vendredi 3 février 2017

Tromelin, Riffard, Herrou... et la (non-)assistance à personne en danger

Dans la Roya, on s'occupe des gens qui dorment dehors,
il n'y a pas de vols parce que les gens sont nourris, les 
enfants sont accueillis chez l'habitant... Non, ce qui dérange, 
c'est que des citoyens s'occupent de politique. 
Cédric Herrou : Francetvinfo, 4/01/2017

(...) l’intention affichée par Donald Trump au cours de sa campagne
d’expulser entre 2 et 3 millions d’immigrants illégaux a fait bondir
les démocrates, valant au candidat des procès en racisme et en xénophobie.
Obama a pourtant expulsé presque trois millions de personnes dans les sept
premières années de sa présidence, sans provoquer d’émotion particulière.
(...) Il est confondant de voir François Hollande appeler son homologue
au respect du principe de l’accueil des réfugiés, lui dont la police soumet
des réfugiés à des brimades injustifiées et dont la justice poursuit
des particuliers coupables d’avoir donné à manger à ceux qui ont faim.
Roger Persichino : Le Monde, 2/02/2017.



Dans La Chute d'Albert Camus, l'événement qui déclenche la « chute » de Jean-Baptiste Clamence, personnage et voix du roman, et sa conversion en juge pénitent, c'est le suicide d'une jeune femme qui se jeta dans la Seine quand il passait par là. Il ne la secourut aucunement alors qu'elle était sur le point de se noyer et, qui plus est, il ne prévint personne.
(...) Il était une heure après minuit, une petite pluie tombait, une bruine plutôt, qui dispersait les rares passants. Je venais de quitter une amie qui, sûrement, dormait déjà. J’étais heureux de cette marche, un peu engourdi, le corps calmé, irrigué par un sang doux comme la pluie qui tombait. Sur le pont, je passai derrière une forme penchée sur le parapet, et qui semblait regarder le fleuve. De plus près, je distinguai une mince jeune femme, habillée de noir. Entre les cheveux sombres et le col du manteau, on voyait seulement une nuque, fraîche et mouillée, à laquelle je fus sensible. Mais je poursuivis ma route, après une hésitation. Au bout du pont, je pris les quais en direction de Saint-Michel, où je demeurais. J’avais déjà parcouru une cinquantaine de mètres à peu près, lorsque j’entendis le bruit, qui, malgré la distance, me parut formidable dans le silence nocturne, d’un corps qui s’abat sur l’eau. Je m’arrêtai net, mais sans me retourner. Presque aussitôt, j’entendis un cri, plusieurs fois répété, qui descendait lui aussi le fleuve, puis s’éteignit brusquement. Le silence qui suivit, dans la nuit soudain figée, me parut interminable. Je voulus courir et je ne bougeai pas. Je tremblais, je crois, de froid et de saisissement. Je me disais qu’il fallait faire vite et je sentais une faiblesse irrésistible envahir mon corps. J’ai oublié ce que j’ai pensé alors. « Trop tard, trop loin... » ou quelque chose de ce genre. J’écoutais toujours, immobile. Puis, à petits pas, sous la pluie, je m’éloignai. Je ne prévins personne.
