dimanche 24 avril 2011

Cinéma au retour du Maroc

Après notre voyage au Maroc, dont j'espère pouvoir parler plus calmement dans ce blog, D. eut la bonne idée de louer deux films classiques partiellement tournés dans deux points forts de notre journal de route. Non, ce n'étaient pas Ouarzazate et Aït Ben Haddou, les deux hauts lieux marocains des énormes productions du cinéma mondial (souvent des nanars accrocheurs offensant l'intelligence), mais Marrakech et Essaouira, deux villes inscrites elles aussi, comme Aït Ben Haddou, au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les métrages choisis étaient, bien entendu, L'Homme qui en savait trop (1) et Othello (2).
Comme la suggestion fut excellente, je la fais rebondir, dans l’espoir que vous pourrez ainsi revivre un tant soit peu vos instants délicieux dans certaines scènes des deux films : place Jmaa el-Fna, Bab Doukkala (celle de la gare routière populaire), voire à l'Hôtel La Mamounia, à Marrakech, ou sur les Sqalas de la Kasbah ou du Port, à Essaouira. En tout cas, vous allez certainement revoir ces deux films d’un œil différent.
En voici deux échantillons, en version française pour le film d’Hitchcock, en version originale pour celui de Welles :

MARRAKECH DANS LE CINÉ...



ESSAOUIRA DANS LE CINÉ...



D’autre part, pendant mon absence, mon bon ami H. m’avait mis au courant par courrier électronique d'une production relativement récente de la très honorable Media Education Foundation. Il s'agit de Reel Bad Arabs. How Hollywood Vilifies a People, documentaire (3) incontournable pour mieux saisir mon commentaire ci-dessus sur les nanars qu'on nous inflige et leur force très audiovisuelle à l’heure d’apprivoiser les masses dociles, car il illustre à merveille l’activité infamante d’Hollywood vis-à-vis des « Arabes » et tombe plus que bien après notre expérience : vous n'aurez qu'à comparer ce que vous avez vu au Maroc et ce que l’on nous montre tous les jours à la télé, dans les cinés, sur internet... et vous comprendrez à quel point on peut manipuler la réalité afin de bafouer, avilir et diaboliser l’Autre, dans ce cas, les « Arabes » (réels ou fictifs), confus amalgame sous lequel on place la crème des boucs émissaires de notre temps dans une attitude, soit dit en passant, impeccablement antisémite. Si les images en disent long, les remarques de Jack G. Shaheen, professeur émérite de l’Université de l’Illinois du Sud, sont particulièrement didactiques (en anglais, désolé : vous voyez qu'il faut apprendre des langues) :



Aux intéressés, je conseille la lecture d'un livre fondateur d'Edward Said sur le sujet : Orientalismo, Ed. Debate (nouvelle édition espagnole, 2002).

NOTE POSTÉRIEURE - Le Monde du 25/04/11 publiait cette dépêche :
Manifestations au Maroc
Des milliers de personnes ont manifesté dimanche pour réclamer davantage de démocratie et de justice sociale. C'est la troisième fois que des manifestations de ce type ont lieu dans le pays depuis le début de l'année.

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(1) The Man Who knew Too Much, film étasunien d'Alfred Hitchcock, sorti en 1956, année de l’indépendance marocaine. Le réalisateur britannique avait déjà tourné une première version suisse du film en 1934.
(2) The Tragedy of Othello: The Moor of Venice, film réalisé par Orson Welles et sorti en 1952, conçu à partir de la tragédie homonyme de William Shakespeare. Le Maroc n’était pas encore indépendant et la ville d’Essaouira s’appelait encore Mogador
(3) Sorti en 2006. Le livre qui en est l'origine, signé par Jack G. Shaheen et édité en 2001, est toujours disponible. Remarquez qu'il ne tient donc pas compte des productions de cette dernière jolie décennie...

mercredi 13 avril 2011

Cleptocrate en forme

Les Friedmanites partagent surtout l'essentiel : l'amour de la propriété ; ça s'y connaît et ça ne se repose pas sur ses lauriers.
La vidéo ci-dessous nous montre comment privatiser une plume chilienne en deux tournemains : privatisation et retour apparent à la normale. On réalise les tours pendant que son collègue crée des illusions. Voici le procédé:



Il s'appelle Václav Klaus et remplit la fonction de président de la République tchèque. C'est un faucon très cohérent car il prêche une doctrine qui a pour vocation le déplumage des vrais cons (ou pigeons) à tout bout de champ.

samedi 2 avril 2011

L'Empire du mal empire

 Le corollaire du marché hors la loi, c'est le banditisme.
Le corollaire du marché dans la loi, c'est la corruption.
(Michel Rio : La Statue de la Liberté, Seuil, Paris, mars 1997)

When I was young, people called me a gambler. As the scale of my operations increased I became
known as a speculator. Now I am called a banker. But I have been doing the same thing all the time.

(Sir Ernest Cassel (1852–1921), banquier personnel du roi Édouard VII)
Source: Cité dans Fat Cats: The Strange Cult of the CEO (Gideon Haigh, 2005)


Pauvres de nous. Et les médias qui sévissent parmi nous persistent et parlent de "crise". Moi aussi, j'insiste : personne ne parle de "crise" lorsqu'on vous vole votre portefeuille. Même une mère est capable d'avouer : Mon enfant me pique de l'argent ; elle ne dirait pas : chez nous, c'est la crise ! Et je viens de voir un film, Inside Job, qui parle toujours de la "crise qui s'est déclenché en 2008" (comme si c'était un orage), qui a pitié des investisseurs escroqués par des chaînes pyramidales à la Ponzi (rouages-cible d'une économie de casino hyper truqué où ils jouent le rôle d'idiots utiles ou apprentis usuriers qui salivant à l'idée d'obtenir des profits à la manière de la classe de loisir, se font arnaquer de plus belle : tel est pris qui croyait prendre ; oui, je pense aussi à nos proches parents piégés par les appâts sucrés du Forum Filatélico, verbi gratia), qui présente George Soros comme "spéculateur et philanthrope" (trophée à l'oxymore hypertrophié du siècle !), qui montre Christine Lagarde des Essences les plus Tapies des Affaires et Dominique Strauss-Kahn (*) comme étant des observateurs débonnaires au-dessus de la mêlée, qui flatte de manière ahurissante la coterie des ministres d'Économie de l'UE et j'en passe. Bien sûr, comme d'habitude, on a du mal à entendre la voix d'une seule de ces millions de victimes qui s'esquintant juste à tenter de survivre au milieu des tempêtes partout fabriquées, sont vampirisées sans merci par les dispositifs de plus en plus sophistiqués du système économique en vogue sans qu'elles aient tenu à participer à ses jeux macabres : elles ne seront jamais là pour les profits, qui reviennent à la Caste des initiés du système, elles en sont toujours pour leurs frais.

