Entretemps, voici l'info que l'on peut lire à son propos sur le site des Arènes :
« LʼHistoire est une compagne de voyage intransigeante et parfois
impitoyable… Elle vous fait prendre des chemins escarpés, des sentiers
semés de pièges, dʼembûches et de déceptions. Celle que je mʼapprête à
vous raconter a été trop longtemps dissimulée. Enfouie sous des tonnes
de mensonges, sous des tombereaux dʼhypocrisie. Mais la vérité est comme
la vie, elle trouve toujours un chemin. »
Le 1er décembre 1944, à Thiaroye, au Sénégal, lʼarmée
coloniale française ouvre le feu et assassine des centaines de soldats «
indigènes », anciens prisonniers de guerre. Depuis, lʼÉtat français
ment sur cet épisode tragique en niant ce meurtre de masse. Armelle
Mabon, historienne, se bat depuis vingt ans pour rétablir la vérité. Morts par la France rend hommage à ces soldats oubliés et tente de réhabiliter leur honneur bafoué.
Et voici l'info éditoriale sur les auteurs :
Pat Perna quitte le monde du journalisme en 2006 pour se
consacrer uniquement à la bande dessinée. En 2010, il reprend, avec
Jenfèvre, les rênes du Joe Bar team, pour le tome 7. Chez 12bis, il a également signé La Question de Dieu, avec Laetitia Coryn. Il est l’auteur de Forçats (Les Arènes BD, 2016-2017).
Nicolas Otero a ressenti très tôt le besoin d’exorciser le fait
qu’il y ait un début et surtout une fin à chaque chose. La meilleure
solution fut pour lui d’illustrer des histoires. Il a dessiné la série
AmeriKKKa (EP Éditions) et publié de nombreuses BD chez Glénat, telles
que la série Le Sixième Soleil et le roman graphique Confessions d’un enragé (2016), dont il est aussi le scénariste.
ENTRETIEN. Avec son enquête sur la répression sanglante du camp de Thiaroye dont le rendu est concentré dans sa BD « Morts par la France », Armelle Mabon lève bien des secrets d'un moment sombre des relations entre la France et les Africains.
Nous les peu
nous les rien
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres
Nous à qui n’appartient
guère plus même
cette odeur blême
des tristes jours anciens
Nous les gueux
nous les peu
nous les riens
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres
Qu’attendons-nous
les gueux
les peu
les rien
les chiens
les maigres
les nègres
pour jouer aux fous
pisser un coup
tout à l’envi
contre la vie
stupide et bête
qui nous est faite
à nous les gueux
à nous les peu
à nous les rien
à nous les chiens
à nous les maigres
à nous les nègres
Radio Babel Marseille groove vocalement ses compositions originales portées par la poésie du marseillais Louis Brauquier,
navigateur poète. L’univers du voyage, de la mer et de l’exil est ici
suggéré dans un mélange de beat-box, de mélodies et rythmes du monde
chanté a capella.
Des univers différents et complémentaires, une fusion qui met en musique
le voyage, la rencontre, le partage, les cafés, les marchés, les quais,
un monde ouvrier oublié...
D I S T R I B U T I O N
Willy Le Corre
Chanteur, percussionniste aux couleurs africaines, ses compétences
rythmiques, mélodiques, vocales, ainsi que son rayonnement enjoué
offrent au groupe une énergie communicative.
Matthieu Jacinto dit "Joos"
Spécialiste du Human Beat-Box, il assure les rythmiques ethnique,
hip-hop et jungle ainsi que de nombreux effets et illustrations sonores.
Fred Camprasse
Chanteur basse, rythmique et harmonique. D'origine antillaise, il étaye de sa voix profonde et ronde les compositions du combo.
Mehdi Laifaoui
Chanteur, percussionniste : de son chant aérien il amène en un souffle les mélopées du Maghreb et d'autre contrées africaines.
Gil Aniorte-Paz
Chanteur, compositeur, directeur artistique, co-créateur des groupes
Barrio Chino et des Chants gitans sacrés de Provence. Il pilote ce combo
vocal lui donnant sa fougue latine et composant avec le monde...
" Radio Babel Marseille s'annonce comme une promesse de découverte,
humaine, puissante et colorée. Promesse tenue et livrée, jaillissante de
ces cinq voix qui s'élèvent. Au dessus du Vieux-Port avec l'énergie
d'une polyphonie polyglotte. Dans ce premier album Vers des Docks et des
Quais, les cinq musiciens ont mis à l'honneur les textes de Louis
Brauquier poète marseillais, marin au long cours, mais ils se sont aussi
inspirés des poètes de la rue, ceux qui, dans une Marseille ouverte à
vif, ont toujours un bagage à partager, une nostalgie à crever, une
émotion qui déborde. Par les timbres variés des voix et le groove du
beat-box, les cinq hommes de Babel créent une variété de rythmes, de
sons et d'ambiances, et nous mènent d'un pays à l'autre, d'une langue à
une autre. Blues, combo, volutes arabes, racines occitanes sont les
alliés d'une même destinée et finissent ensemble dans un bouge ou sur
les rivages. Dans une ville où l'on change de continent en traversant la
rue, Radio Babel Marseille chante ce monde depuis la Joliette, entre
embarcadère et débarcadère, le regard toujours tourné vers l'ailleurs. " - Cathy Jauffred -
Les cinq chanteurs de "Radio Babel Marseille" forment un combo polyphonique hors normes. Ancrés à Marseille, ces fils de La Joliette mélangent mélopées orientales, voix gitanes ou corses et hip hop vocal sur fond de beatbox et de percussions traditionnelles.
... Car loin du psittacisme médiatique, il y a bon nombre d'événements qui nous interpellent autrement dont on ne parle que peu ou sous l'angle de la propagande unique. Nous essayons de repérer et de glaner des faits/sujets/positions en dehors de l'actu ou de l'éditocratie. Voici notre premier sommaire de cette année scolaire (pour le 17.10.18). Merci à mes élèves pour leurs contributions !
Suite à une conférence regroupant à Bruxelles plusieurs centaines de chercheurs, de militants, de députés et de syndicalistes, le député européen Philippe Lamberts (Verts-ALE ) explique pourquoi, face aux
défis de l'intelligence artificielle et de l'urgence environnementale, la décroissance parait aujourd'hui un enjeu politique central en Europe.
