aussi très courageux. Le mathématicien Pierre Cartier, l’un de ses proches, raconte comment il s’engagea dans la guerre du Vietnam en partant seul travailler sous les bombes avec des mathématiciens Viet-Congs. Il revient aussi sur l’« histoire » du procès de Montpellier : pour avoir hébergé un moine bouddhiste japonais dont le visa venait d’expirer, Alexandre Grothendieck fut traduit en justice. Il réclama lors de son procès la peine maximale et ridiculisa la justice dans sa plaidoirie.(...)
____________________________________
Mise à jour du 24 mars 2018 :

Torino, respinta al confine incinta migrante muore dopo parto

La donna, di origini nigeriane, era affetta da linfoma: il bimbo che portava in grembo dato alla luce con un parto cesareo. Pesa 700 grammi: «Un miracolo»

____________________________________
Mise à jour du 26 avril 2018 :

Une « marche solidaire » aux migrants partira fin avril de Vintimille pour Calais

De la frontière franco-italienne à la frontière franco-britannique, les marcheurs veulent arpenter 1 400 kilomètres afin de plaider « pour un véritable accueil, contre le blocage des frontières et contre le délit de solidarité ».
Le Monde.fr avec AFP |
De Vintimille à Calais, 1 400 kilomètres et soixante étapes. Une « marche citoyenne et solidaire » s’élancera le 30 avril de la frontière franco-italienne pour rejoindre la frontière franco-britannique, afin de plaider « pour un véritable accueil, contre le blocage des frontières et contre le délit de solidarité », a annoncé, mardi 24 avril, François Guennoc, président de L’Auberge des migrants.
« Entre 30 et 100 personnes sont attendues sur chaque étape » avec des « moments forts » à Marseille, Lyon ou Paris, a ajouté M. Guennoc en espérant un « effet boule de neige ». Des personnalités telles que l’eurodéputé José Bové et Mgr Jacques Gaillot ont déjà fait savoir qu’ils seraient présents au départ du cortège.
____________________________________
Mise à jour du 28.12.2019 :

Malheureusement, les affres de Pierre-Alain Mannoni (voir plus haut) se poursuivent. Le 22 décembre, il vient de mettre en ligne une information sur son cas et une nouvelle demande de soutien économique :
Délit de Solidarité : Je retourne au charbon ! 5e audience le 15/01/2020 à la Cour d'Appel de Lyon
 


Il y a plus de 3 ans j’ai été arrêté pour « aide aux migrants ». J’avais secouru dans la montagne de la Roya trois Érythréennes blessées. Je viens de recevoir la notification pour une nouvelle audience au tribunal. Ce sera la 5e…
Il y a eu un premier procès à Nice où j’ai été relaxé, puis le parquet a fait appel et j’ai été condamné à Aix en Provence à 2 mois avec sursis. Nous avons saisi le Conseil Constitutionnel qui m’a donné raison et a censuré une loi injuste.
L'Assemblée Nationale a rédigé un nouvel article et la Cour de Cassation a cassé ma condamnation contraire au principe de Fraternité désormais présent dans la loi. Mais la Cour de Cassation a demandé un nouveau procès à la lumière de la nouvelle loi.
C’est là où j’en suis maintenant : 3 ans et demi pour savoir s’il est légal de secourir des gens en détresse !!!!.... Bref je retourne au charbon à la Cour d’Appel de Lyon le 15 janvier 2020 à 13h30.
Les États ne respectent pas le droit et sont responsables de l'horreur aux frontières et en Méditerranée, mais j’en suis arrivé à comprendre que les derniers remparts à cette horreur, ce sont les actions citoyennes et la Justice. Mon affaire étant une des premières sur ce sujet, il est important d’aller au bout de la procédure judiciaire pour que cette question soit définitivement tranchée et qu’il y ait une jurisprudence de manière que ceux qui suivent ne puissent pas être attaqués avec les mêmes arguments.
Bien sûr les autorités en chercheront d’autres, mais c’est comme cela que le droit avance et tant que nous sommes dans une société de droit, il faut s’en servir ! Et puis un jour ces politiques seront condamnées.
Mais avec la Justice viennent les frais, le nerf de la guerre. Les avocats ont fait un super boulot et les 4 audiences précédentes ont consommé l'intégralité de la cagnotte. J’en relance donc une nouvelle pour le procès à venir. Si je gagne, ça s'arrête, sinon, on continue jusqu'à la Cour Européenne s’il le faut… gofundme.com/avecpierrealain
Nous sommes nombreux à croire en la dignité, nous sommes beaucoup plus que ce que l’on imagine ; c’est juste que la solidarité ne se crie pas sur les toits mais aujourd’hui je le sais et sachez le, elle est présente partout. Dans les villes et les villages, sur les plages et dans le camps, des petites et des grosses fourmis sauvent des vies et offre de l’humanité. Merci à eux

