Au lendemain du vote ultrahâtif de la Réforme des Retraites au Sénat français —la loi fut adoptée par 177 voix contre 153 et doit désormais être examinée lundi par la commission mixte paritaire, composée par 7 députés et 7 sénateurs nommés par les présidents des deux chambres—, je fais passer une information bien pertinente que j'ignorais et qui date de septembre. Elle illustre parfaitement le culot insondable de cette majorité de politiciens qui sont censés représenter le peuple alors qu'il travaillent vraiment et visiblement pour d'autres intérêts.
Par un vote du 3 septembre 2010, les députés français ont rejeté à la quasi-unanimité l'amendement n°249 Rect. à la Réforme. Présenté par quatre députés des Verts, à savoir François de Rugy (de Loire-Atlantique), Yves Cochet (de Paris et président du groupe de la Gauche démocrate et républicaine à l'Assemblée nationale française), Noël Mamère (Girondin) et Anny Poursinoff (des Yvelines), cet amendement proposait d'aligner les régimes spécifiques de retraite des membres du Gouvernement et des parlementaires sur le régime général des salariés. Autrement dit, la majorité des parlementaires et tous les ministres français prônent les bienfaits d'un régime de retraite auquel ils refusent d'être soumis : les législateurs ne veulent pas suivre le régime (très strict) qu'ils ordonnent au corps de la nation et préfèrent demeurer hors la loi ! Quel aplomb dévergondé !
Voici l'acte de rejet de cet amendement :
APRÈS L'ART. PREMIER
Nº 249 Rect.
ASSEMBLÉE NATIONALE
3 septembre 2010
RÉFORME DES RETRAITES - (n° 2770)
REJETÉ
AMENDEMENT N° 249 Rect.
présenté par
M. de Rugy, M. Yves Cochet, M. Mamère et Mme Poursinoff
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ARTICLE ADDITIONNEL
APRÈS L'ARTICLE PREMIER, insérer l'article suivant :
Le Gouvernement présente au Parlement, avant le 31 décembre 2010, un rapport établissant la situation des régimes spécifiques de retraite des membres du Gouvernement et des parlementaires et définissant les conditions d'un alignement rapide et effectif de la situation de leurs régimes spécifiques sur le régime général, visant notamment à un encadrement strict des pensions reversées, tant dans leurs possibilités de cumuls que dans leurs montants.
EXPOSÉ SOMMAIRE
Nos concitoyens supportent de plus en plus difficilement l'idée selon laquelle leurs élus et représentants bénéficieraient, dans leurs rémunérations comme dans la gestion de leurs droits sociaux, de dispositions dérogatoires du droit commun. Les différents systèmes mis en place pour sécuriser l'exercice de responsabilités politiques demandent à être harmonisés, afin que l'ambition légitime de permettre à chacune et chacun de s'investir dans les affaires publiques ne soit plus perçue comme une tentative de créer ou laisser perdurer des privilèges indus.
D'autre part, le tribunal administratif de Melun a suspendu l'arrêté préfectoral (donc, gouvernemental) de réquisition du personnel en grève de la raffinerie du Grandpuits, près de Paris, car il "portait une atteinte grave et manifestement illégale au droit de grève" en réquisitionnant "la quasi-totalité du personnel de la raffinerie". Quelle horreur orwellienne.
Voici une vidéo filmée le vendredi 22 Octobre 2010 illustrant et cette réquisition gouvernementale qui bafoue le droit constitutionnel de grève et la probité doublée de conscience du piquet de grève de la raffinerie Total de Grandpuits.
ALCINE, le festival international de cinéma d'Alcalá de Henares-Communauté autonome de Madrid, va se dérouler du 5 au 13 novembre. Il fête cette édition ses 40 ans.
Le festival reste un diffuseur de courts métrages en plusieurs langues grâce à sa section "Idiomas en corto", destinée notamment aux apprenants de plusieurs langues étrangères de la Communauté de Madrid. Si tout se passe bien, nous comptons y aller le mercredi 10 novembre afin de voir, pour la troisième fois consécutive, la projection des courts métrages francophones sélectionnés. Cette année, il y en a six au menu et la séance commence à 17h30 dans les Multicines Cisneros (Plaza de los Santos Niños 5, Alcalá de Henares).
En voici la liste :
La plupart de la population française ne fléchit pas et se déclare pour la poursuite du mouvement de révolte contre les réformes du régime Sarkozy, selon un sondage. Il s'agit du baromètre BVA pour « Les Echos », France Info et Absoluce. Cliquez dessus pour accéder à cette information, où l'on peut lire aussi :
Nicolas Sarkozy atteint un nouveau record d'impopularité. Seulement 30 % des personnes interrogées disent avoir une « bonne opinion » de lui en tant que président de la République. Un niveau jamais atteint par un locataire de l'Elysée depuis que BVA réalise ce type d'enquête voilà maintenant une trentaine d'années.
[Dans le jargon friedmanite, le mot "réformes" est un euphémisme signifiant en fait privatisations, dérégulations, baisse d'impôts pour les plus riches ou instauration d'un impôt à taux unique, démantèlement du service public et des prestations sociales, etc.]
En classe, nous parlons souvent des possibilités... et des risques formidables des nouvelles technologies pour l'apprentissage et pour la vie. Sans nier les avantages qu'elles peuvent nous procurer, nous savons bien qu'elles ne sont pas du tout la panacée résolvant tous nos problèmes, loin de là. Elles nécessitent d'un critère développé et évéillé sans désemparer car autrement, elles s'avèrent notre pire ennemi. C'est notre cerveau qu'il nous faut nourrir, entraîner, exploiter, cultiver. À force de n'en rien faire, de laisser calcul et opérations, réflexions, argumentations, discours, jugements critiques, mémoire... aux seuls ordinateurs, agendas, calculettes, bref... machines, on va aboutir à la situation imaginée par Pierre Boulle dans ce roman non lu et trahi par le cinéma qu'est La Planète des Singes (1963) et que je vous conseille vivement.