Charles H. Ferguson, réalisateur d'Inside Job, a précisé que son documentaire porte sur "the systemic corruption of the United States by the financial services industry and the consequences of that systemic corruption", donc sur l'empire de Wall Street-Washington et ses tentacules passe-partout aux atroces retombées. Et je me dis que la première conséquence de la corruption systémique, c'est justement la corruption de l'entendement ; c'est ainsi qu'on admet joliment, par exemple, qu'on peut être à la fois spéculateur (chercheur de plus-values faramineuses obtenues sur le dos de populations complètes) et philanthrope (celui qui ne cherche aucun profit et s'emploie à aider les autres), prédateur et altruiste, pyromane et pompier... Il est vrai que le spéculateur pompe, mais pomper plusieurs milliards de dollars sur le grand casino global des initiés n'est pas dévaliser des nantis à Sherwood ; rafler à l'échelle mondiale des sommes fabuleuses et financer ensuite certains groupes qui en ont besoin, mais aussi les alevins du capitalisme prédateur de l'Est de l'Europe, n'est pas exactement cultiver le dévouement à autrui : le pillage suivi de charité renvoie dans notre imaginaire beaucoup plus à la mafia qu'à la justice.
En effet, Inside Job dépose un tas de griefs très justifiés et nous explique à un rythme endiablé, données et témoignages de tout poil à l'appui, ce que nous savions il y a belle lurette : que nous nous faisons faucher légalement et illégalement par ceux qui nous gouvernent (directement intéressés, ou broyés par la menace ou le gros bakchich) et leurs chefs, des gens psychotiquement malades de cupidité et de convoitise qui innovent sans arrêt pour pomper d'un seul coup tout ce que des sociétés complètes n'obtiennent qu'à travers une longue vie de travail.
D'ailleurs, ce documentaire clair comme de l'eau de roche expose la collusion entre la grande finance et journalistes, experts, agences de notation, économistes et profs d'économie (Harvard, Columbia...). On voit bien à quoi cela sert qu'une université moderne et bien financée... par ceux-là qui s'attendent à ce qu'elle enseigne la doctrine de la secte : privatisation, dérégulation, croissance, austérité (en matière de frais sociaux), flexibilité (de la main d'œuvre), gel (maintenant baisse pure et dure) des salaires ou des retraites, et les autres poncifs habituels. Bien entendu, la modération salariale et la flexibilité contractuelle ne sont pas de mise pour les oracles de ces dogmes qui fréquentent littéralement d'autres sphères. Et comme l'Université a la possibilité de créer des articles de foi là où n'arrivent pas les églises, vous pouvez vous faire une idée du vrai but de la réforme de Bologne, soit dit en passant.
C'est un peu, sur une autre trame, les ingrédients de fond d'un livre que j'ai traduit il y a quelques années, La Statue de la Liberté, de Michel Rio, mais sans le policier Malone et avec le talent en moins de la part des prédateurs : le magnat Robert Brook avait lui aussi son empire industriel et financier tentaculaire, disposait de nombreuses fondations philanthropiques, avait payé un prix faramineux pour habiter les trois derniers étages d'un haut building auxquels il accédait en ascenseur privé, etc., mais sa rhétorique était bien mieux armée (1).
Les crapules cravatées d'Inside Job, réelles et contemporaines, se divisent en deux groupes en fonction de leur attitude face aux documentaires inconfortables : celles qui n'acceptent pas une interview non arrangée et celles qui l'accordent mais ont des sueurs froides devant des questions bien simples, donc, forcément compromettantes. Coupez le son ! : le langage corporel balbutiant nous livre des vérités que tente de celer le blabla. Il faut voir comment avalent leur salive ceux qui se sont plutôt fait à saliver à longueur de journée, les Frederic Mishkin, Glenn Hubbard, Scott Talbott ou autres David McCormick. Au point qu'on se demande bien comment il est possible que cette bande de faucons néocons vraiment cons puisse nous dominer (oui, les pyramides à la Ponzi prouvent qu'il y a plus cons qu'eux, qu'avidité et naïveté composent un cocktail pitoyable) et détruire notre vie et notre paysage (le film démarre par le cas de l'Islande, qui était un pays prospère et tranquille). Ou à quoi consacrent leur temps les procureurs anti-corruption de nos démocraties très libérales. Car, comme nous le rappelle Inside Job, en dépit « des fraudes qui ont provoqué des milliers de milliards de pertes, personne n'est allé en prison » Y a-t-il des experts en résistance de matériels pour nous apprendre quel taux de déprédation des biens de tous sommes-nous capables d'endurer ? Tant qu'il en reste quelque chose. Et nous sommes encore nombreux à ne vouloir ni saccager les autres, ni être saccagés, bref, à ne pas baver devant un jackpot global qui est devenu un réseau de crétinisation des masses par-dessus le marché.

Pour mieux patauger dans cette mare aux pigeons et aux fripons, on peut recommander la lecture de quelques titres récents :

- Frédéric Lordon : Capitalisme, désir, servitude. Marx et Spinoza, La Fabrique, Paris, 2010 ; 216 pp, 12 €. (Génial ! : il a créé un titre à base de trois synonymes !).
- Hervé Kempf : Comment les riches détruisent la planète, Éditions du Seuil, coll. Essais, Paris, 2007 ;  150 pp, 6€ (8€ à Madrid).
- Jean de Maillard : L'Arnaque. La finance au-dessus des lois et des règles, Gallimard, Paris, 2010, 2011 pour mon édition (revue et augmentée), coll. Folio Actuel ; 399 pp, 11,85 € à Madrid.
- Matt Taibbi : Griftopia. Bubble machines, vampire squids and the long con that is breaking America, Spiegel & Grau, novembre 2010.


(1) Échantillon des échanges Malone-Brook dans La Statue de la Liberté (pp 44-46); c'est Brook qui commence :
- L'invention majeure politico-culturelle est l'utopie. Toutes les utopies sont par essence, ou deviennent par nécessité, totalitaires. On ne peut pas forcer l'humanité au bonheur par réglementation de police. Le mouvement est invariablement le suivant : le bonheur s'estompe, la police s'accroît.
- Le service public n'est pas une utopie, mais une réalité. Il n'est pas despotique, mais républicain, et garantit les libertés. Le marché doit être soumis à la loi républicaine et non l'inverse. L'inverse est une dictature, et une castration du politique.
- Bloquer les mécanismes sélectifs fondamentaux, c'est bloquer la société. Une société bloquée est comme certains poissons qui doivent avancer sous peine d'asphyxie : elle est condamnée à mort.
- L'état de droit et de culture bloque le processus darwinien et malthusien dans l'humanité : il régule en amont et libère en aval : c'est la loi consensuelle suivie de la liberté consensuelle. L'état de nature dans l'humanité, ou la dictature du marché, maintient le processus darwinien ou malthusien : il libère en amont et régule en aval. C'est la liberté de la jungle suivie de la loi sélective de la jungle.
- Le marché est fondé sur la loi et les libertés républicaines.
- La dictature du marché n'est pas fondée sur les dits et les visées de la loi républicaine, mais sur ses silences et ses manques.
- Le service public se substituant au marché, c'est la ruine.
- Le marché se substituant au service public, c'est la mort.
- Il n'y a qu'une alternative : rentabilité ou faillite.
- La notion de rentabilité dans le service public est une absurdité logique et morale. Les conséquences en sont meurtrières, témoins l'affaire du sang contaminé ou celle de l'amiante en France ou l'affaire de la vache folle en Angleterre. Un gouvernement qui prend des risques avec la santé publique par souci économiste est un gouvernement de criminels. Le crime est contre l'humanité.
- Le profit est donateur de travail.
- Le profit comme finalité tient le travail en otage. L'ultralibéral est quelqu'un qui dit au politique : ne m'ennuyez pas ou je licencie. Le politique n'ennuie pas. L'autre licencie quand même.
- Liberté politique et libéralisme économique sont indissociables.
- Despotisme de l'argent et ultralibéralisme sont indissociables. L'ultralibéralisme, c'est la dictature des tenants du marché mondial.
- Le marché est, jusqu'à preuve du contraire, le seul système qui rende possible une société d'abondance. C'est aussi le seul qui ait les moyens d'être secourable.
- Le but n'est pas l'abondance, mais la suffisance et la justice. L'abondance, dans l'optique ultralibérale, veut dire le caractère exponentiel des biens et du profit. Cela doit impliquer normalement le caractère exponentiel des ressources de la terre. Ce qui est faux. L'ultralibéralisme veut dire : après moi, le déluge. Il se fout des générations futures. Il est massivement infanticide.

(*) NOTE POSTÉRIEURE (du 14 mai 2011) - C'était à s'en douter : le Tribunal des condamnés d'avance de Là-bas, si j'y suis s'est bien occupé de DSK quelques semaines plus tard, le mercredi 11 mai 2011 et le 12 mai 2011. Cliquez sur les liens pour mieux connaître le personnage et vous marrer en bon français.
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NOTE du 26 novembre 2013 :
Au sujet de ce billet, on peut lire en anglais, dans CounterPunch, un article paru ce dernier week-end (22-24 novembre 2013) :  

The American Criminal Elite
An Orgy of Thieves
par JEFFREY ST. CLAIR et ALEXANDER COCKBURN
(L'élite criminelle étasunienne - Une orgie de voleurs : adaptation et mise à jour d'un article publié par l'édition de novembre 2000 de The New Statesman).
Son dernier paragraphe rappelle à notre souvenir l'activité éducative des meilleures universités et écoles de hautes études étasuniennes (évoquée dans le 4e paragraphe de ce billet) dans cette spoliation organisée :
The finest schools in America educated a criminal elite that stole the store in less than a decade. Was it all the fault of Ayn Rand, of the Chicago School, of Hollywood, of God’s demise?

lundi 28 mars 2011

55,03%

C'est le taux d'abstention au second tour des élections cantonales qui ont eu lieu hier en France. Les abstentionnistes se sont donc largement imposés sur les partis qui détiennent les différents pouvoirs.
Quand aux partis qui ont recueilli des voix, selon les derniers résultats provisoires, le PS l'emporte avec 36,2% des voix, devant l'UMP à 18,6% et le FN à 11,56%. Autrement dit, ils ont été crédités respectivement par 17%, 8,74% et 5,43% (1) d'un corps électoral constitué en France par 44,5 millions d'électeurs.
L'UMP, le parti de la majorité en place, toujours soucieux de faire du chiffre, bénéficie donc d'un brillant soutien populaire de 8,74%, taux de légitimité qui ne l'empêche pas de poursuivre le pillage ("privatisation") des services publics et du patrimoine de tous.

