lundi 15 février 2016

Rapport 2016 de la fondation Abbé Pierre sur les mal-logés en France

Le jeudi 28 janvier, la Fondation Abbé Pierre pour le Logement des Défavorisés rendit son Rapport 2016 sur l’état du mal-logement (basé sur l'Enquête nationale du Logement 2013 dont les résultats ne concernent que la France métropolitaine) dans la sixième puissance économique du monde.
Selon Le Monde, avec AFP, la Fondation dresse un tableau sombre :
Hausse du nombre de personnes sans domicile, renonçant à se chauffer ou contraintes de vivre chez des tiers : de nombreux indicateurs sont dans le rouge.
Pour Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre,
(...) cette « aggravation du mal-logement touche avant tout les classes populaires ». Les ménages les plus pauvres consacrent à leur logement 55,9 % de leurs revenus, une part trois fois supérieure à la moyenne (17,5 %). « Le logement est le reflet des inégalités, mais il est aussi accélérateur des inégalités », souligne M. Robert.
... Et de beaucoup d'échecs scolaires, déstructurations familiales, violences sociales, suicides, etc., peut-on ajouter.

Jetons un coup d'œil sur le rapport. On peut y lire, littéralement, ces extraits...
3,8 millions de personnes mal logées.

[44 000] Personnes (...) ne peuvent accéder à une place dans les aires d’accueil aménagées destinées aux "gens du voyages".


12,1 millions de personnes fragilisées par rapport au logement.


(...) la Fondation Abbé Pierre révèle des tendances alarmantes à l’aggravation de la situation pour la plupart des indicateurs disponibles, qu’il s’agisse du nombre de personnes sans domicile, d’hébergés chez des tiers, de personnes subissant un effort financier excessif pour se loger ou de ménages souffrant du froid à domicile.

(...) Parmi les personnes privées de logement personnel apparaissent enfin 643 000 personnes hébergées chez des tiers de manière très contrainte : personnes de 17 à 59 ans n'ayant pas les moyens de décohabiter hébergées par des personnes sans lien de parenté direct (69 000), plus de 25 ans contraints, après une période de logement autonome, de revenir habiter chez leurs parents ou grands-parents faute de logement autonome (339 000), majeurs de plus de 25 ans chez leurs parents incapables de décohabiter pour raisons financières (153 000) et personnes de plus de 60 ans hébergées chez un tiers sans lien de parenté direct (83 000).

Par rapport aux années précédentes, la Fondation Abbé Pierre a décidé d’intégrer à son décompte, parmi les personnes en difficultés, deux nouvelles formes de fragilisation par le logement à mieux appréhender : l’effort financier excessif et le froid à domicile.

Au total, ce sont donc 14 466 000 personnes qui sont victimes de la crise du logement.

Les locataires continuent de payer leur loyer, puisque le nombre d’impayés semble stable. Mais à quel prix... Les Français sont 44 % de plus qu’en 2006 à se priver de chauffage à cause de son coût. 20% plus nombreux à être hébergés chez des tiers. 26% de plus à subir un effort financier excessif pour payer son logement. 6 % de plus à se serrer en surpeuplement accentué.

Entre 2001 et 2012, le nombre de personnes sans domicile a augmenté d’environ 50 %, d’après l’enquête sans-domicile de l’Insee. Les phénomènes de grande exclusion se sont amplifiés. Et encore s’agit-il d’un décompte a minima, basé sur les personnes rencontrées en 24 heures dans les services d’hébergement ou de restauration pour les sans domicile, qui ne prend donc pas en compte les nombreuses personnes qui n’y ont pas recours quotidiennement, par exemple parmi les personnes qui vivent en bidonville.

Entre 2006 et 2013, le surpeuplement a augmenté de manière inédite. Le nombre de ménages en surpeuplement accentué a crû de 185 000 à 218 000 (+ 17 %), tandis que celui des ménages en surpeuplement modéré (hors ménages unipersonnels) est passé de 1 694 000 à 1 789 000 (+ 6 %).

Le pourcentage des ménages déclarant avoir eu froid au cours de l’année est en hausse très marquée depuis des années. Alors que seuls 10,9 % des ménages s’en plaignaient en 1996, ce taux est monté à 14,8 % en 2002 puis 18,8 % en 2013.

En 2013, 4 767 000 millions de ménages, soit 11 026 000 personnes, se sont plaints d’avoir eu froid, la plupart du temps pour des raisons liées à leur situation financière, durement impactée par la montée du prix des énergies et la crise économique (1 070 000 ménages), à la mauvaise isolation de leur logement (2 107 000 ménages) ou à la faible performance de leur chauffage (1 267 000 ménages).

Malgré leur mauvaise isolation, bon nombre de foyers sont comme les trous noirs de l'Univers : aucune matière ni lumière n’en sort.
Où l'on voit où nous mènent les bulles spéculatives, en général, et les glorieuses noces des bétonneurs et de la finance, en particulier.
Où l'on voit bien que l'État d'Urgence non factice ne concerne pas l'inconfort thermique, les surpeuplement des ménages ou la vie à l'abri de rien...

Au sujet de la constante dégradation de la situation du logement en France, le Siné mensuel nº50 (février 2016), pages 4-6, présente un dossier intitulé Des solutions contre la galère, réalisé par Léa Gasquet. Dans son introduction, elle nous rappelle que cette dégradation « ne date pas d'hier : entre 1970 et 2006, le loyer moyen a doublé par rapport aux revenus. (...) À moins d'être en CDI et de gagner trois fois le prix de son loyer, trouver un toit relève de l'exploit. En dépit de la taxe sur les logements vacants créée en 1999, 2,6 millions de logements étaient toujours vides en 2015... Alors que 900 000 personnes ne disposent pas d'un logement autonome ! »

Par ailleurs, dans un autre pays heureusement mondialisé [Note du 26 février 2016 : où il y a 3,4 millions d'habitations vides (30% du total européen)], la fourbe et média-attisée "récupération" (reprise) de l'économie espagnole a entraîné l'aggravation des conditions de vie de 1.181.000 personnes, selon le rapport annuel sur "Vulnérabilité sociale" de la Croix-Rouge espagnole (Bez, le 13 février 2016). Déjà ceux qui ont la joie immense d'être des salariés (fort précaires) doivent tabler sur le refus de l'employeur de payer leurs heures supplémentaires de travail, contrepartie créatrice, innovante, flexible et modérée d'un système basé sur la prise d'otages tous azimuts et la continuation de l'esclavage par d'autres moyens --selon la couleur de la presse, vol ou record (voir tableau ci-dessous tiré du quotidien El País, publié le 15.02.2016, 00h01). En tout cas, c'est le trickle up effect.


"Cada semana de 2015 se trabajaron una media de 3,5 millones de horas fuera de la jornada laboral que no se retribuyeron"  (chaque semaine de 2015 en Espagne... 3,5 millions d'heures sup non rémunérées)

Et puis, au cas où l'on éprouverait une certaine colère, le régime libéral pense à tout : il y a pour l'instant et pour l'exemple 300 travailleurs inculpés en Espagne comme on peut voir ici, ici ou .

samedi 23 janvier 2016

Gastrohemeroteca. Recettes historiques 1884-1934

La Hemeroteca Municipal de Madrid nous propose, dans son siège de Conde Duque et dans le cadre du Gastrofestival 2016, un échantillon de la cuisine de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle à travers des reproductions de plusieurs périodiques d'époque affichées sur des panneaux. Ce sont des magazines professionnels comme La Cocina Elegante, La Mesa Moderna, La Ilustración de la Mujer, Almanaque de Conferencias Culinarias, Le Pot-Au-Feu, El Gorro Blanco, El Menú, La Cocina Artística y Casera et Marmitón.
La cocina artística y casera. 20 de marzo de 1917

L'exposition a démarré aujourd'hui et se tiendra jusqu'au 7 février 2016 dans le hall principal de Conde Duque. Elle rend compte de formules et recettes, menus quotidiens et festins de Balthazar à l'expression souvent très française...