À partir de ce fait, cet (anti)héros se livre à une confession permanente et à une accusation totale, car il juge tout et tous, l'humanité entière : Albert Camus réfléchit à la culpabilité et à l'irresponsabilité qui seraient la marque de la société moderne.
Dans son Prière d'insérer, Camus résumait son récit de la sorte :
« L'homme qui parle dans La Chute se livre à une confession calculée. Réfugié à Amsterdam, dans une ville de canaux et de lumière froide, où il joue à l'ermite et au prophète, cet ancien avocat attend, dans un bar douteux, des auditeurs complaisants. Il a le cœur moderne, c'est-à-dire qu'il ne peut supporter d'être jugé. Il se dépêche donc de faire son propre procès, mais c'est pour mieux juger les autres. Le miroir dans lequel il se regarde, il finit par le tendre aux autres. Où commence la confession, où l'accusation ? celui qui parle dans ce lieu fait-il son procès, ou celui de son temps ? Est-il un cas particulier, ou l'homme du jour ? Une seule vérité en tout cas, dans ce jeu de glaces étudié : la douleur, et ce qu'elle promet. »
On dirait, donc, que selon Camus, la « non-assistance à personne en danger » serait le symptôme par excellence de la déchéance morale moderne.
Et qu'en dit le Code Pénal en France ? L'article 223-6, alinéa 2, reprend mot pour mot les termes de l'ancien article 63, alinéa 2, définit donc le cadre de cette non-assistance et punit celui qui ayant connaissance d'un péril encouru par un tiers ne lui apporte pas une assistance appropriée  :
Quiconque pouvant empêcher par son action immédiate, sans risque pour lui ou pour les tiers, soit un crime, soit un délit contre l'intégrité corporelle de la personne s'abstient volontairement de le faire est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende.Sera puni des mêmes peines quiconque s'abstient volontairement de porter à une personne en péril l'assistance que, sans risque pour lui ou pour les tiers, il pouvait lui prêter soit par son action personnelle, soit en provoquant un secours.
Or, pour qu’il y ait obligation de porter secours, trois conditions préalables doivent être réunies ; il faut :
- qu’un péril grave menace une personne ;
- qu’un secours puisse être apporté à cette personne
- que ce secours puisse être porté sans risque 
Et qu'est-ce qui se passe en France ? Que l'exécutif et la justice agissent comme si la loi punissait... l'assistance à personne en danger, en besoin ou en détresse. C'est-à-dire, ce qui constitue, en principe, un devoir légal, perçu d'ailleurs par une belle partie de la population comme un devoir moral, est en fait constitutif de délit aux yeux des libéraux qui nous gouvernent. Et le parquet ne plaisante pas. Et cette doctrine criminelle ne fléchit ni même s'apitoie sur le sort des enfants.
Voyons, Robert Lawrie, vétéran de l'armée anglaise, risqua récemment 5 ans de prison pour avoir essayé de faire passer une petite fille de 4 ans au Royaume-Uni afin qu'elle puisse quitter la «jungle» de Calais et retrouver sa famille. Une môme de 4 ans... Le criminel ne voulait pas qu'elle pourrisse toute seule dans la dite jungle.
Finalement, en janvier 2016, il fut condamné à une amende de 1000 euros avec sursis.