Ça commence par moi, site de Julien Vidal "pour construire un monde meilleur" :
Quant aux petits gestes qui sauvent, il faudrait peut-être rappeler, pour mieux comprendre quel est vraiment l'enjeu en la matière et quel devrait être la taille des gestes, ce que Frédéric Lordon rappelait dans un article très récent (1) publié sur son blog (hébergé par Le Monde diplomatique) :
(...) Et plus le déchaînement du capitalisme explose, plus l’inanité
appelliste prospère, plus il s’agit de parler haut pour ne rien dire, de
titrer gros pour ne rien voir, d’avertir à la fin des temps pour exiger
la fin des touillettes. Ou bien d’échapper au réel en se laissant
plonger dans le monde enchanté, le monde des songes où l’on est dispensé
de poser la question des causes, comme celles des conditions de
possibilité de ce qu’on veut : le monde est bien près de finir, mais
nous croyons à la fée Marjolaine. Convenablement disposée, il n’y a pas
de raison qu’elle ne nous sauve pas. Même si l’accumulation sauvage est
la raison d’être du capitalisme, on demandera au capitalisme de se faire
apaisé et décroissant.
_______________________________________
(1) Frédéric Lordon : Appels sans suite (1), La Pompe à Phynance, blog.mondediplo.net, 12/10/18
La Roya, vallée du sud de la France frontalière avec l’Italie. Cédric Herrou, agriculteur, y cultive ses oliviers. Le jour où il croise la route des exilés, il décide, avec d’autres habitants de la vallée, de les accueillir, de leur offrir un refuge et de les aider à déposer leur demande d’asile.
Mais en agissant ainsi, il est considéré hors la loi… Michel Toesca, ami de longue date de Cédric et habitant aussi de la Roya, l’a suivi durant trois ans. Témoin concerné et sensibilisé, caméra en main, il a participé et filmé au jour le jour cette résistance citoyenne. Ce film est l’histoire du combat de Cédric et de tant d’autres.
Libre est un documentaire politique français qui vient de sortir sur les écrans mercredi 26 septembre 2018. Il dure 1h40mn.
Réalisé par Michel Toesca, produit par Jean-Marie Gigon et SaNoSi Productions, distribué par Jour2fête, il avait été présenté l'après-midi du 2.05.18 au festival de Cannes 2018, hors compétition, et y avait reçu la mention Œil d’or. Puis, en août, il avait été projeté en avant-première à la 41e édition du festival de Douarnenez. Nous devons la bande-son originale à Magic Malik.
Voici l'argument du film, selon SaNoSi :
La Roya, vallée du sud de la France frontalière avec l'Italie. Cédric Herrou, agriculteur, y cultive ses oliviers. Le jour où il croise la route des réfugiés, il décide, avec d’autres habitants de la vallée, de les accueillir. De leur offrir un refuge et de les aider à déposer leur demande d'asile. Mais en agissant ainsi, il est considéré hors la loi...
Michel Toesca, ami de longue date de Cédric et habitant aussi de la Roya, l’a suivi durant trois ans. Témoin concerné et sensibilisé, caméra en main, il a participé et filmé au jour le jour cette résistance citoyenne. Ce film est l'histoire du combat de Cédric et de tant d’autres.
Désolé, je ne l'ai pas encore vu, mais il m'intéresse (cf. ici, ici, ici et là).
Le site À voir, à lire en a fait et publié la critique le 3 septembre. Ils disent (et c'est moi qui y mets du rouge) :
Michel Toesca est un réalisateur indépendant ayant tourné des courts,
moyens et longs métrages engagés pour la télévision et le cinéma (Démocratie Zéro6). On cherchera en vain dans Libre
une tentative de renouveler le documentaire en proposant un travail
formel qui se démarque de la production courante. À l’instar de Davis
Guggenheim s’effaçant derrière Al Gore dans Une vérité qui dérange, Michel Toesca cerne avant tout le portrait de Cédric Herrou, même si la complicité entre les deux hommes est manifeste, le cinéaste se permettant même des interventions hors-champ. Ainsi, Libre intéressera davantage le juriste et le citoyen que le cinéphile. Cette remarque étant précisée, le documentaire est passionnant dans sa capacité à présenter les aberrations de la machine bureaucratique et
force le respect par sa sincérité humaniste. (...)
Le film ne se focalise pas seulement sur Cédric Herrou et donne aussi la
parole à des militants et bénévoles, telle cette infirmière libérale
dispensant des soins aux migrants mais ne l’évoquant pas dans son
entourage professionnel de peur d’entendre des remarques désobligeantes.
Libre est aussi intéressant dans son traitement de la
problématique des contradictions et ambiguïtés : flou juridique du
territoire de la vallée de la Roya partagée entre la France et l’Italie,
expulsion de clandestins dans un train vers le sud de l’Italie, avant
qu’ils ne refassent à pied le trajet inverse, volonté de refouler des
enfants du territoire français sachant que la loi impose leur
protection, mise en exergue de l’idée de frontière, alors que l’espace
Schengen l’a supprimée entre la France et l’Italie. Surtout, le documentaire pose la question du libre arbitre face à la nécessité d’aider des personnes en souffrance, tout en respectant la loi et les réglementations, les dispositions de l’État de droit ne permettant pas toujours de trancher ce dilemme.
(...)
Notons que le 6 juillet 2018, le Conseil constitutionnel a décrété que
le principe de fraternité était désormais constitutionnel, et pouvait
donc être invoqué dans un tribunal. Cette décision laisse augurer une
relaxe de Cédric Herrou en cassation, ce dont nous nous réjouissons (1). En lire plus.
Agriculteur, éleveur de poulets, citoyen pour certains, délinquant pour d’autres. Lui se dit aussi « anarchiste ».
Un anarchiste qui s’efforce de faire appliquer la loi : celle qui
assure aux migrants de pouvoir déposer une demande d’asile à la
frontière franco-italienne, dans la vallée de la Roya où se trouve sa
ferme. Un droit que leur dénient le préfet des Alpes-Maritimes et les
forces de l’ordre, en préférant les repousser à la frontière italienne.
Parce qu’il accueille, héberge, encadre, accompagne juridiquement ces
centaines d’Érythréens et de Sud-Soudanais, il est devenu la bête noire
d’Éric Ciotti, président du Conseil départemental des Alpes-Maritimes :
« qui peut dire avec certitude que dans les centaines de migrants
que M. Herrou se targue d’avoir fait passer ne se dissimule pas un futur
terroriste ? [1] ». Cédric Herrou, lui, rappelle que c’est justement la fermeture des frontières aux migrants qui est plus meurtrière que jamais. Un récent rapport de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés déplore l’augmentation du nombre de morts en Méditerranée :
au premier semestre 2017, une personne qui tentait la traversée de la
Méditerranée sur 42 en mourrait. Cette année, ce chiffre est monté à une
personne sur 18 sur la même période [2].
Même certains policiers et gendarmes ont confié à Cédric Herrou
désapprouver la gestion policière et militaire de la question
migratoire : ils ont préféré mettre en place avec lui un « protocole » pour garantir le dépôt des demandes d’asile. Michel Toesca a filmé pendant trois ans Cédric Herrou,
ainsi que tous les citoyens de la vallée de la Roya qui sont toujours
menacés de poursuites judiciaires pour leur action : après le succès de
la projection au dernier festival de Cannes, le film Libre sort aujourd’hui en salles.
