jeudi 16 mai 2013

Mythe et Savoir dans la "Société de la Connaissance"


Quand la littérature devient une doctrine, et la mythologie une politique.
(Michel Rio)


Les mouvements révolutionnaires de 1848 avaient mis en fuite et sérieusement préoccupé le Pape catholique Pie IX, Pius Nonus, et le berger tenait absolument à faire retourner ses brebis sous la protection de l’autorité. C'est ainsi qu'il finit par déclarer, prononcer et définir le dogme de l'Immaculée Conception (sic), c'est-à-dire de la Conception Immaculée de la Vierge Marie, le 8 décembre 1854 dans la bulle Ineffabilis Deus. Ineffable, en effet, car inénarrable. En voici la formulation infatuée et anti-biologique de ce remède contre-révolutionnaire :
« Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine, qui tient que la bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception par une grâce et une faveur singulière du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel, est une doctrine révélée de Dieu, et qu’ainsi elle doit être crue fermement, et constamment par tous les fidèles. »
Puis, la destinée unique de cette femme juive, choisie par Dieu, lui permettra d'incorporer le mythe de la Procréation Divinement Assistée (PDA ; cf. Alcmène, petite-fille de Persée, épouse d'Amphitryon et mère d'Héraclès, l'Hercule grec) avec de la chasteté en prime en vue de supprimer toute souillure, car le vaticanisme officiel abomine officiellement le sexe —surtout le féminin.

Nous sommes en 2013, en Espagne, et ces articles de foi de la très pédophile église catholique disposent de fêtes nationales (cf. le 8 décembre) et sont toujours enseignés dans nos écoles (des écoles financées le plus souvent par des fonds publics dans un État en principe non-confessionnel) à nos enfants (des enfants qui sont également priés d'étudier des disciplines, comme la Physique ou la Biologie, en contradiction flagrante avec les dogmes en question, ou le matérialisme ultra grossier de leur Économie triomphante, foncièrement inconciliable avec le message de leur Christ). Bien entendu, les partisans de ce genre de salades militent contre l'endoctrinement dans les salles de classe, y compris les Wertueux qui disposent de mâchoires particulièrement métalliques, et dans un élan de courage et d'abnégation, nous rabâchent qu'il faut faire les choses "como Dios manda".

Donc, Dieu créa l'adam à son image, il les créa mâle et femelle, il les bénit et leur dit d'être féconds et multiples (Genèse 1, 27-29). Histoire à succès pas comme les autres : Dieu, le personnage littéraire, devient démiurge, fabricant ; le fabricant d'ailleurs de son narrateur, au point que les enfants de celui-ci devront y croire —et souvent y croient dur comme fer.
Ce fabricant inopiné mérite alors beaucoup d'honneurs, voire une discipline dans les établissements de l'enseignement collectif : la religion. Parce que toute recette comporte des ingrédients. C'est ainsi que l'école devient église, sur nos territoires, ou, ailleurs, médersa coranique, temple ou synagogue. Et ses contenus, du catéchisme : mémorisation-intériorisation de concepts impossibles : Sainte-Trinité, Résurrection, Conception immaculée (parthénogenèse) d'une femme... Contre-savoir incompatible avec nos connaissances et constatations les plus élémentaires mais aberrations (égarements) très utiles, car les Puissances (toujours d'Argent) ne sauraient aucunement se passer de mythes, même si elles prennent de nos jours les oripeaux du libéralisme et de la raison (barbare).

Au sujet de ce Triomphe de la Littérature, ou à propos de la religion comme genre littéraire (ou sous-genre du conte —traditions orales retranscrites—, secteur merveilleux), je copie ci-dessous un extrait d'un roman de Michel Rio, Le Vazaha sans terre, édité chez Fayard en 2011. Il s'agit de la réplique du narrateur-héros à un autre personnage, Virginia Fox, lorsque celle-ci lui lance la question "Pourquoi pas Dieu".
Bonne lecture.
« (...)
—Pourquoi pas Dieu ?
—Une solution poétique assez bâclée, à mon sens. Ça fait penser au cinquième élément d'Aristote, une inconnue qui résout toutes les équations. Malgré mon dérangement mental, je ne suis pas prêt à me jeter dans le credo quia absurdum [1], plus exactement le certum est quia impossibile de cette canaille de Tertullien. Notez que je n'emboîte pas trop le pas à Dawkins [2] dans ses croisades contre l'illusion divine. Après tout, chacun a le droit de se rassurer comme il peut. Mais ce que j'exècre, c'est le prosélytisme. La croyance imposée. Quand la littérature devient une doctrine, et la mythologie une politique. Le pire danger de la poésie, c'est de se transformer en dogme. Ça a fait des millions de morts. Et ça continue. Je n'ai jamais compris pourquoi, dans le stock des contes inventés par la fantaisie, la volonté de puissance, la morale ou la trouille, certains sont restés des contes, et d'autres sont devenus la vérité. Une superstition accusant une autre superstition de superstition. Il y aurait de quoi se tordre si les conséquences n'étaient parfois aussi tragiques. Pouvez-vous me dire pourquoi un tas de gens croient que la naissance d'Athéna sortie du crâne de son papa est une fable ridicule et que la parthénogenèse de la Vierge [3] est un fait historique ? »

« (...) On revient à la religion, c'est-à-dire au conte. Donc on peut attribuer à Dieu, en principe l'intelligence absolue, toutes les pensées stupides, contradictoires ou néfastes de l'espèce, liées aux lieux, aux temps et aux cultures. Tous les prêtres de toutes les religions ont pratiqué ce non-sens de faire parler Dieu, preuve initiale de leur délire ou de leur duplicité. Je ne sais pas quand l'esprit religieux est apparu dans l'évolution, mais s'il y avait parmi nos ancêtres monocellulaires de l'archéen ou du protérozoïque de petits curés procaryotes, je les vois très bien sermonner les autres bactéries en soupçonnant un plaisir coupable dans la reproduction par mitose. »

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N. B. - Pour mieux saisir le terme malgache "vazaha", veuillez cliquer ici (billet de Christian Papinot dans le Journal des Anthropologues) ou (témoignage d'Augustin Mada, enseignant coopérant français à Madagascar).

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[1] Allusion à une citation célèbre et apocryphe, car la phrase exacte, écrite par Tertullien dans De Carne Christi, dit littéralement, comme on peut lire ensuite dans le texte de Rio : "Crucifixus est dei filius; non pudet, quia pudendum est. Et mortuus est dei filius : credibile est, quia ineptum est; et sepultus resurrexit ; certum est quia impossibile est". Rien à voir avec les connotations du Bello e impossibile de Gianna Nannini ; "credibile est, quia ineptum est" veut dire "c'est croyable parce que c'est absurde" et "certum est quia impossibile (est)", "c'est certain parce que c'est impossible". Je pense à une petite remarque de Rafael Sánchez Ferlosio à ce propos...

[2] Évocation de l'activité militante pro-athéisme du biologiste Richard Dawkins, qui a publié en 2006 The God Delusion (traduit en français, Pour en finir avec Dieu).

[3] Attention, ce n'est pas un pléonasme ! Comme nous l'explique Église Catholique en France :
« Pour la plupart des gens, « l’immaculée conception » voudrait dire que Marie est devenue mère, a conçu Jésus, par l’action de l’Esprit Saint, sans relation conjugale. Comme si la relation conjugale était, par elle-même, un péché. Ce n’est pas du tout ce que dit la foi chrétienne. Si le mariage était un péché, il ne pourrait être un sacrement [...] rappelle Mgr Jacques Perrier, évêque de Tarbes et Lourdes. « Que voulait dire Pie IX ? Que fête l’Église catholique le 8 décembre ? Ceci : Marie, dès l’origine, a été totalement étrangère au péché. C’est pourquoi, dans toutes les apparitions, elle se montre toujours merveilleusement belle, rayonnante de lumière et de bonté ».

