Ce petit blog, Candide résiste, dispose d'un libellé dictionnaires reccueillant les articles consacrés à ces objets qui s'occupent des mots et des expressions sous tant d'angles possibles. C'est là que je devrai ranger ce billet car je vous parle ici d'Expressio.fr, un dictionnaire en ligne qui tente de décortiquer —telle est sa devise— les expressions du français.
Lancé le 1er août 2005 par Georges Planelles, le site aborde aujourd'hui le sens et l'étymologie de 1 483 expressions ou locutions, ainsi que des suggestions de traduction en plusieurs langues ou sociétés. Il grandit en douceur. Voici ce que nous explique Planelles sur son projet :
J'ai commencé à travailler sur ce site en avril 2005, mais il n'a été officiellement ouvert que le 1er août 2005.
Amoureux des mots (comme quoi il n'y a pas forcément une totale incompatibilité entre une formation purement scientifique et d'éventuels penchants littéraires), il m'arrivait régulièrement de vouloir trouver l'étymologie ou la signification d'une expression de notre belle langue en voie de disparition.
Comme ce que je pouvais trouver sur le Net me satisfaisait rarement, je me suis décidé à démarrer avec un certain enthousiasme (curiosité personnelle, désir de partager...) les pages sur lesquelles vous êtes actuellement.
Mais comme j'ai aussi un certain nombre d'activités professionnelles, j'ai pris l'option d'en faire avancer le contenu lentement, à raison d'une nouvelle expression par jour (sauf les weekends), ce qui devrait m'occuper et vous maintenir en haleine pendant quelques années.
Si vous vous inscrivez sur Expressio, vous « serez informé chaque jour ou chaque semaine (selon votre choix) des nouvelles parutions et vous pourrez participer au forum lié à chaque expression ».
Pour connaître ses sources, vous n'avez qu'à cliquer sur le lien Bibliographie, et pour tout savoir sur le site (quoi, pourquoi, qui, comment, combien...), vous disposez d'une Foire Aux Questions assez touffue.
Plus le politique lèche les bottes de la Chimère de l'Argent, plus le peuple est pillé, plus le politique est encore plus impitoyable envers le peuple, mieux la Chimère financière se porte (plus elle rafle), plus les médias nous prennent pour des cons et plus les commentateurs bien rémunérés se gargarisent des mesures qui nous morsurent, si j’ose dire, et des balivernes explicatives qui les accompagnent. C'est ce qu'on appelle le cycle économique : des profits cyclopéens pour une minorité sur le dos du reste des citoyens et de la planète ; ensuite, il faut souffrir que ceux qui nous cornaquent et nous arnaquent nous fassent la leçon par-dessus le marché. De quoi s’insurger.
Nous avons dit tant de choses pacifiquement, tant de choses justes et pertinentes. Bien des témoins, des chercheurs et des analystes ont montré les dessous honteux des bulles, des organismes de supervision de tout poil et des fraudes de contrôle (ah, ces fraudulences), des initiés, des agences de notation, des appraisers corrompus (experts évaluateurs), des paradis bien terrestres, des ABS, CDO, CDS, FCT (Fonds Commun de Titrisation), LBO, MBS, loopholes (échappatoires, failles juridiques favorisant prédation et fraude), junk bonds (obligations pourries) et autres cavaleries de fabrication presque toujours manhattaniennes et anglophones. Et que dalle.
Puis un jour, le 2 août 2011, par exemple, ceux qui nous envoient balader et valser nous empêchent de nous promener dans nos rues, d’accéder au métro ou au trains dans notre quartier et, en prime, si tout cela n'était pas assez, nous martèlent à coups de décibels des vols rasants de leurs hélicoptères, que nous payons, à longueur de journée —et ensuite de nuitée.
C’est ainsi que l’indignation redoublée accélère le rythme cardiaque, les affects se rebiffent et, excédés, se joignent à la raison, et l’on se dit très intimement que l’on veut fouler le sol de la Puerta del Sol...
...au risque de se faire maltraiter par des pouvoirs publics qui piétinent des droits tellement fondamentaux qu’ils sont inscrits dans la Constitution espagnole. Parce que, malheureusement, le risque est là et s’accomplit, y compris sur les corps, les esprits et les émotions des personnes âgées (cliquez dessus pour accéder à une vidéo de RTVE).
Évidemment, quand la déraison se défoule, tout tourne au vinaigre plus facilement : témoins, Gorka Moreno et tant d’autres. Décidément, on nous veut pillés, battus et contents, pour reprendre partiellement La Fontaine.
Vis-à-vis de cette donne, la rage a besoin d’expression ; il y en a qui choisissent toujours la prose et il y en a qui lui préfèrent maintenant les vers. C’est bien le cas de Frédéric Lordon, économiste cultivé et plein d’humour, sensible tant aux astuces de ces corporations qui savent garder les profits pour nous laisser les pertes qu’à leurs sabirs précieux et illusionnistes, et contempteur de ces tripatouillages. Il nous avait déjà expliqué à la radio, par exemple, qu'il est question d'un « combat frontal entre la société et sa minorité parasite. Et le problème, c'est que tous les mécanismes institutionnels et politiques travaillent à la préservation et la perpétuation de cette minorité parasite. » (26/09/09)
Eh ben, en effet, Lordon vient de publier en mai 2011 D’un retournement l’autre (Seuil), comédie sérieuse en quatre actes décrivant l’arnaque tous azimuts que nous subissons et imaginant à la fin un retournement non précisément des Marchés : un de ceux qui commencent par soulever le goudron.
Côté composition, il a choisi des vers alexandrins français de douze syllabes en ayant recours souvent aux licences poétiques de l’élision à l’hémistiche (1) et de la synérèse. À quoi bon des alexandrins dans ces petits siècles ? Lordon s’explique à cet égard dans un post-scriptum à sa pièce qu’il intitule « Surréalisation de la crise » :
Peut-être d’abord parce que les télescopages produisent des effets par eux-mêmes, et que celui de la langue du théâtre classique avec tout son univers de raffinement grand siècle, et de l’absolue vulgarité du capitalisme contemporain se pose un peu là. On sait l’alexandrin propre à la pompe bossuétienne ou à la tragédie, mais on le sait également capable de faire rire, peut-être plus encore s’il est un peu trafiqué —et l’avantage n’est pas mince quand par ailleurs tout donne envie de pleurer. Appliquer une forme, connue pour accompagner les grands sentiments moraux, aux plus misérables manœuvres de la finance en capilotade est peut-être ainsi l’un des moyens de ne pas céder complètement au désespoir quand, précisément, on voit dans la réalité ces manœuvres outrageusement triompher. Les amis du monde comme il va se plaisent à voir dans l’exercice possible de la dérision le signe incontestable de nos merveilleuses libertés et de notre vitalité « démocratiques ». Mais c’est l’exact inverse ! Passé un certain degré de généralisation, la dérision devrait plutôt être prise pour un symptôme inquiétant, celui d’un stade de détérioration démocratique où, toutes les protestations étant vouées à rester ignorées, tous les médiateurs ayant cessé de médiatiser, tous les « représentants » ayant trahi la représentation, il ne reste plus à la masse des gouvernés que le parti d’en rire, parti désespéré, à qui la dérision, seule chose qui lui reste, est l’arme de tout dernier recours —avant peut-être de se retourner brutalement et d’en venir aux pavés. Ici, l’alexandrin prête toute son ambivalence : il bouffonnise à souhait et fait les Précieux ridicules, mais peut aussi se charger d’une nuée plombée et annoncer des orages.
Dans la pièce, un conseiller, conscient des magouilles des banquiers qui entourent le président, développe devant celui-ci certaines idées d'un capitalisme disons modéré et traditionnel...