Merci pour votre soutien

Pierre-Alain

_____________________________________
Mise à jour du jeudi 1er avril 2021 (et ce n'est pas un poisson !) : Après 11 gardes à vues, 5 perquisitions, 5 procès et 5 ans de lutte...

Relaxe de Cédric Herrou : « La solidarité ne sera plus un délit »

L'Humanité, Jeudi 1 Avril 2021

La Cour de cassation a annulé, le 31 mars, le pourvoi du parquet général de Lyon, qui entendait condamner l'agriculteur Cédric Herrou pour avoir aidé des exilés à la frontière italienne.

« La relaxe de Cédric Herrou est désormais définitivement acquise et ne pourra plus être remise en cause. (…) Le principe de fraternité trouve aujourd’hui sa pleine application », s’est félicité Me Patrice Spinosi. Le conseil de l’agriculteur azuréen a réagi à l’annonce, ce mercredi 31 mars, de la non-admission par la Cour de cassation de la démarche du ministère public visant à faire annuler une décision de la cour d’appel de Lyon.

Un véritable camouflet

En mai 2020, elle avait relaxé le militant de toute poursuite à son encontre. « C’est le cas quand un pourvoi n’est à ce point pas sérieux qu’il ne nécessite aucune réponse motivée, explique l’avocat. Il est très rare qu’il en soit ainsi pour un pourvoi d’un parquet général. » En clair, c’est un véritable camouflet pour tous les détracteurs de la solidarité avec les étrangers en quête de refuge dans notre pays.

« Cette décision est l’aboutissement de près de cinq ans de guérilla judiciaire, ajoute encore Patrice Spinosi. Les juges ont su porter haut le principe de fraternité. Il est désormais définitivement acquis dans notre droit qu’aucune poursuite pénale ne peut être engagée à l’encontre d’une personne qui aura aidé de façon désintéressée, par humanisme ou par militantisme, un migrant en situation irrégulière. »

(...) EN LIRE PLUS.

 

samedi 21 janvier 2017

Tromelin, un cas incroyable d'esclavage, cruauté, solidarité et survie

Condamner l'esclavage reviendrait à condamner le Saint-Esprit
qui ordonne aux esclaves, par la bouche de Saint-Paul,
de demeurer en leur état et n'oblige pas le maître à les affranchir.
Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704), Avertissements aux Protestants,
5e avertissement, § 50. Œuvres complètes, t. 3, 1879, p. 610.

Paradoxalement, le Siècle des Lumières est
celui qui voit l'apogée de la traite négrière.
Sylvain Savoia, Les Esclaves oubliés de Tromelin, page 47,
Aire libre, Dupuis, 2015.

Malheur à la politique qui veut fonder la
prospérité d'un pays sur le désastre des autres,
et malheur à l'homme dont la fortune est
cimentée par les larmes de ses semblables !
Abbé Grégoire (1750-1831), De la Traite et de l'Esclavage des Noirs, 1815

(...)
Vil bétail, sous la main du superbe Pyrrhus,
Auprès d'un tombeau vide en extase courbée ;
(...)
Je pense à la négresse, amaigrie et phtisique,
Piétinant dans la boue, et cherchant, l'oeil hagard,
Les cocotiers absents de la superbe Afrique
Derrière la muraille immense du brouillard ;

A quiconque a perdu ce qui ne se retrouve
Jamais, jamais ! (...)

Je pense aux matelots oubliés dans une île.
Aux captifs, aux vaincus !... à bien d'autres encor !
Charles Baudelaire,  Le Cygne, Tableaux Parisiens, Les Fleurs du Mal, poème 89,  1857.


