jeudi 24 février 2011

Contes du Congo, contes et comptes de la Crise

Quand je suis à Paris, j'aime bien voir ce qu'il y a au menu du musée du Quai Branly -dont je vous ai déjà parlé dans ce blog- car sa programmation est toujours appétissante. Lors de ma visite du 3 juillet 2010, j'eus le loisir de flâner un peu partout et de fourrer mon nez dans l'exposition Fleuve Congo, illustration des traditions artistiques des régions bantouphones d’Afrique Centrale sillonnées par le fleuve Congo. Les créations présentées concernaient donc trois États actuels : le Gabon, la République du Congo et la République démocratique du Congo.


Après mon parcours, je fis quelques emplettes dans la boutique du musée dont un bouquin intitulé Contes et légendes du Congo, Cyr Éditions, mars 2008, illustré par Yann Sougey-Fil. L'auteur de ce recueil est Marc Koutekissa qui tente ainsi de rendre hommage à ses aïeux et de protéger un héritage oral qui risque de disparaître. Il explique dans son prologue que "la majorité de ces contes tirait leur origine de la région du Pool, sauf le conte Vili qui était de la région du Kouilou." Ils suggèrent immédiatement fables et apologues : les héros sont toujours des animaux, les histoires sont brèves et comportent une morale qui s'exprime en général à la fin. Et comme il arrive souvent dans les vieux récits, la morale en question peut tour à tour nous séduire ou nous horripiler, ça dépend. Mais Koutekissa avoue ne s'être pas donné l'ambitieuse tâche littéraire d'un La Fontaine (1621-95), dont les Fables étaient ce "livre favori / Par qui j'ose espérer une seconde vie", selon les vers de sa dédicace à Madame de Montespan au début du Livre VII. Les critères de sélection de Koutekissa et son intervention ("fidèle") sont plus modestes : "Le choix de ces contes est dû au fait qu'ils étaient les plus courants et que ma mémoire les avait retenus fidèlement."
Je vous reproduis maintenant l'essentiel d'un de ses contes congolais car je trouve que sa moralité est non seulement universelle mais particulièrement profitable de nos jours :
La Tortue aux ailes d'or
Écoutez une histoire que parfois se racontent les oiseaux et dont ils gardent un triste souvenir, car ils n'oublieront jamais le mauvais tour que la tortue leur a joué il y a deux mille ans.
C'est la fête dans le royaume des airs. Les oiseaux siffleurs annoncent partout ce grand événement. Un billet d'invitation a été adressé par le génie oiseau à toute la gent ailée. Chaque oiseau se prépare à assister à cette fête, drapé dans un beau costume. (...)
La tortue quant à elle, n'est pas là pour entendre ce que se disent les oiseaux. Bien qu'étant éloignée d'eux, elle entend clairement leur langage. Les oiseaux parlent d'un repas qui leur sera offert là-haut au-dessus des nuages par oiseau génie.
La tortue a une faim de loup et elle voudrait goûter à ce repas. (...)
— Pour quoi n'ai-je pas d'ailes ?
Elle bat des deux pattes.
— C'est une injustice, poursuit-elle. Et pourquoi ne suis-je pas une tortue oiseau ou un oiseau tortue ?
Trac, trac, elle va trouver les oiseaux et parle avec un langage sincère.
— Tu n'as pas d'ailes et ce repas est destiné aux oiseaux, répondent ses interlocuteurs.
— J'ai des ailes comme vous mais elles sont bloquées dans ma carapace.
— Mais du reste, tu n'es pas de la famille des oiseaux. Tu as une bouche, des dents, et quatre pattes, répliquent les oiseaux.
— Je n'ai que deux pattes. Les deux autres que vous voyez au devant de mon corps ne sont que des ailes déplumées. Et ces plumes sont retenues prisonnières dans ma carapace.
— Nous voulons bien te croire. Mais nous connaissons parfaitement les vilains tours que tu joues aux autres.
— Vous me connaissez mal en ce moment. Depuis des lunes, je me suis arrachée de mes mauvais penchants.
Après une longue discussion, les oiseaux finissent par accepter la proposition de la tortue. Chaque oiseau lui donne une plume. La tortue possède maintenant des ailes et peut voler.
Satisfaite, la Tortue se met à haranguer la foule ailée pour les convaincre totalement.
Devant sa bravoure et son éloquence, les oiseaux acceptent sans la moindre opposition, sa proposition qui est celle de prendre la parole au nom de tous les invités devant l'oiseau génie.
— N'oubliez pas quelque chose d'importance capitale, dit-elle. Nous sommes invités tous à un cocktail. N'oublions pas que nos coutumes recommandent à tout invité de choisir un nom qui lui convient le mieux.
— Nous ignorons cette loi que tu nous imposes.
— Bien sûr ! Parce que vous vous êtes tous empêtrés dans l'ignorance. J'ai beaucoup voyagé dans les pays lointains où j'ai appris beaucoup de choses.
Dupé, chaque oiseau prend un nom.
— Moi, je m'appelle « N'tiétié » (roitelet)
— Moi, « Bingoundou bidé » (rossignol) [et ainsi de suite]
Et tous les oiseaux, d'un ton unanime, demandent à la tortue.
— Et toi, quel nom as-tu choisi ?
— Je m'appelle « Vous tous », répétez !
« Vous tous », répondent les oiseaux. (...)
Les serviteurs apportent les plats de nourriture, des mets très délicieux à la soupe agréable à voir des yeux. Il y a de la viande, le poisson, les légumes, les ignames, du foufou, du manioc, etc.
Tout le ciel est inondé d'une odeur sentant si bon. Alors la tortue se lève et demande au génie oiseau :
— Pour qui avez-vous apporté ces plats ?
— Pour vous tous, répliqua le génie oiseau.
— C'est formidable, répliqua la tortue en s'adressant à ses compagnons. Vous avez tous entendu ceci. Tout cela m'appartient. C'est bel et bien leur coutume qui leur ordonne ces pensées. Ils servent avant tout le porte-parole et ensuite, vous autres. Patientez, votre tour viendra.
Ce disant, la tortue se met à dévorer les mets sous les regards des oiseaux.
Quand les oiseaux s'aperçoivent du tour que la tortue vient de leur jouer, ils se fâchent tous, mais c'est un peu trop tard.
(...)
Tout flatteur vit au dépens de celui qui l'écoute.


Quel sera le pigeon qui appellera « crise » le mauvais tour que la tortue joua aux oiseaux ? Y aura-t-il un pigeon qui prétendra que « la crise accula les oiseaux à la pauvreté et au jeûne », que « la tortue mangea comme quatre cents malgré la crise aviaire » ou que « la tortue réussit à se taper un gueuleton conçu pour toute une nation d'oiseaux en pleine crise aviaire » ?...
Ne soyons pas pigeons comme les oiseaux de ce conte congolais. Pourquoi permettons-nous que des malins sans scrupules pillent la maison de tous et nous expliquent que nous vivons au-dessus de nos moyens, alors que leurs comptes ne cautionnent pas leurs contes par-dessus le marché ? Pourquoi acceptons-nous que ce soient ceux qui nous ruinent qui fassent notre loi ? Pourquoi admettons-nous que, quand les Marchés nous pissent dessus, les médias s'évertuent à nous dire qu'il pleut ? Car jour après jour, nous lisons dans la presse très dépendante, sans qu'elle rougisse (c'est moi qui y mets du rouge), des informations comme celles-ci :

Cada vez hay más ricos y tienen más dinero, a pesar de la crisis
Los patrimonios superiores a un millón de dólares crecen en España un 12,5%
PILAR BLÁZQUEZ MADRID, Público. 23/06/2010 08:00
 (...) [M]ientras el resto de mundo peleaba con una nueva versión de la crisis financiera que se inició en 2007, el número de grandes fortunas españolas creció un 12,5% el año pasado. Un selecto club, que ya cuenta con 143.000 personas, según el Informe Anual sobre la Riqueza en el Mundo elaborado por Merrill Lynch y Capgemini. "Este incremento se debe a la subida de la capitalización bursátil. Muchos de sus activos están invertidos en renta variable", explica Lucía Granda, directora de Merrill Lynch Global Wealth Management para España y Portugal.
La situación española no es una excepción. Todo lo contrario. En el resto del mundo el porcentaje de grandes fortunas se incrementó incluso más. En total, el crecimiento superó el 17%, hasta alcanzar los 10 millones de personas. No sólo aumentó la cantidad de afortunados, sino también la de sus fortunas. El patrimonio conjunto de los más ricos del mundo, alcanzó los 39 billones de dólares (3,4 billones de euros) un 18,9% más que en 2008. Es más, el crecimiento de los superricos, es decir las fortunas cuyo patrimonio supera los 30 millones de dólares( 24 millones de euros), subió un 19,4%, y sus posesiones se incrementaron un 21,5%.