(...) Votre Premier ministre feint de vouloir des idées, Je m'en vais à l'instant une ou deux lui donner : D'abord mobiliser l'épargne nationale, Et puis reprise en main de la Banque centrale. Faire acheter la dette par tous nos épargnants Est d'abord pour eux-mêmes un investissement, Mais c'est aussi pour vous de la tranquillité : Circonvenant ainsi l'empire des marchés Vous êtes affranchis de toutes leurs foucades, De leurs diktats ineptes, enfin de leurs brimades. Vous n'avez qu'à choisir : la finance vorace, Ou bien à l'opposé l'épargne-carapace. Faisant des citoyens vos nouveaux souscripteurs, Les marchés, à la porte, ne font plus leur malheur.
... Ce même conseiller rappellera plus tard que l'on ne saurait accabler indéfiniment le peuple :
(...) Alors que la finance était bonne à mater, Vous n'avez rien fait d'autre que la réarmer. Le bourreau s'est changé en une providence, Prenez quelque recul, observez la séquence : Crise de la finance, sauvetage public, Explosion de la dette et rigueur hystérique. Et comme d'habitude, à qui va l'addition ? Qui doncque de la farce pour être dindon ? Le peuple a le dos large, la chose est entendue, Attention tout de même qu'accablé il ne rue. Salarié, licencié, contribuable, usager, De toutes ces façons de le faire banquer, Il en est peut-être une qui est celle de trop. Ce jour-là inutile de crier au complot, À moins de penser à celui que vous armâtes Et dont vous fîtes tout pour qu'enfin il éclate.
(...) La colère du peuple est comme un réservoir, Longtemps se remplissant sans rien laisser voir, Et puis un jour soudain vient le litre de trop Qui fait rompre la digue et libère les eaux.
De quoi envisager un drôle de chiasme comme conclusion de cette fable ubuesque : des « merdre ! » futurs remplaceraient les futures et leurs excréments spéculatifs. Car l'histoire a ses relèves.
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(1) À propos de l'élision à l'hémistiche, Louis Becq de Fouquières (1831-87) écrivait ce qui suit dans son Traité élémentaire de Prosodie française (1881) :
Dans l'ancienne poésie française, il était loisible au poète de placer à l'hémistiche un mot à terminaison féminine ; mais dans ce cas, la syllabe muette était surabondante et ne comptait pas. On aurait pu dire alors :
1 2 3 4 5 6 1 2 3 4 5 6
Oui, je viens dans son temple célébrer l'éternel.
Pour en savoir plus, cliquez sur le lien ci-dessus.
Plutôt peinard, au bord du Douro -le Durius portugais-, loin du bruit, en vacances, je peine à penser cette nouvelle atrocité qui a eu lieu cette fois-ci en Norvège. Vu la mouvance triomphante et le bouillon de culture qu'elle promeut, on n'a de quoi franchement s'étonner.
Voici quelques réflexions pertinentes là-dessus, si toujours est-il qu'il vous en faut. Les liens qui suivent vous renvoient aux sites...
du MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples)
(...) Le MRAP réaffirme que si l’acte du déséquilibré est un acte purement individuel, il s’est nourri idéologiquement d’un terreau alimenté par tous ceux qui, en Europe, stigmatisent les immigrés, les étrangers, les musulmans.
Le MRAP affirme que les déclarations de la présidente du Front National théorisant sur l’occupation musulmane ainsi que l’obsession de la "Droite populaire" contre les bi-nationaux font souffler un vent mauvais sur la démocratie.
Le Front National et la "Droite populaire", si proches idéologiquement, tentent de gommer la dimension raciste du drame norvégien pour la réduire à un acte de déséquilibré apolitique, mais les faits sont têtus.
Il suffit de consulter la vidéo ayant précédé le drame pour constater que Anders Behring Breivik a largement fait appel à des ressources visuelles disponibles dans le marigot internet de l’extrême-droite, notamment française. Ses thèmes et obsessions anti-immigrés ou musulmanophobes sont communs à toute l’extrême-droite. (...)
Le FN et l’attentat d’Oslo : curieuse réaction
Curieusement, sur le site Internet du FN, le lendemain du drame norvégien, c'était après un laconique communiqué de presse qu'avait échu à Bruno Gollnish, désormais simple député européen, le rôle de commenter les attentats en Norvège, sous le titre "vers un nouveau Carpentras". Depuis, la leadeuse du FN a touché son clavier pour condamner le MRAP, organisation antiraciste ayant publié un texte pour appeler à "plus de vigueur et de responsabilité contre la xénophobie et le rejet de l’« Autre »".
Avant de revenir sur le communiqué embrouillé de Gollnish, il convient de dénoncer l'habituel retournement de situation dont sait si bien user Marine Le Pen. Elle accuse le MRAP de récupèrer "un événement terriblement douloureux pour tenter de créer la confusion dans les esprits", sans " [la] décence de respecter la douleur des familles des victimes". Combien de faits divers le FN a scabreusement exploité pour nourrir sa propagande islamophobe et sécuritaire ? Il s'agit là d'un drame national ayant fait des dizaines de victimes.
Gollnish, lui, fait l'amalgame avec Carpentras. En 1990, la profanation scabreuse du cimetière juif de Carpentras avait effectivement suscité un vif émoi auprès d'une population française beaucoup plus antiraciste qu'aujourd'hui (désormais les profanation de cimetières juifs ou musulmans sont classées comme des faits divers). Les idées d'extrême droite étaient dénoncées dans un contexte de montée électorale du FN. Ce dernier avait alors crié à la manipulation, soulignant d'ailleurs ses liens avec une partie de la communauté juive. Des rumeurs faisant passer de jeunes bourgeois amateurs de jeux de rôle comme les auteurs ont été relayées dans les émissions tv à sensation, puis jusque dans les palais de justice par maître Collard (hé oui déjà lui !!). Bien plus tard, les auteurs ont été démasqués, jugés, puis condamnés ; il s'agissait en fait de membres d'un groupe d'extrême droite. Pendant un moment, le FN avait alors fait profil bas.
Aussi, feignant de ne pas comprendre que ce sont les idées haineuses diffusées par les partis d'extrême droite, plutôt qu'une étiquette, qui ont été et sont encore mises en cause, Gollnish écrit "selon un procédé d’amalgame bien connu, on tentera d’assimiler des mouvements politiques nationaux qui n’ont rien à voir, ni de près ni de loin, avec cet horrible massacre.". Toutefois, il affirme plus loin "De l’attentat de la synagogue de la rue Copernic à la profanation de Carpentras, il ne manque pas de manipulations contre la droite nationale et les défenseurs des valeurs traditionnelles", reconnaissant ainsi paradoxalement le lien qui unit son parti aux idées qu'il propage. Evidemment, quand Gollnish parle "défense des valeurs traditionnelles", il faut entendre préference nationale, ordre social, société hiérarchisée et baillonnée, chrétienne intégriste, bref la France d'avant 1789, voire celle de la Gaule ou de la préhistoire tant le concept moteur du FN "français de souche" est complétement arriéré. (...)
Le drame sanglant qui s’est abattu sur la Norvège pose à l’évidence la responsabilité morale des forces politiques et intellectuelles qui, en Europe et depuis plusieurs années, ont patiemment contribué à hystériser le débat sur les musulmans et sur l’immigration. Jouant des procédés intellectuels les plus sordides, alliant le mensonge à la sophistique la plus nauséabonde, ces forces ont contribué à développer un climat de paranoïa des plus inquiétants dans certains secteurs de la société, offrant une vision du monde dans lequel l’invasion migratoire et musulmane devrait pousser les Européens « de souche » à entrer en résistance pour sauver leur espace de vie.
N’est-ce pas d’ailleurs dans cette logique poussée à son point le plus extrême que l’assassin norvégien s’est lancée ?
Face à un tel choc, on aurait pu penser, sans doute naïvement, que le Front national, dans sa prétendue « mue républicaine », se lancerait dans une introspection salutaire sur la responsabilité des discours dans les actes qui se déploient dans nos sociétés.
