dimanche 15 août 2010

Voyage dans les Alpes 4

Dimanche 9 mai 2010.




Départ d'Annecy pour Chamonix Mont-Blanc (101 km à l'Est). Nous empruntâmes l'A-40, l’Autoroute Blanche, escortée un bon moment à droite par la chaîne des Aravis. Et puis, un peu plus tard, juste devant nous, le spectacle du massif du Mont-Blanc était toute une promesse...
Comme apéro, cliquez ici pour lire le Récit d'une Ascension du Mont Blanc.






Près de notre but, il était vraiment inquiétant de voir les langues de neige, disons des mini glaciers, qui étaient presque à même la route et menaçaient celle-ci et les maisons avoisinantes (1).
Arrivés à Chamonix, nous marchâmes vers les guichets de la Gare du Montenvers afin de retirer les forfaits qu'avait réservés Maite. Nous allions tous découvrir ensemble la Mer de Glace.
Ensuite le gros du groupe monterait à l'Aiguille du Midi en utilisant son téléphérique, une prouesse technique composée de deux bennes et une station intermédiaire située au Plan de l'Aiguille. Cette ascension risque de déclencher chez d'aucuns des maux de tête à cause du changement vertigineux d'altitude qu'on opère en moins de vingt minutes. C'est pour cela qu'une petite représentation de notre bande resta à Chamonix... et mangea très bien.
En tout cas, nous eûmes la chance de visiter Chamonix et le massif du Mont-Blanc en toute tranquillité, compte tenu du nombre impressionnant de touristes que peuvent rassembler ces lieux dans d'autres saisons. Nos calmes compères touristes étaient d'ailleurs, pour la plupart, asiatiques.


La Mer de Glace est un glacier situé sur la face nord du massif du Mont-Blanc (Alpes), formé de la jonction de trois glaciers plus petits : le glacier de Leschaux, le glacier du Tacul, qui réunit la vallée Blanche et le glacier du Géant, et le glacier du Talèfre. Il mesure au total 7 kilomètres de long et son épaisseur est d'environ deux cents mètres. Pour avoir le plaisir de le connaître, mieux vaut prendre le train à crémaillère du Montenvers qui vous dépose sur un belvédère au panorama inoubliable.
Après avoir joui des vues que procure cette plateforme aménagée sur la Mer de Glace, de sa petite et très humide galerie des cristaux, nous prîmes tous la télécabine —desservie par le Train du Montenvers— qui permet de descendre en douceur au bord du glacier. C'est là que l’on a creusé des grottes dont une ouverte au public.
 C'est une espèce d'igloo géant dans l'intérieur duquel on a taillé, en glace, une cheminée, des chambres, des sculptures (un ours)...






Puis nous rentrâmes à Chamonix pour amorcer la montée vers l’Aiguille du Midi (3842 m)... en téléphérique.
Avant de prendre la première télébenne, la journée s'était estompée et tout le massif était recouvert par un coton nuageux ; ce jour-ci, nous eûmes droit à grand nombre d’images Gerhard Richter, série alpine, tantôt plus ou moins figuratives, tantôt disons dégradées, voire proches de l'abstraction :




Hermétisme blanc, vent invisible, neige vierge, air enivrant, plénitude...

Le temps nous délivra un tant soit peu des épaisses brumes et l'euphorie se fit coup de boule (de neige)...


De retour à Annecy, nous traversâmes St-Gervais, ville qui était autrefois le noyau huppé de la région et qui symbolise donc, si j'ose dire (car comparaison n'est pas raison), le chic déchu des bons vieux temps : nous nous arrêtâmes à Megève (à 35 kms de Chamonix), sa remplaçante du point de vue du statut social, où la pluie redoubla de plus belle.


Plus tard, nous reprîmes la route, la D1212, vers Sallanches ; de nouveau, dégustation de la belle Vallée de l’Arve, rivière alpine qui se jette dans le Rhône à un kilomètre à l'Ouest du lac Léman. Un panneau autoroutier nous rappela la proximité d'un « haut lieu de la Résistance » : Les Glières.

(1) À ce sujet, nous avons lu récemment, dans Le Monde du 29 juillet 2010 :
Le Mont Blanc en chantier
Des travaux de sécurisation d'un glacier ont été lancés pour éviter qu'une poche d'eau n'inonde la vallée de Saint-Gervais. Une catastrophe de même nature avait fait 175 morts en 1892.

D'autres chapitres de cette histoire :

jeudi 12 août 2010

Canal-U, ses vidéos éducatives, Hagège et la diversité des langues

Canal-U, la vidéothèque numérique de l'enseignement supérieur, portail dépendant du ministère français de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, propose en accès libre plus de 5 000 vidéos sélectionnées par les Universités Numériques Thématiques. Les thématiques UNT actuelles répondent à la classification suivante :
Les requêtes s'effectuent par thème - droit, économie, lettres, sciences... -, par discipline ou par niveau (inscription au préalable). À signaler aussi, dans ce domaine des espaces vidéo éducatifs, YouTube Edu, la rubrique de YouTube dédiée aux chaînes de grandes universités, avec des conférences en ligne, des reportages ou tout simplement -on s'en doutait- des vidéos promotionnelles.

Au sujet de Canal-U, je vous insère ici un échantillon en matière d’amour des langues : Le monde et la diversité des langues, conférence prononcée le 5 mai 2010 par Claude Hagège (chercheur en linguistique, professeur au Collège de France), organisée par l'Institut de Recherche Pluridisciplinaire en Arts, Lettres et Langues (IRPALL), l'UFR des langues et le Conseil Scientifique de l'Université Toulouse II-Le Mirail, dans le cadre du programme "Les mercredis de la connaissance", à l’Université Toulouse II-Le Mirail. Elle est suivie d'un débat avec l'auditoire (min. 66:35), animé par Solange Hibbs, Jean-Louis Breteau et François-Charles Gaudard, professeurs à l'Université Toulouse II-Le Mirail. Hagège encouragea son public à lui poser des questions dans n'importe quelle langue... sauf en anglais, langue qu'on nous inflige, sans égard ni pitié, à tout bout de champ.
Synthèse officielle de la conférence :

