dimanche 16 mai 2010

Blancs sur Noirs - 11 & 12, par les Bouffes du Nord

Peter Brook et Le Théâtre des Bouffes du Nord avaient déjà monté à Madrid trois spectacles : Sizwe Banzi est mort, The Grand Inquisitor et Fragments, ces deux derniers en anglais. Sizwe Banzi est mort s'inscrit dans le cadre de l'apartheid de l'Afrique du Sud des années 70, dénonce sa violence épouvantable et revendique la condition humaine des maltraités.
Hier, je suis allé au Matadero voir la dernière pièce de Brook et les Bouffes : 11 and 12, qui met sur scène le bouquin d'Amadou Hampâté Bâ "Vie et enseignement de Tierno Bokar" (éd. du Seuil). Aujourd'hui aura lieu sa dernière représentation, à 19h00.
Le sujet renvoie, donc, encore une fois, à l'Afrique, à une partie de l'Afrique occidentale concrètement, et le jeu se développe dans un anglais saupoudré de français, arabe et castillan. Tierno Bokar était un maître malien du soufisme qui prêchait l'humour et la tolérance ; cette attitude disons déiste, antiviolente, antipuritaine et antifanatique fait de Tierno une sorte de Voltaire en pays dogon.
Le titre du montage fait allusion à une querelle religieuse motivée par une prière ; selon une première tradition, celle d'Ahmed Tidjane, il fallait la réciter onze fois, c'est-à-dire, faire glisser un chapelet à onze grains ; selon les tidjanes modernes, la prière se récitait à douze grains. Tierno Bokar penche pour les 11 grains suivant la position là-dessus de Cheikh Hamallah, sans pour autant avoir rien à redire contre l'autre pratique. Néanmoins, ce parti pris le fait encourir l'affrontement des marabouts "orthodoxes" et lui vaut la sanction des autorités coloniales françaises, bêtes et cruelles, qui le condamnent au silence et à l'isolement.
Amadou Hampâté Bâ, un de ses disciples à Bandiagara, évoque Tierno Bokar et beaucoup d'autres souvenirs dans son livre de mémoires Amkoullel, l'enfant peul (Actes Sud, 1991). Il fixe ainsi, noir sur blanc, des trésors qui ont toujours été oraux dans les traditions africaines. Ses textes gardent toujours une pointe d'humour et un beaucoup d'intention, comme on va voir dans cet échantillon révélateur et cocasse (pp 183-4 de l'édition citée ci-dessus) qui est aussi gaîment mis en scène dans 11 and 12 :
À l'époque, sur les vingt-neuf circonscriptions administratives que comptait le territoire du Haut-Sénégal-et-Niger, Bandiagara était l'une des plus importantes, sinon par le nombre de ses habitants, du moins par sa situation politique et économique et la densité de sa population européenne. La ville abritait en effet un bataillon, ce qui entraînait la présence d'une administration militaire comprenant dix officiers et sous-officiers français et d'une administration civile comprenant un commandant de cercle, un adjoint au commandant et six ou sept agents civils français. C'est dire l'importance de la présence française dans la ville, comparée à celle de Bougouni où il n'y avait en tout et pour tout qu'un commandant de cercle, quelques employés et quelques gardes.
Tout ce qui touchait de près ou de loin aux Blancs et à leurs affaires, y compris leurs balayures ou leurs ordures, était tabou pour les nègres. On ne devait ni les toucher ni même les regarder ! Or, un jour, j'entendis le cordonnier Ali Gommi, un ami de mon oncle maternel Hammadoun Pâté, déclarer que les excréments des Blancs, contrairement à ceux des Africains, étaient aussi noirs que leur peau était blanche. Je rapportai sans tarder cette étrange information à mes petits camarades. Une discussion s'ensuivit, si violente que l'on faillit en venir aux mains. Daouda et moi étions comme toujours du même avis, tandis que nos camarades Afo Dianou, Hammadoun Boïnarou et Mamadou Gorel s'opposaient violemment à nous.
"D'accord, criaient-ils, on peut parfois mentir, mais au moins le mensonge doit rester dans les limites permises ! Un mensonge qui veut grimper jusqu'au septième ciel finit par dégringoler sur le nez du menteur !"
Daouda et moi étions extrêmement blessés par les critiques insultantes de nos camarades. La seule manière de les confondre était d'aller nous assurer par nous-mêmes de la réalité des faits, quitte, ensuite, à exiger un règlement de comptes avec nos contestataires. Tout compte fait, il y avait une volée de coups de bâton dans l'air...

vendredi 14 mai 2010

Musique, francomonde et nostalgies montréalaises

Dans le dossier 6 du livre de l'élève de NB 1, on vous propose un parcours francophone à travers la chanson. Les auteurs choisis pour aborder ce sujet sont Tété et Robert Charlebois, ce qui constitue notamment un hommage à Montréal, au Canada, ce pays où les castors refaçonnent le paysage.
Dans le but d'éviter un excès de nostalgie montréalaise, et afin de donner une vision plus variée de la francophonie, nous avons vu aussi dans la salle d'informatique des vidéos d'autres artistes (M C Solaar, Massilia Sound System, Jane Birkin, Khaled, Faudel et Rachid Taha...). En tout cas, pour ceux qui ne sont pas venus aujourd'hui, vendredi d'un mai encore hivernal (j'en connais qui ne voudraient précisément se marier avec l'hiver et qui en ont vraiment ras le bol de sentir le froid, après tant de mois désoleillés), je colle ci-dessous les deux vidéos illustrant les chansons de Tété et de Charlebois que nous avons vues/écoutées : À la faveur de l'automne et Je reviendrai à Montréal. En ce qui concerne Tété, disons qu'il symbolise fort bien le francomonde évoqué par le titre de ce message ; né à Dakar, de mère antillaise et de père sénégalais, il a fait ses études en France, à l'université de Nancy, et il habite entre Paris et Montréal. Pas mal, n'est-ce pas ?