Au lieu de cela, ce parti a adopté deux attitudes également condamnables : des tentatives d’ « explication » ou de justification exprimées par des cadres du Front National, dont Monsieur Ozon, l’un des principaux conseillers de Marine Le Pen. Et, de façon plus massive, un silence gêné, aussi bien sur la caractérisation du drame norvégien que dans la réaction qu’on aurait été en droit d’entendre d’un parti aux prétentions de respectabilisation face à des sorties, en son sein, fondées sur la haine de l’Autre.
On dit que le FN a changé par le fait que la Seconde Guerre mondiale est de moins en moins une référence pour la nouvelle génération de cadres. Mais, manifestement, Seconde Guerre mondiale ou pas, la haine de l’Autre reste bien le fond de commerce sur lequel l’extrême droite française entend prospérer.
Dans cet ordre de choses, et dans ce même ordinateur portugais, je lis (dans une dépêche du Monde) :
Un an après le déclenchement d'une politique d'expulsion massive, les reconduites de Roms à la frontière se poursuivent et la précarité de ceux qui restent en France s'aggrave, affirme Médecins du monde.
Vous pouvez cliquer sur le lien pour vérifier que certaines habitudes ne nous font jamais de vacances, surtout pas en juillet, justement, car l'estivalitude les rend encore plus praticables : qui s'en soucie ? Et puis les gadjos bien blancs, ça raffole de production, à foison et dans toutes les saisons.
Manuel Alvess, Propreté de Paris, 1997-2007. Museu Serralves, Porto.
À Madrid, les pouvoirs en place suppriment 2.200 postes de professeurs (1) pour la rentrée 2011-2012 et lancent la candidature de la capitale à l'organisation des Jeux Olympiques d'été 2020 -pour la troisième fois d'affilée, après avoir échoué pour ceux de 2012 et 2016. Oui, c'est encore l'Économie, mes chers amis, doublée de bourrage de crâne : du beurre dans les épinards. Ah, la gagne...
Pour mieux nous repérer tous en la matière, je vous suggère de réfléchir à ce qui se passe en Afrique du Sud, un pays où le parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC en anglais), décida un jour de trahir sa célèbre Freedom Charter (Charte de la Liberté), adoptée en 1955 et oubliée au pouvoir pour des raisons économiques. Si vous voulez savoir où sont passées les revendications sociales après la fin de l'apartheid, formellement aboli en 1991, sachez par exemple que 60 000 Blancs possèdent toujours 80 % des surfaces cultivables du pays, que le nombre de personnes vivant en dessous du seuil d'extrême pauvreté a doublé en dix ans et que la séropositivité au VIH ne cesse d'augmenter, parmi les plus pauvres essentiellement. Mais, bien entendu, l'Afrique du Sud a été enchantée d'organiser la coupe du monde de football 2010, celle d'Andrés Iniesta et compagnie, vous savez. Un spectacle très joli, ravissant de couleurs, exaltant et fort bien organisé dont les retombées sont décrites dans un article que Laura-Julie Perreault a publié le 12 juillet dans La Presse, où l'on constate les factures des fractures sociales et que c'est le parti pognoniste, celui qui lave plus blanc, qui en fait toujours et partout son beurre :
Il y a un an, presque jour pour jour, les Sud-Africains célébraient le succès de la Coupe du monde de soccer qu'ils ont accueillie du 11 juin au 11 juillet 2010. Un an plus tard, cependant, la fête a laissé la place à une gueule de bois économique et sociale, estime un sociologue. Les one-night stands. En français, les «coups d'un soir». C'est ainsi que beaucoup de cyniques ont surnommé l'an dernier la dizaine de stades ultramodernes construits pour la Coupe du monde de soccer d'Afrique du Sud. «Et vous savez quoi? Nous avions raison! Ces stades sont devenus des éléphants blancs qui drainent nos ressources», s'exclame aujourd'hui un de ces cyniques. Professeur à l'Université de Johannesburg et militant des droits de la personne, Salim Vally avait accordé une entrevue à La Presse l'an dernier, six mois avant la tenue de l'événement sportif le plus suivi de la planète. Il avait prédit que l'événement se déroulerait sans heurts et que les oiseaux de malheur qui prédisaient des centaines d'assassinats de touristes allaient s'en mordre les doigts. Sur ce point, Salim Vally est heureux d'avoir vu juste. «Il y avait un bon fond de racisme sous ces prédictions», croit-il. N'ont pas eu lieu non plus les pogroms appréhendés par les médias. Plusieurs s'attendaient à ce qu'au lendemain du Mondial, les Sud-Africains les plus pauvres s'en prennent aux immigrants originaires des autres pays d'Afrique. «Ce n'est pas arrivé. En partie parce que le mouvement social sud-africain a travaillé très fort avec les communautés immigrantes pour prévenir le pire», estime à ce sujet Salim Vally, rencontré récemment lors de son passage à Montréal. Que le pays n'ait pas basculé dans la violence ne veut pas dire pour autant que tout roule rondement dans l'Afrique du Sud post-Coupe du monde, met cependant en garde M. Vally. «Très clairement, cette Coupe du monde était pour montrer à tout le monde que tout va bien en Afrique du Sud et que nous sommes capables d'organiser le plus important événement sportif du monde. Mais pour ce qui est des promesses faites aux gens de créer de nouveaux emplois, de stimuler l'économie, tout ça, c'était faux», affirme-t-il. Selon lui, les dépenses colossales de 4 milliards de dollars pour la Coupe du monde coûtent aujourd'hui cher à la société sud-africaine, qui doit maintenant payer la facture. Les hausses de salaire promises ne se sont jamais matérialisées. Les emplois créés pour l'événement ont presque tous disparu. Le taux de chômage réel frôle les 40%. «Les infrastructures qui ont été construites pour la Coupe desservent surtout les stades et profitent surtout à la classe moyenne», ajoute M. Vally. Résultat: l'Afrique du Sud a connu au cours de la dernière année les plus grandes grèves de son histoire post-apartheid. «Pour la première fois depuis le retour de la démocratie, le Congrès national africain, les leaders de l'ANC (anciennement dirigé par Nelson Mandela) font face à de dures critiques. Il y a de plus en plus de manifestations», souligne Salim Vally. Que devrait faire le gouvernement pour redresser la situation? Pour répondre à cette question, Salim Vally se tourne vers la Coupe du monde. «Si le gouvernement a été capable d'organiser un événement aussi grandiose que la Coupe du monde, il devrait aujourd'hui utiliser les mêmes moyens pour combattre la pauvreté et la corruption.»
P.-S. : Nelson Mandela est mort le 5 décembre 2013.
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(1) Les professeurs indignés sont priés de se rendre à une assemblée qui aura lieu le mercredi 20 juillet dans le IES BEATRIZ GALINDO à 11h30. Je vous préviens que la défense de l'école publique à Madrid relève aujourd'hui de l'héroïsme, attendu qu'elle est dirigée par ses ennemis, qui la bousillent et la mettent à l'index sans ménagement : êtes-vous au courant du cas Carmen Robles ? Cliquez ici et là (sous la mini-image de la Liberté guidant le Peuple) pour vous mettre au courant. Les affaires sont les affaires : il faut lésiner sur l'instruction publique mais non sur la répression.
On dirait que nous vivons, à la manière espagnole, un cas qui renvoie aux arômes des activités de John Snobelen en tant que ministre de l'Éducation nationale du Canada en 1995. En voici une description en anglais extraite de Wikipédia :
The Progressive Conservatives won a majority government in the 1995 election, and Snobelen was appointed as Minister of Education and Training in Mike Harris's government on June 26, 1995. Shortly after his appointment, Snobelen was filmed arguing that the PC government needs to "bankrupt" and to create a "useful crisis" in the education system so as to initiate significant reforms. This controversy provoked several calls for his resignation, and further unsettled the relationship between the government and the teaching community, which were already tense after the previous NDP administration unilaterally imposed a Social Contract.