AUMENTÓ UN 12% EL NÚMERO DE RICOS EN ESPAÑA
Yates, pinturas y coches de lujo: para los millonarios pasó la crisis en 2009
Los ricos son aquellos con más de 800.000 euros en bienes, excluidas casas
El número de ricos creció un 17,1% en todo el mundo, un 12,5% en España
Las ventas de coches de lujo se disparan en Brasil y China
Los millonarios invirtieron en pinturas clásicas o de los sesenta
El Mundo - Actualizado martes 22/06/2010 17:16 - Reuters | Efe
Nueva York.- Mientras las economías mundiales abandonaban a duras penas la recesión para emprender una débil recuperación, en todo el mundo aumentó el número de millonarios, quienes volvieron a abrir sus carteras a ciertos gastos 'pasionales' a partir de la segunda mitad de 2009.
Pese a la crisis, el porcentaje de población con más de un millón de dólares en activos (unos 800.000 euros al cambio actual) creció un 17,1% en 2009, hasta los 10 millones de individuos, que juntos acumulan una riqueza de 39 billones de dólares (31,7 billones de euros), un 18,9% más del volumen que acaparaban en 2008, según un informe de Merrill Lynch con Capgemini.

Las ventas de vehículos caen un 23,5% en enero con respecto al mismo mes de 2010
EUROPA PRESS, Madrid 01/02/2011 13:04 Actualizado: 01/02/2011 14:46
Las matriculaciones de automóviles se situaron en 53.632 unidades durante el pasado mes de enero, lo que supone una fuerte caída del 23,5% en comparación con el mismo mes de 2010, cuando se comercalizaron 70.130 unidades, según datos de las asociaciones de fabricntes (Anfac) y vendedores (Ganvam). Sin embargo, los automóviles de lujo aumentaron sus ventas un 133% en el mismo periodo.


Telefónica bate récord de reparto de dividendos en plena crisis
La operadora abonará 7.300 millones de euros a sus accionistas, el mayor pagado por una empresa española
RAMÓN MUÑOZ - El País, Madrid - 23/02/2011


Repsol triplicó su beneficio en 2010
La compañía petrolera obtuvo un beneficio neto de 4.693 millones de euros el año pasado
EUROPA PRESS para Público, Madrid 24/02/2011 09:03 Actualizado: 24/02/2011 09:09
Repsol obtuvo un beneficio neto de 4.693 millones de euros en 2010, cifra que triplica el resultado logrado por la petrolera en 2009, que fue de 1.559 millones de euros, informó la compañía que preside Antonio Brufau a la Comisión Nacional del Mercado de Valores (CNMV).
(...) Sin tener en cuenta extraordinarios, el beneficio neto recurrente de Repsol mejoró en 2010 un 54,9%, hasta situarse en 2.360 millones de euros. Por su parte, el resultado de explotación recurrente de la compañía ascendió el año pasado a 5.213 millones de euros, con un repunte del 66,7% respecto a 2009.
Iberdrola ganó 2.870 millones en 2010
Iberdrola obtuvo en 2010 un beneficio neto de 2.870 millones de euros, lo que supone un aumento del 1,6% frente a 2009, cuando ganó 2.824 millones, como consecuencia de "los menores resultados atípicos netos de impuestos".
Con todo, la eléctrica señaló que se trata del mayor beneficio neto registrado en su historia. Según informó la compañía a la Comisión Nacional del Mercado de Valores (CNMV), su facturación fue de 30.431 millones de euros (+17,5%) y su Ebitda se elevó un 10,5%, hasta los 7.528 millones de euros.

ABC, 24/02/2011 :
Antena 3. Antena 3 y Telecinco mejoraron resultados en el año del «apagón analógico» El grupo Antena 3 logró un beneficio neto de 109,1 millones de euros el pasado ejercicio, lo que supone un aumento del 79,6% respecto al año anterior, en gran medida debido a la mejora de los ingresos publicitarios. El mercado publicitario creció el 3,8%. (...).
Telecinco. Telecinco obtuvo un beneficio neto de 70,5 millones de euros, lo que supone un 45,6% más que en 2009, cuando ganó 48,4 millones de euros. Los ingresos aumentaron un 30,3% en 2010, hasta los 855,1 millones de euros, y sus márgenes sobre ingresos mejoraron con respecto al año anterior, con un beneficio bruto de explotación (Ebitda) ajustado de 228 millones de euros.
Abertis. Abertis ganó un 6,1% más por la positiva evolución del tráfico en las autopistas. Abertis registró un beneficio neto de 662 millones de euros en 2010, lo que supone un incremento del 6,1% en comparación con el año anterior, según informó este jueves la concesionaria. (...)
Abengoa. La empresa andaluza registró un beneficio neto de 207 millones de euros en 2010, lo que supone un incremento del 22% respecto al ejercicio anterior. El grupo alcanzó unas ventas de 5.566 millones de euros, un 34% más, mientras que el resultado bruto de explotación (Ebitda) se situó en 942 millones de euros, un 26% más que en 2009. (...)

mardi 22 février 2011

Lettres tunisiennes

La France ne veut pas envoyer Michèle Alliot-Marie en Tunisie. Ça se comprend, vu ses antécédents d'entente cordiale et collaboration avec le clan Ben Ali et ses proches. Pour l'instant, sur ce dossier, elle nous fait des vacances.
La République de l'irréprochabilité sarkozyste y avait même expédié un nouvel ambassadeur dans le but d'ouvrir une nouvelle page dans la relation bilatérale. Le problème, c'est que ce diplomate, Boris Boillon, a eu une manière plutôt atroce, libéro-coloniale, d'ouvrir son cœur au peuple tunisien —qui tient à dissiper des doutes bien fondés. Pour éviter des questions insolemment pertinentes, l'ambassadeur a mis sa fausse indignation dans le plat du déjeuner auquel il avait invité la presse tunisienne. Dans le genre casse-toi, pauv'con. Que Pierre Desproges me pardonne le détournement de citation, mais ce fut un déjeuner tout à fait somptueux, solennel et chiant, bref, une réussite parfaite...


Du coup, il s'est fait de nombreux amis et une page a été ouverte en Tunisie sous le titre "Boris Boillon, dégage !", expression que l'on scande également devant l'Ambassade française de Tunis. Il y en a même qui se donnent la peine de lui écrire des lettres impeccables de politesse et d'une lucidité, hélas Boillon, très peu débile. À les lire, on bénéficie d'un cours accéléré d'argumentation écrite :
Si nous nous permettons de vous écrire ainsi aujourd’hui, c’est à la suite de votre première intervention à Tunis, intervention où vous vous êtes adressé au peuple tunisien par l’intermédiaire de ses journalistes.
Nous voudrions, par la présente, attirer votre attention sur certains points qui pour nous, peuple tunisien, sont essentiels, contrairement à ce que vous et vos maitres, semblez en droit de penser. Si vous souhaitiez que votre séjour en Tunisie soit entouré de sérénité et de bons rapports, non seulement avec les représentants du peuple mais avec tout le peuple tunisien, il apparait évident que vous n’avez pas eu beaucoup d’entendement.
Une journaliste vous a posé la question de savoir ce « que (vous pourriez) répondre aux préoccupations du peuple tunisien par rapport au comportement de la France durant la révolution ». Vous avez oublié votre fonction et avez répondu que cette question était un préjudice. Vous vous êtes même permis de traiter la question de “débile”.
Sachez, cher monsieur, que la France, que vous représentez ici, à Tunis, a beaucoup à faire pour faire oublier, d’une part, son soutien inconditionnel à son ami Ben Ali pendant toutes ces années, mais, surtout, la position politique inadmissible qu’elle a soutenu pendant que nos jeunes mourraient et se battaient pour la liberté, l’une des valeurs pourtant inscrite dans la devise de votre patrie, monsieur.
Ainsi nos préoccupations vous semblent déplacées ? Et bien, c’est que nous allons avoir un problème, cher monsieur. Car, voyez vous, Le peuple tunisien n’a jamais été un peuple imbécile, contrairement à ce que vous pourriez croire. Et si nous avons connu le malheur et la disgrâce de vivre sous un dictateur « ami » de la France, cela ne veut pas dire que nous ne savons réfléchir, comprendre et surtout nous prononcer. Cela signifie “juste”, qu’avec l’accord de votre Nation, l’on nous avait muselé et dépouillé d’une grande partie de nos droits, dont celui de s’exprimer. Mais ne prenez pas la conséquence pour la cause et sachez que nous vous voyons pour ce que vous êtes, très cher monsieur.
Votre attitude pleine de mépris et d’arrogance, vous donne l’outrecuidance de parler ainsi à une journaliste tunisienne qui exprimait la question principale qui occupe le peuple tunisien quant à l’avenir de ses relations avec la France, a choqué plus d’une personne. Si c’est ainsi que se comporte le représentant de l’État français en Tunisie, nous craignons le pire pour l’avenir de nos échanges, monsieur. Mais pouvions nous attendre autre chose de la part d’un représentant dont le gouvernement n’a toujours pas présenté d’excuses claires pour avoir offensé la dignité d’un peuple ni n’a été blâmé pour entretenir des relations d’affaires avec un tyran ?
Cher monsieur, votre jeunesse n’est qu’apparente, vos actes semblent venir d’un monde si ancien, si vieux. Pensiez vous réellement pouvoir vous comporter comme ces soldats ardents et insultants de la période colonialiste ? Il semblerait que vos maîtres n’ont toujours pas compris quelle est la période historique qui s’ouvre en ce moment en Tunisie. Mais il est certain que les piètres performances de notre ancien ministre des affaires étrangères doivent y être pour quelque chose. Allez donc expliquer, cher monsieur, que nous ne sommes pas au début d’un nouveau colonialisme, non, nous sommes à l’aube de grands changements, et cette attitude française sera sévèrement punie à chaque fois qu’elle aura le malheur de réapparaitre, comprenez le bien.
Sachez que la volonté du peuple, aujourd’hui, Monsieur l’Ambassadeur, est de vous dire, tout simplement, “dégage”. Vous avez réussi avec votre comportement dédaigneux à tirer le pire du peuple tunisien, connu pourtant pour son accueil légendaire et sa générosité. Vous avez, en moins d’une semaine, fait échouer votre mission. Vous pouvez partir maintenant. Et dommage pour cette belle carrière prometteuse que vous vous étiez préparée et imaginée, vous saurez certainement tirer une leçon diplomatique de ce passage éclair dans notre beau pays.