jeudi 9 mai 2013

Grève de l'Éducation en Espagne

Le 12 avril 2013, Frédéric Lordon écrivait dans son blog (La pompe à phynance) un billet intitulé Le balai comme la moindre des choses où l'on pouvait lire :
(...) il faut être aveugle, borné ou totalement crétin pour imaginer encore que la moindre modification significative du système néolibéral puisse venir du jeu normal des institutions politiques présentes où, précisément, le système en question a trouvé un inexpugnable refuge.
La question, en forme d’alternative, du « soulèvement ou du Parlement » ne se pose pas, ou ne se pose plus : la « voie parlementaire » a eu tout le temps de faire ses preuves — et elles sont faites : depuis deux décennies ici, et dans tous les pays de l’Europe austéritaire. La chose parodique que, dans une entreprise de correction du langage décidément impérative, on ne devrait plus nommer « démocratie », mais, par exemple à la manière d’Alain Badiou, « capitalo-parlementarisme », cette chose a plus qu’abondamment démontré quels intérêts elle servait indéfectiblement quand le pouvoir n’est plus disputé qu’entre la droite décomplexée et la droite complexée. Sauf mutation endogène de la droite complexée — évidemment impossible (sauf vers l’abandon des complexes…) —, la vraie gauche, telle qu’elle a déjà émergé mais telle qu’elle ne cesse de se heurter à tous les verrouillages du capitalo-parlementarisme, la vraie gauche doit se faire connaître, là où elle le peut. S’il n’y a plus que la rue quand toutes les autres avenues de la politique institutionnelle sont, non pas formellement, mais réellement bouchées, ainsi soit-il !
Apparemment, que ce soit en France, en Espagne ou ailleurs, que l'on soit élève, père, mère, prof, ouvrier ou employé de banque, il faut réagir et crier non ! sur tous les toits, car ça suffit. Vraiment. On en a assez de contre-réformes Werticales, donc de classe, qui foutent le Wertige. Taire sur terre est aujourd'hui une tare.
Et il faut commencer par se méfier des mots et démasquer le Mensonge multiforme qui sévit un peu partout : la supercherie des grands mots utilisés à rebours (à commencer par "liberté") ou les bobards bien creux et modulables débités à tout bout de champ pour épater et accabler les gogos (langue de bois ou charabia farci d'anglicismes, de sigles, d'euphémismes, d'oxymores...), ce qui prouve que l'on nous prend pour tels... et ça fait gréver !
En voilà une démonstration de chez Frank Lepage —qui rappelle à juste titre à notre souvenir les concepts opérationnels de Marcuse.
Et bonne grève.


Franck Lepage : la langue de bois décryptée avec humour !
(La vidéo finit à 5'29, la suite est un bug de Youtube qui a dupliqué la vidéo.)

mercredi 8 mai 2013

Deux pigeons faucons se font canarder

Le Canard enchaîné avait jusqu'à présent évité de barboter sur internet ; ses lecteurs savaient et savent qu'il faut l'acheter à partir du mercredi chez son marchand de journaux. Cet hebdomadaire historique et mordant disposait de son site mais il n'y publiait d'habitude qu'un fac-similé de ses Unes imprimées. Tradition rompue car le journal vient de mettre une palme (sonore) dans la cyber mare (mais juste une !, insistent-ils). Le Canard, célèbre pour son mélange d'humour intelligent et d'enquêtes à tout casser, combine encore les deux dans un canular qui fera certainement date : l'humoriste et imitateur Gérald Dahan se fait passer pour Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur, et téléphone à Patrick Devedjian et à Claude Guéant (1). Sujet soujacent, les primes de cabinet en liquide.
En voici le résultat, posté par Le Canard enchaîné le 6 mai 2013 :
L’imitateur Gérald Dahan appelle Patrick Devedjian puis Claude Guéant à propos de l’affaire en cours.
Écoutez leurs réactions :

Patrick Devedjian :

Claude Guéant :



(1) Hommes politiques de l'UMP ; Devedjian, ancien ministre, est actuellement président du Conseil général des Hauts-de-Seine et député de la 13e circonscription des Hauts-de-Sein. Guéant, ancien ministre de l'Intérieur et bras droit de Nicolas Sarkozy.

samedi 4 mai 2013

Crise (définition)

Quand les experts de la Finance lancent de chouettes cris d'or frais (1). Effrayant.


(1) Y compris "L'Espagne va bien", etc.

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N. B. du 8/05/2013

Selon Le Monde,
Record pour le Dow Jones, l'indice vedette de Wall Street, qui a dépassé mardi en clôture, pour la première fois, la barre symbolique des 15 000 points, tandis que le S&P 500 signait son quatrième record d'affilée. Selon des résultats définitifs, le Dow Jones Industrial Average a grimpé de 0,58 % ou 87,31 points, à 15 056,20 points, et le S&P 500, le plus suivi par les investisseurs américains, de 0,52 % ou 8,46 points, à 1 625,96 points.
Par ailleurs, Serge Halimi écrit dans Le Monde diplomatique de mai 2013 :
Quand "le gagnant rafle tout" [cf. Robert Frank et Philip Cook, The Winner-Take-All Society, Free Press, New York, 1995], l'inégalité des revenus relève parfois de la pathologie sociale. Propriétaire du géant de la distribution Walmart, la famille Walton détenait il y a trente ans 61 992 fois la fortune médiane [étasunienne]. Ce n'était probablement pas assez, puisqu'elle en possède aujourd'hui 1 157 827 fois plus. Les Walton ont dorénavant accumulé autant à eux seuls que les 48 800 000 familles les moins prospères [Inequality, exhibit A : Walmart and the wealth of American families, Economic Policy Institute, 17 juillet 2012, www.epi.org]. La patrie de M. Silvio Berlusconi conserve un petit retard sur les prouesses [étasuniennes], mais, l'année dernière, la Banque d'Italie a annoncé que "les dix premières fortunes nationales détenaient autant d'argent que les trois millions d'Italiens les plus pauvres" [L'Italie de Monti, laboratoire des "mesures Attali", Les Échos nº 21161, Paris, 6 avril 2012, page 16].
La logique de la dictature du monétariat est implacable : plus on nous massacre, mieux se porte l'Argent ; mieux se porte l'Argent, plus on en souffre.

N. B. du 15/05/2013

Selon l'OCDE...
Les inégalités et la pauvreté augmentent alors que les plus défavorisés sont les plus touchés par la crise
Distribution des revenus et pauvreté

vendredi 3 mai 2013

Atlas de la Santé et du Climat 2012

L’Organisation météorologique mondiale (OMM) est l’institution spécialisée des Nations Unies pour "tout ce qui concerne l’état et le comportement de l’atmosphère terrestre, son interaction avec les océans, le climat qui en est issu et la répartition des ressources en eau qui en résulte". À cet égard, elle nous rappelle sur son web, dans sa présentation L'OMM en bref, que "le temps, le climat et le cycle de l’eau ignorent les frontières nationales", ce qui nous fait penser illico à la définition de "nation" par Karl Deutsch (1) :
« Une nation [...] est un groupe de personnes unies par une erreur commune sur leurs ancêtres et une aversion commune envers leurs voisins. »
L'OMM et l'OMS (l'Organisation mondiale de la Santé) siègent à Genève et publient chaque année un rapport intitulé Atlas de la Santé et du Climat. Celui de l'année 2012 (rapport OMM nº 1098), dont vous pouvez disposer librement en cliquant sur le lien ci-contre, veut transmettre "trois constats essentiels" :
1) Le climat modifie la répartition spatiale et temporelle de plusieurs grandes maladies et menace sérieusement la sécurité sanitaire à une échéance de quelques heures à plusieurs siècles.
2) Les relations entre la santé et le climat sont modelées par une multitude de facteurs qui conditionnent la vulnérabilité, dont la physiologie et le comportement individuels, les paramètres environnementaux, la situation socio-économique et la portée et l'efficacité des programmes sanitaires.
3) L’information climatologique est mise au service de la santé en améliorant la réduction des risques, la préparation et l’intervention à diverses échelles spatio-temporelles, dans les pays nantis comme dans le monde en développement.
Le rapport aborde plusieurs matières distribuées en trois sections subdivisées comme suit :
  1. Infections
    — Paludisme
    — Maladies diarrhéiques
    — Méningite
    — Dengue
  2. Situations d'urgence
    — Crues et cyclones

    — Sécheresse
    — Dispersion des matières dangereuses dans l'atmosphère
  3. Nouveaux défis liés à l'environnement
    — Stress thermique
    — Rayonnement ultraviolet
    — Pollens
    — Pollution atmosphérique
Signalons pour en finir, en guise d'échantillon, quelques remarques contenues dans cette étude...
—"le nombre d'événements météorologiques extrêmes à l'origine de catastrophes a plus que triplé depuis les années 1960 et les scientifiques s’attendent à une augmentation de la fréquence et de l’intensité de ces phénomènes en raison du changement climatique dans de nombreuses régions du globe" (page 25),

—"Le rejet de grands volumes de matières dangereuses dans l’atmosphère nuit à la santé humaine et animale ainsi qu’à l’environnement, par exemple la fumée que dégagent les grands incendies, les substances chimiques qui s’échappent d’installations en mauvais état ou les matières radioactives qui sont relâchées lors d’un accident nucléaire" et "Selon les climatologues, les changements climatiques devraient augmenter la fréquence des feux de friche puisque les sécheresses et les vagues de chaleurs connexes devraient augmenter en fréquence et en intensité." (page 34),

—"L’accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, dus essentiellement aux combustibles fossiles, provoque une élévation des températures, expose les populations à des phénomènes météorologiques extrêmes plus fréquents et plus intenses et affecte plusieurs déterminants de la santé, telles la qualité de l’eau et une nutrition adéquate. De même, en attaquant la couche d’ozone stratosphérique, les chlorofluorocarbures (CFC) et d’autres gaz industriels renforcent les niveaux de rayonnement ultraviolet –principal facteur de risque dans les cancers cutanés." (page 39),

—"La chaleur excessive constitue une menace grandissante pour la santé publique –au-delà d’un certain seuil, chaque degré Celsius supplémentaire est susceptible d’accroître la mortalité de 2 à 5 % . Les risques sont plus grands quand la période de chaleur intense se prolonge. Les personnes âgées, les malades chroniques, les individus isolés socialement, les gens qui travaillent dans un environnement non protégé et les enfants sont particulièrement vulnérables" (page 40),

—"La pollution de l’air et l’évolution du climat sont étroitement liées. Gaz à effet de serre rejeté dans l’atmosphère lors de l’utilisation de combustibles à base de carbone pour la production d’énergie, les transports, la construction et la transformation industrielle, ainsi que pour la cuisine et le chauffage domestique, le CO2 est la première cause du changement climatique imputable aux activités humaines." (page 52)



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(1) Karl W. Deutsch : Le Nationalisme et ses alternatives, 1969. La citation fut placée par Shlomo Sand en exergue à l'avant-propos de son ouvrage Comment le peuple juif fut inventé - De la Bible au sionisme, Librairie Arthème Fayard, 2008, p.9 —essai traduit de l'hébreu en français par Sivan Cohen-Wiesenfeld et Levana Frenk. C'est bien là que je la lus.

