"Crise", "scénario de risque récessif", "turbulences aux causes complexes", "soubresauts", "anxiété", "fragilité de la reprise"... ? On constate plutôt une évaporation préméditée, organisée du liquide et de toute ressource liquéfiable : au bout du compte, la plupart des solides fondent et c'est de fonds qu'il s'agit. Bien entendu, le flux d'évaporation se déplace toujours du bas vers le haut et les masses évaporées, intouchables, ont de plus en plus de mal à retomber : les Maîtres de l'univers ne font que leur beau temps. Enfin, causalité insolite, consécutivement à tant d'évaporation, les masses populaires et autres parias sont dans certaines latitudes de plus en plus en ébullition.
Laissons que la statistique vienne en aide de la physique stupéfiante. Voici des extraits éclairants de l'enquête Patrimoine 2010 de l'Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), présentée par Hélène Chaput, Kim-Hoa Luu Kim, Laurianne Salembier et Julie Solard, de la Division Revenus et Patrimoine des Ménages. Vous comprendrez mieux pourquoi "les mieux dotés" s'évertuent à nous expliquer notre intérêt à privatiser d'urgence l'eau, voire les banques de sang, par exemple. Ah, les affres de la création de richesse... Bonne lecture (si vous avez hâte, vous pouvez jeter au moins un coup d'oeil sur le dernier paragraphe de ce rapport).
Résumé
Début 2010, selon la nouvelle enquête Patrimoine des ménages, la
moitié des ménages vivant en France déclarent posséder plus de
150 200 euros de patrimoine brut et concentrent 93 % des avoirs. Les
10 % les mieux dotés ont au moins 552 300 euros de patrimoine brut et
détiennent près de la moitié de la masse totale de celui-ci. Enfin, les
1 % des ménages les plus riches en termes de patrimoine détiennent
chacun plus de 1,9 million d’euros d’avoirs. À l’opposé, les 10 % de
ménages les moins dotés détiennent chacun moins de 2 700 euros de
patrimoine et collectivement moins de 0,1 % de la masse totale.
Entre 2004 et 2010, les inégalités de patrimoine se sont accrues, le
rapport entre le patrimoine moyen des 10 % de ménages les mieux dotés et
celui des 50 % les moins dotés ayant augmenté de près de 10 %.
Le patrimoine des ménages
Le patrimoine est généralement défini comme l’ensemble des avoirs
accumulés permettant à une personne ou à un ménage de disposer de
ressources futures. L’enquête Patrimoine 2010 (source) permet
d’appréhender une large partie des composantes du patrimoine des
ménages : elle décrit de manière détaillée leurs actifs financiers,
immobiliers et professionnels ; elle offre également une évaluation de
leurs emprunts et permet d’estimer la valeur des biens durables, bijoux,
œuvres d’art... qu’ils détiennent.
Des inégalités de patrimoine beaucoup plus marquées que celles des revenus
Début 2010, selon la nouvelle méthodologie d’enquête et d’estimation du patrimoine mise en œuvre (encadré), la moitié des ménages vivant en France déclarent un patrimoine brut global supérieur à 150 200 euros (tableau 1).
Les 10 % de ménages les mieux dotés en patrimoine possèdent au
minimum 552 300 euros d’actifs (D9), alors que les 10 % les plus
modestes en termes de patrimoine détiennent au maximum 2 700 euros ( D1)
chacun, soit 205 fois moins. Les inégalités de patrimoine sont beaucoup
plus marquées que celles des revenus. À titre de comparaison, le revenu
disponible des 10 % de ménages les plus modestes est 4,2 fois moins
élevé que celui des 10 % les plus aisés en 2009. Collectivement, les
10 % de ménages les mieux dotés concentrent 48 % de la masse totale de
patrimoine brut. Les 5 % les mieux dotés en détiennent à eux seuls 35 %
et les 1 %, 17 % (graphique). Les ménages de ce dernier centile
possèdent chacun au moins 1 885 200 euros de patrimoine brut . À
l’opposé, 50 % des ménages les moins dotés détiennent 7 % du patrimoine
brut, et les 10 % les plus modestes n’en détiennent que 0,05 %.
Graphique - Répartition de la masse totale de patrimoine brut entre les ménages
Lecture : début 2010, les 10 % de ménages les mieux
dotés en patrimoine détiennent 48 % de la masse totale de patrimoine,
tandis que le reste des ménages détiennent 52 % de la masse totale.
Champ : ménages ordinaires résidant en France, y compris dans les DOM.
Source : Insee, enquête Patrimoine 2009-2010.
(...)
Les inégalités de patrimoine s'accroissent entre 2004 et 2010
Conformément aux recommandations du rapport de 2007 du Conseil
national de l’information statistique (Cnis) sur les niveaux de vie et
les inégalités, l’Insee a apporté des améliorations méthodologiques à
l’enquête Patrimoine réalisée fin 2009 - début 2010 (source).
Le champ de l’enquête a tout d’abord été élargi aux départements
d’outre-mer, de manière à couvrir l’ensemble du territoire. Ensuite, les
procédures d’échantillonnage ont été sensiblement modifiées, de façon à
mieux représenter les catégories de ménages les mieux dotées en
patrimoine et, ainsi, augmenter la précision des indicateurs. De plus,
les procédures d’estimation ont été améliorées afin, notamment, de
pouvoir prendre en compte des éléments du patrimoine du ménage, comme la
voiture, l’équipement de la maison, les bijoux, les œuvres d’art...
mais qui ne sont pas décrits en détail dans l’enquête. Enfin, la
collecte des montants détenus sur chacun des actifs financiers a été
améliorée : en 2004, on ne collectait pour ce type de produits que des
montants par tranches, tandis qu’en 2010, on collecte le montant exact
si le ménage le connaît. Si tel n’est pas le cas, le ménage peut se
situer dans un système de tranches plus détaillé qu’en 2004.
Pour toutes ces raisons, les nouveaux indicateurs issus de l’enquête
Patrimoine 2010 ne sont donc pas directement comparables à ceux des
précédentes éditions de l’enquête et notamment celle de 2004. Cependant,
ces innovations méthodologiques peuvent être en grande partie
neutralisées, de manière à appliquer la méthodologie de 2004 aux données
de 2010. Cela permet de préserver la comparabilité des indicateurs
d’inégalités et d’étudier l’évolution du patrimoine sur la période.