Wejdane Majeri, Afef Hagi, Shiran Ben Abderrazak
Tunis, Milan, Paris, le 18-02-2011
Source : Nawaat.
Chers Tunisiens, bon courage !

NOTE POSTÉRIEURE (du 18 mai 2011) : Curiosphère.tv, le service d'éducation en images de France 5, a préparé en mai 2011 un dossier sur les révoltes du monde arabe. En fait, ils en abordent pour commencer celles de Tunisie, Egypte et Lybie, et vous y trouverez des analyses parfois très intéressantes et en français, dont celui d'Alain Gresh, par exemple. Voici l'édito qui fait office d'introduction :
Depuis le 17 décembre 2010, les dirigeants historiques du monde arabe sont en émoi. Exit Zine el-Abidine Ben Ali après 24 ans à la tête de la Tunisie. Exit Hosni Moubarak après 30 années de règne sans partage. Ces deux pays abordent aujourd’hui leur transition démocratique. Mais dans le reste du monde arabe la révolte grogne également : en Libye, plus que jamais, Mouammar Kadhafi est seul contre son peuple ; en Syrie Bachar El-Assad est contraint a des concessions ; au Bahreïn, à Oman, les manifestations contre les pouvoirs se multiplient... Curiosphere.tv, fidèle à sa mission pédagogique vous propose ce 1er numéro de Decrypt’Actu consacré aux révoltes du monde arabe. Vous trouverez ici des ressources thématiques permettant de prendre du recul sur ces événements, en les installant plus largement dans l’histoire contemporaine mondiale.

lundi 14 février 2011

Slogans et réalité crue ou jongler avec les mots

La presse nous apprend aujourd'hui que le gouvernement français organise un concours "pour jongler avec les mots" : dans le but de fêter la Semaine de la langue française et de la francophonie, qui vient de commencer, le site du ministère de la Culture et de la Communication lance une compétition, le concours des dix mots, à l'intention des collégiens et lycéens. Ils sont invités à réaliser collectivement un travail sur le thème de... la solidarité. Étonnant de la part d'un gouvernement élitocrate qui promeut à longueur d'année la concurrence (la guerre des plus forts contre tous) et le bouclier fiscal, qui diabolise les tziganes et les immigrés, qui encourage la dénonciation des solidaires (sujet très bien illustré par le film Welcome, de Philippe Lioret, qu'on a pu voir sur La2 il y a quelques jours) et dont la politique contribue, par exemple, à l'augmentation des Français non ou mal logés : selon le rapport 2011 de la fondation Abbé Pierre à ce propos, 3,6 millions de Français sont mal-logés ou directement sans abri. Le ministère de la Culture et de la Communication communique ce que le gouvernement ne cultive pas.
Le travail du concours proposé par le ministère français doit contenir les dix mots suivants : accueillant, agapes, avec, chœur, complice, cordée, fil, harmonieusement, main et réseauter. "Il s’agit de concevoir à partir des 10 mots une production littéraire qui implique une dimension artistique fondée sur un réel travail linguistique. Toutes les démarches pluridisciplinaires seront les bienvenues." Les inscriptions sont admises du 14 février au 16 mars.
Parallèlement, en collaboration avec le ministère et les sites "le-slam.org" et "On Aime Les Mots", TV5 Monde lance un tournoi international de slam, anglicisme qui veut dire littéralement "claquement" ; les slams dont nous parlons ici sont des compositions disons poético-oratoires, grosses de sens, que les slameurs déclament de manière très libre sur une légère base musicale.
TV5 Monde incite les internautes à créer un texte ou une vidéo à partir des dix mots mentionnés, puis à les poster sur son site (du 26 janvier au 1er mars 2011). Le 14 mars à 20h, Grand Corps Malade, slameur renommé, annoncera lors d'un tchat vidéo les noms des deux participants qui auront recueilli le plus grand nombre de votes du public. C'est drôle parce que Grand Corps Malade s'est illustré en analysant les soi-disant vertus solidaires des mesures gouvernementales, en matière d'Éducation nationale par exemple (voir la vidéo ci-dessous).
Démolir le service public et prôner la solidarité ? Si "jongler avec" est, selon Le Robert, "manier de façon adroite et désinvolte", on dirait que le gouvernement français jongle vraiment avec le mot "solidarité" et nous prend pour des gogos.

Grand Corps Malade - Education Nationale



Note du 16 février 2011 :  Sous le titre L'Appel des 47, 47 fonctionnaires de l'enseignement public qui ont rendu leurs Palmes académiques pour récuser la politique sarkozyste en la matière, publient un manifeste sur le site de Charlie Hebdo où ils dénoncent que...
"(...) l’Éducation nationale souffre de plus en plus d’une politique où la logique comptable et la notion de rendement ont pris le pas sur toute réflexion pédagogique et sociale : depuis quelques années, l’école que nous avons aimée et construite est progressivement désorganisée, dégradée, et disparaît. Nous n’y retrouvons plus les idéaux et les valeurs que nous y avons portés.
La liste des mesures qui vont contre l’école, les enfants, les étudiants et les enseignants est déjà bien longue : suppression, cette année encore, de 16 000 postes qui s’ajoutent aux 50 000 de ces trois dernières années ; suppression de la formation des enseignants (IUFM); suppression de la carte scolaire ; remise en cause de la scolarisation des moins de trois ans ; prime aux recteurs, etc.
"
Ce groupe des 47 comprend, hommes et femmes confondus, professeurs, conseillers d'orientation, maîtres de conférences, documentalistes, directeurs d'école, principaux et proviseurs, instits, inspecteurs, etc.

Note d'avril 2012 : J'ai réécouté le slam de GCM et j'ai éprouvé un certain malaise en écoutant une phrase : "continuons de dire aux p'tits frères que l'école est la solution". L'école est-elle vraiment LA solution, la solution définitive, la panacée absolue ? Non, ce n'est pas vrai, malheureusement. Cette affirmation pourrait peut-être plaire à Moreno Castillo, par exemple, mais il est question ici d'un problème beaucoup plus complexe que cela. L'école, bien entendu, fait partie de la solution mais celle-ci sera sociale ou ne sera pas. Vis-à-vis de tout ce qu'il y a autour de nous, habitus, prestiges montés, inlassable activité des grands média traditionnels, retombées des nouvelles technologies, publicité par monts et par vaux,... on est tenté de dire que l'influence de l'école est presque négligeable... C'est peut-être un bon moment pour suggérer la lecture d'un article de John Marsh paru en janvier 2012 dans Le Monde diplomatique : L'Éducation, suffira-t-elle ? Cliquez dessus si tout cela vous intéresse.

vendredi 11 février 2011

Pantin Moubarak quitte le pouvoir

Après dix-huit jours de manifestations, Hosni Moubarak a démissionné. C'est ce qu'a annoncé le vice-président égyptien, Omar Souleiman. L'armée prend le pouvoir...
L'annonce a provoqué une clameur de joie sur la place Tahrir, un coup de cœur au Caire... Et nous venons de voir sur la Puerta del Sol madrilène des Égyptiens et des citoyens d'autres nationalités en franche liesse. Il y en a qui finiront rauques la journée ! Félicitations très émues.
Et puis, l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) compte désormais un tyran de moins dans ses rangs. Aura-t-on droit à un nouveau fantoche ou ça va bouger pour de bon ? On verra bien mais, pour l'instant, y'a de la joie !