Parmi les icônes de cette culture machinale de l'image, la puérilité et la cruauté qu'est la nôtre, les présentations Power Point ont acquis un prestige tout conséquent ; elles représentent à la perfection le genre de non discours qu'il faut utiliser de nos jours pour faire paître le cyber-bétail, autrement dit, pour ne pas violenter des cerveaux ne jurant que par la distraction visuelle et la vacuité. Il n'est pas donc étonnant que quelqu'un, alarmé, sonne le tocsin. C'est bien le cas de Franck Frommer (spécialiste en Jean-Patrick Manchette !) qui vient de publier un ouvrage à ce propos et dont le titre est suffisamment explicite : La pensée PowerPoint. Enquête sur ce logiciel qui rend stupide (coll. Cahiers libres, Éd. La Découverte, octobre 2010, p. 264, 17 €). Tout comme la présentation que diffuse la maison d'édition sur son site et que je vous cite ci-dessous :
Qui est aujourd'hui l'ennemi numéro un de l'armée américaine ? Les Talibans ? Al-Qaida ? L'Iran ? Non, l'ennemi, c'est PowerPoint, comme l'a affirmé, en avril 2010, le général des Marines James N. Mattis, selon lequel « PowerPoint nous rend stupides ». Apparu en 1987, ce logiciel destiné à fabriquer des présentations visuelles pour soutenir des exposés oraux est devenu en quelques années un outil indispensable de communication dans le monde de l’entreprise. Un outil dont le succès a dépassé les espérances de ses créateurs car, de fait, plus aucun domaine d’activité n’est épargné aujourd’hui par le défilement des slides animé et la succession des « bullet points » : du conseil d’administration aux assemblées municipales, de la publicité aux nouvelles technologies, des ministères à l’école ou à l’hôpital. Franck Frommer présente la première enquête sur ce logiciel devenu incontournable. L’auteur, qui évolue depuis des années dans la « culture ppt », a visionné des centaines de présentations et analysé en profondeur la « pensée » PowerPoint, avec ses listes à puces, ses formules creuses et sa culture du visuel à tout prix. Où il apparaît que PowerPoint se révèle une puissante machine de falsification et de manipulation du discours, transformant souvent la prise de parole en un spectacle total où la raison et la rigueur n’ont plus aucune place. Plus grave, ce logiciel a fini par imposer de véritables modèles de pensée issus du monde de l'informatique, de la gestion et de la communication. Des modèles diffusés par des consultants à l'ensemble des activités sociales, distillant une novlangue particulièrement indigente qui n’a pas d’autre effet que de nous rendre … stupides.
Bref, powerisation n'est que paupérisation des esprits... Si vous cliquez sur le lien ci-contre, vous accéderez à l'interview offerte par Franck Frommer au quotidien Le Monde. Vous n'avez qu'à extrapoler pour réfléchir un petit peu à ce qu'on nous vend sur tous les plans...
C'est un vieil ami qui me l'a annoncé aujourd'hui : Colette Renard est morte le 6 octobre. Elle avait 86 ans. Je vous renvoie à l'information publiée à ce propos par Rue89 que signe Isabelle Poiraudeau.
Colette Renard (Ermont, 1924) se fit connaître en 1956 en jouant le premier rôle d'une comédie musicale qui deviendrait mondialement connue : Irma la douce, montage basé sur une pièce d'Alexandre Breffort, Les Harengs terribles, et mis en musique par Marguerite Monnot. Peter Brook et Billy Wilder, parmi d'autres, proposèrent ensuite leurs versions théâtre et ciné, celle-ci avec Shirley MacLaine.
Comme chanteuse, elle écrivit et interpréta des textes foncièrement libertins, polissons, gaillards, galants et érotiques, pour reprendre les adjectifs qu'elle utilisait dans les titres des albums qu'elle enregistrait et que Rabelais aurait adorés. Que ces choses-là étaient bien dites dans les années 50, selon la formule d'Isabelle Poiraudeau. D'ailleurs, Clotilde Courau chante encore et volontiers le répertoire de Colette Renard.
Le swing de sa suggestive voix et sa diction nonchalante, son esprit libertaire et la clarté de son message la vouèrent —forcément !— à une collaboration avec Georges Brassens en 1976.
Voici la chanson qui la rendit particulièrement célèbre : « Les Nuits d'une demoiselle » :
Je viens de recevoir une alerte du quotidien Le Monde. Voici la dépêche :
Manifestations en nette hausse contre la réforme des retraites
Entre 1,23 million (selon le ministère de l'intérieur) et 3,5 millions de personnes (syndicats) ont manifesté mardi contre le projet de réforme des retraites, des chiffres en nette hausse par rapport aux précédentes journées de mobilisation. (AFP, Reuters)
Les entrants dans le salariat sont ceux qui, parce qu’ils risquent plus que les autres d’atteindre 95 ans vont payer le plus cher la «réforme» des retraites, tout au long de leur vie (emplois de merde, chômage non indemnisé, retraite inaccessible). Nul hasard alors à ce que la mobilisation en cours touche désormais des centaines de lycées et collèges.
Nous sommes en 2010 après Jésus-Christ ; toute la planète est occupée par les Grands Actionnaires de l'Empire friedmanite… Toute ? Non ! Car quelques territoires récalcitrants éparpillés par-ci par-là, dont un pays partiellement peuplé d'irréductibles Gaulois, résistent encore et toujours à l'envahisseur. Et la vie n'est pas facile ces jours-ci pour la Cotation Alimentée en Continu et ses garnisons de légionnaires friedmanites des camps retranchés de l'Élyséum (55 Rue Fbg St Honoré, Lutetia), Matignum (57 de la rue de Varenne, Paris), Bercyum (districtus XII, Lutetia) et Cacquarantum…
Ces Gaulois qui rouspètent et résistent, qui se refusent absolument à se laisser faire par les forces proconsulaires du laissez faire, laissez passer —et font rêver quand ils écrivent ou scandent En grève, en grève, en grève, jusqu'à la retraite !— nous rappellent que la défaite n'est pas encore totale et que la convergence vers l'état de bouillie n'est peut-être pas inexorable (cf. Gilles Châtelet : Les Animaux malades du consensus, édition établie par Catherine Paoletti, Nouvelles Éditions Ligne, 2010).
