vendredi 5 octobre 2012

Traductions de Onitsha et Désert, de Le Clézio



Saguiet el Hamra, hiver 1909-1910.

« Ils sont apparus, comme dans un rêve, au sommet de la dune, à demi cachés par la brume de sable que leurs pieds soulevaient. Lentement ils sont descendus dans la vallée, en suivant la piste presque invisible. En tête de la caravane, il y avait les hommes, enveloppés dans leurs manteaux de laine, leurs visages masqués par le voile bleu. Avec eux marchaient deux ou trois dromadaires, puis les chèvres et les moutons harcelés par les jeunes garçons. Les femmes fermaient la marche. C'étaient des silhouettes alourdies, encombrées par les lourds manteaux, et la peau de leurs bras et de leurs fronts semblait encore plus sombre dans les voiles d'indigo. (...)
Ils avaient marché ainsi pendant des mois, des années, peut-être. Ils avaient suivi les routes du ciel entre les vagues des dunes, les routes qui viennent du Draa, de Tamgrout, de l'Erg Iguidi, ou, plus au nord, la route des Aït Atta, des Gheris, de Tafilelt, qui rejoignent les grands ksours des contreforts de l'Atlas, ou bien la route sans fin qui s'enfonce jusqu'au cœur du désert, au-delà du Hank, vers la grande ville de Tombouctou. »
C'est ainsi que commence Désert, roman de J.M.G. Le Clézio (Nice, 1940) publié en 1980 par les Éditions Gallimard (Paris). Ángel Lucía* me pria d'en faire la traduction pour Debate (Madrid) et ma version sortit dans la rentrée 1991. C'est un texte qui raconte deux histoires bien différentes, mais reliées : l'une, fictive, celle de la toute jeune Lalla, dont les ancêtres étaient les hommes bleus du désert saharien ; l'autre, historique, narre posément la marche de la caravane du grand cheikh Ma el Aïnine, rebelle contre la colonisation. Après sa mort à Tiznit (1910), les gens du désert, regroupés autour de Moulay Sebaa, le Lion, seront finalement massacrés par l'armée coloniale française —par les quatre bataillons du colonel Mangin— à Agadir, sur la côte, à 170 km au Sud d'Essaouira.
Je me rappelle avoir écrit dans mon rapport, à l'époque, ce roman transcrit une étrange sensation de bien-être.
Puis, l'année suivante (1992), Debate édita ma traduction d'Onitsha (Gallimard, 1991). Cet ouvrage est, entre autres, une version romancée d'un chapitre de la biographie de J.M.G. Le Clézio, une reprise de sa découverte de l'Afrique et de son père, à 8 ans, dans un territoire colonisé cette fois-ci par l'empire britannique. L'auteur se projette sur le jeune héros du texte, Fintan Allen, embarqué pour Port-Harcourt afin de rejoindre Onitsha, dans le Sud du Nigeria, en 1948. Puis, Le Clézio s'occuperait de ce père anglais dans un récit autobiographique postérieur, L'Africain (2004).

Le Clézio reçut le prix Nobel de littérature en 2008 et ce fait disons aléatoire relança la réédition de ses livres dans certains pays, dont l'Espagne. C'est ainsi que Tusquets voulut republier mes deux traductions dans la collection Andanzas en décembre 2008. Elles sont désormais disponibles en format de poche —dans la collection Fábula depuis octobre 2010, dans le cas de Désert, et dès ce mois d'octobre en ce qui concerne Onitsha— et jouissent donc d'un nouveau cycle de vie. Vive le recyclage.

Ma vieille édition Folio, 1980


* Ma gratitude et mes amitiés, Ángel.

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