dimanche 5 février 2017

Les Fauves dans la Fundación Mapfre, Madrid

Dans sa salle Recoletos (Paseo de Recoletos 23, Madrid), la Fundación MAPFRE a proposé pendant trois mois et une semaine l'exposition "Los Fauves. Pasión por el color" (Les Fauves. La Passion de la couleur), du 22 octobre 2016 au 29 janvier 2017.
Desde el 22 de octubre 2016 hasta 29 de enero de 2017 podrás conocer qué es pasión por el color. La muestra, que hace una completa y cuidada presentación del fauvismo, reúne más de un centenar de pinturas, así como numerosos dibujos, acuarelas y una selección de piezas de cerámica.
La exposición ha sido producida por Fundación MAPFRE y ha sido posible únicamente gracias al apoyo de los más de ochenta prestadores que han colaborado en ella. Entre ellos destacan la TATE, el Centre Georges Pompidou, el Musée d’art moderne de la Ville de Paris, la Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen de Düsseldorf, el Milwaukee Art Museum o el Statens Museum de Dinamarca. También ha sido imprescindible la generosidad de más de treinta coleccionistas particulares, que han accedido a prestar obras más desconocidas por el público pero de una calidad extraordinaria.



J'en ai fait deux visites. La première, en famille, le matin du 21 janvier : l'expo faisait salle comble et il fallut patienter, faire une longue queue par un froid d'hiver bravant le dérèglement climatique ; la deuxième, avec un groupe d'élèves, le soir du 24 janvier, dans de bien meilleures conditions, heureusement.

L'appellation Fauves dérive d'une critique de Louis Vauxcelles publiée le 17 octobre 1905 dans Gil Blas (ancien quotidien parisien, très littéraire, fondé en 1879), après sa visite du Salon d'Automne parisien de l'année en question. Longue et détaillée, elle occupait deux pages complètes et touffues, à six colonnes, du supplément du quotidien du 19 Boulevard des Capucines —dont l'édition hebdomadaire illustrée inspira le Simplicissimus allemand d'Albert Langen et Thomas Theodor Heine !

Grâce à Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF, nous vérifions que l'article de Vauxcelles glose patiemment un parcours salle après salle : un journalisme comme on n'en fait plus. C'est ainsi qu'il arrive à la nº 7, celle d'une nouvelle génération outrancière qui suivait celle des Nabis :
Salle N°VII
MM. HENRI MATISSE, MARQUET, MANGUIN, CAMOIN, GIRIEUD, DERAIN, RAMON PICHOT.

Salle archi-claire, des oseurs, des outranciers, de qui il faut déchiffrer les intentions, en laissant aux malins et aux sots le droit de rire, critique trop aisée. Et c'est tout un lot d'indépendants, Marquet et compagnie, groupe qui se tient aussi fraternellement serré que, dans la précédente génération, Vuillard et ses amis.
Abordons, sans tarder, M. Matisse. Il a du courage, car son envoi —il le sait, du reste— aura le sort d'une vierge chrétienne livrée aux fauves du Cirque. M. Matisse est l'un des plus robustement doués des peintres d'aujourd'hui, il aurait pu obtenir de faciles bravos : il préfère s'enfoncer, errer en des recherches passionnées, demander au pointillisme plus de vibrations, de luminosités. Mais le souci de la forme souffre. M. Derain effarouchera ; il effarouche aux Indépendants. Je le crois plus affichiste que peintre. Le parti pris de son imagerie virulente, la juxtaposition facile des complémentaires sembleront à certains d'un art volontiers puéril ; reconnaissons, cependant, que ses Bateaux décoreraient heureusement le mur d une chambre d'enfant. M. de Vlaminck épinalise! Sa peinture, qui a l'air terrible, est, au fond, très bon enfant. M. Ramon Pichot se distingue des coloristes sombres ou gais d'Espagne, ses compatriotes, qui n'ont guère de sens du caricatural : l'ennuyeux est qu'on ne sait guère s'il est caricaturiste exprès: il amuse, c'est un [?], un Jules Veber madrilène ; et pourtant, son Nocturne est joli et exact. (...)
(…)
Au centre de la salle, un torse d'enfant et un petit buste en marbre, d'Albert Marque, qui modèle avec une science délicate. La candeur de ces bustes surprend au milieu de l'orgie des tons purs : c'est Donatello chez les fauves.
LE SALON D'AUTOMNE, par Louis Vauxcelles
Supplément à Gil Blas du 17 octobre 1905