À méthodologie comparable, on constate que les inégalités de patrimoine brut se sont accrues entre 2004 et 2010. Ainsi, le rapport interdécile D9/D1
a augmenté de plus de 30 % et le rapport interquartile Q3/Q1 de plus de
47 %. En 2010, le patrimoine moyen détenu par les 10 % des ménages les
mieux dotés est 35 fois plus élevé que celui détenu par les 50 % de
ménages les moins dotés. Ce rapport était de 32 en 2004. L’indice de Gini
a augmenté de 1,4 % sur cette période. Ce creusement des inégalités
observé sur l’ensemble de la population est amplifié parmi les ménages
dont le patrimoine est supérieur au dernier décile. Ainsi, l’indice de
Gini s’est accru de 13,9 % sur cette population.
Slate est un webzine ou magazine en ligne fondé par Jean-Marie Colombani, ancien directeur du Monde, Éric Leser, Johan Hufnagel et Éric Le Boucher, journalistes, et Jacques Attali.
Le délit de facièsa été déjà abordé sur ce blog dans plusieurs articles, ici ou là, par exemple, que je vous suggère de lire si le sujet vous interpelle. J'y fais référence parce que nous apprenons ces jours-ci qu'il y a une nouvelle initiative pour dénoncer cette tendance tellement classe.
Disons d'abord que Les Indivisibles sont un groupe de militants de l'Égalité dont le but est de se battre contre le racisme ordinaire. Ils tentent, précisent-ils, de
(...) déconstruire, notamment grâce à l’humour et l’ironie, les préjugés ethno-raciaux et en premier lieu, celui qui nie ou dévalorise l’identité française des Français non-Blancs.
(...) promouvoir une pratique du contrôle d’identité respectueuse des droits de chacun, et plus efficace dans la lutte contre la criminalité et la protection des citoyens sur le long terme.
Afin de dénoncer les contrôles pour cause de sale gueule, ce collectif mène à présent une campagne de sensibilisation moyennant Mon 1er contrôle d'identité, une série de courts épisodes de 5 minutes où dix-sept représentants du rap français dont Soprano, La Fouine, Oxmo Puccino ou Sexion d'Assaut racontent leurs pépins avec les keufs. Ils...
(...) font le récit du premier ou du pire contrôle d'identité qu'ils ont eu à subir. Sur un ton drôle ou un peu plus grave, ils nous font part de ce moment délicat qu'est le contrôle d'identité. Etre contrôlé de manière répétitive uniquement à cause de son apparence est une problématique à laquelle doit faire face tout une partie de la population française. Selon une étude du CNRS ces contrôles abusifs sont subis prioritairement par ceux qui sont perçus comme « jeunes » (11 fois plus), « noirs » (6 fois plus que les « blancs »), ou « arabes » (8 fois plus). Les stories « Mon 1er contrôle d'identité » mettent la lumière de façon originale et décalée sur une véritable question de société, et font la promotion d'une action nationale et inédite contre le contrôle au faciès.
En effet, ces témoignages prouvent que l'on est très loin d'une égalité de traitement face à la police : je vous insère le teaser officiel (bande-annonce à vocation aguichante) de la série dont on compte sortir un nouvel épisode chaque lundi et jeudi à 18h00 à partir du 21 novembre 2011.
Quant à l'enquête du CNRS évoquée, j'imagine qu'ils se rapportent à celle du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CESDIP), menée sur 5 lieux parisiens (2 à Châtelet et 3 à Gare du Nord), qui a été publiée le 3 septembre 2009. En voici un extrait :
Les résultats obtenus indiquent un écart considérable entre la composition de la population contrôlée et la composition de la population présente sur les lieux. Cet écart concerne en premier lieu le sexe, les hommes étant bien plus contrôlés que les
femmes. Les jeunes sont eux aussi surcontrôlés, quelle que soit leur part dans la population de départ. Enfin, l’écart est également patent en ce qui concerne les minorités visibles, quelle que soit leur part également dans la population disponible. Ainsi, si à la descente du Thalys on ne trouve que 7,5% de Noirs, la proportion de Noirs contrôlés y est de 31% de la population totale. A la Fontaine des Innocents, ils constituent 30% de la population de départ, mais 62% de la population contrôlée. Pour résumer, les Noirs ont plus de risques d’être contrôlés que les Blancs au regard de leur part dans la population disponible. Il en est de même pour les Maghrébins.
Les choses se compliquent à partir du moment où l’on considère l’apparence vestimentaire. Sans surprise, les tenues de ville ou de bureau (« business ») et les tenues « normales, décontractées » (« casual ») sont peu contrôlées au regard de leur part dans la population présente. En revanche, les « tenues jeune » type hip-hop, gothique, tektonik, etc. crèvent le plafond. Ces odds-ratios sont même supérieurs à ceux que l’on tire de la seule variable d'apparence physique. Est-ce à dire que l’apparence vestimentaire est plus prédictive du contrôle d’identité que l’apparence raciale ? Il est difficile de le dire sur la foi de la seule comparaison odds-ratios par odds-ratios ou de l’emploi de techniques visant à neutraliser l’influence d’une des deux variables (techniques de régression logistique).
Il faut donc s’en tenir là : les policiers sur-contrôlent une population caractérisée par le fait qu’elle est masculine, habillée de manière typiquement jeune et issue de minorités visibles.
La police française utilise certains pouvoirs trop étendus dont elle est investie pour procéder à des contrôles d’identité abusifs et non justifiés visant des garçons et de jeunes hommes noirs et arabes, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.
Le rapport de 62 pages, intitulé «La base de l’humiliation : Les contrôles d’identité abusifs en France», révèle que les jeunes issus des minorités, dont des enfants n’ayant pas plus de 13 ans, font fréquemment l’objet de contrôles comprenant des interrogatoires prolongés, des palpations portant atteinte à leur intimité, ainsi que des fouilles d’objets personnels. Human Rights Watch a constaté que ces contrôles arbitraires peuvent avoir lieu même en l’absence d’un signe quelconque d’infraction. Les propos insultants, voire racistes, ne sont pas rares, et certains contrôles donnent lieu à un usage excessif de la force par la police.
En bon Candide, il me faut répéter que ceux qui ont avancé que tout est bien ont dit une sottise ; il fallait dire que tout est au mieux. Voilà pourquoi la vie, non contente de nous faire cadeau de la fatuité ordinaire, nous accorde en prime celle au-delà de tout espoir. Et la langue et son lexique constituent un domaine privilégié où le flafla trouve à loisir de quoi s'épanouir : les mots d'ordre du désir-maître assurant le libre développement dans la parfaite contrainte.