D'autre part, un blog de Médiapart rendait compte un peu avant, en décembre 2015, d'un autre délit de solidarité traité comme tel par les pouvoirs publics : menottes, perquisitions, garde à vue, portable mis sous scellées, amande non négligeable... Il fallait neutraliser et discipliner une dangereuse dame de 72 ans :

Délit de solidarité : Claire, 72 ans, condamnée pour un peu d'humanité

Le TGI de Grasse vient de rétablir le délit de solidarité, pourtant supprimé par le gouvernement en janvier 2014, au détriment de Claire, 72 ans, pour avoir aidé deux réfugiés à rejoindre la gare d'Antibes. Menottée, interrogée et placée en garde à vue durant 24h, Claire a été traitée comme une dangereuse délinquante...

Claire avait, d'ailleurs, un précurseur à Saint-Étienne, un prêtre cette fois ; c'était décembre 2014 :

Saint-Etienne : un prêtre risque une amende pour avoir hébergé des sans-abris


Peu avant son procès, une quarantaine d'enseignants de Lyon et Vaulx-en-Velin, qui occupaient entre cinq à six écoles chaque soir pour héberger des enfants sans-abris, manifestaient devant les grilles du palais de justice pour soutenir le prêtre.
Bastamag se penchait sur cette histoire en janvier 2015 :
Prêter assistance à des personnes sans-abri est-il un délit ? La Cour d’appel de Lyon doit rendre ce 27 janvier sa décision concernant le prêtre Gérard Riffard. Ce dernier est poursuivi pour avoir hébergé des dizaines de demandeurs d’asile dans son église de Montreynaud, à Saint-Étienne. En première instance, le juge a reconnu l’« état de nécessité » : « Il est paradoxal que l’État poursuive aujourd’hui le père Riffard pour avoir fait ce qu’il aurait dû faire lui-même », détaille le jugement. Alors que le parquet a fait appel, Gérard Riffard persiste : il n’a fait que son devoir. 
Cette fois, heureusement, la cour s'était déclarée incompétente pour juger une telle affaire, mais hélas, pour des raisons purement formelles. Le 27 janvier, Bastamag ajoutait une mise à jour à son suivi de cette affaire :
La cour d’appel de Lyon se déclare incompétente. Selon le juge, Gérard Riffard aurait du être poursuivi pour un délit, donc en correctionnelle, et non pour une contravention. Le dossier doit désormais revenir au parquet de Saint-Etienne, qui pourra décider soit d’arrêter les poursuites, soit de reciter le père Riffard devant le tribunal correctionnel [1]. « Il faut tout recommencer à zéro. On m’a toujours dit que je n’étais pas un délinquant mais un contrevenant, et là il (le juge, NDLR) a plutôt l’air de dire que je suis plus un délinquant, donc c’est très agréable... Je m’attendais à un jugement sur le fond, alors que la cour s’est basée sur un argument juridique », a déploré Gérard Riffard à l’issue de la brève audience.
Le 23/04/2016, Le Progrès recueillait ces propos du père Gérard Riffard :
« Les refus actuels de domiciliation par le CCAS [Centre communal d'action sociale, Note de Candide résiste] sont très nombreux. Notre association qui accueille et accompagne des demandeurs d’asile est totalement impliquée, d’autant plus qu’elle abrite, de manière précaire, des gens qui, sans cet accueil, seraient laissés dans la rue. Le CCAS rejette systématiquement celles et ceux qui disent dormir à l’église. La motivation du rejet est “ Pas d’attache avec la commune car situation irrégulière logement illégal ”…Ceci est une véritable discrimination envers les personnes en grande précarité. L’attache avec la commune va de soi puisque Montreynaud est bien à Saint-Etienne. Le caractère irrégulier ou illégal n’est pas du ressort du CCAS qui devrait, au contraire, être encore plus attentif à ces personnes en grande précarité. La domiciliation a été refusée à une personne car “ absence de suivi médical justifiant l’Aide médicale d’État (AME) ”. Là, on est dans le délire absolu. 
Mme Buffard (adjointe en charge des affaires juridiques) signe les refus de domiciliation et donne, me semble-t-il, au CCAS des compétences qui ne sont pas les siennes. Ce n’est pas au CCAS de décider s’il faut affilier à la CMU ou à l’AME, s’il faut donner le RSA, ou si le conseil départemental doit verser quelque chose pour les enfants. Les organismes qui attribuent ces aides ont des critères précis qu’ils mettent en œuvre avec attention. Le CCAS n’est pas gardien des dépenses engagées par l’État pour les plus faibles.
Derrière ces pratiques de rejet qui sont humiliantes pour des personnes déjà bien malmenées, on ne peut que soupçonner une politique qui cherche à se débarrasser des plus fragiles. “ Tu n’as pas de place chez nous… ” Ce n’est pas notre conception d’une société juste et solidaire, ce n’est pas l’image que nous voulons pour notre ville de Saint-Étienne qui sait accueillir et secourir.
Pour notre part, nous sommes déterminés à soutenir les personnes déboutées d’un des derniers droits qui leur reste, de par la loi. Nous alertons d’abord le défenseur des Droits, et si les choses n’évoluent pas rapidement (il y a urgence) le tribunal administratif de Lyon sera saisi et risque d’être submergé. Cela coûtera cher en aides juridictionnelles.
Nous aimerions connaître le point de vue de M. le préfet, garant chez nous de la politique gouvernementale qui n’a jamais favorisé des décisions extrêmes qui risquent de fragiliser encore davantage notre tissu social, malgré tous ceux qui travaillent pour faire progresser le vivre ensemble. »
Le 11 octobre 2016, Le Parisien informait :
Saint-Etienne : les demandeurs d'asile ne dormiront plus à l'église

