mardi 22 janvier 2013

Binta et les bonnes idées

L'une de mes élèves de cette année, Ana C. me proposa de voir en classe un moyen métrage que je ne connaissais pas, Binta y la gran idea, « Binta et la grande idée », réalisé par un Toubab, un Blanc, le cinéaste espagnol Javier Fesser, en collaboration avec l’Unicef. En voici la vidéo :


ACTEURS - Zeynabou Diallo : Binta ; Agnile Sambou : Père de Binta ; Aminata Sané : Soda

Mon père dit que les oiseaux sont très intelligents... C'est ainsi que commence ce film tourné en 2005 dans la région de Ziguinchor, partie occidentale de la Casamance, la belle région du Sud du Sénégal, à majorité Diola, où les fromagers majestueux, les marigots du fleuve (la Casamance) et les bolongs —bordés des palétuviers des mangroves— remplacent la brousse des baobabs. La phrase est prononcée par Binta qui a 7 ans et va à l'école, où son maître évoque les avantages d'apprendre ensemble, pour mieux se comprendre et mieux respecter les autres. Soda, cousine de Binta, n'a pas hélas cette chance : son père la contraint à rester à la maison dans l'attente d'un futur mariage traditionnel. Une pièce montée par des enfants —le théâtre populaire y est très fréquent— reprendra le sujet de cet entêtement atavique, dans le but de le contrecarrer.
Le père de Binta, Sabou, est à son tour un pêcheur à pirogue qui, choqué par les retombées du progrès technique des Toubabs (les Blancs), et inspiré par la sagesse des oiseaux, décide de soumettre une idée très confidentielle aux autorités de son pays, une idée de progrès, tel qu'il l'entend (1). Ne la ratez pas car elle a à avoir avec la joie de vivre et son apprentissage, vitalité wertement bafouée par ceux qui préfèrent, à l'école, la religion à la citoyenneté, la ségrégation sexuelle et économique au partage et à la connaissance mutuelle, ceux-là même qui, en général, ne jurent que par l'avidité, l'affairisme sans états d'âme.
Le père de Binta, quant à lui, pense que ce désir d'accumuler —qui ravage les arbres et les poissons, et bousille l'air— pousse les Toubabs à préserver ce qu'ils accumulent à force de bombes hautement technologiques.

La présence musicale de Salif Keita (Djoliba, 1949) dans la délicieuse bande son accompagnant les images, nous fait songer à son pays natal, le Mali, grand voisin oriental du Sénégal.
En matière d'analyses à l'égard de ce qui s'y passe actuellement, j'en ai dégoté deux, sur internet, qui aident à méditer sur le conflit malien et l'opération Serval ; l'une de Badia Benjelloun, l'autre de Mohamed Tahar Bensaada. Cliquez sur les liens si le sujet vous intéresse.
Pour commencer à mieux comprendre ce genre d'enjeux "africains", vous pouvez également jeter un coup d'œil sur le site du collectif "Areva ne fera pas la loi au Niger".


(1) Note du 18/02/2013 : Cf. à cet égard ce propos d'Inmaculada Pimentel : "Voy a África a que me ayuden. De allí vuelvo nueva".

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