Cette ultraprésence de la langue française en matière gastronomique, un peu partout dans le monde, me renvoie soudain, par antinomie, à la préface de Brillat-Savarin à son célèbre essai Physiologie du goût, édité en 1826, car il y glissait une remarque qui nous semble aujourd'hui plutôt décalée, voire anachronique :
« Je connais, plus ou moins bien, cinq langues vivantes, ce qui m'a fait un répertoire immense de mots de toutes livrées.
Quand j'ai besoin d'une expression, et que je ne la trouve pas dans la case française, je prends dans la case voisine, et de là, pour le lecteur, la nécessité de me traduire ou de me deviner : c'est son destin.
Je pourrais bien faire autrement, mais j'en suis empêché par un esprit de système auquel je tiens d'une manière invincible.
Je suis intimement persuadé que la langue française dont je me sers est comparativement pauvre. Que faire en cet état ? Emprunter ou voler.
Je fais l'un et l'autre, parce que ces emprunts ne sont pas sujets à restitution, et que le vol de mots n'est pas puni par le code pénal.
»
On voit bien que B.-S., néologueur de mots comme "radiance" ou responsable de l'exhumation de termes comme "siroter", était loin d'anticiper la collusion, sur une planète mondialisée, entre les indulgences du code pénal, le matraquage de tous les produits (y compris une certaine langue) de l'empire dominant et le snobisme veblenien, si j'ose dire, des cuistres colonisés.
Dans la méditation IV de son illustre ouvrage pionnier, B.-S. aborde une définition très physiologique de l'appétit —désir n'ayant visiblement rien à voir avec la vraie faim : envie d'essence dans l'aisance— qui en fera baver plus d'un ; sa réflexion commence de la sorte :
Le mouvement et la vie occasionnent dans les corps vivant une déperdition continuelle de substance ; et le corps humain, cette machine si compliquée, serait bientôt hors de service si la Providence n'y avait placé un ressort qui l'avertit du moment où ses forces ne sont plus en équilibre avec ses besoins.
Ce moniteur est l'appétit. On entend par ce mot la première impression du besoin de manger.
L'appétit s'annonce par un peu de langueur dans l'estomac et une légère sensation de fatigue.
En même temps, l'âme s'occupe d'objets analogues à ses besoins ; la mémoire se rappelle les choses qui ont flatté le goût ; l'imagination croit les voir ; il y a là quelque chose qui tient du rêve. Cet état n'est pas sans charmes ; et nous avons entendu des milliers d'adeptes s'écrier dans la joie de leur cœur :
« Quel plaisir d'avoir un bon appétit, quand on a la certitude de faire bientôt un excellent repas ! »
Cependant l'appareil nutritif s'émeut tout entier : l'estomac devient sensible ; les sucs gastriques s'exaltent ; les gaz intérieurs se déplacent avec bruit ; la bouche se remplit de sucs, et toutes les puissances digestives sont sous les armes, comme des soldats qui n'attendent plus que le commandement pour agir. Encore quelques moments, on aura des mouvements spasmodiques, on bâillera, on souffrira, on aura faim.
On peut observer toutes les nuances de ces divers états dans tout salon où le dîner se fait attendre.
(...)
 Que l'appétit vous tienne lieu de faim.

mardi 19 janvier 2016

Là-bas, le Lieu-Dit

C'est janvier, la paternité pompe mes minutes, mais j'ai quand même le temps de voir sur le site d'Acrimed deux appels qui appellent et nous rappellent que nous manquons affreusement de moyens d'honnête communication et d'espaces de rencontres, débats et résistance, et qu'il faut tout faire pour soutenir ceux qui sont encore là et tiennent bon. C'est bien le cas de l'émission Là-bas, si j'y suis (“ Plus près des jetables que des notables ”) et du bar pas comme les autres le Lieu-Dit (Table gourmande, table curieuse, café littéraire, café du coin, scène artistique, scène politique, il vous accueille du mardi au samedi de 16h00 à 2h00 et le dimanche de 11h00 à 2h00), à Paris, à Paris sur la Terre, la Terre qu'on enterre...
Voici les deux textes que publie Acrimed sur les difficultés (financières) mettant en péril la continuité de ces deux expériences. À y réfléchir.

Ces médias qui ont besoin de notre soutien : Là-bas si j’y suis

par Acrimed,
À l’instar d’Acrimed, qui doit régulièrement faire appel à la générosité de ses lecteurs, lectrices et de ses sympathisant-e-s pour pouvoir assurer sa survie financière, plusieurs journaux et sites d’information traversent actuellement une crise de financement qui handicape leurs possibilités de développement, ou qui met parfois en péril leur existence même. Nous relayons ici l’appel de « Là-bas si j’y suis », qui fête son premier anniversaire et qui a besoin de notre, de votre, soutien (Acrimed).
Chers amis, chers AMG,
« Ils nous ont enterrés mais ils ne savaient pas que nous sommes des graines. » C’était il y a un an, une jolie phrase de poète, histoire de se consoler [1]. Sauf que c’est devenu vrai. Grâce à votre soutien, le nouveau Là-bas a pris racine en l’espace d’un an, c’est même déjà une bien belle plante.
Sans publicité, sans subvention, sans actionnaire, sans marchand de béton ou de canons, le nouveau LÀ-BAS est reparti de plus belle sur le net, en radio, en vidéo, en débat, en reportage, en musique.
Déjà 26 000 abonnés soutiennent et participent à ce nouveau LÀ-BAS [2]. Voilà ce qui garantit notre réelle indépendance et nous protège de toutes les pressions financières ou politiques. En France, la quasi totalité des médias sont entre les mains d’une poignée de milliardaires. Dans quel intérêt ? Leurs intérêts. Celui qui paie l’orchestre choisit la musique. Et souvent hélas, les médias publics perdent le sens de leur mission et se mettent dans leur sillage. Comme il y a une malbouffe, il y a une mal info. L’info industrielle pour gaver les poulets en batterie, leur faire peur, les passer à l’eau de javel, les rendre impuissants et résignés. Voilà pourquoi nous continuons le combat.
Notre équipe d’une dizaine d’équivalents temps plein a trouvé à s’installer depuis cet été au bord du bassin de la Villette à Paris, loin des beaux quartiers. Nous nous sommes équipés de matériel léger pour enregistrer et diffuser en radio partout en extérieur. Nous développons aussi la vidéo et surtout nous ne sommes pas peu fiers de notre super studio – conçu par l’équipe – et que nous venons d’inaugurer. Tout cela va nous permettre enfin de décrocher la lune.

Nous nous sommes embarqués sur la toile depuis un an, mais ce n’est ni un refuge ni une revanche
Là-bas si j’y suis a démarré il y a plus d’un quart de siècle sur France Inter. Avec des centaines de reportages à travers le monde et plus de cinq mille émissions, ceux qui ont fait LÀ-BAS ont toujours été précurseurs sur la forme et sur le fond avec un grand succès populaire et toujours d’excellents scores d’audience. Nous ne croyons pas au journalisme neutre qui neutralise, ni aux postures vertueuses qui dissimulent une soumission à l’ordre établi. Nos engagements ont toujours été le résultat de nos reportages et d’un travail journalistique rigoureux et respectueux des faits.
Mais il est vrai que nous avons toujours été plus près des jetables que des notables, plus près des routiers que des rentiers. Après bien des croche-pieds et des pressions, en juin 2014, Radio France a fini par supprimer brusquement cette « anomalie ». Mais aussitôt nous avons été poussés par une énorme vague de soutiens. Confrères, syndicats, auditeurs, pour tous il s’agissait bien là d’une atteinte au pluralisme des médias. Il fallait faire taire des voix dissidentes. Pour Christiane Taubira, ministre de la Justice, c’était une « pensée mutilée ». Voilà ce qui nous a poussés de la trappe à la toile, fidèles au grand principe : affliger les satisfaits et satisfaire les affligés.

Faites un tour sur notre site
En moins d’un an, nous avons produit des dizaines d’heures d’émissions et de reportages en radio et en images. Mais en novembre, en quelques jours, les temps ont changé.
Suite au drame du 13 novembre, nous vivons un coup d’état d’urgence qui cache un tas d’urgences. Pour déjouer la haine et le repli, c’est d’abord à cette peur d’État qu’il faut résister en recherchant les causes de la tragédie. Un autre journalisme est possible, indépendant, rigoureux, populaire, inventif, joyeux, engagé, modeste et génial.
Nous glissons dans des temps étranges moitié chien et moitié loup. Il faut d’autres contre feux, d’autres ripostes, le temps presse [3].