In 1997, Snobelen introduced Bill 160, which gave the province control of municipal education taxes, introduced standardized testing, cut teaching preparation time, allowed the government to determine class sizes and granted early retirement initiatives to older, more experienced teachers. Critics argue that the purpose of this bill was to cut education spending, and reduce the power of the teachers' unions in order to privatize Ontario's public education system (Klein, Naomi, The Shock Doctrine). The education restructuring, along with other cuts to government spending, was expected to significantly reduce the province's deficit. Community organizations, teachers and leaders of the provincial unions criticized the bill not only as an attack on local control of public schools and on union bargaining influence, but also as unnecessarily confrontational and as threatening the quality of Ontario's education system.
J'ai déjà cité dans ce blog un livre d'Hervé Kempf intitulé Comment les riches détruisent la planète (Seuil, 2007). Kempf a publié plus tard, Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, Seuil 2009. Il est journaliste engagé, écrit dans Le Monde et a fondé Reporterre (pour en savoir plus, cliquez sur le lien), en bon « objecteur de croissance ».
Comme il a très bien étudié l'empire obèse qui nous fait valser, et au-delà de certaines discrépances, je conseille vivement Comment les riches..., un excellent résumé (150 pages) de ce qui nous arrive socialement et planétairement, donc individuellement. Il se peut au demeurant que cette lecture vous pousse enfin à une découverte plus fine de Thorstein Veblen, dont la Théorie de la classe de loisir est à la base de l'analyse de Kempf.
Voici un extrait du livre de Kempf, tiré de son introduction, qui encadre parfaitement le vrai enjeu de notre temps. Écologie ? Justice sociale ? Pure logique, préciserait certainement le Michel Rio de La Terre Gaste. Écologie, Justice sociale, Logique : même combat.
Bonne lecture.
(...), je fais aujourd'hui deux constats :
- la situation écologique de la planète empire à une allure que les efforts de millions de citoyens du monde conscients du drame mais trop peu nombreux ne parviennent pas à freiner ;
- le système social qui régit actuellement la société humaine, le capitalisme, s'arc-boute de manière aveugle contre les changements qu'il est indispensable d'opérer si l'on veut conserver à l'existence humaine sa dignité et sa promesse.
Ces deux constats me conduisent à jeter mon poids, aussi infime soit-il, dans la balance, en écrivant ce livre court et aussi clair qu'il est possible de l'être sans trop simplifier. On y lira une alarme, mais surtout un double appel, sans le succès duquel rien ne sera possible : aux écologistes, de penser vraiment le social et les rapports de force ; à ceux qui pensent le social, de prendre réellement la mesure de la crise écologique, qui conditionne aujourd'hui la justice.
Le confort dans lequel baignent les sociétés occidentales ne doit pas nous dissimuler la gravité de l'heure. Nous entrons dans un temps de crise durable et de catastrophes possibles. Les signes de la crise écologique sont clairement visibles, et l'hypothèse de la catastrophe devient réaliste.
Pourtant, on prête au fond peu d'attention à ces signes. Ils n'influencent pas la politique ni l'économie. Le système ne sait pas changer de trajectoire. Pourquoi ?
Parce que nous ne parvenons pas à mettre en relation l'écologie et le social.
Mais on ne peut comprendre la concomitance des crises écologique et sociale si on ne les analyse pas comme les deux facettes d'un même désastre. Celui-ci découle d'un système piloté par une couche dominante qui n'a plus aujourd'hui d'autre ressort que l'avidité, d'autre idéal que le conservatisme, d'autre rêve que la technologie.
Cette oligarchie prédatrice est l'agent principal de la crise globale.
Directement par les décisions qu'elle prend. Celles-ci visent à maintenir l'ordre établi à son avantage, et privilégient l'objectif de croissance matérielle, seul moyen selon elle de faire accepter par les classes subordonnées l'injustice des positions. Or la croissance matérielle accroît la dégradation environnementale.
L'oligarchie exerce aussi une influence indirecte puissante du fait de l'attraction culturelle que son mode de consommation exerce sur l'ensemble de la société, et particulièrement sur les classes moyennes. Dans les pays les mieux pourvus comme dans les pays émergents, une large part de la consommation répond à un désir d'ostentation et de distinction. Les gens aspirent à s'élever dans l'échelle sociale, ce qui passe par une imitation de la consommation de la classe supérieure. Celle-ci diffuse ainsi dans toute la société son idéologie du gaspillage.
Le comportement de l'oligarchie ne conduit pas seulement à l'approfondissement des crises. Face à la contestation de ses privilèges, à l'inquiétude écologiste, à la critique du libéralisme économique, il affaiblit les libertés publiques et l'esprit de la démocratie.
Une dérive vers un régime semi-autoritaire s'observe presque partout dans le monde. L'oligarchie qui règne aux États-Unis en est le moteur, s'appuyant sur l'effroi provoqué dans la société américaine par les attentats du 11 septembre 2001.
Dans cette situation, qui pourrait conduire soit au chaos social, soit à la dictature, il importe de savoir ce qu'il convient de maintenir pour nous et pour les générations futures : non pas la « Terre », mais les « possibilités de la vie humaine sur la planète », selon le mot du philosophe Hans Jonas, c'est-à-dire l'humanisme, les valeurs de respect mutuel et de tolérance, une relation sobre et riche de sens avec la nature, la coopération entre les humains.
Pour y parvenir, il ne suffira pas que la société prenne conscience de l'urgence de la crise écologique -et des choix difficiles que sa prévention impose, notamment en termes de consommation matérielle. Il faudra encore que la préoccupation écologique s'articule à une analyse politique radicale des rapports actuels de domination. On ne pourra pas diminuer la consommation matérielle globale si les puissants ne sont pas abaissés et si l'inégalité n'est pas combattue. Au principe écologiste, si utile à l'époque de la prise de conscience - « Penser globalement, agir localement » -, il nous faut ajouter le principe que la situation impose : « Consommer moins, répartir mieux. »
Où l'on voit que la vieille antienne social-démocrate "il faut tout d'abord créer de la richesse pour pouvoir ensuite la distribuer" n'est qu'un formidable piège à cons très ultralibérale.
Où l'on voit que la distribution de l'argent éclaircit la distribution des rôles dans le corps social.
Où l'on voit que l'expression "création de richesse" est un dessein encore plus malin que ceux de "création ex nihilo" ou de "dessein intelligent".
Où l'on voit également à quel point la richesse, fruit du travail, fuit le travail (comme la peste) alors que l'Argent, comme l'aigle, s'envole..., tout simplement.
Où l'on voit, encore, enfin, qu'il faut se méfier des mots et, en particulier, des plus ressassés.
La Commission nationale de l’informatique et des libertés est l'institution officielle "chargée de veiller à ce que l’informatique soit au service du citoyen et qu’elle ne porte atteinte ni à l’identité humaine, ni aux droits de l’homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques."
Sur son site, la CNIL nous prévient : "Sur internet comme ailleurs, vos activités et vos déplacements laissent des traces. L'impression de facilité qui domine l'univers du web masque la réalité d'une surveillance discrète et active."
C'est son préambule à une expérience qui vous aide à découvrir comment vous êtes pisté sur internet. Allez-y, vous saurez mieux à quoi vous en tenir. Durant cette expérience, vous allez découvrir :
N'oubliez pas qu'un cookie (mot anglais étasunien) est un mouchard électronique, un témoin et un espion de connexion à la fois.
À la fin de cet essai, on vous rappellera que :
Des traces de vos navigations sur internet sont enregistrées
dans votre ordinateur
sur des serveurs.
Sur internet, les messages échangés le sont le plus souvent en clair : de ce fait, vos communications peuvent être interceptées. Les services offerts sur le web tirent parti d'un nombre croissant d'informations issues de votre navigation, de votre localisation, ou encore de vos recherches. Cette collecte d'informations se fait souvent à votre insu.