Sur la planète, les promoteurs de la saignée persistent et signent : ce 12 octobre con patriote, une étude du Wall Street Journalnous apprend que le montant des indemnités et avantages à Wall Street atteint les 144 milliards de dollars en 2010 et constitue un record pour la deuxième année consécutive...
Et hier, dans le site de l'Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires, nous avions la possibilité de lire...
Au cours des trente dernières années, d’impressionnants progrès en sciences agricoles et production alimentaire ont permis de nourrir de manière significative une population mondiale croissante. Pourtant, de grands défis demeurent. Sur les 5,1 milliards d’individus vivant dans les pays en développement, 1,2 milliard doivent encore affronter quotidiennement les ravages de la pauvreté. Près de 800 millions d’entre eux sont en situation d’insécurité alimentaire tandis que 170 millions d’enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition. Les ressources naturelles sur lesquelles repose la production alimentaire se dégradent. (...)
À chacun d'analyser les rapports qu'il y a entre trois informations et deux adjectifs apparemment disparates et décalés, et de répondre à des simples questions : Qui provoque la crise ? Qui en profite ? Qui la subit ?
______________________________________________ Après la lettre : les manifs en images, par Rue89.
Le photographe Raymond Depardon, de Magnum Photos, inaugure exposition à la Bibliothèque nationale de France à Paris. Il s'agit de trente-six tirages argentiques en couleur qui sont le résultat d'un tour de France en fourgon pendant quatre ans. On peut les contempler du 30 septembre 2010 au 9 janvier 2011. Pour accéder à la page web contenant tous les détails, ainsi que les activités proposées par les services pédagogiques de la Bibliothèque, cliquez sur le lien ci-dessus.
Je relaie ici le début de l'information fournie à ce propos par la BNF :
Célèbre pour ses reportages sur des lieux sensibles, pour les nombreux livres où il tisse étroitement texte et image, pour les films où il s’attache au quotidien d’une société en pleine évolution, Raymond Depardon est décidément un auteur sans limites. Cinéaste autant que photographe, il s’interroge toujours avec acuité sur les liens entre l’image et l’éthique.
Il a consacré maintes fois des reportages au territoire français, mais il a voulu concrétiser une idée folle qui le travaillait depuis longtemps : photographier seul à la chambre 20x25 le territoire français, ses régions, ses pays.
Nomade dans l’âme, il se fixe alors à lui-même la mission qui, depuis 2004, le mènera sur les routes au gré des saisons et de la lumière afin de montrer à égalité les régions que chacun rêve de visiter ou celles qui se dérobent à tout romantisme.
Il montre les conséquences de l’explosion des villes françaises durant la seconde moitié du XXe siècle qui a créé des usines à vendre en périphérie des villes entourées d’un océan de parkings, des zones périurbaines qui engloutissent les petites villes et les villages, la surexploitation immobilière du littoral et de la haute montagne…
« J’ai visité des lieux très différents, où parfois l’histoire n’a rien de commun d’un “pays” à un autre. Cette distance que je me suis imposée, techniquement et formellement, m’a permis de passer au-dessus des spécificités régionalistes et d’essayer de dégager une unité : celle de notre histoire quotidienne commune. »
Au noir et blanc contrasté, à la profondeur de champ vibrante d’humanisme de ses œuvres antérieures, il préfère ici la frontalité à la chambre, la couleur, la lumière unique, neutre, délicate et sensible. Les humains s’éclipsent parfois, mais il photographie en premier le paysage et poursuit sa recherche : « observer les traces de la présence de l’homme qui par son intervention au fur et à mesure de l’histoire a modifié le territoire. »
L’exposition présente dans une immense salle, une installation de trente six tirages argentiques couleurs lumineux, de très grand format. En orfèvre de l’image, Raymond Depardon les a façonnés et ajustés pendant quatre ans d’après les meilleurs “scan” numériques possibles à ce jour. (...)
Note de janvier 2011 - Notre photographe a publié un ouvrage pour colporter son expérience : La France de Raymond Depardon, BNF Seuil, 2010, 59€.
J'ai lu dans Le Français dans le Monde nº 373 (Janvier-février 2011) un dossier à ce sujet. J'en extraie deux propos de Depardon qui me semblent significatifs pour mieux comprendre son dessein :
« Je suis heureux de m'être confronté à la France d'aujourd'hui. J'ai pu rassembler toute mon expérience du regard pour photographier l'état de notre territoire dans un panorama très personnel. J'ai pris le risque de déplaire à ceux qui ne reconnaîtront pas leur France et de réjouir ceux qui apprécient une perception intuitive, irréductible à une définition figée de l'identité française. »
S'il n'y a pas de gens dans ses clichés, c'est « par envie de revenir au silence de la photographie ».
Note du 22 novembre 2013 - Le Monde publie aujourd'hui...
En 2004, le photographe Raymond Depardon décide de sillonner dans sa
camionnette les routes de France. De ce périple à travers l'Hexagone qui
durera jusqu'en 2010, il en rapportera de saisissantes photos de lieux
ordinaires : vieilles boutiques, bars-PMU de village, carrefours
désertiques, etc. Son travail fit l'objet d'une grande exposition à la
BNF, d'un documentaire et de deux ouvrages, dont l'un intitulé La France de Raymond Depardon (Seuil). C'est l'édition poche de ce dernier qui a inspiré Deux visions.net.
La photographe Caroline Delieutraz, à l'origine du site, a ainsi eu
l'idée de suivre sa trace par le biais de Google Street View. La page
Web compare ces clichés de la fameuse série de Depardon avec les vues
des mêmes lieux, capturés par le service de cartographie en ligne. Le
résultat ne prétend à aucune analyse artistique, mais entend plutôt
montrer un modeste témoignage, une intéressante vision "sans filtre".
Caroline Delieutraz s'en défend sur son site : "Mettre en parallèle
les images prises à la chambre avec des captures d'écran, c'est mettre
en perspective deux types d'image, deux intentions opposées, deux
visions du monde." Et d'ajouter qu'"il n'est d'ailleurs pas impossible que le fourgon de Depardon et la voiture de Google se soient un jour croisés". Un nouvel éclairage alors que le Grand Palais consacre en ce moment même une rétrospective au grand photographe et à son travail avec la couleur.