Daniel Mermet

Pour le Lieu-Dit

Nous publions un texte mis en ligne sur Facebook par les éditions La Fabrique, signé par Frédéric Lordon et Éric Hazan, qui en appellent à la générosité et à la solidarité pour sauver le Lieu Dit, en proie à des difficultés financières. Bar, restaurant, lieu de rencontres et de débats, le Lieu Dit accueille régulièrement à Paris des rendez-vous associatifs, artistiques et/ou politiques, parmi lesquels les rencontres que nous organisons chaque trimestre lors de la sortie de notre magazine Médiacritique(s) (Acrimed).
Depuis 12 années, le LIEU DIT tient à Ménilmontant, rue Sorbier, un double rôle. D’un côté, c’est un restaurant, plus amical que beaucoup, mais qui n’est pas seul de cette espèce dans le quartier. De l’autre, c’est un lieu de rencontres autour de livres, de figures d’une gauche qu’on dit radicale pour ne pas dire révolutionnaire, de débats, de projections de films, de concerts.
Ce rôle-là est devenu essentiel au fil des années : le LIEU DIT est plus que nécessaire dans le contexte politique actuel, il est indispensable. C’est là que nous nous retrouvons les soirs où « il se passe quelque chose », là que nous avons pu voir débattre, discuter parfois âprement des individus tels qu’Alain Badiou, Daniel Bensaïd, les Pinçon-Charlot et bien d’autres.
Mais ce double rôle n’est pas sans créer des difficultés pour le LIEU DIT. L’activité rémunératrice – le restaurant – est handicapée par les réunions politiques qui occupent plusieurs fois par semaine une grande partie de la place des dîneurs. Pour cette raison, Hossein, qui tient tout sur ses épaules, éprouve en ce moment de sérieuses difficultés financières.
L’existence du LIEU DIT est menacée, et nous ne pouvons pas nous en passer. C’est pourquoi nous faisons appel à vous pour que cette aventure unique puisse continuer à nous rassembler et à nous instruire, dans le climat d’amitié qui la rend si précieuse.

Frédéric Lordon et Éric Hazan
Envoyez vos dons à l’ordre de ASSOCIATION DES AMIS DU LIEU DIT, 6, rue Sorbier 75020 Paris.
______________________
Mise à jour postérieure :

Le mensuel de critique et d'expérimentation sociales CQFD (en kiosque le premier vendredi du mois) a mis en ligne, le 8 février 2016, cette page de soutien :

Pour que le Lieu-Dit vive

paru dans CQFD n°140 (février 2016), rubrique , par Mathieu Léonard, illustré par - mis en ligne le 08/02/2016 - commentaires
C’est dans l’adversité qu’on reconnaît ses amis, paraît-il. Depuis l’annonce d’une menace de fermeture pour raisons économiques, le Lieu-Dit, bar-restaurant de Ménilmontant et espace pluriel de réunions politiques, a su susciter une vague de solidarité remarquable en ces temps propices au repli.
Au départ, c’est un appel lancé mi-janvier sur Internet par l’éditeur Éric Hazan et le philosophe Frédéric Lordon qui sonne l’alarme : «  L’existence du Lieu-Dit est menacée, et nous ne pouvons pas nous en passer. » Ouvert en 2004, ce bar-restaurant est venu remplacer une agence immobilière sur les hauteurs de Ménilmontant. «  Pour une fois que ça se fait dans ce sens-là », s’amuse Hossein, le taulier de l’endroit. L’objectif premier était de créer un lieu de rencontres et de débats qui puisse se financer parallèlement par une activité économique, sans subvention aucune. »
Trois à quatre fois par semaine, la salle est mise à disposition pour des soirées-débats. La rue Sorbier est vite devenue un lieu de rendez-vous incontournable, où se réunissent aussi bien les séminaires de Pierre Dardot et Christian Laval, les Amis du Monde diplomatique, les AMG de Là-bas si j’y suis, la société Louise-Michel, la revue Ballast ou encore le Petit Salon du livre politique qui réunit, depuis neuf ans, une vingtaine d’éditeurs indépendants au mois de mai (Agone, La Fabrique, L’Échappée, Les Liens qui libèrent, Les Prairies ordinaires, Le Passager clandestin, Libertalia, Rue des Cascades, Syllepse, etc.). La crème de la gauche radicale parisienne en quelque sorte : « On accueille aussi bien le Parti de gauche que des libertaires, le collectif Attac ou les gens de Tarnac, précise Hossein. Je n’irai pas jusqu’à dire que ça fédère tous ces gens, mais l’espace réunit modestement les conditions d’une rencontre. »

Par Martin Barzilai. {JPEG}

Mais le resto n’est pas qu’un agrégat œcuménique de sensibilités, comme le rappelle Rémy Toulouse, éditeur à La Découverte : «  Le Lieu-Dit est un lieu ami, un lieu central, où échangent les tendances les plus diverses de la “gauche de gauche” ; un lieu qui témoigne d’une activité persistante de ces milieux et qui est en même temps – faut-il le regretter ? –, le signe d’un reflux considérable de la vitalité des organisations et des lieux d’accueil politiques traditionnels. La figure exceptionnelle d’Hossein est évidemment pour beaucoup dans cette vie “alternative”, mais il est indispensable que celles et ceux qui en font usage commencent à considérer qu’il s’agit d’un lieu “commun”, qui échappe largement à la sphère marchande. »
Même témoignage d’attachement avec la copine Charlotte Dugrand, des éditions Libertalia, lesquelles organisent régulièrement les présentations de leurs parutions dans l’endroit : « À l’heure où le Paris populaire et les lieux alternatifs sont en train de véritablement disparaître, le Lieu-Dit offre encore un espace de rencontre accessible, gracieusement mis à la disposition des organisateurs. C’est un lieu fédérateur où diverses tendances sont amenées à se côtoyer, à boire un verre et à refaire le monde le temps d’une soirée. Hossein est à l’opposé des patrons de bar qui veulent rentabiliser la salle en faisant deux ou trois services en une soirée. Il la prête pour les débats, il est donc important de le soutenir en retour, pour garder cet espace de discussion, digne des clubs du XIX e siècle ! »
Comme l’ensemble du secteur de la restauration, le Lieu-Dit a commencé à sentir les effets de la crise en 2010-2011. De surcroît, la place prise par les causeries impactait sur l’activité économique : « On a vite constaté que beaucoup de gens qui viennent aux débats, surtout les étudiants, n’avaient pas les sous pour profiter du restaurant, constate Hossein. Depuis 2013, les recettes ne sont plus suffisantes pour maintenir un équilibre financier et payer à la fois l’Urssaf, les salaires des six employés, le loyer, les fournisseurs. Le déficit s’est creusé. À la rentrée 2015, la situation était insoluble et angoissante, je n’avais pas d’autre solution que d’envisager de mettre un terme à cette expérience – aussi sympa soit-elle – et de revendre, de payer les dettes et de passer à autre chose. En même temps, symboliquement, je sentais que le Lieu-Dit n’appartenait pas qu’à moi. Hazan et Lordon m’ont finalement convaincu de lancer cet appel en soutien. »
Un article sur le site des Inrocks a donné suite à l’appel et a apparemment suscité la curiosité de nouveaux clients, qui ont la chance de découvrir la tarte tatin aux oignons rouges caramélisés avec son fromage de chèvre fondant et sa purée de patates douces. Sur les réseaux sociaux, l’appel en soutien a fonctionné et les réseaux militants ont assez spontanément pris l’initiative d’organiser une soirée de soutien le mercredi 27 janvier, où des centaines de personnes se sont serrées dans les lieux. « Mon parti, c’est le Lieu-Dit ! », a déclaré l’économiste Cédric Durand au cours de la soirée. « Il faut rendre au Lieu-Dit ce qu’il nous donne ! », a entonné la metteuse en scène Judith Bernard, présidente de l’asso de soutien.
« Depuis que cet appel a été lancé, je mesure combien il y a de sympathie pour ce lieu. C’est intense et enthousiasmant et je ne suis pas habitué à ça, confie Hossein en riant. Je suis même débordé par la charge émotionnelle de la chose. L’afflux de solidarité est aussi réjouissant par rapport aux idées qui sont défendues dans ce lieu. C’est vraiment pas rien. »

dimanche 29 novembre 2015

COP21, urgences planétaires et état d'urgence de l'État dans tous ses états

Sous les câlins des forces de l'ordre et de l'état d'urgence de l'État dans tous ses états (1), la COP21 commence demain, dans une véritable urgence planétaire, et l'INA nous écrit :
La grand messe écologique commence demain à Paris. Un seul objectif pour la Cop 21 : trouver un accord. Explorez ici notre module Atmosphère avec une sélection de plus de 400 vidéos géolocalisées sur les questions liées à l’évolution du climat : le réchauffement climatique, la pollution, les énergies renouvelables, les modes de vie et les discours politiques.
La cartographie interactive proposée par l'INA (sous le titre Atmosphère. Histoire du climat en vidéos) comporte plus de 400 vidéos géolocalisées sur des questions liées à l’évolution du climat et s'ouvrant lorsque l'internaute clique sur les petits cercles bleus.
La mappemonde peut être déplacée et zoomée de plusieurs manières: molette de la souris, double-clic, échelle de zoom… Le menu facilite un accès direct aux lieux associés à des vidéos, un filtrage par thèmes et un moteur de recherche.

