Loin du psittacisme médiatique, il y a bon nombre d'événements qui nous interpellent autrement dont on ne parle que peu ou sous un angle qui nous enfonce carrément dans l'intox. Nous passons internet au peigne fin dans le but d'y repérer et choisir des faits, sujets ou positions hors actu qui vont constituer la matière de notre journal des infos dont on ne parle que plutôt peu. En voici notre premier sommaire de cette année (pour le 29.11.17) et merci à mes élèves pour leurs contributions !
mercredi 29 novembre 2017
8e Journal des infos fin d'année scolaire
Un peu en retard, voici notre dernier journal des infos de l'année scolaire 2016-17, présenté en classe le 25 mai 2017. Hommage aussi à mes anciens élèves. Tout à vous.
Le suprémacisme a son jargon...
... qui est employé à longueur de journée par toutes les instances du pouvoir dans le but qu'il soit ensuite intériorisé et réutilisé par le peuple souverain, éduqué donc comme il faut. Bien entendu, les individus souverains peuvent aussi être des journalistes à la candeur émouvante (« L’orthodoxie, c’est l’inconscience », disait George Orwell dans 1984).
Voyons, exercice d'acuité lectrice (et ce jeu ne concerne pas Trump dont le suprémacisme saute aux yeux) appliquée à la langue innocente et très légitime (aurait dit Bourdieu) d'un journal de référence :
Voyons, exercice d'acuité lectrice (et ce jeu ne concerne pas Trump dont le suprémacisme saute aux yeux) appliquée à la langue innocente et très légitime (aurait dit Bourdieu) d'un journal de référence :
Trump gâche par une blague douteuse un hommage à la Maison Blanche
Alors qu’il recevait des anciens combattants amérindiens, le président américain a fait lundi une surprenante allusion à « Pocahontas », surnom dont il a affublé la sénatrice démocrate Elizabeth Warren.
LE MONDE | 28.11.2017 à 02h02 • Mis à jour le 28.11.2017 à 07h26 | Par Gilles Paris (Washington, correspondant)
La réception devait être consensuelle. Donald Trump recevait à la Maison Blanche, lundi 27 novembre, trois des treize Navajos encore vivants qui avaient mis leur dialecte au service de l’armée américaine pendant la seconde guerre mondiale. Un code de communication que les ennemis des Etats-Unis n’avaient pas été en mesure de déchiffrer. Le président des Etats-Unis est pourtant parvenu à gâcher l’hommage en ravivant les critiques qu’il nourrit de longue date contre la sénatrice démocrate du Massachusetts, Elizabeth Warren. (...)Voilà, maintenant vous savez ce que "dialecte" veut dire. C'est cela : c'est le parler des losers (même s'il-s contribue-nt à gagner une guerre mondiale).
D'ailleurs, les images sont parfois significatives : le tableau que l'on aperçoit entre Donald Trump et les deux héros Navajos de la photo est bel et bien celui d'Andrew Jackson, président —revendiqué par Trump— qui signa en 1830 l'Indian Removal Act, la brutale loi démocrato-coloniale à l'origine de la Piste des Larmes... Encore un détail de doigté du régime aux values...
Et qu'est-ce que c'est que cette piste des larmes ? Encore un massacre de la civilisation et du progrès, encore un broyage de la machine coloniale : "les soldats à cheval forcèrent à marcher, pendant 1750 kilomètres jusqu'à l'épuisement. 15 000 Indiens, femmes et enfants : 4 000 d'entre eux devaient mourir en route."
Daniel Coté (1) a fait le 26 août 2017 la recension d'un ouvrage (2) à ce sujet que nous devons à l'autrice canadienne Russel-Aurore Bouchard (chantre, par ailleurs, des armes à feu, armurière pendant 25 ans et fondatrice du Club de tir «Le Faucon»). Coté nous explique que l'essentiel du texte est formé du témoignage d'Eugène Roy, soldat qui participa au génocide des Indiens, "dont le manuscrit repose à la Société historique du Saguenay depuis 1937".
«C'est un texte extraordinaire, sans filtre, qui nous fait entrer dans la légende du Far-West, dans l'univers de la Frontière. On assiste au plus grand génocide de l'histoire de l'Humanité, alors que des millions d'Indiens ont été massacrés de façon méthodique afin qu'on puisse céder leurs terres à des Blancs. La Piste des Larmes est un sentier qui partait de Fort Smith et se rendait jusqu'à Santa Fe. On y a créé des réserves qui, en fait, étaient des mouroirs. Les gens étaient abandonnés en plein désert. Plusieurs souffraient de la dysenterie», a décrit Russel-Aurore Bouchard, mardi, lors d'une entrevue accordée au Progrès.
(Le Quotidien - Le Soleil, 26 août 2017)
_____________________________
(1) Daniel Coté est journaliste et responsable de la section des arts dans les journaux Le Quotidien et Progrès-Dimanche
(2) La Piste des Larmes - Un Canadien français témoin du génocide des Indiens des Grandes Plaines - Journal du soldat Eugène Roy (1857-1860), Chicoutimi, 2017, 532 pages.
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lundi 13 novembre 2017
Manifeste d'urgence sur l'état de la planète signé par 15 364 scientifiques
Stéphane Foucart et
Martine Valo, journalistes du quotidien parisien Le Monde, renseignent que plus de 15 000 scientifiques de 184 pays nous alertent sur l'état, pénible, de la planète Terre. Ils ont signé un appel à cet égard et ils sonnent ce tocsin aujourd'hui, lundi 13 novembre, dans la revue BioScience. Foucart et Valo nous rappellent :
Mise à jour du 14/11/2017 :
Dans ce contexte, Attac France vient de publier un rapport en douze fiches (URGENCE CLIMATIQUE : ON ENTRE DANS LE DUR !) montrant des voies à suivre pour y faire quelque chose en marge des beaux discours :
rapportonentredansledurclimat.pdf
C’est la deuxième fois que les « scientifiques du monde » adressent une telle mise en garde à l’humanité. Le premier appel du genre, publié en 1992 à l’issue du Sommet de la Terre à Rio (Brésil), avait été endossé par quelque 1 700 chercheurs, dont près d’une centaine de Prix Nobel. Il dressait déjà un état des lieux inquiétant de la situation et s’ouvrait sur cette alerte : « Les êtres humains et le monde naturel sont sur une trajectoire de collision. » Ce premier appel n’a pas été suivi d’effets. Un quart de siècle plus tard, la trajectoire n’a pas changé.Voici le texte de cet appel urgent, publié par Le Monde en intégralité, dans la traduction de Gilles Berton :
Tribune
Il y a vingt-cinq ans, en 1992, l’Union of Concerned Scientists et plus de 1 700 scientifiques indépendants, dont la majorité des lauréats de prix Nobel de sciences alors en vie, signaient le « World Scientists’Warning to Humanity ». Ces scientifiques exhortaient l’humanité à freiner la destruction de l’environnement et avertissaient : « Si nous voulons éviter de grandes misères humaines, il est indispensable d’opérer un changement profond dans notre gestion de la Terre et de la vie qu’elle recèle. » Dans leur manifeste, les signataires montraient que les êtres humains se trouvaient sur une trajectoire de collision avec le monde naturel. Ils faisaient part de leur inquiétude sur les dégâts actuels, imminents ou potentiels, causés à la planète Terre, parmi lesquels la diminution de la couche d’ozone, la raréfaction de l’eau douce, le dépérissement de la vie marine, les zones mortes des océans, la déforestation, la destruction de la biodiversité, le changement climatique et la croissance continue de la population humaine. Ils affirmaient qu’il fallait procéder d’urgence à des changements fondamentaux afin d’éviter les conséquences qu’aurait fatalement la poursuite de notre comportement actuel.____________________________
Les auteurs de la déclaration de 1992 craignaient que l’humanité ne pousse les écosystèmes au-delà de leurs capacités à entretenir le tissu de la vie. Ils soulignaient que nous nous rapprochions rapidement des limites de ce que la biosphère est capable de tolérer sans dommages graves et irréversibles. Les scientifiques signataires plaidaient pour une stabilisation de la population humaine, et expliquaient que le vaste nombre d’êtres humains – grossi de 2 milliards de personnes supplémentaires depuis 1992, soit une augmentation de 35 % – exerce sur la Terre des pressions susceptibles de réduire à néant les efforts déployés par ailleurs pour lui assurer un avenir durable. Ils plaidaient pour une diminution de nos émissions de gaz à effet de serre (GES), pour l’abandon progressif des combustibles fossiles, pour la réduction de la déforestation et pour l’inversion de la tendance à l’effondrement de la biodiversité.