Selon les estimations, on compte, dans le monde contemporain, entre cinq mille et sept mille langues différentes, compte non tenu des dialectes et usages régionaux. Ces langues sont rangées en un certain nombre de familles, de l’indo-européenne à la sino-tibétaine, en passant par l’ouralienne, la sémitique, l’africaine, l’amérindienne, etc. Les langues appartenant à une même famille peuvent, néanmoins, être typologiquement très différentes. Certains esprits, hier comme aujourd’hui, prônent une unité linguistique, qui se réaliserait autour d’une langue unique, réputée faciliter les échanges à travers le monde. En réalité, aucune langue n’a jamais eu de diffusion mondiale, qui soit de nature à faire qu’elle supplante toutes les autres, et il ne semble pas, malgré ce qui est déclaré ici ou là, que l’anglais ait aujourd’hui cette vocation. En effet, face à sa présence sur les cinq continents, on voit s’affirmer des langues fortement promues par les pays où elles se parlent, de l’allemand au portugais, de l’espagnol au chinois, et de l’arabe au français, lequel prend tout naturellement sa place dans ce concert en faveur de la diversité linguistique du monde.
Ah, à propos de patois, dialectes et autres parlers, Claude Hagège tint heureusement à souligner un fait humain qu’il faut bien se mettre dans la tête : « tous les modes d’expression humains, quels qu’ils soient, sont des langues, et « patois », « dialecte », etc. ne sont pas des termes linguistiques, sont des termes sociaux, ou sociolinguistiques, mais il s’agit naturellement de langues, au même titre que n’importe quelle langue de vieille tradition écrite comme le sont l’allemand, le français, l’espagnol et quelques autres langues. »


mercredi 11 août 2010

Reportages sur les gitans, par la Télélibre



Téléchargé par latelelibre.
Sur ce site, vous pouvez voir plusieurs reportages sur les gitans, dont celui-ci qu'ils présentent comme cela : En pleine polémique sur les gens du voyage après les déclarations de Nicolas Sarkozy, latelelibre vous propose de revoir le documentaire « QUI A PEUR DES GITANS », produit pour FRANCE4 en 2009.
John Paul Lepers et son équipe sillonnent les routes de France à la rencontre de ces 400 000 « étrangers de l’intérieur », et pour la plupart, Français depuis des siècles. À bord de leur camping-car, ils s’immergent dans la vie des gens du voyage pour mieux comprendre leur quotidien, leurs préoccupations mais aussi leurs espoirs. Une enquête intime et sans complaisance qui les mènera de la région lyonnaise à la banlieue de Perpignan (1).

Cliquez dessus pour VOIR LES AUTRES REPORTAGES SUR LES GITANS de latelelibre...

— SOIRÉE TZIGANE À BRIGNOLLES AVEC NÉGRITA
TAM-TAM. Depuis notre road-doc sur les gens du voyage, « Qui a peur des gitans? », nous restons en contact avec plusieurs personnes qui ont participé au film. Notamment Victoria Guerdner et ses enfants, avec qui nous avons vécu quelques jours sur un terrain vague de la banlieue de Salon de Provence…
Publié le 9 juin 2010

— LE FLAMENCO ROMANESQUE DE MIGUEL, LE GITAN
CONCERT EN CAMPING-CAR. Nous vous proposons un instant magique de notre tournage du film, « qui a peur des gitans? », diffusé sur France 4 et ici même...
Publié le 14 novembre 2009

— NOTRE FILM SUR LES GITANS FAIT DÉBAT
Depuis la diffusion du road-doc « Qui a peur des gitans? », plusieurs débats ont été organisés autour du film. Une journaliste de La Voix du Nord était présente lors d’une projection à Roubaix. « Qui a peur des gitans ? » : à la Solidarité, un débat pour faire bouger les mentalités.
Publié le 31 octobre 2009

— UN MAIRE SE BAT POUR L’AIRE DES GENS DU VOYAGE
LIBRE POST. Dans le road-doc « Qui a peur des gitans? », nous avons pointé du doigt une incohérence républicaine: moins de 20% des communes appliquent la loi Besson (2000), qui oblige toute commune de plus de 5000 habitants à mettre à la disposition des gens du voyage, une aire de stationnement.
Le maire de la Commune de Barsac en Gironde veut se mettre en conformité, mais des habitants lui mettent des batons dans les roues…
Voici la lettre qu’il nous a fait parvenir :
Je suis en train de regarder sur France 4 le film que vous avez réalisé sur les gens du voyage, leurs parcours, leurs épreuves, leurs différences qui font peur à ceux qui ne les comprennent pas.
Je suis maire de Barsac en Gironde, et président de la Communauté de Communes du canton de Podensac, et en ses qualités confronté au stationnement des gens du voyage sur ma commune.
Avec mon conseil municipal, nous avons décidé l’implantation d’une aire d’accueil des gens du voyage, et les choses sont difficiles avec une partie de la population. Mais nous avons décidé malgré tout de nous mettre en conformité avec le schéma départemental d’accueil des gens du voyage, pour à la fois leur offrir des conditions de vie décentes, et aussi pouvoir avoir recours à la force publique lorsque subsisteront des stationnements sur les espaces publics malgré la présence de la future aire.
Je tiens à vous féliciter pour cet excellent film, très juste car impartial.
Si vous avez quelques minutes, vous pourrez à la fois suivre les différents articles de presse liés à notre dossier, et aussi la vidéo de la réunion publique du 11 septembre qui a été particulièrement animée , mais nous/je ne cèderai pas.

Bien cordialement

Philippe MEYNARD
Maire de Barsac
Président de la CDC de Podensac
Publié le 5 octobre 2009

— LA COLÈRE DES GITANS
LARMES GITANES. Cette mort violente, ils ne la digèrent pas. Au cours d’un tournage pour France 4 sur les gens du voyage, nous rencontrons les membres de la famille Guerdner le 27 mai 2009. Un an après le décès par mort violente de l’un d’entre eux, Joseph, 27 ans, père de trois enfants, abattu dans des conditions surprenantes le soir du 23 mai 2008. Le gendarme qui avait tiré sur lui à sept reprises alors qu’il tentait de s’enfuir de sa garde à vue à la gendarmerie de Draguignan est mis en examen pour coups mortels aggravés, pourtant déjà la famille avoue son peu de foi en la justice…
Vendredi 27 août 2009, avec plusieurs associations de la communauté des gens du voyage, une marche silencieuse est organisée à Draguignan. Pour réclamer justice et dénoncer le non_lieu prononcé ce 18 août 2009 concernant l’affaire Joseph Guerdner, à l’encontre du gendarme mis en examen pour coups mortels aggravés.
Le gendarme a donc été blanchi des charges qui pesaient sur lui et pourrait reprendre ses fonctions.
L’avocat de Micheline Guerdner, la mère de Joseph, Me Jean-Claude Guidicelli, a fait appel de l’ordonnance de non-lieu. Désormais c’est à la cour d’appel d’Aix-en-Provence que repose le dossier.
Publié le 26 août 2009