Tout de même, côté espoirs ou chances, Mix & Remix (Philippe Becquelin, né en 1958 à Saint-Maurice, dans le canton du Valais, en Suisse) nous avait bel et bien prévenus dans le Siné mensuel de septembre 2015 (2)...


Comme tant d'autres, y compris Hugo Chávez, qui déclara en 2009 à la COP15, persiflage inévitable : "Si le climat était une banque les gouvernements des pays riches l’auraient déjà sauvé". L'info de l'article de Mr. Mondialisation auquel on accède par le lien ci-contre nous rappelle :
Toutes les grandes conférences internationales sur le climat ont été un échec jusqu’à aujourd’hui. Lors de chaque nouvelle conférence, la panique est de plus en plus grande et des moyens plus élevés sont injectés dans des discussions dont rien ne semble aboutir. Et pour cause, les bases mêmes des rouages productivistes ne sont pas questionnés.
À propos du combat inégal entre le productivisme et la vraie vie, Candide résiste a déjà proposé quelques réflexions, dont...
Le nucléaire tient ses promesses.
La privatisation du vivant nous prive de la vie.
Jacques Ellul et la croissance zéro.
Adieu à la croissance (Jean Gadrey).
La pollution de l'air.
Comment les riches détruisent la planète (Hervé Kempf). 
Oxymores et prédation humaine.
L'agriculture et la vraie vie.
Le Café.
Bastamag fournit une cartographie de l’influence des gros pollueurs pendant la COP21accessible ici.
Rappelons que deux tiers (63% exactement) des émissions industrielles mondiales de gaz à effet de serre (CO2 et méthane) depuis le début de la Révolution industrielle ont été causées par 90 entreprises, dont 83 producteurs de pétrole, de gaz et de charbon. Voir l'infographie explicative du Guardian.

__________________________________
(1) Reporterre.net précise :
(...) La loi de 1955 sur l’état d’urgence comporte deux dispositions essentielles : les assignations à résidence et les perquisitions sans l’autorisation d’un juge. Le 20 novembre 2015, la loi a été modifiée pour s’appliquer plus largement à toute personne lorsqu’il existe « des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace ».
Là-bas, si j'y suis s'occupe aussi de la COP21. Ainsi que... Terraeco, Frédéric Lordon et d'autres pétitionnaires sur Change.org, le blog marchesurlacop, Bastamag ou Le Monde. Ou Laurent Borredon.

(2) Mise à jour du 2 décembre 2015 : à propos de pollueurs-payeurs démasqués et détournés, vous pouvez admirer la qualité artistique des membres de Brandalism ici, ici ou .
Au sujet de l'état d'urgence, voici le très nuancé avis de Frédéric Lordon. Entre autres, il recommande de consulter le Recensement des joies (ou pas) de l'état d'urgence en France, par la Quadrature du Net.
__________________________________
Mise à jour du 7/12/2015 :
Europe’s PR firms greenwashing for Big Polluters : Le Corporate Europe Observatory présente une étude sur les activités en Europe de sept entreprises de "relations publiques" (spécialisées en pressions ou influence : "lobbying") verdissant des clients très gros pollueurs, car sur la planète libérale, c'est aux barbares d'avoir barre sur tout le vivant, y compris sur nous tous, petites bêtes. On peut accéder directement à ce rapport en anglais : The Climate Smokescreen.

samedi 14 novembre 2015

Notre émotion ne devrait pas borner notre réflexion

Un autre jour viendra, féminin,...
Mahmoud Darwich

Peuple de Paris, nous sommes avec vous.

Nous n'allons pas oublier facilement la nuit du 13 novembre, sa douleur. Comme nous n'oublions pas non plus le matin du 11 mars 2011, épouvante qui nous a saisis de particulièrement près.
Mais ce genre d'horreur concerne depuis très longtemps d'autres latitudes, d'autres peuples. Leurs souffrances, trop souvent liées aux "interventions" de nos pays et/ou de nos alliés, devraient également susciter et notre émotion et notre réflexion —voire notre examen de conscience, jamais notre habitude ou notre indifférence. Les douleurs, ce sont les mêmes à Paris ou à... , pointillé où l'on pourrait écrire les noms de tant de villes ou pays meurtris par la violence, de tant de quartiers ou de groupes humains. De tant d'êtres humains stigmatisés. La paix est plus trouvable, plus atteignable lorsque la justice et la fraternité sont au rendez-vous, ailleurs et parmi nous, lorsqu'on n'institutionnalise pas pour de bon le racisme, la racialisation de la dite racaille.
Le


Extrait de LÀ-BAS Hebdo #26 « LA DIGNITÉ EN MARCHE », à écouter en intégralité ici.
Animation : Daniel MERMET
Réalisation : Jonathan DUONG
Image : Jeanne LORRAIN
Son : Jérôme CHÉLIUS
Préparation : Grégory SALOMONOVITCH


L'émotion exige de vrais débats, telle est l'idée qu'ébauche Michel Collon dans cette vidéo improvisée aujourd'hui même...


_____________________________
Mise à jour du 24.11.15

"C’est très important d’apporter des fleurs à nos morts, c'est très important de lire plusieurs fois le livre d'Hemingway Paris est une fête. Nous sommes une civilisation très ancienne et nous porterons au plus haut nos valeurs. […] Nous fraterniserons avec les 5 millions de musulmans qui exercent leur religion librement et gentiment et nous nous battrons contre les 10.000 barbares qui tuent, soi-disant au nom d’Allah"
(Déclaration de l'avocate parisienne Danielle Mérian auprès de BFMTV)

mercredi 4 novembre 2015

99.média propose des documentaires sur des "histoires invisibles"

99 est un pourcentage. Nous le savons « officiellement » depuis le 14 octobre 2015. Ce jour-là, une enquête du Crédit Suisse —institution bancaire dont j'ai nettoyé les bureaux zurichois dans les années 80 du siècle dernier sous son ancienne dénomination (Schweizerische Kreditanstalt)— faisait état du niveau actuel d'accumulation capitaliste (1), flèche et fourberie irréformables, indécrottables : les 1% les plus riches de la planète détiennent désormais 50,4% de la richesse du monde. Donc, 1% de la population mondiale contrôle la moitié de la richesse matérielle sur terre, un peu plus en fait que les 99% autres. Et ces 1% possèdent également un chœur de sous-fifres-bobardiers qui nous ressassent à longueur d'ondes et de toiles qu'« il n'y a pas d'argent » et qu'« il faut respecter les règles du jeu ».
Concernant les critères suivis par l'étude de notre vénérable prestataire mondial de services financiers, RT en français nous explique que...
Pour définir la notion de richesse, Crédit suisse a donc évalué la valeur des actifs, y compris les marchés immobilier et boursier et les investissements des ménages mais a toutefois exclu la dette.
Sujet passionnant, celui de la dette (cf. Maurizio Lazzarato : Gouverner par la dette, Éditions Les Prairies Ordinaires, Paris, 2014) car elle est la capture par excellence dans la déprédation financière moderne et la garantie d'une asymétrie permanente.

Donc, 99 est un pourcentage, et un à peu près d'humanité. Hors dividendes.

Implanté à Lyon, 99.média nous donne la bienvenue sur son site, tout frais, sans publicité, puisque la vraie indépendance se doit de bannir et le joug économique et les bourrages de crâne concomitants.