Posté devant la fenêtre / Je guette / Les âmes esseulées / A la faveur de l'automne
Posté devant la fenêtre / Je regrette / De n'y avoir songé / Maintenant que tu abandonnes
A la faveur de l'automne / Revient cette douce mélancolie / Un, deux, trois, quatre / Un peu comme on fredonne / De vieilles mélodies
Rivé devant le téléphone / J'attends / Que tu daignes m'appeler / Que tu te décides enfin
Toi, tes allures de garçonne / Rompiez un peu la monotonie / De mes journées de mes nuits

A la faveur de l'automne / Revient cette douce mélancolie / Un, deux, trois, quatre / Un peu comme on fredonne / De vieilles mélodies
A la faveur de l'automne / Tu redonnes / A ma mélancolie / Ses couleurs de super-scopitone / A la faveur de l'automne
Comment ai-je pu / Seulement être aussi bête ? / On m'avait prévenu / Voici la vérité nue

Manquerait / Plus que le mauvais temps / S'y mette, / Une goutte de pluie et / J'aurais vraiment tout perdu


Je reviendrai à Montréal / Dans un grand Bœing bleu de mer / J'ai besoin de revoir l'hiver / Et ses aurores boréales
J'ai besoin de cette lumière / Descendue droit du Labrador / Et qui fait neiger sur l'hiver / Des roses bleues, des roses d'or
Dans le silence de l'hiver / Je veux revoir ce lac étrange / Entre le cristal et le verre / Où viennent se poser des anges
Je reviendrai à Montréal / Ecouter le vent de la mer / Se briser comme un grand cheval / Sur les remparts blancs de l'hiver
Je veux revoir le long désert / Des rues qui n'en finissent pas / Qui vont jusqu'au bout de l'hiver / Sans qu'il y ait trace de pas
J'ai besoin de sentir le froid / Mourir au fond de chaque pierre / Et rejaillir au bord des toits / Comme des glaçons de bonbons clairs
Je reviendrai à Montréal / Dans un grand Bœing bleu de mer / Je reviendrai à Montréal / Me marier avec l'hiver / Me marier avec l'hiver

samedi 1 mai 2010

Le Balcon, de Genet, au Matadero

Le 1er mai, j'ai vu Le Balcon (1956), fable scénique de Jean Genet (1910-86), version et mise en scène d'Ángel Facio, dans les Naves del Español (ancien Matadero de Madrid). Celui qui avait pratiqué la prostitution dans sa jeunesse à Barcelone conçoit pour la scène, en toute connaissance de cause, un boxon, le Grand Balcon, "la plus honnête maison d'illusions", selon Madame Irma, sa maquerelle. En effet, cette luxueuse maison close materne notamment l'érotique des grands pouvoirs, l'assouvissement des fantasmes les plus prédateurs qui soient : tous les clients se déshabillent et recherchent leurs orgasmes affublés de hauts dignitaires (le juge, l'évêque, le général...). Le luxe consiste donc à revêtir les tenues de cérémonie des détenteurs de l'autorité dans nos sociétés et à adopter leur jargon légitime tandis qu'on se livre à des rapports sadomasochistes. Veblen et Freud auraient certainement apprécié la valeur analytique de cette imagerie. Pourtant, alors que la Vertu se défoule à l'intérieur du bordel, la révolution éclate à l'extérieur. Ángel Facio a choisi de lui donner un visage très espagnol : ses révolutionnaires ont l'air bien II République ; ils évoluent sous des drapeaux anarchistes, brament des litanies libertaires ou entonnent ¡A las barricadas!, l'adaptation CNTiste de la vieille Varsovienne de Wacław Święcicki. Et puis, il a supprimé le sixième tableau de la pièce —qui se joue en dehors du Grand Balcon et qui présente Chantal, Roger et les révoltés— en montant à sa place, un peu partout (dans la salle, dans les couloirs, au bar pendant la pause), une parade révolutionnaire assez convaincante. Vibrant effet, sans aucun doute, mais je me demande bien si les spectateurs ont bien compris certains éléments de la suite, notamment l'acte de Roger au neuvième tableau. Genet, serait-il ainsi bien servi, vu qu'il exige « tenir l'équivoque jusqu'à la fin » dans Comment jouer « Le Balcon » (1) ? Tenir l'équivoque jusqu'à la fin : ça nous renvoie au témoignage de Mohamed Choukri à son égard (cf. Jean Genet et Tennessee Williams à Tanger, Quai Voltaire, 1992) ou la confidence de Genet lui-même dans son livre posthume Un captif amoureux : « Ma vie visible ne fut que feintes bien masquées ». Quant aux rapports entre Le Balcon et l'Espagne (Carmen, l'Évêque, le Généralissime...), Genet avait expliqué (Arts, nº 617, 1er mai 1957):
« Mon point de départ se situait en Espagne, l'Espagne de Franco, et le révolutionnaire qui se châtrait c'était tous les républicains quand ils ont admis leur défaite. Et puis ma pièce a continué de son côté et l'Espagne du sien ».
La révolution, bruyante, pleine de raisons et d'entrain, belle, risque donc de l'emporter, mais dans le septième tableau surgit dans le lupanar un personnage qui aura la clé du conflit : l'Envoyé royal. Soudain, il y voit clair : pourquoi ne pas profiter de la belle allure d'Irma pour en faire la Reine ? Bête superbe ! Cuisses d'aplomb ! Épaules solides !... Tête... La grande pute deviendra la Reine, source de toute autorité ; il suffira de la parer convenablement. D'ailleurs elle serait accompagnée de l'Évêque, le Juge et le Généralissime, les trois Figures du bordel (les clients vont enfin accomplir pour de bon leur délire !), et du Héros (en l'occurrence, le Chef de la Police), qui s'occupera de tuer Chantal, l'égérie de la révolution. C'est ainsi que celle-ci va se dissoudre, vraie proie d'un spectacle faux, dindon de la farce : l'empire de l'image l'engloutit, la mascarade l'écrase ; bref, les Figures l'emportent sur la révolte, le bordel prend le pouvoir. Décidément, les vêtements du peuple et les accoutrements des gloires millénaires ne valent pas la même chose, l'habit fait le moine, on est ce qu'on représente. L'Envoyé s'y connaît :
« Ce qui compte, c'est la lecture ou l'Image. L'Histoire fut vécue afin qu'une page glorieuse soit écrite puis lue. »
À la fin, Roger le révolutionnaire s'en va chez Irma vêtu comme le Chef de la Police (devenu enfin Figure !) et, confondant rôle (ou image) et réel, se châtre en vue de châtrer son archétype : dérision de nous, dérisoires. 