A Saint-Etienne (Loire), il est désormais interdit au père Riffard de les accueillir la nuit

À partir de ce soir, le père Gérard Riffard ne peut plus héberger la nuit des ressortissants étrangers dans sa petite église de Montreynaud à Saint-Etienne (Loire).
La décision du parquet et de la préfecture de la Loire a été communiquée directement à l'évêché oralement. Cela faisait neuf ans que la petite église Sainte-Claire servait d'asile de nuit, dans l'illégalité. En moyenne, 80 ressortissants étrangers, familles et enfants, y trouvaient chaque soir le gîte et le couvert aux côtés du père Riffard.
Une décision qui n'a pas surpris l'intéressé : « Ce qui est mis en avant par les services de l'Etat, c'est le problème de sécurité en cas d'incendie. » Lucide, bien qu'attristé, le curé stéphanois reconnaît que 80 personnes à héberger, « cela devenait très difficile. Le chiffre ne cessait de grimper et nous posait problème ».

Soixante personnes hébergées ailleurs

Désormais, les demandeurs d'asile peuvent rester dans l'église Sainte-Claire pendant la journée mais n'ont plus le droit d'y dormir, sous peine de fermeture définitive des locaux. Hier, le père Gérard Riffard n'avait donc d'autre choix que de trouver des solutions pour tout le monde. Soixante personnes ont été ainsi relogées dans des appartements ou les asiles de nuit de Saint-Etienne. Une vingtaine d'autres restaient sans hébergement.
Je ne sais pas si le père Riffard est au courant d'une autre nouvelle où nous apprenions qu'une simple plainte indignée est passible aussi de répression, car le tribunal correctionnel de Bobigny condamna à 1 500 euros d'amende André Barthélémy, membre de la Commission nationale consultative des Droits de l'Homme, pour avoir protesté contre les conditions d'expulsion de deux Congolais. C'était en mars 2009. Et je mets en rouge le dernier paragraphe car carrément ahurissant :
Le 16 avril 2008, ce vieux monsieur de 72 ans prend place à bord d’un vol Air France Paris-Brazzaville. Lui et les autres passagers sont soudainement alerté par les plaintes et cris de deux sans-papiers congolais reconduits entravés et sous escorte. Tous se lèvent.
Selon la police, André Barthélemy, qui est également président d’Agir ensemble pour les droits de l’Homme (AEDH), ONG basée à Lyon aurait crié «c’est inadmissible, une honte»«vous ne respectez pas les droits de l’homme». Il aurait également incité les autres passagers à la révolte.
A l’audience, André Barthélemy a revendiqué un «réflexe d’indignation» et de «solidarité active» de «quelqu’un qui voit des gens souffrir». Sans contester la «légitimité» des reconduites, il demande qu’elles soient faites «avec humanité et dans le respect des droits fondamentaux».
Les magistrats ont reconnu André Barthélémy coupable de «provocation directe à la rébellion» et d'«entrave volontaire à la navigation ou la circulation d’un aéronef», un délit passible de cinq ans de prison et 18 000 euros d’amende.
Un autre passager, un ingénieur de 53 ans souffrant d’hypertension qui avait expliqué s’être levé de son siège pour demander aux policiers de «diminuer les hurlements» des reconduits, a été condamné à 400 euros d’amende.
2017. Plusieurs média se font écho du procès des habitants de la vallée de la Roya, y compris, en Espagne, eldiario. Je lis sur le site de l'UJFP :
Procès d’habitants de la vallée de la Roya « coupables » d’être venus en aide à des réfugié⋅e⋅s, avec la menace de lourdes sanctions. Mesures d’intimidation, poursuites - et parfois condamnations - de personnes ayant agi en soutien de migrant⋅e⋅s ou de Roms, à Calais, à Paris, à Norrent-Fontes, à Boulogne, à Loos, à Perpignan, à St-Etienne, à Meaux... On assiste depuis plusieurs mois à la recrudescence de cas où la solidarité est tenue pour un délit. (...)
Nous avons déjà rendu compte ici du cas particulier, honteux, de Cédric Herrou. Qu'un homme de sa dignité ait des problèmes avec la police et la justice en dit long sur la turpitude et les vraies valeurs qui nous gouvernent.