En ce vingt-cinquième anniversaire de leur appel, il est temps de se remémorer leur mise en garde et d’évaluer les réponses que l’humanité lui a apportées en examinant les données de séries chronologiques disponibles. Depuis 1992, hormis la stabilisation de l’amenuisement de la couche d’ozone stratosphérique, non seulement l’humanité a échoué à accomplir des progrès suffisants pour résoudre ces défis environnementaux annoncés, mais il est très inquiétant de constater que la plupart d’entre eux se sont considérablement aggravés. Particulièrement troublante est la trajectoire actuelle d’un changement climatique potentiellement catastrophique, dû à l’augmentation du volume de GES dégagés par le brûlage de combustibles fossiles, la déforestation et la production agricole – notamment les émissions dégagées par l’élevage des ruminants de boucherie. Nous avons en outre déclenché un phénomène d’extinction de masse, le sixième en 540 millions d’années environ, au terme duquel de nombreuses formes de vie pourraient disparaître totalement, ou en tout cas se trouver au bord de l’extinction d’ici à la fin du siècle.
L’humanité se voit aujourd’hui adresser une seconde mise en garde motivée par ces inquiétantes tendances. Nous mettons en péril notre avenir en refusant de modérer notre consommation matérielle intense mais géographiquement et démographiquement inégale, et de prendre conscience que la croissance démographique rapide et continue est l’un des principaux facteurs des menaces environnementales et même sociétales. En échouant à limiter adéquatement la croissance de la population, à réévaluer le rôle d’une économie fondée sur la croissance, à réduire les émissions de GES, à encourager le recours aux énergies renouvelables, à protéger les habitats naturels, à restaurer les écosystèmes, à enrayer la pollution, à stopper la « défaunation » et à limiter la propagation des espèces exotiques envahissantes, l’humanité omet de prendre les mesures urgentes indispensables pour préserver notre biosphère en danger.
Les responsables politiques étant sensibles aux pressions, les scientifiques, les personnalités médiatiques et les citoyens ordinaires doivent exiger de leurs gouvernements qu’ils prennent des mesures immédiates car il s’agit là d’un impératif moral vis-à-vis des générations actuelles et futures des êtres humains et des autres formes de vie. Grâce à un raz-de-marée d’initiatives organisées à la base, il est possible de vaincre n’importe quelle opposition, aussi acharnée soit-elle, et d’obliger les dirigeants politiques à agir. Il est également temps de réexaminer nos comportements individuels, y compris en limitant notre propre reproduction (l’idéal étant de s’en tenir au maximum au niveau de renouvellement de la population) et en diminuant drastiquement notre consommation par tête de combustibles fossiles, de viande et d’autres ressources.
La baisse rapide des substances destructrices de la couche d’ozone dans le monde montre que nous sommes capables d’opérer des changements positifs quand nous agissons avec détermination. Nous avons également accompli des progrès dans la lutte contre la famine et l’extrême pauvreté. Parmi d’autres avancées notables, il faut relever, grâce aux investissements consentis pour l’éducation des femmes et des jeunes filles, la baisse rapide du taux de fécondité dans de nombreuses zones, le déclin prometteur du rythme de la déforestation dans certaines régions, et la croissance rapide du secteur des énergies renouvelables. Nous avons beaucoup appris depuis 1992, mais les avancées sur le plan des modifications qu’il faudrait réaliser de manière urgente en matière de politiques environnementales, de comportement humain et d’inégalités mondiales sont encore loin d’être suffisantes.
Les transitions vers la durabilité peuvent s’effectuer sous différentes formes, mais toutes exigent une pression de la société civile, des campagnes d’explications fondées sur des preuves, un leadership politique et une solide compréhension des instruments politiques, des marchés et d’autres facteurs. Voici – sans ordre d’urgence ni d’importance – quelques exemples de mesures efficaces et diversifiées que l’humanité pourrait prendre pour opérer sa transition vers la durabilité :
Pour éviter une misère généralisée et une perte catastrophique de biodiversité, l’humanité doit adopter une alternative plus durable écologiquement que la pratique qui est la sienne aujourd’hui. Bien que cette recommandation ait été déjà clairement formulée il y a vingt-cinq ans par les plus grands scientifiques du monde, nous n’avons, dans la plupart des domaines, pas entendu leur mise en garde. Il sera bientôt trop tard pour dévier de notre trajectoire vouée à l’échec, car le temps presse. Nous devons prendre conscience, aussi bien dans nos vies quotidiennes que dans nos institutions gouvernementales, que la Terre, avec toute la vie qu’elle recèle, est notre seul foyer.
- privilégier la mise en place de réserves connectées entre elles, correctement financées et correctement gérées, destinées à protéger une proportion significative des divers habitats terrestres, aériens et aquatiques – eau de mer et eau douce ;
- préserver les services rendus par la nature au travers des écosystèmes en stoppant la conversion des forêts, prairies et autres habitats originels ;
- restaurer sur une grande échelle les communautés de plantes endémiques, et notamment les paysages de forêt ;
- ré-ensauvager des régions abritant des espèces endémiques, en particulier des superprédateurs, afin de rétablir les dynamiques et processus écologiques ;
- développer et adopter des instruments politiques adéquats pour lutter contre la défaunation, le braconnage, l’exploitation et le trafic des espèces menacées ;
- réduire le gaspillage alimentaire par l’éducation et l’amélioration des infrastructures ;
- promouvoir une réorientation du régime alimentaire vers une nourriture d’origine essentiellement végétale ;
- réduire encore le taux de fécondité en faisant en sorte qu’hommes et femmes aient accès à l’éducation et à des services de planning familial, particulièrement dans les régions où ces services manquent encore ;
- multiplier les sorties en extérieur pour les enfants afin de développer leur sensibilité à la nature, et d’une manière générale améliorer l’appréciation de la nature dans toute la société ;
- désinvestir dans certains secteurs et cesser certains achats afin d’encourager un changement environnemental positif ;
- concevoir et promouvoir de nouvelles technologies vertes et se tourner massivement vers les sources d’énergie vertes tout en réduisant progressivement les aides aux productions d’énergie utilisant des combustibles fossiles ;
- revoir notre économie afin de réduire les inégalités de richesse et faire en sorte que les prix, les taxes et les dispositifs incitatifs prennent en compte le coût réel de nos schémas de consommation pour notre environnement ;
- déterminer à long terme une taille de population humaine soutenable et scientifiquement défendable tout en s’assurant le soutien des pays et des responsables mondiaux pour atteindre cet objectif vital.
A lire aussi dans la revue BioScience en anglais.
Traduit par Gilles Berton
Mise à jour du 14/11/2017 :
Dans ce contexte, Attac France vient de publier un rapport en douze fiches (URGENCE CLIMATIQUE : ON ENTRE DANS LE DUR !) montrant des voies à suivre pour y faire quelque chose en marge des beaux discours :
rapportonentredansledurclimat.pdf
- PDF - 7 Mo
Contenu
- Résumé : « Il ne s’agit pas de faire de notre mieux, il s’agit de faire ce qui est requis »
- Urgence climatique : faut-il enterrer l’objectif des 2 °C ?
- Les limites intrinsèques de l’Accord de Paris et de la gouvernance climatique
- Crime climatique : le temps des sanctions est venu, y compris pour les « États voyous »
- Du CETA à l’OMC en passant par la CNUCC, le commerce prime sur le climat !
- Les dangers de la neutralité carbone et des émissions négatives
- Emmanuel Macron : 6 mois à l’Élysée, 6 mois perdus pour le climat ?
- Nouveau Rapport - Le poids écrasant des lobbys gaziers sur Bruxelles
- Réforme du marché carbone européen : 200 milliards d’€ supplémentaires pour les pollueurs
- Délinquants du climat = délinquants fiscaux ! Les mettre au pas pour financer le climat !
- 1 million d’emplois climat : comment conjuguer climat et justice sociale ?
- Pas un euro de plus pour les énergies du passé, fossiles ou fissiles
dimanche 29 octobre 2017
Bricks, de Quentin Ravelli
"J’avais à l’esprit le tressage d’une natte liant ces différents
éléments
qui ne se rencontrent pas physiquement dans la réalité : le
maire qui se bat
pour remplir sa ville fantôme, les gens qui
s’organisent pour se battre
contre les banques afin de faire annuler les
dettes, et bien sûr l’industrie de la brique.
D’où la forme en mosaïque
du film, le point de vue sur la crise se déplace sans cesse,
ce qui
permet de comprendre différentes facettes."
Quentin Ravelli
Avant 2008, l'Espagne construisait 600 000 logements par an. Aujourd'hui, c'est un pays où il y a plus de 3,4 millions de logements vides (dont 491 000 neufs. En Europe, ce sont plus de 11 millions) et où se sont produits presque 700 000 délogements. Depuis 2008, presque la moitié des entreprises de BTP agissant en Espagne ont disparu. Mais notamment depuis fin 2014, on pense à repartir de plus belle...
