mercredi 26 septembre 2012

Petits contes mathématiques en vidéo, sur Curiosphère

Curiosphère est un service de France 5 (chaîne publique dépendant de France Télévisions), lancé en 2008, que nous avons déjà évoqué dans plusieurs billets de ce blog, concrètement ici [suggestions tv-web pour votre apprentissage], ici [Truffaut], ici [colonisation, guerre et indépendance d'Algérie] et [Afrique(s) : une autre Histoire], car il met en ligne des dossiers et des vidéos au service des différents "acteurs éducatifs".
Pour ceux qui veulent travailler les mathématiques de base en français, le site de Curiosphère propose, sous sa rubrique Culture scientifique (1), une série de Petits contes mathématiques de courte durée illustrant les angles, les équations, le zéro, le X, le théorème de Pythagore, les nombres négatifs, le nombre Pi ou encore le nombre tout court. Une quinzaine en tout, jusqu'à présent.
En ce qui concerne, par exemple, l'épisode consacré au théorème de Pythagore,
le narrateur retrace l’histoire du théorème de Pythagore, qui fut le fondateur, avec Thalès, de la mathématique grecque. Sans lui, il n'y aurait pas d'angles droits, donc pas de maison qui se tiendrait bien droite, c'est à dire au carré... tout serait de travers, et bien sûr il n'y aurait pas de racines carrées... et bien d'autres choses encore. 
La réalisation de la série est due à Clémence Gandillot et Aurélien Rocland, et sa production à Goldenia Studios, France Télévisions et Universcience.
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(1) NOTE DU 5/12/12 :

francetv

Curiosphere a changé de nom : elle s'appelle désormais francetvéducation et a renouvelé son site web qui vous fournit des dossiers sur les différentes disciplines scolaires, des articles sur l'actualité, etc. Voici les liens principaux de son menu APPRENDRE :
Chaque rubrique a son menu qui s'ouvre sur plusieurs matières.

francetvéducation se veut complémentaire de la plateforme lesite.tv, un service éducatif de vidéos pour les enseignants et les élèves axées sur quatre domaines : école, collège, lycée et enseignements transversaux. Pour découvrir lesite.tv, cliquez ici.

dimanche 16 septembre 2012

Voyage en Bourgogne et en Franche-Comté - Jour III - Ronchamp et Besançon

Quatrième volet de cette histoire. Quant aux trois premiers, vous pouvez cliquer ci-dessous :  
  1. Vol et arrivée à Dijon.
  2. Le soir à Dijon.
  3. Jour II : Vézelay et Auxerre.

C'était le samedi 12 mai 2012. Et ce fut par un matin de grande pluie que nous partîmes, à 07h30, pour Ronchamp, à 181 kms de Dijon. On prit donc la route de l’Est, comme si on allait à Bâle, en suivant l'A39 puis l'A36.
Peu après notre entrée dans le Jura, nous commençâmes à voir des clochers comtois, parfois aux tuiles vernissées multicolores. Ils sont le symbole de la Franche-Comté. Wikipédia explique :
Son véritable essor fait suite à la guerre de Dix Ans pour pallier la destruction de bon nombre d'édifices religieux. (…)
Sa forme courbe à quatre faces est surmontée du traditionnel globe, de la croix et du coq. La base est identique mais plus ou moins étirée en hauteur, la couverture est essentiellement composée de tuiles vernissées, sauf dans les régions froides et enneigées, où les tuiles sont en métal ou en tavaillons (tuiles bois).
Les motifs les plus courants sont les chevrons, les losanges, les bandes horizontales, les mouchetées et, plus rares, les fleurettes et l'abstrait. La Franche-Comté compte 665 clochers de ce type : 257 dans le Doubs, 277 en Haute-Saône, 124 dans le Jura et sept dans le Territoire de Belfort. On en trouve aussi deux dans le Chablais (Lullin et Perrignier).
Nous nous engageâmes sur la sortie 5 de l’A36 (direction Lure) pour parcourir les derniers 50 km jusqu’à Ronchamp. Felipe, notre chauffeur, négligea la D96 et choisit la D486 pour continuer. Au bord d’un fleuve, une grappe de barques rouges attira notre attention. C’était où ? Le lieu était préparé pour le tourisme campagnard.

Ronchamp est une commune de la Haute-Saône (Franche-Comté) qui s'adosse aux contreforts des Vosges saônoises, au nord, pour s'ouvrir sur une plaine, à l'ouest. Elle se trouve à 20 kms de Belfort et à 130 kms de Dijon.
Juste au Nord du village, la rue de la Chapelle conduit sur la colline de Bourlémont ; c'est sur le sommet de la butte que s’érige la chapelle Notre-Dame-du-Haut, de Le Corbusier, notre but de ce matin-là : nous avions réservé une visite guidée des lieux qui devait commencer à 10h.
Alors, nous grimpâmes la colline de Bourlémont en car, sous ses voûtes d’une verdure drue et luisante. Et après notre passage à l'accueil...




À la fin de notre parcours guidé sur ce site exceptionnel, nous avons entendu la sonnerie des trois cloches de Ronchamp, situées à l'extérieur de la chapelle...