Hier, j'avais faim à la mi-matin et pressé, je décidai de manger sur le pouce un sandwich au jambon ibérique dans un poste du marché de San Miguel, à Madrid, qui a été l'objet d'une rénovation tout ce qu'il y a de plus chic. Tellement chic que les patrons de ce poste-là, bien en phase avec l'air —ou les injonctions— du temps, avaient trouvé incontournable d'annoncer à leurs clients le gratin de leurs trésors sur un tableau noir, charmante présentation à l'ancienne dont le message étalait sans pudeur leur chichi disons ineffable :
INNOVACIÓN DE LA SEMANA:
SALCHICHÓN A LA PIMIENTA
Comme d'habitude, les palabres des maîtres sont tendance et on est porté à rappeler à l'obnubilé ignare et qui s'ignore : éveille-toi car tes tics sont pas tes tics.
Enfin, assiégé de part et d'autre par la Nouveauté, l'Innovation, la Qualité et autres Excellences, je me demande bien si ces yeux qui seront dévorés par les vers liront un jour, verbi gratia...
L'organisation Greenpeace vient de préparer un vidéoclip touffu de chiffres sur le nucléaire à l'intention de François Hollande, le candidat du Parti Socialiste à l'élection présidentielle 2012. Le sujet intéresse énormément un pays où fonctionne une soixantaine de réacteurs nucléaires, notamment depuis que l’explosion d’un four sur le site nucléaire de Marcoule (Gard) a fait un mort et quatre blessés le 12 septembre dernier.
Invité au journal télévisé de 20h sur France 2, hier, le lundi 7 novembre, Hollande a déclaré qu'en matière d'énergie, il s'engageait à
"préserver la construction d'un EPR" (réacteur nucléaire de troisième
génération).
Selon la Check-List du journal Le Monde du 11/10/11,
21 876 130
C'est le nombre global de PV dressés en France en 2010, selon une étude sur le "comportement des usagers de la route".
Il est en hausse de 5 % par rapport à 2009. L'évolution la plus spectaculaire concerne les contraventions pour franchissement de feux rouges équipés de radars : alors que près de 18 000 ont été établies en 2009, leur nombre a atteint plus de 287 000 en 2010, soit une augmentation de 1 500 %.
Selon la Check-List du journal Le Monde du 11/11/11,
- 6,4 % C'est le pourcentage de baisse du nombre de morts sur
les routes françaises en octobre par rapport au même mois de 2010. 377
personnes ont ainsi péri le mois dernier. 3 980 personnes ont trouvé la
mort sur la route entre le 1er novembre 2010 et le 31 octobre [2011],
soit "le plus bas niveau depuis l'après-guerre", a annoncé jeudi le
ministère de l'intérieur.
Ou quand l’après-guerre fournit des chiffres de guerre.
Si vous savez multiplier, vous comprendrez maintenant pourquoi il y a quelques décennies, Agustín García Calvo avait utilisé l'expression "instrument de mort" à l'égard de la voiture. Ou pourquoi André Gorz avait doublement raison lorsqu'il écrivait que "la motorisation individuelle [est] un choix politique exécrable qui dresse les individus les uns contre les autres en prétendant leur offrir le moyen de se soustraire au lot commun." (André Gorz : Lettre à D. Histoire d'un amour. Éditions Galilée, 2006. Page 66 de mon édition Folio Gallimard)
Le nº 2451 du Nouvel Observateur (du 27 octobre au 2 novembre 2011, pp 76-81) propose une rencontre spéciale, celle de Julien Clerc, Alain Souchon et Maxime Le Forestier, trois chanteurs (et chansonniers) qui font partie de l'éducation sentimentale de nombreux francophones de partout. Ils étaient interviewés par Sophie Delassein, la journaliste qui en a eu l'initiative et qui introduisait ainsi la conversation :
Le 6 janvier 1969, le journaliste François-René Cristiani réunissait Jacques Brel, Georges Brassens et Léo Ferré. Cet entretien, désormais légendaire, fut alors publié dans Rock & Folk et diffusé sur RTL. Le 26 septembre 2011, le Nouvel Observateur a réuni les trois figures majeures de la chanson française actuelle : Julien Clerc, Maxime Le Forestier et Alain Souchon. Et ce au moment où le premier s'apprête à sortir Fou, peut-être, un album dont il a écrit les musiques, les paroles étant signées Gérard Manset, Gérard Duguet-Grasser, Charles Aznavour, Julien Doré, Mike Ibrahim ou Alex Beaupain... et Maxime Le Forestier.
Donc, cette initiative était une reprise de
l'idée de François-René Cristiani qui réunit à Paris, dans l’appartement de sa belle mère, rien de moins que
Georges Brassens, Jacques Brel et Léo Ferré, un trio autrement incontournable, et juste huit mois après les
barricades de mai 68.
Ce projet a bénéficié du partenariat de France Inter qui a émis le samedi
29 octobre 2011 une soirée spéciale, que vous pouvez écouter ou podcaster en cliquant ici, avec la participation de Jérôme Garcin, chef du service culturel de l'Obs, pour tenter de coudre les deux rencontres.
Petit hommage à ces deux trios inégaux, je vous insère ici l'interprétation par Maxime Le Forestier de Fontenay-aux-roses, l'une de ses vieilles chansons, un chef-d'œuvre de subtilité goguenarde qui éclaire à merveille l'une des différences qu'il existe entre "tu" et "vous" en français :
La Planète des Singes est un roman de Pierre Boulle que j'ai cité dans ce blog à plusieurs reprises [ici, là et encore là], ce qui prouve que j'apprécie sa valeur de fable sagace et dystopique, donc son exemplarité à rebrousse-poil, toujours salutaire malgré les transformations sur Terre de ces dernières décennies, car l'ouvrage a été publié en 1963.
Afin d'illustrer ce récit de science-fiction et de vous inciter à sa lecture, je vous en copie ici un extrait passablement significatif. Il y est question des caractérisations de gorilles, orang-outans et chimpanzés, les trois races ou groupes sociaux composant la société simienne de la planète (Soror) imaginée par Boulle. La voix du narrateur correspond au personnage principal, Ulysse Mérou, un être humain :
La Planète des Singes, CHAPITRE V (pp 109-111 ; René Julliard, 1963)
(…) Les singes ne sont pas divisés en nations. La planète entière est administrée par un conseil de ministres, à la tête duquel est placé le triumvirat comprenant un gorille, un orang-outan, un chimpanzé. (…)
En fait, cette division en trois races est la seule qui subsiste chez eux. (…)
D’une époque assez éloignée où ils régnaient par la force, les gorilles ont gardé le goût de l’autorité et forment encore la classe la plus puissante. Ils ne se mêlent pas à la foule ; on ne les voit guère dans les manifestations populaires, mais ce sont eux qui administrent de très haut la plupart des entreprises. Assez ignorants en général, ils connaissent d’instinct la manière d’utiliser les connaissances. Ils excellent dans l’art de tracer des directives générales et de manœuvrer les autres singes. Quand un technicien a fait une découverte intéressante, tube lumineux par exemple ou combustible nouveau, c’est presque toujours un gorille qui se charge de l’exploiter et d’en tirer tout le bénéfice possible. Sans être véritablement intelligents, ils sont beaucoup plus malins que les orang-outans. Ils obtiennent tout ce qu’ils veulent de ceux-ci en jouant de leur orgueil. (…)
Les gorilles qui n’occupent pas des postes d’autorité remplissent en général des emplois subalternes nécessitant de la vigueur. (…)
Ou alors, les gorilles sont des chasseurs. C’est une fonction qui leur est à peu près réservée. Ils capturent les bêtes sauvages et, en particulier, les hommes. J’ai déjà souligné l’énorme consommation d’hommes que nécessitent les expériences des singes. (…)
À côté des gorilles, j’allais dire en dessous, quoique toute hiérarchie soit contestée, il y a les orang-outans et les chimpanzés. Les premiers, de beaucoup les moins nombreux (…) : ils sont la science officielle.