Il y a quelques mois, en mars 2010, un jeune artiste français d'origine hispanoalgérienne fut l'objet d'une prodigieuse censure. La régie publicitaire du métro parisien tout comme plusieurs sociétés spécialisées dans le matraquage urbain —dont Decaux et Clear Channel— refusèrent d'exhiber l'affiche qui annonçait ses concerts, figurant une jeune femme nue dans un chariot de supermarché, c'est-à-dire, l'image de la pochette de son dernier album, sorti le 29/03/10, et dont le titre, J'accuse, renvoie visiblement à la lettre ouverte qu'Émile Zola adressa le 13 janvier 1898 à Félix Faure, président de la République, sur la Une du journal L'Aurore suite à l'affaire Dreyfuss. Cependant, selon le quotidien Le Parisien, l'Autorité de Régularisation Professionnelle de la Publicité fut de l'avis,
(...) que l'affiche «présente un caractère dégradant pour l'image de la femme dans la mesure où elle apparaît nue, et qui plus est dans un chariot de supermarché, donc comme une marchandise (...) La publicité ne peut réduire la personne humaine, et en particulier la femme, à une fonction d'objet». Les recommandations de l'autorité sont généralement suivies par les afficheurs dont Média Transports, régie du métro et des bus parisiens. (...) Selon le chanteur, une deuxième affiche sans la photo de la jeune femme, mais soulignant en gros caractères l'interdiction d'affichage, a été également refusée. «Une femme nue dans un caddie, outrage aux moeurs du commerce ? Remise en question du système ? Droit d'informer ?». «Cette interdiction aurait pour but de protéger l'image de la nature humaine, j'en doute. Mais protéger l'image du caddie ? (...) Une chose est sûre, les caddies valent plus que les hommes dans nos pays», écrit-il dans une lettre mise en ligne. «J'ai honte pour ces gens, honte pour mon pays, honte pour ce qu'il est devenu, honte pour cette auto-censure que la société s'inflige à chaque fois qu'elle ouvre sa bouche», poursuit le chanteur qui a indiqué son intention de porter l'affaire en justice.
Quand on voit tous les jours ce qu'annoncent lesdites compagnies publicitaires, on a de quoi se pâmer. Et concernant l'Autorité de Régularisation Professionnelle de la Publicité, sa drôle d'analyse prouve une incompétence ahurissante, ou une honteuse mauvaise foi tartuffe, car notre jeune homme, Damien Saez, n'est pas précisément de la trempe de ceux qui utilisent les femmes (et les hommes) à longueur de journée et d'existence dans des buts purement marchands, loin de là ! Faut-il vraiment expliquer que c'est plutôt le contraire?
Je vous propose de connaître le message de Saez à travers deux vidéos afin que vous puissiez mieux en juger. Dans la première, il lit les paroles de sa chanson Les Anarchitectures dans l'émission de télévision "Ce soir ou jamais", sur France 3, où il avait été invité pour s'exprimer au sujet de la censure de ses deux affiches de concert. Parmi les invités de l'émission, soit dit en passant, on voit notamment Belinda Cannone, auteure de La Tentation de Pénélope (Stock, Coll. L'autre pensée, 2010, p. 62).
Dans la deuxième vidéo, on entend Damien Saez interviewé sur France Inter le 5/03/10 à propos de son album J'Accuse ainsi que sur cette histoire de censure.
« Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur. » (Proverbe africain)
Et manger du lion ne garantit pas l'acquisition de cette sagesse.
Sous le titre Grève générale en Espagne : "La précarité est devenue la norme" Le Monde a publié, dans son édition numérique, plusieurs témoignages en français. En voici les premiers, sans altérations (donc y compris coquilles et écarts de la norme), tels qu'ils ont été relayés par le quotidien parisien la première heure du mercredi 29 septembre 2010. À vous d'en juger.
La grève à l'espagnole, par Julien D.
Je suis actuellement étudiant à l'université polytechnique de Madrid. Dans la cité universitaire, les affiches sauvages, les autocollants et les tags ont fait leurs apparitions sur les murs depuis une bonne semaine. Des prospectus jonchent le sol un peu partout. Cependant dans ma fac, la grève n'a pas l'air de susciter beaucoup de débats. Si je m'en tiens aux paroles de mon professeur, j'ai cours normalement demain matin. Je pense néanmoins que j'assisterai à la manifestation. D'abord par curiosité mais aussi et surtout parce que la réforme proposée par un gouvernement "socialiste" est inacceptable pour une société qui, bien plus qu'en France, souffre de la crise et du chômage !
"Maintenant le débat sur la retraite à 62 ans en France me fait bien rigoler", par Colin Poutiers
Je vis et travaille à Barcelone depuis mainteant cinq ans. Ayant grandi en région parisienne, je suis assez habitué aux grèves et autres manifestations sans me sentir vraiment impliqué. En revanche ici, il faut apparement s'attendre au pire. Dur de faire le tri entre les racontars et la vérité, mais cette grève promet d'être beaucoup plus intense, voire violente que les manif-merguez-chansons parisiennes. Tous les magasins du centre-ville ferment en prévision des casseurs, et il est dit que les"jaunes"peuvent être"rappellés à l'ordre"sur le chemin du bureau.
Je me suis renseigné sur les principales revendications et je peux vous dire que maintenant le débat sur la retraite à 62 ans en France me fait bien rigoler. Ici on travaille jusqu'à 65 ans, bientôt 67, 40 heures par semaine et avec bien moins de congés payés. Les licenciements vont être facilités, les retraites gelées, le tout en sachant que le chômage avoisine les 20 %... Donc oui, demain je vais faire grève. Ce pays qui m'a accueilli est socialement à des années-lumière de la France, et j'ai peur que l'écart ne se creuse encore.
Pour une moblisation massive, par Aina P
Je travaille dans une école de commerce, mais ma situation est identique à celle de plusieurs copains à moi : on travaille avec des limitations. Je bosse comme sous-traitante sans les droits qu'ont mes copains de travail : beaucoup moins de jours feriés, pas syndiquée, moindre salaire (avec le même travail à faire)... et je peux être heureuse ! Parce que en Espagne ils sont des milliers de jeunes qui ne trouvent rien, même si t'as des bonnes études universitaires.