Je viens de relire quelques passages du Discours de la servitude volontaire (1576), d'Étienne de La Boétie (1530-1563) ; je trouve bon pour l'occasion —en fait, pour toutes les occasions— d'en citer cet extrait :
« Les empereurs romains n'oubliaient pas surtout de prendre le titre de tribun de peuple, tant parce que cet office était considéré comme saint et sacré, que parce qu'il était établi pour la défense et la protection du peuple et qu'il était le plus en faveur dans l'état. Par ce moyen ils s'assuraient que ce peuple se fierait plus à eux, comme s'il lui suffisait d'ouïr le nom de cette magistrature, sans en ressentir les effets.
Mais ils ne font guère mieux ceux d'aujourd'hui, qui avant de commettre leurs crimes, même les plus révoltants les font toujours précéder de quelques jolis discours sur le bien général, l'ordre public et le soulagement des malheureux. »
Ah, il y a exactement 50 ans, Ambroise Croizat (1901-1951) mourait à Suresnes. Il fut l'un des fondateurs de la Sécurité Sociale et du système des retraites en France.

lundi 7 février 2011

Le cas Lumumba, 50 ans après son meurtre

21 jours après le cinquantenaire de l'assassinat de Patrice Lumumba (2/07/1925-Katanga, 17/01/1961), ce Noir qui refusa de lécher les bottes de l'Homme blanc, j'ai vu lors d'une fouille internautique qu'une pétition a été lancée afin que la Belgique "reconnaisse SES RESPONSABILITES HISTORIQUES dans l’assassinat prémédité de Patrice Émery LUMUMBA et que justice soit rendue !"
Cette pétition de lumumba.org soutient en plus qu' "il est impératif que l’Etat belge accepte L’OUVERTURE DE L’INTEGRALITE DES ARCHIVES COLONIALES, à savoir celles de l’administration coloniale, de la Force publique, de la Sûreté, du Ministère des Colonies, notamment. Ces archives doivent faire l’objet d’un recensement et être accessibles au public pour qu’enfin, la vérité triomphe."

Là-bas, si j'y suis, le repaire radiophonique de Daniel Mermet, s'est penché sur ce cas de figure et nous a invités à trois émissions +2 (podcastables : on peut toujours les écouter) pour remettre les pendules à l'heure sur cette affaire :
Et "Il y a cinquante ans, l’assassinat de Patrice Lumumba". Reportage à Bruxelles avec Ludo de Witte et au Katanga avec le professeur Kongolo et le collectif "Mémoire coloniale", ici, là, et là, ici, et là
Mermet choisit un extrait d'un texte incontournable d'Aimé Césaire, son Discours sur le colonialisme, pour illustrer ces cinq volets ; je vous le colle ci-dessous :
« Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viet Nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. »
Aimé Césaire : Discours sur le colonialisme, Éd. Réclame, 1950
(rééd. Présence africaine, 1955)
Le sociologue flamand Ludo de Witte (1956) a beaucoup contribué à rompre le silence ou la désinformation (1) sur ce crime d'État(s) grâce à la publication de son livre L’assassinat de Lumumba (Karthala, janvier 2000). En 2001, il affirmait à Matchafa (collection de médias québécois) « que l’assassinat a été exécuté en accord avec les gouvernements belge et américain et que les commanditaires étaient tous des actionnaires d’entreprises qui pillaient ou avaient des vues sur les richesses du Congo. L’assassinat a été réalisé au nom du libre marché et de la lutte contre le communisme. » Le procédé habituel, la méthode éternelle : un assassinat ou un coup d'état, voire les deux (cf. Mohammad Mosaddeq, João Goulart, Jacobo Árbenz, Achmed Sukarno, Salvador Allende, Jaime Roldós, Omar Torrijos, etc), pour laisser la voie libre à la rapine. Dans ces déclarations, de Witte précisait le résultat de ses recherches :
-Ludo De Witte. Des indices sérieux indiquent que les plus hautes instances politiques belges ont été impliquées dans différentes tentatives d’assassinat de Lumumba, de septembre à octobre 1960. Pendant l’enquête, on a par exemple parlé de l’opération L, mise sur pied par Edouard Pilaet. Celui-ci travaillait pour le compte de la Forminière, la société belge qui exploitait le diamant au Congo. Par l’intermédiaire du colonel de réserve Laude, il était notamment en contact avec le chef de la maison militaire du roi, le général Dinjaert. Les plus hautes instances politiques étaient impliquées dans cette opération. C’est d’ailleurs le bras droit du comte d’Aspremont Lynden, le ministre des Affaires africaines, qui a chargé Pilaet de se rendre au Congo et d’y travailler sous la direction du colonel Marlière. Celui-ci deviendrait plus tard le conseiller de Mobutu.
Il y a encore d’autres témoignages. Ainsi, le commandant Noël Dedeken a reconnu avoir reçu du commandant en chef de l’armée belge, le baron de Cumont, l’ordre d’enlever Lumumba, sans doute en vue de l’éliminer par la suite. Et, récemment, l’officier belge Paul Heureux a confirmé l’existence d’un plan visant à assassiner Lumumba et émanant du journaliste Jo Gérard, partisan notoire du roi Léopold III et collaborateur de Paul Vanden Boeynants. Ce plan a été préparé sous la supervision du colonel Marlière, qui agissait avec l’accord de ses supérieurs. Ces opérations ont finalement été suspendues lorsque l’initiative est passée aux mains des Américains.
-Avez-vous des informations sur la collaboration entre les services américains et belges?
-Ludo De Witte. Nous savons que dès l’été 1960, les Américains et les Belges ont lancé plusieurs tentatives d’assassinat contre Lumumba et que toutes ces opérations ont été suspendues entre le 10 et le 15 octobre. Des documents de la CIA et les archives de Pilaet révèlent qu’on était arrivé à la conclusion que trop de personnes travaillaient à la préparation du meurtre de Lumumba. Hormis les opérations préparées par les services occidentaux eux-mêmes, ceux-ci ont aussi tenté de faire exécuter la sale besogne par des Congolais. Mais ceux-ci se sont montrés peu enthousiastes. Pilaet écrit dans un rapport: «Tous les Congolais avec lesquels je parle sont d’accord pour dire que Lumumba doit disparaître. Mais ils espèrent tous que quelqu’un d’autre fera le travail à leur place». En d’autres termes, de très nombreuses personnes étaient au courant des opérations. A Brazzaville et à Léopoldville, les rumeurs allaient bon train. Des amateurs étaient impliqués dans l’affaire et il y avait des fuites. Un moment donné, il a donc été décidé de mettre fin à toutes les opérations.
Noël Dedeken et Pilaet ont alors été révoqués. La CIA a envoyé un message à l’ambassade américaine précisant que «toutes les initiatives par rapport à Lumumba devaient être arrêtées». Mais en même temps, le quartier général de la CIA a transmis un message secret, via un canal spécial, à Larry Devlin, chef de la CIA à Léopoldville, lui indiquant littéralement qu’il ne devait en aucun cas tenir compte du message officiel et que l’opération serait poursuivie de manière accélérée.
La CIA décide alors d’engager un tueur à gages professionnel. Cet homme, recruté en Belgique et portant le nom de code QJWIN, est arrivé au Congo juste avant la fuite de Lumumba de Kinshasa. Finalement, il sera rappelé sans avoir pu achever son travail parce qu’entre-temps, Lumumba a été arrêté par Mobutu pour être livré plus tard au Katanga. Mais le fait qu’à la mi-octobre, Belges comme Américains mettent fin à toutes leurs opérations officielles et que la CIA prend alors toute l’affaire en main, donne à penser qu’il y a eu une coordination à un très haut niveau entre Bruxelles et Washington. En outre, des concertations ont eu lieu en janvier 1961, tant au niveau de l’Otan que de manière bilatérale. Le Portugal, qui était encore maître en Angola, et le régime britannique en Rhodésie ont discuté avec le régime Tshombé au Katanga pour arrêter la progression des forces nationalistes. Des contacts avec les Français ont eu lieu en vue de renforcer le régime de Mobutu. Le Pentagone insistait à cette époque pour que les bases militaires de Kitona et de Kamina restent entre les mains de forces «alliées».
Quant aux motivations de l'entente criminelle alliant les gouvernements belge et étasunien et les léopoldistes, Ludo De Witte est clair comme de l'eau de roche :
Toutes ces forces, traversées par d’énormes conflits d’intérêts, étaient toutes des actionnaires d’entreprises qui exploitaient le Congo. Derrière Jean del Marmol, il y avait le groupe Lambert; derrière Pierre Wigny, il y avait une floppée de sociétés coloniales; dans l’entourage du Palais royal, il y avait la Société Générale. L’oncle d’Aspremont Lynden était l’un des commissaires de la Société Générale. Pour les Américains, l’enjeu était aussi de mettre la main sur les énormes richesses du Congo. En outre, un succès du nationalisme de Lumumba pourrait avoir des conséquences importantes dans l’ensemble de l’Afrique.
Là-bas, si j'y suis conseille aussi la lecture de Lumumba, un crime d’Etat. Une lecture critique de la Commission parlementaire belge, de Colette Braeckman (Aden, avril 2009).
On peut lire également, sur le site du Projet Lumumba, le poème Lumumba's gebit (Les dents de Lumumba), d'Hugo Claus, que l'écrivain flamand publia le 8 novembre 1999, dans le quotidien De Standaard, après avoir vu à la télé le documentaire où l'inspecteur policier Gerard Soete (2) expliquait comment il s'était débarrassé des cadavres de Patrice Lumumba et de ses compagnons Maurice M'Polo et Joseph Okito : « Nous avons découpés les corps en morceaux. Le crâne a été dissout dans de l'acide sulfurique et le reste a été brûlé. » Et ceci après l'arrachement des deux canines dorées de Lumumba...
Si vous souhaitez accéder à une bibliographie plus touffue en la matière, cliquez dessus.
Enfin, le site du Projet Lumumba nous rappelle une citation de Jacques Derrida (1930-2004) parfaitement pertinente à cet égard :
"Nous n’accepterons plus de vivre dans un monde qui non seulement tolère les violences illégales mais viole la mémoire et organise l’amnésie de ses forfaits. Notre témoignage critique doit transformer l’espace public, le droit, la police, la politique de l’archive, des médias et de la mémoire vive. Et il doit le faire en passant les frontières nationales."
"Nous aurions, me semble-t-il «contre l’oubli», un premier devoir: pensons d’abord aux victimes, rendons-leur la voix qu’elles ont perdue. Pensons d’abord à la destinée - chaque fois unique et irremplaçable - de ceux et de celles à qui on a dénié le droit à la parole et au témoignage et qui ont eu à souffrir l’injustice dans leur vie, parfois dans leur honneur. Pensons à la machine qui les a ainsi broyés, à l’ignominie de certains individus, de certaines forces sociales, de certains appareils étatiques ou policiers. A chacune des victimes, toujours au singulier, à tous ces «disparus», nous devons épargner ce surcroît de violence : l’indignité, l’ensevelissement du nom ou la défiguration du souvenir.
Mais un autre devoir, je le crois, est indissociable du premier: en réparant l’injustice et en sauvant la mémoire, il nous revient de faire oeuvre critique, analytique et politique. En général et cette fois au-delà des singularités exemplaires. Les crimes en question, les censures, les amnésies, les refoulements, la manipulation ou le détournement des archives, tout cela signifie un certain état de la société civile, du droit et de l’État dans lesquels nous vivons. Citoyens de cet État ou citoyens du monde, au-delà même de la citoyenneté et de l’Etat-nation, nous devons tout faire pour mettre fin à l’inadmissible. Il ne s’agit plus seulement alors du passé, de mémoire et d’oubli. Nous n’accepterons plus de vivre dans un monde qui non seulement tolère les violences illégales mais viole la mémoire et organise l’amnésie de ses forfaits. Notre témoignage critique doit transformer l’espace public, le droit, la police, la politique de l’archive, des media et de la mémoire vive. Et il doit le faire en passant les frontières nationales."