... leur campanile a été conçu par Jean Prouve en 1975. La plus grosse cloche date de 1869, la seconde de 1936 et la petite, justement de 1975. Pour qui sonnait le glas ?




Nous eûmes encore le temps de faire la visite du monastère des Clarisses du coin. Insérées sur les flancs de la colline, au pied de la chapelle, la Fraternité et sa porterie font partie de cet ensemble ronchampois ; les douze cellules des nonnes se trouvent sous l’oratoire. Ce projet, dessiné par l’architecte Renzo Piano et dont le paysagisme est dû à Michel Corajoud, comporta donc un réaménagement d’un site vraiment délicat et déclencha au début une polémique et des pétitions. Cf. :
Finalement, Piano et les Clarisses de Ronchamp inaugurèrent leur nouveau monastère le 9 septembre 2011 :



11h45: Départ pour Besançon, à 96 kms de Ronchamp.
 

Besançon est la Préfecture du Doubs et de la région Franche-Comté, et la ville natale de Victor Hugo et de Pierre Proudhon. D'ailleurs, elle fêta du 10 au 26 février 2012 le 210e anniversaire de la naissance de Victor Hugo et le 150e anniversaire de la parution des « Misérables ».
La cité historique se développa
d’abord dans un méandre du Doubs de près d’un kilomètre de diamètre, dont la boucle presque parfaite est fermée et surplombée par le mont Saint-Étienne qui soutient l’imposante citadelle de Vauban, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO ; c'est le site le plus visité de Franche-Comté. 
La ville moderne déborde largement de ce cadre initial mais reste entourée de sept collines dont la plupart est coiffée de forts : Chaudanne (422 m), Bregille (458 m), Saint-Étienne (371 m), la Roche d’Or (316 m), Planoise (490 m), Rosemont (466 m) et Fort-Benoît (360 m).

13h15: Arrivée à Besançon. Nous voulions manger, voir la citadelle de Vauban et, très en vitesse, faire une petite visite du centre-ville : il faudrait vraiment se dépêcher.
Pour monter à la citadelle de Vauban, on devait prendre un bus de la ligne régulière Chamars-Citadelle. Ils démarrent du parking gratuit de la Rodia. Notre car, conduit par Felipe, resta donc sur place, et nous nous lançâmes dans l’aventure ineffable du 17, le numéro de la ligne qui traverse quelques-uns des espaces emblématiques de la vieille ville de Besançon : rue de la République, Place du 8 Septembre (accueillant
l'ancien Hôtel de Ville, l'église Saint-Pierre et un joli manège de chevaux de bois), Grande-Rue... Puis, elle entame l'assaut de la forteresse par les rampes de la rue des Fusillés de la Résistance.
 

Sur la citadelle, pour le repas, nous fîmes deux groupes et nous nous distribuâmes entre le snack et le restaurant de la citadelle. Puis nous nous éparpillâmes.
Je visitai le Musée de la Résistance et de la Déportation




... puis le Musée Comtois et enfin, les remparts et « trails » de la fortification, afin de me régaler avec leurs vues superbes. « Trails » : sic transit la connerie branchée du colonialisme autoinfligé.




En marchant sur ces hauteurs, on voit mieux la variété des animaux habitant les enclos de ce site, qui est aussi un Jardin zoologique mettant l'accent, nous dit-t-on, sur la conservation d'espèces animales menacées, en particulier les fauves (lions d'Asie, tigres de Sibérie), les primates (ouistitis, tamarins, lémuriens, gibbons, colobes... plus de 25 espèces) et les oiseaux (une trentaine d'espèces aquatiques et tropicales). Il y a également des macropodes (kangourous roux et wallabies des Rochers), diverses espèces d’herbivores et les animaux domestiques de la P’tite Ferme.
 

Afin de repartir pour le centre ville, il fallait reprendre un bus. Mais celui-ci emprunte au retour un chemin qui n'est pas celui de l'aller : il descend la rue des Martelots et, au lieu de suivre ensuite la rue des Granges, il s'arrête pour la dernière fois sur la Place Jean Cornet, devant le pan coupé Martelots-Pontarlier, et tourne à droite par la rue de Pontarlier vers La Rodia. C'est une fontaine monumentale qui forme ce pan coupé, sur laquelle on peut lire VTINAM, la devise associée au blason de Besançon :

Le chauffeur du bus urbain nous prévint et nous descendîmes faire le tour du Besançon des piétons, des terrasses et des boutiques les plus centrales.

À la fin, le temps nous laissa encore le loisir de faire une dernière promenade vers Chamars, y rejoindre le car, retour où l'on franchit le Doubs par un pont piéton visible sur l'une des photos précédentes.
Plus tard, dans le car,
avant de quitter Besançon, on rigola aux larmes quand un groupe de voyageurs attitrés nous raconta en catimini leur péripétie à bord du 17, secret de Polichinelle. Le prof l'imagina à la manière Rimbaldienne :

VTINAM ? Désolé, mais à Dieu ne plut...

On n’est pas sérieux quand on prend le Dix-Sept.