Je ne peux pas participer, parce que je risquerais de perdre une partie de mon salaire et d'avoir une mauvaise réputation (je ne travaille que depuis 3 mois). Par contre je suis pour une mobilisation massive. Si je ne peux pas y aller, au moins qu'il y ait le plus de gens possible.
"Une simple grippe pourra devenir un motif de licenciement !", par Matthieu Huet
Je prépare le concours pour devenir professeur de français en Espagne. C'est compliqué. Il y a peu de postes, un concours tous les deux ans et un barème favorisant les remplaçants. La situation est encore plus désastreuse dans le privé : smic à 600 euros par mois, semaines de 40 heures, travail au noir omniprésent. Ma compagne, fonctionnaire, s'est fait retirer presque 3 000 euros de salaire annuel, mais elle ne fait même pas grève, même si elle n'approuve en rien ces mesures. Moi, sans travail, sans aide au logement, j'irai dans la manifestation en espérant que les socialo-libéraux arrêtent un peu le désastre. Leurs mesures d'austérité n'ont rien changé et ils démantèlent encore plus le droit des travailleurs. Par exemple, ils sont en train de faciliter le licenciement : une simple grippe pourra devenir un motif valable ! La solidarité ne doit pas seulement être supportée par les fonctionnaire et les bas salaires !
"La précarité est devenue la norme", par Thierry
Je me joindrai à la grève générale par solidarité avec la personne avec qui je vis. En Espagne, les barrières à l'emploi sont nombreuses. Quand on a déjà la chance d'en trouver un précaire (contrats d'un mois, travail temporaire, etc.) payé moins de 1 000 euros, on saute dessus. Si le président n'est pas bling-bling ici (c'est déjà quelque chose), la précarité est devenue la norme. Il est temps ici aussi de montrer que le peuple vote pour qu'on le représente, pas pour qu'on l'utilise.
Quant à moi, je pense en ce moment à un livre relativement récent de Naomi Klein, publié en 2007, dont il y a des traductions en français et en castillan. C'est peut-être un bon moment pour entamer sa lecture et méditer un peu. Titre original : The Shock Doctrine - The Rise of Disaster. Titre en français : La stratégie du choc : la montée d'un capitalisme du désastre, Actes Sud, avril 2008 ; en castillan : La doctrina del shock. El auge del capitalismo del desastre, Ed. Paidós Ibérica, Barcelona 2007. Parce qu'il faut tenter de savoir ce qui nous arrive, à l'échelle planétaire, et pourquoi.
Voici la première partie d'une interview de Naomi Klein à la Télélibre au sujet de son livre :
Dans cet ordre des choses, ABC nous rappelle que chez nous, en Espagne, il y a équation entre "crise" et augmentation de millionnaires (12,5% de plus en 2009 —"la pire année de la crise" (sic)— qu'en 2008). Et en France ? Le Parisien notifie éberlué que "Malgré la crise, ils sont environ 562 000 Français à être redevables de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) en 2010, soit 23 000 foyers de plus que l'an dernier". Malgré ? Malgré le "malgré" (je vous laisse réfléchir au genre d'informations qu'on nous flanque), rien n'est plus intelligible car il suffit de vérifier le rapport entre les dimensions relatives des parties et du tout et il n'est pas difficile de constater que la soif très durable et peu animiste des mains invisibles nécessite des sacrifices, voire des hécatombes. La dépredation n'est pas née de la dernière pluie et nombreux sont ceux qui nous avaient déjà prévenus depuis belle lurette, dont le grand André Gorz :
Le rêve du capital a toujours été de faire de l'argent avec de l'argent sans passer par le travail et de soustraire l'économie au pouvoir politique des États et des peuples. Interview d'André Gorz, Le Monde, mardi 6 janvier 1997.
Bref, dans nos sociétés barbares, le travail emploi n'est que la charité des grands voleurs, étant donné que toute classe oisive a besoin d'une classe travailleuse et que le pur esclavage n'est pas toujours possible dans une démocratie formelle.
Enfin, on n'a qu'à regarder de près la drôle de manière qu'ont nos sociétés de répartir esclavage, misère, précarité, travail emploi et argent, pour ne pas trop s'étonner qu'il y ait de temps à autre certaines réactions : il faut imaginer chômeurs, salariés et retraités excédés. Dans ce contexte, ce sont la résignation ou la satisfaction qui nous laissent pantois et prouvent l'existence du syndrome de Stockholm.
À Paris, le trublion François Ruffin s’est faufilé dans la manif du 23 septembre contre la réforme des retraites pour prendre la température de la colère sociale tout en y semant sa zone et, ô merveille !, il a déclenché sur-le-champ certains arguments...
« C'est en lisant Kafka que j'ai eu envie d'écrire. Ce n'est ni la guerre, ni la mort, mais bien la littérature qui a éveillé en moi la littérature. L'art appelle l'art. »
(Wajdi Mouawad : Seuls, pièce présentée en 2008 au Festival d'Avignon)
Wajdi Mouawad (Deir El-Qamar, 1968) est un libanais né dans une famille chrétienne maronite, émigré en France, à huit ans (1979), puis à Montréal, au Québec (1983). Devenu donc canadien, il exerce au moins trois activités : metteur en scène, auteur et comédien. Sa biographie est bien touffue comme homme de théâtre ; il occupe le poste de directeur artistique du Théâtre français du Centre national des Arts du Canada, à Ottawa.
Mouawad est aujourd'hui mondialement célèbre grâce notamment à une trilogie* dramatique composée par Littoral (1997), Incendies (2003) et Fôrets (2006). Incendies, deuxième volet de la trilogie, a été créé à Meylan, en France, en 2003. J'ai eu l'occasion d'en voir la représentation à Madrid, pour la première fois, le 8 juin 2008, mise en scène par la Compagnie Théâtre Abé Carré Cé Carré sous la direction de Wajdi Mouawad. C'était au Teatro Español de Madrid (plaza de Santa Ana). J'ai failli la rater car elle n'était jouée à l'époque que du 28 mai au 8 juin 2008, précisément. Elle est de nouveau sur scène à Madrid, du 22 septembre au 3 octobre, dans la nouvelle salle du Matadero (la numéro 2), et j'ai été plus diligent cette fois-ci : j'ai pu la revoir le jour de sa première de cette année —toujours en français et sur-titrée en castillan.