(1) En ce qui concerne Perpignan, les autorités de la ville ont décidé d'interdire de "se promener torse nu ou en maillot de bain" dans ses rues. Faire une entorse à ce réglement coûtera 38 euros, amende encourue par "quiconque déambulera dans les rues du centre entre le 1er août et le 30 septembre" en contrevenant au "respect de la dignité humaine, de la décence, de la moralité et de la protection de la jeunesse", selon le texte d'un arrêté de la mairie daté du 28 juillet. Impressionant car voilà comment on fait d'un seul arrêté quatre coups décisifs ; quel soulagement que de voir enfin protégées sur terre la dignité humaine, la décence et la jeunesse, pour ne pas parler de la moralité (voire des torses et de l'industrie textile). Comment se fait-il qu'on n'y ait pas pensé plus tôt ?, si vous permettez cette interrogation rhétorique car, visiblement, presque toutes les municipalités de notre civilisation y ont déjà pensé... Rien ne vaut cette lucidité qui consiste à bien voir et légiférer la frontière entre le bien et le mal, c'est-à-dire, entre ce qui est normal et ce qui est anormal, entre les vêtements comme il faut et... tous les autres looks confondus (nudité totale ou partielle, accoutrements et autres burqas) : "On ne va pas dire qu'il y ait eu une dégradation des mœurs, mais il est certain qu'on a pu constater courant juillet de plus en plus de gens qui avaient tendance à déambuler en ville dans des accoutrements anormaux [sic transit redundantia], et il y a des commerçants, des mères de famille, des citoyens perpignanais qui se sont plaints", a justifié l'adjoint chargé de la sécurité, Pierre Parrat. Heureusement, donc, les braves gens n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux, loin s'en faudrait ! Selon sud.france3.fr, "un homme qui marchait torse nu en ville lundi s'est difficilement laissé convaincre par une patrouille de la police municipale d'aller acheter un tee-shirt". Il y a toujours des anormaux qui ont du mal à accepter que la municipalité les cravate... et corrige leur tenue.

mercredi 4 août 2010

Les certitudes scientifiques de la vanité anthropocentrique

Nous savons tous, de source sûre, que l'Homme est, de droit divin, le roi de la nature. Beau poème. D'ailleurs, cela a été de tout temps empiriquement prouvé, à travers notre pratique. Il suffit de lire la première épître aux Corinthiens de Paul de Tarse :
La femme a été faite pour l’homme, et non l’homme pour la femme.
Tout est dit, n'est-ce pas ? Ou, si vous le préférez, vous n'avez qu'à lire l'évangile de Marc (2, 27)
Le shabbat a été fait pour l'homme.
D'ailleurs, c'est pour cela que José Luis Rodríguez Zapatero affirme de nos jours (le 30.07.10) :
La reforma laboral se ha hecho para evitar despidos.
La réalité a entièrement entériné ce point de vue épistémologique. C'est ainsi qu'en 1759, maître Pangloss, personnage savant du Candide de Voltaire, élargissait nos connaissances :
Pangloss enseignait la métaphysico-théologo-cosmolo-nigologie. Il prouvait admirablement qu’il n’y a point d’effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles, le château de monseigneur le baron était le plus beau des châteaux et madame la meilleure des baronnes possibles.
Il est démontré, disait-il, que les choses ne peuvent être autrement: car, tout étant fait pour une fin, tout est nécessairement pour la meilleure fin. Remarquez bien que les nez ont été faits pour porter des lunettes, aussi avons-nous des lunettes. Les jambes sont visiblement instituées pour être chaussées, et nous avons des chausses. Les pierres ont été formées pour être taillées, et pour en faire des châteaux, aussi monseigneur a un très beau château; le plus grand baron de la province doit être le mieux logé; et, les cochons étant faits pour être mangés, nous mangeons du porc toute l’année: par conséquent, ceux qui ont avancé que tout est bien ont dit une sottise; il fallait dire que tout est au mieux.
Un peu plus tard, en 1794, Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre écrivait au sujet des formes et des grosseurs des fruits, dans l'Étude onzième de ses Études de la nature :

Il y en a beaucoup qui sont taillés pour la bouche de l'homme, comme les cerises et les prunes ; d'autres pour sa main, comme les poires et les pommes ; d'autres beaucoup plus gros, comme les melons, sont divisés par côtes, et semblent destinés à être mangés en famille : il y en a même aux Indes, comme le jacq, et chez nous la citrouille, qu'on pourroit partager avec ses voisins. La nature paroît avoir suivi les mêmes proportions dans les diverses grosseurs des fruits destinés à nourrir l'homme, que dans la grandeur des feuilles qui devoient lui donner de l'ombre dans les pays chauds; car elle y en a taillé pour abriter une seule personne, une famille entière, et tous les habitans du même hameau.
Bien entendu, il savait aussi, en ce qui concerne les lianes (suite de l'Étude onzième), que...
La nature n'a placé ces classes que dans les lieux difficiles à escalader afin d'en faciliter l'accès aux hommes. On peut dire qu'il n'y a point d'escarpement qui ne puisse être franchi par leur secours. Il ne s'en fallut rien que, par leur moyen, les anciens Gaulois ne s'emparassent du Capitole.
Belle prestation, puisqu'elle savait joindre l'anthropocentrisme au patriotisme. Néanmoins, il a fallu attendre 2010 pour que cette glorieuse tradition, cette lignée de la certitude bien contrastée, atteigne son paroxysme. Je vous avoue que je me figurais que les arènes avaient été faites, par exemple, pour les combats de gladiateurs... Eh ben, hélas, non ; heureusement, un grand gourou est venu me secourir et éclairer ma pauvre lanterne, car les gourous ont été faits pour éclairer notre lanterne. Je suis tombé de cheval, comme Paul de Tarse, grâce à un article récent de Fernando Savater, professeur d'Éthique, qui aurait fait les joies de Paul, de Marc, de Pangloss, de Bernardin de St-Pierre et de Popper (comme vérification de son critère de la réfutation) et dont je colle ci-dessous un passage. Les taureaux de lidia ont été faits pour la lidia (la course) !!! Tout comme le coq de combat a été fait pour le combat et la chèvre de la légion a été faite pour la légion !!! Lisons son raisonnement :
¿Son las corridas una forma de maltrato animal? A los animales domésticos se les maltrata cuando no se les trata de manera acorde con el fin para el que fueron criados. No es maltrato obtener huevos de las gallinas, jamones del cerdo, velocidad del caballo o bravura del toro. Todos esos animales y tantos otros no son fruto de la mera evolución sino del designio humano (precisamente estudiar la cría de animales domésticos inspiró a Darwin El origen de las especies). Lo que en la naturaleza es resultado de tanteos azarosos combinados con circunstancias ambientales, en los animales que viven en simbiosis con el hombre es logro de un proyecto más o menos definido. Tratar bien a un toro de lidia consiste precisamente en lidiarlo. No hace falta insistir en que, comparada con la existencia de muchos animales de nuestras granjas o nuestros laboratorios, la vida de los toros es principesca. Y su muerte luchando en la plaza no desmiente ese privilegio, lo mismo que seguimos considerando en conjunto afortunado a un millonario que tras sesenta o setenta años a cuerpo de rey pasa su último mes padeciendo en la UCI.
(Fernando Savater : Vuelve el Santo Oficio, El País, 29.07.10)
On voit bien, d'ailleurs, que Savater précise dans son article des termes —ou des concepts implicites— jusqu'à présent un peu flous, tels "maltraitance", "symbiose", "bienfait", "privilège" et UCI (sigle des unités de soins intensifs en castillan), voire "projet", même si certaines voix malveillantes pensent qu'il mélange la vitesse et le jambon, l'éthique et l'éthologie ou la tautologie et la taurologie. Je souhaite seulement que, lors de ses derniers jours —après, j'espère, une longue vie—, il n'y ait pas de confusion dans son entourage entre les termes "soutien" et "symbiose" (à la Savater), "UCI" et "arènes", "bienfait" et "cruauté" ou "piqûres" et "banderilles".