Selon Le Monde (Check-list) et Le Parisien, par ce miracle libéral qui fait que les journaux de la presse plurielle produisent souvent les mêmes textes, « ce site [est] composée de six anciens journalistes de la chaîne européenne Euronews », dont le fondateur, le Français Jérôme Plan. Sur 99.média, ils se définissent comme un « média gratuit à but non lucratif qui propose des documentaires en six langues », savoir français, anglais, portugais, castillan, allemand et italien. « Et bientôt plus ». Leur projet serait "ouvert, polyglotte, propulseur et créatif ».

Puis je continue de lire sur Le Monde comme sur Le Parisien :
« Nous pensons que vous serez prêts à nous donner un coup de main en participant à nos campagnes de crowdfunding [financement participatif] et en parlant de nous à vos amis », poursuivent les journalistes, qui comptent à terme passer par la plate-forme européenne Ulule pour financer d'abord leurs productions.
Pour l'instant, sous la rubrique « vidéos », ils ont inauguré trois séries au noms parfaitement intentionnels : "Murs" ("Ils séparent, protègent ou isolent. Certains se font grimper dessus, d'autres se font taguer. Ils sont en béton ou dans les têtes."), "Combats" (Histoires de luttes, de frictions, de confrontations, de révolutions.) et "Hors-jeu".
Au bout du compte, ils tiennent à raconter des "histoires invisibles" —comme Modiano choisit d'écrire sur Des Inconnues. Car, selon leurs propres mots...
... c’est le média des invisibles, les 99% de la population que les médias traditionnels ne nous montrent pas, faute de place ou parce que leur ligne éditoriale en est trop éloignée.
Les invisibles, c’est vous, c’est nous. Ceux qui sont hors-champ, hors-cadre, oubliés.
Nous voulons filmer aux marges de notre monde, parce que c’est là que se trouve le monde, le vrai, celui qui foisonne d’histoires.
Ce que nous diffusons avant tout, ce sont des documentaires pertinents, uniques, émouvants, divertissants, qui créent le débat. Nous mettons l’accent sur l’humain, sur les hommes et les femmes qui façonnent le monde d’aujourd’hui ou qui ont pesé sur celui d’hier.
Deux documentaires sont pour l'instant sur leur toile : Lost in Manboo (9 minutes ; Masata et Hitomi, deux Tokyoïtes, ont élu domicile dans un cybercafé de Tokyo de 4 mètres carrés) et L'Aventure (4 x 10 minutes ; trois migrants ivoiriens sont bloqués à Athènes. Ils ne veulent qu’une seule chose : partir).

J'imagine que 99.média est en rapport direct avec 99%Média, site qui se présente comme un "regroupement volontaire de citoyennes et de citoyens engagés activement dans la lutte pour la justice sociale par la production de contenu médiatique et documentaire". Son à propos précise :
Partout sur la planète, nous sommes aujourd’hui des millions à prendre conscience du pouvoir oppressant d’une minorité qui corrompt nos institutions et instaure une logique idéologique impitoyable dans l’ensemble des sphères de l’activité humaine.
Face à ce constat, la colère gronde et les actions de contestations se multiplient. Pourtant, les groupes médiatiques dominants traitent souvent ces interventions citoyennes comme des évènements isolés où les idées qui les animent sont soigneusement extirpées pour ne garder qu’un substrat anecdotique calqué sur le fait divers.
L’information est désormais réduite à une marchandise par les gestionnaires de ces groupes et sa pertinence mesurée selon son potentiel monnayable, souvent au grand dam des journalistes professionnels confinés à vivre dans des conditions précaires et obligés à accepter les règles du jeu.
Aujourd’hui le concept d’espace public est en voie d’être revisité: il n’est plus le terrain de jeux exclusif des groupes médiatiques et des firmes de relations publiques. Notre rapport à la réalité change et cette dernière est désormais investie par un nombre croissant de journalistes-citoyens, documentalistes indépendants, activistes-média et artistes-vidéo.
La révolution en cours ne réclame pas de changements; elle est le changement. Celui du regard que nous portons sur le réel.
Indépendant et d’avant-garde par sa structure de production médiatique, 99%Média encourage la multiplicité des regards originaux et innovateurs sur la réalité sociale et propose une vision différente de celle des médias corporatifs. 99%Média est un laboratoire encourageant l’expérimentation afin de permettre l’émergence de nouvelles formes d’expression médiatiques adaptées au XXIe siècle.
Les productions de 99%Média rapprochent les créateurs de leur public en court-circuitant les intermédiaires qui contrôlent le processus créatif du cinéma. Pour 99%Média, le cinéma n’appartient pas qu’à «l’industrie» cinématographique et l’information à l’industrie médiatique. 99%Média entend bousculer les principes de ces industries pour proposer un écosystème médiatique adapté au XXIe siècle.
Depuis sa naissance, 99%Média a déjà couvert plus d’une centaine d’évènements, conférences et manifestations qui ont été vus par des centaines de milliers d’internautes à travers le monde.
Plusieurs projets documentaires sont actuellement sur les tables de montage.

(1) En Espagne, la moitié des entreprises de l'IBEX35, l'équivalent du CAC40, partage les mêmes grands actionnaires.

jeudi 29 octobre 2015

Courts métrages en français, ALCINE45

Le jeudi 12 novembre, à 16h, nous nous déplaçons à Alcalá de Henares pour notre rendez-vous annuel avec les courts métrages en français d'Idiomas en corto, la section éducative du festival cinématographique ALCINE. Notre séance aura lieu à 17h30 dans le Teatro Salón Cervantes.
Cette année, ALCINE45 nous propose quatre courts métrages dont trois tout récents. Au programme...



» BELLE GUEULE, écrit et réalisé par Emma Benestan. Année 2015, fiction, 25 min.
Avec Oulaya Amamra, Samir Guesmi, Ilian Bergala, Anas El Mokaddam, Youssef Daouadji...

Synopsis : C'est l'été, le sud. Tous les jours, Sarah, 16 ans, vend des beignets avec son père sur les plages. Un soir, elle fait la rencontre de Baptiste...



» TIGRES À LA QUEUE LEU LEU, court métrage en animation, de 8 minutes, adapté d'un conte coréen illustré par Kwoon Moon-hee, écrit et réalisé par Benoît Chieux, produit par Les Films de l'Arlequin en 2014. Voix : Jonas Lanciaux, Maxime Lainé, Dora Benousilio.

Synopsis : Un garçon très paresseux, houspillé par sa mère qui n’en peut plus de le voir dormir et manger à longueur de journée, décide de se mettre au travail et révèle des ressources insoupçonnées d’imagination, d’inventivité et de persévérance.



»  SES SOUFFLES, de Just Philippot. Scénaristes : Just Philippot et Pierre Dejon. Directeur de la photographie : Pierre Dejon. Produit par offshore en 2015. Comédie dramatique. Durée : 24' 30''. Ses Souffles, sur Unifrance. Making of.

Synopsis : Lizon vient d’assister à l’anniversaire de sa copine Marie. Les amies autour du gâteau d’anniversaire, les bougies à souffler, le vœu à faire l’ont émerveillée... Pour ses 9 ans, Lizon veut faire la même chose. Un anniversaire avec un gâteau, des bougies et ses amies, chez elle : dans la voiture.





» LE GÉNIE DE LA BOÎTE DE RAVIOLIS, court métrage en animation (comédie) de Claude Barras, produit en 2005. Voix : Oskar Gomez Mata et Pierre-Isaïe Duc.

Synopsis : Comme tous les soirs en rentrant du travail, Armand, ouvrier à la chaîne d'une usine de pâtes alimentaires, s'ouvre une boîte de raviolis en guise de dîner. Mais ce soir, un énorme génie surgit de la boîte. Il propose à Armand d'exaucer deux de ses vœux.