Trois actrices vont jouer le personnage de Nawal —inspiré de Souha Bechara— car on va nous la montrer à trois âges différents. En fait, tout au long de la pièce, les tableaux et les âges vont et viennent, voire se chevauchent. Lorsque l'action démarre, Nawal vient de mourir... après cinq ans de silence. Nous apprenons qu'un jour, elle s'est tue ; ses deux enfants jumeaux, Jeanne et Simon, ignorent pourquoi et ne lui pardonnent pas son effacement. Au moment de sa mort, elle a prononcé une phrase énigmatique : "Maintenant que nous sommes ensemble, ça va mieux". Convoqués par son exécuteur testamentaire, le notaire Hermile Lebel, ils écoutent ses dernières volontés qui leur semblent un pur délire. Ils la détestent. Néanmoins, Jeanne, la mathématicienne, la spécialiste en graphes (1), finit par vouloir savoir et s'engage dans une quête qui comporte en fait la reconstitution d'un polygone. Elle, tout d'abord, et puis aussi son frère jumeau devront faire face, à partir d'un ensemble de départ, à la découverte des angles manquant, encore non visibles, d'un ensemble d'arrivée qui sera un choc pour tout le monde, personnages et spectateurs confondus. Quand seront dévoilés tous les angles du polygone et toutes les courbes représentatives qui les relient, on aura brisé tous les tabous, bouleversé toutes les conventions, dépassé toutes les bornes de la tragédie grecque la plus terrible que l'on puisse concevoir. La plus monstrueuse ? Chacun aura son point de vue. L'auteur tente en tous cas de nous rappeler à quel point l'amour peut engendrer l'horreur, tout comme l'horreur peut enfanter l'amour.
Mouawad est un type lucide et sensible qui a vu son pays natal déchiré par la guerre et la déprédation les plus cruelles. Les composants concrets de cette violence qui n'épargne personne —armée envahissante, camps, réfugiés, massacres, milices, vengeances...— sont présents de manière implicite sur scène, jamais à travers des désignations précises —Tsahal, milices phalangistes chrétiennes, Palestiniens, Sabra et Chatila...—, mais les faits, les points cardinaux et les dates ne renvoient pas à des ingrédients exclusivement fictionnels, bref, ne sauraient laisser indifférent ou déboussolé quiconque connaît un peu l'histoire récente du Liban et de sa région.
Mouawad pense qu'au XX siècle, "les pères ont sacrifiés leurs fils". À ce propos, il a tenu à souligner : "Un monde qui cherche surtout à désarmer sa propre jeunesse en l'infantilisant, c'est peut-être l'une des choses les plus violentes que personnellement, je peux ressentir en fait". Cruauté et infantilisme : voilà le cocktail explosif qu'on nous inflige et que symbolisent surtout, dans Incendies, Nihad et sa loufoque interprétation de The Logical Song, de Supertramp, qui crée chez nous une horripilante commotion et nous hérisse les cheveux —notamment après coup.
Si vous ne redoutez pas la catharsis, ne loupez pas Incendies, tant que la Compagnie Théâtre Abé Carré Cé Carré est à Madrid. En novembre, du 16 au 19, Teatro Valle-Inclán (c/ Valencia, 1, Lavapiés), nous pourrons voir la première pièce de cette trilogie de Mouawad : Littoral. J'ai déjà mon billet.
Troupe : Gérald Gagnon (Antoine Ducharme, Chamseddine), Jocelyn Lagarrigue (Simon), Isabelle Leblanc (Jeanne), Julie McClemens (Nawal à 40 ans), Ginette Morin (Nawal à 65 ans), Mireille Naggar (Sawda, Elhame), Valeriy Pankov (Nihad), Isabelle Roy (Nawal à 19 ans) et Richard Thériault (qui construit impeccablement l'accent québécois de son principal rôle, celui du notaire Hermile Lebel).
(1) Graphe : ■, Ensemble des couples d'éléments vérifiant une relation donnée. [Le Robert]
________________________________________ * NOTE POSTÉRIEURE :
Il faut corriger cette information puisque ce que je croyais être une trilogie bien close était devenue en fait tétralogie le 18 juillet 2009, lors de la création de Ciels, son dernier volet —et contrepoint de la trilogie de base :
« Ciels est la dernière partie d’une tétralogie commencée avec Littoral, Incendies et Forêts. Il en est aussi le contrepoint. Ciels est un spectacle qui cherche à contredire, par le fond et par la forme, tout ce que Littoral, Incendies et Forêts tentent de défendre : l’importance de la mémoire, la recherche de sens, la quête d’infini. Ciels raconte comment, précisément, ce qui est défendu par Littoral, Incendies, Forêts peut perdre le monde. ».
(...) dans Ciels, c'est la beauté, l'art, la poésie qui sont les cibles
de la menace. Plus qu'auparavant, Wajdi Mouawad cherche à déstabiliser
et secouer le public. Le sortir de son confort. Lui faire subir un choc,
voire même tester ses limites, le provoquer, l'insupporter.
(...)
Avec Ciels, Wajdi se fait beaucoup plus grave. Il emploie
une langue plus éloquente, plus poétique, faisant de ses personnages des
héros dramatiques toujours en proie à de grandes tirades qui brûlent
d'urgence.
Ajoutant à cette flèche lancée dans la sensibilité du spectateur,
il y a l'utilisation des quatre côtés de la scène, où se trouvent des
écrans (où l'on retrouve notamment Gabriel Arcand dans le rôle du
suicidé) et des scènes où gravitent les acteurs. Et il y a aussi une
sollicitation des sens, notamment par une utilisation du son qui tantôt
nous enveloppe dans un concert chaotique ou encore nous plonge dans un
concert reproduisant l'assourdissante symphonie d'un bombardement.
(...) Le cri d'un artiste qui sent l'attaque d'un système sur ce qui fait la beauté, la poésie. (...)