C’est en partie vrai, mais certains se poussent parfois dans la politique, les arts et la littérature. Ils apportent les mêmes caractères dans toutes ces activités. Pompeux, solennels, pédants, dépourvus d’originalité et de sens critique, acharnés à maintenir la tradition, aveugles et sourds à toute nouveauté, adorant les clichés et les formules toutes faites, ils forment le substrat de toutes les académies. Doués d’une grande mémoire, ils apprennent énormément de matières par cœur, dans les livres. (…)
Presque tous les orang-outans ont derrière eux un gorille ou un conseil de gorilles, qui les poussent et les maintiennent à un poste honorifique, s’occupant de leur faire obtenir des décorations dont ils raffolent ; cela, jusqu’au jour où ils cessent de donner satisfaction. Dans ce cas, ils sont impitoyablement congédiés et remplacés par d’autres singes de la même espèce.
Restent les chimpanzés. Ceux-ci semblent bien représenter l’élément intellectuel de la planète. (…) [Ils] écrivent la plupart des livres intéressants, dans les domaines les plus divers. Ils paraissent animés par un puissant esprit de recherche.
J’ai mentionné la sorte d’ouvrages que composent les orang-outans. Le malheur, Zira (1) le déplore souvent, c’est qu’ils fabriquent ainsi tous les livres d’enseignements, propageant des erreurs grossières dans la jeunesse simienne. Il n’y a pas très longtemps, m’a-t-elle assuré, ces textes scolaires affirmaient encore que la planète Soror était le centre du monde, quoique cette hérésie eût été reconnue depuis longtemps par tous les singes de moyenne intelligence ; cela, parce qu’il a existé sur Soror, il y a des milliers d’années, un singe nommé Haristas dont l’autorité était considérable, qui soutenait de pareilles propositions et dont les orang-outans répètent les dogmes depuis lors. Je comprends mieux l’attitude de Zaïus (2) à mon égard, ayant appris que ce Haristas professait que seuls les singes peuvent avoir une âme. Les chimpanzés, heureusement, ont un esprit beaucoup plus critique. Depuis quelques années, ils semblent même mettre un acharnement singulier à battre en brèche les axiomes de la vieille idole. (1) Une femelle chimpanzé qui est en bon rapport avec Mérou. (2) Orang-outan ; ministre de la Science et gardien de la Foi.
_____________________________________ Mise à jour du 8 juin 2014 : En guise de lecture complémentaire aux vertus éclairantes, je vous suggère également un fragment tiré de Mon Utopie, essai-testament d'Albert Jacquard édité en 2006 par Stock (pp 47-48) :
Tout en explorant systématiquement des cheminements évolutifs multiples, les êtres vivants ont conservé quelques traits qui apportent la preuve de l'origine commune de leurs arbres généalogiques. L'argument le plus décisif en faveur de cette unité est le constat que le code génétique est le même pour tous ; ce code assure la liaison entre la succession des bases présentes sur la molécule ADN et la succession des acides aminés constituant les protéines. La correspondance qu'il effectue est arbitraire, elle pourrait être autre. On constate qu'elle est en fait identique pour toutes les espèces si éloignées soient-elles, qu'elles soient classées dans la catégorie des bactéries ou dans celle des primates.
L'histoire de l'ensemble du monde vivant est aujourd'hui assez bien connue. Les principales branches des arbres représentant leur filiation ont, dans un premier temps, été reconstituées en tenant compte des caractéristiques apparentes ; maintenant, elles le sont en fonction des dotations génétiques. La comparaison de celles-ci permet de calculer des « des distances génétiques », d'autant plus grandes que ces espèces se sont séparées depuis plus longtemps. On peut ainsi évaluer à cinq millions le nombre d'années écoulées depuis la séparation des lignées évolutives qui ont conduit l'une au chimpanzé l'autre à Homo, à dix millions d'années la séparation des gorilles et de Homo.
Albert Einstein : Mi visión del mundo (Comment je vois le monde, Wie ich die Welt sehe), Tusquets, Coll. Fábula :
Es posible conseguir en menos horas de trabajo la cuota de alimentos y de bienes que la gente necesita. En cambio el problema de la distribución de esos bienes y del trabajo se ha vuelto más difícil. Todos sentimos que el libre juego de las fuerzas económicas, así como el desenfrenado afán de riqueza y poder por parte de los individuos no ofrecen salidas al problema. Es necesaria una planificación en la producción de los bienes, en la utilización de las fuerzas de trabajo y en el reparto de los bienes para evitar el empobrecimiento, así como el embrutecimiento de la mayor parte de la población.
Discours devant le congrès des étudiants pour le désarmement,
1930, juste après le krach de 1929.
Traduction en castillan de Sara Gallardo et Marianne Bübeck
Ce blog fournit certaines informations concernant les possibilités de pratiquer le français à travers les ressources en ligne disponibles sur les sites de plusieurs télévisions. Cliquez ci-contre pour accéder à certaines suggestions dans ce domaine.
Je voudrais souligner aujourd'hui les ressources que TV5MONDE, en partenariat avec l'Université Catholique de Louvain, Belgique et Wallonie-Bruxelles International (WBI), élabore à l'intention des élèves débutants sur son service Apprendre.tv, sous la rubrique Première classe en français avec TV5Monde.
Avant tout, n'oubliez pas de choisir "français" comme langue de lecture. TV5Monde vous propose son mode d'emploi moyennant une vidéo explicative. Si vous le visionnez, vous verrez que le site développe chaque sujet à partir de cinq modules. Chaque module aborde à son tour un canevas à quatre grands objectifs canoniques (grammaire, vocabulaire, prononciation, culture) et chaque objectif comporte quatre étapes : comprendre, repérer, structurer et s'entraîner. Les exercices sont constitués d'une consigne, d'un média de TV5Monde (une vidéo à regarder, une image, etc.) et de questionnaires là-dessus à typologie variable. Une fois validé votre questionnaire, le site vous signale le nombre de réponses correctes. On a prévu des aides -classées par thème, module ou objectif- et des transcriptions.