Cet état de répression généralisée, y compris des élans humains les plus élémentaires, a finalement entraîné la réaction de 75 organisations qui viennent de publier un manifeste. Voici le texte de cet appel indigné et urgent, trouvable également sur le site de l'UJFP avec la liste des premières organisations signataires :

LA SOLIDARITE, PLUS QUE JAMAIS UN DELIT ?
12 janvier 2017

Bien sûr, la solidarité n’a jamais été inscrite dans aucun code comme un délit.
Cependant, des militants associatifs qui ne font que venir en aide à des personnes en situation de très grande précarité, victimes de décisions dangereuses, violentes, voire inhumaines, se retrouvent aujourd’hui face à la justice.
Avec l’instauration de l’état d’urgence, et dans le contexte baptisé « crise migratoire », on assiste à une recrudescence de poursuites visant à empêcher l’expression de la solidarité envers migrants, réfugiés, Roms, sans-papiers... Au-delà, c’est le soutien à l’ensemble des personnes étrangères qui tend à devenir suspect, l’expression de la contestation des politiques menées qui est assimilée à de la rébellion et au trouble à l’ordre public.
La loi permet en effet de poursuivre les personnes qui viennent en aide aux « sans-papiers » [1] , mais toutes sortes d’autres chefs d’accusation servent désormais à entraver toute action citoyenne qui s’oppose aux politiques mises en œuvre. L’ensemble de ces intimidations, poursuites, condamnations parfois, visent donc bien en fait ce qui constitue de nouvelles formes du « délit de solidarité ».
Dès 2009, les associations de défense des droits de l’Homme et de soutien aux étrangers avaient dénoncé le fait que le délit d’« aide à l’entrée, à la circulation et au séjour des étrangers en situation irrégulière », introduit à l’origine pour lutter contre ceux qui font commerce du trafic et de l’exploitation des étrangers, ait permis au fil du temps de sanctionner les « aidants » d’étrangers sans papiers, même agissant dans un but non lucratif. Si les peines prévues ne sont pas toujours appliquées, une telle réglementation a bien sûr un effet dissuasif sur celles et ceux qui refusent de se soumettre à des politiques hostiles aux étrangers.
La mobilisation associative, à l’époque, a abouti à plusieurs réformes successives, dont celle du 31 décembre 2012 qui a été présentée comme la « suppression » du délit de solidarité. Il n’en est rien ; la nouvelle rédaction des textes se contente de préciser et augmenter les cas d’exemption de poursuites. Outre l’aide apportée à des parents, est autorisée l’aide qui aura seulement visé à « assurer des conditions de vie dignes et décentes à l’étranger » ou à « préserver la dignité ou l’intégrité physique de celui-ci ». Malgré tout, des personnes ayant manifesté leur solidarité avec des étrangers sans titre de séjour continuent d’être inquiétées - convocations à la police ou à la gendarmerie, gardes à vue, perquisitions, écoutes téléphoniques - voire poursuivies et parfois punies d’amende et emprisonnement.
Dans le même temps, des poursuites ont commencé d’être menées sur la base de textes sans rapport avec l’immigration.
Les délits d’outrage, d’injure et de diffamation, de rébellion ou violences à agent de la force publique sont utilisés pour défendre l’administration et la police contre celles et ceux qui critiquent leurs pratiques ;
Le délit d’« entrave à la circulation d’un aéronef », qui figure dans le code de l’aviation civile, permet de réprimer les passagers qui, voyant des personnes ligotées et bâillonnées dans un avion, protestent contre la violence des expulsions ;