Un beau soir, près des bocks et de la limonade
Des cafés tapageurs aux terrasses bondées,
On ne descend pas, on prolonge la promenade :
Le Dix-Sept n’a plus d’arrêts ce beau treize mai !
La lumière est si doubce qu’on ferme la paupière ;
Chamars devient destin –la ville n’est plus près,
Ni ses parfums de vigne ni ses parfums de bière…


Voilà qu’on demande à un tout petit chauffeur
D’azur sombre, assis à son volant bien rond,
Si on peut rentrer en ville, « remonte-t-on ? »,
Avec de doux frissons, les joues bien en couleur…


Soir de mai ! Le Dix-Sept ! On se laisse griser
La gaffe est du champagne et vous monte à la tête ;
On divague ; on se croit les lèvres bien scellées
Mais elles palpitent, comme une petite bête…


Le cœur fou de rire s’ouvre à travers les éclats,
les uns après les autres, en bus puis en car :
On n’est pas sérieux quand on quitte les remparts
Et que du centre-ville, on rate le rancard.

18h30: Retour pour Dijon, à 96 kms de Besançon.
19h45: Arrivée à Dijon.

samedi 15 septembre 2012

15-S à Madrid

 Entre Cibeles et Colón, le 15 septembre, à 11h35.

Traduction : Dans le nouveau projet éducatif du PP, l'alphabet s'avérera réduit à trois lettres : "O, B, I".

Dommage qu'on ne puisse pas en faire la traduction en anglais car au bout du compte, c'est la langue qu'ils nous ont choisie : they want us to obey. In English and without question. They have that dream.

Merci Teresa pour la photo.

lundi 3 septembre 2012

Goldman Sachs - La banque qui dirige le monde, sur ARTE


"O criminoso vive do poder e da impunidade. Se a impunidade cresce, cresce o poder."
(Angiolo Pellegrini, chef de la DIA, Direzione Investigativa Antimafia, di Calabria.
Lu dans Lucas Figueiredo : Morcegos negros, Ed. Record, RJ/SP, 2000, p. 173)

« Quand des agents économiques comme les traders
des grandes banques d'affaires américaines influent
sur les prix en achetant ou en vendant de gros paquets
de titres, ou pire, quand les grandes banques d'affaires
américaines comme Goldman Sachs font modifier la
réglementation du secteur à leur avantage, il est risible
d'invoquer la main invisible du marché »
(Bruno Biais, économiste libéral et professeur à la Toulouse School of Economics) (1)



Demain soir, la chaîne publique de télévision franco-allemande ARTE émet une soirée thématique à propos de Goldman Sachs centrée sur un documentaire intitulé à juste titre La banque qui dirige le monde et coréalisé par les reporters Marc Roche (Le Monde) et Jérôme Fritel (Capa TV) après une année d'investigation.
Le film nous permettra, je me figure, d'apprendre un tant soit peu comment on transforme le monde dans un casino... dont on est la banque ; bref, comment on se sucre sur la faillite des autres à travers la spéculation la plus agressive, les tentacules les plus longs et les manigances les plus atroces —garantissant un assistanat tous azimuts (économique, politique, législatif et juridique) qui anéantit les risques.