Voici la liste des thèmes que vous pouvez sélectionner ainsi que les modules qui en font partie :
Dire bonjour, parler de soi, trouver un logement, faire les courses... Le service Apprendre.tv de TV5Monde a été réaménagé depuis la parution de ce vieux billet et vous propose actuellement 500 exercices gratuits pour apprendre le français au niveau débutant à
partir de vidéos. L'évolution de cette plateforme a entraîné de nouveaux développements, de nouveaux modules (dont le Travail, la Santé et les Voyages) et autres collections. Accédez-y pour découvrir ces nouvelles possibilités pour les débutants !
Le jeudi 17 novembre, nous nous déplaçons à Alcalá pour notre rendez-vous annuel avec ALCINE, le Festival de Cine de Alcalá de Henares, qui nous invite à voir les courts métrages francophones de sa section "Idiomas en corto". Au programme, neuf films qu'on envisage de projeter en deux séances. La séance matinale commencera à 11h30 (café Teatro El Sueño de Lola) et celle du soir, celle qui nous concerne, aura lieu à 17h30 dans le TEATRO SALÓN CERVANTES, c/Cervantes s/n : veuillez lire une petite information à son égard, agrémentée de deux photos, en bas de cet article.
Voici le programme "Idiomas en corto" en français pour cette 41e édition du festival :
1.L’harmonie cosmique, de Jean-Marc Rohart. France, 2005. 7 min. Animation. Sélection Festival d'Annecy 2007.
Un conférencier vaincu par les pièges du langage revisite l'Histoire de l'Art.
2.La queue de la souris, de Benjamin Renner. France, 2007. 4 minutes 10. Animation. Film de fin d'études. Technique: papier découpé sur ordinateur.
Dans une forêt, une souris remonte une montagne... qui accouche en fait d'un lion. Celui-ci capture la petite bête et menace de la dévorer. La souris lui propose alors un marché désespéré dont la contrepartie éthologique est un flot interminable de victimes : quand le lion est là, les souris travaillent, dirait-on, dynamique qui ne servira pourtant aucunement à rassasier cet assis, ou couché, souhaitant se tailler la part également interminable du lion.
Coup de théâtre, le lion —le prédateur— est lié avec sa ficelle, ou tel est lié qui croyait tirer les ficelles : on dirait une suggestion déliée pour en finir d'une fois pour toutes avec la soi-disant Crise...
3.Tadeus, de Philippe Jullien et Jean-Pierre Lemouland. France, 2000. 5 minutes 30, 35 mm. Animation multiplane et papier découpé.
Dans une classe de CM1 débarque un nouveau venu. Tadeus vient de Tchétchénie et intrigue les élèves : il mange tout ce qu'on lui donne à la cantine, il est nul au foot mais se fait une copine… Les enfants le laisseront-ils entrer dans leur cercle ?
Auteur : Karim Aït Gacem.
4.Ligne de vie, Serge Avédikian. France, 2002. 13 min. Animation.
Un camp de concentration. Des bourreaux et des victimes. Présence de la mort. Jeux de concurrence pour combler le vide. Un chronomètre pour mesurer la vitesse d'exécution des travaux. On dort éveillé pour ne pas rêver. L'un des prisonniers se surpasse : il gagne, bat son record et meurt. Un autre, l'homme barbu, le remplace. Il dessine sans cesse leur vie, en cachette. Les autres l'admirent. Un soir, un gardien vient, sans rien dire. Ils se mettent à dessiner ensemble. Puis, d'autres gardiens débarquent. Le lendemain, le gardien est pendu et le prisonnier a perdu ses mains : on les lui a coupées. Mais seule la mort l'empêcherait de dessiner ; il trace malgré tout, la Ligne de vie, aux yeux de tous.
5.Tong, de David Cellier, Florent Limouzin, Arnaud Real. France, 2006. 10 min. Animation.
Un scientifique chinois très maladroit invente par hasard une machine qui désintègre et qui servira finalement à supprimer un astéroïde et, par là, à sauver la planète. Science, hasard, prestige et pouvoir...
6.Le loup blanc, de Pierre-Luc Granjon. France, 2006. 9 min. Animation.
Dans un village en lisière de la forêt, un enfant réussit à apprivoiser un loup pour en faire sa monture. Son frère et lui sont ravis, mais un jour, pour nourrir la famille, le père ramène de la chasse un gibier plus gros que d’habitude, le loup blanc.
7.Blindspot (‘Angle mort’), de Johanna Bessière, Cécile Dubois-Herry, Olivier Clert, Yvon Jardel, Nicolas Chauvelot et Simon Rouby. France, 2007. 4 min. Animation.
Un voleur entre dans une boutique. Une vieille dame qui ne voit pas très bien tente de faire ses courses... Où l'on va voir que l'on juge vraiment trop sur les apparences.
8.Merveilleusement gris, de Geoffroy Barbet Massin. France, 2003. 6 min. Animation.
Quelque part, la propriétaire du chien que les deux protagonistes, un blanc mouton et un petit lascar, vont essayer de manipuler va tromper ses deux voisins : « Tel est pris qui croyait prendre » serait encore l’adage dissimulé de cette fable à
laquelle peut également s’adjoindre la locution : « tant de bruit pour rien »… La chanson finale est délicieuse.
Note : la SPA, c'est la Société protectrice des Animaux. Un macchabée est un cadavre.
9.Premier voyage, de Grégoire Sivan. France, 2007. 10 min. Animation.
C’est le premier voyage que font ensemble un jeune papa et sa petite fille Chloé, mais c’est également celui qui fera passer les deux personnages d’état d’homme et de bébé à celui de père et fille.
Le Teatro Salón Cervantes fut bâti en
1888 et a connu dès lors deux rénovations, en 1925 et en 1989, celle-ci après son acquisition par la Communauté de Madrid. Il dispose d'un orchestre rectangulaire aménageable en salon, deux étages de loges, une scène à l'italienne et une façade Art Nouveau.
Chers débutants, si c'est le moment d'apprendre à saluer en français, il va falloir aussi faire attention à certaines pratiques sociales extralinguistiques. C'est pour cela que je vous invite à visiter une carte de France des bises : vous allez voir que le nombre de fois qu'il faut embrasser l'autre varie sérieusement en fonction des bleds. L'autre ? Traditionnellement, en dehors de la famille, c'étaient les femmes qui faisaient la bise à tout le monde alors que les hommes ne posaient leurs lèvres que sur les joues des femmes.