Un entretien de Daniel Mermet avec Cédric Herrou.
Dans son entretien avec Daniel Mermet, Cédric Herrou affirme, entre autres :
"Il y a 50 gardes mobiles autour de ma ferme, une ferme qui fait deux hectares, qui tentent d'empêcher les gens d'arriver chez moi. (...) En fait, il y a plus de gendarmes autour de ma ferme que sur l'axe autoroutier entre Ventimiglia [Vintimille] et Nice."
"Les personnes en migration, [nous], on leur donne accès à leurs droits et on les protège juridiquement pour qu'ils puissent demander l'asile [en France]. On a un protocole avec la gendarmerie locale et on nous ouvre tous les barrages policiers qui sont entre Breil-sur-Roya et Nice, ce qui est schizophrène, cette gestion, parce qu'en fait [enregistrer] la demande d'asile, c'est un devoir (2), ces personnes pourraient très bien faire une demande d'asile à la frontière, [mais] c'est une demande qui est entravée, on oblige les gens à passer la frontière clandestinement."
Et puis le préfet les "dégage" en Italie sans respecter leurs droits, faisant fi des procédures légales. Au bout du compte, le pouvoir peut compter sur "les média, la communication, la Justice".
Herrou explique qu'il accueille les réfugiés qui arrivent dans sa ferme comme des "individus à part entière". Comme le rappelle la page web de Là-bas, il évoque, effectivement, quelques chiffres apportés par le rapport « Voyage du désespoir » (Desperate Journeys) du Haut-commissariat aux réfugiés des Nations Unies, préfacé par Khaled Hosseini et publié le 3 septembre 2018.
Ce rapport signale que plus de 1500 migrants sont morts ou
portés disparus en mer Méditerranée entre janvier et juillet en tentant de rejoindre l'Europe. Concrètement, 318 en Espagne, 1.095 en Italie, 99 en Grèce. Et, en effet, il affiche un paradoxe terrible qui prouve le caractère criminel de la politique européenne en la matière : il y a, en même temps, une baisse des tentatives de traversée de la Méditerranée (121.100 dans les 7 premiers mois de 2017 contre 72.100 en 2018) et une forte augmentation proportionnelle des disparitions au double sens : «pour chaque groupe de 18
personnes ayant entrepris la traversée entre janvier et juillet 2018,
une personne est décédée ou portée disparue, contre une sur 42 au cours
de la même période en 2017 ».
L'Agence des Nations Unies pour les Réfugiés en France publie en français un communiqué à cet égard où elle alerte : La traversée de la Méditerranée est plus meurtrière que jamais. Pascale Moreau, la Directrice du bureau du HCR pour l’Europe, y déclare : « Alors
même que le nombre d’arrivants sur les côtes européennes diminue, il ne
s’agit plus de tester la capacité de l’Europe à gérer les chiffres mais à
faire preuve de l’humanité nécessaire pour sauver des vies. » Ce communiqué ajoute :
Le HCR exhorte également l’Europe à accroître les possibilités de
voies d’accès légales et sûres pour les réfugiés, notamment en
augmentant le nombre de places de réinstallation et en éliminant les
obstacles au regroupement familial – ce qui permettrait de fournir
d’autres options à des périples dont l’issue risque d’être fatale.
Le rapport souligne également les dangers auxquels sont confrontés
les réfugiés lorsqu’ils voyagent le long des routes terrestres vers
l’Europe ou lorsqu’ils traversent celle-ci. Notant les mesures prises
par certains pour empêcher les réfugiés et les migrants d’accéder à leur
territoire, le rapport exhorte les États à faire en sorte que les
personnes cherchant la protection internationale puissent facilement
accéder aux procédures d’asile. Il lance également un appel aux États
afin que ceux-ci renforcent les mécanismes de protection des enfants qui
voyagent seuls et demandent l’asile.
(2) Cf. Service-public.fr : « Si vous venez en France pour obtenir le statut de réfugié, vous devez
vous adresser aux autorités de police aux frontières pour leur signaler
votre souhait puis effectuer des démarches en préfecture pour faire
enregistrer votre demande d'asile. Vous ne pouvez pas directement saisir
l'Ofpra. Une fois votre demande enregistrée par la préfecture, vous pouvez le saisir. »
Ni Dieu ni Maîtrefut le titre du journal créé par Louis-Auguste Blanqui en 1880. Il devint une devise anarchiste. Ni Dieu ni Maître est aussi un ouvrage de Daniel Guérin, une anthologie de l'anarchisme éditée en 1970 dans la « Petite collection Maspero » que l'on peut retrouver aujourd'hui chez les Éditions de la Découverte :
Devenu un classique depuis sa première édition dans la « Petite
collection Maspero » en 1970, ce livre propose un choix raisonné de
textes politiques et théoriques des grands noms de l'anarchisme. En les
replaçant en perspective, Daniel Guérin a retracé l'aventure d'un
mouvement politique et intellectuel dont la force de contestation n'a
jamais faibli depuis sa naissance au XIXe siècle. Il offre un
panorama complet, sur deux siècles, de la pensée anarchiste, en
restitue la richesse, fait revivre les controverses qui l'animent.
Daniel Guérin entend ainsi combattre le discrédit dont fut victime
l'anarchisme, souvent réduit par ses détracteurs à une idéologie
individualiste « réfractaire à toute forme d'organisation ».
La première partie de cette anthologie présente le travail théorique des anarchistes du XIXe
siècle à travers des textes de Stirner, Proudhon, Bakounine, Guillaume
et Kropotkine. La seconde, plus historique, dresse le portrait des
grandes figures du mouvement à la fin du XIXe siècle et au XXe siècle
: Malatesta, Henry, Pelloutier, Voline, Makhno, Durruti. Elle met en
lumière le rôle intellectuel et politique des anarchistes pendant la
révolution russe et la guerre d'Espagne.
Et Ni Dieu ni Maître - Une histoire de l'anarchisme..., c'est le titre d'un documentaire réalisé par Tancrède Ramonet, dont la confection fut assurée par la société de production audiovisuelle indépendante Temps noir (1) et ARTE France en 2016, avec la participation de LCP
Assemblée nationale, UR-Swedish Educational Broadcasting Company et la
RTS Radio Télévision Suisse.
Cette fresque monumentale fut initialement diffusée en Suède, en Colombie, au Canada et en Suisse, en 2016, puis, mardi 11 avril 2017 à 20 h 50, en France, par ARTE.