Déclaration de Jacques Derrida au colloque « 17 et 18 octobre 1961: massacres d’Algériens sur ordonnance ? »
(1) Au début, on rejeta sur des villageois congolais la responsabilité du massacre de Lumumba et ses "complices". En Espagne, les textes des informations de la presse franquiste de l'époque étaient inénarrables. La loi n’était jamais la même selon qu’il s’agissait d’un blanc ou d’un noir, disait Patrice Lumumba. La presse, non plus.
(2)

dimanche 30 janvier 2011

Charlatans et menteurs

Ces jours-ci, nous assistons à quelques exemples nord-africains qui prouvent que les charlatans, les voyants et les strausskahns ne l'emportent pas toujours forcément. Parfois on se demande pourquoi les choses ne pourraient pas se passer comme dans la vidéo qui suit :


Notre cher Chamfort (1741-1794) écrivit quelques maximes et anecdotes inspirées par charlatans et menteurs. En voici un exemple :
M. de..., menteur connu, venait de raconter je ne sais quel fait peu croyable. « Monsieur, lui dit quelqu'un, je vous crois ; mais convenez que la Vérité a bien tort de ne pas daigner se rendre plus vraisemblable. »
Chamfort : Maximes, pensées, caractères et anecdotes ; Garnier-Flammarion, Paris 1968 (Appendice II, nº 1305)
Ce qui impressionne, c'est que, malgré son piteux état, la Vérité des menteurs est toujours servie avec dévouement par une énormité invraisemblable de fidèles.

mercredi 26 janvier 2011

Pierre Bourdieu, sociologue énervant

Le portail du magazine de l'Homme moderne héberge plusieurs sites dont un consacré à Pierre Bourdieu (1930-2002). Éric Chabel, son concepteur, explique ses motivations et signale que ce site n'a rien d'officiel :
Il est tenu à titre personnel, depuis septembre 1998. Je remercie tous ceux qui m'ont signalé ou envoyé des textes, les traducteurs, Raphaël Desanti qui m'a longtemps aidé.
Son but était de donner à lire des textes de Pierre Bourdieu ou traitant de son travail. Bourdieu est mort, mais rien n'a changé, ce travail reste utile, à mon sens.
Au menu, l'internaute peut accéder aux contenus suivants :


Pierre Bourdieu
Avec Bourdieu
Presse; Textes anti- ou pro-
Abécédaire Bourdieu
Liste de discussion
Sites extérieurs***

Ce pourrait être une manière de commencer à connaître les textes et les idées de l'auteur de La Distinction, Ce que parler parler veut dire ou La Domination masculine. Bref, d'un type que dédia le plus clair de son temps à analyser la langue légitime, les mécanismes de hiérarchisation et domination, la confusion génétique (ou biologie) - culture (ou histoire ou société), ou à développer son concept de "habitus". Ses textes prouvaient, plus qu'il ne le pensait et sans contester l'importance du symbolique et du social, que sociologie et Économie sont deux disciplines au service de deux causes ouvertement antagonistes ; la première tient compte des êtres humains, la seconde complote contre eux en stimulant la guerre de tous contre tous et son seul horizon est cette Terre Gaste (1) qui constitue le dernier théâtre des méditations du Merlin de Michel Rio. D'ailleurs, lors des événements de mai 68, Pierre Bourdieu eut la présence d'esprit de rompre avec Raymond Aron (taupe des grands pouvoirs étasuniens, pilier de ce libéralisme qui n'a vraiment eu d'autre issue que la prédation à outrance et la consolidation d'inassouvissables Marchés convoitant même la part des sans-part, pour transposer la formule de Jacques Rancière). C'est dire s'il oublia vite fait d'être traître aux victimes du genre humain.

(1) Michel Rio : La Terre Gaste, Le Seuil, Paris, 2003. Un opuscule qui est une œuvre majeure.


NOTE DE JANVIER 2012 : À cent contre un, article de Pierre Rimbert sur Bourdieu, Le Monde diplomatique, janvier 2012.

vendredi 21 janvier 2011

Travail et chanson

Le travail, c'est la santé ? Travailler, c'est trop dur ? Le travail, entraîne-t-il la bonne vie ou juste le contraire ? Pourquoi y a-t-il autant de nantis parmi ceux qui ne travaillent pas ? Pourquoi on utilise le mot "travail" pour des concepts tellement différents ? On peut se poser beaucoup de questions de ce genre et nous avons pas mal de livres -signés par Thorstein Veblen, André Gorz, Gilles Châtelet et autres Rafael Sánchez Ferlosio- comportant des remarques éclairantes à cet égard.
Pour l'instant, dans le but de vous aider à compléter vos activités au sujet du travail, vocabulaire et coordonnées, je vous suggère aussi des chansons.
La Cité des Sciences et de l'Industrie et le Hall de la Chanson vous proposent un florilège d'œuvres musicales évoquant les liens entre celles-ci et le monde du travail. En écoutant ces pièces, vous aurez la possibilité de secouer un petit peu vos certitudes et de rénover vos idées là-dessus. Attention, ce ne sont que des fragments de 30" ; si vous voulez écouter ces compositions dans leur intégralité, il vous faudra suivre leur piste...
La page distribue ses morceaux choisis en sept rubriques : en ville, du charbon à l'usine, sur la route / sur la mer, aux champs, femmes, farniente, chômage et luttes.