Du 18 au 27 octobre, le cinéma Les Trois Luxembourg a organisé des rencontres entre le réalisateur et une variété de participants : l'association Españolas en París, Gilles Laferté, sociologue à l’INRA, et Eric Wittersheim, anthropologue à l’EHESS, Marguerite Vappereau, enseignante en cinéma à l’université de Bordeaux, Marion Lary d’Addoc (Association des cinéastes documentaristes), Alberto Amo, co-auteur de Podemos, la politique en mouvement - de l’ascension fulgurante au bras de fer politique, Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole du DAL (Droit Au Logement), Ludovic Lamant (Mediapart), auteur de Squatter le pouvoir. Les mairies rebelles d’Espagne (Éd. Lux, novembre, 2016).
Sur Télérama, Frédéric Strauss a écrit, lors de la sortie en salle (17/10/17) d'un film que nous n'avons pas encore vu :
Avec ces portraits de victimes de la crise économique qui a frappé l’Espagne, ce documentaire semble à la traîne de l’actualité. Mais le réalisateur possède un regard spirituel, qui se mêle à la réflexion critique lorsqu’il filme des usines où l’on finit par casser les briques que l’on y a fabriquées, car on ne bâtit plus dans le bâtiment ! Expulsée de son appartement, une femme emporte avec elle une photo qu’elle avait accrochée au mur : Charlot dans l’usine des Temps modernes (1936). La folie productiviste est toujours dans l’air. Et pour poursuivre l’analyse, le réalisateur Quentin Ravelli, chercheur au CNRS, a aussi écrit un ouvrage : Les Briques rouges, dettes, logement et luttes sociales en Espagne (éditions Amsterdam).
Quentin Ravelli : Les Briques rouges. Dettes, Logement et Luttes sociales en Espagne.
En Espagne, la brique (ladrillo) est bien davantage qu’un matériau de construction. Elle est l’un des rouages essentiel du capitalisme. Elle est au cœur de la crise de suraccumulation que connait le pays depuis le début des années 2000. Située dans la région de la Sagra en Castille, l’enquête au long cours de Quentin Ravelli, issue d’un documentaire cinématographique, parvient à reconstituer la biographie d’une marchandise ordinaire sur laquelle repose un système entier de domination économique et politique.
« Pour Angel, la cinquantaine, le choc est ce jour-là violent : il court, nerveux et angoissé, de l’extrudeuse à la “guillotine”, du “piano” au poste de contrôle. Habitué à la tuile, il a dû se reconvertir à la brique en une matinée. Il tremble, il sue, il s’énerve pour un rien. Derrière lui, un enchevêtrement de tapis roulants grincent et crient en acheminant la terre des carrières, tandis que la grosse caisse du mélangeur d’argile, surnommé le “moulin”, pousse des râles graves qui résonnent sous les tôles à chaque passage de la meule. Devant lui, l’extrudeuse ronronne. Sous pression, elle pousse sans fin un gros ruban d’argile chaud et fumant – une brique infinie, un churro géant. »
En Espagne, la brique (ladrillo) est bien davantage qu’un matériau de construction. Elle est l’un des rouages essentiel du capitalisme. Elle est au cœur de la crise de suraccumulation que connait le pays depuis le début des années 2000. Située dans la région de la Sagra en Castille, l’enquête au long cours de Quentin Ravelli, issue d’un documentaire cinématographique, parvient à reconstituer la biographie d’une marchandise ordinaire sur laquelle repose un système entier de domination économique et politique.
« Pour Angel, la cinquantaine, le choc est ce jour-là violent : il court, nerveux et angoissé, de l’extrudeuse à la “guillotine”, du “piano” au poste de contrôle. Habitué à la tuile, il a dû se reconvertir à la brique en une matinée. Il tremble, il sue, il s’énerve pour un rien. Derrière lui, un enchevêtrement de tapis roulants grincent et crient en acheminant la terre des carrières, tandis que la grosse caisse du mélangeur d’argile, surnommé le “moulin”, pousse des râles graves qui résonnent sous les tôles à chaque passage de la meule. Devant lui, l’extrudeuse ronronne. Sous pression, elle pousse sans fin un gros ruban d’argile chaud et fumant – une brique infinie, un churro géant. »
Pour en savoir plus, vous disposez aussi d'un entretien avec Quentin Ravelli sur France Culture (24/10/2017)...
Le film de Ravelli fut présenté en mai 2017 dans le festival international du documentaire Documenta Madrid. À cette occasion, le site Cine Maldito lui consacra un aperçu.
jeudi 12 octobre 2017
Un peu de Fanon pour le 12 octobre
Mandaté par Isabel y Fernando (les Rois Catholiques : Isabelle I de Castille et Ferdinand II d'Aragon), à la tête d'une flottille de trois bâtiments, une caraque (la Santa María) et deux caravelles (la Pinta et la Niña, la Peinte et la Gamine), Christophe Colomb débarqua le 12 octobre 1492 sur l'île de Guanahani qu'il s'empressa de nommer San Salvador. Elle faisait partie d'un archipel que nous appelons aujourd'hui Bahamas, où habitaient des Taïnos et des Caraïbes que Colomb prit pour des Indiens, persuadé qu'il était de la rotondité de la Terre (1) et d'avoir découvert une nouvelle route des Indes.
C'était le début de l'empire colonial espagnol, bel exemple d'esprit de conquête et de réussite, œuvre de civilisation et d'évangélisation ayant eu recours aux massacres, à l'esclavage et à une considérable destruction physique, culturelle et linguistique du monde précolombien.
Il arrive qu'en 2017, le 12 octobre reste la fête nationale espagnole. Fête et Nationale. Ce qui me pousse à rappeler, pour l'occasion, deux citations antifana du martiniquais Frantz Fanon :
___________________________________
(1) Ératosthène (Cyrène v. -276, Alexandrie, Égypte, v. -194) est le premier astronome dont la méthode de mesure de la circonférence de la Terre nous soit arrivée.
C'était le début de l'empire colonial espagnol, bel exemple d'esprit de conquête et de réussite, œuvre de civilisation et d'évangélisation ayant eu recours aux massacres, à l'esclavage et à une considérable destruction physique, culturelle et linguistique du monde précolombien.
Il arrive qu'en 2017, le 12 octobre reste la fête nationale espagnole. Fête et Nationale. Ce qui me pousse à rappeler, pour l'occasion, deux citations antifana du martiniquais Frantz Fanon :
« Le régime colonial est un régime instauré par la violence. C’est toujours par la force que le régime colonial s’est implanté. C’est contre la volonté des peuples que d’autres peuples plus avancés dans les techniques de destruction ou numériquement plus puissants se sont imposés. Violence dans le comportement quotidien, violence à l’égard du passé qui est vidé de toute substance, violence vis-vis de l’avenir. »
L’An V de la révolution algérienne (1959)
« [La colonisation est] une négation systématisée de l’autre, une décision forcenée de refuser à l’autre tout attribut d’humanité. »
Les Damnés de la Terre (1961)
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(1) Ératosthène (Cyrène v. -276, Alexandrie, Égypte, v. -194) est le premier astronome dont la méthode de mesure de la circonférence de la Terre nous soit arrivée.
samedi 8 juillet 2017
La République sera humaine ou ne marchera pas, par Damien Carême
Face à la sourde oreille en marche, routine en sourdine (contrepet libéral), Damien Carême —maire écologiste (EELV) de Grande-Synthe (Nord, Hauts-de-France) arrivé à cette histoire comme mars en carême, compte tenu des privations et des abstinences qu'il voit sans effort autour de lui—, s'évertue à crier sur tous les toits la situation d'urgence que vit sa commune, notamment après l’incendie du camp de la Linière, le 10 avril 2017. Aujourd'hui, il s'exprime aussi sur Mediapart, moyennant une lettre ouverte au Président de la République, sur l'accueil des migrants en France. On devrait prendre le temps de le lire, tout comme la République devrait se dire quel carême elle veut rompre...
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Mise à jour du 27/07/2017 :
Et entretemps, dans les Alpes-Maritimes, l'assistance aux nécessiteux a été à nouveau interpellée et arrêtée dans la personne de l'agriculteur Cédric Herrou —de l'association Roya citoyenne— qui en est à sa sixième garde à vue depuis 2016...
En savoir plus sur L'Humanité.
Infos fournies sur ce blog, ici et là, au sujet de Cédric Herrou et caetera.