Côté financement —Ni Dieu ni Maître a coûté autour de 500 000 euros—, cette œuvre bénéficia du soutien de la Procirep (société civile des Producteurs de Cinéma et de Télévision) et l'Angoa (Agence Nationale de Gestion des Œuvres Audiovisuelles), du Centre National du Cinéma et de l'Image animée, et du Programme Europe Creative–MEDIA de l’Union européenne. On peut l'acheter physiquement [en DVD (2)] en librairie ou sur la boutique d'ARTE. Elle est aussi disponible de manière virtuelle, en VOD ou en téléchargement, sur le site des Mutins de Pangée.
Le film est visible en flux (en ligne et en continu) sur videos-streaming.eu et j'ai trouvé sur internet cette copie insérable :
Narrateur : Redjep Mitrovitsa. Textes dits par Audrey Vernon. Conseillers historiques : Gaetano Manfredonia et Frank Mintz. Musique originale : Julien Deguines. Graphisme et animation : Jean-Baptiste Delorme
Ce documentaire historique commence en 1840, date de publication du manifeste Qu’est-ce que la propriété ? Ou recherches sur le principe du droit et du gouvernement, signé par Pierre Proudhon, et conclut à la Seconde Guerre mondiale. Il a été monté en deux parties, pour l'instant (3), La Volupté de la destruction (1840-1914) et La Mémoire des vaincus (1911-1945). Car ceux-ci, on les a vaincus et écrasés à plusieurs reprises, on les a diabolisés en permanence (y compris dans les dictionnaires) et pourtant, ils existent toujours ; ils sont toujours debout, selon Léo Ferré ou selon Michel Mathurin, par exemple.
Voici la présentation de Ni Dieu ni Maître par son distributeur, la chaîne ARTE France (dont les deux derniers paragraphes reprennent le quatrième de couverture du coffret) :
"Ni Dieu Ni Maître" revient sur tous les grands événements de l'histoire sociale des deux derniers siècles et dévoile l’origine et le destin de ce courant politique qui combat depuis plus de 150 ans tous les maîtres et les dieux.
Né du capitalisme, frère ennemi du communisme d'Etat, l'anarchisme n'a eu de cesse de souffler son vent de justice et de liberté sur le monde. Et si
certains libertaires purent se changer en criminels, jouant du revolver ou faisant parler la dynamite, on oublie qu'ils furent nombreux à proposer des alternatives et initier les grandes révolutions du XXe siècle.
A partir d’images d’archives inédites, de document oubliés, d’entretiens exclusifs avec les plus grands spécialistes du mouvement ouvrier, ce film exceptionnel raconte pour la première fois l’histoire de ce mouvement qui combat depuis plus de 150 ans tous les maîtres et les dieux et qui, de Paris à New York et de Tokyo à Buenos Aires, n'en finit pas de faire trembler le monde.
Je ne voulais pas faire un film
« anarchiste » dans les choix graphiques, typographiques, musicaux ou de
montage. Je voulais que le film ressemble à un film classique sur la
Seconde Guerre mondiale : archives, entretiens sur fond noir, musique
orchestrale. En cela, je m’inspire un peu de ce que disait Jean Genet dans
un entretien à Bertrand Poirot-Delpech en 1982. Il expliquait en
substance qu’il voulait que sa langue soit la plus pure et la plus
classique possible, de manière à faire entrer imperceptiblement dans la
tête du lecteur des idées défendues.
Pendant cinq ans, Tancrède Ramonet a bien pioché son sujet : l'histoire occultée de l'anarchisme. Et la mise au clair de beaucoup d'éléments traditionnellement manipulés de l'histoire, comme le cas de François Claudius Koënigstein dit Ravachol. On imagine l'énormité du travail de recherche, l'embarras des choix et les complexités du montage de cette fresque énorme, vu la quantité de documentation de tout poil et d'entrevues employées qu'il fallut compacter en deux heures et une vingtaine de minutes. Dans le documentaire prennent longuement la parole des spécialistes des mouvements anarchistes : Jean-Christophe Angaut, Éric Aunoble, Normand Baillargeon, Giampietro Berti, Matthew Carr, Alain Doboeuf, David Doillon, Marianne Enckell, Robert Graham, Gaetano Manfredonia (auteur d'Histoire mondiale de l'Anarchie), Frank Mintz, Jean-Yves Mollier, Servando Rocha, Michael Schmidt, Anne Steiner, Mikhail Tsovma, Édouard Waintrop et Kenyon Zimmer. La liste de remerciements, vraiment touffue, prouve également un nombre très considérable de consultations : Ramonet est bien conscient d'avoir monté "une" histoire de l'anarchisme parmi d'autres possibles. La sienne est dense, honnête et pertinente.
Le 19 décembre 2016, la revue Ballast publia un entretien avec Tancrède Ramonet sous le titre Faire entendre des voix inaudibles. Extraits :
« Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur. » Nous voulons raconter l’histoire du point de vue des lions. C’est le cas de la série « Afrique(s), une autre histoire du XXe siècle » [cf. ce blog] écrite par Elikia M’Bokolo,
directeur à l’EHESS du département de l’histoire de l’Afrique. Il y
raconte l’histoire de ce continent du point de vue des Africains, de
ceux qui l’ont faite, vécue et pensée. Le film Le Ventre des femmes —
qui donne la parole aux 330 000 femmes stérilisées de force au Pérou
entre 1995 et 2000 — est un autre exemple de cette ligne éditoriale.
Dans Ni Dieu ni Maître, qui
est une histoire de l’anarchie par des penseurs et des acteurs de
l’histoire libertaire, la démarche est la même. Ma démarche militante —
si elle existe — consiste à faire entendre ces autres voix.
(...)
Sa défaite répétée tient largement à
l’entente d’un ensemble de pouvoirs que sont le communisme d’État (4), les
démocraties bourgeoises et les fascismes, pour l’enterrer au plus vite.
La guerre au sein de l’Internationale, le massacre de Haymarket, l’insurrection ukrainienne, la bataille pour la Maison des syndicats en France, les luttes pour faire innocenter Sacco et Vanzetti
ou même la révolution libertaire en Catalogne, les grandes heures de
l’histoire libertaire, c’est-à-dire toute une part de l’histoire
sociale, ont été systématiquement enfouies dans un oubli forcé ou
volontaire. Et dans cette entreprise, la censure douce des démocraties
bourgeoises n’a rien eu à envier au contrôle de l’information des
grandes dictatures.
On peut lire ici le résumé des deux volets proposé par les Mutins de Pangée et ici et là, les deux pages (Et l’anarchie enfin va triompher !) que lui consacra Là-bas, si j'y suis le 4 mars 2017, donc avant sa première, y compris un entretien de Daniel Mermet avec le réalisateur Tancrède Ramonet.
Le Web fournit plusieurs critiques à l'égard de ce long métrage, dont celle d'Antoine Flandrin(Le Monde).