(1) Bien entendu, ce sont des pourcentages qu'il faut calculer car je n'ai pas trouvé un seul média qui en fasse état.

samedi 26 mars 2011

À l'abri de rien

Votre livre vous expliquait qu'en France, il y a environ 1 000 associations solidaires avec plus de 20 000 militants actifs. Parmi les organisations non gouvernementales que nous avons mentionnées en classe et qui cultivent le volontariat ou bénévolat, je vous rappelle l'existence du mouvement d'Emmaüs et de la Fondation Abbé Pierre (1) pour le logement des plus défavorisés, des sans-abris. Justement, cette fondation vient de lancer sur le net un webdocumentaire réalisé par Samuel Bollendorf et Mehdi Aoudig et intitulé À l'abri de rien. Il s'agit d'une enquête sur le mal-logement en France —drame qui atteint presque quatre millions de personnes et que j'ai déjà évoqué ici— que l'on peut suivre à l'aide de sous-titres en français et où l'on voit, par exemple, que la propriété est un piège, un leurre.
Yves Colin, directeur de la Communication de la Fondation, explique que ce projet cherche à interpeller l'État à ce sujet scandaleux tout en préservant "l'intimité et la dignité de personnes déjà fragilisées".

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(1) Le Mouvement d'Emmaüs comprend la Fondation ainsi que d'autres associations, fondations ou initiatives. Son fondateur fut Henri Grouès, dit l'Abbé Pierre, né le 5 août 1912 à Lyon et mort le 22 janvier 2007 à Paris Ve.

mercredi 23 mars 2011

Indignez-vous !, de Hessel, présenté à Madrid

Lundi 28 mars 2011, à 19h30, dans le Théâtre de l'Institut français de Madrid, Stéphane Hessel et José Luis Sampedro vont présenter l'édition castillane d'un bouquin dont ils sont l'auteur et le prologuiste, et qui a mérité l'intérêt de certains parmi vous : Indignez-vous ! (Indigène éditions, octobre 2010 ; 32 pages, 3€ / ¡Indignaos!, Ed. Destino, 2011). On a prévu un service de traduction simultanée.

Ancien résistant contre les Nazis, puis déporté à Buchenwald ; après la Libération, diplomate et militant politique, Hessel a maintenant 93 ans, mais il conserve intacte sa capacité d'indignation et ose appeler à transmettre par ces temps-ci l'héritage de la Résistance, ce qui lui vaut les calomnies habituelles des vicaires médiatiques des grands pouvoirs, y compris le sioniste, drôle d'Histoire. En fait, pour des raisons très variées, bien des polémiques se sont déclenchées en France -et ailleurs- autour de l'opuscule de Hessel et de ses positions politiques ; en voilà un petit historique pour vous aider à vous repérer :
17/01/2011 - Nouvel Observateur : l'École normale supérieure (ENS) annule un colloque avec Hessel décrié par des associations sionistes. Censure évoquée par un groupe international d'intellectuels... (1)
18/01/2011 - Aude Lancelin, dans l'Obs : Qui veut la peau de Stéphane Hessel ?
19/01/2011 - Rencontre entre Stéphane Hessel et Edgar Morin (qui venait de publier La Voie chez Fayard) dans Les Matins, sur France Culture.


24/02/2011 - Aude Lancelin, dans l'Obs : De quoi Hessel est-il le nom ?
28/02/2011 - Marion Cocquet, Le Point : Stéphane Hessel et Edgar Morin : indignations en concurrence. (Modifié le 1/03/11. Voir aussi, par exemple, l'info de l'Obs là-dessus)

Au début d'Indignez-vous !, Hessel rappelle au lecteur qu'il a 93 ans et se souvient de ses années de résistance ainsi que du programme élaboré à l'époque par le Conseil National de la Résistance. Il écrit exactement :
À partir de 1945, après un drame atroce, c'est une ambitieuse résurrection à laquelle se livrent les forces présentes au sein du Conseil de la Résistance. Rappelons-le, c'est alors qu'est créée la Sécurité sociale comme la Résistance le souhaitait, comme son programme le stipulait : « Un plan complet de Sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d'existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail » ; « une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours. » Les sources d'énergie, l'électricité et le gaz, les charbonnages, les grandes banques sont nationalisées. C'est ce que ce programme préconisait encore, « le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d'énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d'assurance et des grandes banques » ; « l'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie ». L'intérêt général doit primer sur l'intérêt particulier, le juste partage des richesses créées par le monde du travail primer sur le pouvoir de l'argent.
La pertinence de ce rappel est absolue, car la classe dominante s'évertue, depuis plusieurs décennies, à "défaire méthodiquement" le programme du CNR et les acquis sociaux de l'après-guerre. Vous ne l'aviez pas remarqué ? D'ailleurs, nos prédateurs s'expriment comme de l'eau de roche à ce propos : coutumiers des bulles financières, ils se sentent désormais porteurs de la bulle d'excommunication de la dignité humaine. Denis Kessler, par exemple, ancien vice-président du MEDEF (la grande organisation patronale française), ancien patron du lobby des compagnies d'assurances et, par ces temps-ci, PDG de SCOR (groupe de réassurances qu'il a lui même fondé), a intérêt à en finir d'une fois pour toutes avec la Sécurité sociale, les pensions de retraite et les différentes prestations publiques d'une société modestement solidaire. Ça se comprend. Il ne faut donc pas s'étonner que le 4 octobre 2007, il ait publié un article —dans Challenges, revue au nom comme il faut— où il assignait au pouvoir sarkozyste la tâche péremptoire d'abroger « tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception » et de « sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! » M. Kessler ne se prive ni de l'adverbe ni du point d'exclamation [(2Note en bas de billet pour lire l'article dans son intégralité. Cliquez ICI pour lire une réaction contemporaine, celle du Lucky.blog].

Hessel termine son opuscule (22 pages) évoquant l'Appel du 8 mars 2004, une déclaration de quelques vétérans de la Résistance encore vivants alors, à savoir, Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey. Les derniers propos de son texte sont donc :
(...) certes « le nazisme est vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et sœurs de la Résistance et des Nations unies contre la barbarie fasciste. Mais cette menace n'a pas totalement disparu et notre colère contre l'injustice est toujours intacte ».
Non, cette menace n'a pas totalement disparu. Aussi, appelons-nous toujours à « une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation de masse, le mépris des plus faibles et de la culture, l'amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. »
À ceux et celles qui feront le XXIe siècle, nous disons avec notre affection :
« CRÉER, C'EST RÉSISTER.
RÉSISTER, C'EST CRÉER. »

Candide n'a rien à redire...
Une petite info pour conclure : Stéphane Hessel récidive et vient de publier le 10 mars Engagez-vous ! -Éditions de l’Aube, 93 pp. Ce nouvel ouvrage réunit ses entretiens avec Gilles Vanderpooten.
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(1) "We, the undersigned U.S., Canadian and British academics, many of us with long connections to France, and who have long admired the historic role of the École Normale Supérieure in the critical and intellectual life of the country, are dismayed at recent events at the school." : Nous, soussignés universitaires américains, canadiens et britanniques ayant de nombreux et prolongés contacts avec la France, et qui avons longtemps admiré le rôle historique de l’Ecole normale supérieure dans la vie intellectuelle de ce pays, sommes consternés par les récents événements au sein de cette école”. Ainsi commence une pétition signée par près de 160 chercheurs anglo-saxons adressée à Monique Canto-Sperber, directrice de l'ENS...

(2) Voici l'article complet extrait du site contreinfo.info :

Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde !

Par Denis Kessler, Challenges, 4 octobre 2007
Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie.
Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme...
A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !
A l’époque se forge un pacte politique entre les gaullistes et les communistes. Ce programme est un compromis qui a permis aux premiers que la France ne devienne pas une démocratie populaire, et aux seconds d’obtenir des avancées - toujours qualifiées d’« historiques » - et de cristalliser dans des codes ou des statuts des positions politiques acquises.
Ce compromis, forgé aune période très chaude et particulière de notre histoire contemporaine (où les chars russes étaient à deux étapes du Tour de France, comme aurait dit le Général), se traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc.
Cette « architecture » singulière a tenu tant bien que mal pendant plus d’un demi-siècle. Elle a même été renforcée en 1981, à contresens de l’histoire, par le programme commun. Pourtant, elle est à l’évidence complètement dépassée, inefficace, datée. Elle ne permet plus à notre pays de s’adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales, internationales. Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires.
Le problème de notre pays est qu’il sanctifie ses institutions, qu’il leur donne une vocation éternelle, qu’il les « tabouise » en quelque sorte. Si bien que lorsqu’elles existent, quiconque essaie de les réformer apparaît comme animé d’une intention diabolique. Et nombreux sont ceux qui s’érigent en gardien des temples sacrés, qui en tirent leur légitimité et leur position économique, sociale et politique. Et ceux qui s’attaquent à ces institutions d’après guerre apparaissent sacrilèges.
Il aura fallu attendre la chute du mur de Berlin, la quasi-disparition du parti communiste, la relégation de la CGT dans quelques places fortes, l’essoufflement asthmatique du Parti socialiste comme conditions nécessaires pour que l’on puisse envisager l’aggiornamento qui s’annonce. Mais cela ne suffisait pas. Il fallait aussi que le débat interne au sein du monde gaulliste soit tranché, et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux. Désavouer les pères fondateurs n’est pas un problème qu’en psychanalyse.
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Mise à jour postérieure (Suggestion d'Eva en janvier 2018) :

Clip Indignez-vous ! en langue des signes réalisé par des artistes et réalisateurs sourds sur le titre Indignez-vous ! du groupe HK et les Saltimbanks, en hommage à Stéphane Hessel et à son livre Indignez-vous !.

Réalisation : Sandrine Herman. 
1er assistant réalisateur : Jean-Marie Hallégot. 2ème assistant réalisateur : Jérôme Le Rhun.
Chansigneurs : Victor Abbou, Simon Attia, Djenebou Bathily, Alexandra Vanessa Dongal, Julien Lours, William Seemuller, Laurent Valo, Isabelle Voizeux, Sabine Zerdoum.
Chefs Opérateurs : Jérôme Lafon, Jérôme Le Rhun. Photographie : Philippe Lemaire. Monteuse : Alexandra Willot. Assistant monteur : Jean-Marie Hallégot. Adaptation en LSF : JM Hallégot, Sandrine Herman, Sabine Zerdoum, Maud Colin, Sonia Zozor, Isabelle Lombard, Sandra Faure. Assistante Production : Pauline Stroesser. Scripte : Hélène Hugounenq. Régie : Alexandre Faure, Karine Fontaine, William Seemuller, Maxime Bouhours.

vendredi 18 mars 2011

Exposition Brassens ou la liberté - Cité de la Musique

 Empanaché d'indépendance et de franchise ;
Edmond Rostand : Cyrano de Bergerac ; Premier acte, Scène IV, 377.

Georges Brassens naquit à Sète, dans l'Hérault, le 22 octobre 1921, et mourut à Saint-Gély-du-Fesc, tout près : 42 kms plus au Nord, le 29 octobre 1981. Donc, il aurait eu 90 ans dans quelques mois. Et comme il est fréquent lors de certains anniversaires, on en profite pour organiser des événements ; à cette échéance, c'est la Cité de la Musique qui a décidé de rendre hommage à ce compositeur et interprète moyennant une exposition, Brassens ou la liberté, que l'on peut visiter du 15 mars au 21 août. Cette institution s'explique ainsi sur son site :
Dans la continuité de plusieurs expositions visant à éclairer le parcours de figures emblématiques de la scène musicale du xxe siècle, en France et à l’étranger : « We want Miles » (autour de Miles Davis, en octobre 2009), « Gainsbourg 2008 » (2008), « John Lennon, unfinished music » (2005), « Pink Floyd Interstellar » (2004), « Jimi Hendrix Backstage » (2003), la Cité a souhaité rendre hommage à un monument de la culture musicale française : en 2011, Georges Brassens, mort il y a tout juste trente ans, aurait eu 90 ans.
Qui ne connaît pas Brassens ? Tout le monde a chantonné un jour l’une de ses chansons : Le Gorille, Les Amoureux des bancs publics, Auprès de mon arbre et bien d’autres. L’homme est installé dans la mémoire collective avec l’image parfois consensuelle du père tranquille que l’on chante en famille au coin du feu ou celle de l’ami qui nous rassure.
Il est temps de redécouvrir que derrière la figure fleurant bon la France d’antan, se cache un individu rare, hautement lettré, fin connaisseur des grandes figures de la poésie française, (...).
En effet, Brassens était singulier, intelligent, drôle, égrillard, foncièrement indépendant, swingueur, chantre des plus vulnérables, casseur des topiques bien-pensants, contempteur des grands pouvoirs et des cons qui les soutiennent ; bref, anticlérical. Et capable d'une puissance linguistique inexorable par-dessus le marché. J'adhère donc à toute initiative destinée à faire connaître un auteur de sa trempe notamment aux plus jeunes.

Clémentine Deroudille et Joann Sfar sont les deux commissaires de cette exposition. À propos des nouveautés qu'elle affiche, Deroudille a confié à Bernard Loupias (cf. Le Nouvel Observateur, 10-16 mars 2011, page 14) :

« Serge Cazzani  (1) a bien voulu nous prêter les premiers cahiers d’écriture de Brassens, tandis que qu’Agathe Fallet nous a confié la correspondance entre René Fallet et Brassens, mais aussi des classeurs de travail où l’on voit naître certaines de ses chansons et leur lente élaboration. Ainsi ces vingt-cinq versions de "l’Orage". J’ai aussi trouvé son fameux carnet de bord, de 1963 à sa mort en 1981. On oublie aussi trop souvent à quel point Brassens, qui apparaît aujourd’hui comme une institution, s’est heurté à des réactions violentes ; que nombre de ses chansons ont été interdites à la radio. Nous avons retrouvé et nous montrons les ridicules fiches de censure de l’ORTF… »

Deux radios publiques faisant partie du groupe Radio France, Radio France internationale et France Inter, se sont aussi penchées sur cette exposition temporaire. Cliquez sur les liens pour accéder aux informations, photos, vidéos, etc.
Je vous insère ci-dessous la vidéo d'une vieille interprétation de L'Orage où l'on voit un pétillant Georges Brassens :

Parlez-moi de la pluie et non pas du beau temps
Le beau temps me dégoute et m’fait grincer les dents
Le bel azur me met en rage
Car le plus grand amour qui m’fut donné sur terr’
Je l’dois au mauvais temps, je l’dois à Jupiter
Il me tomba d’un ciel d’orage...



(1) Neveu de Brassens et ayant droit du chanteur.

mercredi 16 mars 2011

Dossiers thématiques et animations du CNRS - Science en français

Pour travailler en même temps langue et science, vous disposez des dossiers thématiques du site du CNRS (Centre national de la Recherche scientifique).
Le tout dernier dossier qu'ils ont ajouté à leur saga s'intitule LE CLIMAT DE LA TERRE : c'est le seizième titre de leur collection CNRS/sagascience. Les textes de ce dossier ont été rédigés par Christine Girard et Sylvie Langlois d'après les sources suivantes :
Qu'est-ce que l'effet de serre ? site de Jean-Marc Jancovici, ingénieur conseil, spécialiste dans le domaine de l'énergie et du climat.
Température moyenne à la surface de la Terre et effet de serre, article de Marie-Antoinette Mélières, maître de conférences honoraire (Université de Grenoble).
Climat et société, Marie-Antoinette Mélières et Chloé Maréchal, Scérén CRDP de l’Académie de Grenoble
Articles suivants du site La main à la pâte : La circulation océanique, L'effet de serre, Les saisons, Le cycle de l'eau
.
Voici la collection complète de DOSSIERS THÉMATIQUES ET D'ANIMATIONS MULTIMÉDIAS EN LIGNE SUR LE SITE WEB DU CNRS :
Le climat de la Terre
Pourquoi, sans l’effet de serre naturel, la vie sur Terre telle que nous la connaissons n’aurait pas été possible ? Pourquoi y a-t-il des saisons ? De quoi est fait le rayonnement solaire, moteur du climat ? Comment les circulations atmosphérique et océanique façonnent-elles les climats terrestres ? En quoi les grands biomes terrestres dépendent-ils du climat ?
Autant de questions auxquelles cette animation multimédia répond grâce à de très nombreuses infographies, cartes animées, films et photos.