NOTE du 17/05/2013 - Selon une dépêche du journal Le Monde datée du 17/05/2013 :
La communauté scientifique n'est pas divisée sur le changement climatique. Une "écrasante" majorité (97 %) des publications de ces vingt dernières années assure que l'homme est responsable du réchauffement en cours, avance jeudi [16 mai] une étude parue dans la revue Environmental Research Letters.

mardi 30 avril 2013

"Adieu à la croissance" (Gadrey) pour ce Premier Mai 2013

« (...) double folie des travailleurs, 
de se tuer de surtravail et
de végéter dans l'abstinence »
Paul Lafargue sur La surproduction
dans "Le Droit à la Paresse"

« C'est seulement dans les pays retardés du monde
que l'accroissement de la production est un objectif
important : dans les plus avancés, ce dont on a besoin
sur le plan économique est une meilleure répartition. » 
John Stuart Mill, Principes d'économie politique, 1848


La réfutation de la croissance et du productivisme débiles, et l'apologie de la vraie vie ont toujours été l'apanage des moins cons. Je réserve un petit coin chéri de ma bibliothèque à des bouquins consacrés à l'éloge de l'oisiveté et au dénigrement du travail (ou de l'acharnement au travail). On en trouve depuis l'Antiquité.
Dans ce domaine, le XIXe siècle et le premier tiers du XXe furent particulièrement fructifères ; on peut dénombrer, par exemple, les contributions de Paul Lafargue (Le droit à la paresse, 1881, où il évoque entre autres Destutt de Tracy ou Cherbuliez [1], déjà cités par Karl Marx dans Le Capital, 1872), Robert Louis Stevenson (An apology for idlers, 1877, traduit en français comme Une apologie des oisifs), Clément Pansaers (L'apologie de la paresse, 1920-1921), Kazimir Malevitch (La paresse comme vérité effective de l'homme, ouvrage rédigé en 1921 et publié pour la première fois, bien entendu en russe, en 1994) ou Bertrand Russell (In Praise of Idleness, Éloge de l'oisiveté, écrit en 1932, paru en 1935).
Plus récemment, en matière d'analyse du Travail et des ravages de la Croissance débraguettée [2], nous disposons des apports humanistes et écologistes d'Ivan Illich, André Gorz (cité également ici et ; le Diplo se souvient de lui dans son numéro de mai 2013, paru récemment, tout comme Jean Lebrun dans son émission La Marche de l'Histoire, sur France Inter [3] ou, un peu avant, en novembre 2012, Là-bas, si j'y suis, lors du cinquième anniversaire de sa mort), Serge Latouche, Hervé Kempf et de tant d'autres penseurs documentés et sensibles, voire déconcertants, tels Jacques Ellul (« Exister, c’est résister », mais hélas, sioniste et protestant).
Mais vu que demain c'est le Premier Mai et compte tenu des positions socio-économiques de la Gauche obnubilée et quémandeuse d'emploi et de croissance que nous subissons, je me plais maintenant à reproduire un extrait d'Adieu à la Croissance - Bien vivre dans un monde solidaire (novembre 2010), essai déjà cité dans ce blog de l'économiste Jean Gadrey, membre du conseil scientifique d'Attac, dont la nouvelle édition augmentée a été publiée par Les petits matins/Alternatives Économiques en 2012 et que je conseille de lire à quiconque veut réfléchir un tant soit peu à des concepts tels que "travail", "croissance", "environnement"/"planète", "avidité", "richesse" ou "bien-vivre". Nos enfants sont encore innocents, que ce soit à Madrid, à Paris, au Mali ou à Göttingen...
Ah !, c'est moi qui ai ajouté le lien de l'avant dernier paragraphe. Bonne lecture.
« (...) Ajoutons cet argument emprunté à l'économiste Laurent Cordonnier. L'un des moteurs les plus efficaces du consumérisme [4] est le splendide isolement des individus que produit la société de marché. Ramenant tous les registres des relations sociales à des échanges marchands, la société de marché vise à transformer les individus en monades qui n'auraient plus d'autre modalité pour faire valoir leur « être » auprès de leurs semblables que de se vautrer dans des stratégies narcissiques d'affichage des succès obtenus dans l'accumulation de signes consuméristes. Pourtant, dès les années 1970, des analystes ont commencé à mettre en doute l'efficacité de ce système de persuasion incitant à dépenser toujours plus pour une croissance toujours moindre et une satisfaction qui stagne ou régresse.

Les limites sociales du « toujours plus »
Dans un ouvrage remarquable [5] datant de 1976, Fred Hirsch, économiste universitaire et journaliste, prenait un exemple simple : « Quand tout le monde se dresse sur la pointe des pieds, personne ne voit mieux que les autres », et donc personne n'est mieux qu'avant. Or, la croissance est présentée comme une voie royale permettant à tous d'atteindre de meilleures places. Cela devient impossible et source de frustrations quand il s'agit d'accéder à des biens qui provoquent de la « congestion » (sur le modèle de l'automobile) ou des « biens positionnels », dont la rareté est plus sociale que physique : des emplois de cadres supérieurs ou de direction impliquant des études prestigieuses, des statuts sociaux enviables, des places dans des théâtres renommés, « l'accès privatif à un charmant coin de verdure », les résidences des « rurbains », les lieux de tourisme réputés, etc. On invite tout le monde à se « dresser sur la pointe des pieds » pour en bénéficier alors que seule une minorité (aux premiers rangs) peut et pourra y accéder, quelle que soit la croissance. Or, ces biens sont devenus, avec l'abondance matérielle, de grands territoires d'expansion du marché dans les pays riches. Qui plus est, ce que n'avait pas anticipé Fred Hirsch, avec la raréfaction ou l'épuisement des ressources naturelles, même des biens matériels « classiques » deviennent positionnels dans le système « libéral-croissanciste ».
Ce système engendre d'énormes gaspillages collectifs : les gens s'épuisent tous à rester sur la pointe des pieds, alors que la coopération et la délibération sur des limites admises, dans un cadre plus égalitaire et moins concurrentiel, conduiraient à une plus grande efficacité et à plus de satisfaction.

Et les plus pauvres ?
Ce qui précède peut sembler dépassé en 2010, alors que la crise se poursuit, accompagnée de drames humains à l'échelle du monde. On peut penser que ces arguments ne concernent pas ceux qui, dans notre pays, vivent avec bien peu. Pourtant, la production organisée de l'avidité ne vise pas que les riches et les « classes moyennes ». Les chaînes de la restauration rapide et les multinationales de l'agroalimentaire sont aujourd'hui accusées par les associations de consommateurs et par les médecins de pousser à la consommation de produits dont le prix est aussi bas qu'élevée leur teneur en graisse, en sucre et en CO2. Elles organisent autour de ces produits à risques, destinés en priorité à des gens modestes, des campagnes permanentes de publicité, y compris dans les émissions télévisées pour enfants.
Les ménages à bas revenu n'ont pas assez de ce qui pourrait contribuer à leur bien-être, et, en particulier, aujourd'hui, ils sont souvent mal logés et manquent d'un accès universel et gratuit à la santé, à l'éducation, à des transports collectifs, aux services pour la petite enfance et les personnes âgées, à un environnement sain, etc. La pauvreté est une situation de privation de « droits à... », au-delà du droit à disposer d'un revenu décent. Les plus pauvres sont d'un côté limités dans leur accès à des services liés à des droits, et, de l'autre, ils sont conduits à dépenser leurs maigres ressources monétaires dans le cadre du système de l'avidité, du crédit, de l'envie et de la frustration, sous l'emprise des marques, de la publicité, de la malbouffe, de la pression au renouvellement des biens. Les officines de crédit à la consommation prospèrent sur le dos des pauvres, avec des taux d'usurier et des pratiques inhumaines de recouvrement et de poursuites en justice. Tout cela contribue à aggraver la pauvreté comme privation de droits. Un système qui n'est pas fait pour répondre à des besoins mais pour produire des désirs à des fins lucratives est particulièrement nocif pour les pauvres.
(...)
On peut, sans croissance économique, améliorer nettement la vie des ménages à faible pouvoir d'achat, par la redistribution indispensable des revenus (voir troisième partie [6]), mais aussi par la maîtrise politique du foncier, du logement social (et écologique), par la gratuité d'accès à des services publics redevenant universels, par une profonde réorganisation de la production et de son contrôle, issue de délibérations sur les besoins [7]. (...) »