Pour que les uns empochent des sommes mirobolantes (2), il faut que les autres échouent, entendra-t-on dans le film. Il se peut que vous vous demandiez alors pourquoi cet appauvrissement galopant de millions de personnes qui souvent ne tiennent qu'à vivre, dérivé des dérivés, titrisations et dés pipés par ce genre de banques d'affaires, reçoit le nom technique de "création de richesse". Ou pourquoi, quand on remarque trop les effets "très violents" de tant de pénurie sagement cultivée, les média évoquent le mot "crise" et s'évertuent à nous expliquer son caractère cyclique, car il y en a de temps à autre. Ou pourquoi la présentation de ce film nous dit littéralement que "la finance enflamme le monde depuis cinq ans".
Cinq ans ? Alors, tout ce qui est survenu ces cinq dernières années serait-il né de la dernière pluie, un hasard incompréhensible succédant à une délicieuse vertu préalable ? Alors, Mary Ellen Lease manquait-elle complètement de jugement ou de santé mentale lorsqu'elle dénonçait le système des hypothèques aux États-Unis et affirmait, en 1890, à Topeka (Kansas), dans le cadre de la convention du People’s Party, “Wall Street owns the country. It is no longer a government of the people, by the people, and for the people, but a government of Wall Street, by Wall Street, and for Wall Street.” ?
Bornons-nous à ne considérer que l'époque commençant à la fin de la IIGM ; ouvrons une polysyndète :
Et la loi McCarran-Ferguson, de 1944, qui cassait la décision du Tribunal Suprême étasunien contre la South-Eastern Underwriters Association et sur laquelle reposent des décennies d'arnaques des compagnies d'assurances des États-Unis ? (3).
Et le travail de sape des grands gourous des années 50-70 (Ayn Rand, Alan Greenspan, Milton Friedman —élève à son tour de Friedrich von Hayek— et son école de Chicago, et autres Ronald Reagan) prolongé par les puissants think tanks de ces derniers temps (sans oublier lobbyistes, experts, agences de notation financière e tutti quanti car il faut savoir relooker sans désemparer toutes les vieilles idées de domination et de spoliation) ?
Et l'amendement à la loi de la Commission pour le Commerce Fédéral (FTC) de 1980, par lequel le gouvernement interdit de surveiller les activités du secteur ?
Et le Depository Institutions Deregulation and Monetary Control Act (DIDMCA), signé par Jimmy Carter en 1980, légalisant "de facto les prêts subprime en autorisant les prêteurs à prélever les taux et les frais qu'ils veulent sur les emprunteurs, en clair en supprimant la limite du taux usuraire" (4) ?
Et la réunion en 1995 à l'hôtel Fairmont de San Francisco et ses deux conclusions, les "Deux dixièmes" et le "tittytainment" (5) ?
Et le démontage, en 1998, de la loi Glass-Steagall qui empêchait les fusions entre les banques commerciales, les banques d'investissement et les compagnies d'assurances, idée géniale de Sandy Weill, président de Citybank, menée à bien avec la complicité de Bill Clinton, Robert (Bob) Rubin et Alan Greenspan ?
Et le Commodity Futures Modernization Act of 2000, loi dite de Modernisation des Marchés à Terme de Marchandises présentée par le sénateur démocrate Phil Gramm et qui entraîna la dérégulation effective du dit marché des produits dérivés, source de tant de prospérités... ?
Et la réunion clandestine de 2004, intrigue longtemps tenue secrète, où les cinq grandes banques d'investissement de Wall Street de l'époque —Merrill Lynch, Goldman Sachs, Morgan Stanley, Lehman Brothers et Bear Stearns— firent pression auprès de William Donaldson, président de la Securities and Exchange Commission (SEC), l'organisme fédéral étasunien de réglementation et de contrôle des marchés financiers, dans le but d'abroger les restrictions légales établies par la net capital rule (la « règle du capital net »), qui comportait un coefficient de leviérisation et plafonnait donc les paris des banques en question à hauteur de 12 fois leurs fonds réels, ce qui ne leur semblait pas assez ?
On peut dire, si l'on veut, qu'une très grosse bulle spéculative a explosé en 2007, mais la finance met en flamme tout ce qu'elle peut depuis qu'elle existe : elle constitue le noyau de cet inimical system et 2007 est la conséquence d'une longue activité pyromane.
Il faudrait détailler ces plusieurs décennies de déréglementation et de magouilles un autre jour, dure besogne ; entretemps, il y en a qui, sur le Net, ont déjà fait un peu de mémoire allant au delà des cinq dernières années...

Revenons donc à la soirée thématique d'ARTE. Voici la présentation de cette "théma" extraite du site d'ARTE ; les témoignages, données et arguments qu'on annonce risquent malgré tout d'être instructifs à propos de cette banque "sur-puissante, opaque et secrète" :

Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde

Mardi 4 septembre 2012 à 20.50

Un documentaire de Jérôme Fritel et Marc Roche, à voir sur ARTE le mardi 4 septembre à 20.40 et sur ARTE.tv gratuitement jusqu'au mardi 11 septembre 2012.

[Voir la vidéo un peu plus bas, au bout de cet article]

Depuis cinq ans, la banque d’affaires américaine Goldman Sachs incarne tous les excès et dérives de la spéculation financière. Après s’être enrichie pendant la crise des « subprimes » en pariant sur la faillite des ménages américains, elle a été sauvée de la faillite grâce à ses appuis politiques. Quand le krach financier traverse l’Atlantique, Goldman Sachs devient l’un des protagonistes de la crise de l’euro en pariant contre la monnaie unique, après avoir maquillé les comptes de la Grèce. Quand les gouvernements européens tombent les uns après les autres, "la Firme" en profite pour étendre son formidable réseau d’influence sur le Vieux Continent.

Un empire invisible

Plus qu’une banque, Goldman Sachs est un empire invisible riche de 700 milliards d’euros d’actifs, soit deux fois le budget de la France. Un empire de l’argent sur lequel le soleil ne se couche jamais, qui a transformé la planète en un vaste casino, pariant sur tout et n’importe quoi pour engranger toujours plus de profits. Grâce à son réseau d’influence unique au monde et son armée de 30.000 moines banquiers, Goldman Sachs a su profiter de ces cinq années de crise pour accroître sa puissance financière, augmenter son emprise sur les gouvernements et bénéficier de l’impunité des justices américaines et européennes.
Ce documentaire de Marc Roche, journaliste spécialisé au Monde, auteur du best-seller La Banque, et de Jérôme Fritel, est une plongée au cœur de ce pouvoir qui ne reconnaît aucune frontière, ni aucune limite et menace directement les démocraties. Les témoignages, à visage découvert, d’anciens salariés de Goldman Sachs, de banquiers concurrents, de régulateurs, de leaders politiques, d’économistes et de journalistes spécialisés dévoilent pour la première fois la toute puissance financière et politique de "la banque qui dirige le monde".