Pour la Ligue des Droits de l'Homme (LDH), cette nouvelle détention de Cédric Herrou constitue un déni de justice. Voici son communiqué du 26/07/2017:
Mise à jour du 5 juin 2019 :
Sous le titre Les actions de solidarité prises pour cible par la police, un nouveau rapport d'Amnesty International affirme que « les autorités françaises harcèlent, tentent d’intimider et agressent violemment » les bénévoles défenseurs des migrants à Grande-Synthe et à Calais et appelle lesdites autorités à mettre fin à ces exactions. Le réquisitoire d'AI est formel :
Mise à jour du 31 août 2019 :
Le 30 juin 2019, l'organisation AmnestyFrance, filiale française de AI, a ajouté la vidéo ci-dessous sur sa chaîne Youtube Éclairage :
La République sera humaine ou ne marchera pas
Blog : Damien Carême. 7 juil. 2017. Par damien.careme@free.fr
Maire de Grande-Synthe, j'ai ouvert le premier de camp de réfugiés en France en mars 2016 pour faire face à une urgence humanitaire et au refus de l'Etat, à l'époque, de prendre en compte la situation extrême à laquelle j'étais confronté. Ce camp a complètement été détruit par un incendie le 10 avril dernier. Aujourd'hui, plus de 350 réfugiés sont à nouveau là. Depuis son élection, j'ai interpellé le nouveau gouvernement en vain.
Monsieur le Président de la République,Entretemps, en Calabre...
Si je m’adresse à vous aujourd’hui par le biais de cette lettre ouverte, c’est parce qu’en tant qu’élu de la République - au même titre que vous - je vous ai demandé un rendez-vous, à vous-même, à votre 1er ministre et à votre ministre de l’intérieur voilà déjà plusieurs semaines. Or, malgré l’urgence humanitaire à laquelle je dois à nouveau faire face dans ma commune, vous refusez de prendre en considération l’urgence extrême de ma sollicitation.
Je décide donc, aujourd’hui, de prendre la France à témoin de mon interpellation.
Pour mémoire : le 10 avril 2017, le lieu d’accueil humanitaire de Grande-Synthe brûlait.
C’était hier. C’était il y a trois mois. C’était il y a une éternité.
Ce lieu d’accueil a permis, pendant plus d’un an d’existence, de mettre à l’abri des milliers de personnes, hommes, femmes, enfants, essentiellement kurdes, puis afghans, venus d’horizons divers, souvent de zones de guerres ou en prise au terrorisme.
Si j’ai décidé, seul, de construire ce lieu d’accueil humanitaire en décembre 2015 avec l’aide de MSF, c’est parce que tout comme aujourd’hui, je n’obtenais aucune réponse du gouvernement de l’époque à mes interpellations face à un véritable drame humanitaire qui se jouait sur ma commune. Des centaines, puis de milliers de personnes venaient trouver refuge sur le sol de ma petite ville de 23 000 habitants. Quel choix s’offrait à moi, en tant que garant des valeurs de la république française ?
Dans mon monde, Monsieur le Président, celui que je m’échine à construire, les mots Liberté, Egalité, Fraternité ne sont pas des anagrammes hasardeux piochés à l’aveugle dans une pochette usagée d’un vulgaire jeu de société.
Est-ce que les mêmes causes devront produire les mêmes effets cet été 2017 ?
Notre lieu d’accueil, communément appelé La Linière, a permis pendant des mois d’être un lieu de premier secours humanitaire, offrant ce temps de répit et de récupération à toutes celles et ceux qui avaient tant risqué et déjà tant perdu pour arriver jusqu’à Grande-Synthe - à défaut de pouvoir passer en Angleterre par Calais - .
La Linière n’était pas « un point de fixation » Monsieur le Président, mais bien un point d’étape. Un lieu de transit sur la route de la migration qui pousse ces milliers de personnes vers l’Angleterre.
Il n’a créé aucun « appel d’air » contrairement à ce qu’affirme votre ministre de l’intérieur, puisqu’ils étaient déjà 2 500 sur ma ville avant que je décide de la construction du site !
Il y avait, jusqu’en octobre 2016, près de 6 000 réfugiés à Calais alors que rien n’avait été conçu pour les accueillir.
Ils étaient plus de 3 000 à Paris avant qu’Anne Hidalgo ne décide courageusement de créer un lieu d’accueil à La Chapelle et à Ivry.
Ils sont aujourd’hui, comme hier, plus de 100 à Steenvoorde, dans le nord, alors que rien n’existe pour eux.
Évoquer l’appel d’air n’est que prétexte à l’immobilisme !
Un immobilisme ravageur sur le plan humain.
Un immobilisme mortifère.
Un immobilisme indigne de la France, patrie dite des « Droits de l’Homme et du Citoyen ».
Un immobilisme contraire à vos récentes déclarations à Bruxelles et à Versailles.
De mars à août 2016, nous avons avec l’aide de l’état, du travail extraordinaire d’associations dévouées, des non moins remarquables ONG - Médecins Sans Frontières, Médecins du Monde, la Croix Rouge Française, Gynécologie Sans Frontières, Dentistes Sans Frontières - et des services de la ville, ramené le camp à une jauge « raisonnable» puisque la population sur le site est passée de 1 350 personnes à 700.
C’est le démantèlement de la Jungle de Calais qui est venu bousculer notre lieu d’accueil humanitaire et conduit à la fin que nous connaissons.
Je reçois aujourd’hui de nombreux témoignages, y compris de personnes antérieurement hostiles au camp, qui m’interpellent sur son rôle et son utilité pour tous ; les réfugiés évidemment, mais aussi les associations et à mots couverts les divers services de l’état qui voyaient dans ce camp un outil pour canaliser la pression et éviter ce que nous connaissons depuis sa disparition : l’étalement et l’éparpillement des migrants sur tout le littoral dans des conditions de vie indignes.
Expliquez-moi, Monsieur le Président, comment aujourd’hui peut-on prétendre contrôler quoi que ce soit, prévoir quoi que ce soit alors que ne prévaut qu’une politique de fermeté et d’intransigeance contre les réfugiés, secondée d’un mépris total envers les associations ?
Comment aujourd’hui pourrait-on se contenter de «disperser et ventiler» les réfugiés pour les condamner à errer sans but comme s’ils étaient par nature invisibles ?
Ces migrants, ces réfugiés ont tous une identité et une vie, Monsieur le Président.
Ils cherchent à Paris, Grande-Synthe, Calais, Steenvoorde ou ailleurs, un refuge.
Ne le voyez vous pas ? Ou peut-être ne le comprenez-vous pas ?
En les traquant comme des animaux, nous les transformons inévitablement en bêtes humaines.
On les traque de la sorte en espérant - peut-être ? - qu’ils craquent et commettent des méfaits qui justifieraient l’emploi de la force et les évacuations musclées. Vous pourrez alors, en bout de course, l’affirmer avec pédagogie – démagogie ?- « On vous l’avait bien dit ! »
Nous serions ainsi condamnés à l’impuissance et au cynisme en évitant de construire des lieux d’accueil humanitaires parce qu’ils provoqueraient « un appel d’air inévitable » ? Nous devrions choisir l’aveuglement, changer le prisme de notre conscience objective pour ne simplement plus voir ceux qui reconstituent des campements aujourd’hui, et demain, c’est certain, des jungles ?
Préfère-t-on les « jungles » à des lieux d’accueil humanitaires dans notre République française du 21ème siècle ?
Préfère-t-on nier les problèmes et s’en remettre à des recettes qui ont déjà toutes échouées ?
Préfère-t-on réellement bloquer ces migrants en Lybie, où la plupart d’entre eux se font violer ou torturer, loin de nos frontières et de nos yeux bien clos ?
Monsieur le Président, vous avez déclaré récemment à Bruxelles : « la France doit se montrer digne d’être la patrie des Droits de l’Homme en devenant un modèle d’hospitalité ».
Au même moment, votre ministre de l’intérieur fustigeait les associations à Calais en leur demandant « d’aller faire voir leur savoir-faire ailleurs ! ».
Ces discours étrangement contradictoires ne peuvent perdurer.
Mettez vos déclarations en actes !
Le gouvernement a choisi délibérément de tracer une frontière invisible, une ligne de démarcation organisant d’un côté la prise en charge des réfugiés via les Centres d’Accueil et d’Orientation (CAO) et laissant à l’abandon de l’autre côté, sur le littoral des Hauts de France, à la fois les migrants et les collectivités.
C’est, je vous l’écris Monsieur le Président, honteux et inacceptable !
J’ai croisé sur le lieu humanitaire de la Linière, bien des destins ; des destins meurtris, blessés mais toujours dignes.
D’aucuns diront peut-être que ma vision est « angélique ».