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[1] Antoine-Élisée Cherbuliez (Genève 1797- Zürich 1869), utilitariste et antisocialiste, écrivit dans Riche ou pauvre : exposition succincte des causes et des effets de la distribution actuelle des richesses sociales (1840) :
"Les travailleurs eux-mêmes, en coopérant à l'accumulation des capitaux productifs, contribuent à l'événement qui, tôt ou tard, doit les priver d'une partie de leur salaire."
Et pour conclure son paragraphe, il ajoutait :
"Ce défaut de sécurité, provenant de circonstances que le prolétaire ne peut ni prévoir, ni prévenir, loin d'aiguiser les facultés qui lui restent, exerce une influence fatale sur son développement morale."
Le lien ci-dessus permet de mieux situer ces extraits dans leur contexte disons benthamien.

[2] ... et sa cousine la Compétitivité, qui fait toujours des victimes.

[3] Merci José pour le tuyau. Quant aux couinements d'Édith Cuignache-Gallois, n'arrêtons pas d'offenser les ignares piteux.

 
[4] Anglicisme affreux à grand succès, y compris parmi les adversaires de la fièvre acheteuse promue par le Capital de la Croix-sance et de la Con-Gestion —essentiellement et avant tout dévastatrices.

[5] Social Limits to Growth, Routledge. Une traduction française, préfacée par Jean Gadrey, a été éditée le 28 mars 2013.

[6] Elle s'intitule Société soutenable, société désirable.

[7] Note de J. Gadrey : Voir le « manifeste pour les produits de haute nécessité ».

jeudi 18 avril 2013

Bruna naquit à l'aube

Brune brunelle...
À une enfant fleur cosmopolite aux arômes crépusculaires et, pourtant, héliophile et née à l'aube. À ma brune, elle me transforme en repère...




Éducation sentimentale

Ce soir à la brune
Nous irons, ma brune,
Cueillir des serments
Cette fleur sauvage
Qui fait des ravages
Dans les cœurs d'enfants
Pour toi, ma princesse
J'en ferai des tresses
Et dans tes cheveux
Ces serments, ma belle
Te rendront cruelle
Pour tes amoureux

Demain à l'aurore
Nous irons encore
Glaner dans les champs
Cueillir des promesses
Des fleurs de tendresse
Et de sentiment
Et sur la colline
Dans les sauvagines
Tu te coucheras
Dans mes bras, ma brune
Eclairée de lune
Tu te donneras

C'est au crépuscule
Quand la libellule
S'endort au marais
Qu'il faudra, voisine
Quitter la colline
Et vite rentrer
Ne dis rien, ma brune
Pas même à la lune
Et moi, dans mon coin
J'irai solitaire
Je saurai me taire
Je ne dirai rien

Ce soir à la brune
Nous irons, ma brune
Cueillir des serments
Cette fleur sauvage
Qui fait des ravages
Dans les cœurs d'enfants
Pour toi, ma princesse
J'en ferai des tresses
Et dans tes cheveux
Ces serments, ma belle
Te rendront cruelle
Pour tes amoureux

jeudi 11 avril 2013

Prénom et classe

Appelleriez-vous votre fils “Emmanuel Philibert” ? Oui ? Alors, vous habiterez difficilement Le Panier ou Barbès, par exemple, quitte à bien vouloir imiter une certaine classe en vue d'acquérir un capital symbolique vicaire, un drôle d'à peu près de statut. De toute façon, nous savons tous que le peuple n'est pas les people.
À quoi bon la question ? Voyons...
Baptiste Coulmont, sociologue à l'Université Paris-VIII (Saint-Denis), auteur de Sociologie des prénoms (La Découverte), tient blog et y présente les résultats de ses analyses sur la sociologie des prénoms, des religions et des sexualités. Série des prénoms, son billet récent sur les prénoms surreprésentés par série du bac hexagonal, a fait tout un tabac dans les réseaux sociaux et les média en France. Il y introduit les rapports qu'il a vérifiés entre la fréquence de certains prénoms et les séries du bac, qui préfigurent des études supérieures ultérieures ou l'accès à la vie professionnelle.
Nomen omen ? Pas exactement. On tient plutôt à penser que les prénoms renvoient à des origines et des classes —et leurs mouvances, leurs modes—, et que ce sont ces origines qui déterminent pour le plus grand nombre les choix concernant leurs études... ou l'absence de vraies possibilités à cet égard —bref, en quelque sorte, le sort. Autrement dit, mis à part les effets généraux, pour tous, des structures sociales, économiques et médiatiques, il y a des contraintes de désir et de possibilité relevant strictement du groupe auquel on appartient (y compris le sexe [1]). Laissons Coulmont s'exprimer :

Séries de prénoms

Billet publié le 30/03/2013
J’ai récupéré les résultats nominatifs au bac de 2012 (bac général et bac techno). Il est facile de repérer, à partir de ces résultats, qu’à certains prénoms sont associés des proportions de mentions spécifiques.
On peut aussi s’intéresser aux relations entre séries et prénoms. A chaque série est associée un groupe de prénoms surreprésentés (je n’ai gardé que les prénoms qui apparaissaient plus de 60 fois). Ainsi, les “Aliénor” représentent au total 2 candidates sur 10 000, mais elles sont 6 sur 10 000 candidates au bac “L” (littéraire) : elles sont 3 fois plus nombreuses à passer le bac “L” (littéraire) que ce qui est attendu à partir de leur nombre total. Et les prénoms diffèrent. Dans certaines séries (“S” et “STG” par exemple), ce sont des prénoms masculins qui sont surreprésentés… mais ce ne sont pas les mêmes : Augustin est plus fréquent en série S, Ahmed en série STG.
Le tableau suivant montre — pour quelques séries du bac — ces prénoms surreprésentés (12 par série). Ces prénoms “ont un air de famille” : Pierre-Louis est avec Pierre-Antoine; Yoann avec Yohan; Alison avec Allison et Alisson (dans la même liste que Stéphanie, Tiphanie et Tiffany) — mais bien séparées des Lison. Cet “air de famille” s’étend au delà de la proximité graphique : les prénoms “anglo-saxons” et “arabes” semblent associés à des séries différentes.
Georges Felouzis et ses collègues (Joëlle Perroton notamment) ont bien analysé la ségrégation ethnique et le rôle qu’elle joue dans la reproduction sociale : il s’est d’ailleurs appuyé sur un codage des prénoms pour repérer l’ethnicité revendiquée par les parents.
Ils s’intéressaient aux collèges, mais les séries du bac ne remettent pas a priori en cause cette ségrégation ethnique et sociale (ici, je m’intéresse simplement aux prénoms surreprésentés, et pas à la concentration).
Mise à jour :
  • “Chaillot”, commentateur averti, m’a indiqué une erreur sur le tableau, que j’ai corrigé. Merci.
  • La liste ne concerne pas les prénoms les plus fréquents par série, mais les prénoms surreprésentés relativement à l’ensemble de la population des candidats au bac (pour lesquels je dispose de résultats)

Il s'est plu également à commenter les réactions à son billet. Cliquez dessus si cela vous intéresse.


[1] J'ai publié ce billet, court et modeste, et inséré cet extrait des travaux du sociologue Baptiste Coulmont parce qu'évidemment, je l'ai trouvé intéressant. J'espère qu'il encouragera d'autres réflexions et d'autres recherches. Quant au sujet des rapports sexe-vie professionnelle, extrêmement suggestif, voire intellectuellement aguichant, je vous propose comme apéro général un article de Jean Gadrey intitulé "Le Sexe du PIB", posté le jeudi 19 février 2009 dans son blog et repris en annexe du chapitre 1 d'un ouvrage postérieur que je conseille vivement : Adieu à la Croissance (Bien vivre dans un monde solidaire), Les petits matins/Alternatives Économiques, 2012 (1re édition, novembre 2010).

mercredi 27 mars 2013

"Chaos" et "Dimensions" ou les maths pour tout public

Vous aimez les mathématiques ? Je fais état ici d'un site qui vous propose Chaos et Dimensions, deux films produits par Jos Leys (Graphiques et animations), Étienne Ghys (Scénario et mathématiques) et Aurélien Alvarez (Réalisation et post-production).
Diffusés pour tout public sous une licence Creative Commons, ces métrages plongent directement dans des sujets passionnants des maths, cette discipline regroupant différentes branches qui ont pour objet, selon Le Robert, la quantité et l'ordre, l'étude des êtres abstraits (nombre, figure, fonction, etc.), ainsi que les relations qui existent entre eux.
En ce qui concerne leur mode d'emploi, on nous explique —mis à part quelques remaniements de mon cru :
Les films sont disponibles sur YouTube dans différentes langues et c'est la version française que vous trouverez ci-dessous. La version française est également accompagnée de nombreux sous-titres (voir la page Merci). Il est possible de modifier la taille (et donc la qualité) des vidéos et on peut facilement accèder à la liste de tous les chapitres ou passer en mode plein écran grâce aux petits boutons sur le côté bas droit des vidéos. Si vous rencontrez des difficultés pour passer d'un chapitre à l'autre, nous vous recommandons de naviguer sur le site avec l'onglet Les chapitres pour vous rendre directement au chapitre de votre choix.