Goldman Sachs - La banque qui dirige le monde
Mardi, 4 septembre 2012 à 20:50
Rediffusion mercredi 19 septembre à 10H25
(France, 2012, 75mn)
ARTE F
Comme apéritif, ARTE a créé une page web pour vous encourager à visiter les différents rayons de ce supermarché de la très haute finance : "on y trouve de tout, pour tout, partout. Et toujours, on passe à la caisse. A vos cabas !" On y trouve de tout, y compris de nombreux extraits très intéressants qui ne figurent pas dans le montage final du film.
Au menu de ce supermarché, vous disposez des rayons "entrée", "bricolage", "conseil client", "informatique", "librairie", "épicerie", "jardinage", "service après-vente", "Vénus de Milo", "direction" et "caisse".
Il suffit de cliquer sur chaque rubrique pour plonger dans beaucoup de contenus (je mettrai en italique les phrases extraites littéralement des informations fournies par ARTE) : vous voulez savoir comment créer une crise nutritionnelle d'envergure ? Visitez donc l'épicerie où se trouvent les informations sur le commerce des matières premières alimentaires. C'est là que le journaliste étasunien Frederick Kaufman explique, par exemple, comment la spéculation sur le marché des denrées alimentaires a eu des conséquences désastreuses, notamment dans de nombreux pays en voie de développement.
Le rayon “Bricolage” concerne le commerce et la spéculation sur les matières premières non-alimentaires (métaux, pétrole, gaz...). On y trouve un lien renvoyant à The Great American Bubble Machine [From tech stocks to high gas prices, Goldman Sachs has engineered every major market manipulation since the Great Depression -- and they're about to do it again], recherche de Matt Taibbi —l'auteur de Griftopia (6)— publiée par Rolling Stone (1082-83, les 9 et 23 juillet 2009).
Grâce à la collaboration d'anciens de la banque, le rayon “Jardinage” est dédié à ce qu'on appelle "la culture d’entreprise" : un mélange de culte du secret, de goût du risque (sic), où l’argent règne en maître. Chez Goldman Sachs, le travail d’équipe prime sur l’individu (7). La banque recrute les meilleurs et leur assure un train de vie de millionnaire.
Le rayon “Conseil client” est consacré aux relations entre Goldman Sachs et ses clients. Pourquoi choisissent-ils de travailler avec cette banque plutôt qu’une autre ?
Le “Service après-vente” porte sur la justice. Plusieurs enquêtes ont été ouvertes sur les agissements de Goldman Sachs, notamment après la crise financière de 2008. Ces enquêtes ont-elles abouti à des condamnations ? La législation a-t-elle évolué depuis ?
Le rayon “Informatique” raconte comment le scandale des produits dérivés “Abacus” a été une des prémices de la crise financière qui a secoué la planète en 2008. Goldman Sachs a parié contre ses propres clients, franchissant ainsi la ligne jaune de l’éthique. Vous pourrez également y apprendre à comprendre un peu du jargon prédateur moderne, genre CDO (Collateralized Debt Obligation ou « obligation adossée à des actifs » ; Jean de Maillard —cf. note 4— précise : « produits financiers constitués de dettes diverses titrisées, placées dans un fonds commun de titrisation dont les parts sont vendues à des investisseurs ») ou CDS (Credit Default Swaps ou « couvertures de défaillance » ou « dérivés sur événement de crédit » ou « permutations de l'impayé »). Pour en savoir plus, cliquez sur la "Librairie", qui vous permet d'accéder à un glossaire regroupant les définitions des termes techniques utilisés dans le documentaire.
La Vénus de Milo représente la Grèce. Le pays, berceau de la démocratie et de la culture européenne, est au bord de la faillite. Avant son entrée dans la zone euro en 2001, le gouvernement grec conclut un deal secret avec Goldman Sachs, Goldman sacks... Que s’est-il réellement passé ? Quelles en sont les conséquences aujourd’hui ? Ou comment l'odeur du sang stimule les requins.
La “Direction du supermarché” est un rayon essentiel pour mieux saisir le pouvoir tentaculaire, l'influence doctrinale et les protections antimagouilles dont jouit celle qui n'est plus qu'une simple banque d'affaire, vu qu'elle dispose d'un réseau d'hommes sans pitié aux primes faramineuses qui contrôle presque tout, y compris les instances... régulatrices. Il s'agit de Mario Draghi, Henry Paulson, Mark Carney, Robert Rubin, etc. Ils sont les maîtres de l'univers. De nombreux anciens de la banque travaillent désormais pour des institutions publiques, des gouvernements, des régulateurs financiers... Mais n’y-a-t’il pas d’éventuels conflits d’intérêts ? 