Note : Le Saint Office de l'Inquisition combattait l'hérésie qui consistait traditionnellement, par exemple, à nier l'anthropocentrisme monothéiste, l'idée que l'Homme a été créé à l'image de Dieu pour devenir le maître de l'univers —et son corollaire : le modèle géocentrique. La vanité anthropologique a presque toujours relevé d'une logique théologique.
Le titre de l'article de Savater (identifiant sans nuances lutte contre la barbarie et Saint Office) est une boutade d'un cynisme stupéfiant, une comparaison délibérément injurieuse car il sait parfaitement que l'opposition à la cruauté gratuite est une attitude impeccablement hérétique, notamment en Espagne, alors que la torture a toujours été la marque du Santo Oficio.
Quant à l'idée sidérante "un torturé est un privilégié", elle embrasse la tradition ultralibérale des oxymores obscènes (cf. Bertrand Méheust, La politique de l'oxymore, Les empêcheurs de penser en rond, Éd. La Découverte, 2009), ces outils dévergondés de mensonge qui s'avèrent encore plus écœurants lorsqu'ils sont débités publiquement par un prof d'éthique qui, visiblement, se fout du monde —ou lorsque l'Éthique devient étique.
Bref, un intellectuel organique qui fustige comme blasphématoires contre les desseins des pouvoirs en place les contempteurs d'un rituel sanguinaire dont il fait l'éloge, c'est de l'impudence pur beurre. Non, fantoche, c'est toi le clerc, l'ecclésiastique, et c'est toi le Saint Office.

samedi 31 juillet 2010

Le faciès, les Tsiganes, Sarkozy et les Parce-que-je-le-vaux-bien

L'appétit tient du rêve, car il est à la fois mémoire et hallucination
Roland Barthes, Lecture de la Physiologie du goût, de Jean Anthelme Brillat-Savarin (1755-1826), Hermann Éditeurs, 1975 ; nouveau tirage 2005, coll. Savoir : Lettres, page 25.

Je sais très bien que le fait de voir ensemble une salade d'infos apparemment disparates pourrait entraîner la perplexité de certains ; faites-moi néanmoins confiance et lisez la suite hétéroclite que je vous propose. Il se peut qu'elle finisse par vous aider à établir des liens apparemment biscornus.

Sujet 1. Je vous relaie tout d'abord des extraits du rapport Police et minorités visibles : les contrôles d’identité à Paris, enquête dirigée par Fabien Jobard et René Lévy (du CNRS), lisible ici en pdf et divulguée dans son site par le lucide collectif Les Mots sont importants :
Les citoyens français d’origine immigrée, et en particulier ceux d’origine nord-africaine et subsaharienne, se plaignent depuis longtemps de ce que les fonctionnaires de police les soumettent à des contrôles d’identité injustes, discriminatoires et dépourvus de nécessité. En 2007, la Open Society Justice Initiative a lancé une étude pour examiner si, et dans quelle mesure, les policiers contrôlent les individus en fonction de leur apparence. Cette étude a été réalisée en collaboration avec Fabien Jobard et René Lévy, chercheurs au Centre National de la Recherche Scientifique, et sous la supervision technique de Lamberth Consulting. En examinant cinq sites parisiens (dans et autour de la Gare du Nord et de la station Châtelet-Les Halles), importants points de transit du centre de Paris où l’on observe une forte activité policière, l’étude a recueilli des données sur les contrôles de police, au premier rang desquelles des données sur l’apparence des personnes contrôlées (origine, âge, sexe, style vestimentaire, types de sacs portés). Cette étude, qui présente des données uniques sur plus de 500 contrôles de police, est la seule menée à ce jour, propre à détecter le contrôle à faciès en France.
(...) L’étude a confirmé que les contrôles d’identité effectués par les policiers se fondent principalement sur l’apparence : non pas sur ce que les gens font, mais sur ce qu’ils sont, ou paraissent être. Les résultats montrent que les personnes perçues comme « Noires » (d’origine subsaharienne ou antillaise) et les personnes perçues comme « Arabes » (originaires du Maghreb ou du Machrek) ont été contrôlées de manière disproportionnée par rapport aux personnes perçues comme « Blanches ».
Selon les sites d’observation, les Noirs couraient entre 3,3 et 11,5 fois plus de risques que les Blancs d’être contrôlés au regard de la part de ces deux groupes dans la population disponible à être contrôlée par la police (ou la douane).
Les Arabes ont été généralement plus de sept fois plus susceptibles que les Blancs d’être contrôlés ; globalement, ils couraient quant à eux entre 1,8 et 14,8 fois plus de risques que les Blancs d’être contrôlés par la police (ou la douane) sur les sites retenus, également au regard de la composition de la population disponible. (...)
Un autre facteur déterminant a été le style de vêtements portés par les personnes contrôlées. Bien que les personnes portant des vêtements aujourd’hui associés à différentes « cultures jeunes » françaises (« hip-hop, » « tektonik, » « punk » ou « gothique », etc.) ne forment que 10% de la population disponible, elles constituent jusque 47% de ceux qui ont été effectivement contrôlés. Il ressort de notre étude que l’apparence vestimentaire des jeunes est aussi prédictive du contrôle d’identité que l’apparence raciale. L’étude montre une forte relation entre le fait d’être contrôlé par la police, l’origine apparente de la personne contrôlée et le style de vêtements portés : deux tiers des individus habillés « jeunes » relèvent de minorités visibles. Aussi, il est probable que les policiers considèrent le fait d’appartenir à une minorité visible et de porter des vêtements typiquement jeunes comme étroitement liés à une propension à commettre des infractions ou des crimes, appelant ainsi un contrôle d’identité.
Alors qu’en règle générale, les personnes interrogées ont qualifié de « poli » et de « neutre » le comportement des fonctionnaires qui les avaient contrôlées, et ce quelles que soient leurs origines supposées, à la question de savoir quel effet ce contrôle avait produit sur les intéressés, les Noirs et les Arabes interrogés ont exprimés des sentiments fortement négatifs au regard de celles exprimées par les Blancs (...).
Sujet 2. Êtes-vous au courant de ce beau feuilleton rassemblant Liliane Bettencourt, Éric Woerth, Florence Woerth et Nicolas Sarkozy ?
Liliane Bettencourt est une milliardaire du fait de sa naissance, car héritière de L'Oréal, et bénéficiaire du célèbre bouclier fiscal établi en France par Sarkozy.
Éric Woerth est le ministre français du Travail, de la Solidarité et de la Fonction publique et était ministre du Budget lorsque sa femme travaillait pour Liliane Bettencourt. Trésorier de l'UMP, il nie —contre le témoignage de Claude Thibout, ancienne comptable de Mme Bettencourt— qu'il ait reçu 150 000 € en argent liquide de celle-ci par l'intermédiaire de son gestionnaire de fortune, Patrice de Maistre, à l'occasion de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Ce qui est sûr, c'est que Patrice de Maistre a reçu les insignes de la Légion d'honneur des mains d'Éric Woerth, alors ministre du Budget, le 23 janvier 2008 à Bercy.
Florence Woerth est économiste et épouse d'Éric ; elle fut recrutée par Patrice de Maistre au sein de Clymène, la société chargée de gérer le patrimoine financier de Liliane Bettencourt.
Voyons ce qu'en dit Pierre Haski dans Rue89 :
Les 30 millions de Bettencourt ou la faillite du bouclier fiscal