  

dimanche 18 octobre 2015

Images d'Art et la base photographique de la Réunion des Musées Nationaux (RMN)

Le 14 octobre 2015, donc mercredi dernier, la ministre française de la Culture, Fleur Pellerin, inaugura Images d'art à la Cité des sciences, à Paris. Elle ne manqua pas de s'en gargariser : « Je veux que chacun puisse se constituer son propre musée imaginaire. Images d'art est un projet qui répond pleinement à cette préoccupation ». « Il est une belle manière de faire progresser l'accès de tous à la culture, grâce au numérique. »
Il s'agirait d'un site web proposant au public des photographies —à découvrir, collectionner et partager gratuitement— de plus de 500 000 œuvres que l'on peut contempler dans les musées français. Le quotidien Le Monde informait à ce propos :
Conçue par la Réunion des musées nationaux-Grand Palais à partir de son fonds photographique, cette plate-forme numérique se présente sur sa page d'accueil sous la forme d'un mur d'images actualisé en permanence (voir la démonstration sur YouTube). En cliquant sur chacune d'elle, le visiteur se voit proposer d'autres œuvres du même artiste et de la même période et peut voir plus précisément qui utilise la même technique ou les mêmes couleurs dominantes. Un second niveau de lecture affiche les détails de l'œuvre, son auteur, son titre, l'année de sa création et le musée où elle est exposée. En outre, une fonctionnalité permet de partager n'importe quelle image par le biais d'une messagerie électronique ou des réseaux sociaux. Appelé à évoluer, le site va peu à peu s'enrichir de toutes les ressources disponibles sur le Web pour chaque œuvre : le site est interconnecté avec des musées en ligne et l'encyclopédie en ligne Wikipédia, et envisage des liens renvoyant vers l'Institut national de l'audiovisuel (INA) pour permettre d'accéder à des vidéos des œuvres. L'ensemble des données du site est accessible pour un usage privé ou scolaire, grâce à une interface, le but étant de favoriser les usages pédagogiques. Un bel outil documentaire et de découverte mis à disposition des élèves et des étudiants.
D'autres sites, tel Culturebox, ont également couvert cette information.

Beaucoup d'œuvres sont en effet disponibles, c'est-à-dire, visibles, comme La contre-attaque décisive de Micheletto Attendolo da Cotignola (circa 1456), le deuxième panneau de La Bataille de San Romano, du peintre Paolo Uccello, qui se trouve au Louvre de Paris.

Source : Images d'Art

Il arrive néanmoins que Didier Rykner se demande, dans un article hébergé par La Tribune de l'Art, où réside la nouveauté ou le caractère « innovant » de ce site, et fait des remarques, lance des questions et donne des conseils absolument pertinents « puisqu’à de rares exceptions, plusieurs articles sur le web reprennent les éléments de langage d’auto-promotion du ministère de la Culture ». Voilà pourquoi je me permets de copier-coller son texte dans son intégralité, car il illustre et ce cas et les pompes habituelles du système en place...
Lancement du site Images-art : mais où est la nouveauté ?
Chapeau l’artiste ! Lancer un site internet qui existe déjà, sous une forme un peu différente mais moins riche, et communiquer sur sa nouveauté, son caractère « innovant », « universel », et sa contribution éminente au « rayonnement de la France dans le monde », c’est l’exploit que vient de réussir Fleur Pellerin, avec une certaine réussite, il faut l’avouer, puisqu’à de rares exceptions, plusieurs articles sur le web reprennent les éléments de langage d’auto-promotion du ministère de la Culture.

JPEG - 255 ko
Copie écran de la recherche « Ingres » sur Photo RMN
JPEG - 206.2 ko
Copie écran de la recherche « Ingres » sur Images-art

Le site, c’est celui de la base photographique de la Réunion des Musées Nationaux. Il y a longtemps que celui-ci existe et propose aux internautes un nombre impressionnant de photographies d’œuvres d’art des musées français et parfois aussi de musées étrangers. Il y a plus d’un an, ce portail avait subi une refonte comportant quelques bugs, mais ceux-ci semblent réparés, avec des fonctionnalités plutôt ergonomiques.
Pourquoi, alors, créer un nouveau site (« Images-art ») comprenant à peu près les mêmes fonctionnalités ? On peut, légitimement, se poser la question lorsque l’on compare les deux…

- Chaque site permet de faire une recherche sur un terme générique mais le site Photo RMN propose également une recherche avancée, ce que n’autorise pas Images-art.
- Chaque site donne les résultats sous la forme d’une mosaïque d’images (ill. 1 et 2), la seule différence entre les deux étant la taille des vignettes, plus grande pour Images-art que pour Photo RMN (ce qui n’est pas forcément plus pratique car on voit moins d’images sur l’écran et le choix est donc moins facile).
- Sur chaque site, les résultats d’une recherche peuvent être affinés en cliquant, à gauche de l’écran, sur des critères classés par catégorie : auteur, période, localisation, technique. Le site Photo RMN rajoute un critère format (horizontal, vertical, carré) pas forcément indispensable, tandis qu’Images-art propose un critère « couleur » dont nous ne voyons pas l’utilité et qui ne fonctionne d’ailleurs pas.
- Sur chaque site, on peut créer un ou plusieurs albums qui permettent de retrouver, lors d’une consultation ultérieure, les images que l’on a choisies.
- Sur le site Images-art, des images sont proposées de manière qui semble aléatoire, avant toute recherche, ce qui constitue une porte d’entrée pour l’amateur qui veut simplement se promener sans savoir ce qu’il cherche. Ceci est également possible sur le site Photo RMN, mais à partir d’albums déterminés par sujet et à l’arborescence simple.
On voit donc qu’en réalité il s’agit à peu près de la même chose ! Mieux encore, le site Photo RMN offre de nombreux avantages par rapport à l’autre :
- il est beaucoup plus riche (850 000 images contre 500 000),
- il est plus précis ; un seul exemple, en tapant « Ingres » :
* outre que pour Photo RMN on compte 980 images, et pour Images-art seulement 560, le premier permet immédiatement de trouver les photographies concernant uniquement des œuvres d’Ingres (lorsque l’on clique la première image marquée « Jean-Dominique Ingres », on obtient toutes les œuvres créées par Ingres), ce qui n’est pas possible avec le second,
* les critères permettant d’affiner la recherche à gauche de l’écran proposent, pour Images-art, « 17e siècle » ! Et si l’on clique dessus, les trois images retenues sont : Le bain turc, dessin anonyme daté de 1862 et sans aucun rapport avec Ingres, sinon le titre, L’Allégorie de l’Espérance chrétienne, tableau attribué à Bartolomeo Schedone mais conservé… au Musée Ingres de Montauban, et Audience aux ambassadeurs de Siam, almanach édité chez François Jollain…
- il permet, grâce à des mots clés, de rebondir d’une image à l’autre. Ainsi, si l’on choisit la Grande Odalisque d’Ingres, le site Images d’art propose des « œuvres suggérées » selon des critères pas toujours clairs, tandis que Photo RMN propose les mots clés suivants : dos, éventail, nu féminin, odalisque, Orientalisme (art), sensualité, turban, ce qui nous semble beaucoup plus pertinent.
Le seul véritable avantage du site Images-art par rapport à Photo RMN relève du gadget : le partage de l’image sur Facebook et Twitter. Pourquoi seulement Facebook et Twitter, et pas les autres réseaux sociaux ? C’est la (bonne) question que pose un article que vient de publier un contributeur Wikipedia. L’auteur de celui-ci, Sylvain Machefert, souligne par ailleurs à raison que le site – il partage en cela le défaut de Photo RMN - ne propose qu’une basse définition des images (bien moins bonne que Wikipedia). Si celles-ci restent suffisantes pour un écran, il est impossible de zoomer dans les détails. On comprend d’ailleurs pourquoi : comme pour la base Photo RMN, qui a au départ pour objectif de commercialiser les photos, le site Images-art, pourtant vanté par Fleur Pellerin, se prévaut lui aussi d’un droit d’auteur sur des photos dont une grande partie représente pourtant des œuvres du domaine public ! Une pratique qu’un récent rapport parlementaire qualifiait de « copyfraud » (voir l’article) et qui est donc vantée par la ministre de la Culture !
Signalons enfin que le site propose une API, c’est-à-dire qu’il met à disposition des informaticiens l’ensemble des images et données qu’il contient. Sauf que cette interface de programmation est en réalité celle de la base Photo RMN et qu’elle ne peut donc être mise au crédit du nouveau site. Plus gênant encore : Sylvain Machefert cite ici Lionel Maurel, un spécialisé du droit d’auteur très actif sur internet1, qui fait remarquer que les conditions générales d’utilisation de cette API sont tellement drastiques qu’elles interdisent les extractions substantielles des données et métadonnées, alors que c’est pourtant justement leur but !
Il est donc évidemment préférable de consulter le site Photo RMN plutôt qu’Images-art. Mais aux lecteurs de La Tribune de l’Art, nous donnerons surtout le conseil suivant : utilisez le moteur de recherche « Collections », du site Culture.fr, qui est en réalité ce qu’on appelle un « méta-moteur » qui va rechercher les images dans plusieurs bases de données du ministère de la Culture, notamment Photo RMN, mais aussi la base Atlas du Louvre, la base Joconde, la base Palissy, la base Mérimée, la base MNR, etc., etc. Preuve que le ministère de la Culture peut également produire d’excellents outils, ce moteur « Collection » permet depuis de nombreuses années de trouver facilement beaucoup plus d’informations et d’images que ce que le site Images-art propose aujourd’hui. Il est curieux que Fleur Pellerin, qui se pique de numérique, ne le sache pas.
Didier Rykner, samedi 17 octobre 2015

Notes

1Voir son blog S.I.Lex et son compte Twitter.