D'autres sites, dont Anonymat.org, vous renseignent également à ce sujet.
Alex Türk, président de la CNIL depuis 2004, est l'auteur d'un livre récent sur le sujet (La Vie privée en péril. Des citoyens sous contrôle, Éditions Odile Jacob) et en a eu la possibilité de s'exprimer longuement dans les médias à l'égard des dangers qu'entraînent les nouvelles technologies et les différents nano-Brothers qui nous hantent. J'ai lu, par exemple, l'entretien qu'il a accordé à Stéphane Arteta, du Nouvel Observateur (nº 2422, du 7 au 13 avril 2011) où il signale notamment :
(...) On a longtemps redouté Big Brother, mais on peut se rebeller contre un système centralisé. Or ce qui nous attend est bien pire. Nous assistons à la multiplication des nano-Brothers -capteurs, puces électroniques dans les cartes et les portables...-, beaucoup plus redoutables car les outils de surveillance sont multiples, disséminés, parfois invisibles, donc bien plus difficiles à contrôler. On ne sait pas qui collecte les données, où elles sont entreposées, pour combien de temps, ni dans quel but. La biométrie (empreintes électroniques digitales, oculaires...), la vidéosurveillance, la géolocalisation, la collecte des données en ligne, c'est un cocktail explosif. (...) La totale transparence, c'est le rêve des multinationales, obsédées par l'idée de profiler leurs clients. Quand j'étais jeune, on souhaitait échapper au regard des parents, ne jamais dire où l'on était. Aujourd'hui, il faut s'afficher. C'est tendance. Les sociétés en profitent pour récupérer des infos personnelles : vos goûts, des photos, des vidéos... Elles ont inventé le Big Brother convivial, le capitalisme copain : elles ont besoin de ces données pour prospérer, mais vous amènent à les leur donner en vous faisant croire que c'est dans votre intérêt. C'est le modèle Facebook. Ce système ingénieux ne serait pas blâmable s'il était lisible et contrôlé. Mais ce n'est pas le cas. La notion de consentement est floue, et vous n'avez pas de droit de suite : fermer votre compte ne garantit pas la disparition des données. Les grandes entreprises du numérique vantent la transparence, mais agissent derrière un rideau de fumée. (...)
N'empêche que l'action d'Alex Türk et du CNIL est sévèrement contestée par certains qui pensent, par exemple, que...
Par ses manquements ou omissions, la Commission nationale de l’informatique et des libertés participe à une illusion, celle de faire croire au citoyen qu’il est protégé contre les dérives marchandes et étatiques de ses données personnelles. La Commission, presque 30 ans d’âge, ne remplit pas sa mission d’organe indépendant qui peut protéger le citoyen contre l’énorme braquage numérique de ses données intimes. En soi, les décisions, interventions et (rares) dénonciations au parquet de la CNIL risquent bien de dessiner les chapitres fondamentaux de la Novlang officielle. Sur de nombreuses affaires, la Commission - soit par manque de moyens ou de volonté, soit par absence de pouvoirs, après que son président Alex Turk a participé lui-même à la perte desdits pouvoirs (cf dossier BBA 2004) - n’a pas joué son rôle d’arbitre au service du citoyen. Sous couvert de renforcer les pouvoirs de la CNIL, Alex Turk a défendu une refonte de la loi Informatique et libertés qui, de fait, lui retirait le pouvoir de bloquer la mise en oeuvre des fichiers "de sureté"; (policiers notamment), mais lui accordait certes des pouvoirs de sanction. Ce qui pouvait passer pour une contrepartie s’avère n’être qu’un jeu de dupe : depuis, les fichiers policiers sont avalisés sans tenir compte des remarques de la CNIL, et aucune sanction n’a été rendue publique, suivant en cela la politique de la CNIL qui, depuis 1978, n’a dénoncé au parquet qu’une vingtaine d’affaires (sur plusieurs dizaines de milliers de plaintes, son équivalent britannique en dénonçant plus d’une centaine par an).
Un exemple ? Dans l’affaire du fichier des précaires de Vitry-le-François, soulevé par de nombreuses associations (prix Orwell 2004 pour la ville et le Conseil général), aucune démarche, action juridique ou sanction administrative n’a été ni engagée ni demandée par la CNIL. Les travailleurs sociaux avaient été informés en avril 2005 qu’un des commissaires ferait le déplacement dans la région pour éclaicir ces faits. Mais rien ne s’est passé. Un peu avant une poignée de manifestants, dont des travailleurs sociaux marnais, étaient venu demander que la CNIL intervienne. Un dossier qui aurait du mener à des poursuites, car manifestement non déclaré dans les règles à la CNIL et prévu par aucun texte.
Autre exemple, le bug de la carte Vitale (1). Le 24 mars 2004, le président Alex Turk écrit à Jérôme Crêtaux, qui a découvert la faille (et qui travaille avec les association de défense des données de santé ADAS et ACIs-VIPI), pour dire qu’il a bien reçu son courrier du 17 novembre 2003 dénonçant le bug, qu’il en a saisi le 19 décembre 2003 le président du GIE ; enfin il a "l’honneur de [l’] informer que le GIE Sesam-Vitale a confirmé à la commission que les APIs de lecture nécessitaient la présence simultanée de la carte Vitale et d’une carte de professionnel de santé pour que les données relatives à l’Exonération du Ticket Modérateur soient accessibles". Le tout sans trace d’étude indépendante quelconque. Preuve sera faite ensuite que le problème technique est vraiment sérieux dans le système Vitale (2).
D'un côté, un ouvrier agricole, homosexuel, réfugié dans l'alcool et le cannabis : un bouc émissaire trop parfait. De l'autre, une fillette de 13 ans qui dépérit et qui ment, un entourage lyncheur, des politiciens favorisant la démagogie au détriment des droits de l'Homme, une société de la délation des rumeurs obligatoire, des gendarmes en quête de chiffre, un juge d'instruction qui mène une enquête aberrante, des psychiatres qui oublient leur métier, une presse à sensation, un avocat général et une avocate de la partie civile qui s'opposent à la tenue d'un nouveau procès lorsque tout pousse à penser qu'il est nécessaire...
L'homosexuel, accusé fin 2000 de viol et d'agressions sexuelles par l'adolescente, condamné en 2003 à 16 ans de réclusion (puis en appel en 2004), en a passé plus de 7 de prison ferme avant d'être libéré en avril 2010, après la décision de la Cour de cassation de réviser son procès, suite à la rétractation de son accusatrice. Il vient d'être définitivement innocenté le 24 juin par la cour d'assises de Paris. Ajoutons, pour compléter l'horreur, que lors d'un reportage de télévision, il avait avoué qu'à l'issue des viols répétés dont lui, il avait été la victime en prison, il se retrouve maintenant avec le sida[Fausse information, selon un courriel de Daniel Picard (2)].
Je cite ensuite quelques extraits du Figaro pour mieux comprendre cette histoire, ainsi que l'analyse d'Agoravox pour mieux fixer son attention sur les tenants et les aboutissants de cette affaire exécrable :
(...) Après des années de procédure et plus de sept ans passées derrière les barreaux, Loïc Sécher, 49 ans, devient donc aujourd'hui le septième acquitté, en matière criminelle, depuis 1945. La cour a précisé qu'il ne s'agissait pas d'un acquittement au bénéfice du doute, mais qu'il n'y avait aucune charge contre Loïc Sécher. Une annonce applaudie par la salle. (...)
Juste avant que la cour ne se retire pour prendre sa décision, l'ancien ouvrier agricole de Loire-Atlantique avait tenu à prendre la parole pour «renouveler (son) cri d'innocence». Il avait également expliqué avoir une pensée émue pour son père, décédé cette année.