(1) Texte caustique, qui ne ménage précisément pas les metteurs en scène, publié par Genet en 1962. Il était irrité par certaines représentations dont il avait été témoin (celles de Peter Zadek à Londres et celle de Peter Brook à Paris) ou dont on lui avait parlé (celles de New York, Vienne, Bâle ou Berlin). Pour que ceux qui ont vu la mise en scène de Facio puissent en juger à bon scient, je reproduis quelques extraits des dispositions de Jean Genet à ce propos :
"(...) À Londres, le metteur en scène avait eu l'intention de malmener la seule monarchie anglaise, surtout la reine, et, par la scène du Général et du Cheval, de faire une satire de la guerre : son décor, des barbelés. Des barbelés dans un bordel de luxe ! À New York, le metteur en scène a carrément fait disparaître tout ce qui concernait la révolution. Paris : (...) Les actrices remplacent un mot par un autre, le metteur en scène taille dans le texte. (...) Le plateau tournant —Paris— était une sottise : je veux que les tableaux se succèdent, que les décors se déplacent de gauche à droite, comme s'ils allaient s'emboîter les uns dans les autres, sous les yeux du spectateur. (...) Dans les quatre scènes du début presque tout est joué exagérément, toutefois il y a des passages où le ton devra être plus naturel et permettre à l'exagération de paraître encore plus gonflée. En somme aucune équivoque, mais deux tons qui s'opposent. Au contraire, dès la scène entre madame Irma et Carmen, jusqu'à la fin, il s'agit de découvrir un ton de récit toujours équivoque, toujours en porte à faux. Les actrices ne doivent pas remplacer les mots comme boxon, bouic, foutoir, chibre, etc., par des mots de bonne compagnie. Elles peuvent refuser de jouer dans ma pièce —on y mettra des hommes. Sinon elles obéissent à ma phrase. Je supporterai qu'elles disent des mots à l'envers. Par exemple : xonbo, trefou, couib, brechi, etc. (...) Encore une chose : ne pas jouer cette pièce comme si elle était une satire de ceci ou de cela. Elle est —elle sera donc jouée comme— la glorification de l'Image et du Reflet. Sa signification —satirique ou non— apparaîtra seulement dans ce cas."
À mes yeux, tout compte fait, Facio et ses acteurs se sont plus que bien tiré de ce défi considérable. TROUPE (rôles principaux) : Noelia Benítez (Eliana), Paco Maestre (l'évêque), Yolanda Ulloa (Irma), Sonia de Rojas (Isabel), Celia Nadal (Carmen), Rafael Núñez (le général), Sergio Macías (le juge), Raúl Sanz (Arthur), Mahue Andújar (Arlette), Fernando Sansegundo (Chef de police), Alfonso Delgado (Roger), Nadia Doménech (Chantal).

mercredi 28 avril 2010

Dommage, Siné. Hommage

Le 9 septembre 2009, je recevais ce courriel des Sinet à propos de Siné Hebdo :
Chers amis, vous étiez là dès le début, un peu avant même. Vous avez signé
 les pétitions de soutien, vous avez impulsé l’élan de solidarité. Nous vous remercions de votre confiance et continuons de mener
 un combat tout azimut pour lutter contre le consensus mou,
 la terreur intellectuelle et la pensée unique.
 L’aventure Siné Hebdo était improbable. Lancer un nouvel hebdo,
 en trois semaines, pendant l’été 2008, et en pleine crise 
de la presse : il fallait être fou ou très en colère ! Nous étions les 
deux. Le succès fut au-delà de toute attente : 140 000 exemplaires
 vendus dès le premier numéro, le 10 septembre 2008.
 Depuis, c’est 2 millions 700 000 exemplaires vendus, 50 000 mails
 et courrier des lecteurs, 12 000 dessins reçus dont plus de 2 650 
publiés, grâce à une équipe de chroniqueurs, journalistes et 
dessinateurs enragés.
 Nous fêtons ce mois-ci le premier anniversaire de Siné Hebdo, 
via un hors-série de 96 pages, « Un an… et toutes ses dents ! »,
 qui retrace cette incroyable aventure. Où il est démontré que 
Siné Hebdo ce n’est pas ce QUE les médias voudraient en faire :
 un journal de rigolade. Non, c’est AUSSI des enquêtes, des 
reportages, des rencontres… 
Nous vous demandons, aujourd’hui plus que jamais, de parler 
de Siné Hebdo autour de vous, du hors-série… Nous n’achetons pas 
de pub, nous n’en accueillons pas, nous n’avons que nos lecteurs
 et nos « soutiens » pour garantir notre indépendance et
 pérenniser l’aventure !
Merci à vous tous,