Enfin, la “Caisse” présente les résultats de la banque. À travers une infographie, découvrez les chiffres-clés de Goldman Sachs.
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(1) Cf. Quand les cadres doutent à leur tour, par Isabelle Pivert, Le Monde diplomatique - septembre 2012, p. 12.
(2) Selon le Huffington Post, Lloyd Blankfein, le CEO (Chief Executive Officer) de Goldman Sachs, aurait touché une "compensation" de 16,1 millions de dollars en 2011 —pour faire le "travail de Dieu", "God's work", selon l'expression qu'il a utilisée en 2009 lors d'un entretien accordé au Sunday Times. Ce qui ne serait pas trop, vu ses rémunérations des années précédentes (concrètement depuis 2006), salaire, bonus, stock options et restricted stock awards confondus.
(3) McCarran inspira le personnage du sénateur Pat Geary dans The Good Father II et Homer Ferguson inspira celui de Lloyd Bridges dans "Tucker".
(4) Cf. Jean de Maillard : L'Arnaque, Gallimard 2010 et 2011.
(5) À propos de "tittytainment" ("Entetanimiento" en castillan), cf. :
Vu que 20 % de la population mondiale suffirait en principe au contrôle et au soutien de l'Économie planétaire, les 80% ne seraient que des marginaux qu'il faudrait endormir à base de "tittytainment". Cette expression fut utilisée et établie, selon les sources précédentes, par Zbigniew Brzeziński. Conceptuellement, elle suggère illico La Société du Spectacle (1967 !!) de Guy Debord, et concrètement, mutatis mutandis, son chapitre VII. En modifiant légèrement les mots de Debord (cf. § 177), on pourrait dire que Brzeziński prônait une apathie à fabriquer et entretenir —ou plutôt, vu les décennies écoulées, à maintenir et approfondir. C'est ainsi que l'ignorance naturelle ferait place au spectacle organisé de l'erreur. On risque même de penser que les ouvrages dénonçant le capitalisme, le léninisme et le stalinisme donnent aux idéologues ultralibéraux des idées qu'ils se réapproprient et appliquent sur-le-champ.
(6) Je dispose de la version castillane de Griftopia (due à Pablo Bustinduy), éditée en Espagne par Lengua de Trapo sous le titre Cleptopía. À propos de Goldman Sachs et des banques de cet acabit, on peut y lire, parmi d'autres perles :
  • "Goldman no es una compañía de genios, es una compañía de criminales. Lejos de ser el mejor fruto de una sociedad democrática y capitalista, es la apoteosis de la Era de la Estafa, un parásito que vive del Gobierno y los contribuyentes de los Estados Unidos, chupándonos la sangre sin vergüenza ninguna." (P. 331)
  • "Los operarios de la Gran Máquina de Burbujas no sólo no producen nada, sino que viven de todos nosotros. Eso ya lo sabemos, la única pregunta es, ¿qué vamos a hacer al respecto?" (P. 381)
(7) Hommage que rend le vice libéral à la vertu collectiviste, le mythe individualiste au vrai "mérite". À la fin, ces inepties genre « La société n'existe pas, il n'y a que l'individu », « on ne m'a pas fait de cadeau », etc. ont vraiment du mal à trouver des Robinsons où s'accomplir.
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NOTE POSTÉRIEURE : Actualisation de la vidéo.

dimanche 2 septembre 2012

Voyage en Bourgogne - Jour II - Vézelay et Auxerre

Troisième volet de cette histoire. Quant aux deux premiers, vous pouvez cliquer ci-dessous :  
  1. Vol et arrivée à Dijon.
  2. Le soir à Dijon.
C'était le vendredi 11 mai. Vers 9 heures, nous partîmes pour Vézelay qui se trouve à une centaine de kms à l'Ouest de Dijon : nous longeâmes le lac Kir pour emprunter l’A38, qui est aussi celle d’Auxerre.
À 11 km de notre premier but de la journée, Sermizelles illustra délicieusement les beautés de la région, villages et nature combinés. Après avoir traversé la Cure, la rivière qui annonce Vézelay, le paysage ne mentait pas : amœnus, vert, parfois jaune (du colza), vallonné ; en fait, les ondulations l'emportent : buttes boisées, courbes de la route…
Enfin nous traversâmes Asquins et la belle Cure nous embellit encore un bout de chemin, sur notre gauche, derrière un parapet en pierre bornant la chaussée, avant de s’écarter de la vieille route nationale.
À 10h50, nous nous arrêtâmes à Vézelay (Yonne), chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Avallon. Ce charmant village d'à peine 500 habitants est situé sur une colline dominant la pointe Nord-Ouest du Morvan et qui lui a valu en 1793 l'appellation très politique de Vézelay-la-Montagne. La rue principale (St.-Étienne) suit la ligne de crête de ce coteau et permet de rejoindre la célèbre basilique Ste. Marie-Madeleine, qui se dresse sur le point culminant.

Le car nous déposa sur la place Champ de Foire et alla se garer sur le parking Les Ruesses, situé sur la sortie vers Clamecy. À pied, je vérifiai sur le champ que Le Cheval blanc était toujours là ! C’est là que je pris, un matin de 1974, mon premier petit déjeuner non ibérique avec mon père et mon frère aîné.
Comme il est de mise pour la visite de la ville, on remonta la rue St.-Étienne jusqu’à l'église abbatiale romane de Ste.-Madeleine, sauvée de la ruine par Viollet-le-Duc et dorlotée par la modernité : le tympan du portail central du narthex (l’avant-nef) surplombait un échafaudage témoignant des travaux de rénovation qui étaient en train de lui refaire une beauté. En fait, il avait l’air flambant neuf.

Tympan du portail central du narthex-Ste.-Madeleine-sculpture romane

Puis, la nef splendide, haute de 18 mètres, comporte dix travées et une lumière très étudiée. Les chapiteaux historiés des piliers sont des vignettes qui ont été impeccablement retapées et, donc, doublement mises en relief : une BD en pierre haut perchée.