Le jour de la première diffusion du film sur ARTE, Tancrède Ramonet fut invité par l'émission La grande table, d'Olivia Gesbert (France Culture), à discuter avec Irène Pereira, sociologue, professeure de philosophie, membre du comité de rédaction de la revue anarchiste Réfractions, spécialiste des
pratiques militantes et autrice de "L'anarchisme dans les textes" (Ed textuel, 2011) :
"Il existe encore des figures anarchistes, de Tardi à Ovidie en passant par Chomsky"
"Partout les anarchistes ont été les premiers à mener les combats pour les acquis sociaux. On a tendance à l'oublier"
"L'histoire de l'anarchisme a été occulté par l'historiographie stalinienne et l'histoire bourgeoise".
Tancrède Ramonet, La grande table
"Les médias ont crée dés le départ les conditions d'une peur de l'anarchiste. Des choix sont faits dans la mémoire"
"C'est parfois une illusion rétrospective de dire que l'anarchisme était nécessairement féministe. Proudhon était misogyne".
Avec Martin Laurent et Axel Ramonet, nous
avons déposé les statuts de notre société de production juste après le
21 avril 2002, dans l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle,
quand Jean-Marie Le Pen accédait au second. Plutôt que d’aller voter,
c’était notre réponse à nous. Nous voulions développer des thématiques
historiques, culturelles et sociétales avec une visée résolument
internationale. Nous voulions donner la parole aux réalisateurs issus
des pays ou des mouvements qui sont le sujet de nos films, en racontant
les histoires de l’intérieur. Presque tous nos films se font l’écho de
ce souci : l’histoire de l’Afrique écrite par Elikia M’Bokolo, Cuba, une odyssée africaine, réalisé par la réalisatrice égyptienne Jihan El-Tahri, ou Colonia Dignidad,
par l’ancien combattant chilien José Maldavsky, qui raconte l’existence
d’une secte nazie en Amérique latine. Nous voulons donner des points de
vue invisibles ou faire entendre des voix inaudibles, car mises sous le
boisseau. Ceci est d’autant plus important que cette tradition
documentaire s’éteint à mesure que se réduit le nombre de porteurs d’une
autre vision du monde et que se normalisent les discours et les
histoires. L’industrie audiovisuelle a une responsabilité énorme : de
manière paradoxale, alors qu’il n’y a jamais eu autant de chaînes de
télévision et que le nombre de documentaires croît de manière
exponentielle, il n’y a jamais eu aussi peu de diversité de points de
vue. L’uniformisation et la standardisation touchent autant
l’agroalimentaire que le discours politique ou le secteur culturel.
(2) Deux DVD incluant les deux parties du film et quelques compléments : L'affaire Schwartzbard, Mujeres Libres, Anarchie en Mandchourie et un entretien avec Noam Chomsky.
Le coffret contient en outre un livret de 60 pages intitulé Ils ne peuvent pas détruire nos idées. Il s'agit d'une petite anthologie de textes libertaires encadrés entre un avant-propos de Tancrède Ramonet et une postface de Frank Mintz. Ces extraits composent une « foule hétéroclite de réflexions, lettres, manifestes, mémoires, qui se contredisent parfois et se complètent souvent », et correspondent à Pierre Sylvain Maréchal (1750-1803), Pierre-Joseph Proudhon (1809-65), Max Stirner (pseudonyme de Johann Kaspar Schmidt, 1806-56), Michel (Mikhaïl Aleksandrovitch) Bakounine (1814-76), LouiseMichel (1830-1905), le Manifeste des Anarchistes (déclaration collective de 66 anarchistes au Tribunal de Lyon le 19 janvier 1883), Ravachol (1859-guillotiné en 1892), Errico Malatesta (1853-1932), Pierre (Piotr Alexeïevitch)Kropotkine (1842-1921), Fernand Pelloutier (1867-1901), Léon (Lev Nikolaïevitch)Tolstoï (1828-1910), Élisée Reclus, Francisco Ferrer Guardia (Francesc Ferrer i Guàrdia, 1859-fusillé en 1909), Albert Libertad (pseudonyme de Joseph Albert, 1875-mort empoisonné en 1908), Gustav Landauer (1870-assassiné en 1919), Kōtoku Shūsui, Voltairine de Cleyre (1866-1912), l'Internationale Anarchiste et la Guerre (Manifeste des 35, février 1915), Ricardo Flores Magón (1873-1922 au pénitencier de Leavenworth, Kansas), Emma Goldman(1869 - 1940), l'Union Générale des Anarchistes (Projet du groupe Dielo Trouda —Cause Ouvrière— de 1926), Ba Jin (1904-2005), Nicola Sacco (1891-exécuté en 1927), Nestor Makhno (1889-1934), Mujeres Libres (organisation féminine, autonome et prolétarienne fondée en Catalogne en 1936 qui créa des libératoires de prostitution, car elle s'était donnée pour objectif d'abolir le « triple esclavage des femmes : l'ignorance, le capital et les hommes ».), Rudolf Rocker (1873-1958), Albert Camus (1913-60), AbrahamGuillén (1913-1993), Guy Debord (1931-94 ; cité ici, p. e.), MurrayBookchin (1921-2006), HakimBey (Peter Lamborn Wilson dit Hakim Bey, 1945), le sous-commandant Marcos (1957), SamMbah (1963-2014), le Comité Invisible et Abdullah Öcalan (1949).
(3) Il y aurait, selon Tancrède Ramonet, un troisième épisode déjà tourné et monté, intitulé Les réseaux de la colère. Il couvrirait la période 1945-2001. Le réalisateur expliqua à TéléObs le 9 avril 2017 :
Arte n'a pas voulu du troisième volet, "les Réseaux de la colère", qui
porte sur la période de 1945 à nos jours. Nous y expliquons pourtant
comment l'anarchisme renaît de ses cendres après la Seconde Guerre
mondiale et devient l'inspirateur de toutes les formes de résistance
qu'ont été les mouvements hippie, punk, situationniste, Action directe
(et le retour à la lutte armée), Black Bloc, ZAD, mouvance
anarcho-autonome ou Nuit debout…
Encore une fois, le régime libéral nous éclaire de manière pratique la vraie nature de sa liberté d'expression et son amour pour la contestation au présent.