Bob et Catherine Sinet
Aujourd'hui est sorti le numéro 86 de Siné Hebdo, le dernier pour la route car il nous annonce la disparition de ce journal courageux, percutant, gogophobe et salutaire. Siné a osé cette aventure à l'âge de 80 ans et il doit maintenant, presque deux ans plus tard, fermer boutique. Vu qu'il est presque impossible d'accéder aujourd'hui à une publication imprimée d'un certain tirage qui soit à la fois indépendante (dont les auteurs soient leurs propres maîtres) et anticonventionnelle, la perte est lourde pour la contestation. Dommage, Siné, et mille fois merci pour cette tentative, ce bel exemple de résistance.
Laissons qu'il nous explique le pourquoi de l'enterrement de sa feuille ; retenez surtout son dernier paragraphe :
Dernier numéro le mercredi 28 avril
“Les jeux sont faits, les dés sont jetés, rien ne va plus… On ferme !” Siné
Bien que le chiffre des ventes soit resté tout à fait honorable en ces temps de crise économique (37 000 ventes), Siné Hebdo perd chaque semaine de l’argent.
Tout aura été tenté : impression sur un papier moins cher, réduction des piges acceptée unanimement par tous les collaborateurs et appel aux dons lancé le 10 mars dernier.
Mais cela ne suffit pas. La décision a donc été prise de fermer le journal. On n’allait tout de même pas risquer qu’un administrateur judiciaire impose sa loi à Siné Hebdo ! Cette aventure collective se devait d’être exceptionnelle jusqu’au bout.
Le dernier numéro (28/04, n° 86) sera l’objet d’un enterrement joyeux lors de la manif du 1er mai où toute l’équipe de Siné Hebdo vendra ce collector en fanfare !
“Si c’est la fin de Siné Hebdo, ce n’est pas la fin des haricots ! (…) À côté des étrangers sans papiers, renvoyés comme des malpropres dans leur pays d’origine, (…), des pauvres hères obligés de roupiller dans des boîtes en carton près des poubelles, des chômeurs longue durée réduits à la mendicité (…), des milliers de paumés en cabane attendant des années pour être jugés… on est des petits vernis, des veinards, presque des privilégiés, nous ne l’oublions jamais (…)” Siné

Au web ce soir - Ursule 1.1

Une troupe en direct sur internet : le Théâtre de Cornouaille de Quimper (Bretagne) nous annonce un spectacle, créé spécifiquement pour la Toile, à suivre en direct aujourd'hui 28 avril à 21h.
Benjamin Lazar, metteur en scène et scénariste de la pièce, nous explique : "la représentation d’Au web ce soir sera construite en fonction de son support de diffusion: le cadre fixe imposé par la caméra deviendra la scène de théâtre où évolueront en direct les artistes."



NOTE POSTÉRIEURE : vous pouvez voir ou revoir Ursule 1.1

lundi 26 avril 2010

Petite Espagne

(Texte remanié le 19/10/2018, à l'occasion de la présentation de ce documentaire dans l'EOI de Embajadores, Madrid)

C'était la journée de clôture de la VIII Muestra de Cine y Trabajo, organisée par la Fundación Ateneo Cultural 1º de Mayo. Nous avons tout d'abord vu les quatre courts métrages qui étaient au palmarès de cette édition du festival ; ensuite, Assämara, film tourné en Éthiopie qui montre notamment la lutte pour la vie des enfants d'Awassa ou Addis Abeba ; enfin, Petite Espagne, film documentaire de Sophie Sensier (produit en 2006 par Yenta Production – 60 min – Couleur. Monteuse : Agnès Brucker. Sous-titres en castillan : Maite Imbernón).
Quel a été le déclic à l'origine de ce projet ? J'ai appris qu'il y a 7 ans, Sophie Sensier et Natacha Lillo (1) ont passé un dimanche à manger, à boire et à causer dans El Hogar de los Españoles, 10 Rue Cristino Garcia, 93210 Saint Denis, au nord de la Porte de la Chapelle, de Paris. Ce foyer, situé à quelque 800 mètres du reluisant Stade de France, est le centre social de la Petite Espagne, quartier développé par des immigrés espagnols, à provenance surtout d'Estrémadure (Mesas de Ibor, Losar et autres villages de la Vera...), qui ont afflué très spécialement à partir de 1920 sur la Plaine de Saint-Denis, cet espace encastré entre l'avenue Président Wilson et le fleuve, et appartenant aux communes de St-Ouen, St-Denis et Aubervilliers.

Le 5 octobre 2007 eut lieu le vernissage de l'exposition « Portraits de migrations, un siècle d'immigration espagnole en France » dans El Hogar de los Españoles. C’est grâce à l'allocution de Antonio Casillas, son président, que j’eus vent d'un premier afflux d'Espagnols sur La Plaine remontant à des temps relativement reculés, ainsi que d'autres détails importants sur cette migration ibérique en Seine-Saint-Denis. En voici un extrait :
Dès les années 1860, de très jeunes immigrés espagnols sont recrutés dans deux grandes verreries du département de la Seine-Saint-Denis. Mais c'est au cours de la Première Guerre mondiale que des milliers d'espagnols viendront travailler dans les grandes usines métallurgiques et chimiques dont la production est alors destinée à l'effort de guerre. Les ouvriers firent face à d'importants problèmes de logement et à des conditions de travail éprouvantes.
C'est dans ce contexte, qu'en 1913, l'aumônier Gabriel Palmer convainc le roi Alphonse XIII de l'envoyer à Paris pour y « étudier les œuvres nécessaires pour améliorer les conditions de vie de nos compatriotes ». De cette mission et de son séjour à Paris va résulter la création du Patronage à la Plaine qui se fera exclusivement par des dons privés et sans aucun apport financier de l'État espagnol.
Les frères clarétains seront chargés de l'encadrement des activités du Patronage qui sera composé d'une église, d'un théâtre et d'un dispensaire médical. Mais c'est sur l'initiative d'un groupe d'ouvriers espagnols que sera constitué, le 19 août 1926, le Hogar de los Españoles et qui prendra la forme de Société de Secours Mutuels, c'est-à-dire « un groupement à but non lucratif de personnes physiques menant une action de prévoyance, de solidarité et d'entraide dans le domaine social ». Le Hogar avait donc pour but de venir en aide aux ouvriers espagnols en difficulté.
(...)
Au fil des années 1920 et 1930, les familles viennent rejoindre les ouvriers et s'installent durablement en créant une véritable colonie espagnole que l'on surnommera « La Petite Espagne ».
Mais c'est Natacha Lillo qui a mené à bien une recherche minutieuse là-dessus et nous apprend, entre autres :
En 1911, déjà 260 Espagnols vivent à St Denis, majoritairement dans le quartier de la Plaine (1) : 145 habitent avenue de Paris (2), surtout dans les immeubles de rapport des numéros 96 et 100 ; d’autres se sont installés à proximité, rue de la Montjoie. La rue de la Justice (3), qui deviendra après 1918 le cœur du quartier espagnol, ne compte alors que quatre foyers espagnols, regroupant 21 personnes, auxquels il faut ajouter les 10 habitants du passage Dupont.
Contrairement à ce qui se passera à partir des années 20, il ne s’agit pas majoritairement d’une immigration familiale : on ne compte que 35 couples et 57 jeunes enfants. Quatorze d’entre eux sont nés à St Denis, la plus âgée en 1907 et les deux plus jeunes en 1911, ce qui permet d’établir la date d’arrivée récente de leurs parents. Malgré sa « jeunesse », cette immigration compte déjà six couples mixtes franco-espagnols.
Vers 1910, il y avait eu, paraît-il, une première vague d'immigrés bretons et italiens, mais déjà dans les années 1930, on n'y trouve que des Espagnols —qui ont soutenu, pour la plupart, la République lors du putsch des généraux fascistes en 1936, ce qui leur coûterait plus tard, sous l'Occupation, un bon nombre de déportations à Mauthausen ou Ravensbrück. Ils ont éprouvé l'amertume de la défaite républicaine mais aussi l'euphorie de voir le 27 août 1944, avenue Président Wilson, des noms espagnols sur les chars d'assaut, les tanks, des troupes du général Leclerc qui libéraient Paris.
Enfin, entre 1958 et 1970, la misère franquiste entraînera encore un flux énorme d'immigrés ibériques à Saint-Denis.