 Chapiteau St.-Martin et l'arbre des païens-XII siècle

Le chœur, gothique, est surmonté d’un triforium. Sous l’autel, la crypte carolingienne renferme les reliques de Marie-Madeleine, dit-on. Atout qui fléchit au milieu du XIIe siècle lors de la « découverte » de nouvelles reliques de la Sainte à Saint-Maximin, funeste concurrence fétichiste.
En tournant à droite dans le sens de la visite, vers le Sud, nous fouillâmes dans la salle capitulaire et le cloître.

Chapelle d'Hiver (Salle capitulaire)-XIII siècle

Puis nous descendîmes sous l'autel dans la crypte carolingienne.
Un peu plus tard, avant de quitter les lieux, je lus une plaque commémorative qui faisait référence à "La croix des prisonniers allemands" (1946) et dont le texte était un oxymore aussi pur que l'expression "Guerre sainte" :



Célébrer la prédication d'une croisade, la deuxième, "pour vaincre les forces de la haine qui ont déchiré le monde" ?
Sans compter que le légendaire sermon de Saint-Bernard, qui se serait produit le 31 mars 1146, ou sa présence à Vézelay ces jours-là, n'ont pas pu être vérifiés jusqu'à présent, comme nous le rappellent certains historiens. Sans compter non plus que la croisade en question se solda non seulement par le bain de sang qu'on peut bien imaginer mais par un cuisant échec pour ses promoteurs. Albert de Poméranie dit à cet égard : "S'ils étaient venus pour renforcer la foi chrétienne... ils auraient dû le faire par la prédication, non par les armes."

Nous fîmes ensuite une promenade sur la paisible rue du Chapitre longeant la façade Nord de la basilique, pour jouir de la terrasse de l’ancien château des abbés, qui se trouve derrière l’église. À gauche, au pied de la terrasse, on aperçoit le cimetière. En face et à droite, c’est-à-dire, à l’Est et au Sud, on savoure un panorama superbe qui est expliqué par des tables d’orientation aménagées devant les remparts Est à l’intention des touristes.

Chemin de la Corderie et Vézelay-Sud.

Nous profitâmes de notre descente pour fureter dans les ruelles et les coins perdus de la partie élevée du village, la plus large. On pouvait suivre les traces de Jules Roy (il habita jusqu’à sa mort, en 2000, tout près de la basilique), Georges Bataille, Romain Rolland… René Char y passa, lui aussi, et Paul Éluard y écrivit Liberté.

Ancien couvent des Ursulines, maison Jules Roy et monument aux morts pour la France-Vézelay

Ici vécut Georges Bataille (1897-1962)

 À l'Ouest de Vézelay-Champ de colza, Buisson Chrétien et La Goulote

La maison de Romain Rolland, rue Saint-Étienne, est devenu le musée Zervos qui héberge des œuvres de Calder, Ernst, Giacometti, Hélion, Kandinsky, Laurens, Léger, Miró, Picasso... La chambre de Rolland se trouve au premier étage.

Le repas était libre : il y en a qui pique-niquèrent sur la terrasse panoramique et d'autres qui choisirent différentes formules dans les restaurants du village.

À 14h10, départ pour Auxerre (Yonne), ville située à 51 kms au Nord de Vézelay. Nous reprîmes la D606, cette fois-ci vers le Nord. Voutenay-sur-Cure. Puis, St.-Moré. On annonça les grottes d’Arcy-sur-Cure. Ces clochers qui se détachent sur la verdure… Lucy-sur-Cure, à 28 km d’Auxerre.
À 15h00, arrivée à Auxerre, /osɛʁ/.
Le car stationna sur un grand parking à l’Est, quai de l'Ancienne Abbaye, sur la rive Droite de l’Yonne, à côté de quelques autocaravanes (vulgo camping-cars) dont les propriétaires nous semblèrent bien peinards.

Auxerre : passerelle piétonne sur l'Yonne, préfecture et cathédrale. Photo prise par Paloma Alonso.

Nous empruntâmes la passerelle piétonne sur le fleuve et nous éparpillâmes dans la vieille ville ; pour tout y voir, il est possible de suivre Sur les traces de Cadet Roussel, un circuit de 5 km balisé par des bronzes triangulaires et comportant 2h à 2h30 de parcours, mis à part la visite des monuments.
Auxerre est commerçante, semi-piétonne, fleurie et footballeuse et son patrimoine invite à s'y égarer ; il comprend la cathédrale Saint-Etienne et sa crypte —qui ferme à 18h !—, l'abbaye Saint-Germain et son musée (qui abrite les collections préhistorique, gallo-romaine et médiévale de la ville), les maisons à pans de bois (ils ne disent pas "à colombages"), la place Saint-Nicolas, les quais de l'Yonne... En matière de biodiversité et environnement, la ville propose depuis 2009 le Muséum - Maison de l'Eau.

Auxerre : quartier de l'Horloge. Photo prise par Paloma Alonso.

Auxerre. Photo prise par Maite Imbernón.