Quand j'eus en main Incendies, je vérifiai dans sa préface la teneur du projet instinctif de Mouawad :
Incendies est le second volet d'une tétralogie amorcée avec l'écriture et la mise en scène de Littoral en 1997. Sans en être une suite narrative, Incendies reprend la réflexion autour de la question de l'origine. Même si j'ignore encore exactement vers où ira la suite, et quand elle sera à nouveau abordée, je sais que, depuis peu, un mot encombre ma tête, peut-être est-ce un décor, mais ce mot, j'en ai l'intuition, est le rêve prémonitoire d'une troisième partie. Ce mot est Forêts.
La fin de l'aventure Siné Hebdo a déjà été abordée dans ce blog. Néanmoins, Antoine Bast nous annonce la parution d'un film sur Siné réalisé par Stéphane Mercurio, la fille de celui-ci, ici donc doublement sinéaste. Bast est le responsable de la distribution de ce documentaire qui s'intitule Mourir ? Plutôt crever ! et dont le générique rassemble Siné, Isabelle Alonso, Jean-Pierre Bouyxou, Benoît Delépine, Delfeil de Ton, Gérard Depardieu, Sidahmed Ghozali, Marc Held, Grégoire Korganow, Gustave Kervern, André Langaney, Jacques Prévert, Serge Quadruppani, Catherine Sinet, Malcolm X, Jean Yanne et Marcel Zanini.
On pourra le voir en salles dès le mercredi 13 octobre un peu partout en France, mis à part des dizaines d’avant premières qu'on montre dès le 15 septembre.
Voici la synthèse de Mourir ? Plutôt crever ! rédigée par Bast :
MOURIR ? PLUTOT CREVER !
Un film de Stéphane Mercurio
Enfin un portrait au cinéma du furieux dessinateur Siné, celui qui avec un crayon trempé dans l’acide s’est attaqué indifféremment depuis la fin des années 50 aux curés, rabbins et mollahs, bourgeois et militaires, moralistes de tout poils. Un gars qui au-delà de son image de provocateur à grande gueule, a traversé la grande Histoire avec ses aventures dans la presse : contempteur de l’Algérie française, d’abord dans l’Express avant de monter Siné-Massacre, acteur engagé de Mai 68 et pourfendeur du Général dans l’Enragé, compagnon très critique des révolutions cubaines ou chinoises (une séquence à mourir de rire vous prouvera le sens limité de l’humour de ces régimes face à Siné), ami de Malcolm X qui fut le parrain d’une de ses filles et dont le souvenir de sa disparition lui arrache encore des larmes. Probablement que pour faire ce film, il fallait attendre que quelqu’un de très intime s’y colle tant le bougre ne se livre pas facilement. Ça tombe bien, il se trouve que Stéphane Mercurio, sa fille, est cinéaste. Même si la talentueuse réalisatrice a su toujours garder la parfaite distance sans nier le lien, ce sera donc une plongée très personnelle dans l’univers d’un gaillard pour qui la famille au sens large et l’amitié sont aussi importantes que l’engagement politique. Côté famille, vous comprendrez en l’entendant évoquer son père ancien bagnard antimilitariste, que parfois les gênes se transmettent. Côté amis, se mêle le souvenir des disparus comme Prévert et aujourd’hui sa bande d’irréductibles, sans qui Siné Hebdo, né de son éviction de Charlie Hebdo pour cause de lèse-Sarkozy junior, ne serait pas né. Une bande avec outre des dessinateurs historiques des aventures Charlie ou Hara Kiri, des vieux amis comme Guy Bedos et Gérard Filoche ou des plus nouveaux comme Benoït Delépine, Isabelle Alonso, tout ça sous la surveillance de Catherine madame Sinet à la ville, et grande ordonnatrice de ce joyeux et salvateur bordel que fut l’aventure Siné Hebdo.
Avec une devise envoyé comme un défi à ceux qui voyaient le bonhomme déjà enterré : Mourir ? Plutôt Crever !
Quant à Stéphane Mercurio, pour mieux la connaître, je vous conseille de lire cette interview autour de son film À Côté, publiée en octobre 2008 par evene.fr. Il s'agit d'un autre documentaire qui ferait certainement la fierté de Victor Hugo car il dévoile la terrible réalité du système carcéral français de nos jours. Il a été projeté au Sénat de nos voisins du Nord.
Enfermées dehors
INTERVIEW DE STEPHANE MERCURIO
Propos recueillis par Aurélie Louchart pour Evene.fr - Octobre 2008
Dans un documentaire sorti le 29 octobre en salle, Stéphane Mercurio met en avant les difficultés auxquelles sont confrontées les familles - et en particulier les femmes - de détenus. A travers elles, on découvre le désintérêt total du milieu carcéral pour son rôle de réinsertion. Rencontre autour de cet échec des prisons françaises. —Ces dernières semaines, les suicides de détenus se multiplient. Rachida Dati propose l'installation d'interphones dans les cellules et l'augmentation des rondes de gardiens. Plus de sécurité mais point de réflexion sur les causes du malaise. Alors que certains députés se battent pour que les citoyens puissent conserver un numéro de département sur leur plaque d'immatriculation, le débat de fond sur la prison semble indéfiniment repoussé à plus tard. Stéphane Mercurio, elle, offre via les familles de détenus un éclairage essentiel sur le système carcéral. En quoi existe-t-il un enjeu de société autour du sort réservé aux proches de personnes incarcérées ? —Aujourd'hui, dans les prisons, il y a 1 travailleur social pour 100 détenus, voire pour 200 dans certains endroits. Psychologiquement, les personnes incarcérées se détériorent au fur et à mesure de la détention. Ceux condamnés à de longues peines sont incapables de revenir à une vie normale et les petits délinquants apprennent à faire pire. Ces femmes sont les seuls vecteurs de réinsertion potentielle. Elles sont celles qui logent le détenu à la sortie, qui se démènent pour leur trouver un boulot. Il me semble que la prison est de façon générale un enjeu important, et pas seulement d'un point de vue humaniste, d'un point de vue égoïste aussi. Au lieu de protéger la société, elle génère de la violence. Il faut que les gens se mettent dans la tête que tout détenu sort. Quand il y a des récidives horribles, on entend toujours "Pourquoi on l'a laissé sortir ?" Moi je me dis : "Tiens, c'est un type qui a commencé à 18 ans avec un vol et il finit en train d'égorger ou violer une gamine. Il a passé 10-15 ans en prison avec plusieurs condamnations et on retrouve une espèce de monstre à l'arrivée." Ca pose vraiment des questions sur la prison. Lire la suite.