Dépression, alcool et cannabis
La veille, au nom du «bien de la justice», l'avocat général, François-Louis Coste, avait requis l'acquittement, après avoir expliqué durant les débats son «admiration» pour cet homme qui, fracassé par onze ans d'humiliations, était resté dénué de haine à l'égard de celle qui l'a accablé.
L'affaire Sécher, encore un «fiasco dû à la dictature de l'émotion», avait pour sa part plaidé son conseil, Me Eric Dupond-Moretti. Selon le ténor du barreau lillois, c'est la dépression de Loïc Sécher, son refuge dans l'alcool et le cannabis ajoutés à une homosexualité difficilement assumée en milieu rural qui ont «conduit la machine judiciaire à forger sa culpabilité».(...)
Mais, en 2008, Emilie avouait avoir menti et se rétractait officiellement dans une lettre adressée au procureur, écrite avec le soutien de son psychiatre et l'aide de son avocate, Me Cécile de Oliveira. «Loïc Sécher est innocent, je ne supporte plus de le voir en prison», écrivait la jeune femme, devenue majeure. Le 13 avril 2010, la Cour de révision ordonnait la libération de Loïc Sécher et la tenue d'un nouveau procès.
Emilie, désormais âgée de 25 ans, est venue cette semaine témoigner à la barre, au cours d'une audition qui s'est tenue à huis clos. Tremblante et abreuvée de médicaments, la jeune femme a expliqué avoir été «prisonnière de son mensonge». Loïc Sécher et elle se sont parlés et réconfortés. «C'était un moment d'audience incroyable, cette petite fille a eu un courage inouï», a commenté Me Eric Dupond-Moretti.
Réunie le lundi 13 octobre, la Commission de révision des condamnations pénales a refusé la remise en liberté de LoïcSecher, condamné en 2003 puis en 2004 à seize ans de réclusion et à près de 350 000 € d’indemnités et frais de justice pour un crime de viol dont il s’est toujours déclaré innocent. La jeune fille qui avait accusé LoïcSécher de ce crime, il y a huit ans alors qu’elle n’avait que 13 ans, a écrit à la justice en avril 2008 pour signaler qu’elle avait menti et demander la libération de l’innocent qui a déjà accompli six ans de détention injustifiée. Qui est responsable de ce gâchis ?
LoïcSécher a déclaré qu’il n’en voulait pas particulièrement à la jeune fille car elle était elle-même une victime du « système ». Il suffit de lire le témoignage de Virginie Madeira pour comprendre le piège tendu aux enfants ou adolescents qui, un jour, ont eu la mauvaise idée d’inventer une agression sexuelle pour se valoriser. (J’ai menti – V. Madeira)
Si LoïcSécher a pu comprendre la fragilité psychologique de la prétendue victime, il est probable qu’il ne pardonnera pas aussi facilement à l’entourage de cette dernière de l’avoir immédiatement désigné comme coupable.
Mais, au-delà de l’entourage, ce sont tous ceux qui ont contribué à fabriquer, depuis le milieu des années 90, le « système » de la dictature de l’émotion qui doivent être montrés du doigt. Ils sont responsables des dérapages et bavures qui se sont succédé jusqu’au chaos d’Outreau.
Tout commence avec l’affaire Dutroux en Belgique au milieu des années 90. La peur s’installe dans toutes les couches de la population en Belgique, mais aussi en France et dans d’autre pays. Toute la société exige des mesures pour assurer la sécurité des enfants face aux agresseurs sexuels et aux réseaux de pédophilie.
La classe politique française entend le message et veut démontrer qu’elle est capable d’ériger des murs de protection pour tendre vers la suppression totale de l’inacceptable. Chacun y va de sa propre déclaration : le 4/09/1996, le Premier ministre Alain Juppé déclare à L’Express :« Il faut parfois mettre entre parenthèses les droits de l’homme pour protéger ceux de l’enfant ». En 1996, François Bayrou, ministre de l’Education nationale promet au sujet des soupçons pesant sur le milieu scolaire : « Si dans l’enquête quelqu’un est soupçonné, on suspend sa présence auprès des élèves ». Le 11 juin 1997, Ségolène Royal déclare à Europe1 : « Il faut que la parole des enfants soit entendue, qu’ils soient crus ». En 1999, le conseiller Hayat affirme à une délégation syndicale au nom des ministres Allègre et Royal : « Si un enfant peut être préservé au prix de neuf enseignants accusés à tort, l’objectif est rempli ».
Le temps de l’action a rapidement suivi celui des promesses. Ce fut d’abord la circulaire Royal de 1997 qui obligea le personnel de l’Education en cas de rumeur à « s’extraire au plus vite » de cette situation en informant sa hiérarchie (donc en colportant la rumeur) afin de procéder à une enquête interne (plutôt difficile à mettre en œuvre dans le cas d’une rumeur) puis à une dénonciation au procureur de la République. Il fut clairement rappelé au personnel de l’Education que « Tout manquement à cette obligation légale l’expose à être poursuivi en justice pour non-empêchement de crime, non-dénonciation de mauvais traitements, omission de porter secours ou non-assistance à personne en péril, selon les cas et à faire l’objet de poursuites disciplinaires ». Le personnel de l’Education apprit très vite à ouvrir les parapluies et les résultats des ordres de Mme Royal furent à la hauteur de ses ambitions. Le nombre de mis en cause dans l’Education explosa en quelques années.
Les Officiers de Police judiciaire firent preuve d’un talent particulier pour augmenter la pression sur les « présumés coupables » d’agressions sexuelles sur enfants. Tout cri d’innocence fut systématiquement interprété comme une circonstance aggravante. Il suffit de lire les témoignages des innocents d’Outreau ou d’ailleurs qui ont subi les 48 heures de torture pour comprendre que le seul objectif recherché, c’était de faire du chiffre et du spectacle. Les mises en examen furent automatiques. Le statut de témoin assisté créé en 2001 par la loi sur la présomption d’innocence fut très souvent laissé de côté dans les dossiers traitant des accusations d’agressions sexuelles sur enfant. L’incarcération suivait la mise en examen dans la plupart des cas. Comme tant d’autres, LoïcSécher n’y échappa pas. Il n’était plus question pour les magistrats de prendre le moindre risque de remise en liberté d’un « présumé coupable d’agressions sexuelles sur un enfant ». A leur tour, les médias comprirent très vite que le sujet faisait vendre. Radios, télévisions et presse écrite se ruèrent sur les scoops pour entretenir la peur et attirer l’attention. Les associations de défense des enfants ajoutèrent leur grain de sel pour crier au scandale chaque fois qu’un « présumé coupable » était libéré, innocenté ou bénéficiait d’un non-lieu. Le monde politique applaudissait. Il suffit de se remémorer l’attitude de la ministre Royal après le suicide de Bernard Hanse en 1997 ou du ministre Lang lors du lynchage d’Alain Hodique en 2001.
C’est ainsi que les années 1997-2005 furent des années de terreur pour les innocents victimes d’une simple rumeur ou, pire, d’une dénonciation mensongère provenant d’un enfant qu’on ne savait pas écouter ou qui était lui-même manipulé par un entourage avide de vengeance dans certaines familles en crise. La prétendue victime de LoïcSécher était fragile psychologiquement. Au lieu de tenter de comprendre son mal-être, la justice utilisa cette fragilité contre LoïcSécher.
Certains innocents ont pu sortir de la galère avant la condamnation définitive. Le blog des innocents en donne quelques exemples. Mais de nombreux innocents ont été condamnés entre 1997 et 2005 sur de simples présomptions de culpabilité. LoïcSécher en fait partie. Bien qu’il ait toujours crié son innocence même sous la torture psychologique dont il n’a probablement pas dû être épargné en garde à vue, bien qu’il n’existait pas d’éléments probants de sa culpabilité, le juge d’instruction a tout simplement refusé d’organiser une confrontation avec la prétendue victime avant de le renvoyer devant les assises. Et avec la dénonciation mensongère d’un enfant, fragile psychologiquement, pour seul élément à charge, le ministère public n’a pas hésité à demander la condamnation définitive. Pire que cela, il l’a obtenu de deux jurys d’assises composés de 9 et 12 membres. Espérons que ces 21 jurés ont aujourd’hui, au nom du peuple, un début de conscience de leur propre responsabilité dans les rouages de la machine à broyer.