La réglementation qui sanctionne l’emploi d’un travailleur étranger sans autorisation de travail a servi à inquiéter des personnes qui, hébergeant des étrangers en situation irrégulière, acceptent que leurs hôtes les aident à effectuer des tâches domestiques.
Aujourd’hui, les motifs des poursuites se diversifient toujours plus. Tandis que les poursuites pour aide à l’entrée et au séjour ont repris de plus belle, de nouveaux chefs d’accusation sont utilisés pour condamner les actions solidaires :
La réglementation en matière d’urbanisme a été invoquée à Norrent-Fontes (Pas-de-Calais) pour demander la destruction d’abris pour migrants ;
Des textes sur l’hygiène ou la sécurité applicables à des locaux ont servi à empêcher des hébergements solidaires à St-Etienne ;
L’absence de ceinture de sécurité et d’un siège pour une fillette à bord d’un camion a permis la condamnation d’un aidant à Calais ;
L’intrusion dans des zones particulières, interdites pour cause d’état d’urgence, a été utilisée, à Calais également, pour sanctionner le regard citoyen ;
Le délit de faux et usage de faux est utilisé pour intimider des personnes qui ont voulu attester de la présence depuis plus de 48h de personnes dans un squat à Clichy ;
• etc...
Et, de plus en plus, le simple fait d’avoir voulu être témoin d’opérations de police, d’expulsions de bidonvilles, de rafles, peut conduire à une arrestation, sous couvert de rébellion ou de violences à agent.
Ces procédés d’intimidation doivent cesser. Nous affirmons la légitimité du droit de regard des citoyens et des citoyennes sur les pratiques de l’administration, de la justice ou de la police. Nous voulons que soient encouragé·e·s celles et ceux qui se montrent solidaires des personnes en situation de précarité sans se soucier de savoir si elles sont ou non en situation régulière quant au séjour. Nous refusons que les populations visées par des politiques ou des pratiques xénophobes soient privées de soutien. C’est l’avenir du principe même de solidarité qui est en jeu.
Nous vous appelons tous et toutes à vous joindre au combat que nous, organisations syndicales et associatives et comités de soutien informels, avons décidé d’engager ensemble, au sein du collectif que nous avons constitué.

Cette rage libérale d'en finir avec la moindre humanité me fait penser à sa vieille tradition d'esclavagisme, de colonialisme, de racisme, de suprémacisme et d'exploitation. Cette rage inhumaine me fait penser au sort impitoyable des esclaves abandonnés et oubliés sur Tromelin.
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MISE À JOUR du 10 février 2017 :

Selon le quotidien Le Monde d'aujourd'hui, Cédric Herrou a été condamné à 3 000 euros d’amende avec sursis. Le journal précise :
Mais le procureur, Jean-Michel Prêtre, avait pour sa part dénoncé l’usage de ce procès comme d’une « tribune politique » et requis à l’encontre de l’agriculteur huit mois de prison avec sursis, la confiscation de son véhicule, ainsi qu’un usage limité de son permis de conduire aux besoins de sa profession. Le parquet reproche à M. Herrou un détournement de la loi de 2012 accordant l’immunité pénale à ceux qui apportent une aide humanitaire aux migrants.
Cliquez ici pour accéder au blog de Roya Citoyenne-Résistances en Roya.
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MISE À JOUR du 24 mars 2017 :