Le 17 janvier 2017, Le Point publiait cette information :
Qui gouvernera l'îlot Tromelin ? Cette question a une fois de plus été retoquée. L'accord de cogestion sur ce minuscule morceau de terre entre la France et l'île Maurice, contesté notamment par la droite et l'extrême droite mais aussi le Medef, a été retiré de l'ordre du jour de l'Assemblée nationale, a-t-on appris mardi de sources parlementaires et gouvernementales. Le projet de loi visant à autoriser l'approbation de l'accord-cadre entre les deux gouvernements sur la cogestion économique, scientifique et environnementale de Tromelin et ses espaces maritimes environnants devait être débattu mercredi dans l'hémicycle, à quelques semaines de la fin de cette législature. Adopté au Sénat en 2012, puis en commission à l'Assemblée au printemps 2013, le texte avait déjà été retiré de l'ordre du jour de la séance publique en 2013, et n'avait jusqu'alors jamais été réinscrit.
Divers partis, notamment l'UDI et le FN, ou organisations avaient manifesté leur opposition ces derniers jours, entre autres au nom de la souveraineté française. Tromelin, bout de terre de 1 kilomètre carré, à 520 km au nord de La Réunion et découvert par un navigateur français en 1722, est actuellement géré par l'administration des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF). Il couvre 280 000 kilomètres carrés de domaine maritime. Tromelin est revendiqué par l'île Maurice depuis 1976. Depuis, la question de la souveraineté de l'île n'a cessé d'empoisonner les relations entre les deux pays. Pas moins de 20 années de négociations ont été nécessaires pour qu'un accord soit signé le 7 juin 2010, prévoyant une « cogestion » économique, scientifique et environnementale.
Tromelin ? Il n'y a pas longtemps, Le Monde diplomatique d'avril 2016 m'avait appris l'existence d'une BD bouleversante : Les Esclaves oubliés de Tromelin. Philippe Leymarie écrivait alors à son égard :
Dans Les Esclaves oubliés de Tromelin*, le dessinateur français Sylvain Savoia réussit quant à lui à combiner deux histoires : sous forme de bande dessinée, celle d’un équipage français et de ses esclaves malgaches échoués en 1761 sur ce minuscule îlot du sud-ouest de l’océan Indien ; et en parallèle, sous forme de carnet de voyage, celle de la quête d’une équipe d’archéologues passionnés. Ces derniers ont tenté de remonter le temps au fil de plusieurs missions sur cette terre désolée, et ils ont mis au jour de fragiles vestiges, constituant ainsi un lieu où la mémoire de l’esclavage s’est inscrite avec force. Car, déracinés, coupés du monde, les Malgaches naufragés ont utilisé les rares ressources disponibles pour survivre, puis pour reconstruire une minisociété : « Ils ont par là même recouvré, comme par défi, la dignité et l’humanité qui leur avaient été déniées », conclut l’ouvrage.

*Sylvain Savoia : Les Esclaves oubliés de Tromelin, Dupuis, coll. «Aire libre », Paris, 2015, 120 pages, 20,50 euros. D'après les recherches menées par Max Guérout (GRAN), Thomas Romon (INRAP) et leur équipe pluridisciplinaire (dépassant le dialogue entre sources historiques et vestiges archéologiques : géomorphologue, anthropologue, archéozoologue et ornithologue). ISBN 978-2-8001-5038-3.