Il ne fait donc aucun doute que, pendant cette période de terreur, l’institution judiciaire est devenue le bras armé de la dictature de l’émotion ! Et aujourd’hui, la question doit être posée. Combien d’autres innocents croupissent dans nos prisons dignes du Moyen Âge avec un statut de pointeur qui les réduit à être des sous-hommes parce qu’un jour ils ont été tout simplement victimes de cette dictature ?
Mais il semble évident que l’institution judiciaire peine à reconnaître ses probables erreurs. La fragilité psychologique de la prétendue victime n’a pas été jugé suffisante pour ouvrir la porte du doute lors des deux condamnations de LoïcSécher. Par contre, elle est utilisée, aujourd’hui, par la cour de révision comme un élément de doute sur la rétractation de la jeune fille qui est pourtant majeure et déclare souffrir de savoir qu’un innocent est en prison pour rien. Si un doute doit être exprimé par LoïcSécher, c’est bien celui de la confiance dans la justice de cette dictature de l’émotion.
(...) le cas de Jean-Paul Degache, instituteur ardéchois, condamné par deux fois à 8 ans de prison pour des faits qu’il a toujours niés et qui n’ont jamais été démontrés.
Enfin, remarquez dans la vidéo qui suit que la journaliste de LCI (1) Ségolène Châtelain souligne, lorsqu'elle informe de l'ouverture d'un troisième procès destiné à réviser l'affaire Sécher, que celui-ci était le coupable idéal vu qu'il avait une "sexualité mal établie"...
(1) La Chaîne Info (LCI) est une chaîne de télévision française d'information en continu, filiale du groupe privé TF1.
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(2) Parti en voyage, je lis aujourd'hui, 13 juillet 2012, un courriel qui m'a été adressé par Daniel Picard le 11 juillet. Voici son texte complet :
Bonjour,
Je suis Daniel Picard, la personne qui s’occupe de l’Affaire
Sécher.
J’ai remarqué que
vous vous intéressiez de très près à cette affaire et je me permets de vous
contacter afin de vous demander de rectifier une information erronée sur votre
blog. Effectivement M.Sécher a subi des violences en prison mais il n’a pas le
Sida. Pourriez-vous corriger rapidement cette information ?
Bien Cordialement
M. PICARD
_____________________
NOTE du 25/09/2012 :
À 9h29, le quotidien Le Monde a lancé aujourd'hui cette alerte :
Les indemnités de Loïc Sécher, 51 ans, qui a passé sept ans et trois
mois derrière les barreaux après avoir été accusé à tort de viols sur
une adolescente, ont été fixées par la cour d'appel de Rennes à 797 352
euros en compensation des préjudices matériel et moral subis. Loïc
Sécher est le septième homme acquitté en révision en France depuis 1945.
Paris, le 19 juin 1790 : L’Assembléenationaledécrèteque la Noblessehéréditaireestpourtoujoursabolie, qu’enconséquence, lestitres de Prince, de Duc, de Comte, de Marquis, de Vicomte, Vidame, Baron, Chevalier, Messire, Écuyer, Noble, et tousautrestitressemblables, ne seront ni prisparquique ce soit, ni donné à personne ; Qu’aucun citoyen Français, ne pourraprendreque le vrainom de sa famille ; Qu’il ne pourra non plus porter ni faire porter de livrée, ni avoir d’armoiries ; Que l’encens ne sera brûlé, dans lestemples, quepour honorer la divinité, et ne sera offert à quique ce soit ; Quelestitres de Monseigneur et de Messeigneurs ne serontdonnés ni à aucun corps ni à aucun individu, ainsi quelestitres d’Excellence, d’Altesse, d’Eminence, de Grandeur.
Sans que sous prétexte du présent décret, aucun citoyen puisse se permettre d’attenter aux monuments placés dans lestemples, aux chartes, titres et autres renseignements intéressant lesfamilles ou les propriétés, ni aux décorations d’aucun lieux publics ou particuliers, et sans que l’exécution des dispositions relatives aux livrées et aux armes placées sur les voitures, puisse être suivie ni exigée parquique ce soit, avant le 14 juillet, pourlescitoyens vivant à Paris, et avant trois mois pour ceux qui habitent les provinces.
Addition au précédent décret, du 20 Juin 1790
Ne sont point compris dans la disposition du présent décret tousles étrangers, lesquelspourront conserver en France leurs livrées et leurs armoiries.
Le décret de ce jour est le complément du décret du 4 août 1789, il avait pour objet d’achever la destruction de la Noblesse.
Barcelone, Madrid, et d'autres villes espagnoles, le 19 juin 2011 : des milliers de citoyens manifestent en lutte contre des privilèges obscènes qui se cachent sous les mêmes ou d'autres apparences (1).
Madrid, Place de Neptuno, vers 15h
Infos là-dessus publiées par Le Monde, RTBF,France 24, TV5 Monde
ACRIMED : Espagne : Indignés par les médias (le 11 juin 2011). Miniprécis indigné d'expressions graphiques critiquant les médias et leur traduction en français.
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(1) Les éditions Jacob-Duvernet ont fait paraître cette année un volume broché de 190 pages signé par Éric Verhaeghe. Sur la page de couverture, deux bulles se détachent sur le nom de l'auteur, l'une bleue, celle du titre, l'autre rouge, en guise de sous-titre très significatif ; Jusqu'ici, tout va bien !, dit-l'une, "Enarque, membre du Medef, président de l'Apec, je jette l'éponge !", dit-l'autre. C'est donc un homme issu de l'intérieur du système -ancien élève de l'École nationale d'Administration, qui a quitté en janvier la présidence de l'Association pour l’Emploi des Cadres (organisme financé par une cotisation obligatoire des cadres) ainsi que d'autres fonctions au sein du Mouvement des Entreprises de France (l'organisation patronale française)- qui n'a pas pu s'empêcher d'écrire... :
[L'État]« est un outil de domination entre les mains de l'aristocratie, qui concourt plus particulièrement à dissuader le citoyen de se révolter ; au besoin par le recours à la force »
...ou
« Cet ordre moral est évidemment inventé pour culpabiliser et stigmatiser toute contestation des inégalités. Il sert les intérêts dominants. »
« J’interpelle donc le patronat : les élites actuelles ne doivent pas se comporter comme la noblesse de l’Ancien régime ! »
À 42 ans, Éric Verhaeghe est donc enfin tombé des nues et, comme mieux vaut tard que jamais, Candide lui souhaite une chaleureuse bienvenue au club des résistants contre le meilleur des mondes et sa rapacité meurtrière !
La politique ultralibérale de Nicolas Sarkozy continue à produire des ravages. Non, je ne parle pas maintenant du nombre de détenus dans les prisons françaises qui s'élevait à 64 584 au 1er mai, selon l'administration pénitentiaire, et a atteint ainsi un nouveau record dans l'histoire moderne du pays. Nous venons d'apprendre -dans mon cas, grâce au quotidien Le Monde- que le ministère de l'Éducation nationale réduit même les postes de professeur de chinois alors que la demande en augmente.
Selon l'Association française des professeurs de chinois (AFPC) qui a décidé d’alerter les médias à ce sujet, le ministère de l’éducation « n'a donné aucune explication à ce jour ».
Voici l'info complète de Luc Cédelle datant du 14 juin 2011 :
C’est une nouvelle illustration des conséquences parfois étonnantes de la politique de suppressions de postes d’enseignants : alors que l’apprentissage du chinois «explose» dans l’enseignement secondaire ces dernières années, le ministère de l’éducation nationale vient de faire connaître son intention de fermer, pour la session 2012, trois concours de professeurs de chinois sur les quatre existants.