Je sais mieux que quiconque que La Linière était loin d’être parfaite. Mais notre lieu d’accueil était à l’époque la seule et indispensable réponse à l’urgence.
J’ai toujours soutenu depuis leur création la constitution de centres d’accueil et d’orientation et j’ai défendu les mérites de ces dispositifs dans tous mes déplacements ainsi qu’auprès de mes collègues maires.
Nombre d’entres eux témoignent d’ailleurs de la richesse qui en découle. Lorsqu’ils en ouvrent sur leur commune, tout se passe merveilleusement bien, avec les réfugiés, comme avec la population locale. En dépit quelquefois de manifestations préalables à l’annonce de l’ouverture des CAO.
Il faut les multiplier, les renforcer, asseoir davantage les fonctions d’accueil et d’orientation avec l’aide des associations, des citoyens locaux, plutôt que de s’en servir comme de lieux permettant d’y repousser les réfugiés.
Je souhaite que nous construisions une répartition territoriale du dispositif national d’accueil dans lequel le littoral Côte d’Opale devra aussi prendre sa part. Nous pourrons y créer des lieux d’accueil et de transit dans lesquels, celles et ceux qui arrivent sur le littoral, comme c’est le cas à Paris, se poseront quelques jours et réfléchiront à la suite de leur parcours. Car tant que l’Angleterre sera là, à portée de vue des falaises, des réfugiés voudront s’y rendre. - Et à cela, vous ne pourrez rien changer -.
Grande-Synthe est prête à accueillir dignement, à la hauteur d’un lieu dimensionné et respectueux des lois et des personnes y séjournant. Nous avons ici ou à Paris démontré que cela était possible, à la condition que l’Etat nous accompagne.
Il faudra que vous persuadiez d’autres maires d’accepter d’ouvrir des lieux, en les accompagnant financièrement au titre d’une «péréquation humanitaire ». Quelle magnifique mesure ce serait là ! Une mesure chargée de symbole !
Il faudra aussi, Monsieur le Président, réformer le droit d’asile, rendre plus rapide l’examen des demandes et élargir la notion de protections, alors que les procédures sont aujourd’hui décourageantes et malsaines.
Enfin parce que cela est une exigence absolue, nous devons tout faire pour lutter contre les réseaux de passeurs, comme je l’ai fait à Grande-Synthe. Je réaffirme au passage, que ce ne sont pas les lieux d’accueil qui favorisent les réseaux de passeurs, mais bel et bien les frontières, les murs, les barbelés et les garde-frontières que l’on multiplie qui donnent naissance à ces réseaux mafieux. Depuis toujours.
Il faudra donc, au-delà des réponses répressives de la police et de la justice, assécher ce trafic intarissable en créant des corridors humanitaires entre l’Europe et les pays de départ, aux frontières de ces pays, et accorder beaucoup plus de visas humanitaires. Visas qu’il faudra rendre européens.
Monsieur le Président, il fut un temps où la France a tristement organisé 54 000 traversées de l’Atlantique pour transporter 13 millions d’esclaves.
Il est venu l’heure de laver cet affront historique aux yeux du monde, en organisant un accueil avec le minimum d’hospitalité et de dignité qu’exige la vie de tout être humain. A fortiori dans ce beau pays qui nous/vous a été confié, où constitutionnellement «Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ».
Vous allez sortir un nouveau texte fixant de «nouvelles» directives, élaborer un «nouveau» plan. Un de plus. La liste est pourtant tristement longue.
Le problème, Monsieur le Président, c’est qu’aujourd’hui, la France est sur-administrée par des textes, et bien trop sous-administrée en moyens.
Il faut poser des actes.
Des actes audacieux.
Des actes courageux.
Dans l’espoir sincère que vous aurez le courage d’entendre ce que je tâche de vous écrire dans cette longue lettre et dans l’attente impatiente de vous lire,
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mon profond respect.
Damien CAREME
Maire de Grande-Synthe
____________________________
Mise à jour du 27/07/2017 :
Et entretemps, dans les Alpes-Maritimes, l'assistance aux nécessiteux a été à nouveau interpellée et arrêtée dans la personne de l'agriculteur Cédric Herrou —de l'association Roya citoyenne— qui en est à sa sixième garde à vue depuis 2016...
Le défenseur des migrants Cédric Herrou a été mis en examen, mercredi 26 juillet, pour aide à l’entrée et à la circulation d’étrangers en situation irrégulière, a fait savoir le parquet de Grasse. Il a été placé sous contrôle judiciaire conformément aux réquisitions du parquet et risque jusqu’à cinq ans de prison et 30 000 euros d’amende.En savoir plus sur Le Monde.
L’agriculteur militant a été interpellé lundi soir en gare de Cannes (Alpes-Maritimes) avec plus de 150 migrants arrivés chez lui depuis l’Italie et qu’il accompagnait pour demander l’asile. Cette figure emblématique de l’association de défense des migrants Roya citoyenne demande depuis des mois aux pouvoirs publics un accueil d’urgence pour les milliers de personnes originaires de régions instables d’Afrique arrivant de Vintimille (Italie).
Lundi, en deux trains distincts, plus de 230 migrants avaient gagné la vallée frontalière de la Roya avant de rejoindre Nice, accompagnés par des membres de l’association Roya citoyenne. Tous ceux interpellés à Cannes, 156 au total, ont été renvoyés en Italie.
En savoir plus sur L'Humanité.
Infos fournies sur ce blog, ici et là, au sujet de Cédric Herrou et caetera.
Pour la Ligue des Droits de l'Homme (LDH), cette nouvelle détention de Cédric Herrou constitue un déni de justice. Voici son communiqué du 26/07/2017:
La Ligue des droits de l’Homme (LDH) proteste vigoureusement contre la mise en garde à vue de Cédric Herrou, défenseur des droits et militant infatigable de la cause des réfugiés et migrants, dans le simple respect de la parcelle d’humanité propre à toute personne.___________________________________
Parce qu’il s’oppose dans les faits aux pratiques inacceptables des services de police dans la vallée de La Roya, depuis des mois, il est systématiquement arrêté, détenu, surveillé. La LDH s’interroge sur les buts poursuivis à son encontre. Le faire craquer ? L’obliger à un acte illégal ? Le soumettre à une telle pression qu’il se démette ou se soumette ?
La LDH est en droit de demander des comptes au gouvernement. Même si celui-ci veut pratiquer la « dissuasion migratoire », le Défenseur des droits a rappelé que les migrants ont des droits fondamentaux et que ceux qui leur viennent en aide ne font que leur permettre d’y accéder.
Soit il s’agit d’une décision du seul ministre de l’Intérieur dont on connaît l’outrance dès qu’il s’agit du soutien des associations à des réfugiés ou à des migrants. Il convient de lui rappeler que le délit de solidarité n’existe pas et que la France vient d’être sévèrement épinglée par la CEDH à ce propos. Soit ce sont ses services qui font du zèle faisant de la lutte contre les étrangers l’essentiel de leur mission au détriment des autres, et il appartient à leur ministre de faire le ménage dans ses services. Soit, enfin, il s’agit d’une consigne du gouvernement et il est alors regrettable que de tels actes en soient l’image la plus terne.
La LDH exige la libération immédiate de Cédric Herrou, la levée de toute poursuite et la mise au pas des actes trop zélés d’une police obnubilée par la ligne de leur frontière.
Paris, le 26 juillet 2017.
Mise à jour du 5 juin 2019 :
Sous le titre Les actions de solidarité prises pour cible par la police, un nouveau rapport d'Amnesty International affirme que « les autorités françaises harcèlent, tentent d’intimider et agressent violemment » les bénévoles défenseurs des migrants à Grande-Synthe et à Calais et appelle lesdites autorités à mettre fin à ces exactions. Le réquisitoire d'AI est formel :
Voici la première partie de ce rapport :Au lieu de reconnaître l’importance de leur travail, les autorités font obstruction, tentent de les intimider et les harcellent, voire engagent des poursuites sans fondement à leur encontre et font même usage de la violence.Les actes d’intimidation, les menaces d’arrestation et les violences font désormais partie intégrante du quotidien des défenseurs des droits humains. Une travailleuse humanitaire a indiqué qu’elle avait été jetée violemment au sol et étranglée par la police en juin 2018, après avoir filmé quatre policiers en train de poursuivre un étranger à Calais.
(...)
L’an dernier, quatre organisations ont publié un rapport faisant état de 646 cas de harcèlement et de violences imputables à la police contre des bénévoles entre novembre 2017 et juin 2018. Depuis le début de l’année 2019, quelques 72 cas ont été enregistrés mais ce chiffre est probablement bien en-dessous de la réalité.
(...)