Disons pour conclure que la Tribune de l'Art aborde l’actualité du patrimoine et de l’art occidental du moyen-âge aux années 30.

samedi 17 octobre 2015

Langues enseignées en Europe, selon Eurostat

« Donner à des millions d’hommes la connaissance de l’anglais, 
c’est comme les réduire en esclavage. » (Gandhi, 1908)



À l’occasion de la Journée européenne des langues —qui a lieu chaque année le 26 septembre à l'initiative du Conseil de l'Europe—, Eurostat, l’Office statistique de l’Union européenne, publie des données sur l’apprentissage des langues étrangères dans les écoles de grand nombre de pays de notre continent. Une infographie est également disponible sur le site web de l'Office.

Selon le communiqué de presse d'Eurostat de cette année, en 2013, 17,7 millions d'élèves de l'enseignement primaire (soit 81,7 % de l'ensemble des élèves de ce niveau) dans l'Union européenne étudiaient au moins une langue étrangère, dont 1 million (4,6 %) apprenaient deux langues étrangères ou plus.
Vous n'allez pas me croire, mais selon ce rapport, "la prépondérance de l'anglais se confirme", voire "l'anglais domine nettement", et dans le primaire et dans le secondaire, conclusion qui vous laisse, j'en suis persuadé, époustouflés et bouche bée. C'est pour cela que nous avons besoin de rapports, et de rapports annuels pondus après de longues études, sans quoi nous ne saurions guère de quoi il retourne, y compris dans ce meilleur des mondes de la mondialisation la plus heureuse où les événements se succèdent comme par hasard et en toute liberté.

C'est ainsi qu'à l'échelle de l'enseignement primaire, l'anglais, étudié par 16,7 millions d'élèves, était de loin, très loin, la langue "la plus populaire" (sic). La seule obligatoire (légalement ou de fait), risque-t-on de supputer ? Enfin, de quoi réfléchir peut-être à la popularité des contraintes ou à l'expressivité de l'actinomycose (1).
Quant au français, il arrivait en deuxième position... loin, très loin derrière.
Puis...
La prépondérance de l’anglais se confirme dans le premier cycle de l’enseignement secondaire (élèves âgés de 11 à 15 ans environ en fonction du système éducatif national), avec 17,1 millions d’élèves dans l’UE apprenant l’anglais en tant que langue étrangère (95,6% de tous les élèves de ce niveau) en 2013. Le français (4,9 millions, soit 27,4%) arrivait en deuxième position, suivi par l’allemand (2,9 millions, soit 16,3%), l’espagnol (2,1 millions, soit 11,6%), le russe (0,5 million, soit 2,7%) et l’italien (0,2 million, soit 1,0%).
Par ailleurs, ce communiqué de presse nous rappelle :
Actuellement, 24 langues officielles sont reconnues au sein de l’UE. En parallèle existent des langues régionales, des langues minoritaires et des langues parlées par les populations migrantes. Il convient également de noter que plusieurs États membres de l’UE comptent plus d’une langue officielle.
Un proche, qui n'avait pas vu par exemple l'infographie évoquée plus haut, commentait goguenard qu'il n'y avait pas de données sur les Îles Britanniques. En fait, on vérifie que le taux d'élèves de l'enseignement secondaire supérieur britannique (à partir de 15-16 ans, normalement) qui n'apprennent aucune langue étrangère est de... 52%. En tout cas, la presse anglaise aborde le sujet de temps à autre...
UK pupils 'worst in Europe for learning foreign languages'
The UK is the worst nation in Europe for the teaching of foreign languages following a dramatic collapse in the subject under Labour.


(The Telegraph, le 30 août 2011)
Deux ans plus tard (15/02/2013), The Telegraph persiste et signe :
English teenagers 'worst in Europe' at languages
British teenagers are trapped in a "vicious circle of monolingualism", a report warned yesterday as figures showed English youngsters are among the worst in Europe at foreign languages.
Concernant d'autres journaux, The Daily Mail remarquait également l'année dernière l'état pitoyable de l'apprentissage des langues étrangères en Angleterre et ses retombées sur l'économie de la Grande-Bretagne (dommage, ce quotidien n'avait pas considéré utile de comparer les chiffres de ces répercussions et des revenus découlant de l'industrie de l'enseignement de l'anglais au Royaume-Uni, tous ses secteurs confondus : droits d'inscription, transport, hébergement, nourriture, activités touristiques, souvenirs, marché de l'édition...) :
English youths 'Europe’s worst at languages’: Just 9% of pupils have basic mastery of French compared with 42% elsewhere
  • UK is missing out on almost £50billion-a-year in lost contracts because of poor language skills among the workforce 
  • English 15-year-olds came bottom of a table of 14 countries for competence in the main language taught in schools
  • Forty-four universities had scrapped language degrees since 2000.
The Guardian s'en souciait aussi (21/06/2014) :
Learning languages is key to UK's success in the global economy
Sponsored feature: The under-resourced teaching of foreign languages in the UK must improve if Britain is to compete in the global economy, a Guardian roundtable foun.
Dix mois avant, en août 2013, The Guardian nous prévenait : 40% des départements universitaires des îles risquaient de fermer à court terme (10 ans) et, de toute façon, le nombre d'universités proposant des études en langues modernes avait chuté de 40% depuis 2000...
Language teaching crisis as 40% of university departments face closure
Number of universities offering modern languages degrees plunges from 105 in 2000 to 62 at start of this academic year
Néanmoins, en matière de prééminence en cancritude linguistique, le débat existe car certaines sources soutiennent que le pays le plus réticent à apprendre des langues étrangères, donc le plus inébranlable à l'heure de préserver une nature foncièrement unilingue, serait plutôt... l'Irlande.

Oui, je sais, ce sujet est extrêmement important et mérite une analyse beaucoup plus détaillée, mais ce billet ne tient qu'à le présenter d'une manière non spécialisée et non exhaustive dans le but d'inviter tout le monde à y réfléchir. Bref, n'ayons pas la langue liée et posons deux questions (rhétoriques) en guise de conclusion, pour l'instant :

1) Quelle est la langue étrangère dont l'étude est tellement prépondérant qu'elle est en train de marginaliser toutes les autres, y compris les langues natives dans les plans de l'enseignement obligatoire de pays petit à petit gibraltarisés comme l'Espagne ? (cf. Esperanza Aguirre qui ne veut pas qu'on apprenne l'anglais, mais EN anglais).

2)  Quels sont les pays de l'Europe et de la planète [cf. son pays guide (2)] où l'on marginalise de plus en plus l'enseignement et l'apprentissage des langues étrangères ?

Je me souviens d'une conférence qui résumait ces deux aspects... Ou d'un ouvrage incluant quelques dizaines de pages très documentées et intelligentes à cet égard (Enrique Bernárdez : El lenguaje como cultura, Alianza, 2008)

Bien entendu, si l'on veut tout dire, il faudrait évoquer aussi les ravages subis par l'anglais en raison de sa position dominante de langue impériale et obligatoire. À ce propos, en septembre 2013, Jeremy Gardner publiait un essai intitulé Misused English Words and Expressions in EU Publications qui prête également à réflexion. Son introduction commençait comme cela :
Over the years, the European institutions have developed a vocabulary that differs from that of any recognised form of English. It includes words that do not exist or are relatively unknown to native English speakers outside the EU institutions and often even to standard spellcheckers/grammar checkers (‘planification’, ‘to precise’ or ‘telematics’ for example) and words that are used with a meaning, often derived from other languages, that is not usually found in English dictionaries (‘coherent’ being a case in point). (...)