Manifeste des enfants cachés

MEDIAPART - 15 mars 2017. Par OLIVIA ELIAS. Blog : Le blog d'Olivia Elias
« Sans la solidarité de délinquants nous ne serions pas là ». Des enfants juifs aujourd'hui en vie parce que des citoyens français les ont cachés eux ou leurs parents affirment leur solidarité avec ceux et celles qui viennent en aide aux réfugiés et aux Roms.
Manifeste des enfants cachés
samedi 4 mars 2017
« Sans la solidarité de délinquants, nous ne serions pas là ! »
L’heure est à la renaissance d’un délit de solidarité. Dans la vallée de la Roya, à Calais, à Paris, à Norrent-Fontes, à Boulogne, à Loos, à Perpignan, à St-Etienne, à Meaux... des militants et des citoyens qui ont manifesté concrètement leur solidarité désintéressée aux réfugiés ou aux Roms, sont intimidés, menacés, poursuivis par les Autorités.
Nous soussigné, enfants juifs cachés pendant la Seconde guerre mondiale pour échapper à la déportation, déclarons solennellement : si nous sommes en vie, c’est parce que des délinquants solidaires ont désobéi, nous ont cachés, nous ont nourris, en dépit des lois de Vichy et de l’occupant. Ils ont ouvert leur porte, falsifié notre identité, ils se sont tus ignorant les injonctions de la police et de l’administration, ils ont emprunté des chemins de traverse face à la persécution…
Leur solidarité est aujourd’hui reconnue publiquement. Nous leur sommes reconnaissants, comme nous le sommes au courage de nos parents qui ont fait le dur choix de se séparer de nous et de transformer leurs enfants en « mineurs isolés ».
Mais ce devoir de solidarité s’applique aussi aujourd’hui et nous réclamons la fin de ces procédés d’intimidation. Nous proclamons la légitimité du droit de regard des citoyens et des citoyennes sur les pratiques de l’administration, de la justice ou de la police. Nous sommes solidaires avec celles et ceux qui se montrent solidaires des personnes en situation de précarité sans se soucier de savoir si elles sont ou non en situation régulière quant au séjour. Nous passons le flambeau de la solidarité aux lanceurs d’alerte, aux citoyens critiques des politiques xénophobes, aux solidaires du quotidien.

Les 49 premiers signataires :

1. Enfants caché-e-s :

Georges Gumpel, enfant caché à Lyon puis en Haute-Loire ;
Liliane Lelaidier-Marton, enfant cachée à Bonneuil-sur-Marne ;
Georges Tugène, caché en Haute-Loire ;
Jean de Monbrison, caché près d’Auch, dans le Gers ;
Georges Rosevègue, né en février 1941, enfant caché avec mes parents résistants, dans une ferme de l’Isère ;
Nicole Kahn, enfant cachée dans une école catholique à Limoges.
Denise Fernandez Grundman, enfant cachée dans le Maine et Loire.
Michèle Lessmann-Portejoie, cachée dans une institution catholique, à Amélie-les-Bains, Pyrénées Orientales, puis dans une famille de paysans à Boësse, Loiret ;
Catherine Vidrovitch, enfant cachée à Chaumont-en-Vexin par le chef de la résistance locale ;
Bina Kohn, sauvée de la rafle du Vélodrome d’hiver par ma concierge, puis cachée par mon employeur à Paris ;
Jean Claude Urbach, caché avec mon frère dans un hameau des Cévennes ;
Henri Edouard Osinski, caché avec 10 enfants juifs à Montigny-le-Ganelon, Eure et Loir ;
Nicole Marx Maingault, cachée dans un pensionnat catholique à Nègrepelisse, Tarn et Garonne ;
Roland Gaillon, enfant caché à Nice, puis Annecy et Sallanches ; mon nom actuel est ma fausse identité conservée ;
Henri Kochman, caché dans le village de Vourey, près de Grenoble ;
Renée Blancheton-Sciller, cachée de 1942 à 1944, à Gières et à Pierre-Châtel, Isère ;
Marie Jakobowicz, enfant cachée à Paris durant l’été 1942, puis passage en zone libre ;
Jules Jakubowicz, caché avec sa famille à Bâgé-le-Châtel, Ain
Laurent Weill, enfant caché en 1943, fuyant Lyon, au Chambon-sur-Lignon, Haute-Loire
Catherine Weill-Follet, cachée au Chambon-sur-Lignon en 1944
Lucienne Lerman, fille de Michel Lerman (déporté), enfant cachée à Pouzauges, Vendée ;
Jacques Charmatz, enfant caché de 1943 à 1944, en Suisse avec ma sœur
Charles Futerman. mère cachée à l’hôpital de Saint-Junien, Haute-Vienne, caché avec ma sœur chez des voisins lorrains en exil puis dans une famille du voisinage.