Ces différents boutons, de gauche à droite, vous permettent de : choisir le chapitre, les sous-titres,  la taille de la vidéo, regarder plus tard, regarder sur YouTube et regarder en mode plein écran.
Vous pouvez télécharger les films en utilisant des logiciels comme YouTube Downloader ou Free Video Downloader. Vous pouvez également télécharger le dossier des sous-titres et lire les films et sous-titres, y compris en bengali, avec le lecteur de votre choix. Vous trouverez quelques conseils supplémentaires et des logiciels que nous avions testés sur la page de téléchargement de Dimensions. Enfin, si vous êtes utilisateurs d'un i-appareil (iPhone, iPad, iPod), il est probable que vous n'ayez pas accès aux boutons ci-dessus : vous pouvez toujours regarder les films via l'app de YouTube, ce qui vous permettra quand même d'avoir accès aux sous-titres.
Par rapport aux contenus, Chaos est...
... un film mathématique tout public constitué de neuf chapitres de treize minutes chacun qui tournent autour des systèmes dynamiques, de l'effet papillon et de la théorie du chaos.
Quant à Dimensions, c'est...

Une promenade mathématique... 

Un film pour tout public.  Neuf chapitres, deux heures de maths, pour découvrir progressivement la quatrième dimension. Vertiges mathématiques garantis !
Trouvez des informations supplémentaires pour chaque chapitre : voir "En détail".

.

Téléchargement gratuit et on peut regarder en ligne! 
Vous pouvez commander le film en format DVD.
Maintenant avec encore plus de langues de commentaires et sous-titres :
Commentaires en allemand, anglais, arabe, espagnol, français, italien, japonais et russe.
Sous-titres en allemand, anglais, arabe, bosniaque, chinois, espagnol, français, grec, hebreu, italien, japonais, néerlandais, persan, polonais, portugais, russe, serbe (latin et cyrillique), slovène, tcheque, turc.

vendredi 22 mars 2013

Répression affolée à Salamanque

Alfonso Fernández, Alfón, fut écroué le 14 novembre, journée de grève générale en Espagne. Il demeura 56 jours dans la prison de Soto del Real en régime d'isolement FIES (Ficheros de Internos de Especial Seguimiento, Fichiers ou Registres des Internés au Suivi Spécial). Alfón fut libéré faute de preuves le 9 janvier.
Puis, il avait été invité par le Colectivo Estudiantil Alternativo (CEA) et Acción Antifascista de Salamanque à un colloque universitaire contre la criminalisation des mouvements sociaux ("Contra la criminalización de los movimientos sociales"). Le CEA, c'est le collectif majoritaire au sein des étudiants salmantins.
Ce débat aurait dû avoir lieu aujourd'hui, à 19h, dans la Faculté de Philosophie de l'Université de Salamanque, mais fut déplacé à la Salle des Réunions du syndicat CGT (Calle de Pérez Oliva, 2), à la même heure. Pourquoi ? Parce que M. le Rector (le Président) de l'Université de Salamanque, Daniel Hernández Ruipérez, n'a finalement pas autorisé la participation d'Alfonso Fernández, sous prétexte qu'il manquait "de relevancia" (disons... prestige) pour intervenir dans une institution académique. Son véto est intervenu juste après une campagne médiatique fulgurante et diffamatoire promue par les caciques et les néonazis locaux.

En tant qu'ancien étudiant de l'Université de Salamanque, et professeur circonstanciel dans ses salles de classe à plusieurs reprises, je tiens à dénoncer cet acte de censure (néo et vieux con par-dessus le marché) et adhère au manifeste pour la liberté d'expression qui s'en est suivi —pour signer la pétition, on peut cliquer sur le lien ci-contre. Son premier signataire est le poète salmantin Marcos Ana, un homme admirable qui resta presque 23 ans dans les prisons franquistes.

Viennent maintenant à mon esprit bon nombre de fragments des Chiens de Garde, essai signé et publié par Paul Nizan en 1932 qui est toujours, hélas, d'actualité, car justement, il y dénonçait l'intense soumission des universitaires et des philosophes aux ordres du capital. Il y disait, par exemple, à leur propos :
"Il est grandement temps de les mettre au pied du mur. De leur demander leur pensée sur la guerre, sur le colonialisme, sur la rationalisation des usines, sur l'amour, sur les différentes sortes de mort, sur le chômage, sur la politique, sur le suicide, les polices, les avortements, sur tous les éléments qui occupent vraiment la terre. Il est grandement temps de leur demander leur parti. (...) Lorsque Démétrios assiégeait Athènes, Épicure marchait au milieu des Athéniens. Épicure prenait parti. S'ils refusent publiquement (et je vois d'ici, je palpe d'ici, je mesure d'ici le monceau ordonné de leurs belles raisons, de leurs nobles raisons de refuser la marche parmi nous), alors le moindre adolescent comprendra qu'ils ont en vérité choisi, qu'ils préfèrent réellement —et non par erreur, et non par omission, et non par aveuglement guérissable— leur confort spirituel, et les garanties temporelles de leur confort, aux questions bassement humaines." (Paul Nizan : Les Chiens de Garde)
Monsieur le Rector de l'Université de Salamanque a bien pris parti mais n'est pas Épicure, loin s'en faut. Il a pris parti pour la "relevancia", l'importance, le prestige... du parti pris, de la vérité officielle. Il a obtempéré aux ordres des garants de l'ordre bien établi qui ont vite fait de commencer à couiner. Il aurait pu penser qu'un jeune homme soumis pendant presque deux mois à un régime FIES —pour ensuite être libéré faute de preuves— pourrait s'avérer une vraie autorité en matière de répression libérale (1) ou de dictature du monétariat, mais non —Nizan avait encore oublié d'être con et organique quand il écrivait :
"Il a toujours paru plus facile à l'oppresseur qu'à l'opprimé de s'adapter à l'oppression" (Ibidem)
Ou encore, après avoir transcrit une citation du "clerc" Léon Brunschvicg sur l'indignation que provoque toujours la violation des garanties du justiciable :
"On pense à l'affaire Dreyfus, on se dit qu'il en est bien ainsi. Mais on reprend ensuite dans sa mémoire le jugement et la mort de Sacco et Vanzetti, on pense aux conditions juridiques dans lesquelles se déroulent en Indochine les procès des révolutionnaires : on est bien contraint de conclure que les limites de la pratique cléricale coïncident avec celles des intérêts de la bourgeoisie. Défendre Dreyfus, c'était affirmer la bourgeoisie, défendre Sacco, défendre Tao, au nom de la justice, c'est travailler contre soi, c'est vouloir se détruire. Si la violation de la Justice atteint un prolétaire, la philosophie ne la sent point. L'homme prolétarien est situé en dehors de la philosophie. Il n'a point de titres réels à l'intérêt de la philosophie bourgeoise."
Alfón n'a point de "relevancia"... Ce dernier extrait appartient au sixième et dernier chapitre des Chiens de Garde qui s'intitule Défense de l'Homme ; nous pouvons toujours y lire :
"(...) la bourgeoisie veut détruire les causes extérieures apparentes de son mal et croit qu'elle pourra se remettre avec les anciens remèdes et le renfort de quelques remèdes nouveaux sans abandonner le monde auquel elle tient et qu'elle a fait. Cette défense comportera promptement une division du travail : il appartient aux politiques d'abattre la révolution et aux penseurs de produire des remèdes, de fabriquer des recettes, qui inspireront confiance à la bourgeoisie et persuaderont aux forces mêmes de la révolution de rester liées aux destins bourgeois.