Donatello chez les Fauves...
André Gide en fut aussi témoin et publia une « Promenade au Salon d'Automne » dans la Gazette des Beaux-Arts du 1er décembre (582ème livraison). Je ne me résiste pas à partager avec vous l'extrait consacré à Henri Matisse, ce qui est encore possible grâce aux bons offices de Gallica :
Pour plus de commodité, je veux admettre que M. Henri Matisse ait les plus beaux dons naturels. Le fait est qu'il nous avait donné précédemment des œuvres pleines de sève et de la plus heureuse vigueur... Les toiles qu'il présente aujourd'hui ont l'aspect d'exposés de théorèmes. —Je suis resté longtemps dans cette salle. J'écoutais les gens qui passaient, et lorsque j'entendais crier devant Matisse : « C est de la folie ! » j'avais envie de répliquer : « Mais non, Monsieur ; tout au contraire. C'est un produit de théories. » — Tout s'y peut déduire, expliquer ; l'intuition n'y a que faire. Sans doute, quand M. Matisse peint le front de cette femme couleur pomme et ce tronc d'arbre rouge franc, il peut nous dire : « C'est parce que... » Oui, raisonnable cette peinture, et raisonneuse même plutôt. Combien loin de la lyrique outrance d'un Van Gogh ! Et dans les coulisses j'entends : « Il faut que tous les tons soient outrés ». « L'ennemi de toute peinture est le gris. » « Que l'artiste ne craigne jamais de dépasser la mesure* ». M. Matisse, vous vous l'êtes laissé dire...
Et je comprends de reste comment, en voyant « les autres » se donner l'apparence du style par l'emploi des liaisons, des termes morts et trouver, pour leur timidité, dans les transitions l'excuse et le soutien de leurs prétendues hardiesses, ne pas lâcher la ligne, le contour, de même ne pas quitter une teinte, l'étayer, et, pour l'exprimer dans l'ombre, l'assombrir, —je comprends comment vous vous êtes poussé à bout. « Pour bien écrire, dit Montesquieu, il faut sauter les idées intermédiaires. » —Mais l'art n'est point de se passer enfin de syntaxe ; vive, tout au contraire, celui qui sait magnifier jusqu'aux emplois les plus modestes, révéler à la moindre conjonction sa valeur ! L'art n'habite pas les extrêmes ; c'est une chose tempérée. Tempérée par quoi? Par la raison, parbleu! Mais pas la raison raisonneuse... Cherchons d'autres enseignements.

*Phrases du Journal de Delacroix, citées par M. Signac, D'Eugène Delacroix au néoimpressionisme, Paris 1899