2. Parents caché-e-s

Patrick Silberstein, fils d’Hélène Vainberg, cachée par des Italiens à Monthléry ;
Mireille, Dominique, Brigitte et Emmanuèle Natanson, filles et fils de Jacques Natanson, caché par des moines dominicains à Saint-Maximin, Var ;
Jean-Claude Meyer, frère de Colette Meyer, cachée après l’exécution de notre père ;
Jean-Guy Greilsamer, fils d’Yvonne Greilsamer, cachée à Saint-Dizier en Haute-Marne, puis dans l’Aube ;
Béatrice Orès, fille d’une enfant cachée dans le département du Rhône.
Didier Epsztajn, fils de Josette Stern, enfant cachée ;
Sonia Fayman, fille de Lucien David Fayman, résistant déporté à Dora, qui organisa la mise à l’abri d’enfants dans le Sud de la France.
Heddy Riss, fille de Samuel Riss et Fanny Kohn, cachés par un garde champêtre et sa famille à Linkebeek, Belgique ;
Sylvie Pasquier Lévy et Rosine Lévy, filles de Janine Serff cachée par une famille de Tonneins, Lot-et-Garonne ;
Carole Stern, fille de Carol Stern juif roumain caché dans l’Hérault, puis arrêté par la police française ;
Hélène Mendelson, fille de Roza Piernicarz, cachée à Paris, et de Chaim Henri Mendelson, caché à Cazères, Hérault ;
Dr Jean-Jacques Tyszler, fils d’Henri Albert Tyszler caché à Tassin-la-Demie-Lune, Rhône, et de Paulette Frejtak cachée en région parisienne ;
Patrick Portejoie et Sylvie Portejoie, fils et fille de Michèle Lessmann-Portejoie, cachée à Amélie-les-Bains, Pyrénées Orientales, puis à Boësse, Loiret ;
Colette Barak, fille de Michel Barak, caché dans la région de Nice, Alpes-Maritimes ;
Jean-François et Sylvie Pessis, Paul Regnier, enfants de Catherine Hanff, cachée à Die, Drôme ;
Claudine Avram, fille de Bernard Burah Avram, un « mineur juif non accompagné », caché et protégé pendant plusieurs mois par une dame marseillaise qui élevait seule ses deux enfants ;
Chantal Steinberg, fille de Bina Kohn, sauvée de la rafle du Vélodrome d’hiver puis cachée à Paris ;
Armand Gorintin, fils d’Esther Gorintin, cachée par sa logeuse à Bordeaux, arrêtée puis échappée, puis cachée à Lyon ;
Helyett Bloch, fille de Claudine Haas, cachée deux ans par la Résistance à l’auberge de La Thuile, Savoie.

Cet appel est lancé à l’initiative de l’Union juive française pour la Paix, membre de Délinquants Solidaires.
 

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