La ville-nature
Voyage au cœur des villes et de leurs espaces naturels, La ville-nature explore les liens parfois ignorés mais bien présents entre leurs différents habitants : humains, animaux et végétaux. Qu'apporte la biodiversité aux citadins? Qu'est-ce qu'un écoquartier? Quelle nature voulons-nous en ville? La cité du futur sera-t-elle verte?
Cette animation multimédia s'est inscrite dans le double contexte de l'année internationale de la biodiversité et de l'exposition universelle Shanghai 2010 dont le thème était "Meilleure ville, meilleure vie".

lundi 7 mars 2011

Mon Faso, webdocumentaire sur le Burkina Faso

Le 7 février, le collectif français Juste un peu flou annonçait la mise en ligne d'un webdocumentaire sur le Burkina Faso intitulé Mon faso et axé sur "6 portraits abordant chacun un sujet différent" (1). Il a été tourné en 2010 par Sylvain Pioutaz et Anaïs Dombret, deux membres de ce collectif réunissant de jeunes journalistes, photographes et vidéastes. Ils expliquent ainsi leur projet :

MonFaso donne la parole à plusieurs burkinabés, afin qu'ils nous racontent leur quotidien et leur vision du Burkina Faso. De la place des femmes à la liberté de la presse, chacun nous parle d'un aspect du pays, à travers son histoire. Un regard subjectif mais nécessaire pour comprendre la singularité d'un pays et de ses habitants.
À travers leurs mots, MonFaso souhaite faire découvrir ce pays d'Afrique de l'ouest, sur lequel les médias traditionnels se penchent assez rarement.

Ce qui est très exact : voilà pourquoi je suis ravi de contribuer à faire rebondir cette information. D'autant que les présentations disposent d'un bouton que vous pouvez cliquer pour afficher ou masquer des sous-titres en français, ce qui rend plus facile la tâche de la compréhension.
En ce qui concerne les auteurs de ce documentaire...

Anaïs Dombret est photographe, elle a travaillé comme pigiste pour différents journaux (La Croix, Paris Mômes). Ses travaux ont été exposé à Limoges (Empreintes, 2008), à Bercy Village (Photographie la nuit, 2008), ou encore au Paléo Festival de Nyon (Bosnie, 10 ans après, 2008). Visitez son site internet.
Sylvain Pioutaz est réalisateur, il a réalisé un court-métrage de fiction récompensé dans plusieurs festivals (Demain la veille, 2005). Il a également réalisé plusieurs documentaires sur des tournages de film, ainsi que des POM (2) (Marche Communarde en 2009, Une nuit avec le danseur en 2010). Visitez son site internet.

"Burkina Faso" est une expression bilingue (mooré dioula) qui veut dire pays ou patrie des hommes intègres, les Burkinabè. Quand j'étais enfant, un missionnaire vint à l'école où je faisais mon primaire nous parler de ses activités. Il nous expliqua qu'il cherchait à convertir des "negritos" dans une nation très lointaine qui s'appelait la Haute Volta, capitale Ouagadougou —nom qui nous épata profondément. C'était l'Espagne de Franco et nous avions entre six et huit ans.
La Haute Volta, ancienne colonie française grande comme la moitié de l'Espagne et contenant une soixantaine de langues, était devenue indépendante en 1960. Le nom de Burkina Faso ne fut adopté que le 4 août 1984.
Comme nous abordons ici le sujet du cinéma, je vous rappelle que la 22e édition du Festival (biennal) panafricain du Cinéma et de la Télévision s'est tenue à Ouagadougou du 26 février au 5 mars 2011. Il y avait sept catégories pour les films en compétition (long métrage, court  métrage, télé vidéo fiction, série télé vidéo, documentaire, diaspora et les  films des écoles africaines de cinéma) et cinq sections pour les hors compétition ("Panorama des  cinémas d’Afrique et des Caraïbes, "l’Afrique vue par", "Films du monde", "Séances  spéciales" et "Hommages"). Cliquez ici pour accéder au portail du FESPACO.
Palmarès du festival jusqu'à présent.
TV5Monde a préparé un fichier pdf pour l'occasion. Cliquez dessus pour mieux connaître le cinéma africain contemporain.


(1) Germain, photographe de quartier à Ouagadougou ; Ebou, femme au foyer à Boromo ; Sam's k, présentateur radio ; Hadiza Savadogo, étudiante en médecine ; Séri Youlou, formateur en maçonnerie ; et Adama, chef cavalier.
(2) Petite Œuvre Multimédia (acronyme POM ou POEM), appelée parfois Petit Objet Multimédia, est une réalisation vidéo ou flash qui associe photographe, réalisateur, webdesigner, créateur sonore et illustrateur. Si les webdocu en général vous intéressent, cliquez dessus pour accéder à un site francophone bien à propos.

vendredi 4 mars 2011

Exercice de style Gainsbarre - Requiem pour un con

Le site gainsbourg.net propose la vidéo de la Flashmob (sic) "Gainsbourg 20 ans", tournée à Paris le 19 février 2011 sur la passerelle Léopold-Sédar-Senghor et devant l'immeuble parisien de Serge Gainsbourg (1928-1991), 5bis rue de Verneuil, avec des fanatiques de feu l'artiste, cette crapule passablement auto-destructive, souvent et volontiers bouleversante, plutôt inclassable, décédée il y a 20 ans.
J'ai toujours goûté son côté iconoclaste (briseur d'images !), anti-bien-pensant et "gamberro" (le mot castillan qui me venait à l'esprit quand j'entendais "Gainsbarre") et je me suis souvent marré avec ses acrobaties calembouresques, mis à part ses rimes bâclées. Quand je pense que ses hardiesses expressives n'aboutissent aujourd'hui chez ses admirateurs qu'à un anglicisme à la con (Flashmob)... Expression qui serait peut-être, faut bien l'avouer, du goût de Serge, qui avait un penchant pour la branchitude ou le snobisme plus fort que lui, que sais-je ?

Voici deux versions vidéo de son impressionnant Requiem pour un con —composition au rythme inquiétant, aux paroles décharnées— : celle jouée par les admirateurs gainsbourguiens qui ont participé à cet hommage, et un court montage où l'on voit notre inimitable... scélérat ? (Quand je pense que les lois scélérates furent rédigées pour combattre les anarchistes à la fin du XIXe siècle...) La comparaison prouve, d'ailleurs, qu'une clope et des lunettes de soleil ne font pas forcément l'arsouille.




Écoute les orgues / Elles jouent pour toi / Il est terrible cet air-là / J'espère que tu aimes / C'est assez beau, non ? / C'est le requiem pour un con

Mais je l'ai composé spécialement pour toi / À ta mémoire de scélérat / C'est un joli thème / Tu ne trouves pas, hein ? / Semblable à toi même / Pauvre con

Voici les orgues / Qui remettent ça / Faut qu't'apprennes par cœur cet air-là / Que tu n'aies pas même / Une hésitation / Sur le requiem pour un con

Quoi, tu me regardes / Tu n'apprécies pas / Mais qu'est-ce qu'y a là-dedans / Qui t'plaît pas / Pour moi c'est idem / Que ça t'plaise ou non / J'te l'rejoue quand même / Pauvre con

Écoute les orgues / Elles jouent pour toi / Il est terrible cet air-là / J'espère que tu aimes / C'est assez beau, non ? / C'est le requiem pour un con

Je l'ai composé spécialement pour toi / À ta mémoire de scélérat / Sur ta figure blême / Aux murs des prisons / J'inscrirai moi-même : " Pauvre con "



Des accents qui, en moderne, suggèrent un modèle autrement plus sérieux...
La sottise, l'erreur, le péché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Et nous alimentons nos aimables remords,
Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

(...)

jeudi 24 février 2011

Contes du Congo, contes et comptes de la Crise

Quand je suis à Paris, j'aime bien voir ce qu'il y a au menu du musée du Quai Branly -dont je vous ai déjà parlé dans ce blog- car sa programmation est toujours appétissante. Lors de ma visite du 3 juillet 2010, j'eus le loisir de flâner un peu partout et de fourrer mon nez dans l'exposition Fleuve Congo, illustration des traditions artistiques des régions bantouphones d’Afrique Centrale sillonnées par le fleuve Congo. Les créations présentées concernaient donc trois États actuels : le Gabon, la République du Congo et la République démocratique du Congo.