Dans le dernier Nouvel Obs que j'ai lu, celui de la semaine 9-16/09/10, j'ai trouvé deux bonnes citations pour illustrer l'amour que la sarkozie porte aux Roms et aux pauvres en général.
La première appartient à Hervé Algalarrondo :
Brice Hortefeux a créé la polémique, le 30 août, en déclarant, lors d'une conférence de presse destinée à faire le point sur le démantèlement des camps roms illégaux : « La France n'est pas un terrain vague. » Eh bien, il s'agit d'une citation de Charles Maurras. Le chef de l'Action française a écrit en 1912 : « Ce pays-ci n'est pas un terrain vague. Nous ne sommes pas des bohémiens nés par hasard au bord du chemin. Notre sol est approprié depuis vingt siècles par les races dont le sang coule dans nos veines. »
En effet, plus raciste, tu maurras.
Et puis, la deuxième, c'est Jacques Julliard qui nous la rappelle dans sa chronique Lecture de vacances :
Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s'étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j'en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L'admirable, c'est qu'ils excitaient la haine des bourgeois, bien qu'inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sols. Et j'ai entendu de jolis mots à la Prudhomme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d'ordre. C'est la haine qu'on porte au bédouin, à l'hérétique, au philosophe, au solitaire, au poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m'exaspère. [ ... ] Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton. »
Voilà ce qu'écrit Gustave Flaubert à George Sand, le 12 juin 1867.
Hier, mercredi 15 septembre, plusieurs moyens de communication —dont 20minutes.fr— ont relayé cette information :
En réponse aux menaces de Viviane Reding de poursuivre la France en justice pour non respect de la législation européenne à l'égard des Roms, Nicolas Sarkozy aurait suggéré à la commissaire européenne à la Justice et aux Droits des citoyens d'accueillir des Roms au Luxembourg, selon des sénateurs UMP présents à un déjeuner avec le chef de l'Etat.
«Il a dit qu'il ne faisait qu'appliquer les règlements européens, les lois françaises et qu'il n'y avait absolument rien à reprocher à la France en la matière mais que si les Luxembourgeois voulaient les prendre il n'y avait aucun problème», a rapporté le sénateur de Haute-Marne, Bruno Sido.
Quand on voit dans quelles mains nous sommes, on se demande illico quel est le bouillon de culture dans lequel on patauge. Dans ce sens, êtes-vous pour la vichyssoise ou pour le melting-pot ? Prenez dare-dare votre décision parce qu'il y en a qui, pour aller à la soupe, sont prêts à tout et notre histoire a déjà prouvé que ça peut tourner au vinaigre...
[Bien entendu, il y en a encore beaucoup qui ont fait leur choix dans le bon sens. Je voudrais rendre hommage, par exemple, à tous ceux qui se sont engagés dans "El Proyecto Youkali", pièce conçue et mise en scène par Miguel del Arco pour la CEAR (Comisión Española de Ayuda al Refugiado) que l'on peut voir, depuis le 7 septembre, jusqu'au 19 dans les NAVES DEL MATADERO du Teatro ESPAÑOL, à Madrid. La troupe était composée d'acteurs d'origine très variée : Dulcinea Juárez, Donat Mbuyi, Genoveva Caro, Sonia Ofelia Santos, Pedro Forero, Cristóbal Suárez, Mar Fernández-Sousa, Kati Dada, Ángel Ruiz, Alberto Sánchez, Wenceslao Scyzoryk, Sonia Fernández-Sousa, Alfonso Gálvez Blanco et Paqui Horcajo.]
NOTE POSTÉRIEURE : lu sur Le Monde, jeudi 7 octobre 2010 La gendarmerie détient un fichier illégal sur les Roms
La gendarmerie a constitué un fichier, illégal et clandestin, sur les Roms et les gens du voyage. Ce fichier ethnique, dont "Le Monde" révèle l'existence, est baptisé MENS, minorités ethniques non sédentarisées. Les avocats de quatre associations de gens du voyage ont déposé plainte pour constitution de fichier non déclaré et conservation "de données à caractère personnel qui font apparaître les origines raciales et ethniques". Lire la suite.
Mutins : insoumis... qui sont plutôt espiègles et aiment à plaisanter. Pangée, du Grec ancien : γη / gê « la Terre » et παν / pan « tout », littéralement : « toutes les terres ».
Eh ben, le mardi 7 septembre, profitant d'une manif contre le projet de réforme des retraites, Les Mutins de Pangée ont proposé aux Parisiens, sous le titre La Roue des Privilèges, une sorte de Jeu du Quotidien —basé sur la Roue de la Fortune— histoire de montrer gracieusement que là où il y a un gros privilège, drôle d'existence, il y a toujours, forcément, une ou plusieurs contreparties sociales. Vous ne comprenez pas très bien ce que l'on veut dire par là ? Pas de panique, c'est normal car dans le nouvel ordre mondial, les contreparties sociales reçoivent le nom de réformes. Bref, tout équilibre est le produit d'une compensation et tout privilège a besoin, lui aussi, de palliatifs. C'est ainsi qu'un bouclier fiscal ou une réduction fiscale sur les stock-options peut servir à financer des coupures sociales.
Voilà, maintenant, vous avez tout compris, n'est-ce pas ? Autrement dit, vous venez de faire en dix secondes un véritable master en Économie, cette science sociale qui n'est ni science ni sociale, un peu comme la poésie, avec le social en moins.
Les Mutins nous expliquent leur initiative dans leur site :
Au cœur de la manifestation unitaire du 7 septembre à Paris, des acteurs-militants d’ATTAC animent un grand jeu, sous le haut patronage de Liliane Bettencourt et de Eric Woerth. Une vidéo proposée par Les Mutins de Pangée en complément du reportage radio de Daniel Mermet et de l’équipe de "Là-bas si j’y suis" sur France Inter (voir aussi la-bas.org)