Le film de Sophie Sensier, court et touffu, explique sans ornement, en français et en castillan, souvent en tendre fragnol, et grâce à un beau travail de montage, l'histoire émouvante de ce quartier —à travers des photos, quelques fragments vidéos, des images d'aujourd'hui et beaucoup de témoignages, dont un poème machadien, clair et net de Manuel García Montero.
Les Espagnols arrivaient dans des conditions très dures et de toutes les manières possibles pour fuir la misère et travailler dans les usines de gaz ou de soufre, la tréfilerie Mouton, la fonderie. Il y en avait même qui étaient contraints de traverser clandestinement la frontière des Pyrénées pour entrer en France (témoignage d'une spectatrice bien émue à la fin de la projection). Et la Plaine, au début, c'étaient les terrains vagues, les rats, les baraques, la boue, l'absence d'eau ou d'électricité, les lampes à pétrole, les fosses d'aisances communes, les pièces à partager et l'entassement concomitant, la culture des potagers, l'élevage des poules et des lapins... On pouvait louer une pièce à trois, par exemple, et chacun en disposait huit heures sur 24. Un jour, on a construit une première maison ; probablement grâce à l'effort de mains bandées, piquées par l'acide. Et, bien entendu, sur un terrain qui ne leur appartenait pas, comme il arrive toujours quand se dressent agglomérations d'habitations de fortune, poblados chabolistas ou favelas. Ces expatriés étaient illettrés, ils n'avaient pas pu aller à l'école. Et pourtant, Severiano Manglano, qui a vécu 17 ans de sa vie dans ces bidonvilles, en garde un bon souvenir ; il y en avait beaucoup dont la seule prétention était de gagner leur vie, et du pain et des pupitres pour leurs enfants.
Petit à petit, beaucoup de taudis ont été démolis, l'église du patronage est devenue un salon de fêtes et on bâtit aujourd'hui des habitations modernes sur les friches des usines désaffectées. Pour ne pas parler du colossal Stade de France. Mais on peut encore visiter "El Hogar de los Españoles".
Les uns sont restés en France, ainsi que leurs enfants ; d'autres sont rentrés en Espagne. Il y en a qui se sentent fiers d'être à la fois français et espagnols alors que d'autres lancent leur plainte entre deux chaises : ça fait mal que d'être français en Espagne et espagnol en France. Je me rappelle même un commentaire ironique là-dessus : "Ni Français ni Espagnols ; on est des Gitans". Une femme explique, plus ou moins, pour moi, dix jours en Espagne, c'est trop : mes attaches sont en France. Chaque expérience est différente, comme chaque chair. Mais ces témoignages sont clés, incontournables, pour contrecarrer la prolifération de mythes intéressés à propos de l'émigration espagnole.
Merci, Sophie, merci Natacha, pour votre contribution comme passeuses de mémoire.


NOTE : Justement, ces jours-ci, France Télévisions présente, avec Narrative, une coproduction de documentaires multimédia consacrés à l'émigration. On les diffuse sur le site de France 5, dans la collection "Portraits d'un nouveau monde". Vous y trouverez, par exemple, Un Somalien à Paris, de Patrick Zachmann, ou Au pied du mur, web documentaire de Romain de l'Écotais, réalisateur de 29 ans basé à Marseille qui, en 2005, a commencé à travailler sur la thématique de l'exil et du travail. Curieusement, il a dirigé des ateliers audiovisuels avec des jeunes d'Aubervilliers...
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À lire aussi sur le net :

Inès Edel García : À la Plaine Saint Denis, la nostalgie de la « Petite Espagne », 13 octobre 2016 (reportage pour le Bondy Blog) :
Le quartier Cristino Garcia, autrefois fief espagnol de la Plaine Saint Denis, a connu d’importantes mutations. Les Espagnols ont progressivement cédé leur place à d’autres communautés et le quartier se métamorphose. Mais l’enclave reste un lieu de sociabilité incontournable pour la communauté espagnole francilienne.
Natacha Lillo : « LA PETITE ESPAGNE »- La naissance d'une communauté. Immigrés espagnols à La Plaine Saint-Denis au début du XXème Siècle, retirada37.com, 14 mars 2017. Lecture incontournable !
En savoir plus.

