dimanche 20 novembre 2016

65 jours dans le meilleur des mondes des derniers jours de l'humanité

Cela peut être le signe de la mort d'une culture, que le 
ridicule ne tue plus, mais agisse comme un élixir de vie.
Die Fackel, 834, mai 1930, p. 2

(...) pertenecemos al tercer mundo de la información, 
pese a ser el país europeo que más utiliza las redes sociales 
(Whats App, 86%, Facebook, 83%, You Tube, 72%....) 
estamos metidos en el analfabetismo del análisis. Saturados 
de chorradas que duran menos que el tiempo de leerlas. 
Gregorio Morán: No hay vírgenes en el periodismo,
Bez, 19 de noviembre de 2016



Je suis à présent un cours de formation en ligne pour enseignants intitulé la lecture et la recherche à l'ère du numérique. Je suis un formatage, donc je ne suis temporairement pas. Ce sont 65 jours dans le meilleur des mondes (7/10-12/12/2016), expérience stupéfiante. Après hésitation, j'ai accepté de devenir cobaye, dangereux élan scientifique et méthode d'enquête qui me rend un peu semblable à Günter Wallraff et ses pairs.

Le meilleur des mondes, c'est Candide, Leibniz tamisé par Voltaire. Et c'est aussi The Brave New World, le splendide nouveau monde d'Aldous Huxley. Ou Die letzten Tage der Menschheit  (Les Derniers jours de l'Humanité) de Karl Kraus. Ou la mondialisation heureuse et tiqueuse des libéraux high tech high TIC, et de leurs ouailles, diligemment prêtes à donner ou recevoir des données personnelles et des mots d'ordre, à assurer la réplication du sytème dans tous les dividus de l'organisme social, chacune dans sa position hiérarchique et dividuelle du moment.

On nous soûle au haut débit priv-attisé, celui —privé de vie— de la mainmise des affaires sur nos existences. On nous bourre d'écrans, de logiciels parure du néant et de re-sots réseaux sociaux, moule cyberstructurel de plus en plus armé (comme la police et le béton) dans lequel il faut rentrer gaiement, comme des soldats des Derniers jours de l'Humanité de Karl Kraus. Et dans les tranchées resplendissantes du numérique profond, d'où il faut bombarder Venise, on éprouve un indicible et cinglé éloignement de la vie et de la nature, voire des lectures et des recherches, et on brûle de soif d'en sortir pour pouvoir se rattraper et retourner à la vie et aux promenades, aux lectures et aux recherches...

On dit que les poissons méconnaissent l'eau. Or celui qui s'enfonce dans les filets sociaux de l'individualisme théorique a perdu conscience qu'il habite un monde parallèle fait de flux viraux insaisissables ; étourdi de vertige et de voracité retouitivement creuse, le sinciput rimbaldiennement plaqué de mortels enthousiasmes vagues, il n'aura jamais le temps de composer une prière au temps ni d'acheter le crayon qui soulignerait ses livres. Bref, il ignore le repos, l'hédonisme et, bien sûr, la lecture —l'alibi des inepties qu'on nous programme.

Permettez que je vous invite à une expérience de 7 minutes, voire moins, concernant l'ineffable monde des présentations, qui constituent l'un des formalismes et pratiques illustrant le mieux cet univers d'absence radicale de sens destiné à l'obnubilation des gogos. Au lieu de clase, presentación, instrucciones, voire tutoría a distancia (cours, présentation, mode d'emploi...), on l'appelle tutorial, pour compléter la bourde en langue impériale, leur seule source d'inspiration. Si cette connerie vous écœure, abrégez-la, visionnez-écoutez juste dès 6'47''.


Sensationnel. Next Stop... The World Domination... Hahahaha !  
Moderne, créatif, innovant, dynamique, compétitif,... c'est-à-dire, pathétique, ahurissant, futile, distractif, american way of life, flippant... Plus con, tu meurs, mais ça tue tout de même.

Ça fout la trouille, cette culture engourdit les neurones, abrutit. C'est à ce genre de nullités qu'il faut consacrer le temps, l'énergie, le talent, la concentration..., la trempe qu'un cerveau humain normalement constitué pourrait accorder à d'autres cultures plus hédonistes et fructueuses.

Ceci est un simple exutoire, un soulagement qui ne servira à rien. En l'écrivant, je rejoins dans l'inutilité révoltée des gens comme ceux que j'ai rassemblés à la hâte sur un tableau de Pinterest, l'un des réseaux sociaux auxquels j'ai dû adhérer pendant ma toxique descente aux enfers de la modernité. Des gens comme Alfonso Berardinelli, que je ne connaissais pas il y encore un mois, et qui écrit dans Leer es un riesgo (Círculo de Tiza, Madrid, 2016, page 95 —traduction de son Leggere è un rischio, gransasso nottetempo, 2012, par Salvador Cobo) :
(...) Las tecnologías informáticas y telemáticas son mi bestia negra, o mejor aún, mis molinos de viento. No son enemigos que combatir. Han vencido desde el principio, y doblegarán también la mente humana que piensa que las ha creado para "usarlas", para ponerlas a su servicio. He leído alguna que otra fábula antigua, y creo más en estas que en las actuales fábulas neotecnológicas. Despotrico contra ellas con mucho gusto y sin finalidad alguna.
El vigoroso gigante tecnológico que hemos inventado para ser ubicuos, omniscientes y más rápidos que la luz, ya ha comenzado a jugar con nosotros como el gato y el ratón. No somos sus amos, somos sus esclavos.
Nous ne lisons pas, nous sommes lus... (cf. Yuval Noah Harari)

Et puis, ne me demandez pas pourquoi, je pense à la Mémoire de La Terre Gaste, de Michel Rio, machine compilant tous les savoirs humains sur une planète dévastée... Ou je frémis en lisant, sur le site du quotidien suisse Le Temps, cette article au sujet de «Homeland security-Cyber» (HLS-Cyber),...
(...) l’événement international en matière d’antiterrorisme et de cyberguerre organisé tous les deux ans à Tel Aviv pour flatter le «know how» [savoir-faire] des entreprises spécialisées de l’Etat hébreu. [Où l]es chargés de communication, fort affables au demeurant, vantent les mérites des drones tueurs, de systèmes de protection «intelligents», de logiciel de cryptage pour smartphones et de caméras d’identification faciale (...).
 ...devant des...
Responsables et hommes politiques étrangers [qui] se pressent pour connaître les dernières tendances [en la matière]  
 (C'est Candide qui y mets du rouge).

 Mongolia, novembre 2011

Mauro Entrialgo, Mongolia, Novembre 2016

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