Que font ici cependant les hommes
qui ont pour profession de parler au nom de l'Intelligence et de l'esprit ? Que font ici les penseurs de métier au milieu de ces ébranlements ?
Ils gardent encore leur silence. Ils n'avertissent pas. Ils ne dénoncent pas. Ils ne sont pas transformés. Ils ne sont pas retournés. L'écart entre leur pensée et l'univers en proie aux catastrophes grandit chaque semaine, chaque jour, et ils ne sont pas alertés. Et ils n'alertent pas. L'écart entre leurs promesses et la situation des hommes est plus scandaleux qu'il ne fut jamais. Et ils ne bougent point. Ils restent du même côté de la barrière. Ils tiennent les mêmes assemblées, publient les mêmes livres. Tous ceux qui avaient la simplicité d'attendre leurs paroles commencent à se révolter, ou à rire.
"

(1) "Cuanta más libertad se otorga a los negocios, más cárceles se hace necesario construir para quienes padecen los negocios." (dixit Eduardo Galeano dans son introduction à Las venas abiertas de América Latina, Siglo XXI Editores, México, 1971 ; dernière édition en date : Siglo XXI de España Editores, Tres Cantos, Madrid, 2011)

dimanche 17 mars 2013

Forbes démontre Archimède et la gravité n'existe pas dans la Finance

La matemática tiene padre: es Arquímedes, quien
en el siglo III a.C. intuye casi todo: el cálculo de
números como el omnipresente π, el cálculo
infinitesimal, el cálculo integral, la teoría de los grandes
números, la combinatoria, la geometría de las cónicas,
la geometría de los poliedros, los volúmenes y
superficies de revolución, las sucesiones y series de
números, la reducción al absurdo en lógica...
Jorge Wagensberg, Sólo se puede tener fe en la duda.
Pensamiento concentrado para una realidad dispersa
Tusquets Ed., Barcelona, février 2018, [37]
(Citation ajoutée en juillet 2018)



Le risque économique était traditionnellement l'atout de celui qui avait quelque chose à risquer ; la majorité de la population s'en passait car elle n'avait que le travail (le salariat, la petite initiative entrepreneuriale ou la coopérative) pour accéder à des revenus autorisant la survie, d'abord, et puis, éventuellement, quelques joies.
Les aventuriers du Grand Capital d'aujourd'hui sont des profiteurs qui ont supprimé le risque de leurs "investissements" : si ces spéculations vont bien, ils empochent l'argent ; si elles s'avèrent un pur délire, ils empochent tout de même le pognon et nous transfèrent les retombées ruineuses de leurs innovations. Pourquoi ? Parce que c'est le Grand Capital qui contrôle les pouvoirs publics —y compris le trésor public— et la propagande (par le truchement de dealers politiques, experts et journalistes de garde), et il s'en sert à loisir.
Benoît Mandelbrot, l'inventeur de la théorie mathématique des fractales, déclarait en 2009 au quotidien Le Monde :
Les gens ont pris une théorie inapplicable - celle de Merton, Black et Scholes, issue des travaux de Bachelier qui datent de 1900 -, et qui n'avait aucun sens. Je l'ai proclamé depuis 1960. Cette théorie ne prend pas en compte les changements de prix instantanés qui sont pourtant la règle en économie. Elle met des informations essentielles sous le tapis. Ce qui fausse gravement les moyennes. Cette théorie affirme donc qu'elle ne fait prendre que des risques infimes, ce qui est faux. Il était inévitable que des choses très graves se produisent. Les catastrophes financières sont souvent dues à des phénomènes très visibles, mais que les experts n'ont pas voulu voir. Sous le tapis, on met l'explosif !
En effet, les catastrophes financières sont souvent dues à des phénomènes très visibles que les experts et les grands journalistes s'évertuent à escamoter. D'ailleurs, ces marchands de statu quo sont payés pour ça, et grassement. Car ils savent que la Banque ne perd jamais dans ce casino et que les catastrophes ne concernent que les petits porteurs et les non porteurs, c'est-à-dire, les simples mortels.

Traditionnellement le trésor public servait à couvrir les frais des services publics et, mis à part les taxes et les impôts indirects, il existait un système de prélèvements directs et progressifs fournissant des sommes conséquentes à la caisse commune. Cette progressivité fut constitutionnalisée dans certains États, comme l'Espagne (cf. Constitution espagnole, article 31.1).
Comme la contre-réforme fiscale libérale a réduit, voire supprimé les impôts des très riches (le génie fiscal, la fraude, l'évasion et les paradis complétant les bonnes œuvres de la contre-réforme) et que le Trésor public se destine de plus en plus à transférer —de mille manières— des quantités énormes et croissantes au grand Capital, les grands vautours de la Finance se sentent parfaitement en sécurité, parce qu'ils le valent, et se foutent pas mal des actifs toxiques et des margin calls ; du coup, contrepartie sociale, nous voilà soudain tous (les simples mortels) condamnés à l'insécurité sociale.
Ajoutons, pour parachever le tableau, que l'avidité actionnariale a condamné le salariat traditionnel, qui est remplacé aujourd'hui à toute plombe par un état de choc mélangeant précariat (1) et chômage hypertrophié.

Pourtant, une lecture régulière des moyens de communications de masse risquerait de faire croire que la "crise" atteint à peu près tout le monde, qu'il s'agit d'un problème qui nous concerne tous, un peu comme la grêle soudaine, alors que, bien évidemment, ce n'est pas ça exactement, comme on a tout loisir d'imaginer au moins depuis la formulation du principe d'Archimède, déjà évoqué ici.
En effet, la théorie nous explique que la poussée d'Archimède est la force particulière que subit un corps plongé en tout ou en partie dans un fluide (liquide ou gaz) soumis à un champ de gravité. Ce principe se formule habituellement ainsi : « Tout corps plongé dans un fluide au repos, entièrement mouillé par celui-ci ou traversant sa surface libre, subit une force verticale, dirigée de bas en haut et opposée au poids du volume de fluide déplacé ; cette force est appelée “poussée d'Archimède”. »

Analysons la force de cette poussée de manière pratique, à la lumière verbi gratia de la liste Forbes des "milliardaires" paraissant depuis 27 ans ; je vous rappelle que pour y figurer, il faut disposer d'une "Ten-figure fortune", c'est-à-dire, d'une fortune à dix chiffres mesurée en dollars.
Eh bien, il y a 27 ans, en 1986, on recensait 140 milliardaires sur la planète.
En 2007, on en dénombrait 946 (cumulant 3.500 milliards de dollars).
En 2008, 1.125 (concentrant 4.400 milliards de dollars).
En 2009, juste 793 (réunissant seulement 2.400 milliards de dollars) : une baisse de 373 Übermenschen (dont seulement 18 morts). Année d'étourdissement vite rattrapée car...
En 2010, retour à la normale, le crescendo (et des montants détenus par les richissimes et de leur nombre) ; les grands nantis étaient 1.011 sur la liste Forbes et totalisaient 3.600 milliards de dollars. L'article du magazine précisait :
(...) In his annual shareholder letter Buffett wrote, "We've put a lot of money to work during the chaos of the last two years. When it's raining gold, reach for a bucket, not a thimble."
Many plutocrats did just that. Indeed, last year's wealth wasteland has become a billionaire bonanza.
 
La terre gaste où nous crevons est devenue une aubaine milliardaire. Reach for a bucket... Quand il pleut de l'or, sortez un seau, pas un dé à coudre... Et ce n'est pas moi qui le dis.
À propos d'aubaines, soit dit en passant, un journal gratuit espagnol publiait il y a quelques jours que les capitaux étrangers "optaient pour l'Espagne" (2) et "étaient en train de sauver les ventes immobilières dans quelques régions espagnoles" :
Los extranjeros apuestan por España: un 30% más de compras en 2012.
Los rusos ya son segundos, tras los británicos. Los extranjeros están salvando la venta de viviendas en algunas zonas de España, básicamente las de carácter turístico. Si ya en 2012, frente a la caída de las compraventas, crecieron las adquisiciones por parte de ciudadanos extranjeros, este 2013 se mantiene la tónica.
Según el Consejo General del Notariado, 38.312 ciudadanos extranjeros compraron una vivienda en España en 2012. Los datos indican que crece el número de extranjeros no residentes que compra casa en nuestro país, respecto al 2011, un 28,4% más. En el inicio de la crisis, en 2007, fueron 41.787 los extranjeros que optaron por adquirir una propiedad en España. (…)

Transsubstantiation du lexique, "rafler" devient "miser sur", "s'arracher les dépouilles d'un mourant", "sauver les ventes immobilières" et "profiter de la ruine d'autrui", "opter pour acquérir" *.

Continuons. En 2012, on comptait 1.226 nababs qui disposaient en moyenne de 3,7 milliards de dollars. Une croissance de 16 titans par rapport à 2011, qui avait déjà été "A Record Year In Numbers, Money And Impact - This 25th year of tracking global wealth was one to remember. The 2011 Billionaires List breaks two records: total number of listees (1,210) and combined wealth ($4.5 trillion)". Dit en français, en 2011, 1.210 moghols se partageaient environ 4.500 milliards de dollars.
Cette année 2013, la liste Forbes de ces ploutocrates qui façonnent (shape) le monde a atteint le chiffre de 1.426 noms, soit 200 de plus que l'an dernier. L'addition de leurs fortunes égalerait 5.431.810.000.000 dollars (somme qui multiplie par six celle de l'année 2000, il y a à peine 13 ans...). Joli montant : s'ils composaient un pays, ils seraient le quatrième le plus riche du monde tout près du troisième, le Japon.