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(1)  LILLO, Natacha : Espagnols en banlieue rouge, histoire comparée des 3 principales vagues migratoires à Saint-Denis et dans sa région au XXe siècle. 2 tomes et les annexes. Doctorat en IEP (Institut d'Études politiques, Histoire), 2001, dir. M Pierre Milza, IEP de Paris.
LILLO, Natacha : La Petite Espagne de la Plaine-Saint-Denis 1900-1980, éd. Autrement, avril 2004, 168 p. (coll. France d'ailleurs, Peuple d'ici). Sommaire :
La Plaine-Saint-Denis, lieu de mémoire ouvrière et immigrée, 1900-1920.
Précarité et solidarités à la Plaine dans l'entre-deux-guerres.
Les Espagnols dans la tourmente, 1930-1945.
Renouveau et déclin de la petite Espagne, des années 50 aux années 70.

jeudi 15 avril 2010

Miss GlouGlou vous apprend la crachitude



Pleine de fougue, de fraîcheur et de précision, Miss GlouGlou sait joindre le geste à la parole pour vous montrer comment cracher le vin avec élégance sans s'en mettre sur le plastron...
Voici l'intro qu'elle nous propose sur son blog :

Que dire de plus?

Si vous n’avez jamais craché de vin, les premières fois seront déroutantes. La rétro-olfaction ne s’effectue pas tout à fait de la même manière quand on crache et quand on avale le breuvage, il faut un moment d’adaptation. Alors, à part garder une micro-gorgée et recracher le reste, je n’ai qu’un conseil : entraînez-vous.

Et je suis, d’avance, désolée pour ceux qui seront navrés par le niveau intellectuel de cette vidéo.

Gabinete de lectura-Literatura francesa - Librería La Central - Madrid

AGENDA - La Central - Madrid - 2010

Je fais état d'un atelier où plusieurs spécialistes vont dévoiler leur passion pour certains livres emblématiques de la littérature française. Cliquez sur le lien ci-dessus pour en savoir plus. Au programme :

Mercredi 28 avril
Zona de Mathias Enard (Ed. La Otra Orilla)
Invité : Mathias Enard.

Mercredi 12 mai

Lo infraordinario de Georges Perec (Ed. Impedimenta)
Invité : Enrique Redel (éditeur).

Mercredi 26 mai

La educación sentimental de Gustave Flaubert
Invité : Constantino Bértolo (editeur et critique).

Mercredi 9 juin

El extranjero de Albert Camus
Invitée : Elvira Navarro (écrivaine).

Coordinatrice:

Mercedes Cebrián
(écrivaine, traductrice, journaliste).

lundi 12 avril 2010

Gallica et ses coquilles numériques

Je vous relaie ici, telle quelle, une brève de la lettre d'information quotidienne du Monde des abonnés à propos de Gallica. Cette gigantesque archive numérique de la Bibliothèque nationale de France a besoin de corriger les coquilles qui se glissent dans le processus de numérisation de tant et tant de documents qu'elle a entamé. C'est pour cela qu'aujourd'hui, elle...
(...) fait appel aux internautes de la communauté wikipédia. Le site, qui regroupe uniquement les ouvrages tombés dans le domaine public, propose en consultation gratuite plus de 1 million de documents (dont 408 190 en mode texte), un nombre faramineux qui s'accroît à un rythme de 1 500 documents numérisés par jour ! Devant ce travail colossal, les techniques de numérisation automatique ne sont pas parfaites et ne peuvent remplacer l'œil humain. Aussi les transcriptions des textes anciens qui en résultent présentent-ils régulièrement des erreurs. C'est pourquoi la BNF a conclu un partenariat avec l'association Wikimédia France pour solliciter le concours de ses contributeurs bénévoles. 1 400 œuvres sous forme de fichiers ont ainsi été transmises à Wikisource, afin que les internautes passionnés puissent les corriger. La sélection comporte des classiques de la littérature tels que ceux d'Emile Zola, George Sand, la comtesse de Ségur ou encore Stendhal.

NOTE POSTÉRIEURE à partir d'une info du Monde :

La Bibliothèque François-Mitterrand a ouvert le 2 juin son Labo BNF, un espace dédié à toutes les innovations numériques liées au livre, et un blog.

mardi 6 avril 2010

Les Aventures de Sarkozix

Le 21/03/2010, les éditions Guy Delcourt viennent de publier une BD intitulée Les Aventures de Sarkozix 1. Tout pour ma Gaule ! (ISBN : 978-2-7560-2085-3). Ses auteurs sont Wilfrid Lupano (scénario), Bruno Bazile (dessin) et Jérôme Maffre (couleurs). Ce premier volet inaugure une série consacrée à ce personnage gaulois dans la collection "Humour de rire" —alors qu'il y en a qui pensent que c'est lui qui se fout du monde.


Voici le résumé de cet épisode :
Lutèce, jour 1 de l'an 1 après JC (Jacques Chiraquix). Sarkozix, le nouveau chef des Gaulois, inaugure l'ère de la rupture et organise un grand banquet pour fêter sa victoire historique. Tous ses amis sont là : Martinbouix, Hortefix, Johnnix, son fidèle Fillus et bien sûr Carlabrunix. La tribu trinque aux boucliers fiscaux et autres régimes spéciaux... Les aventures de Sarkozyx ne font que commencer !
Ce volume est donc la parodie de La nuit du Fouquet's, le Fouquet's étant un restaurant de grand luxe des Champs-Élysées où le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy et ses amis —une cinquantaine de gens de l'argent et de la réussite— ont fêté leur victoire le soir du second tour de l'élection présidentielle (1).
Si vous voulez connaître le who is who du pouvoir en France, ainsi que des détails de cette soirée-là, vous n'avez qu'à jeter un coup d'œil sur l'ouvrage « La nuit du Fouquet’s » (Éd. Fayard) des journalistes politiques Ariane Chemin, du Monde, et Judith Perrignon (ex-Libération). Vous pouvez cliquer ci-contre et lire la critique de Noël Blandin dans La République des Lettres.