Loan Torondel, qui travaillait à Calais a déclaré : « Je me sens coincé entre les besoins criants des personnes que j’essaie d’aider et les manœuvres d’intimidation des autorités françaises, qui essaient d’entraver l’action humanitaire et d’ériger nos activités en infraction. Ce n’est pas un environnement de travail durable pour nous et ce sont les personnes que nous aidons qui en pâtissent. »
_____________________________Les actions de solidarité prises pour cible par la police
Publié le 05.06.2019.
Dans le nord de la France, les autorités françaises harcèlent, tentent d’intimider et agressent violemment les personnes qui offrent une aide humanitaire et un soutien sous d’autres formes aux migrants, aux demandeurs d’asile et aux réfugiés pour entraver délibérément les actions de solidarité. Enquête.Dans le nord de la France, il est de plus en plus risqué de donner de la nourriture aux personnes qui ont faim et d’apporter un peu de chaleur aux sans-abri car les autorités s’en prennent régulièrement à celles et ceux qui aident les migrants et les réfugiés.30 mois après la « Jungle »
Deux ans et demi après la destruction de la fameuse « Jungle », plus de 1 200 réfugiés et migrants, dont des mineurs non accompagnés, vivent sous des tentes et dans des camps informels aux environs de Calais et Grande-Synthe. Ils n’ont pas accès de manière régulière à de la nourriture, de l’eau, des installations sanitaires, un abri ni à une assistance juridique et font l’objet d’évacuations, de harcèlement et de violences de la part de la police.Le nombre de camps et de tentes détruits à Calais et Grande-Synthe a augmenté depuis un an : il y a eu 391 expulsions rien qu’au cours des cinq premiers mois de 2019. Une fois expulsés, les migrants et les réfugiés risquent davantage de subir des violences. Une femme de la région qui aide les migrants nous a informé qu’elle avait vu la police asperger des migrants de gaz lacrymogène au visage alors qu’ils dormaient dans son jardin.Un Afghan nous a expliqués que la police l’avait frappé dans le dos à coups de matraque lors d’une évacuation forcée, et un autre a indiqué qu’un policier avait uriné sur sa tente.
EN LIRE LA TOTALITÉ.
Mise à jour du 31 août 2019 :
Le 30 juin 2019, l'organisation AmnestyFrance, filiale française de AI, a ajouté la vidéo ci-dessous sur sa chaîne Youtube Éclairage :
Violences policières à Calais, ce que le gouvernement ne montre pas
Depuis de nombreuses années, dans la région de #Calais, la #police harcèle voire agresse les personnes migrantes et #réfugiées, mais aussi, celles qui leur viennent en aide : les défenseurs des droits humains. Ces défenseurs se sentent de plus en plus sous pression. Ils continuent pourtant de se battre pour défendre un principe simple : celui de la solidarité. Pour ce nouvel épisode d'Éclairage, nous sommes partis à leur rencontre.
Crédits :
Les images militantes de violences policières sont issues du travail de Human Righ Observer
Manifestation durant une évacuation d'un camp à Calais, 2014 © Reuters
Visite du Ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve à Calais, 2014 © Reuters
Mise en place de barbelés près d'Eurotunnel, 2015 © Reuters
Vidéo amateure montrant la police française utilisant la violence à l'encontre de migrants à Calais, 2015 © Reuters
Témoignage d'une personne migrante, 2015 © Reuters
Ecole de français au sein du camp de migrants, Calais 2015 © Reuters
Visite des autorités européennes à Calais, 2015 © Reuters
Une cours de justice en France ordonne la mise en place de toilettes et de collecte des poubelles au camp de Calais, 2015 © Reuters
Les forces de l'ordre utilisent du gaz lacrymogène lors de l'évacuation du camps, Calais, 2016 © Reuters
Evacuation du camp de Calais, 2016 © Reuters
Un juge français ordonne la démolition partielle de la "jungle", 2016 © Reuters
La tension monte lors du "nettoyage" du camp de migrant à Calais, 2016 © Reuters
L'évacuation de Calais "n'est pas une solution pour les migrants" affirme un humanitaire, 2016 © Reuters
Les autorités française commence à évacuer les migrant du camp de Calais, 2016 © Reuters
Les migrants de Calais se cousent la bouche pour protester contre leur traitement, 2016 © Reuters
Un groupe d'Iraniens dans un camp contre la démolition de leurs abris, 2016 © Reuters
Migrants : Amnesty international accuse les autorités françaises, 2019 © Cassandre Dumain / France 3 Haut-de-France (reportage en intégralité :: https://www.youtube.com/watch?v=TgopM...) French court convicts former aid worker for ironic tweet, 2018 ©TheCube / Euronews ( émission en intégralité : https://www.youtube.com/watch?v=oQwTS... )
Remerciements
- Solenne, co-présidente de la Cabane juridique Calais
- Véronique, bénévole Secours Catholique Calais
- Mariam, animatrice Secours Catholique Calais
- Eléonore, juriste et défenseure des droits des migrants Calais
- La Plateforme de Services aux Migrants (PSM) et en particulier le Secours Catholique-Caritas France, l'Auberge des migrants et la Cabane Juridique.
jeudi 6 juillet 2017
Que lire à un enfant qui commence à écouter
À Bruna
Dans sa préface à...
Miguel Brieva: Dinero - Revista de Poética Financiera e Intercambio Espiritual,
Random House Mondadori, avril, 2008.
..., Santiago Alba Rico nous rappelle (et interpelle) :
"Basta seguir hasta el final el espíritu de Disney para que él mismo se voltee en el reverso de Disney, repentinamente amenazador, agresivo, un poco viscoso, un poco metafísico, inesperada cópula entre el capitalismo y el fascismo. Nadie ha sabido entender como Brieva el terror salvaje que abriga Disneylandia, el desorden metafísico de Mickey Mouse".
Et, par suite, leur horreur visuelle, ajouté-je. Horreur visuelle qui est là aussi, en fond d'écran ou arrière-plan, pour égayer le bureau de tous vos dispositifs, de tous vos écrans (de fumée)...
Quand les écrans et les écrans et les écrans —veloutés ou rêches des grands prédateurs— sont notre monorepas et l'autel constant de notre repos, nos enfants enfantent des cauchemars post-Bernays et ignorent la vraie vie, les cailloux, les feuilles, la terre, l'horizon, les étoiles, la lune, les contes, les matières, les textures... Les contes, les histoires, le monde, les langues, la nature non monétaire...
Disney est à la vie comme le saccharose en fortes doses (ou le Coca) est à la soif..., à la santé, à l'intelligence, à la sensibilité...
« Nous recevons de très jeunes enfants stimulés principalement par les écrans, qui, à 3 ans, ne nous regardent pas quand on s’adresse à eux, n’écoutent pas les consignes, ne communiquent pas, ne recherchent pas les autres, sont très agités ou très passifs », détaille Sabine Duflo. Carole Vanhoutte et Elsa Job-Pigeard, orthophonistes, ont constaté, elles aussi, depuis cinq ans l’augmentation des demandes de bilans pour retard, absence de langage, trouble de la relation, de la communication, de l’oralité. Et des tableaux cliniques plus sévères. « Les écrans freinent l’enfant dans ses interactions avec les adultes, sa construction du sens, son rapport au réel », dit Carole Vanhoutte.Il y en a encore qui lisent. Des best-sellers, des bêtes-célèbres... Quand on voit les étagères, gondoles et comptoirs des librairies, on vérifie à quel point le livre n'est presque plus que l'étouffoir paramétré de la pensée ou de la diversité, de la connaissance ou de l'indépendance, du savoir ou de la dissidence.
(Le Monde : Alerte aux écrans pour les enfants, 26.06.2017)
Que lire à un enfant qui commence à écouter (des histoires), me demandait une mère... Et alors vinrent à mon esprit les contes qui font rêver ces jours-ci ma fille illettrée et fascinée par les nombres et les lettres —logique, les lettres sont pour elle avant tout des dessins, des images, voire l'évocation, un condensé des personnes aimées : D comme Dani...
Guillaume Olive et He Zhihong : Contes des peuples de Chine, Les Éditions des Éléphants, Paris, novembre 2016
Léopold Sédar Senghor et Abdoulaye Sadji : La Belle Histoire de Leuk-le-Lièvre, Hachette - EDICEF, Paris, 1953.
Illustrations de Marcel Jeanjean.
vendredi 2 juin 2017
La danse de deux trous noirs - CNRS Le journal
CNRS Le journal est le site d'information scientifique lancé par le CNRS le 4 mars 2014. On nous dit à son propos...
Or, sous le titre La fusion de deux trous noirs fait trembler à nouveau la Terre, David Larousserie a publié il y a quelques heures, dans les pages Astronomie du quotidien Le Monde, un article qui nous apprend...