Dupuis, la maison qui a édité cette bande dessinée, explique sur son site :
L'île des Sables, un îlot perdu au milieu de l'océan Indien dont la terre la plus proche est à 500 kilomètres de là... À la fin du XVIIIe siècle, un navire y fait naufrage avec à son bord une "cargaison" d'esclaves malgaches. Les survivants construisent alors une embarcation de fortune. Seul l'équipage blanc peut y trouver place, abandonnant derrière lui une soixantaine d'esclaves.
Les rescapés vont survivre sur ce bout de caillou traversé par les tempêtes. Ce n'est que le 29 novembre 1776, quinze ans après le naufrage, que le chevalier de Tromelin (1) récupérera les huit esclaves survivants : sept femmes et un enfant de huit mois.
Une fois connu en métropole, ce "fait divers" sera dénoncé par Condorcet et les abolitionnistes, à l'orée de la Révolution française.
Max Guérout, ancien officier de marine, créateur du Groupe de recherche en archéologie navale (GRAN), a monté plusieurs expéditions sous le patronage de l'UNESCO pour retrouver les traces du séjour des naufragés. Ses découvertes démontrent une fois de plus la capacité humaine à s'adapter et à survivre, en dépit de tout.
L'archéologue a invité le dessinateur à les rejoindre lors d'une expédition d'un mois sur Tromelin. De là est né ce livre : une bande dessinée qui entremêle le récit "à hauteur humaine" (on "voit" l'histoire du point de vue d'une jeune esclave, l'une des survivantes sauvées par le chevalier de Tromelin) avec le journal de bord d'une mission archéologique sur un îlot perdu de l'océan Indien. Après le succès international de Marzi, Sylvain Savoia offre à nouveau aux lecteurs une magnifique leçon d'humanité.

L'académie de Marine de Paris a décerné son Prix Bande Dessinée à cet album le 24 octobre 2016.
Sur la première page de sa BD, Savoia met deux citations en exergue :
"Transporter d'un point à un autre de la surface du globe, voilà toute l'activité de l'homme. [...] Mais de toute façon, la majorité des actions humaines ne sont pas faites pour être examinées aux yeux de la raison."
(Aldous Huxley, Tour du monde d'un sceptique, 1926)

"...Et ce qui sert à vos plaisirs est mouillé des pleurs et teint du sang des hommes." (Bernardin de Saint-Pierre, Esclaves dans les îles françaises, 1773)

La chair de poule : ces Malgaches kidnappés, esclavisés —ou esclavagés (mot moins usité) car l’on n’est point esclave par nature— et naufragés, plaqués sur une langue de sable au milieu de la mer, me semblent beaucoup plus inconcevables que le Robinson Crusoé de Daniel Defoe (ca.1660-1731), personnage probablement inspiré par l'histoire d'Alexander Selkirk, qui vécut tout seul sur son île de l'archipel Juan Fernández, au large du Chili, entre 1704 et 1709.
Ces esclavisés risquaient certainement d'avoir pensé au premier abord, le jour de leur enlèvement, le premier jour de leur captivité, que "rien ne pouvait être pire que leur capture"... car "l'imagination se limite aux champs de la connaissance". Quelle histoire...

"L'homme mauvais est comme une pierre
que l'on jette sur la pente d'un précipice,
il ne s'arrête qu'au fond de l'abîme."  
Page 52 et fin de la première partie de cette BD.

Je vérifie que le 17/10/2015, France 24 avait déjà présenté une information à leur sujet à l'occasion d'une exposition organisé dans le château des ducs de Bretagne, à Nantes.

Mais Internet nous fournit surtout une vidéo téléchargée un peu avant par l'Institut du Tout-Monde, dont le site vous propose, entre autres, des mémoires des esclavages. Elle contient un film réalisé par Emmanuel Roblin et Thierry Ragobert, et produit par TV5Monde, Carrimages 3 et Matin & Soir Films. Nous y apprenons que c'est grâce à l'entêtement passionné de Max Guérout, ancien capitaine de vaisseau de la marine française, archéologue et président du GRAN (Groupe de Recherche en Archéologie Navale), qu'on organisa une expédition en 2008 sur Tromelin et que nous connaissons cette épopée incroyable très en détail —bien qu'il s'agisse d'un récit encore inachevé :