Disons avant tout que la collection réunie par Mapfre était, en effet, superbe en sa matière, très complète, et que sa présentation récapitulative était bien conçue, cohérente, expressive et, on ne le dira pas assez, très haute en couleur. On y percevait nettement les réminiscences du postimpressionnisme de Vincent Van Gogh, Paul Cézanne et Paul Gauguin, du pointillisme (ou néoimpressionnisme, selon les académies) de Paul Signac, le poids encore d'Henri de Toulouse-Lautrec ou de Claude Monet... La fin de la visite nous évoquait les bifurcations de ce mouvement pictural foudroyant et éphémère, et son rapport donc à l'expressionisme et au cubisme.
Concernant le cubisme, ou le géométrisme, la mort de Cézanne en 1906 et la renaissance de son ascendant y sont pour quelque chose. Au bout du compte, c'était le peintre d'Aix-en-Provence qui avait dit :
« Je construis la nature sur le géométrisme et la réduit à la géométrisation, non pas en tant que simplicité, mais en tant que clarté de la surface, du volume, des lignes droite et courbe considérées comme sections des expressions picturo-plastiques. »
Citation trouvable dans De Cézanne au Suprématisme, de Kasimir Malévitch, l'une des brochures suprématistes qu'il publia en Russie entre 1915-1922. Et Malévitch de préciser ensuite :
Prenant conscience de la nécessité d'un tel acte, il ne put pas malgré tout obtenir l'expression des constructions picturales plastiques sans base figurative, mais il a posé une indication à laquelle il fut donné de se développer dans le grand mouvement cubiste.
Quant aux liens Fauves-Expressionnisme, voici un extrait pertinent d'un article publié par Joaquín Rábago au sujet justement de cette exposition :
Los violentos contrastes de colores los alejan del naturalismo impresionista y los acercan en algunos casos a lo que sería luego el expresionismo centroeuropeo o nórdico.
A diferencia de este último, la violencia de los fauves es más superficial que profunda- se trata más de una liberación idiomática, que no lleva la carga de protesta social de los expresionistas como [Max] Beckmann o [Otto] Dix.
Pero si los fauves causaron escándalo en su día, cuando ese grupo de pintores, deudores muchos de ellos del lenguaje de Van Gogh, expuso su obra en el Salón de París de 1905, hoy nos sorprende todavía su frescura y audacia.
Tal vez es que estamos en cierto modo hartos de la abstracción, un camino en cierto modo agotado, pues parece llevar sólo a una vía muerta.
(Joaquín Rábago, Diario Información, 26/12/2016)
À cet égard, côté idéologie, ou sources et but du fauvisme, je vois que le site de Chatou, qui évoque le lien collaboratif et conflictuel entre André Derain et Maurice de Vlaminck, relaie un témoignage de celui-ci avec déjà suffisamment de perspective, car c'était en mars 1947, à l'occasion de l'exposition " Chatou" à la Galerie Bing de Paris :
Le Fauvisme n’était pas une invention, une attitude. Mais une façon d’être, d’agir, de penser, de respirer. Très souvent, quand Derain venait en permission, nous partions de bon matin, à la recherche du motif.
Ce qui fait penser à beaucoup de définitions de jazz, flamenco, blues, samba...

Revenons à l'exposition de la Fundación Mapfre et rappelons que son site propose toujours une visite virtuelle de cette présentation et soulignait ses Quatre clés :
Color. Los fauves defendieron la independencia del color como su máxima. La supremacía y la arbitrariedad del color, junto al trazo impetuoso y a la libertad de ejecución, son los principales rasgos de las obras de estos artistas.
Intensidad: Fue un movimiento controvertido, profuso y exuberante liderado por Henri Matisse, André Derain y Maurice de Vlaminck. Su existencia fue muy breve, alrededor de cuatro años y en su obra se palpa el vigor de la juventud, el gozo de la camaradería y el eco de una continua experimentación.
Vanguardia: el arranque oficial del fauvismo tuvo lugar en el Salón de Otoño de París de 1905, acontecimiento donde un crítico de arte les bautizó como fieras –fauves- sorprendido ante la amalgama de colores y la originalidad de las composiciones. Esta conjunción de principios artísticos venía dada por la influencia de los últimos movimientos pictóricos del siglo XIX, que los fauves supieron aprehender y derivar posteriormente en las primeras vanguardias del siglo XX.
Acróbatas de la luz. Estos artistas fueron los últimos que pintaron a plein air, al aire libre. Matisse se entusiasmó con la luminosidad de Signac en Saint-Tropez y compartió con Derain el verano en Colliure, donde elevaron las tonalidades de sus paletas. Otros miembros del grupo -Camoin, Manguin y Marquet- también fueron seducidos por la luz mediterránea, que queda reflejada sobre todo en las vibrantes naturalezas, en las vistas marinas y en los cuidados desnudos. Poco después, Braque, Dufy y Friesz pusieron su atención en los pueblos pesqueros y en el júbilo de las villas engalanadas por las fiestas populares.
Voici les SECTIONS qui organisent la visite (je résume les textes fournis par María Teresa Ocaña, commissaire de l'exposition, avec éventuellement de petites remarques personnelles. Pour accéder aux textes complets en castillan, il n'y a qu'à cliquer sur le lien ci-contre) :