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(1) Laser Interferometer Gravitational-Wave Observatory : Observatoire d'ondes gravitationnelles par interférométrie laser. Il s'agit en fait de deux interféromètres de Michelson situés à Hanford (Washington) et Livingston (Louisiane), aux États-Unis.
(2) Détecteur installé à Cascina, près de Pise, en Italie. Cet interféromètre est le fruit de la collaboration de 19 groupes de recherche répartis dans cinq pays européens.
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MISE À JOUR du 17/10/17 :
Sous la rubrique Astronomie du journal Le Monde, David Larousserie vient de faire état d'une nouvelle observation importante en la matière :
Destiné au grand public, ce nouveau média gratuit vise à décrypter des résultats scientifiques de plus en plus complexes et à montrer les coulisses de la recherche. Il s'agit également d'alerter sur les sciences émergentes. Son crédo : fournir des informations fiables permettant d'éclairer les grands débats de société.Voici sa présentation vidéo :
CNRSLeJournal.fr par CNRS
Or, sous le titre La fusion de deux trous noirs fait trembler à nouveau la Terre, David Larousserie a publié il y a quelques heures, dans les pages Astronomie du quotidien Le Monde, un article qui nous apprend...
Jeudi 1er juin, la collaboration internationale LIGO/Virgo a publié sa troisième observation d’une paire de trous noirs orbitant l’un autour de l’autre. Ces gloutons de l’espace – trente fois plus lourds que le Soleil, mais cinq cents fois plus petits –, en spiralant l’un vers l’autre, ont fini par ne plus faire qu’un, donnant naissance à un nouveau trou noir, plus léger que la somme des masses de ses deux parents. L’énergie perdue, équivalente à celle de deux Soleils, a distordu et secoué l’espace-temps, tel un veau en gelée tremblotant quand il arrive sur une table. Cette vibration, dite onde gravitationnelle, s’est propagée jusqu’à la Terre, où elle a été détectée dans deux instruments géants, LIGO, situés aux Etats-Unis à 3 000 kilomètres l’un de l’autre.À l'égard des détecteurs, Larousserie précise qu'ils disposent...
chacun de deux « bras » de lumière perpendiculaires et longs de quatre kilomètres. La précision sur ces longueurs est telle qu’elle équivaut à connaître la distance Terre-Soleil (environ 150 millions de kilomètres) à un atome près. Tel un acrobate perché sur le sommet d’une montagne en balançant ses bras, LIGO est en équilibre, prêt à basculer dès que le moindre souffle d’une onde gravitationnelle agrandit ou diminue la taille d’un de ses bras. A condition aussi de savoir trier dans tout un tas d’autres perturbations, comme le passage d’un avion, le bruit des vagues ou la chute d’un arbre… C’est cet exploit qu’ont réussi de nouveau les chercheurs.Donc, les instruments de détection d'un observatoire réussissent à déceler de manière directe la contraction et la dilatation de l'Espace au passage des ondes gravitationnelles qu'avait prédites Einstein il y a cent ans.
EN LIRE PLUS.
Ces ondes, furtives, qui déforment l'Espace-Temps lors de leur passage, sont produites notamment par les éléments les plus violents de l'univers, dans ce cas-ci, la fusion de deux trous noirs...Justement, si vous souhaitez savoir plus exactement comment opèrent LIGO (1) et Virgo (2), vous pouvez accéder sur CNRS Le journal à une explication vidéo des capacités technologiques de ces détecteurs, d'une précision vraiment incroyable, et de la triangulation (l'action concertée des trois détecteurs) qui se prépare. C'est de cette vidéo que j'ai extrait la citation précédente...
Une production CNRS Images (2016), avec la participation des scientifiques Benoît Mours, Frédérique Marion, Romain Bonnand, Nicolas Arnaud et Éric Chassande-Mottin.
Le physicien Nicolas Arnaud signale :
J'espère le début d'une nouvelle forme d'astronomie, une nouvelle fenêtre sur l'univers, un nouveau moyen d'observer l'univers dans ses phénomènes les plus extrêmes et que, d'ici quelques années ou une dizaine d'années, les ondes gravitationnelles fassent partie de l'astronomie au même titre que les télescopes optiques ou les détecteurs de particules, de neutrinos...
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(1) Laser Interferometer Gravitational-Wave Observatory : Observatoire d'ondes gravitationnelles par interférométrie laser. Il s'agit en fait de deux interféromètres de Michelson situés à Hanford (Washington) et Livingston (Louisiane), aux États-Unis.
(2) Détecteur installé à Cascina, près de Pise, en Italie. Cet interféromètre est le fruit de la collaboration de 19 groupes de recherche répartis dans cinq pays européens.
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MISE À JOUR du 17/10/17 :
Sous la rubrique Astronomie du journal Le Monde, David Larousserie vient de faire état d'une nouvelle observation importante en la matière :
Des étoiles à neutrons secouent la Terre
Des ondes gravitationnelles et électromagnétiques ont été captées par plusieurs instruments simultanément. Une première pour l’astronomie « multimessager ».LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | • Mis à jour le | Par David LarousserieLe jeudi 17 août, les astronomes ont eu droit à un feu d’artifice inédit et spectaculaire. A 130 millions d’années-lumière, dans la galaxie NGC 4993, visible depuis l’hémisphère Sud en direction de la constellation de l’Hydre, plusieurs signaux ont été captés par soixante-dix observatoires terrestres et spatiaux simultanément : une lumière très intense pendant plusieurs heures, des éclairs en infrarouge et rayons X, une bouffée d’une seconde de rayons gamma (les ondes électromagnétiques les plus énergétiques qui soient) et aussi, pour la première fois en association avec ces messagers cosmiques, une secousse d’onde gravitationnelle. Cette dernière est une vibration de l’espace-temps causée par un remue-ménage cosmique extrême, comme la chute d’un caillou fait vibrer la surface de l’eau.
C’est la cinquième fois que des ondes gravitationnelles sont repérées depuis la Terre, ce qui a valu le prix Nobel de physique 2017 aux chercheurs à l’origine des instruments ayant permis cette détection. Mais, jusqu’à présent, le « caillou » qui avait secoué les détecteurs était une valse serrée de deux trous noirs gros comme trente soleils, se tournant autour jusqu’à ne plus faire qu’un.
Cette fois, il s’agit d’une paire d’étoiles à neutrons, qui, comme leur nom l’indique, sont constituées de neutrons et résultent de l’effondrement d’étoiles en fin de vie, trop légères pour former des trous noirs.
En lire plus.
mercredi 31 mai 2017
Emma et la charge mentale
Emma est le pseudonyme d'une quadragénaire parisienne, mariée et mère de deux enfants, qui vient de publier en mai 2017 la bande dessinée Un autre regard : trucs en vrac pour voir les choses autrement chez Massot Éditions.
Prenez le temps d'accéder un moment à son blog dont l'exergue porte : Politique, trucs pour réfléchir et intermèdes ludiques. Vous y trouverez, entre autres, Fallait demander, sa BD en ligne sur la charge mentale, cet aspect immatériel et usant —grosse fatigue !— auquel on ne pense pas trop quand on analyse la très inégale répartition des tâches ménagères et parentales, l'organisation de la vie familiale ou commune. Vous y apprendrez sans conteste de simples vérités, genre...
La lutte des femmes devrait être la lutte de tous. Bonne lecture !
J’essaie de donner un éclairage politique à des histoires individuelles, dit-elle au blog Big Browser hébergé par le quotidien Le Monde. C’est le cas pour la bande dessinée sur la charge mentale, qui m’est venue de mon expérience personnelle.Sa position est foncièrement politique, elle se veut directe, elle ne prône aucunement l'art pour l'art :
Quant au format de la bande dessinée, ce sont les dessins qui me permettent de faire passer rapidement mes idées. Ils n’ont pas vocation à être esthétiques.Elle voudrait déclencher l'émotion, pour que l'information reste et que l'action soit possible. Elle sait qu'on ne passe pas à l'action que lorsque l'émotion y est pour quelque chose : on ne mobilise que par les affects.
Prenez le temps d'accéder un moment à son blog dont l'exergue porte : Politique, trucs pour réfléchir et intermèdes ludiques. Vous y trouverez, entre autres, Fallait demander, sa BD en ligne sur la charge mentale, cet aspect immatériel et usant —grosse fatigue !— auquel on ne pense pas trop quand on analyse la très inégale répartition des tâches ménagères et parentales, l'organisation de la vie familiale ou commune. Vous y apprendrez sans conteste de simples vérités, genre...
lundi 15 mai 2017
Palestine avant 1948
Me basta con morir encima de ella,
con enterrarme en ella;
bajo su tierra fértil disolverme, acabar
y brotar hecha yerba de su suelo;
hecha flor, con la que juegue
la mano de algún niño crecido en mi país.