Le Hall de la Chanson :  Centre national du Patrimoine de la Chanson, soutenu par le Ministère français de la Culture et la SACEM (Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de Musique). Podcasts et vidéos.
Cité des Sciences et de l'Industrie.

mardi 18 janvier 2011

Les restavecs (ou restavèks) d'Haïti

Un an après le terrible séisme d'Haïti, la vie est pénible pour la plupart de ses habitants. Bien entendu, ce sont les plus vulnérables qui en souffrent le plus : les femmes (le nombre de viols est brutal), les handicapés, les enfants... Si vous cherchez le mot "restavec" dans Wikipédia, vous pourrez lire :
Les restaveks (restavèk en créole haïtien, dérivé du français reste avec) sont une des catégories d'enfants d'Haïti vivant dans une famille autre que leur famille biologique. Ce terme ne recouvre aucune définition juridique mais a une acception très péjorative dans le contexte haitien. Il sert à désigner les enfants - mais aussi des adultes - qui sont traités comme domestiques sans aucun respect pour leur dignité. Toutefois, tous les enfants vivant dans une famille autre que leur famille biologique ne sont pas des "restavèk" dans la mesure où il est très courant, dans les Caraibes, qu'un enfant soit pris en charge par des membres de sa parentèle avec le consentement de ses parents.
Haïti Culture, le site culturel de la communauté haïtienne de Suisse, consacre une toile aux restavèks. Je vous conseille de la lire en entier, mais je vous avance l'explication qu'on nous donne au sujet des conditions de vie de ces gosses :
Des raisons principalement économiques poussent les familles pauvres des zones rurales à "donner" un de leurs enfants à des familles citadines en mesure de leur offrir un peu de nourriture et un coin pour dormir, espérant ainsi, assurer à leur enfant une vie plus décente.
Le placement des enfants comme domestiques est une pratique ancienne, mais l'aggravation de la situation politique et économique des dernières décennies a largement contribué à augmenter le nombre des enfants ainsi placés.
Le travail d'un enfant domestique est souvent très dur, jusqu'à l8 heures par jour. L'enfant-restavek, parfois âgé de 5 ans seulement, fréquemment sous-alimenté, ne reçoit aucune instruction et aucun salaire, la loi haïtienne ne prévoyant pas de rémunération pour ce type de travail. L'enfant "restavek" subit, parfois, des violences physiques ou sexuelles. Il est souvent coupé de tout lien avec sa propre famille, en raison des distances qui les séparent, de l'analphabétisme et de l'absence de tout moyen de communication. 
Un reportage récent du journal canadien Le Devoir, concrètement du 15 janvier, fait état d'une situation calamiteuse : en Haïti, un enfant sur dix serait utilisé comme domestique, voire comme forçat...
En Haïti, au moins 400 000 enfants, aux trois quarts des filles, vivent en domesticité. Au service de leurs maîtres, ces enfants sont généralement traités comme des moins que rien. Notre collaboratrice Monique Durand s'est intéressée à une question au centre d'un débat national dans ce pays, qui rouvre la plaie jamais refermée du passé esclavagiste de l'île.

Ils sont debout depuis 4h ou 5h le matin. Ils ont dormi sous la table de la cuisine de leur maître. Ils ont parfois seulement six, huit ou dix ans. Ils ont balayé, astiqué, récuré toute la journée. Ils ont reconduit les enfants du maître à l'école. Ils sont allés chercher de l'eau, du bois, du charbon. Ils ont fait des courses, préparé des repas. Ils n'ont pas mangé à leur faim, ont été battus, insultés, humiliés tout au long du jour. Le soir venu, les plus «chanceux» vont à l'école. Mais pas à la même école que les enfants de leur maître. Non. Ils vont à l'école des restavèks, entre 17h et 20h, quand ils sont à moitié crevés et titubants de fatigue, et quand les enseignants n'en peuvent plus eux non plus. (...)
Lire la suite et d'autres infos sur Haïti
.
Encore l'esclavagisme. Et d'enfants. Que dire. Il faut ne pas oublier Haïti.

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Mise à jour du 2 mars 2015 :
Emmanuelle Bastide a proposé le 18 février 2015 un reportage radiophonique au sujet des Restaveks. C'était dans 7 milliards de voisins, sur RFI :
Les restaveks d’Haïti sont des enfants qui ont été placés et qui sont honnis par la population. Bien souvent exploités, placés en domesticité, ils sont privés d’affection, d’éducation, et même martyrisés. Le tremblement de terre de 2010 a empiré la situation de ces enfants sans famille. Le père Miguel Jean-Baptiste se bat, depuis des années, pour améliorer la vie de ces enfants.

lundi 17 janvier 2011

La Tunisie où la macroéconomie du FMI allait si bien

(...) Pitié pour la nation qui acclame le tyran comme un héros
et prend le conquérant en grande pompe pour un bienfaiteur…
Pitié pour la nation qui dédaigne une passion dans son rêve et
s’y soumet à son réveil… Pitié pour la nation qui n’élève la voix
que lors des funérailles, ne tire gloire qu’au milieu de ses ruines
et ne se révolte que lorsque son cou se trouve entre l’épée et le billot…
Pitié pour la nation dont le politicien est un renard, dont le philosophe
est un bateleur et dont l’art est celui du rapiècement et de la contrefaçon…
Pitié pour la nation qui accueille son nouveau souverain
au son des trompettes et lui fait ses adieux sous les huées
pour en accueillir de nouveau un autre au son des trompettes
… (...)

Gibran Khalil Gibran (Bcharré, Liban ; 1883-1931) :
Le Prophète, 1923 (réed. Albin Michel 1990, 1996
).

À cette heure-ci, chacun devrait éprouver des frissons troubles rien qu'en écoutant que "l'Économie va bien". Cela fait longtemps que le mot "économie" ne veut plus dire Art de bien administrer une maison, mais Art de se faire des sommes folles sur le dos de populations complètes. Le terme équivaut maintenant aux grands chiffres concoctés par des gourous experts en magouilles —allègrement relayés par des médias qui ne sont que la courroie de transmission des grands pouvoirs et de leur argot mensonger et bourreur de crânes ; c'est ainsi que lorsque la macroéconomie croît, on nous dit que l'économie "va bien", même si visiblement, on en crève.
Le cas de la Tunisie est un exemple évident du cynisme de ceux qui nous gouvernent et de ceux qui gouvernent l'Économie mondiale : la population de ce pays maghrébin connaissait de graves difficultés, l'accès à un emploi rémunéré s'avérait extrêmement difficile, la microéconomie ne faisait que chuter, mais la Tunisie était, comme l'Argentine pré-Corralito, un très bon élève du FMI (Fonds Monétaire international ou Fraude mondiale innocente) et son Économie, un parangon pour l'orbe. La tyrannie en place n'avait aucune importance et l'injustice économique flagrante était un simple détail sans valeur comptable, contrairement aux performances très économiques du régime de Zine el-Abidine Ben Ali, l'un des meilleurs amis de l'or. Donc, le 18 novembre 2008, Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI et grand serviteur du grand capital, acceptait volontiers et ému d'être décoré par le dictateur tunisien et élevé au grade de « Grand officier de l'ordre de la République ». Il profitait de l'occasion pour transmettre l'évidence : l' « économie tunisienne va bien », et rappelait le jugement très positif du FMI sur la politique tunisienne, « saine » et « un bon exemple à suivre ». Au bout du compte, DSK se connaît en la matière après avoir bradé le patrimoine commun des Français. N'oublions que c'est lui, adorateur des fonds de pension et d'une fiscalité amicale pour les stock-options, qui avait piloté, comme ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie du gouvernement Jospin, les processus de privatisation de France Télécom, EADS, Thomson, Air France, Airbus, Autoroutes du Sud de la France... ou du secteur financier public qu'il a entièrement liquidé : Crédit Lyonnais, Crédit Foncier de France, GAN, CIC, Marseillaise de Crédit, le groupe Caisse d'Épargne...