Le site Combiendebisesdemande à chaque internaute de participer à sa grande enquête pour savoir le nombre de bises données dans son département : le chiffre peut fluctuer de 1 à 4 (voire 5, marginalement) et mieux vaut savoir s'intégrer, le cas échéant ! Pour comprendre la profondeur de l'arcane, figurez-vous qu'un blogueur crie au secours et implore aux sociologues de nous aider à comprendre ce mystère. Je me rappelle encore l'impression que m'a produit mon premier voyage en Bretagne (il y a belle lurette !) à cet égard-là : on faisait la bise à 4 reprises...
Décidément, c'est une pratique sociale qui risque de vous laisser bouche bée, comme on vérifie en visionnant la vidéo qui suit :
L'Élysée côté jardin est un blog d'Arnaud Leparmentier, journaliste au Monde. Il y a une semaine, le 13 octobre 2011, il y commentait l'inauguration par Nicolas Sarkozy du Centre Pompidou mobile à Chaumont-sur-Marne (1),...
(...) un musée itinérant qui a choisi de présenter 14 chefs d’œuvre, pas un de plus, au public, sur le thème de la couleur.
Nicolas Sarkozy ne choisit pas la facilité, lorsqu’il partage ses sentiments, à l’issue de la visite, avec un groupe d’écoliers. "Et Klein, le monochrome orange ?", demande le chef de l’Etat. Pendant toute la visite, M. Sarkozy n’a cessé de s’extasier sur l’œuvre : un rectangle orange, daté et signé, premier monochrome de l’histoire de l’art. Elle vaut sûrement une fortune. "Ça, c’est plusieurs millions", assure le président.
Combien ça coûte ? La question revient invariablement, chez Nicolas Sarkozy, qu’il rencontre des agriculteurs ou visite un musée. "Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ?", demande le chef de l’Etat.
Art et cote. De l'argent, encore de l'argent et toujours de l'argent : voici toute l'audace de la Sarkozie. On dirait que le président français ne saurait se dispenser un seul instant —côté cour ou côté jardin— de sa formation d'excellence bling-bling —voire de se vautrer sans retenue dans sa caricature même— qui illustre de manière irréprochable le bouillon de culture pathogène où pataugent nos élites, miroir de tant d'émulations.
(1) Description extraite du site :
Le Centre Pompidou mobile est un concept muséal inédit : musée nomade, il offre à tous les publics, notamment ceux que l'on dit les plus éloignés de la culture, l'expérience irremplaçable du contact direct et personnel avec les chefs-d'oeuvre de l'art moderne. Plusieurs modules juxtaposés, conçus par l'architecte Patrick Bouchain dans l'esprit
festif des chapiteaux forains et du cirque, vont ainsi parcourir le territoire et offrir une exposition des oeuvres des plus grands maîtres de l'art moderne issues des collections du Centre Pompidou. L'itinérance du Centre Pompidou mobile commence avec une première étape de trois mois à Chaumont. Cette exposition inaugurale célébre "la Couleur" avec des oeuvres de
Matisse, Kupka, Picasso, Braque... La structure ambulante de 650 m2 est installée dans l’ancien quartier Foch, avec une ouverture six jours sur sept et dix heures par jour. L'entrée est gratuite.
Le Centre Pompidou Mobile envisage de faire le tour de France pendant deux ans.
Je vous relaie l'information ci-dessous concernant le projet "Femmes de la Méditerranée" promu par l'Institut français de Madrid. Il est question d'une exposition et d'une mise en scène de Sylvie Imbert sur le sujet. L'exposition se tiendra du mardi 18 octobre au vendredi 4 novembre. La pièce sera jouée le mercredi 19 octobre à 20h (entrée gratuite).
Pour en savoir plus, cliquez sur le lien ci-contre et accédez au site medifemmes.net.
L’exposition
« Femmes de la Méditerranée, entre tradition et modernité » est le
point culminant d’un travail de recherche et de création artistique
réalisé par les élèves et les équipes pédagogiques de 38 établissements
issus de 13 pays du pourtour méditerranéen.
L’exposition tente
de refléter, le plus fidèlement et le plus exhaustivement possible, la
variété des problématiques abordées ainsi que l’originalité des
productions réalisées par les 1280 élèves qui, de la maternelle à la
terminale, ont participé à cet ambitieux projet.
De grands axes
se sont dégagés de l’ensemble de leurs travaux, autour desquels on a pu
construire cette exposition dont l’objectif principal est de restituer
une expérience inédite : celle d’un travail collectif et simultané,
réalisé par des élèves de tous âges et de pays et de cultures
différents, sur un thème commun et une civilisation éternelle : la femme
d’hier et d’aujourd’hui dans le monde méditerranéen.
Du mardi 18 octobre au vendredi 4 novembre Galerie de l’Institut français de Madrid Entrée libre, du lundi au vendredi de 10h30 à 20h Inauguration le 18 octobre à 19h30
Dans le cadre de cette exposition, découvrez un spectacle inédit : la pièce de théâtre “Mère Méditerranée”.
Création-collage à partir des textes dramatiques d’hier et d’aujourd’hui, pour mieux connaître les femmes de la Méditerranée.
Création
et mise en scènes de Sylvie Imbert, professeur de lettres au lycée
français de Madrid. Interprétation par les élèves du lycée, actuels et
anciens.
Mercredi 19 octobre à 20h Entrée libre, dans la limite des places disponibles.
« J’ai maintes fois souhaité que la honte d’avoir été le témoin impuissant d’une violence d’État haineuse et organisée puisse se transformer en honte collective. Je voudrais aujourd’hui que le souvenir des crimes monstrueux du 17 octobre 1961, sorte de concentré de toutes les horreurs de la guerre d’Algérie, soit inscrit sur une stèle, en un haut lieu de toutes les villes de France, et aussi, à côté du portrait du président de la République, dans tous les édifices publics, mairies, commissariats, palais de justice, écoles, à titre de mise en garde solennelle contre toute rechute dans la barbarie raciste. »
La date du 17 octobre 1961 reste dans l'Histoire associée à un massacre : une manifestation organisée à Paris par la Fédération de France du F.L.N. (Front de Libération Nationale ; Jabhat al-Taḩrīr al-Waţanī, en arabe) en faveur de l'indépendance de l'Algérie fut réprimée dans le sang. Les forces de l'ordre françaises, dirigées par le préfet de police Maurice Papon, tuèrent deux centaines d'Algériens par balle, à coups de matraque, étranglés ou noyés. Beaucoup des manifestants furent internés pendant quatre jours dans des centres de détention où ils auraient subi des tortures. Début octobre, Papon avait exprimé clairement qu'il couvrirait les excès policiers ; devant le personnel réuni pour les obsèques du brigadier Demoën, assassiné par le FLN, il avait déclaré dans son allocution : "Pour un coup, nous en rendrons dix."