  INSTITUT DU TOUT-MONDE, 23/03/2013

Laurent Hoarau, historien réunionnais indépendant, spécialisé dans la recherche en Histoire hors du circuit universitaire, collabora très activement, avec Jean-François Réberot, dans la logistique de cette expédition du GRAN et participa aux travaux des fouilles sur Tromelin. Expédition formée par historiens, anthropologues, archéologues... et notre dessinateur : Sylvain Savoia.
Dans le film, Hoarau explique qu'en 1848, on libéra les 62.000 esclaves qu'il y avait à l'île de la Réunion (nouveau nom de l'île Bourbon après 1793). Pourtant il n'y a aucun musée, aucune trace matérielle, aucun cimetière, aucun objet, aucun vestige palpable de l'esclavage à la Réunion. Les Histoires officielles n'ont pas l'habitude de s'occuper des damnés de la terre. Les rues et les places, les plaques, les statues, les collèges, lycées et universités... portent traditionnellement les noms de leurs bourreaux. Savoia écrit à propos de Laurent Hoarau que ses projets de recherche lient Histoire, Patrimoine et Identité et qu'il est "capable de sauver une mission avec un élastique et un trombone".
Le film recueille aussi les témoignages de l'historien Sudel Fuma et de la journaliste et politologue Françoise Vergès. Sudel fit également partie de l'expédition sur l'île ; Savoia le présente ainsi : "Sudel, malgache d'origine, professeur d'Histoire à l'Université de Saint-Denis, directeur de la Chaire UNESCO de la Réunion, ancien athlète et homme politique. Aucune casquette n'est trop grande pour lui." Et il publia sa BD à sa mémoire car Sudel décéda en 2014.

Quant à la radio, France Culture nous propose toujours sur son site un entretien, réalisé en décembre 2013 par universcience.tv, avec Max Guérout dont le récit hérisse toujours poils et plumes...


Esclaves oubliés de l'île Tromelin par universcienceTV

Encore une occasion de réfléchir à la honteuse Histoire de notre civilisation.
Morale ? : l'Utile (2) méprise la vie humaine et finit toujours par naufrager causant d'épouvantables dommages collatéraux. Alors que la solidarité est autrement utile. Peut-on encore larguer que la société n'existe pas ("There is no such thing as society", Margaret Thatcher dixit), qu'il n'y a que l'individu...? Dans Vendredi ou les limbes du Pacifique, Robinson écrit dans son Log-book (oui, le blog marin de l'époque), page 116 de mon édition Folio :
—Je sais maintenant que si la présence d'autrui est un élément fondamental de l'individu humain, il n'en est pas pour autant irremplaçable. (...)
Il est vrai que ce Robinson nuance ensuite son propos mais, quand j'écoutais Max Guérout et avalais ma salive, je pensais que si Michel Tournier avait eu vent des 15 ans d'existence sur Tromelin de ce groupe de Vendredis issus des Hauts-Plateaux de Madagascar, forcés, naufragés et oubliés, il aurait peut-être substitué, comme source d'inspiration, cette vraie histoire à celle de Defoe et rédigé un roman intitulé, par exemple, Les esclavisés clandestins et sans nom ou les limbes de l'Indien...

Sur France Culture, on peut aussi écouter l'émission Le Salon noir du 31/10/2015 (29 min.) qui, sous le titre Les Robinsons de Tromelin découverts par l'archéologie, interviewe Max Guérout.

_________________________________
(1) Jacques Marie Boudin de Lanuguy de Tromelin (1751-1798), commandant de la corvette La Dauphine. Cf. la page 113 de l'ouvrage de Sylvain Savoia :


(2) Tel était le nom benthamien du navire négrier naufragé, une flûte de 136 pieds de long, environ 45 mètres, et de 600 tonneaux de jauge.
Construite à Bayonne par la Compagnie des Indes Orientales, elle échoua le 31 juillet 1761, après avoir heurté en pleine nuit un récif "situé au 15e degré 52 minutes de latitude au Sud & au 52e degré 45 minutes de longitude à l'Orient de Paris". Avec les débris de l'épave, les naufragés construisirent une embarcation de fortune et réussirent à quitter, moins de deux mois après l'échouage, l'île des Sables, cet îlot aujourd'hui de Tromelin où l'on avait du mal à jouer des flûtes. Tous prirent le large... sauf les 60 esclavisés malgaches encore en vie, abandonnés à leur sort. On leur promit de les envoyer chercher, mais on connaît la suite.
Quant à la Compagnie française des Indes Orientales, elle fut fondée en 1664 par Jean-Baptiste Colbert et avait pour but de "procurer au royaume l'utilité du commerce [d'Asie] et d'empêcher que les Anglais et les Hollandais n'en profitassent seuls comme ils l'avaient fait jusqu'alors". Il s'agissait donc de prendre part à l'Utile. C'est pour cela qu'elle se réserverait le monopole du commerce des esclaves dans l'océan Indien, ce qui rapporta gros. Mais au fil des années, la traite échapperait au contrôle de la Compagnie et, à partir de 1740, elle serait "détournée et asservie à l'enrichissement personnel des employés de la Compagnie des Indes". Ce qui explique l'histoire concrète de l'Utile.