A son corps défendant, Liliane Bettencourt est en train de devenir le révélateur de bien des maux actuels, au gré du déluge de révélations qui la concernent, elle et sa fabuleuse fortune. Ainsi, les 30 millions d'euros qu'elle a reçus en 2008 au titre du « bouclier fiscal » font réagir, non pas que ce paiement du Trésor public ne soit pas légal, mais pour ce qu'il révèle de l'arnaque de ce même bouclier.

Face à l'ampleur de ce remboursement de l'Etat révélé par Mediapart, et qui a été effectué au titre du bouclier fiscal instauré par la majorité UMP dès l'élection de Nicolas Sarkozy en 2007, Dominique Paillé, le très dévoué porte-parole du parti majoritaire, est monté au créneau avec un argument dont il ne mesurait sans doute pas l'ironie absurde.

Il a réaffirmé sur France Culture vendredi matin que le bouclier fiscal avait été instauré pour que les gros contribuables, ceux qui se voient rembourser les montants dès qu'ils dépassent les 50% de prélèvements, restent en France et ne partent pas à l'étranger.
« Evidemment, ce chiffre est important, mais je vous demande simplement de réfléchir. Il est probable, il est possible en tous cas, que si cette disposition n'avait pas été mise en œuvre, Mme Bettencourt aurait pu quitter le territoire national. Mme Bettencourt, première fortune de France et probablement première fortune d'Europe, reste sur le territoire national et c'est tant mieux, car elle y fait des investissements et des dépenses. »
Le problème pour l'argumentation de Dominique Paillé, c'est que Mme Bettencourt -par ailleurs gros soutien financier de l'UMP- a empoché l'argent du Trésor public en 2008, et a continué à pratiquer ce qui ressemble fort à de l'évasion fiscale à haute dose en Suisse, à Singapour ou aux Seychelles, comme l'ont montré les enregistrements du maître d'hôtel, ainsi que la décision en forme d'aveu de l'héritière de L'Oréal de rapatrier en France ses comptes illicites à l'étranger, en particulier en Suisse.
C'est donc toute la logique du bouclier de Nicolas Sarkozy qui s'effondre avec le comportement de l'une des plus grandes fortunes de France, qui profite sur les deux tableaux, aux dépens du Trésor public et donc de tous les citoyens/contribuables. Et elle n'est pas seule. (...)

(Ecouter le son ou lire la suite)
Quant au fond de cette histoire, lisons des fragments d'une info publiée par le quotidien français de droite Le Figaro, où il est question de l'interrogatoire de Mme Bettencourt qui a eu lieu chez elle et —Dieu soit loué— « s'est passé très courtoisement » :
C'est Liliane Bettencourt qui a ouvert le bal lundi. Son audition par les policiers de la brigade financière s'est tenue de 11 heures à 13h15 dans son hôtel particulier de Neuilly-sur-Seine. L'interrogatoire « s'est passé très courtoisement, s'agissant de souvenirs qui sont parfois très anciens et que ma cliente n'a pas forcément gardés à l'esprit avec détail », a indiqué son avocat, Me Georges Kiejman. Il a par ailleurs affirmé à l'issue de l'audition que le bureau du secrétariat de la milliardaire avait été perquisitionné. «Mme Bettencourt a donné son accord à cette perquisition, cela ne lui pose aucun problème», a ajouté l'avocat. (...)
La milliardaire devait s'expliquer sur le volet fiscal de l'affaire. Les écoutes clandestines ont en effet laissés entendre qu'elle possédait au moins deux comptes en Suisse, dotés de plusieurs dizaines de millions d'euros. Autre point révélé par les enregistrements pirates : l'existence de l'île d'Arros, aux Seychelles, dont les policiers souhaitent déterminer l'identité du réel propriétaire. C'est sur cette île qu'a notamment porté l'audition de Liliane Bettencourt, selon son avocat. «Nous avons indiqué aux policiers que nous allions leur remettre une note précisant mieux le statut juridique de l'île», a ajouté Me Kiejman.
L'héritière de L'Oréal a par ailleurs été entendue sur sa relation avec Eric Woerth», qu'elle a qualifiée «d'épisodique» et sur les déclarations de son ex-comptable Claire Thibout, qui a fait état de retraits en espèces destinés à des décideurs politiques, selon son entourage.
Sujet 3. Mais, en même temps, quand il faut chercher des délinquants, Nicolas Sarkozy a les idées claires, même si elles sont étonnamment ressemblantes à celles de Jean-Marie Le Pen, Silvio Berlusconi, le régime de Vichy ou notre Marqués de la Ensenada : au lieu d'aller fouiller dans les sièges sociaux des entreprises du Cac 40, ou chez leurs grands actionnaires, où —qui sait— on aurait peut-être pu trouver plus de 40 voleurs, il a organisé une réunion sur les "problèmes que posent les comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms" le 28 juillet à l'Elysée (Et Hervé Le Tellier de gloser l'affaire dans son Papier de verre, Le Monde : On oublie les Arabes, les Noirs, les Juifs et les coiffeurs. Si vous avez pensé "pourquoi les coiffeurs ?" vous avez perdu).
Conclusions ? Nicolas Sarkozy, citoyen français d'origine hongroise, époux de Carla Bruni, citoyenne française d'origine italienne, est prêt à établir des distinctions juridiques entre Français de souche et Français d'adoption, comme le souligne, par exemple, France Culture (Cliquez dessus, si vous voulez écouter). Il prône même la déchéance de nationalité et l'expulsion. Solutions apparemment peu conséquentes puisque, comme le souligne Jean-Luc Mélenchon,"Le président devrait prendre garde que sa condition de fils d'immigré ne permette pas demain de le déchoir de sa nationalité s'il venait à être poursuivi ou condamné, à tort ou à raison, du fait des conséquences de ses accointances avec les milieux d'affaires".