Dans ce même entretien, Ramonet affirma :
On ne prend pas de carte de militant anarchiste : ce qui le définit,
c'est sa pratique. Or on retrouve en 2017 cet esprit dans des mouvements
contre les violences policières, pour les migrants (No Border), à la
ZAD de Notre-Dame-des-Landes, à Nuit debout ou encore dans le féminisme
pro-sexe d'Ovidie. Il s'exprime aussi dans l'exigence d'une démocratie
directe ou dans l'idée de convergence des luttes : alors que le
communisme n'oppose que les travailleurs à la bourgeoisie, l'anarchisme a
toujours pointé d'autres formes d'exploitation plus insidieuses :
homme/femme, Blanc/ Noir, pays du nord/pays du sud, homme/nature…
(4) Cf., par exemple, Rudolph Rocker : La tragedia de España, Melusina, 2009 (traduction de Marc Viaplana à partir de The Tragedy of Spain, 1937), page 85 :
"En lo que a Cataluña se refiere, ya se ha puesto en marcha la limpieza de elementos trotskistas y anarcosindicalistas, y será llevada a cabo con la misma energía que en la URSS." (Pravda, 17 de diciembre de 1936)
À propos de l'expérience anarchiste pendant la guerre civile espagnole, La2 de RTVE diffusa en 1997 Vivir la Utopía, film documentaire réalisé par Juan Gamero qui recueillait les témoignages des anarchistes espagnols Miguel Alba, Ramón Álvarez, Federico Arcos, Marcelino Bailo, María Batet, Severino Campos, Francisco Carrasquer, Miguel Celma, Valerio Chiné; José España, José Fortea, Juan Giménez, Antonio Lahuerta, Concha Liaño, Fidel Miró, Aurora Molina, Heleno Molina, Conxa Pérez, Suceso Portales,
Dolors Prat, Ximo Queirol, Maravillas Rodríguez, Juan Romero, Manuel
Sanz, Liberto Sarrau, José Sauces, Josep Serra Estruch, Antonio Turón,
José Urzáiz, Antonio Zapata.
Selon le journaliste français Marc Ullmann (1930-2014), il s'agirait d'un "groupe indépendant issu d'internet,
très diffèrent de la plupart des think-tanks qui sont inféodés à des
partis politiques ou des intérêts privés". Vous pouvez cliquer ici pour en savoir plus.
Sous la devise "Le cygne noir n'existait pas... jusqu'à ce que l'on en trouve un", ce projet en équipe et bénévole se propose de...
- Appréhender toute la complexité des enjeux actuels et futurs de notre monde.
- Écouter les points de vue peu médiatisés afin d’élargir nos prismes de lecture.
- Mettre à l’épreuve les idées/discours en décelant leurs failles, leurs limites.
Et cela à travers des entretiens "aux perspectives alternatives dans un monde aux informations formatées".
Ces interviews ou tables rondes durent en moyenne une heure "sans interruption, ni coupe, ni montage" et l'on y aborde des sujets variés : Géopolitique, Finance, Terrorisme, Médias, Internet/Technologies, Environnement, Société et Sciences.
Les dernières entrevues datent de la fin juin 2018 et ont été accordées à Pierre Larrouturou (Climat : Trois quarts de l'humanité menacés de mort ?), Antoine Champagne « kitetoa » et Olivier Laurelli (Table ronde intitulée Surveillance, Hacker et Journaliste : sans filtre) ou Mireille Bruyère, Eric Berr et David Cayla (Les économistes atterrés abordant le thème Economie en danger ? Flux migratoires, Brexit et Mondialisation)
En plus...
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remonter ce que la communauté collecte comme informations afin de
comprendre et d'anticiper. Cette veille se passe sur Facebook et prochainement sur Mastodon.
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équipement déjà installé et prêt à tourner. Cela nous éviterait de
devoir à chaque fois transporter le matériel, construire et déconstruire
le studio. Nous serions alors toujours prêts pour une interview et
pourrions en proposer plus régulièrement. A L'AVENIR :
- Se déplacer à l'étranger pour élargir nos possibilités d'interviews.
« Des mots comme territoire, État, frontière, Droit, loi, crime, souveraineté... n’ont plus la même définition depuis que ce phénomène des paradis fiscaux a gagné en expansion (...). Les mots sont plus forts que nous. Les mots avec lesquels on pactise, les milieux dans lesquels on s’inscrit sont plus forts que nous, c’est-à-dire que dès lors qu’on pactise avec un certain vocabulaire, dès lors qu’on consent à appartenir à un certain milieu, ce vocabulaire et ce milieu nous conditionneront, et la principale liberté qu’on a, c’est de choisir avec quel vocabulaire et avec quel milieu on entre en relation sur un plan intellectuel et intime. »
Fallait-il vraiment appeler "Thinkerview" cette initiative ? Si on tenait absolument à utiliser un calembour, est-ce que "Contrevue", par exemple, ne pouvait pas bien faire l'affaire ?
Faudrait s'analyser ces tocades oiseuses et cuistres pour la langue de l'empire.
Grosse fatigue, grosse amertume. Ce billet est la suite à d'autres déjà publiés concernant le délit d'humanité en France —alors que la "fraternité" fait encore partie de la devise de la République française :
On dirait que notre régime fait tout pour que les réfugiés et les migrants crèvent en marche : si leur Dakar pour fuir les guerres et la misère est particulièrement féroce, leur porter secours est lourdement puni. Un courriel de Sylvie Brigot-Vilain, Directrice Générale d'Amnesty International en France, nous rappelle —en vue de nous faire signer la pétition que son organisation vient de lancer— la persécution honteuse que subit Martine Landry, militante d'AI (1), ainsi que l'endurcissement de la loi française en matière d'asile et immigration :
À l’heure où notre militante, Martine Landry, est poursuivie pour « délit de solidarité », les sénateurs débattent du projet de loi asile et immigration. Si ce projet est adopté en l’état, plusieurs mesures mettront en danger les droits des réfugiés et des migrants et menaceront de poursuites pénales ceux qui leur viennent en aide.
Martine n’avait fait qu’apporter son aide, du côté français de la frontière, à deux adolescents guinéens auparavant expulsés de France de manière illégale. Cette situation souligne la nécessité de modifier la loi française : il faut mettre un terme aux poursuites contre des personnes qui, comme Martine, apportent leur aide humanitaire ou une assistance juridique aux migrants et réfugiés, sans en retirer un bénéfice financier ou matériel.
« C’est une première confrontation avec la justice pour vous… », observa Laurie Duca, la présidente du tribunal correctionnel de Nice quand elle dévisagea Madame Landry, 73 ans, à la barre de son tribunal mercredi 30 mai dernier.
Accusée d'« aide à l’entrée ou au séjour irrégulier », Madame Landry détailla sa participation au crime en question : « Je les ai attendus [les adolescents guinéens] sous le panneau France. Je voulais simplement faire respecter la loi. J’ai fait ce que toute personne devrait faire : les accompagner à la police aux frontières pour que ces jeunes soient pris en charge. »
La situation est dure pour les migrants et ceux qui les soutiennent dans les Hautes-Alpes. Trois morts ont été recensés depuis début mai et le procès des « Trois de Briançon », poursuivis pour « aide à l’entrée d’étrangers en situation irrégulière sur le territoire national et en bande organisée », a été repoussé au 8 novembre. Mais les montagnards maintiennent la solidarité.