Donc, on voit bien que le volume des liquidités déplacées vers le haut par les contre-réformes et par l'assistanat aux grands égale l'addition des soustractions (coupes budgétaires dans les services publics, réductions et non indexations salariales, suppression ou diminution des prestations, etc.) opérées en bas, autrement dit, que la force verticale dirigée de bas en haut n'est que le transfert de richesse du monde du travail (qui chôme en partie non négligeable ou se précarise) vers le monde du grand Capital (qui travaille, Buffet dixit) et des grands Loisirs.
Bref, on vérifie que la gravité n'existe pas en Haute Finance, ce qui explique qu'au lieu de trickle down effect ("effet de ruissellement"), on ait plutôt trait à un trickle up effect : oui, il pleut à l'envers en Économie. Et à seaux (buckets) par ces temps-ci, comme on vient de voir : ce ne sont pas les Atlas qui soutiennent les peuples, mais les peuples qui soutiennent, supportent et financent les Atlas.
___________________

(1) Néologisme que j'emprunte au sociologue Robert Castel, décédé le 12 mars.

(2) C'était l'idée sous-jacente bien que le quotidien en question employât une expression traduisible, en principe, par "misaient sur". L'ombre de "to bet" est allongée... et tout bête, bien entendu.

___________________
* Mise à jour du 20/10/2013 :

El Mundo
El Economista
eldiario.es

mercredi 13 mars 2013

L'Histoire par l'image

L'Histoire par l'image est un site conçu pour l'apprentissage de l'Histoire de France à travers la consultation d'images de tout poil. Vous pouvez y procéder à des recherches thématiques, chronologiques, par index ou "avancées". Le portail fournit en plus beaucoup d'études thématiques avec animation. Ils en publient en écho à des expositions ayant lieu en France -par exemple, à la Maison Balzac ou à la Maison Victor Hugo, ces derniers temps. L'image d'aujourd'hui 13 mars illustre un sujet majeur du XIXe siècle...

Talleyrand au Congrès de Vienne et la déclaration du 13 mars 1815

Le site a été réalisé à l'initiative des ministères français de la Culture et de l'Éducation nationale, et des musées nationaux français. Ils s'expliquent ainsi :

L’Histoire par l’image explore l’Histoire de France à travers les collections des musées et les documents d'archives.
Ce site s’adresse aux enseignants et à leurs élèves mais aussi aux curieux et à l'amateur d'art et d'histoire.
Actuellement en ligne sur L’Histoire par l’image :
2291 œuvres, 1214 études et 119 animations

vendredi 1 mars 2013

Une émission sur les mystères de la dette : qui empoche l'argent ?

"Peu importe que le chat soit blanc ou noir
du moment qu'il attrape les souris.
"
Deng Xiaoping, puis Felipe González.

"L'Espagne est le pays d'Europe et peut-être du monde
où l'on peut gagner le plus d'argent à court terme.
Il n'y a pas que moi qui le dis : c'est aussi ce

qu'affirment les consultants et les analystes boursiers."
Carlos Solchaga, ministre de l'Économie et des Finances
du gouvernement "socialiste" de Felipe González,
le 4 février 1988, au Palais des Congrès de Madrid.

Harald Schumann, essayiste et journaliste allemand que nous avons déjà cité ici (1), a voulu connaître les dessous d'une "crise", la nôtre, provoquée par un système de faucons avides —et affranchis de tout risque— qui ne roule donc qu'en roulant des dindons, les vrais cons, dans la farine. À ce propos, en collaboration avec Árpád Bondy, il a mené une enquête en Irlande, en Espagne, à Bruxelles et en Allemagne.
On connaît la chanson : on nous contraint à payer des dettes contractées par des tarés (2), et la diète de la dette n'est ni éthique ni diététique, c'est plutôt un Régime. Époustouflés et excédés, nous voulons savoir exactement pourquoi une belle partie "des risques des investisseurs privés est prise en charge par les États", donc par nous les contribuables, et quels sont "nos" créanciers, les gros poissons bénéficiant des plans de sauvetage qui nous con-damnent, nous, des millions de con-citoyens européens (3).
Comme réponse à nos questions, nous n'avons droit qu'au secret le plus épais, un silence "cousu de fil blanc", retentissant : "L'opinion publique n'a accès à aucune donnée précise", constate Harald Schumann. Peut-être parce qu'on a socialisé une dette privée et que l'on a du mal à justifier des doses si exagérées d'Interventionnisme du Capitalisme d'État Libéral au Service d'une Élite dans l'Économie de Marché et des Risques (Sachons, soit dit en passant, que l'argent des petits investisseurs est appelé "de l'argent stupide" dans le jargon des affaires). En effet, le peuple a du mal à saisir que pour couvrir les délires des agioteurs (4), on ferme des hôpitaux et on cache l'information à ce sujet par-dessus le marché.
Bref, voici le résultat de l'enquête de Schumann : Quand l'Europe sauve ses banques, qui paye ? Il s'agit d'un reportage diffusé avant hier sur ARTE que je vous insère un peu plus bas. Attention notamment aux réponses sado-masuchistes des employés (tour à tour pétulants, cyniques ou fatalistes) des faux-cons qui en disent long sur le degré de crétinisme dont ils nous croient capables (5). Puis, il est vrai qu'on n'apprend pas à un vieux singe à faire la grimace : celle qu'arbore Joaquín Almunia (vice-président de la Commission européenne et commissaire à la Concurrence, ultra sic) juste à la fin de cette enquête, après avoir débité "on ne peut pas être les seuls à dire la vérité", est particulièrement démentielle.

Vous pouvez lire d'abord la présentation de l'émission :

QUAND L'EUROPE SAUVE SES BANQUES, QUI PAYE ?
50 milliards d'euros en Grèce, 70 milliards en Irlande, 40 milliards en Espagne : au sein de la zone euro, les États se sont vus contraint les uns après les autres - moyennant des sommes astronomiques - de venir en aide aux banques pour compenser les pertes subies suite à des prêts pourris. Mais qui sont les bénéficiaires de telles opérations ?
C'est en posant cette question très simple qu'Harald Schumann, essayiste en économie et brillant journaliste, sillonne l'Europe. Et obtient des réponses pour le moins sidérantes. Car ceux qui ont été "sauvés" ne se trouvent pas - comme on tend à vouloir nous le faire croire - dans les pays en détresse, mais surtout en Allemagne et en France. En effet, une part importante des sommes débloquées finit dans les caisses des créanciers de ces banques sauvées. Quant aux financiers qui ont fait de mauvais investissements, ils se retrouvent protégés contre toute perte aux frais de la collectivité. Et ce contrairement aux règles de l'économie de marché. Pourquoi ? Qui encaisse l'argent ?

(Allemagne, 2013, 52 minutes)
RBB

Date de première diffusion :
Mar., 26 févr. 2013, 22h23



_____________________
(1) Hans-Peter Martin und Harald Schumann: Die Globalisierungsfalle. Der Angriff auf Demokratie und Wohlstand. Rowohlt 1996.
Publié en français par Actes Sud, coll. Babel, novembre 2000 (traduction d’Olivier Mannoni sous le titre Le Piège de la Mondialisation). Et en castillan, la même année, par Taurus.

(2) Stephen Donnelly, député irlandais de centre droite, déclare : "La BCE oblige une nation à renoncer à sa souveraineté juste pour renflouer je ne sais quels investisseurs. La BCE agit illégalement".

(3) Du grand cru du social-libéralisme ; Schumann évoque, par exemple, le cas de Hypo Real State, banque immobilière allemande "victime" des subprimes en 2008, notamment depuis le dépôt de bilan de Lehman Brothers. Il explique que les gros poissons qui ont bénéficié du sauvetage de HRS en Allemagne étaient Unicredit SA, Deutsche Post AG, DZ Bank AG, Deutsche Bank AG, Commerzbank AG, Deutsche Apotheker-und-Ärztebank...
Schumann nous rappelle également au fil de son enquête que la Banque des Règlements Internationaux (la « banque centrale des banques centrales ») nous permet de consulter, par le biais de son service de statistiques, les transactions mondiales et les créanciers de cette foire à la liberté économique.