Synthèse. Revenons au faciès ; vu les habitudes flicardes, plusieurs interrogations pourraient éventuellement s'imposer : quelle rage pousse certains à adopter le mépris de classe qui correspondrait en principe à d'autres castes et qui constitue souvent une sorte d'auto-détestation ? Oui, il y a là-dessus pas mal de réponses chez Veblen, Bourdieu et tant d'autres. Afficher un ton décidément très NAP, très bling-bling ou très aristoCAC ne pourrait pas constituer la preuve définitive de l'appartenance à une minorité visible, souvent invisible et toujours opaque, étroitement liée à une propension aux conflits d'intérêts et à la commission de délits d'initiés, visiblement encline à la paresse, au désœuvrement et au dolce farniente, manifestement portée à l'évasion fiscale, appelant ainsi, dans le cadre de la lutte contre la criminalité économique et financière, à des contrôles fiscaux et des interventions de la brigade financière ?
Eh bien, fiasco, nous sommes désolés de constater que cela ne se passe presque jamais ; il faut en général que quelqu'un filtre des informations trop fortes de café pour que policiers et procureurs agissent et gênent un tant soit peu l'ordinaire placidité des nantis, dont l'armée de régisseurs et de domestiques les dispensent même de savoir quel est le détail de leurs domaines ou de leurs fortunes. Il va falloir en conclure que la police et les procureurs travaillent pour d'autres que pour le commun des mortels... Serait-ce vrai ?
D'ailleurs, nous comprenons très bien l'inclination à la paresse et la ferme volonté d'oisiveté car elles font partie même de notre nature : nous ne prêchons qu'un partage équitable de ces appétissantes délices afin que nous aussi, sujets hédonistes, puissions nous les permettre au même niveau que les détenteurs de la caquitude. Serait-ce juste ?
Et puis, j'avoue que la création de boucs émissaires m'a toujours écœuré, car honteuse et inutile par-dessus le marché : elle n'est qu'un simple rideau de fumée tiré par les faucons, destiné aux vrais cons et jouissant de l'essence même de la vieille prestidigitation : il s'agit de leurrer nos sens et notre entendement pour que nous voyions ce qu'on veut nous montrer tout en nous escamotant ce qui risquerait de nous intéresser beaucoup plus... Quand je songe à tous les voleurs et tous les tyrans de ma vie (y compris les génocides), je n'ai besoin de penser à aucun tsigane mais plutôt à bon nombre de gadjos bien blancs, dont quelques uns sachant laver plus blanc que personne. Et vous ?

mercredi 28 juillet 2010

Voyage dans les Alpes 3


Samedi 8 mai 2010


Départ en autocar pour Genève. Nous avions programmé à 10h30 une visite guidée du Palais des Nations.
L’entrée des visiteurs se fait par le portail de Pregny, Avenue de la Paix 14, en face du musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
Distribués en deux groupes, nous parcourûmes pendant 1h 10min les différents espaces du Palais, y compris la Salle des Droits de l’Homme et de l’Alliance des Civilisations décorée par Miquel Barceló (cadeau du gouvernement espagnol) ou la Salle du Conseil, la dite Salle espagnole, dont les murs et les plafonds étalent les toiles murales peintes par José Mª Sert en hommage, entre autres, à Francisco de Vitoria (dominicain mort en 1546), Francisco Suárez (jésuite, 1548-1617) et leurs collègues de l'École de Salamanque (représentée sur le plafond par la tour de la cathédrale neuve salmantine) à qui l'on doit le développement du ius gentium, noyau du Droit international. Disons que, lors de la colonisation d'Amérique, l'idée que tous les hommes partagent la même nature et, donc, les mêmes droits n'étaient même pas théoriquement à la mode. Et puis la pratique... Enfin, passons, pour l'instant.

Plafond de la Salle du Conseil, Palais des Nations, Genève. Peintures murales de Sert.



Après cette visite, Éric, notre chauffeur ce jour-là, nous promena un petit peu dans Genève.
Tout d'abord, nous avons longé une manifestation de mille et quelques indépendantistes catalans juste devant le Palais des Nations : ils faisaient leur siège sous la chaise vide qui est devant le siège des Nations Unies. Et je ne sais pas ce que cela veut dire.

Enfin, Éric parqua son car et nous déposa place Dorcière, la gare routière de toujours ! :

Gare routière de Genève

C'est là qu'ont débarqué, le long des décennies, des milliers et des milliers d'émigrants espagnols qui se réunissaient et se réunissent rue de Fribourg, etc.
Rue de Fribourg, Genève.

Ensuite, les voyageurs s'éparpillèrent et chacun bougea à son aise...

Pont de la Machine et lac Léman vus de l'Île, Genève.

Retour à Annecy à 18h30, avec arrêt à Ferney-Voltaire, ville située à 10 kms de Genève, pour connaître le château de l'auteur de Candide. Curieusement, à ce moment-là, il y avait une adaptation radiophonique de notre héros, par Jean Tardieu.

Château de Voltaire, Ferney (Ain, Rhône-Alpes)

Ce soir-là, certains parmi nous dévorâmes bon nombre de galettes dans la Crêperie Bretonne d'Annecy.

D'autres chapitres de cette histoire :

Haïti, six mois après

Six mois après le séisme haïtien, MSF (Médécins sans Frontières) a préparé un rapport téléchargeable sur la situation dans la partie occidentale de l'île de l'Hispaniola et nous invite à naviguer par thème ou consulter une carte interactive qui donne accès à des vidéos illustrant ses opérations sur place d'appui aux déplacés (approvisionnement en eau et installations sanitaires), aux hospitalisés, aux brûlés..., de soutien psychologique aux enfants, etc. Car les victimes de cette catastrophe prévisible, et en bonne partie évitable, vivent toujours dans des conditions épouvantables.

samedi 17 juillet 2010

Voyage dans les Alpes 2

Jeudi 6 mai 2010.