Le 5 octobre, Papon renchérit et décréta un couvre-feu parfaitement discriminatoire car il ne concernait que les Français musulmans d'Algérie. L'appel du FLN à manifester pacifiquement serait contesté par une boucherie et Maurice Papon ne rencontrerait aucune difficulté à rester en poste jusqu'en 1967.
Pour commémorer les 50 ans de cette répression honteuse, un documentaire conçu pour le web sort justement aujourd'hui. Voici l'information que nous fournit le quotidien Le Monde, y compris un visuel interactif très pertinent intitulé La nuit oubliée :
Il y a 50 ans jour pour jour, une manifestation organisée à Paris par l'antenne française du Front de libération nationale (FLN), en faveur de l'indépendance de l'Algérie, se heurtait à une répression sanglante. Des dizaines d'Algériens sont morts dans cette confrontation avec les forces de l'ordre, alors dirigées par Maurice Papon. Le webdocumentaire 17 octobre 1961 sort aujourd'hui à l'occasion de ce triste anniversaire. A grand renfort d'images d'archives, servi par un graphisme soigné, il retrace les événements depuis leur origine et les recontextualise. Le documentaire a été réalisé par Raspouteam, une équipe de 3 geeks travaillant anonymement, spécialisés dans les événements qui ont secoué Paris. Le groupe est aussi l'auteur d'un
webdocumentaire sur la Commune et a sévi dans les rues de la capitale avec un projet d'art urbain, Désordres publics.
(Le Monde, 17/10/2011)
Geek : (Anglicisme) Personne passionnée d'informatique et de nouvelles technologies.
La nuit oubliée : Visuel interactif d'Olivier Lambert et Thomas Salva, proposé par Le Monde, comportant plusieurs documents d'intérêt dont des matériaux d'archives ou les témoignages de Khaled Benaïssa, Catherine Lévy, Khelifa Mouterfi, Rahim Rezigat, Clara et Henri Benoîts, et Georges Azenstarck : ils vécurent la répression sanglante et l'on sait très bien que les victimes gardent toujours la mémoire que les bourreaux s'évertuent —sans succès cette fois-ci, heureusement— à enterrer. Le Monde présente également une infographie contenant des clichés inédits du photographe Henri Georges qui travaillait pour le Libération de l'époque. Ces photos ont été fournies par l'historien Gilles Manceron qui commente les images. Et, en édition abonnés, on peut lire une enquête sur la manière dont l'affaire a été censurée ou étouffée par la suite. En voici un échantillon :
(...) Cantonnés habituellement aux bidonvilles de banlieue, plus de 20 000 hommes, femmes et enfants défilent alors pacifiquement dans les rues du Quartier latin, sur les Grands Boulevards, aux abords des Champs-Elysées. La violence policière est inouïe : les agents les attendent à la sortie du métro et dans les rues pour les rouer de coups en les insultant. "Les plus faibles, ceux qui étaient déjà en sang, ils les achevaient jusqu'à la mort, je l'ai vu", racontera, en 1997, Saad Ouazen lors d'une réunion de commémoration organisée par le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP). Bien qu'ils n'opposent aucune résistance, des dizaines de manifestants sont tués par balles, d'autres sont noyés dans la Seine. Au total, plus de 11 000 Algériens sont arrêtés et transférés au Palais des sports ou au stade Pierre-de-Coubertin. Entassés pendant plusieurs jours dans des conditions d'hygiène effroyables, ils sont violemment frappés par les policiers, qui les traitent de "sales bicots" et de "ratons". Au Palais des sports, les internés, terrorisés, n'osent plus aller aux toilettes, car la plupart de ceux qui s'y risquent sont tués. "Trois jours comme ça, assis sur une chaise, ni à manger, ni à boire, ni une cigarette, rien du tout. Autour de moi, il y en avaitcinq ou six qui étaient blessés. On était là, on pleurait tous. On croyait tous mourir", raconte Ali Djermani dans Scènes de la guerre d'Algérie en France, de Jean-Luc Einaudi (Le Cherche Midi, 2009). Le lendemain matin, la préfecture recense officiellement trois morts - deux Algériens et un
Français de métropole. Le mensonge s'installe. Le silence, bientôt, le recouvrira. Il durera plus de vingt ans. (...) Au Sénat, la commission parlementaire demandée par Gaston Defferre est écartée avec fermeté : elle ne ferait que "jeter un peu de doute, un peu de trouble, un peu de confusion dans l'esprit
et le cœur d'un grand nombre de fonctionnaires de police", affirme le ministre de l'intérieur, Roger Frey. Le 27 octobre, Claude Bourdet, directeur du magazine France Observateur, demande - en vain - une commission d'enquête au conseil municipal de Paris. "Ce qu'il nous faut, c'est très simple et très clair : l'autorisation et suffisamment de bateaux (pour y mettre les Algériens), répond le conseiller Alex Moscovitch. Le problème qui consisterait à faire couler ces bateaux ne relève pas, hélas, du conseil municipal de Paris."
Les récits qui remettent en cause la version officielle sont censurés : Octobre à Paris, le film que Jacques Panijel tourne dans la foulée du massacre, est projeté clandestinement dans la capitale en 1962, mais les bobines sont saisies par la police - il ressort aujourd'hui en salles. François Maspero tente d'éditer un livre de la journaliste Colette Péju, mais il est interdit. L'amnistie qui accompagne l'indépendance de l'Algérie, en 1962, scelle ensuite le silence de la société française : toutes les plaintes sont classées. (...)
—Didier Daeninckx : Meurtres pour mémoire, Gallimard, coll. "Folio policier", Paris, 1998 (polar dont l'édition princeps date de 1984). Adapté au cinéma par Laurent Heyneman.
—Michel Levine, Les Ratonnades d'octobre : un meurtre collectif à Paris en 1961, 1985. Éd. Jean-Claude Gawsewitch, coll. Coup de gueule, Paris, 314 pages, 19,90 €. (Selon Wikipédia, Paulette Péju publia chez Maspero en 1961, sous le titre Les ratonnades d'octobre, un recueil d'articles de presse qui fut rapidement interdit à la vente).
—Agnès Denis et Mehdi Lallaoui : Le Silence du fleuve (documentaire), 1991. 52 minutes. Prod. Au nom de la mémoire.
—Philippe Brooks et Alan Hayling : 17 octobre 1961, une journée portée disparue. Consultant historique : J-L. Einaudi. 52 minutes, 1992. Prod. Point du jour pour Channel 4. Diffusion en France : France 3 (le 2 mars 1993) puis sur Planète câble et sur ARTE (le 17 octobre 2001).