_________________________________________
MISE À JOUR DU 22.02.2019 :

Le 16.02.2019, Le Monde a publié une information d'Hervé Morin à ce sujet qui fait état de l'hommage que le Musée de l’Homme rend du 13.02 au 03.06.2019 aux Malgaches abandonnés en 1761 sur l'île de Tromelin. Voici des extraits de l'article de Morin :
(...)
Cette terrible fortune de mer est retracée dans une exposition présentée au Musée de l’Homme à Paris. On est frappé d’emblée par la masse de données de toutes sortes, notamment écrites, qui témoignent de l’entreprise commerciale conduite par les Français. Chaque lingot ou pièce de zébu est consigné, la vie à bord puis le naufrage minutieusement décrits par l’écrivain du bord. Le contraste est saisissant avec les esclaves malgaches anonymes, dont l’expérience extrême ne peut guère être exhumée que par l’archéologie.
L’exposition est le fruit de quatre expéditions scientifiques conduites sur place à l’initiative de Max Guérout, animateur du Groupe de recherche en archéologie navale (GRAN), avec Thomas Romon, spécialiste de l’esclavage à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). Les fouilles sous-marines ont d’abord confirmé la présence de l’épave de L’Utile, dont un morceau de la cloche figure dans l’exposition.
(...)
Des dessins et des planches d’une bande dessinée signés de Sylvain Savoia, qui a participé à l’une des expéditions archéologiques, évoquent aussi la dignité et la force d’âme des oubliés de l’île de Sable. Après avoir été présentée à Nantes, Lorient et Bordeaux, qui ont construit une part de leur prospérité sur l’esclavage, l’exposition s’inscrit dans une saison consacrée aux droits de l’homme par le musée du même nom.
Le site du Musée de l'Homme précise :
Le parcours de l'exposition vous propose de naviguer entre l'histoire et l'archéologie :
  • une partie historique présente la traite négrière et la navigation dans l'océan Indien au XVIIIe siècle, les histoires croisées des Malgaches et des Français jusqu'au naufrage du navire l'Utile à Tromelin ;
  • une partie archéologique, conçue à partir des fouilles opérées par l’Inrap et le Muséum, sur la survie, la vie et la mort des naufragés sur l'îlot, les témoins de leur alimentation, de leur artisanat, de leur organisation sociale, jusqu'à leur sauvetage ;
  • une partie mémorielle évoque la résonance de l'événement sur les mentalités au sujet de l'esclavage.
Commissaires scientifiques : Max Guérout et Thomas Romon
Pour en savoir plus vous trouverez une multitude d'informations, de photos et de liens dans le dossier en ligne réalisé par l'INRAP :
Consulter le dossier sur l'île de Tromelin réalisé par l'INRAP

mardi 17 janvier 2017

La cigale, le corbeau et les poulets (sortie du film)

On nous annonce pour demain 18 janvier la sortie en salles, en France, de la fable La cigale, le corbeau et les poulets, le nouveau film de l'équipe de Merci Patron ! Il a été réalisé par Olivier Azam et produit par Les Mutins de Pangée, espiègle coopérative audiovisuelle et cinématographique de production et d'édition (DVD, VOD) créée en 2005.
Les Mutins nous avancent :
L’histoire Toutes les polices de France sont aux trousses de la mystérieuse « Cellule 34 » qui menace de mort le président de la République. 150 policiers dont la brigade antiterroriste débarquent dans un petit village de l’Hérault. Qui sont ces dangereux papys accusés d’être le corbeau ? 
C’est l’histoire invraisemblable d’une farce juridique qui aura inquiété jusqu’à l’Elysée et fait débouler l’élite de la police antiterroriste dans un petit village de l’Hérault où une bande de villageois aux gabarits plutôt Obélix qu’Astérix résistent. Ces drôles de zouaves ont très bien compris que la démocratie ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. Une fable de la France d’aujourd’hui.