Me basta con seguir en el regazo de mi tierra:
polvo, azahar y yerba.
Fadwa Touqan (1917-2003)
La cuestión palestina es más que
un problema de fronteras (hudud),
un problema de existencia (wuyud).
Rachad Abou-Shawir
(cité par Pedro Martínez Montávez,
Universidad Autónoma de Madrid)
En Palestina ni siquiera nos proponemos pasar por la formalidad de consultar los deseos de los habitantes del país. Las cuatro grandes potencias están comprometidas con el sionismo, y el sionismo, correcto o incorrecto, bueno o malo, está anclado en antiquísimas tradiciones, en necesidades actuales y en esperanzas futuras de mucha mayor importancia que los deseos y reservas de los 700.000 árabes que habitan esta antigua tierra. ["... and of far profounder import than the desires and prejudices of the 700,000 Arabs who now inhabit that ancient land." : Balfour memorandum of 19 August 1919, "Syria, Palestine and Mesopotamia"]Notre mémoire commémore les 69 ans de la Nakba, la «catastrophe» des Palestiniens : massacre des uns et expulsion des survivants ; expulsion de leurs maisons, de leurs terres, de leurs villages, de leurs villes par les troupes sionistes. Dans son ouvrage All That Remains: The Palestinian Villages Occupied and Depopulated by Israel in 1948, Institute for Palestine Studies (Tout ce qui reste, Institut des études palestiniennes, 2006), Walid Khalidi (Jérusalem, 1925) a répertorié 418 villages rasés en Palestine. Vies, villages, arbres, cultures, noms (toponymie)... tout y passa. Amnon Neumann, ancien soldat du Palmach, en témoigne, à sa manière, sur cet enregistrement vidéo. C'est comme cela que naquit l'État juif, raciste, colonial et d'apartheid d'Israël.
(in Sir Arthur James Balfour, Documents on British Foreign Policy 1919-1939, p. 345. Cité en castillan dans Henry Cattan, Palestina, los árabes e Israel, Siglo XXI, México, 1971. Cité en anglais dans Michael J. Cohen, Britain's Moment in Palestine. Retrospect and Perspectives, 1917-1948, Routledge, London & New York, 2014, p. 55)
Plus de 12 millions de Palestiniens vivent à travers le monde, dont la moitié dans les Territoires occupés et en Israël, selon des chiffres officiels palestiniens. Plus de 5,5 millions sont enregistrés comme réfugiés auprès de l’ONU.
Libération, 15/05/2017.
L’annuelle « Marche du retour » organisée par les Palestiniens en Israël, en guise de commémoration de la Nakba – l’expulsion de centaines de milliers de Palestiniens de leurs foyers en 1948 –, a été bloquée par la police israélienne pour la première fois de son histoire.Voici un petit souvenir de ce qu'était la Palestine avant sa catastrophe.
La police a refusé une autorisation aux organisations, prétendant qu’elle manquait d’agents pour superviser la marche.
Mais les dirigeants palestiniens en Israël accusent le gouvernement d’extrême droite de Benjamin Netanyahou d’être derrière cette décision, dont ils croient qu’elle est l’ultime démarche en date en vue de réduire au silence leur commémoration des événements d’il y a 69 ans.
Pour la Palestine (Belgique), 15/05/2017.
Œuvre pionnière en la matière, citons Before Their Diaspora, a photographic essay on Palestinian society prior to 1948 (Avant leur Diaspora : une histoire photographique des Palestiniens, 1876-1948), ouvrage essentiel publié par Walid Khalidi en 1984 pour mieux comprendre l'ampleur du sociocide perpétré par le sionisme.
À l'intention du public espagnol ou castillanophone, je rappelle également l'existence d'un gros pavé de 238 pages publié en novembre 2015 par Ediciones del Oriente y del Mediterráneo. Son titre, Contra el olvido. Una memoria fotográfica de Palestina antes de la Nakba, 1889-1948. Cliquez ici pour accéder à un compte-rendu d'Olga Rodríguez à son égard.
À l'intention du public espagnol ou castillanophone, je rappelle également l'existence d'un gros pavé de 238 pages publié en novembre 2015 par Ediciones del Oriente y del Mediterráneo. Son titre, Contra el olvido. Una memoria fotográfica de Palestina antes de la Nakba, 1889-1948. Cliquez ici pour accéder à un compte-rendu d'Olga Rodríguez à son égard.
Cet ouvrage contre l'oubli est introduit par un avant-propos de Pedro Martínez Montávez qui nous rappelle : "La historia de la cuestión palestina está llena de ultrajes a la verdad y de crímenes contra la memoria". Dans ce sens, dit-il, "este libro se enfrenta radicalmente, y con gallardía, contención y ecuanimidad, a tanta historiografía intencionadamente desvirtuadora y en gran parte falaz o sencillamente ignorante, que se ha ido acumulando sobre la materia". Et il lance une question simple, essentielle et percutante : "¿No merecían estas gentes [les Palestiniens dans leur imposante diversité] seguir viviendo —eso sí, "viviendo"— como estas imágenes demuestran que vivían?".
Cet ouvrage collectif ne constitue pas un exercice de nostalgie, mais d'affirmation, selon Teresa Aranguren, responsable de l'édition avec Sandra Barrilaro, Johnny Mansour et Bichara Khader. Ses textes tombent à point nommé. On lit, par exemple, un témoignage très éloquent du juif russe Asher Ginsberg, dont le pseudonyme était Ehad Ha'am, qui écrivait en 1891 :
Cet ouvrage collectif ne constitue pas un exercice de nostalgie, mais d'affirmation, selon Teresa Aranguren, responsable de l'édition avec Sandra Barrilaro, Johnny Mansour et Bichara Khader. Ses textes tombent à point nommé. On lit, par exemple, un témoignage très éloquent du juif russe Asher Ginsberg, dont le pseudonyme était Ehad Ha'am, qui écrivait en 1891 :
Telle était, en effet, l'idée répandue par le premier sionisme, au point que les journaux intimes des juifs émigrés notamment au début du XXe siècle avouaient le désappointement de leurs auteurs en constatant, à leur arrivée en Palestine, qu'il s'agissait bel et bien d'une terre pas exactement vide... Témoin, les recherches et lectures d'Ilan Pappé à ce propos. À son tour, Chaim Waizmann reconnaissait ouvertement : "Si uno lee los textos sionistas... no encuentra casi ninguna mención de los árabes." ("Quand on lit les textes sionistes... on n'y retrouve presque aucune mention des Arabes").Tenemos la costumbre de creer, los que vivimos fuera de Israel, que allí la tierra es ahora casi completamente desértica, árida y sin cultivar y que cualquiera que quiera adquirir tierras allí puede hacerlo sin ningún inconveniente. Pero la verdad es muy otra. En todo el país es difícil encontrar campos cultivables que no estén ya cultivados, sólo los campos de arena o las montañas de piedras que no sirven para plantaciones permanecen sin cultivar. Ehad Ha'am : Verdad de la tierra de Israel, 1891 (en français La Vérité d'Eretz Israël). Cité par Ilan Halevi dans Sous L'Israël, La Palestine, Le Sycomore, Paris, 1979.
David Ben-Gourion ne s'y leurrait point...
"Si j'étais un leader Arabe, je ne signerais jamais un accord avec Israël. C'est normal ; nous avons pris leur pays. Il est vrai que Dieu nous l'a promis, mais comment cela pourrait-il les concerner ? Notre Dieu n'est pas le leur.
Il y a eu l'antisémitisme, les Nazis, Hitler, Auschwitz, mais était-ce leur faute ? Ils ne voient qu'une seule chose : nous sommes venus et nous avons volé leurs terres. Pourquoi devraient t-ils accepter cela ?
David Ben-Gourion (1er Premier Ministre israélien), cité par Nahum Goldmann dans "Le Paradoxe Juif", page 121.
"Ne nous cachons pas la vérité… Politiquement nous sommes les agresseurs et ils se défendent. Ce pays est le leur, parce qu’ils y habitent, alors que nous venons nous y installer et de leur point de vue nous voulons les chasser de leur propre pays. Derrière le terrorisme (des Arabes) il y a un mouvement qui bien que primitif n'est pas dénué d'idéalisme et d'auto-sacrifice."
David Ben-Gourion : Tiré de la page 91 d'Israël, Palestine, États-Unis : Le Triangle Fatidique (Préface d’Edward Saïd, Montréal, Écosociété, 2006, 664 p.), de Noam Chomsky.
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