« En Tunisie, les choses continueront de fonctionner correctement », concluait le loup... Oufffff. Je ne sais pas ce que va donner cette révolution sociale tunisienne où se sont immolées ou ont été assassinées des dizaines de personnes. Je ne sais pas de quoi vont accoucher ces terribles sacrifices : de sons de trompettes comme ceux évoqués par Khalil Gibran ? La dernière dépêche que j'ai lue là-dessus souligne que...
Le premier ministre tunisien, Mohamed Ghannouchi, a annoncé la formation d'un gouvernement chargé de gérer la transition jusqu'à la tenue des prochaines élections. Les ministres de la défense, de l'intérieur, des finances et des affaires étrangères sont reconduits à leur poste. Trois responsables de l'opposition font leur entrée au gouvernement. (AFP et Reuters)
Mohamed Ghannouchi, un membre du régime de Ben Ali. Ben Ali, soutenu jusqu'à la dernière minute par le gouvernement Sarkozy qui lui proposa même "une coopération policière" à travers Michèle Alliot-Marie, ministre des Affaires Étrangères (1). C'était le mardi 11 janvier, devant l'Assemblée nationale française, et le gouvernement tunisien avait déjà reconnu un bilan de 21 civils tués par balles. Ben Ali, fondateur du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD) de Tunisie, parti politique faisant parti de l'Internationale socialiste. [Note postérieur : dont il n'a été exclu que le 18 janvier 2011]
Les forces en présence contre le peuple tunisien sont et seront trop puissantes. We will see to that, conclut Robert Fisk dans un article publié aujourd'hui par The Independent qui m'a suggéré la citation de Khalil Gibran. Et puis, la survie est une affaire de tous les jours et termine par épuiser presque tout un chacun : elle pompe trop d'énergies. Saluons en tout cas la digne réaction des jeunes tunisiens et espérons que la nouvelle donne comporte un peu plus de justice dans leur pays que le statu quo ante.
Cette année où les jeunes tunisiens —jusqu'à présent Candides terrorisés dans et par la meilleure des Économies— se sont dit qu'il fallait faire quelque chose et ont fait la révolution, je vous colle ci-dessous quelques "informations" que nous avons pu lire ces derniers temps à propos de la Tunisie. Elles prêtent à réflexion.

TUNISIE : La révolte du bassin minier de Gafsa
Depuis le début de l’année, le bassin minier de Gafsa, en Tunisie, est en état d’ébullition sociale. Dans cette région d’exploitation du phosphate, la Compagnie des Phosphates de Gafsa règne en maître absolu. Elle est appuyée par le régime despotique et corrompu de Ben Ali. Outre la pollution liée aux activités d’extraction et de traitement, la pauvreté et le chômage de masse ont déclenché un vaste mouvement de protestation.
Les travailleurs et les jeunes du bassin minier se mobilisent pour leur dignité, pour des emplois, pour de meilleures conditions de logement, de santé et d’éducation. Ils dénoncent un régime de spoliation, de pillage économique et social. Les grèves se sont multipliées. Les enseignants, certaines branches de la fonction publique et même des petits commerçants se sont mobilisés.
(Site du CETRI, le 10 juin 2008)
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Tunisie : le FMI salue un bon élève
Écrit par Médiaterranée
Samedi, 05 Juillet 2008
Le Fonds monétaire international ( FMI) salue "l'excellente performance économique" tunisienne en 2007, selon le journal tunisien "Le quotidien" et suite à une récente mission de l’institution à Tunis. L’institution dresse un tableau fort positif de la situation dans ce pays. Il est question de « bonne gestion de l'économie ». Selon le FMI, la politique sociale également continuerait « de porter ses fruits ». Et de décliner : « une accélération de la croissance, une amélioration des indicateurs sociaux et la préservation des grands équilibres macroéconomiques".
(...)
"Les recettes de la privatisation ont permis de ramener la dette publique de 53.9% du produit intérieur brut (PIB) en 2006 à 50.9% en 2007, tandis que le niveau des réserves en devises étrangères a atteint plus de 8.5 milliards de dollars", a fait remarquer la mission du FMI.
Le rapport a également noté que le déficit du compte courant s'était creusé, passant de 2% du PIB en 2006 à 2.6% en 2007, dû essentiellement à une dégradation des termes de l'échange. (Source: Xinhua)
Il reste que les critères du FMI, qui s’appliquent aux seuls facteurs d’ordre économique et financier, ne permettent pas d’apprécier la situation du pays au plan social. Les recommandations du Fonds sont connues pour leur retombées généralement désastreuses de ce point de vue. Afin de disposer d’un tableau plus lisible, sans doute faut-il pouvoir écouter d’autres sons de cloche.
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Le FMI souligne les bonnes performances de la Tunisie
La Tunisie, le bon élève du FMI, a t-on l'habitude de dire. Le DGA de cette institution, le Brésilien, Morilo Portugal qui a tenu vendredi après midi une conférence de presse avec le Gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie, M. Taoufik Baccar n'en pense pas moins et a tenu à le souligner, saisissant cette occasion pour se féliciter de la politique macroéconomique exemplaire de la Tunisie qui lui a permis de résister à la crise et de réduire au minimum ses effets.
(Leaders, 11/12/2009)
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L'Etat tunisien dépense t-il trop dans le secteur de la santé ?
Par Habib Touhami
Invité au colloque organisé les 17 et 18 décembre 2010 par l’unité de recherche « Population, Famille et Education » de la Faculté des sciences humaines de Tunis, sur le thème « Population, vieillissement et santé » M. Habib Touhami, a donné une conférence sur le thème « Impacts des évolutions démographiques, socio-économiques et institutionnelles sur la santé et les dépenses de santé ».
De cette conférence, on retiendra quelques idées-force : d’abord, il pourfend l'insistance (maladive) des institutions financières internationales et notamment le FMI et la Banque Mondiale auprès des pays émergents à maîtriser leurs dépenses sociales comme si elles étaient un frein au développement alors que les études ont montré que les pays dans lesquels l’état de santé et l’éducation des individus étaient d’une qualité médiocre avaient plus de difficultés à assurer un développement durable.
Quant aux incidences des dépenses nationales de santé sur les comptes financiers et sociaux de la Tunisie, le conférencier souligne que les injonctions du FMI et de la Banque Mondiale sont injustifiées. Chiffres à l’appui, il s’inscrit en faux contre « la thèse selon laquelle notre pays dépense trop dans le secteur social et notamment dans la santé », indiquant que la contribution de l’Etat représente moins du quart des dépenses nationales de santé (DNS). En fait, la Tunisie n'a pas dépassé un seuil dangereux au niveau du ratio DSN/PIB par rapport à la moyenne des pays à revenu intermédiaire, soit 6% comparés aux 9,8% du Liban et aux 9,4% la Jordanie pays considérés comme des références en matière de santé au niveau arabe. Quant au dépenses per capital, elles sont de 118 dollars en Tunisie (70,9% en 2000 et 49,4 en 1995), contre 398 au Liban et 134 en Jordanie. S'agissant de la part des dépenses publiques dans le budget de l'Etat, elle est passée de 7,6% en 2004 à 6,5% en 2008. Sur le long terme,la part de la DSN est passée de 36,6% à 26,1% en 2002, contre 14,9% et 21,4% pour la Sécurité sociale et 47,6% et 51,2% pour les ménages.
Habib Touhami ne conteste pas les progrès réalisés par notre pays en matière de ressources humaines et d'infrastructure, mais il constate que la Tunisie n'a pu échapper à la dégradation de la qualité des soins qu'il partage avec les pays où «les les systèmes de santé ont été ébranlés par les politiques d'ajustement structurel imposées par les institutions financières », reprenant ainsi le diagnostic de l'OMS.
(Leaders, 12/2010).
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RAID-ATTAC / CADTM TUNISIE, 17 janvier 2011
Tunisie : la révolution sociale et démocratique est en marche !
Les masses populaires tunisiennes viennent de faire une irruption spectaculaire sur la scène politique ! Elles ont réussi, au bout de 29 jours, d’une révolution sociale et démocratique, de chasser le dictateur Ben Ali ! C’est une grande victoire ! C’est un grand jour pour nous toutes et nous tous, que nous partageons avec toutes celles et tous ceux qui luttent contre l’ordre capitaliste mondial ! Avant tout, nous avons reconquis notre dignité et notre fierté, longtemps bafouées et trainées dans la boue par la dictature. Maintenant, nous avons une nouvelle Tunisie à construire : libre, démocratique et sociale.
Mais, d’ores et déjà la contre révolution est en marche ! Le pouvoir de Ben Ali est tombé mais son régime, certes déstabilisé et affaibli, tente de se maintenir en place. Le Parti/Etat Destourien est toujours là, sa politique économique et sociale capitaliste libérale aussi.
Ce régime qui est donné en exemple du ‘bon élève’ par les institutions financières internationales, qui a saigné les masses populaires tunisiennes pendant 23 ans, pour le compte d’un capital mondial avide de profits, tout en engraissant une minorité de familles autour du pouvoir et organisées en clans mafieux, doit dégager. C’est ce que nous voulons !
Nous refusons la tentative en cours, qui vise à confisquer notre révolution. Cette manœuvre se présente sous la formule de ‘gouvernement d’unité nationale’ autour de laquelle ce régime illégitime, tente de se maintenir en place. (...)