________________________________________
(1)  Langue de bois : gonflement, durcissement de la langue et ulcération superficielle des bovins atteints d'actinomycose et d'actinobacillose.

(2)  « Plusieurs États américains ont déjà pris ou s'apprêtent à prendre des mesures permettant aux étudiants d'apprendre le langage informatique plutôt que le français, l'espagnol, l'allemand ou le japonais... » (Source : Le Figaro, le 05/04/2015)

mardi 13 octobre 2015

Cao Bang RC4

Cao Bang RC4 est un documentaire conçu pour le web dont voici l'introduction :
En octobre 1950, l'armée française, engagée en Indochine contre le Vietminh, subit une défaite sans précédent dans la région de Cao Bang, aux confins du Tonkin. Huit de ses meilleurs bataillons sont anéantis en quelques jours sur la Route Coloniale 4 (RC4), qui longe la frontière avec la Chine. Les Français perdent 6 000 hommes, plusieurs places fortes et le contrôle de la région. Le Vietminh peut désormais recevoir sans entraves l'aide militaire de la Chine et intensifier sa guerre de Libération. Cette déroute passera quasi inaperçue en France et les survivants resteront longtemps murés dans le silence.
Pourtant, le désastre de Cao Bang est le tournant de la Guerre d'Indochine. Il déclenche une onde de choc qui entraînera non seulement la perte de toute l'Indochine mais aussi la fin de l'empire colonial français.
Comment la petite armée du Vietminh, sans avions ni blindés, a-t-elle pu infliger une telle déroute à la France ? Pourquoi la France n'en a-t-elle tiré aucun enseignement ?
Plus de 60 années après les faits, les derniers témoins encore en vie ont accepté de témoigner. Ceux du Corps Expéditionnaire Français, engagés dans une guerre ouverte contre le Communisme, et ceux du Vietminh, qui se battaient pour libérer leur pays. Ils avaient vingt ans, ils venaient de France, d'Europe ou des villages de l'Atlas. Ils étaient paras, légionnaires, tirailleurs ou goumiers
(1). Ils nous livrent, au crépuscule de leurs vies, leur ultime témoignage.
L'écriture, la réalisation et la production de ce film didactique sont dues à Jérôme Santelli, qui revendique la mémoire des soldats oubliés par la patrie colonisatrice —qui, tenace dans son être, enrôlait des colonisés pour poursuivre son aventure coloniale, sa redondante flèche.
Le documentaire produit par Santelli nous présente des témoignages, une chronologie, des archives, un lexique, une filmo-bibliographie, des biographies, des cartes et des liens d'intérêt.

Les témoignages recueillis dans Cao Bang RC4 correspondent à des acteurs présents sur les lieux en octobre 1950 : Madeleine Astor Vieille (Convoyeuse de l'Air au Tonkin), Roger Aubert (Sergent-chef au 36ème Goum du 3ème Tabor), Jean Bailly (Sergent au 60ème Goum du 1er Tabor), Etienne Bouchet (Adjudant-chef à la compagnie de Légion de renfort du 1er BEP), Jacques Brianchon (Sergent au 3ème Bataillon Colonial de Commandos Parachutistes), Charles-Henri de Pirey (Aspirant, officier adjoint du 60ème Goum - 1er Tabor), Joseph dal Magro (Sergent-chef au 5ème Goum du 11ème Tabor), Dang Van Viet (Dang Van Viet est le commandant du régiment d'élite 174), Xavier du Crest de Villeneuve (Lieutenant, adjoint du commandant du 59ème Goum du 1er Tabor), Jacques Laurent (Lieutenant 1ère compagnie 1er Bataillon 3ème REI - Chef du poste de Lung Vaï), La Van Cau (Commando de choc au régiment 174), Régis Lebœuf (Sergent à la 136ème compagnie des Forces Indochinoises), Georges Longeret (Commandant de compagnie au 2ème BEP), René Mary (Adjoint de l’Officier de Renseignement du 3ème Bataillon du 3ème REI à Cao Bang), Ali Nadi (Sergent-chef au 60ème Goum du 1er Tabor), Pierre Pédoussaut (Médecin Capitaine au 1er BEP), Robert Schuermans (Sergent au 3ème Bataillon Colonial de Commandos Parachutistes), Serge Têtu (Sergent-chef au 58ème Goum du 1er Tabor) et Amédée Thévenet. Celui-ci, par exemple, avait 22 ans en 1950 et était sergent au bataillon de marche du 8e régiment de tirailleurs marocains. Il se rappelle : "La route est comme un ruisseau qui serpenterait entre des montagnes, le paysage est ce qu'on appelait la baie d'Along terrestre". "Le long de cette route, sur les pitons, quand on les a reconquis, on installe des postes. Qui tient le poste, tient la région."
Dang Van Viet évoque à son tour : "Je suis Dan Van Viet, le roi de la RC4, le tigre de la RC4. J'ai mené beaucoup d'embuscades sur cette route. Nous étions cent fois plus faibles que nos ennemis. Face à eux, nous devions faire une guerre du peuple. Tout le monde était en guerre, même les enfants, les vieillards."

Au fil de ce documentaire, on parcourt successivement onze étapes numérotées dont voici les vidéos :

1) La Route Coloniale 4, ses postes et ses convois.
2) Le Corps Expéditionnaire Français (Croisade contre le Communisme. Le Corps Expéditionnaire Français)
3) La menace Vietminh (Le Roi de la RC4. Le 2ème Bureau à Cao Bang)
4) La chute de Dong Khé (Les commandos de choc Vietminh. La Van Cau, héros du Vietminh)
5) La Colonne Le Page (Les combats du Na Kéo. Coup d’arrêt à Dong Khé. Coc Xa, le combat mythique)
6) La Colonne Charton (L’évacuation de Cao Bang. Le repli par la RC4, le mauvais choix)
7) La Capture (La capture. Prisonnier du Vietminh)
8) Abandon de That Khé et Lang Son (Évacuation sanitaire à That Khé. L’abandon de That Khé. L’abandon de Lang Son)
9) Un désastre sans précédent (L’ignorance et le mépris. Une grande victoire de Giap. Un désastre sanitaire. Un sentiment d'abandon)
10) La captivité (Dans les camps du Vietminh. Oncle Hô et le lavage de cerveau. Tentatives d'évasion)
11) La libération (Libération des prisonniers : la longue marche vers Hanoï. Suspicion et indifférence)

Le Web du film nous suggère des sites à visiter pour aller plus loin...
L'attaque du poste de Bo Cung
Le récit passionnant de l'attaque d'un poste de la RC4 tenu par une section de légionnaires commandée par le lieutenant Jaluzot lors de l'offensive générale du Vietminh.
Indochine Images
Un blog très bien documenté sur les événements de la RC4 et la géographie des combats réalisé par Jean-Luc Martin.
Mémoires d'Indochine
Un carnet de recherche au contenu pédagogique et scientifique. L’histoire de la décolonisation au Viêt-Nam, Laos et Cambodge a le plus souvent été présentée sous l’angle des littératures officielles marquées par le prisme des vainqueurs. L’objectif de ce carnet de recherche est d’inverser la tendance générale des histoires officielles...
Indo Editions
Le site web des éditions Indo-éditions, spécialiste des livres sur la Guerre d'Indochine.
Le site de l’ANAI
L’Association Nationale des Anciens et Amis de l'Indochine et du Souvenir Indochinois.
ANAPI
Le site de l’Association Nationale des Anciens Prisonniers Internés Déportés d’Indochine.
Saïgon / Vietnam
Un site pour les amoureux et les nostalgiques du Vietnam et de Saïgon.
Histoires d’aviateurs
Des très nombreux témoignages d’aviateurs relatifs à la guerre d’Indochine.
Mann Up
Un site de photos anciennes du Vietnam
Médecins allemands pro vietminh
Une page consacrée à des Légionnaires allemands ayant rejoint les rangs du Vietminh.
La guerre d’Indochine 1945-1954
Un outil multimédia sur la guerre d’Indochine produit par l’Université du Québec.

(1) Goumier : [de « goum », de l'arabe qaum « troupe »] Durant la colonisation française, soldat faisant partie d'un contingent militaire recruté en Afrique du Nord parmi la population locale.