Journée à la carte : il s'agissait de jouir des possibilités offertes par les alentours d'Annecy et, évidemment, on ne pouvait pas tout faire : il fallait choisir.
Le prof est parti découvrir les Gorges du Fier (photo ci-contre) avec un groupe assez nourri ; nous sommes allés en bus (le 1) jusqu'à Poisy et, pleins d'entrain, nous avons marché ensuite, par Ronzy et Lovagny, jusqu'au canyon. C'est un délicieux défilé encaissé dans du calcaire qui est entré dans la légende du pays et, grâce à ses particularités orographiques, géochimiques, etc., fait office en même temps de cours de géologie. Il débouche sur un champ de lapiaz (terme savoyard venant du latin "lapis", pierre) creusés par le Fier : la Mer des Rochers. Entre les gorges et les lapiaz, on a aménagé un petit musée explicatif en plein air.


Quant au Fier, c'est une rivière qui prend sa source au pied du mont Charvin, à plus de 2.000 mètres d'altitude. Il reçoit plus tard les eaux du Thiou, tributaire du lac d'Annecy.

Nous avons mangé nombreux (18) à la taverne de Pontverre, sous le château de Montrottier (cf. photo ci-dessous),...
Château de Montrottier (Lovagny)

... et puis, en trois grands taxis, nous nous sommes déplacés au château de Menthon-St-Bernard, forteresse qui renvoie à un millénaire d'histoire familiale comprenant de Saint Bernard de Menthon, patron des montagnards et dont on ignore tout, à Henri de Menthon, un des fondateurs de la Résistance, ministre de la Justice du gouvernement provisoire à la Libération et procureur au tribunal de Nuremberg. Attention : il y en a eu qui ont fait à vélo les 18 km du trajet Annecy-Menthon-Annecy pour voir le château !
Celui-ci bénéficie d'un emplacement sur le lac d'Annecy et au pied des Dents de Lanfon qui, avec ses forêts environnantes et ses panoramas, est un vrai privilège. Et puis, il héberge beaucoup de trésors, dont une bibliothèque de 12000 volumes, y compris des incunables, des documents signés par Louis XIV ou une Encyclopédie originale complète : celle de Diderot et D'Alembert, bien entendu, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers (1751-72). Ajoutons que le nom, Menthon, est bien descriptif ; il dérive du celtique men-dunum, "tour sur un rocher".
Château de Menthon-St-Bernard et Dents de Lanfon

Nous avons emprunté ensuite le chemin forestier qui descend du château vers le village de Menthon : une pure merveille. Puis, en car (le 61), nous nous sommes rendus à Talloires, tout près. Quel spectacle ! : le paysage que l'on peut contempler juste avant de dévaler sur la baie par une pente abrupte justifie pleinement les éloges de la fonctionnaire de l'Office de Tourisme à l'égard du pays natal de Claude Louis Berthollet (1748-1822), le chimiste auquel nous devons l'eau de Javel.

Baie de Talloires

Voyage dans les Alpes 1

De retour d'un court voyage à Paris, le prof se propose de montrer, à travers des photos de son cru, les grandes lignes du voyage du département de cette année, qui s'est déroulé du jeudi 6 au lundi 10 mai 2010.
Le premier jour, nous avons atterri à Genève. Fabien, notre chauffeur, nous y attendait sous la grisaille du jour et nous a emmenés à l'hôtel Mandallaz, d'Annecy (Haute-Savoie, Rhône-Alpes), où nous allions séjourner. L'hôtel se trouve à un kilomètre du centre-ville, ce qui nous permettait de bouger à pied facilement et de fréquenter les avenues du Thiou, du Rhône ou de Chambéry, la Vieille Ville -petite Venise- et ses quais, le lac, bien entendu, et son Champ de Mars, le Pont des Amours, le Canal du Vassé, le château et son quartier, les rues Ste-Claire ou Royale, ou la très commerçante rue Carnot.
Comme il fallait manger peu après leur installation, les voyageurs ont commencé à déguster les spécialités du pays de Marc Veyrat, c'est-à-dire, brochets, raclettes, fondues (jurassienne, suisse, savoyarde...), tartiflettes et autres reblochons...
La photo à gauche montre le Palais de l'Île (les vieilles prisons) et le Thiou, déversoir du lac d'Annecy dans le Fier. Sur les rives de la rivière, la vieille ville.

Pont des Amours (entre le Canal du Vassé et le lac). Annecy
Escalier adossé au rempart du château d'Annecy

jeudi 15 juillet 2010

France.fr

Nous venons d'apprendre que la République française a lancé le 14 juillet France.fr, portail qui tient à promouvoir à travers ses contenus, selon le gouvernement Fillon, "une image consensuelle, valorisante et valorisée de la France et de la fierté d'être français". Y'en a qui tricolorent, écrivait Prévert, tout en faisant exprès de mélanger propagande et information, ajoute le prof.
Ce prof, qui adore les contrepatries, a voulu plonger personnellement dans ce puits d'extase franchouillard et a malheureusement dû rester sur sa faim car le site fait en effet le fier, mais semble plutôt peu prévoyant : en ce moment, il n'est pas opérationnel ; on y lit :

Site momentanément indisponible

Parce que France.fr est victime de son succès, le nombre très important de visiteurs nous contraint à augmenter la capacité de nos serveurs. Quelques perturbations dans la visite du portail dans ses 5 langues peuvent donc survenir, l'équipe de France.fr vous prie de l'en excuser. Tout sera rétabli au plus vite, merci de votre patience !


Et moi de réessayer et eux de nous répondre :
L'équipe de France.fr regrette de ne pouvoir vous permettre de retrouver le portail de la France. Nous sommes actuellement confrontés à un problème de configuration de nos serveurs. Nous avons entrepris un audit de l'ensemble des systèmes pour nous permettre une réouverture dans les plus brefs délais. Merci de votre patience et à très vite !

Comme l'efficacité médiatique du sarkozysme n'a pas été cette fois-ci au rendez-vous et dans le but d'imaginer comment a été conçu le portail France.fr, ayons recours à des sources indirectes. Selon le quotidien Le Monde, il s'articule en six "thématiques" :
Connaître (géographie, histoire...) ; Visiter (tourisme) ; Vivre (services pratiques de la vie quotidienne) ; Étudier ; Travailler et Entreprendre (à destination des étrangers). Pour alimenter son contenu, des partenariats ont été signés avec BFM TV, France 24, iTélé, Télérama et Météo France. Doté d'un budget de 1,6 million d'€, France.fr devrait répertorier 12 000 liens.