Après mon parcours, je fis quelques emplettes dans la boutique du musée dont un bouquin intitulé Contes et légendes du Congo, Cyr Éditions, mars 2008, illustré par Yann Sougey-Fil. L'auteur de ce recueil est Marc Koutekissa qui tente ainsi de rendre hommage à ses aïeux et de protéger un héritage oral qui risque de disparaître. Il explique dans son prologue que "la majorité de ces contes tirait leur origine de la région du Pool, sauf le conte Vili qui était de la région du Kouilou." Ils suggèrent immédiatement fables et apologues : les héros sont toujours des animaux, les histoires sont brèves et comportent une morale qui s'exprime en général à la fin. Et comme il arrive souvent dans les vieux récits, la morale en question peut tour à tour nous séduire ou nous horripiler, ça dépend. Mais Koutekissa avoue ne s'être pas donné l'ambitieuse tâche littéraire d'un La Fontaine (1621-95), dont les Fables étaient ce "livre favori / Par qui j'ose espérer une seconde vie", selon les vers de sa dédicace à Madame de Montespan au début du Livre VII. Les critères de sélection de Koutekissa et son intervention ("fidèle") sont plus modestes : "Le choix de ces contes est dû au fait qu'ils étaient les plus courants et que ma mémoire les avait retenus fidèlement."
Je vous reproduis maintenant l'essentiel d'un de ses contes congolais car je trouve que sa moralité est non seulement universelle mais particulièrement profitable de nos jours :
La Tortue aux ailes d'or
Écoutez une histoire que parfois se racontent les oiseaux et dont ils gardent un triste souvenir, car ils n'oublieront jamais le mauvais tour que la tortue leur a joué il y a deux mille ans.
C'est la fête dans le royaume des airs. Les oiseaux siffleurs annoncent partout ce grand événement. Un billet d'invitation a été adressé par le génie oiseau à toute la gent ailée. Chaque oiseau se prépare à assister à cette fête, drapé dans un beau costume. (...)
La tortue quant à elle, n'est pas là pour entendre ce que se disent les oiseaux. Bien qu'étant éloignée d'eux, elle entend clairement leur langage. Les oiseaux parlent d'un repas qui leur sera offert là-haut au-dessus des nuages par oiseau génie.
La tortue a une faim de loup et elle voudrait goûter à ce repas. (...)
— Pour quoi n'ai-je pas d'ailes ?
Elle bat des deux pattes.
— C'est une injustice, poursuit-elle. Et pourquoi ne suis-je pas une tortue oiseau ou un oiseau tortue ?
Trac, trac, elle va trouver les oiseaux et parle avec un langage sincère.
— Tu n'as pas d'ailes et ce repas est destiné aux oiseaux, répondent ses interlocuteurs.
— J'ai des ailes comme vous mais elles sont bloquées dans ma carapace.
— Mais du reste, tu n'es pas de la famille des oiseaux. Tu as une bouche, des dents, et quatre pattes, répliquent les oiseaux.
— Je n'ai que deux pattes. Les deux autres que vous voyez au devant de mon corps ne sont que des ailes déplumées. Et ces plumes sont retenues prisonnières dans ma carapace.
— Nous voulons bien te croire. Mais nous connaissons parfaitement les vilains tours que tu joues aux autres.
— Vous me connaissez mal en ce moment. Depuis des lunes, je me suis arrachée de mes mauvais penchants.
Après une longue discussion, les oiseaux finissent par accepter la proposition de la tortue. Chaque oiseau lui donne une plume. La tortue possède maintenant des ailes et peut voler.
Satisfaite, la Tortue se met à haranguer la foule ailée pour les convaincre totalement.
Devant sa bravoure et son éloquence, les oiseaux acceptent sans la moindre opposition, sa proposition qui est celle de prendre la parole au nom de tous les invités devant l'oiseau génie.
— N'oubliez pas quelque chose d'importance capitale, dit-elle. Nous sommes invités tous à un cocktail. N'oublions pas que nos coutumes recommandent à tout invité de choisir un nom qui lui convient le mieux.
— Nous ignorons cette loi que tu nous imposes.
— Bien sûr ! Parce que vous vous êtes tous empêtrés dans l'ignorance. J'ai beaucoup voyagé dans les pays lointains où j'ai appris beaucoup de choses.
Dupé, chaque oiseau prend un nom.
— Moi, je m'appelle « N'tiétié » (roitelet)
— Moi, « Bingoundou bidé » (rossignol) [et ainsi de suite]
Et tous les oiseaux, d'un ton unanime, demandent à la tortue.
— Et toi, quel nom as-tu choisi ?
— Je m'appelle « Vous tous », répétez !
« Vous tous », répondent les oiseaux. (...)
Les serviteurs apportent les plats de nourriture, des mets très délicieux à la soupe agréable à voir des yeux. Il y a de la viande, le poisson, les légumes, les ignames, du foufou, du manioc, etc.
Tout le ciel est inondé d'une odeur sentant si bon. Alors la tortue se lève et demande au génie oiseau :
— Pour qui avez-vous apporté ces plats ?
— Pour vous tous, répliqua le génie oiseau.
— C'est formidable, répliqua la tortue en s'adressant à ses compagnons. Vous avez tous entendu ceci. Tout cela m'appartient. C'est bel et bien leur coutume qui leur ordonne ces pensées. Ils servent avant tout le porte-parole et ensuite, vous autres. Patientez, votre tour viendra.
Ce disant, la tortue se met à dévorer les mets sous les regards des oiseaux.
Quand les oiseaux s'aperçoivent du tour que la tortue vient de leur jouer, ils se fâchent tous, mais c'est un peu trop tard.
(...)
Tout flatteur vit au dépens de celui qui l'écoute.


Quel sera le pigeon qui appellera « crise » le mauvais tour que la tortue joua aux oiseaux ? Y aura-t-il un pigeon qui prétendra que « la crise accula les oiseaux à la pauvreté et au jeûne », que « la tortue mangea comme quatre cents malgré la crise aviaire » ou que « la tortue réussit à se taper un gueuleton conçu pour toute une nation d'oiseaux en pleine crise aviaire » ?...
Ne soyons pas pigeons comme les oiseaux de ce conte congolais. Pourquoi permettons-nous que des malins sans scrupules pillent la maison de tous et nous expliquent que nous vivons au-dessus de nos moyens, alors que leurs comptes ne cautionnent pas leurs contes par-dessus le marché ? Pourquoi acceptons-nous que ce soient ceux qui nous ruinent qui fassent notre loi ? Pourquoi admettons-nous que, quand les Marchés nous pissent dessus, les médias s'évertuent à nous dire qu'il pleut ? Car jour après jour, nous lisons dans la presse très dépendante, sans qu'elle rougisse (c'est moi qui y mets du rouge), des informations comme celles-ci :

Cada vez hay más ricos y tienen más dinero, a pesar de la crisis
Los patrimonios superiores a un millón de dólares crecen en España un 12,5%
PILAR BLÁZQUEZ MADRID, Público. 23/06/2010 08:00
 (...) [M]ientras el resto de mundo peleaba con una nueva versión de la crisis financiera que se inició en 2007, el número de grandes fortunas españolas creció un 12,5% el año pasado. Un selecto club, que ya cuenta con 143.000 personas, según el Informe Anual sobre la Riqueza en el Mundo elaborado por Merrill Lynch y Capgemini. "Este incremento se debe a la subida de la capitalización bursátil. Muchos de sus activos están invertidos en renta variable", explica Lucía Granda, directora de Merrill Lynch Global Wealth Management para España y Portugal.
La situación española no es una excepción. Todo lo contrario. En el resto del mundo el porcentaje de grandes fortunas se incrementó incluso más. En total, el crecimiento superó el 17%, hasta alcanzar los 10 millones de personas. No sólo aumentó la cantidad de afortunados, sino también la de sus fortunas. El patrimonio conjunto de los más ricos del mundo, alcanzó los 39 billones de dólares (3,4 billones de euros) un 18,9% más que en 2008. Es más, el crecimiento de los superricos, es decir las fortunas cuyo patrimonio supera los 30 millones de dólares( 24 millones de euros), subió un 19,4%, y sus posesiones se incrementaron un 21,5%.


AUMENTÓ UN 12% EL NÚMERO DE RICOS EN ESPAÑA
Yates, pinturas y coches de lujo: para los millonarios pasó la crisis en 2009
Los ricos son aquellos con más de 800.000 euros en bienes, excluidas casas
El número de ricos creció un 17,1% en todo el mundo, un 12,5% en España
Las ventas de coches de lujo se disparan en Brasil y China
Los millonarios invirtieron en pinturas clásicas o de los sesenta
El Mundo - Actualizado martes 22/06/2010 17:16 - Reuters | Efe
Nueva York.- Mientras las economías mundiales abandonaban a duras penas la recesión para emprender una débil recuperación, en todo el mundo aumentó el número de millonarios, quienes volvieron a abrir sus carteras a ciertos gastos 'pasionales' a partir de la segunda mitad de 2009.
Pese a la crisis, el porcentaje de población con más de un millón de dólares en activos (unos 800.000 euros al cambio actual) creció un 17,1% en 2009, hasta los 10 millones de individuos, que juntos acumulan una riqueza de 39 billones de dólares (31,7 billones de euros), un 18,9% más del volumen que acaparaban en 2008, según un informe de Merrill Lynch con Capgemini.

Las ventas de vehículos caen un 23,5% en enero con respecto al mismo mes de 2010
EUROPA PRESS, Madrid 01/02/2011 13:04 Actualizado: 01/02/2011 14:46
Las matriculaciones de automóviles se situaron en 53.632 unidades durante el pasado mes de enero, lo que supone una fuerte caída del 23,5% en comparación con el mismo mes de 2010, cuando se comercalizaron 70.130 unidades, según datos de las asociaciones de fabricntes (Anfac) y vendedores (Ganvam). Sin embargo, los automóviles de lujo aumentaron sus ventas un 133% en el mismo periodo.