En France, il y a très longtemps que le droit d'asile est devenu ex-tradition. Voilà pourquoi les cas genre Mamoudou Gassama (3) constituent aujourd'hui des exceptions très françaises, des contes de fées qui ne sauraient cacher une tendance générale (française et européenne car systémique) mélangeant prédation tous azimuts et déshumanisation des grandes victimes des rapines transnationales, liberté pour les grandes affaires et fortification des espaces où l'on vit encore dans l'aisance. Et puis, les migrants ne peuvent pas sauver tous les natifs du premier monde.
Dans ce contexte pénible et avilissant, il faut honorer les justes et réfléchir à leur témoignage. Dans le but d'agir, bien entendu.
Voici l'extrait accessible à tous, sur internet, de la tribune d'auto-inculpation publiée par 121 justes (4) dans Le Monde du 30.05.2018 :
« Nous avons aidé, nous aidons et aiderons toute personne migrante dans le besoin »
Un collectif, dont font partie Benoît Hamon, Cédric Herrou, J.M.G. Le Clézio ou François Morel, dénonce dans une tribune le procès intenté à trois personnes qui se sont montrées solidaires de migrants.
Le samedi 21 avril, quelques dizaines de militants du mouvement extrémiste Génération identitaire se retrouvent au col de l’Echelle, dans les Alpes, avec pour objectif de bloquer l’arrivée des personnes migrantes et de les renvoyer vers l’Italie, quitte à les mettre en danger. Ils déploient des banderoles haineuses et matérialisent symboliquement la frontière avec une barrière de chantier. Ils s’instaurent en milice, dont les slogans et motivations sont clairement racistes.
Nous rappelons que les provocations publiques à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale constituent un délit (art. 24, alinéa 6, loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse) punissable d’un an d’emprisonnement et/ou d’une amende de 45 000 euros au plus. Les forces de l’ordre ne sont pas intervenues pour mettre fin à cette action, la considérant donc, implicitement, comme tout à fait légale. Le ministre de l’intérieur lui-même a d’ailleurs minoré ces faits en les qualifiant de « gesticulations ».
En réaction à cela, plus de 160 personnes solidaires ont lancé un cortège spontané pour passer la frontière avec des personnes migrantes. Contrairement aux identitaires, les solidaires se sont heurtés à un cordon de gendarmes, qui ont finalement laissé la manifestation avoir lieu.
Quelques heures plus tard, alors que le cortège était terminé depuis longtemps, trois jeunes gens qui en faisaient partie, Bastien et Théo, deux Suisses, et Eleonora, une Italienne, ont été arrêtés et placés en garde à vue. Ils sont restés en détention provisoire à la maison d’arrêt des Baumettes à Marseille pendant neuf jours avant d’être libérés le 3 mai. Leur procès a été fixé à la date du 31 mai.
Poursuivis pour « aide à l’entrée de personnes en situation irrégulière en bande organisée », ils encourent une peine allant jusqu’à dix ans de prison et 750 000 euros d’amende, assortie d’une interdiction de pénétrer sur le territoire français. Bastien, (...)
Le texte rappelle un peu plus loin que ces nouveaux "délinquants solidaires"...
(...) sont poursuivis pour aide à l’entrée, au séjour et à la circulation de
personnes en « situation irrégulière », termes d’une froideur
déshumanisante qui invitent à considérer les personnes migrantes
dépossédées de leurs droits comme des sous-hommes…
_________________________________
(1) Pascale Robert-Diard : Au procès de la responsable d’Amnesty jugée pour aide aux migrants, le naufrage de l’accusation (Les autorités reprochent à Martine Landry d’avoir aidé, à l’été 2017, deux jeunes Guinéens refoulés de France en Italie malgré leur statut de mineurs isolés). Le Monde, Nice (envoyée spéciale), 30.05.2018, mis à jour le 31.05.2018.
Unemobilisation de soutienà Nicole Briend est organisée ce jeudi à Carpentras pour demander la #RelaxePourNicole.
Cette militante risque cinq ans de prison et 75.000 euros d’amende pour vol en réunion et refus de prélèvementADN. Elle n’a pourtant rien d’une voleuse : les chaises n’ont pas été réquisitionnées pour servir son intérêt personnel et elles ont depuis étérestituées... au Trésor public.
Alors queBNP-Paribas poursuit ses pratiques d’évasion fiscale à grande échelle, l’État préfère poursuivre une militante qui dénonce, de façon non violente, l’évasion fiscale de la plus grande banque européenne.BNP-Paribas est toujours la banque française la plus implantée dans les paradis fiscaux, où elle détenait198 filiales en 2017. Rappelons que chaque année, du fait de l’évasion fiscale, ce sont entre 60 et 80 milliards d’euros qui échappent aux caisses de l’État et grèvent les budgets des finances publiques. (En savoir plus)
(3) Hamidou Anne : Le conte de fées de Mamoudou Gassama cache mal la répression des migrants en France, Le Monde Afrique, 29.05.2018. Chronique où l'on peut lire, par exemple :
« (...) En janvier 2015, le Malien Lassana Bathily, qui s’était illustré lors de l’attentat du magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes, à Paris, avait été naturalisé par le président François Hollande, dont le mandat avait été marqué par un projet de loi – avorté – sur la déchéance de la nationalité. Aujourd’hui, c’est au tour de Mamoudou Gassama d’être « anobli » par Emmanuel Macron, lequel est en train de mener la politique la plus répressive en matière d’immigration depuis plusieurs décennies en France.