(1) Note du 7/4/10 : Rappelons que le bouclier fiscal a profité l'an dernier à environ 20 000 contribuables vraiment nantis pour un montant de 650 à 700 millions d'€, selon Le Figaro du 7/4/10. Le bouclier est contesté par 67 % des Français, 39 % réclamant sa suppression définitive et 28 % sa suspension, selon un sondage CSA dans Le Parisien du 31/3/10.

jeudi 25 mars 2010

Les élèves du lycée Chérioux et Julien Prévieux

Vous vous rappelez l'artiste Julien Prévieux et ses lettres de non-motivation ? Vous savez que le 2 février, un élève de 14 ans du lycée Adolphe-Chérioux de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) a été agressé ? Cliquez ci-contre pour voir une vidéo explicative fournie par France 3.
Les enseignants du lycée se sont alors mobilisés pour réclamer des "assistants d'éducation" (les "surveillants" de mon époque). Les cours ont finalement repris le 17 février, mais cette grève pourrait coûter cher aux profs car le ministère de l'Éducation du sarkozyste Luc Chatel ne leur reconnaît pas le droit de retrait et a entamé les retenues sur salaire. Selon Libération, au retour en classe, ils avaient un mot du proviseur dans leur casier: «Je vous informe que les états relatifs à vos absences pour service non fait ont été transmis aux services du rectorat pour retrait de salaires.» Quel beau métier que le nôtre.
Eh ben, les élèves de BTS design d'espace de ce lycée francilien viennent de concevoir avec Julien Prévieux un projet de "structures pour les jeunes qui errent dans les couloirs, faute de salle de permanence ou de foyer pour se poser entre deux cours". «L'idée, c'est toujours la même: dénoncer une situation en proposant des solutions sur le mode humoristique», explique Prévieux. On ne demande pas mieux : le résultat, relayé par Libération, est une saisissante revendication incisive et géométrique. Je vous conseille de jeter un coup d'œil sur la galerie de photos du blog du lycée.

dimanche 21 mars 2010

Jean Ferrat est mort



Le 13 mars 2010, ce type honnête à la voix magnifique a finalement été anéanti par le cancer qui le rongeait depuis un certain temps. Ses chansons nous restent, bien entendu, heureusement, et nous pouvons aussi écouter son témoignage, posthume, ses souvenirs, ses commentaires... grâce aux miracles des nouvelles technologies : le 15, sous le titre "Jean Ferrat, le léger et le grave", France Culture a bien voulu rediffuser les émissions d'À Voix nue qu'elle lui avait consacrées en 2004. Ce fut un travail d'Hélène Hazéra à partir d'un long entretien enregistré en octobre 2003 et développé en cinq volets, du 23 au 27/02/04, selon le schéma suivant :

1- Lundi 23 février 2004 : Une enfance dévastée par la guerre et les lois raciales de Vichy. Le bonheur familial s’interrompt brusquement : le père, venu de Russie fuyant les pogromes de l’après 1905, confiant en son nouveau pays, va se faire inscrire comme juif, porte l’étoile et disparaît en déportation. L’enfant doit se cacher…

2- Mardi 24 février 2004 : La jeunesse, le TNP, les galères, la Rive Gauche, Christine Sèvres, ma môme. Laborantin puis étudiant en sciences. Le jeune Jean Ferrat se forme intellectuellement au TNP de Jean Vilar. Il joue dans des troupes d’amateurs, puis s’essaie à ses premières chansons, qu’il va présenter dans les cabarets de la Rive gauche. Tableau de la Rive Gauche vu par un jeune chanteur en galère. Rencontre avec Christine Sèvres, sa première femme, chanteuse qui ne connut pas les grands succès mais reste très appréciée aujourd’hui des connaisseurs. Une jolie chanson populiste « Ma môme » attire l’attention sur lui.

3- Mercredi 25 février 2004 : La poésie d’Aragon, de Lorca et de Francis Carco, la vague yé-yé. Jean Ferrat évoque sa carrière, sa rencontre avec son éditeur, sa rencontre avec la poésie d’Aragon, avec celle de Lorca, et avec celle de Carco pour qui il a une prédilection. Le rapport avec le public, la fatigue des tournées. La difficulté d’écrire des choses graves dans un médium, la chanson, plutôt tournée vers la légèreté. Il évoque la guerre entre les chanteurs d’obédience « Rive Gauche », attachés à la poésie des textes et ceux de la vague yéyé, plus portés vers le rythme et l’imitation des succès américains.

4- Jeudi 26 février 2004 : La politique, Prague, Cuba, le bilan positif de Georges Marchais, et la censure. La chanson, pendant des siècles, a été un des vecteurs privilégiés de la politique, Jean Ferrat est heureux de s’inscrire dans ce courant. Il n’a jamais adhéré au Parti communiste, mais en a été toujours proche, quitte à dénoncer le coup de Prague et les propos de Marchais sur « le bilan positif ». Mais pas question de revenir sur son soutien à la Révolution cubaine… Qui dit politique dit censure, Jean Ferrat distille quelques histoires savoureuses.

5- Vendredi 27 février 2004 : La chanson française en 2003 et les médias, matraquage et commerce. Il y a quelques mois Jean Ferrat a écrit une tribune dans le Monde sur la situation de la chanson française, notamment dans les médias. Les œuvres personnelles sont de moins en moins diffusées au profit d’œuvres purement commerciales, matraquées sans vergogne, le plus souvent par des artistes voués à l’éphémère. Ferrat dénonce les attaques faites à un art qui est sa vie, et propose des mesures d’urgence. Beaucoup de colère et d’amertume même si, « à la fin, c’est la chanson des rues et des bois qui reste ».

Ce même lundi 15 mars, l'une de nos émissions favorites, Là-bas si j'y suis (France Inter), diffusait son hommage à Jean Ferrat.
Enfin, l'INA propose une belle collection de vidéos où voir et écouter Jean Ferrat chantant ou s'exprimant sur divers sujets.