Telefónica bate récord de reparto de dividendos en plena crisis
La operadora abonará 7.300 millones de euros a sus accionistas, el mayor pagado por una empresa española
RAMÓN MUÑOZ - El País, Madrid - 23/02/2011


Repsol triplicó su beneficio en 2010
La compañía petrolera obtuvo un beneficio neto de 4.693 millones de euros el año pasado
EUROPA PRESS para Público, Madrid 24/02/2011 09:03 Actualizado: 24/02/2011 09:09
Repsol obtuvo un beneficio neto de 4.693 millones de euros en 2010, cifra que triplica el resultado logrado por la petrolera en 2009, que fue de 1.559 millones de euros, informó la compañía que preside Antonio Brufau a la Comisión Nacional del Mercado de Valores (CNMV).
(...) Sin tener en cuenta extraordinarios, el beneficio neto recurrente de Repsol mejoró en 2010 un 54,9%, hasta situarse en 2.360 millones de euros. Por su parte, el resultado de explotación recurrente de la compañía ascendió el año pasado a 5.213 millones de euros, con un repunte del 66,7% respecto a 2009.
Iberdrola ganó 2.870 millones en 2010
Iberdrola obtuvo en 2010 un beneficio neto de 2.870 millones de euros, lo que supone un aumento del 1,6% frente a 2009, cuando ganó 2.824 millones, como consecuencia de "los menores resultados atípicos netos de impuestos".
Con todo, la eléctrica señaló que se trata del mayor beneficio neto registrado en su historia. Según informó la compañía a la Comisión Nacional del Mercado de Valores (CNMV), su facturación fue de 30.431 millones de euros (+17,5%) y su Ebitda se elevó un 10,5%, hasta los 7.528 millones de euros.

ABC, 24/02/2011 :
Antena 3. Antena 3 y Telecinco mejoraron resultados en el año del «apagón analógico» El grupo Antena 3 logró un beneficio neto de 109,1 millones de euros el pasado ejercicio, lo que supone un aumento del 79,6% respecto al año anterior, en gran medida debido a la mejora de los ingresos publicitarios. El mercado publicitario creció el 3,8%. (...).
Telecinco. Telecinco obtuvo un beneficio neto de 70,5 millones de euros, lo que supone un 45,6% más que en 2009, cuando ganó 48,4 millones de euros. Los ingresos aumentaron un 30,3% en 2010, hasta los 855,1 millones de euros, y sus márgenes sobre ingresos mejoraron con respecto al año anterior, con un beneficio bruto de explotación (Ebitda) ajustado de 228 millones de euros.
Abertis. Abertis ganó un 6,1% más por la positiva evolución del tráfico en las autopistas. Abertis registró un beneficio neto de 662 millones de euros en 2010, lo que supone un incremento del 6,1% en comparación con el año anterior, según informó este jueves la concesionaria. (...)
Abengoa. La empresa andaluza registró un beneficio neto de 207 millones de euros en 2010, lo que supone un incremento del 22% respecto al ejercicio anterior. El grupo alcanzó unas ventas de 5.566 millones de euros, un 34% más, mientras que el resultado bruto de explotación (Ebitda) se situó en 942 millones de euros, un 26% más que en 2009. (...)

mardi 22 février 2011

Lettres tunisiennes

La France ne veut pas envoyer Michèle Alliot-Marie en Tunisie. Ça se comprend, vu ses antécédents d'entente cordiale et collaboration avec le clan Ben Ali et ses proches. Pour l'instant, sur ce dossier, elle nous fait des vacances.
La République de l'irréprochabilité sarkozyste y avait même expédié un nouvel ambassadeur dans le but d'ouvrir une nouvelle page dans la relation bilatérale. Le problème, c'est que ce diplomate, Boris Boillon, a eu une manière plutôt atroce, libéro-coloniale, d'ouvrir son cœur au peuple tunisien —qui tient à dissiper des doutes bien fondés. Pour éviter des questions insolemment pertinentes, l'ambassadeur a mis sa fausse indignation dans le plat du déjeuner auquel il avait invité la presse tunisienne. Dans le genre casse-toi, pauv'con. Que Pierre Desproges me pardonne le détournement de citation, mais ce fut un déjeuner tout à fait somptueux, solennel et chiant, bref, une réussite parfaite...


Du coup, il s'est fait de nombreux amis et une page a été ouverte en Tunisie sous le titre "Boris Boillon, dégage !", expression que l'on scande également devant l'Ambassade française de Tunis. Il y en a même qui se donnent la peine de lui écrire des lettres impeccables de politesse et d'une lucidité, hélas Boillon, très peu débile. À les lire, on bénéficie d'un cours accéléré d'argumentation écrite :
Si nous nous permettons de vous écrire ainsi aujourd’hui, c’est à la suite de votre première intervention à Tunis, intervention où vous vous êtes adressé au peuple tunisien par l’intermédiaire de ses journalistes.
Nous voudrions, par la présente, attirer votre attention sur certains points qui pour nous, peuple tunisien, sont essentiels, contrairement à ce que vous et vos maitres, semblez en droit de penser. Si vous souhaitiez que votre séjour en Tunisie soit entouré de sérénité et de bons rapports, non seulement avec les représentants du peuple mais avec tout le peuple tunisien, il apparait évident que vous n’avez pas eu beaucoup d’entendement.
Une journaliste vous a posé la question de savoir ce « que (vous pourriez) répondre aux préoccupations du peuple tunisien par rapport au comportement de la France durant la révolution ». Vous avez oublié votre fonction et avez répondu que cette question était un préjudice. Vous vous êtes même permis de traiter la question de “débile”.
Sachez, cher monsieur, que la France, que vous représentez ici, à Tunis, a beaucoup à faire pour faire oublier, d’une part, son soutien inconditionnel à son ami Ben Ali pendant toutes ces années, mais, surtout, la position politique inadmissible qu’elle a soutenu pendant que nos jeunes mourraient et se battaient pour la liberté, l’une des valeurs pourtant inscrite dans la devise de votre patrie, monsieur.
Ainsi nos préoccupations vous semblent déplacées ? Et bien, c’est que nous allons avoir un problème, cher monsieur. Car, voyez vous, Le peuple tunisien n’a jamais été un peuple imbécile, contrairement à ce que vous pourriez croire. Et si nous avons connu le malheur et la disgrâce de vivre sous un dictateur « ami » de la France, cela ne veut pas dire que nous ne savons réfléchir, comprendre et surtout nous prononcer. Cela signifie “juste”, qu’avec l’accord de votre Nation, l’on nous avait muselé et dépouillé d’une grande partie de nos droits, dont celui de s’exprimer. Mais ne prenez pas la conséquence pour la cause et sachez que nous vous voyons pour ce que vous êtes, très cher monsieur.
Votre attitude pleine de mépris et d’arrogance, vous donne l’outrecuidance de parler ainsi à une journaliste tunisienne qui exprimait la question principale qui occupe le peuple tunisien quant à l’avenir de ses relations avec la France, a choqué plus d’une personne. Si c’est ainsi que se comporte le représentant de l’État français en Tunisie, nous craignons le pire pour l’avenir de nos échanges, monsieur. Mais pouvions nous attendre autre chose de la part d’un représentant dont le gouvernement n’a toujours pas présenté d’excuses claires pour avoir offensé la dignité d’un peuple ni n’a été blâmé pour entretenir des relations d’affaires avec un tyran ?
Cher monsieur, votre jeunesse n’est qu’apparente, vos actes semblent venir d’un monde si ancien, si vieux. Pensiez vous réellement pouvoir vous comporter comme ces soldats ardents et insultants de la période colonialiste ? Il semblerait que vos maîtres n’ont toujours pas compris quelle est la période historique qui s’ouvre en ce moment en Tunisie. Mais il est certain que les piètres performances de notre ancien ministre des affaires étrangères doivent y être pour quelque chose. Allez donc expliquer, cher monsieur, que nous ne sommes pas au début d’un nouveau colonialisme, non, nous sommes à l’aube de grands changements, et cette attitude française sera sévèrement punie à chaque fois qu’elle aura le malheur de réapparaitre, comprenez le bien.
Sachez que la volonté du peuple, aujourd’hui, Monsieur l’Ambassadeur, est de vous dire, tout simplement, “dégage”. Vous avez réussi avec votre comportement dédaigneux à tirer le pire du peuple tunisien, connu pourtant pour son accueil légendaire et sa générosité. Vous avez, en moins d’une semaine, fait échouer votre mission. Vous pouvez partir maintenant. Et dommage pour cette belle carrière prometteuse que vous vous étiez préparée et imaginée, vous saurez certainement tirer une leçon diplomatique de ce passage éclair dans notre beau pays.