Cette fermeture programmée - mais qui n’exclut pas une réouverture pour la session 2013 – concerne le Capes (certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degré) externe, l’agrégation externe et l’agrégation interne de chinois. Ne reste pour 2012 que le Capes interne (c’est-à-dire ouvert à ceux qui sont déjà enseignants dans l’éducation nationale). Selon l'Association française des professeurs de chinois (AFPC) qui a décidé d’alerter les médias à ce sujet, le ministère de l’éducation « n'a donné aucune explication à ce jour ».
Questionné par Le Monde à ce propos, le ministère répond que « la répartition par disciplines » des postes ouverts aux concours 2012 « n’est pas encore décidée ». Toutefois cette réponse ne dit rien sur l’éventuelle absence de concours. Et l’on peut constater sur le site Internet du ministère, à la rubrique « concours et recrutement » et dans la liste des « sections et options susceptibles d’être ouvertes » à la session 2012, que n’y figure pas l’agrégation de chinois, externe ou interne, et que le capes externe de chinois y est bien signalé « F » comme fermé.
Orthogaffe.com vous propose une approche cocasse du français et ses accrocs qui entraînent tant de gaffes... La photo-vignette ci-dessus est la déclaration de principes du site.
Vous y trouverez une page de citations au sujet des complexités de l'orthographe française qui se termine par une anecdote humoristique transmise par Chamfort :
Madame Beauzée, épouse d'un Académicien, avait un amant. Un jour son époux les surprit. Son amant dit : "quand je vous disais qu'il était temps que je m'en aille". Monsieur Beauzée, toujours puriste, lui dit : "... que je m'en allasse, Monsieur".
Quant au sujet et si on simplifiait l'orthographe, j'espère vous concocter ici un article là-dessus un de ces jours. Entretemps, voici encore une vidéo...
...et deux cas de figure de propositions en marche ; il s'agit de deux mouvements différents qui vous inciteront certainement à réfléchir à l'égard d'une possible réforme de l'orthographe française : le site du très polémique ortograf.net (d'emblée, vous aurez l'occasion de vérifier, par exemple, à quel point la langue -dès lors qu'elle est écrite- devient image, et image fortement accrochée aux parois de notre cerveau...) et le site ALFOGRAF, celui du mouvement Ortograf.
La chaire n'est pas triste aux yeux de l'Argent, loin de là, elle est bien alléchante. L'Appel de la Chaire a été lancé par un collectif de mathématiciens contraires à la création de chaires financées par les entreprises privées. Autrement dit, ils s'opposent à "la mainmise du privé sur la recherche publique que ce dispositif construit silencieusement", selon l'éloquente expression utilisée par Mediapart, le média qui a relayé à grande échelle cette information le 6 juin, car en fait, l'Appel avait été publié le 9 février 2010 sur le site de la revue Mauss. Je le lis donc avec un an et demi de retard, mais mieux vaut tard que jamais.
Le texte de l'appel est disons long, assez détaillé ; il fournit beaucoup de matière à réflexion par ces temps d'argent obligatoire et très mal réparti. C'est pour cela que je le pompe dans son intégralité. N'hésitez pas à y plonger et à en juger. Bonne lecture.
À une époque où les pouvoirs publics cherchent à transformer radicalement la recherche française, où ce sont de plus en plus des projets de courte durée que les agences de moyens financent, où les crédits récurrents des laboratoires de recherche diminuent au profit de ces financements et où, en contrepartie, nous entendons en permanence dire qu'il faut créer des synergies entre recherche publique et entreprises privées, voire que nos laboratoires doivent trouver une partie de leurs financements dans les entreprises, il peut être utile d'essayer de comprendre où mènent ces évolutions. Nous nous proposons de mettre en évidence les côtés pervers d'un tel système sur un exemple, celui des chaires.
Qu'est-ce qu'une chaire?
Une grande entreprise privée peut se faire opérateur de recherche à divers titres: en possédant son propre département de recherche; en employant sous contrat à durée déterminée et/ou partielle des chercheurs du secteur public; ou en finançant une partie des travaux de recherche d'une équipe de chercheurs du secteur public.
Dans le premier cas, l'entreprise définit ses propres objectifs, elle emploie ses propres salariés et elle oriente leurs travaux suivant des stratégies qui sont en accord avec les intérêts particuliers de ses dirigeants et de ses actionnaires. Dans le deuxième cas, elle définit ses objectifs conjointement avec les chercheurs du secteur public, dans un équilibre à trouver entre ses intérêts particuliers et l'intérêt général poursuivi par les chercheurs du secteur public. Dans le dernier cas, celui du mécénat, soit l'entreprise contribue à un fonds abondé par plusieurs autres bailleurs et on parle alors de fondation, soit elle alloue des moyens dans le cadre d'un partenariat bilatéral souvent appelé chaire (à ne pas confondre avec une chaire en Sorbonne ou au Collège de France, ici la chaire n'est pas personnifiée).
Étude de cas
Prenons l'exemple imaginaire du groupe Wotanis, géant des industries phytosanitaire et pharmaceutique. À côté de son département de recherche et développement, à côté des contrats de recherche que ce groupe signe régulièrement avec des chercheurs et des doctorants de divers établissements publics et universités, le groupe Wotanis finance une partie du programme de recherche et d'enseignement d'une équipe de recherche, fictive elle aussi, disons l'équipe d'épidémiologie de l'École Supérieure de Sciences, et ce à hauteur d'un million d'euros répartis sur cinq ans. Sur le papier, la «chaire Wotanis» ne donne pas d'ordres concernant les activités de l'équipe de recherche puisque celles-ci sont toujours déterminées par contrat avec l'État. Elle finance simplement, sans autre contrepartie que la publicité de ce partenariat, missions, équipement ainsi que contrats à durée déterminée en lien avec ces activités. Sur le papier seulement, car en filigrane se dessine clairement le danger de l'ingérence sans garde-fous d'intérêts particuliers dans l'orientation de la recherche publique.
Étant par nature opportuniste, au sens où elle ne prend pas de direction privilégiée a priori, la recherche est particulièrement vulnérable à la présence d'offres substantielles sur des thèmes choisis à l'avance, comme par exemple «la promotion de la recherche dans le domaine de l'alimentation dans ses dimensions biologiques, sociales et humaines» (fondation Nestlé), «l'encouragement à la recherche dans le domaine de l'art d'être et de paraître» (fondation d'entreprise l'Oréal), «les approches systémiques des différences individuelles de longévité» (chaire Axa), «un enseignement à la pointe de la recherche dans des secteurs hautement innovants tels que: les nano-technologies, l'informatique, les réseaux de communication, le transfert et le cryptage de données» (chaire d'innovation technologique Liliane Bettencourt). Sans une réflexion préalable sur la part, y compris financière, de l'effort de recherche consacrée à des thèmes imposés, la recherche publique, parce qu'elle ne sait pas dire non, s'expose à un détournement, une captation de ses ressources, en défaveur de l'inconnu et du long terme, si ce n'est du bien public.
Un exemple récent en est donné par les déboires des mathématiques en finance. L'effet de séduction provoqué par l'intérêt des banquiers pour un domaine des mathématiques qui s'était développé jusqu'alors loin des applications aura permis à ce thème de prendre une importance démesurée, aussi bien en termes de filières d'enseignement et de diplômés qu'en termes de publications et de recrutements universitaires, avec les effets désastreux que l'on sait, sinon pour l'économie mondiale, en tous cas pour l'image des mathématiques dans la société. Combien plus précieuse pour tous -sauf sans doute pour les catégories les plus fortunées de la société- eût été une posture plus indépendante et critique, posture qu'au moins en principe, le statut de chercheur du secteur public permettait pourtant.
Mais ce n'est pas uniquement là que le bât blesse.