Obsèques de Jean Ferrat, à Antraigues-sur-Volane (en Ardèche), ce mardi 16 mars 2010. Une cérémonie entre poésie et chansons retransmise en direct sur France 3 qui fournit ces images.

vendredi 19 mars 2010

Cartes interactives pour jouer et apprendre

Votre prof de français reprend ses activités le lundi 22 mars. Entretemps, je vous relaie une contribution de Sara Gómez, élève de NB 1, qui m'a envoyé le lien d'un site plurilingue, créé par Enrique Alonso, où vous trouverez des jeux didactiques basés sur des cartes interactives avec Flash. Une manière facile de vérifier vos connaissances en matière de géographie et, en ce qui nous concerne, d'apprendre en français des noms de pays, de départements français, de communautés autonomes, etc. Sa dernière actualisation date du 22/02/2010. Merci Sara pour ton tuyau.

lundi 8 mars 2010

L'agriculture et la vraie vie

« J’appartiens à ce parti d’opposition qui s’appelle la vie. »
Honoré de Balzac.


Nos enfants nous accuseront est un film de Jean-Paul Jaud, diffusé en novembre 2008, qui aborde l'insolite initiative de la municipalité de Barjac (Gard), qui a décidé d'introduire une alimentation saine dans la cantine scolaire du village. Le réalisateur décrit la tragédie environnementale qui nous guette tous, notre santé et l'avenir des jeunes générations : 76 000 tonnes de pesticides sont déversées chaque année sur les campagnes françaises, mais cette pollution agrochimique ne connaît pas de frontières. Jaud nous a bel et bien prévenus...


Nous sommes à Barjac, une petite commune française au pied des Cévennes, dont le maire a décidé de faire face, a décidé de réagir en faisant passer la cantine scolaire en Bio. À Barjac comme ailleurs la population est confrontée aux angoisses contre la pollution industrielle, aux dangers de la pollution agrochimique. Ici commence un combat contre une logique qui pourrait devenir irréversible, un combat pour que demain nos enfants ne nous accusent pas (...).
(Propos de Périco Legasse, journaliste)

La chanson de la vidéo, Aux arbres citoyens !, appartient à l'album Charango (2006), de Yannick Noah. En voici les paroles et, puis, un clip :

Le ciment dans les plaines / Coule jusqu'aux montagnes / Poison dans les fontaines, / Dans nos campagnes
De cyclones en rafales / Notre histoire prend l'eau / Reste notre idéal / "Faire les beaux"
S'acheter de l'air en barre / Remplir la balance : / Quelques pétrodollars / Contre l'existence
De l'équateur aux pôles, / Ce poids sur nos épaules / De squatters éphémères... / Maintenant c'est plus drôle
Puisqu'il faut changer les choses / Aux arbres citoyens ! / Il est grand temps qu'on propose / Un monde pour demain !
Aux arbres citoyens / Quelques baffes à prendre / La veille est pour demain / Des baffes à rendre
Faire tenir debout / Une armée de roseaux / Plus personne à genoux / Fais passer le mot
C'est vrai la terre est ronde / Mais qui viendra nous dire / Qu'elle l'est pour tout le monde... / Et les autres à venir...
Puisqu'il faut changer les choses / Aux arbres citoyens ! / Il est grand temps qu'on propose / Un monde pour demain !
Plus le temps de savoir à qui la faute / De compter sur la chance ou les autres / Maintenant on se bat / Avec toi moi j'y crois




Mise à jour du 16 janvier 2014 
Miguel m'écrit :
Salut cher prof ! 
Je t'envoie "Les dix commandements pour les arbres" du botaniste Francis Hallé. 
C'est un architecte des arbres et un spécialiste dans le domaine des forêts primaires. 

DIX COMMANDEMENTS POUR LES ARBRES

RESPECT. Les arbres sont des êtres vivants, aussi vivants que vous ou moi. Mieux : ils sont nos protecteurs. Accordez-leur le respect auquel ils ont droit en tant qu’êtres vivants et ne les traitez jamais par le mépris, comme s’ils n’étaient que du mobilier urbain.

ANTICIPATION. Avant de planifier un édifice ou un quartier neuf, faites appel à un urbaniste qui saura placer d’abord les espaces verts et les lignes d’arbres : le bâti viendra seulement par la suite.

COMPÉTENCE. Sachez vous entourer des meilleures compétences pour le choix des essences, la plantation, les tailles de formation, l’élagage du bois mort et les diagnostics de sécurité.

PRÉVOYANCE. Prévoyez, pour chaque arbre planté, un volume suffisant pour sa couronne et ses racines lorsqu’il sera devenu adulte : cela rend les tailles inutiles. N’oubliez jamais qu’un arbre non taillé n’est pas dangereux.

MODESTIE. Ne plantez jamais de “gros sujets” destinés à faire impression : c’est à la fois une perte de temps et un gaspillage financier. La “frime” et les arbres ne vont pas ensemble.

HONNÊTETÉ. Ne croyez pas – et ne tentez pas de faire croire – que dix jeunes arbres vont remplacer un grand et vieil arbre abattu : c’est une contrevérité sociale, écologique et financière.

NON-VIOLENCE. Ne taillez ni les branches ni les racines d’un arbre, sauf obligation absolue. Ce n’est pas esthétique et cela rend l’arbre dangereux.

CIVISME. Soyez intraitables avec les comportements laxistes et inciviques vis-à-vis des arbres en ville : chocs, mutilations, etc. Ils supportent très mal toute forme d’agression.

PROTECTION. N’oubliez jamais qu’abattre les arbres le long des axes routiers n’est en aucun cas une réponse adaptée aux problèmes de la sécurité routière.

GRATITUDE. Aimer les arbres, c’est une autre façon d’aimer l’homme. Aimez vos arbres et vous aurez la satisfaction de constater que vos concitoyens vous en témoigneront de la gratitude.

(Source : Actes Sud)