L’histoire de Mamoudou Gassama est un conte de fées qui cache mal une gestion des migrants à bien des égards critiquable. Elle ne doit pas occulter la réalité des milliers de Maliens qui vivent un enfer dans leur quête d’une vie décente que leur pays ne leur offre pas. Sans le vouloir, Mamoudou Gassama donne une leçon de vie à son bienfaiteur en lui rappelant que les migrants que son gouvernement déshumanise au quotidien ne sont pas des statistiques mais des personnes qui, en fuyant divers drames dont la pauvreté, sont capables de grandeur. (...) »
(4) Personnes, groupes ou organisations ; voici la liste (à retenir) des signataires :
Cédric Herrou (Président de DTC - Défends ta citoyenneté), Agnès Jaoui (Cinéaste, Comédienne), Alice de Poncheville (Scénariste, Écrivaine), Alice Diop (Cinéaste), Anne Vellay (Médecin), Annie Ernaux (Écrivaine), Arié Mandelbaum (Peintre), Arno Bertina (Écrivain), Audrey Estrogou (Cinéaste), Benoit Hamon (Homme politique), Bernard Pagès (Sculpteur), Bertrand Tavernier (Cinéaste), Bevinda (Chanteuse), Bruno Caliciuri (CALI, Chanteur), Bruno Sol (Acteur), Médecins du Monde, Carmen Castillo (Écrivaine, cinéaste), Catherine Corsini (Cinéaste), Catherine Withol de Wenden (Chercheuse au CNRS), Celhia de Lavarène (Journaliste), Céline Chapdaniel (Productrice), Christian Guémy (C215, artiste de la rue), Christian Olivier (Têtes Raides, Chanteur), Christophe Ruggia (Cinéaste), Claire Simon (Cinéaste), Colin Lemoine (Historien de l’art), Costa-Gavras (Cinéaste), Cyril Celestin (Guizmo du groupe Tryo, Chanteur), Didier Bezace (Acteur, metteur en scène), Didier Super (Humoriste, chanteur), Dominique Cabrera (Cinéaste), Edmond Baudoin (Auteur et dessinateur de BD), Éliette Abecassis (Femme de lettres, scénariste), Élisabeth Perceval (Cinéaste), Emmanuel Finkiel (Cinéaste), Éric Bellion (Navigateur), Éric Fassin (Sociologue), Erick Zonca (Cinéaste), Ernest Pignon Ernest (Artiste plasticien), Étienne Balibar (Philosophe), Farida Rahouadj (Actrice), François Flahault (Directeur de recherche émérite au CNRS), François Gèze (Éditeur), François Morel (Cinéaste), Françoise Vergès (Politologue), Fred Vargas (Écrivaine), Frédéric Lordon (Économiste), Geneviève Brisac (Écrivain), Geneviève Garrigos (Ancienne présidente d’Amnesty international), Gérard Krawczyk (Cinéaste), Gérard Mordillat (Romancier et cinéaste), Gilles Perret (Documentariste), Guillaume Meurice (Humoriste et chroniqueur radio), Guy Baudon (Documentariste), Henri Leclerc (Avocat), Imhotep du groupe IAM (Compositeur), Ingrid Metton (Avocate), Ingrid Thobois (Écrivaine), Jalil Lespert (Acteur), Jean-Michel Ribes (Comédien), JMG Le Clézio (Écrivain), Jonathan Zaccai (Réalisateur), José Bové (Député européen), Joseph Beauregard (Auteur, documentariste), Josiane Balasko (Comédienne, cinéaste), Juliette Binoche (Comédienne), Juliette Kahane (Écrivaine), Kaddour Hadadi (HK, Chanteur), Kéthévane Davrichewy (Écrivaine), Laurence Côte (Actrice), Laurent Cantet (Cinéaste), Les Ogres de Barback (Groupe de musique), Lilian Thuram (Président de la Fondation Education contre le racisme), Lou de Fanget (Signolet Scénariste), Lucas Belvaux (Comédien), Magyd Cherfi (Chanteur), Mariana Otero (Cinéaste), Marianne Chaud (Ethnologue, cinéaste), Marie Darrieussecq (Écrivaine), Marie Hélène Lafon (Écrivaine), Marie Payen (Actrice), Marie-Christine Vergiat (Députée européenne), Mark Melki (Photographe), Martine Voyeux (Photographe), Maryline Desbiolles (Écrivaine), Michel Agier (Anthropologue), Michel Broué (Mathématicien), Michel Toesca (Cinéaste), Michèle Ray Gavras (Productrice), Natacha Régnier (Actrice), Nicolas Bancel (Professeur ordinaire à l’université de Lausanne / CRHIM), Nicolas Bouchaud (Comédien), Nicolas Klotz (Cinéaste), Nicolas Philibert (Cinéaste), Nicolas Sirkis (Indochine, Chanteur), Pascal Blanchard (Historien), Pascale Dollfus (Anthropologue, CNRS), Patrick Pelloux (Syndicaliste / écrivain), Philippe Claudel (Écrivain), Philippe Faucon (Cinéaste), Philippe Poutou (Ouvrier, syndicaliste), Philippe Torreton (Comédien), Pierre Grosz (Auteur), Pierre Lemaitre (Écrivain), Pierre Salvadori (Cinéaste), Pierre Schoeller (Cinéaste), Rachid Oujdi (Réalisateur), Rachida Brakni (Comédienne), Raphaël Glucksmann (Essayiste), Rithy Panh (Cinéaste), Robert Guédiguian (Cinéaste), Robin Campillo (Cinéaste), Rokhaya Diallo (Journaliste et réalisatrice), Sam Karmann (Comédien, Réalisateur), Samuel Le Bihan (Acteur), Sophie Adriansen (Écrivaine), Valérie Rodrigue (Écrivaine), Vincent Fillola (Avocat, président d’Avocats Sans Frontières), William Karel (Cinéaste), Yvan le Bolloc’h (Acteur), Yves Cusset (Philosophe). ____________________________________ Mise à jour du 16.06.2018 :
Le
personnel d’Oxfam et d'autres témoins font état de cas où les
garde-frontières français assignés à la démarcation italienne coupent les semelles de chaussures des enfants migrants
ou volent leur carte SIM. Un des cas concerne une jeune Erythréenne,
qu’on a forcée à repartir le long d’une route sans trottoir, son bébé de
40 jours dans les bras...
Rapport Oxfam : des enfants maltraités et renvoyés illégalement à la frontière franco-italienne
14/06/2018
Oxfam publie le rapport « Nulle part où aller »
qui détaille l'échec de la France et de l'Italie à aider les
réfugié-e-s et migrant-e-s échoué-e-s à la frontière vers Vintimille. Le
rapport raconte comment des enfants d’à peine 12 ans sont maltraités,
détenus et renvoyés illégalement en Italie par la police des frontières
française.
Le rapport « Nulle part où aller »
détaille comment le système d’accueil italien, submergé par les
demandes et très bureaucratique, laisse des réfugiés vulnérables et
d’autres migrants vivre « sous le radar » dans des conditions
dangereuses. Le rapport décrit la manière dont la police française
arrête quotidiennement des enfants non-accompagnés et les met dans des
trains en direction de l’Italie après avoir modifié leurs papiers pour
prétendre que ces enfants sont plus âgés ou qu’ils souhaitent retourner
en Italie de leur plein gré.
Les enfants signalent avoir été maltraités physiquement et
verbalement, et détenus de nuit dans des cellules sans eau, sans
nourriture, sans couvertures, et sans avoir accès à un tuteur officiel,
ce qui est contraire aux lois françaises et européennes en vigueur. Le
personnel d’Oxfam et les partenaires impliqués font état de cas où les
garde-frontières coupent les semelles de chaussures des enfants migrants
ou volent leur carte SIM. Un des cas concerne une jeune Erythréenne,
qu’on a forcée à repartir le long d’une route sans trottoir, son bébé de
40 jours dans les bras.
(...)
(Source : Oxfam France. En lire plus)