(1) Note postérieure : Le Canard enchaîné affirme, dans son édition d'aujourd'hui 2 février, que pour son réveillon (la révolte avait commencé quelque 15 jours auparavant), elle a profité à titre gracieux d'un jet privé appartenant à un proche du clan Ben Ali-Trabelsi. Le cabinet de la ministre s'est expliqué... mais le Nouvel Observateur renchérit : MAM et ses proches auraient repris ce jet privé pour un deuxième vol afin d'"éviter des villes en révolte" comme Sidi Bouzid et Kasserine. Est-ce à cause de cette expérience gênante pour une bling-bling qu'elle a proposé l'expertise en répression de son gouvernement au clan Ben Ali ?


Ajout du 30.11.2013


Hamzaoui Med Amine & KAFON - "Houmeni"

Ce vidéo-clip de la chanson de rap Houmeni montre le quotidien des habitants de la banlieue nord de Tunis. La vie n'y est toujours pas aisée presque trois ans après la chute de Ben Ali.

vendredi 14 janvier 2011

Hyperappels du dictionnaire Le Robert en ligne

Je vous conseille en classe les dictionnaires Le Robert , notamment les généralistes -unilingues-, car je trouve qu'ils sont toujours les meilleurs en français pour vos consultations de tout poil : transcription phonétique, étymologies, définitions, synonymes et contraires, conjugaison, citations...
Cela fait longtemps que vous savez qu'il existe -mis à part leurs tirages imprimés- des versions électroniques interactives, en CD ou en ligne, qui profitent des possibilités ouvertes par la technologie digitale : liens hypertextes, recherche par critères (y compris recherche par texte intégral), écoute de la prononciation de plusieurs milliers de termes jugés "difficiles", enregistrés par des comédiens, etc.
On accède aux éditions en ligne depuis l'espace numérique du portail. Elles sont payantes, bien entendu, comme toutes les autres ; l'abonnement annuel au Petit Robert en ligne coûte actuellement 24 € et vient d'ajouter une nouvelle fonctionnalité assez pratique : l'intégration du dictionnaire dans le navigateur (Firefox ou Explorer) :
Grâce aux nouvelles fonctions d'hyperappels du Petit Robert en ligne, vous pouvez ajouter le Petit Robert comme nouveau moteur de recherche de votre navigateur Internet Explorer (versions 7 et suivantes) ou Firefox, en haut à droite de la fenêtre principale.
L'installation est simple et immédiate et comporte une nouveauté considérable à l'égard des recherches :
Cette nouvelle fonctionnalité, une fois installée, vous permet à tout moment de rechercher un mot dans le Petit Robert : il suffit de taper le mot dans la zone de saisie et d'appuyer sur la touche Entrée.
Vous pouvez rechercher un mot sous sa forme habituelle mais aussi sous l'une de ses , par exemple un féminin (heureuse, active, bergère...), un pluriel (chevaux, spéciales...) ou une forme conjuguée (naquis, faisaient, pouvions...). En effet, comme pour toutes les fonctions d'hyperappels, la recherche dans le Petit Robert s'effectue toujours par défaut dans l'index des formes fléchies. 
(...)
L'intégration du Petit Robert comme moteur de recherche du navigateur vous permet également d'effectuer par la même occasion des recherches en hypertexte en utilisant le (c'est-à-dire le clic droit) dans les pages web que vous consultez.
Hmmm, cette potentialité vous dispense de penser la morphologie, ce qui pourrait entraîner à la longue des dégâts en la matière comparables aux ravages causés par la calculette sur votre capacité de calcul. Pensez-y (1). Hélas, en échange, vous avez de moins en moins d'alibis pour expliquer vos calques...
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(1) N'arrêtez jamais de réfléchir à la crétinisation des esprits occasionnée par un usage (production sans scrupules ou bâclée - consommation écervelée, récipient) abrutissant ou abruti des nouvelles technologies. Un exemple à ce propos...

jeudi 13 janvier 2011

Arnaques et plaintes

Comme je vous avais proposé d'écrire en français formel des courriels de réclamation, j'ai scruté un peu le Réseau pour vous dégoter un portail francophone rompu aux misères des escroqueries. C'est ainsi que je suis tombé sur le site du CRIOC (Centre de Recherche et d'Information des Organisations de Consommateurs), spécialement conçu pour en découdre avec l'arnaque.
Il me semble doublement utile car il est belge -et illustre donc la francophonie- et qu'il fournit une base de modèles de lettres de réclamation. Je ne vous souhaite pas de pépins dans la matière mais, le cas échéant —étant donné qu'ils s'avèrent inexorables, notamment dans la civilisation du Tout-Profit—, s'il y a de l'arnaque dans l'air, vous pourrez consulter ce portail afin de ne pas vous retrouver à court d'inspiration.
Si vous voulez savoir ce que c'est que le CRIOC, ils s'expliquent sous leur rubrique Qui sommes-nous :
Selon ses statuts, le CRIOC a pour but de 'fournir une aide technique aux organisations de consommateurs, de valoriser la fonction de consommation et de promouvoir la protection des consommateurs'.
Le CRIOC contribue tant par le choix de ses activités que par l’information qu’il délivre, au développement d’une consommation plus durable selon les trois pôles: économique, social et environnemental. Le CRIOC a développé un processus de responsabilité sociétale qui s’est traduit par l’obtention des labels "Social" et "Egalité-Diversité". Il poursuit son développement en développant un processus de management environnemental (EMAS).
Centre de documentation

Le centre de documentation du CRIOC rassemble et traite depuis 1976, une documentation très vaste sur tous les aspects relatifs à la consommation, en Belgique comme à l'étranger, ceci dans une perspective pluridisciplinaire (sciences exactes, droit, économie, sociologie,...)

N'oubliez pas que vous disposez d'autres portails d'intérêt à l'heure d'écrire des lettres.

lundi 10 janvier 2011

Cabots et foot, langue et pensée

Les amis de l'anthropocentrisme obligatoire seront déçus ces jours-ci en apprenant qu'un border collie comprend plus d'un milliers de mots en anglais. Cliquez sur le lien ci-contre pour accéder à l'article du New Scientist, si cette info vous intéresse.
Le border collie est traditionnellement une race de chien de berger. Ce clebs s'appelle Chaser et est donc, minimum, bilingue, ce qui est époustouflant, en effet, car il évolue en Caroline du Sud, état membre d'un pays en général farouchement monolingue (cf. Enrique Bernárdez: El Lenguaje como cultura - Una crítica del discurso sobre el lenguaje).

Voici une vidéo prouvant les capacités compréhensives de Chaser en anglais étasunien.


Hervé Le Tellier, oulipien et collaborateur du Monde, nous rappelle l'approche qui convient dans cette histoire :
papier de verre
Hervé Le Tellier
Un coolie nommé Chaser connaît 1 022 mots. C'est énorme pour un chien. Mais j'aurais été plus admiratif encore si Chaser avait été un footballeur.
Ça y est. Vu les évolutions comparées des hommes et des animaux, on a droit à bien se douter que la métaphore imaginée par Pierre Boulle dans La Planète des Singes n'est pas aussi loin qu'on pourrait le penser.

P.-S.- Le Tellier (ou son rédacteur) a eu un petit lapsus : un "coolie" est un portefaix chinois ou hindou, ou un antillais d'origine indienne ou pakistanaise —anglicisme dont l'étymologie probable serait l'ourdou qulī qui veut dire "journalier, ouvrier agricole" ; l'adaptation castillane en est "culi". Le nom de la race de Chaser, en revanche, est bien border collie (cf. les Scottish Borders, région écossaise berceau de la race).

mercredi 22 décembre 2010

Joyeux Noël...

...en version coquine jusqu'au bout des dents, par Barbara -qui décore de son sourire libertin et amusé l'histoire de ces deux qui passèrent un Noël comme on n'en fait pas...


...ou en version Je ne suis pas sur terre / Pour tuer des pauvres gens ou S'il faut donner son sang / Allez donner le vôtre / Vous êtes bon apôtre / Monsieur le Président... (cf. Le Déserteur, par Boris Vian), grâce au film homonyme réalisé par Christian Carion, avec Diane Kruger, Benno Fürmann, Guillaume Canet, Gary Lewis, Daniel Brühl, Dany Boon, Lucas Belvaux, Bernard Le Coq, Alex Ferns, Christopher Fulford, Michel Serrault, etc.
Dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, des soldats français, allemands et écossais posent leurs fusils, arrêtent de se massacrer et décident de connaître l'Autre. Une histoire réelle oubliée de l'Histoire où quelques hommes, soudain, oublièrent d'obéir, oublièrent de tuer, oublièrent la patrie pour devenir êtres humains susceptibles de fraternité. Une histoire qui se serait passée à Frelinghien, près et au nord-ouest de Lille, à côté de la frontière franco-belge, dans la région Nord-Pas-de-Calais.




"La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas", disait Paul Valéry...

Bona Annada à tout le monde... ! (avec les Fabulous Trobadors)