-Le Fauvisme avant le Fauvisme: Les premiers contacts entre les futurs Fauves eurent lieu dans la décennie de 1890 ; leur point de rencontre était l'atelier que le peintre symboliste et professeur très apprécié Gustave Moreau avait dans l'École des Beaux-Arts de Paris. Un enseignement essentiel : on pouvait admirer les grands maîtres exposés au Louvre, mais il était impératif de s'éloigner d'eux. L'atelier de Moreau réunit, entre autres, Henri Matisse, Georges Rouault, Albert Marquet, Henri Manguin et Charles Camoin. Jean Puy, André Derain y Maurice de Vlaminck s'y joignirent aussitôt. Ils peignaient ensemble très souvent et se mirent bientôt à expérimenter avec des couleurs pures, vibrantes, et des innovations techniques au grand éclectisme.

-Les Fauves se portraiturent. Fréquence aussi des autoportraits, comme celui d'Henri Manguin, avec son chapeau, ou ceux d'Henri Matisse, Albert Marquet ou Charles Camoin, celui-ci en militaire, avec son képi. Derain est le plus osé dans ce domaine, tour à tour pointilliste (portraits de Terrus et de Matisse), pinciste (celui de Vlaminck) ou tachiste (celui d'Henri Matisse). Je trouve remarquable son autoportrait à la casquette.

-Acrobates de la lumière. Les Fauves passèrent l'été 1905 sur la côte méditerranéenne (Matisse et Derain, à Collioure, Manguin à St.-Tropez, Camoin à Marseille et Cassis...) et présentèrent leurs étonnantes toiles bourrées de couleurs vibrantes dans le Salon d’Automne 1905. Parmi les œuvres de cette section, citons comme échantillon le Restaurant de la Machine à Bougival, de Maurice de Vlaminck, un ravissant coucher de soleil à Saint-Tropez d'Henri Manguin, Élise à la violette, de Charles Camoin, ou la Femme endormie, de Jean Puy. Il y avait aussi plusieurs crayons ou encres sur papier.

-La férocité de la couleur. Le scandale du Salon se traduisit illico en un succès retentissant dans les cercles artistiques... Vollard envoie Derain à Londres où celui-ci peint, entre autres, comme Monet, le Big Ben (1906) mais aux couleurs autrement fulgurantes. 1906, c'est l'année de l'incorporation dans le groupe des trois peintres originaires du Havre : Raoul Dufy, Émile Othon Friesz et Georges Braque. Marquet et Dufy parcoururent ensemble les côtes normandes (Sainte-Adresse notamment) ; Braque et Friesz se rendirent à Anvers, puis, en hiver, à l'Estaque et à La Ciotat. Le groupe totalement configuré, les Fauves exposèrent leurs œuvres dans le Salon des Indépendants des printemps 1906 et 1907. Je suis resté fasciné un bon moment devant La jetée à Sainte-Adresse (1906) d'Albert Marquet. Lui aussi avait capté une Fête foraine au Havre (1906) qui me laissa rêveur, imaginant la ville avant sa terrible destruction de septembre 1944.

-Sentiers qui bifurquent. Entre 1907 et 1908, selon Matisse, chaque Fauve se mit à récuser “la parte del fauvismo que consideró excesiva, cada uno según su propia personalidad, para dar con una trayectoria propia” (je dispose seulement de la version castillane de la citation). Par ailleurs, la mort de Cézanne en octobre 1906 entraînera sa redécouverte. Derain, Braque, Friesz et Dufy géométriseront ses formes sous son emprise : voir notamment les tableaux de Dufy à l'Estaque en 1908. Du coup, le développement d'un fauvisme cézannien va de pair avec la naissance de l'esthétique du cubisme.

-La céramique parmi les Fauves. À partir 1906, les Fauves se mirent à décorer des pièces de poterie encouragés par Ambroise Vollard, dont le flair commercial ne tarissait pas. Dans ce but, Vollard prit l'initiative de présenter le groupe au célèbre céramiste André Metthey. Plus d'une centaine de ces objets (vases, vases à anse, bonbonnières, assiettes, petites boîtes...) furent présentés au Salon d’Automne de 1907. Ce fut peut-être Georges-Henri Rouault qui montra un penchant plus poussé pour la céramique.

-Une Chronologie complétait l'exposition à la fin de la visite.

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