Wejdane Majeri, Afef Hagi, Shiran Ben Abderrazak
Tunis, Milan, Paris, le 18-02-2011
Source : Nawaat.
Chers Tunisiens, bon courage !

NOTE POSTÉRIEURE (du 18 mai 2011) : Curiosphère.tv, le service d'éducation en images de France 5, a préparé en mai 2011 un dossier sur les révoltes du monde arabe. En fait, ils en abordent pour commencer celles de Tunisie, Egypte et Lybie, et vous y trouverez des analyses parfois très intéressantes et en français, dont celui d'Alain Gresh, par exemple. Voici l'édito qui fait office d'introduction :
Depuis le 17 décembre 2010, les dirigeants historiques du monde arabe sont en émoi. Exit Zine el-Abidine Ben Ali après 24 ans à la tête de la Tunisie. Exit Hosni Moubarak après 30 années de règne sans partage. Ces deux pays abordent aujourd’hui leur transition démocratique. Mais dans le reste du monde arabe la révolte grogne également : en Libye, plus que jamais, Mouammar Kadhafi est seul contre son peuple ; en Syrie Bachar El-Assad est contraint a des concessions ; au Bahreïn, à Oman, les manifestations contre les pouvoirs se multiplient... Curiosphere.tv, fidèle à sa mission pédagogique vous propose ce 1er numéro de Decrypt’Actu consacré aux révoltes du monde arabe. Vous trouverez ici des ressources thématiques permettant de prendre du recul sur ces événements, en les installant plus largement dans l’histoire contemporaine mondiale.

lundi 14 février 2011

Slogans et réalité crue ou jongler avec les mots

La presse nous apprend aujourd'hui que le gouvernement français organise un concours "pour jongler avec les mots" : dans le but de fêter la Semaine de la langue française et de la francophonie, qui vient de commencer, le site du ministère de la Culture et de la Communication lance une compétition, le concours des dix mots, à l'intention des collégiens et lycéens. Ils sont invités à réaliser collectivement un travail sur le thème de... la solidarité. Étonnant de la part d'un gouvernement élitocrate qui promeut à longueur d'année la concurrence (la guerre des plus forts contre tous) et le bouclier fiscal, qui diabolise les tziganes et les immigrés, qui encourage la dénonciation des solidaires (sujet très bien illustré par le film Welcome, de Philippe Lioret, qu'on a pu voir sur La2 il y a quelques jours) et dont la politique contribue, par exemple, à l'augmentation des Français non ou mal logés : selon le rapport 2011 de la fondation Abbé Pierre à ce propos, 3,6 millions de Français sont mal-logés ou directement sans abri. Le ministère de la Culture et de la Communication communique ce que le gouvernement ne cultive pas.
Le travail du concours proposé par le ministère français doit contenir les dix mots suivants : accueillant, agapes, avec, chœur, complice, cordée, fil, harmonieusement, main et réseauter. "Il s’agit de concevoir à partir des 10 mots une production littéraire qui implique une dimension artistique fondée sur un réel travail linguistique. Toutes les démarches pluridisciplinaires seront les bienvenues." Les inscriptions sont admises du 14 février au 16 mars.
Parallèlement, en collaboration avec le ministère et les sites "le-slam.org" et "On Aime Les Mots", TV5 Monde lance un tournoi international de slam, anglicisme qui veut dire littéralement "claquement" ; les slams dont nous parlons ici sont des compositions disons poético-oratoires, grosses de sens, que les slameurs déclament de manière très libre sur une légère base musicale.
TV5 Monde incite les internautes à créer un texte ou une vidéo à partir des dix mots mentionnés, puis à les poster sur son site (du 26 janvier au 1er mars 2011). Le 14 mars à 20h, Grand Corps Malade, slameur renommé, annoncera lors d'un tchat vidéo les noms des deux participants qui auront recueilli le plus grand nombre de votes du public. C'est drôle parce que Grand Corps Malade s'est illustré en analysant les soi-disant vertus solidaires des mesures gouvernementales, en matière d'Éducation nationale par exemple (voir la vidéo ci-dessous).
Démolir le service public et prôner la solidarité ? Si "jongler avec" est, selon Le Robert, "manier de façon adroite et désinvolte", on dirait que le gouvernement français jongle vraiment avec le mot "solidarité" et nous prend pour des gogos.

Grand Corps Malade - Education Nationale



Note du 16 février 2011 :  Sous le titre L'Appel des 47, 47 fonctionnaires de l'enseignement public qui ont rendu leurs Palmes académiques pour récuser la politique sarkozyste en la matière, publient un manifeste sur le site de Charlie Hebdo où ils dénoncent que...
"(...) l’Éducation nationale souffre de plus en plus d’une politique où la logique comptable et la notion de rendement ont pris le pas sur toute réflexion pédagogique et sociale : depuis quelques années, l’école que nous avons aimée et construite est progressivement désorganisée, dégradée, et disparaît. Nous n’y retrouvons plus les idéaux et les valeurs que nous y avons portés.
La liste des mesures qui vont contre l’école, les enfants, les étudiants et les enseignants est déjà bien longue : suppression, cette année encore, de 16 000 postes qui s’ajoutent aux 50 000 de ces trois dernières années ; suppression de la formation des enseignants (IUFM); suppression de la carte scolaire ; remise en cause de la scolarisation des moins de trois ans ; prime aux recteurs, etc.
"
Ce groupe des 47 comprend, hommes et femmes confondus, professeurs, conseillers d'orientation, maîtres de conférences, documentalistes, directeurs d'école, principaux et proviseurs, instits, inspecteurs, etc.

Note d'avril 2012 : J'ai réécouté le slam de GCM et j'ai éprouvé un certain malaise en écoutant une phrase : "continuons de dire aux p'tits frères que l'école est la solution". L'école est-elle vraiment LA solution, la solution définitive, la panacée absolue ? Non, ce n'est pas vrai, malheureusement. Cette affirmation pourrait peut-être plaire à Moreno Castillo, par exemple, mais il est question ici d'un problème beaucoup plus complexe que cela. L'école, bien entendu, fait partie de la solution mais celle-ci sera sociale ou ne sera pas. Vis-à-vis de tout ce qu'il y a autour de nous, habitus, prestiges montés, inlassable activité des grands média traditionnels, retombées des nouvelles technologies, publicité par monts et par vaux,... on est tenté de dire que l'influence de l'école est presque négligeable... C'est peut-être un bon moment pour suggérer la lecture d'un article de John Marsh paru en janvier 2012 dans Le Monde diplomatique : L'Éducation, suffira-t-elle ? Cliquez dessus si tout cela vous intéresse.

vendredi 11 février 2011

Pantin Moubarak quitte le pouvoir

Après dix-huit jours de manifestations, Hosni Moubarak a démissionné. C'est ce qu'a annoncé le vice-président égyptien, Omar Souleiman. L'armée prend le pouvoir...
L'annonce a provoqué une clameur de joie sur la place Tahrir, un coup de cœur au Caire... Et nous venons de voir sur la Puerta del Sol madrilène des Égyptiens et des citoyens d'autres nationalités en franche liesse. Il y en a qui finiront rauques la journée ! Félicitations très émues.
Et puis, l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) compte désormais un tyran de moins dans ses rangs. Aura-t-on droit à un nouveau fantoche ou ça va bouger pour de bon ? On verra bien mais, pour l'instant, y'a de la joie !

Je viens de relire quelques passages du Discours de la servitude volontaire (1576), d'Étienne de La Boétie (1530-1563) ; je trouve bon pour l'occasion —en fait, pour toutes les occasions— d'en citer cet extrait :
« Les empereurs romains n'oubliaient pas surtout de prendre le titre de tribun de peuple, tant parce que cet office était considéré comme saint et sacré, que parce qu'il était établi pour la défense et la protection du peuple et qu'il était le plus en faveur dans l'état. Par ce moyen ils s'assuraient que ce peuple se fierait plus à eux, comme s'il lui suffisait d'ouïr le nom de cette magistrature, sans en ressentir les effets.
Mais ils ne font guère mieux ceux d'aujourd'hui, qui avant de commettre leurs crimes, même les plus révoltants les font toujours précéder de quelques jolis discours sur le bien général, l'ordre public et le soulagement des malheureux. »
Ah, il y a exactement 50 ans, Ambroise Croizat (1901-1951) mourait à Suresnes. Il fut l'un des fondateurs de la Sécurité Sociale et du système des retraites en France.