Sur le site de Là-bas, force auxiliaire de cette malice, mis à part l'info essentielle... :
L’HISTOIRE. Ils se rassemblent à La Cigale, un bureau de tabac. Ils publient une gazette, La Commune. Des balles de 9 mm et des lettres de menaces sont envoyées au président de la République. Ils sont accusés d’être le corbeau. Ils sont poursuivis par tous les poulets anti-terroristes de France. Mais pourquoi eux ? 
un film de Olivier AZAM
réalisé avec la complicité de Laure GUILLOT
produit et distribué par Les Mutins de Pangée
en partenariat avec LÀ-BAS SI J’Y SUIS, L’HUMANITÉ et LES AMIS DU MONDE DIPLOMATIQUE
sortie nationale au cinéma le mercredi 18 janvier 2017


..., on nous fournit aussi deux réécoutes :
À (RÉ)ÉCOUTER 
- le reportage de François RUFFIN qui a inspiré le film, dans notre émission du 16 septembre 2009. 
- notre émission en direct depuis la Fête de l’Huma 2016, avec l’équipe du film : le réalisateur Olivier AZAM, et deux des acteurs de cette histoire, Pierre BLONDEAU et Jean OREGLIA :

jeudi 12 janvier 2017

3e Journal des infos dont on parle plutôt peu


Loin de l'actu surexposée et ressassée des grands média, il y a bon nombre d'événements qui nous interpellent autrement dont on ne parle que peu ou presque jamais. Nous avons commencé à passer internet au peigne fin afin d'y repérer et choisir des faits ou sujets hors actu qui vont constituer la matière de notre journal des infos dont on ne parle que plutôt peu. En voici notre troisième sommaire (20.12.16) et merci beaucoup à mes élèves pour leurs contributions :


(Impossible de mettre un accent circonflexe sur un mot faisant partie du nom d'un tableau de Pinterest -donc, sur son adresse URL- si l'on veut insérer celui-ci dans un billet de blog)

2e Journal des infos dont on ne parle que plutôt peu

Loin de l'actu surexposée et ressassée des grands média, il y a bon nombre d'événements qui nous interpellent autrement dont on ne parle que peu ou presque jamais. En classe de NA2, nous avons commencé à passer internet au peigne fin afin d'y repérer et choisir des faits ou sujets plutôt hors actu qui vont constituer la matière de notre Journal des infos dont on ne parle que plutôt peu. En voici notre second sommaire (24.11.16) et merci à mes élèves pour leurs contributions ! :


(Impossible de mettre un accent circonflexe sur un mot faisant partie du nom d'un tableau de Pinterest -donc, sur son adresse URL- si l'on veut insérer celui-ci dans un billet de blog)

1er Journal des infos dont on ne parle que plutôt peu

Loin de l'actu surexposée et ressassée des grands média, il y a bon nombre d'événements qui nous interpellent autrement dont on ne parle que peu ou presque jamais. En classe de NA2, nous avons commencé à passer internet au peigne fin afin d'y repérer et choisir des faits ou sujets plutôt hors actu qui vont constituer la matière de notre Journal des infos dont on ne parle que plutôt peu. En voici notre premier sommaire (27.10.16) et merci à mes élèves pour leurs contributions !


(Impossible de mettre un accent circonflexe sur un mot faisant partie du nom d'un tableau de Pinterest -donc, sur son adresse URL- si l'on veut insérer celui-ci dans un billet de blog)

dimanche 1 janvier 2017

Bourdieu sur Tietmeyer

Le Monde diplomatique nous rappelle, à l'heure de la mort de Hans Tietmeyer, un article à son égard publié en 1997 par Pierre Bourdieu ; une analyse simple et claire de la langue interlope qui nous accable et réussit néanmoins à bourrer moult crâne...

Le maître allemand de la monnaie et grand architecte de l’euro Hans Tietmeyer est mort le 27 décembre à l’âge de 85 ans. En 1997, il se confiait malgré lui à Pierre Bourdieu 
Ce texte est la transcription d’une conférence qui a suscité et suscite encore beaucoup de discussions en Allemagne, donnée par Pierre Bourdieu, aux rencontres culturelles franco-allemandes tenues à Fribourg, en octobre 1996.