Mise à jour du 18.10.19 - 17 octobre 1961 : le témoignage de Daniel Mermet, producteur de Là-bas, si j'y suis. À l'époque du massacre, il était étudiant aux Beaux Arts. Trente ans plus tard, en 1992, suite au livre de Jean-Luc Einaudi,La Bataille de Paris, et àla série d’émissions de Là-bas, Daniel Mermet témoignait dans le film de Philipp Brooks et Alan Hayling,Une Journée portée disparue, 1992, 52 min, Point du jour, Channel Four et France Régions 3.
—Bourlem Guerdjou : Vivre au Paradis, 1998. Film de fiction.
—Tewfik Farès : C’était le 17 octobre 1961, Opération télécité, n° 7, 26 minutes, série. Alizé prod./France 3 Paris Île-de-France Centre, diffusé le 17 octobre 1999.
—Ali Akika : Les enfants d’Octobre, 52 minutes, 2000, prod. Les Films de la lanterne. — Collectif (sous la direction d'Olivier Le Cour Grandmaison), Le 17 octobre 1961. Un crime d’État à Paris, La Dispute, Paris, 31/08/2001.
—Alain Tasma : Nuit noire, 2005. Film.
—Jean-Luc Einaudi : La Bataille de Paris, Seuil, coll. "Points histoire", Paris, 2007.
—Jean-Luc Einaudi : Octobre 1961. Un massacre à Paris, Fayard, coll. "Pluriel", Paris, 2011, 640 pages, 12€.
—Le 17 octobre 1961 par les textes de l'époque, Les Petits Matins, Paris, 2011, 128 pages, 5€. Préface de Gilles Manceron.
—Marcel et Paulette Péju : Le 17 octobre des Algériens, La Découverte, Paris, octobre 2011, 199 pages, 14€. C'est le témoignage inédit rédigé par les Péju en 1962 suivi de La triple occultation d'un massacre, de Gilles Manceron.
—Daeninckx et Maco: Octobre noir (bande dessinée), Adlibris, Anthy-sur-Léman, 2011, 60 pages, 13,50€. Préface de Benjamin Stora.
—Jacques Panijel : Octobre à Paris, documentaire inédit, interdit jusqu'en 1973 ; en salles à partir du 19 octobre 2011.
________________________________________ Mise à jour du 16.11.16 :
Films Blue Meridien Créations - Mail : bluemeridien@gmail.com __________________________________________________________________________________________________ Copie mail : de
Jean-Luc Einaudi, historien, auteur, entre autres, de La bataille de
Paris, sur le massacre des Algériens, en Octobre 1961, par la police de
Maurice Papon. ________________________________________________________ À Jean-Jacques Beryl - 07/01/2013
Bonjour, Merci
pour l'envoi de votre film "17 octobre 1961-L'ordre français"-que j'ai
regardé avec beaucoup d'intérêt et qui permet de percevoir le caractère
conflictuel du rapport à ces événements durant les vingt et
quelques dernières années mais aussi le cheminement du processus de
reconnaissance. N'hésitez pas à me contacter si besoin. Tous mes voeux
pour que votre film rencontre le meilleur accueil. Cordialement.
Jean-Luc Einaudi __________________________________________________________ Copie mail : Olivier
Le Cour Grandmaison, historien, auteur , entre autres, de La République
impériale : politique et racisme d'État, Paris, Fayard, 2009. Président de l'association 17 octobre 1961 : contre l'oubli _________________________________________________________________________
À Jean-Jacques Beryl - 18/10/2013
Cher Monsieur Mille merci et bravo pour votre beau film. Au plaisir de vous revoir et de le revoir. Très amicalement.
Olivier Le Cour Grandmaison
________________________________________ Mise à jour du 20.10.17 :
(...) en 2017, les notes de Louis Terrenoire, l’un des ministres qui soutenaient totalement la politique du général de Gaulle pour la reconnaissance de l’indépendance de l’Algérie, publiées dans un ouvrage émouvant de sa fille, Marie-Odile Terrenoire, Voyage intime au milieu de mémoires à vif. Le 17 octobre 1961 [3], confirment [l’existence au sein même du gouvernement du désaccord du premier ministre, Michel Debré, avec la politique algérienne du général de
Gaulle. Debré n’avait plus aucune prise sur le dossier algérien et conservait la responsabilité du maintien de l’ordre en France, et, quand, en août 1961, suite aux concessions du président sur la question du Sahara, un accord avec le FLN devenait rapidement possible, il s’est agi pour lui de lancer, a contrario de la politique de sortie du conflit choisie par le Général, une guerre à outrance contre la fédération de France du FLN].
Il y aurait eu, donc,
(...) une coupure au sein du gouvernement entre ceux qui soutenaient la volonté du
Général de reconnaître l’indépendance de l’Algérie et ceux qui étaient
en désaccord avec lui. Il en ressort que la répression de septembre et
octobre 1961 contre l’immigration algérienne ne relevait en rien d’une
volonté du chef de l’Etat, préoccupé, comme le GPRA, à mener à terme les
négociations. Il était, au contraire, à la recherche d’une forme de
réconciliation avec les nationalistes algériens, de l’établissement de
rapports de confiance avec eux, pour construire ensemble la transition
la plus pacifique possible vers une indépendance algérienne compatible
avec de bonnes relations futures avec la France. EN LIRE PLUS.
Le magazine indépendant Là-bas, si j'y suis s'est traditionnellement beaucoup penché sur cette affaire. Ce média agissant actuellement sur internet propose à son tour une nouvelle écoute de quatre de ses vieilles émissions radiodiffusées sur France Inter. La page en question, du 17 octobre dernier, contient, de surcroît, des informations, des photographies et des liens très utiles au sujet du massacre du 17 octobre 1961.
Enfin, le collectif Vérité et Justice a envoyé une lettre ouverte au Président de la République pour qu'il y ait formellement la reconnaissance du crime d'État et a lancé un appel à un rassemblement dans ce but.
_____________________________________
Mise à jour du 16.10.21 :
Massacres du
17 octobre 1961 : « Il s’agit bien d’un plan concerté exécuté pour des
motifs politiques et raciaux à l’encontre de civils »
L’Etat français doit réparation aux manifestants tués ce jour-là ainsi
qu’à leurs descendants qui sont des victimes de « discriminations
mémorielles et commémorielles », estime, dans une tribune au « Monde »,
l’historien Olivier Le Cour Grandmaison.
Olivier Le Cour Grandmaison, enseignant en science politique à l'université Paris-Saclay Evry-Val-d'Essonne (Tribune, Le Monde, le 15 octobre 2021)