(4) Agiotage :
  « L'étude et l'emploi de manœuvres les moins délicates pour produire des variations inattendues dans le prix des effets publics et tourner à son profit les dépouilles de ceux qu'on a trompés » ().  spéculation.
Agioteur :
Aujourd'hui, spéculateur utilisant des informations obtenues plus ou moins malhonnêtement pour influencer le cours des valeurs à son profit.  initié. (Définition du Petit Robert)

(5) Le pompon revient probablement à Wolfgang Schäuble, membre de la CDU et ministre merkelien des Finances (ah la fine Hanse), qui exhibe une insolente pétulance ou une pétulante insolence —allez savoir !— de maître d'école allemand (aurait dit mon ami Golo Mann, j'en suis persuadé). 
Brian Hayes (Ministre Adjoint irlandais des Finances) nous explique que cette politique a été imposée à son peuple par la BCE et "ce qui compte, c'est que le peuple irlandais doit payer l'addition". Le reportage nous rappelle qu'en Irlande, le niveau de vie est descendu en moyenne de 25% en cinq ans, 80% des foyers comptent au moins un chômeur et chaque individu (y compris les bébés) paie mensuellement 300 € à l'étranger, "un fardeau colossal", intenable. Hayes nous laisse un message à la fin du reportage : "Transférer toutes les dettes des banques à l'État est une terrible erreur".
Justement, en ce qui nous concerne, De Guindos considère la spoliation du peuple espagnol pour combler les trous (placements délirants) des spéculateurs comme la condition sine qua non de la création d'un climat de confiance (selon Harald Schumann, les emprunteurs espagnols avaient contracté en trois ans, jusqu'en début 2008, 322 milliards d'euros auprès de banques allemandes et françaises. Évidemment, le plus gros était placé dans l'immobilier car ils étaient prêts à carreler la péninsule, si ça se trouvait. Où bronzaient les régulateurs ?). Oui, l'arnaque de cette majorité qui ne peut vivre que de son travail n'est pas révoltante car elle vise un grand bien : la multiplication du pèze des grands banquiers et des grands actionnaires ; lorsqu'ils empochent les sommes mirobolantes dont ils ont besoin, la con-fiance est rétablie. Car cela fait chier et que l'on obtient de la fiente de con, ou de pigeon, en fonction du registre linguistique.

Quant aux sommes "injectées", c'est-à-dire "shootées", dans notre système bancaire, De Guindos assure qu'il s'agit de 20 milliards d'euros plus un prêt de 40 milliards du Fonds européen de Stabilité financière (FESF). Juan Ramón Rallo, du très libéral Institut Juan de Mariana, corrige le ministre et apporte le chiffre de 90 milliards.

vendredi 22 février 2013

Marché, Croissance, Viande et autres Nourritures Terrestres

Le mot "marché" occupe incessamment l'espace médiatique, le con espace de la Com. Mais c'est un terme frelaté par la propagande que nourrissent sans désemparer les grands faux-monnayeurs qui nous pompent et leurs perroquets. Comme "liberté", "démocratie", "antisémite", "chrétien" (1), "bien-être", "connaissance" et tant d'autres expressions devenues formules, ayant atteint de nos jours un rapport oxymorique avec les vieux concepts qu'elles recouvraient (2), aberration accablante.
En vue de contribuer à déterrer un tant soit peu les vieux concepts ensevelis par cette logorrhée de grands mots en surenchère exponentielle, je vous propose une vidéo et un texte.
Le clip vous montre l'économiste breton Serge Latouche —à côté de Siné, soit dit en passant— s'exprimant à propos de décroissance, ou plutôt d'accroissance, pour être plus rigoureux :


Quant au texte, il s'agit d'un billet publié par Camille Labro dans son blog gastronomique hébergé par Le Monde ; attention notamment au dernier paragraphe et aux concepts qu'il invoque :

CAMILLE LABRO, 17 février 2013
Rêves (de raviolis) en boîte
 
Plus que cette histoire de cheval maquillé en bœuf, le vrai scandale "Findus", c'est tout le système qui a été exposé au grand jour : un circuit d'approvisionnement alimentaire totalement opaque et aberrant, organisé exclusivement autour de l'intérêt financier des industriels, sans considération pour le bien-être de l'individu (producteur ou consommateur), des animaux, et encore moins de l'environnement. Un système diabolique qui tue la petite agriculture, l'alimentation saine et la distribution raisonnable de la nourriture.
Cette affaire m'a remis en mémoire un documentaire que j'ai vu l'année dernière, au Kulinarisches Kino (la section du film culinaire de la Berlinale) : "Canned Dreams" de Katja Gauriloff, film finlandais magnifiquement sobre, qui devrait se dépêcher de sortir en France et ailleurs. Le film suit la trajectoire insensée des ingrédients d'une boite de raviolis (le blé, la viande, les tomates, les oeufs mais aussi le métal), aux quatre coins du monde et sur 30 000 kilomètres, tout en donnant voix à ceux qui produisent et fabriquent ces ingrédients. Histoires poignantes d'hommes et de femmes, atrocités de la production intensive, absurdités de la globalisation alimentaire... Tout y est.
 

On peut voir une bonne partie du film, sous-titrée en anglais, sur le site d'Al Jazeera, qui en est l'un des producteurs. Précipitez-vous si ce bijou sort un jour près de chez vous (on espère que les distributeurs saisiront l'opportunité au vol...)
Pour revenir à Findus, et à l'instar de Perico Légasse qui a bien résumé les choses sur le plateau de Mots Croisés, je me réjouis que ce système monstrueux et mensonger, à dimension européenne mais aussi mondiale, soit aujourd'hui "pris la main dans le sac" et livré en pâture à l'opinion publique. J'espère que toute personne qui a suivi le débat saura mettre cette crise à profit, en apprenant à consommer et manger plus "responsable" (il ne faut pas compter sur les agro-industriels pour arranger les choses, eux qui sont déjà en train de remettre les atroces farines animales à l'ordre du jour !).
Cela veut dire, avant tout chose, qu'il faut se remettre à cuisiner. Car qui dit cuisine dit produits bruts et frais, qui dit produits dit marché, qui dit marché dit relations directes avec les producteurs, qui dit relation dit connaissance, produit sourcé, traçabilité... Circuit court pour une alimentation juste.
Camille Labro
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(1) Cf. La Chronique de Philippe Meyer du 18.02.2013 (07h56, sur France Culture), et que le ciel vous tienne en joie !


(2) Marc Bloch écrivait dans Apologie pour l'histoire ou métier d'historien (Armand Colin, Paris, 1993, 1997, p. 57) : « (...) au grand désespoir des historiens, les hommes n'ont pas coutume, chaque fois qu'ils changent de mœurs, de changer de vocabulaire ». Complétons cette remarque et insistons sur l'usage filou de mots prestigieux aux qualités obnubilantes pour appeler, par exemple, la prédation du renard dans le poulailler * "liberté" —ou pour appeler un cheval un bœuf, le cas échéant. Au bout du compte, qui oserait s'exprimer contre la liberté ?

* La liberté peut consister, par exemple, à "payer moins de 1 euro l'heure de salaire". Voici un extrait de la lettre de Maurice "Morry" (Mucho Morry) Taylor Jr., PDG de Titan Wheele International, à Arnaud Montebourg, ministre français du Redressement Productif (sic), pour lui expliquer que Titan se retirait du projet de reprise de l'usine Goodyear de pneus située à Amiens-Nord :
"Titan va acheter un fabricant de pneus chinois ou indien, payer moins de 1 euro l'heure de salaire et exporter tous les pneus dont la France a besoin. Dans cinq ans, Michelin ne pourra plus produire de pneus en France. Vous pouvez garder les soi-disant ouvriers.". 
La lettre, datée le 8 février 2013, fut publiée par Les Échos le 19 février. Selon lui, les Français travaillent trois heures par jour (?) et touchent des salaires très élevés. Pas mal de la part d'un type qui déjà en 1996, lors des primaires du Parti Républicain, put dépenser plus de 6 millions de dollars... pour recevoir environ 1% des votes, bel exemple de sobriété tout comme de rentabilité pour celui qui se targue de savoir ce que c'est qu'une entreprise.
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NOTE du 24.02.2013 :
Le Monde a publié le 23.02.2013 un entretien avec Robyn O'Brien, autrice de The Unhealthy Truth, une investigation sur les dangers de la nourriture distribuée par l'industrie alimentaire étasunienne. Elle y dit, entre autres :
J'ai découvert qu'aux Etats-Unis, à partir de 1994, certaines modifications génétiques ont été réalisées dans la nourriture, modifications qui n'ont pas été acceptées en Europe. En utilisant mon approche d'analyste financière, j'ai cherché quelles décisions avaient été prises pour maximiser les rentabilités et ai découvert à quelles dérives cela a mené [:] Le rajout d'ingrédients et additifs chimiques, le dopage des animaux pour qu'ils prennent rapidement du poids, l'utilisation massive de pesticides... Tout cela détruit notre barrière digestive, garante de notre immunité. Aucun scientifique ne connaît vraiment les impacts de tels changements, mais nous sommes devenus plus vulnérables. Des estimations inquiétantes sont publiées : 41 % des Américains devraient avoir un cancer dans leur vie, la moitié des hommes et un tiers des femmes. Les maladies auto-immunes, liées à un état inflammatoire élevé du corps, augmentent. Nos systèmes immunitaires luttent énormément à cause de l'alimentation qui nous est proposée.
(...) Nous nous sommes déconnectés de nos racines, surtout aux Etats-Unis. Nous ne savons plus d'où vient la nourriture.