Espérons qu'ils servent à quelque chose, mis à part le terrain miné et sulfureux des louanges à la patrie.

mercredi 30 juin 2010

Webzine pour le court métrage en français

6nema est un portail réservé aux courts-métrages français sur le Web. Ce webzine fait de la critique cinématographique et diffuse bon nombre de films, professionnels ou artisanaux, gratuitement et en haute définition. Le site classe son offre en quatre catégories: animation, fiction, docu et ovnis. Voyons comment ils se définissent sous la rubrique Qui sommes-nous ? et quels sont leurs principes :


6nema.com est le 1er site Internet 2.0 réservé aux courts métrages, leur garantissant une diffusion grand public de qualité et le reversement de revenus publicitaires en proportion du trafic qu'ils génèrent.
Les 6 principales qualités du site :

  • + de 500 courts métrages en streaming gratuit et en haute définition : du cinéaste confirmé aux meilleurs jeunes réalisateurs
  • Une fiche artistique complète disponible pour chaque court
  • Le reversement de 50% de nos recettes aux films au pro-rata de leur succès
  • Un agenda des événements du court métrage offline (projections, diffusions, festivals, etc.)
  • La possibilité de faire un don aux courts que vous avez aimés
  • Une mise en avant des meilleurs courts métrages repérés par notre équipe éditoriale
Les spécificités réservées aux membres inscrits :

  • Une navigation personnalisée : recommandations de films en fonction de ceux que vous avez aimés
  • Une newsletter mensuelle avec notre sélection de courts à découvrir
  • La possibilité de noter, commenter, recommander le film à ses proches
  • La possibilité d’uploader soi-même ses courts
Historique
  • 1999-2004 : 6nema.com était un portail d'actualités cinématographiques et de critiques de films dont la fréquentation a atteint 1 million de pages vues.
  • fin 2007 : ouverture en version bêta de 6nema.com, plate-forme de diffusion professionnelle pensée pour le court métrage.
  • 2009 : ouverture de la version 2 de 6nema.com : amélioration du lecteur de diffusion, de l’ergonomie de navigation, et du travail éditorial autour des films

Je profite aussi de ce post pour vous relayer l'existence d'un webdocumentaire qui aborde la réalité du Grand Paris à travers, disons, des tranches de vies. Les Communes de Paris, tel est le nom du site, propose de se faufiler de manière interactive dans plusieurs recoins de la métropole et y suivre le quotidien de vingt-quatre citadins bien précis : Sabine la graphiste, Fabien le philosophe... Une approche qui relève de disciplines variées comme la sociologie, la géographie métropolitaine, l'urbanisme, l'économie réelle, etc. On nous explique :
Loïc est boucher à Rungis, Nathanaël cadre à la défense, Volkan chef de chantier sur l’île Seguin. Jean-Noël sort de prison, un urbaniste se penche sur son quartier des années plus tard, des situationnistes partent en dérive, Cathie conduit son métro, Tommy s’envole sur Paris, Rémi sillonne les catacombes.
Tant de Grand-Parisiens qui se déplacent et, au passage, tracent un portrait vivant du grand Paris. Leurs chemins se croisent, vous choisissez qui vous suivez. Laissez-vous aller dans Paris et sa banlieue, dans une métropole aux limites incertaines.
Les Communes de Paris donne la parole aux citadins : c’est une excursion au cœur de l’urbain, au cœur de l’humain.
Cette excellente mise en scène de Simon Bouisson, étudiant à l'école des réalisateurs de la Femis, est un projet de fin d'études que l'on peut visualiser à écran complet et selon différentes qualités : si vous disposez d'un bon ordinateur et d'un accès internet haut débit, vous aurez droit à une haute définition des images franchement impeccable... quitte à savoir souffrir l'irritation que procurent les fréquentes scènes ou transitions présentées en accéléré.

mardi 15 juin 2010

Glossaire ciné (cocasse)

Nanarland.com est un site qui s'occupe évidemment des nanars, c'est-à-dire, des navets, des pires films sortis ici ou là, car ils sont fiers de nous présenter des héros de provenances très variées. Voici leur édito :
Bienvenue sur www.nanarland.com, le site des mauvais films sympathiques. Chroniques de films, extraits vidéo, biographies, interviews... C'est une exploration de la face obscure du cinéma à laquelle nous vous invitons à travers nos documentaires vidéo exclusifs, un glossaire aussi exhaustif que subjectif et bien d'autres rubriques.
Vous pouvez y jeter un coup d'oeil si vous tenez juste à vous marrer en français, mais je vous conseille particulièrement ce site parce qu'il propose ce glossaire ciné du mauvais film sympathique qui pourrait éventuellement vous tirer d'affaire un jour ou l'autre. Ainsi, si vous lisez quelque part qu'un politicien retraité fait des panouilles dans le cinéma et que vous ignoriez ce jargon, vous n'avez qu'à consulter P comme Panouille chez Nanarland et ça y est, problème résolu, images, affiches et textes à l'appui. Toute une trouvaille ! Et puis, il se peut que vous trouviez moyen d'appliquer ce lexique à des péloches bourrées de prestige, n'est-ce pas ?

mardi 8 juin 2010

Grève

Il arrive un moment où les gens comprennent la structure de pouvoir et de domination et décident de faire quelque chose. C'est ainsi que se sont produits tous les changements dans l'histoire. Comment cela arrive, je ne sais pas. Mais nous avons tous le pouvoir de le faire.
(Noam Chomsky : La Doctrine des bonnes intentions. Entretiens avec David Barsamian, Fayard, Paris, 2006.)
Lu dans Le Monde diplomatique, page 14, mai 2010.

Ce n'est pas moi qui ai commencé.
(Coluche)

TARATATA N°46 (Tour. 17/03/94 - Dif. 19/03/94)


Tonton David en est sûr et certain : c'est tellement évident qu'on nous prend pour des cons que même les modérés de l'UE exigent un peu de charité. Remarquez, dans la vidéo qui suit, que l'éloquence de certaines tronches écoutantes est encore plus probante que la verve de Daniel Cohn-Bendit :

dimanche 6 juin 2010

Biodiversité : le CNRS vous propose des podcast vidéo

Dans le cadre de la dite année de la biodiversité, le CNRS nous propose une série de 19 films de 3 minutes qui s'intitule « Un monde vivant – Histoires de biodiversité ».
Cette nouvelle collection de podcast vidéo destinée au grand public est mise en ligne du 1er au 25 juin 2010, tous les jours du lundi au vendredi, et relayé sur le site partenaire de TF1 News. Elle présente les regards croisés de six chercheurs du CNRS spécialistes de la biodiversité avec chacun une approche différente : paléontologue, économiste, écologue, biologiste de la conservation, philosophe, ethnologue, s’expriment ainsi sur quatre grandes notions de la biodiversité : la définition, la valeur, l’extinction, la conservation.
Produite par CNRS Images, cette collection a été réalisée par Sophie Bensadoun, sous la direction scientifique de Franck Courchamp, directeur de recherche au CNRS.
Voici les épisodes qui se trouvent déjà disponibles en ligne :
  1. C'est quoi la biodiversité ? (1/19)
  2. Qu'est-ce qu'une extinction de masse ? (2/19)
  3. La nature, combien ça coûte ? (3/19)
  4. La biodiversité, un mot tellement sexy ! (4/19)