À 19h00, nous remontâmes dans le bus pour retourner à Dijon, où nous arrivâmes une heure et demie après. Ce soir-là, il y eut un orage considérable et de fortes averses balayèrent les rues tandis que nous dînions.
Maite et Palo, merci pour les photos !

mercredi 29 août 2012

La Valls des Roms en quête de vie

Antonio Torres Heredia,
hijo y nieto de Camborios,
viene sin vara de mimbre
entre los cinco tricornios.

(Federico García Lorca, Romancero Gitano)


Suite aux vicissitudes électorales (présidentielle et législatives) de cette année 2012, la France a changé a deux reprises de pouvoir exécutif ; nous avons connu ainsi les 35e et 36e gouvernements de la Ve République française.
Dans les deux cas, par les décrets du 15 mai et du 18 juin 2012 respectivement, le nouveau président de droite de la République, François Hollande, a nommé le même Premier ministre de droite, Jean-Marc Ayrault. Oui, "de droite", car dans la démocratie libérale, plus ça alterne, plus c'est la même chose.
Dans ce genre de situations, il y a néanmoins des gens admirables qui choisissent d'employer plaisamment l'expression "gauche de droite" ; désolé, je la trouve un peu inutilement longue : on risque d'avoir à dire des énormités du type « le Premier ministre de gauche de droite de cette République d'extrême centre... », et je préfère toujours la voie la plus directe entre le mot et le concept, mis à part les vertus de la langue métaphorique.
Au demeurant, comme dans les fermes orwelliennes, il est vrai que dans tout gouvernement de droite, tous les ministres sont de droite, mais certains ministres sont plus de droite que d'autres. C'est ainsi qu'il ne fallait pas être Einstein pour savoir au préalable que Manuel Valls (maire d'Évry très blanc jusqu'au 24 mai), qui avait obtenu 5,69 % dans la primaire de son parti (le soi-disant Parti Socialiste), serait beaucoup plus à droite que d'autres, raison pour laquelle François Hollande, qui l'avait déjà nommé directeur de la communication pour sa campagne présidentielle de 2012, l'a élu ministre de l'Intérieur.
Manuel Valls est connu pour son « refus de l'assistanat » —rengaine des libéraux et des fondamentalistes chrétiens qu'il ne faut surtout pas appliquer aux instances vraiment raflantes, autrement dit les grandes fortunes et les grandes entreprises. En fait, peu après son arrivée au ministère, il déclara 
 "Etre de gauche, ce n'est pas régulariser tous les sans-papiers" (Manuel Valls).
, expression qui lui valut ce billet d'Hervé Le Tellier (Le Monde, 20/06/2012) :
Pour donner son ton, on ne dira pas que Valls a mis l'temps (c'est beaucoup moins charmant, ça ressemble à Guéant, chanterait Brel).
Il naquit à Barcelone et se naturalisa français en 1982.
Comme il souhaite « concilier la gauche avec la pensée libérale », dès qu'il devint ministre de l'Intérieur et qu'il en eut les moyens, il entama tout naturellement une croisade contre les Roms, une vraie, comme d'habitude, qui nous a permis de lire dans la presse ces derniers jours :
  1. « On expulse des Roms sans savoir où les mettre, c'est scandaleux. Si on les expulse, il faut savoir où les mettre. Ce n'est pas le cas, c'est une honte. »
    Réaction, lundi, de Mgr Gaillot à l'expulsion d'un campement rom d'Evry [Essonne, Île-de-France ; rappelez-vous : l’ancienne mairie de Manuel Valls !], dont une quarantaine d'occupants restaient regroupés dans l'après-midi devant la mairie de la commune.
    Le Monde, 28 août 2012.
  2. Un campement de Roms évacué par la police près de Lyon
    Le Monde.fr | 28.08.2012 à 10h02 • Mis à jour le 28.08.2012 à 13h47

    La police est intervenue mardi 28 août dans la matinée sur un terrain de Saint-Priest, dans le Rhône, pour en expulser environ cent quatre-vingts Roms qui y étaient installés depuis plusieurs mois à la suite d'une décision de justice. Selon la préfecture du Rhône, il y avait mardi matin seulement cent vingt et une personnes dont quarante-sept mineurs. Le terrain appartient à une société privée et, selon une source proche du dossier, la mairie de Saint-Priest était favorable à cette expulsion. La police a procédé à des contrôles d'identité sur ce vaste terrain de la banlieue lyonnaise, proche de l'usine Renault Trucks et du parc de Parilly, selon Gilberte Renard, une militante d'un collectif de soutien aux enfants des squats et membre de la Ligue des droits de l'homme (LDH).

    "ILS SONT CACHÉS ET NE GÊNENT PERSONNE"
    "Ces Roms se sont regroupés là depuis plusieurs mois, après avoir déjà été expulsés de droite et gauche, il y a plein d'enfants et de nouveau-nés", a ajouté Mme Renard, avant de préciser que "les policiers contrôlent les papiers et visitent toutes les tentes".
    Selon un autre militant associatif, "il s'agit du plus gros campement" de la région. "C'est aussi un terrain privé frappé d'une mesure d'expulsion. La mairie de Saint-Priest voudrait y construire des immeubles", a-t-il ajouté, se disant "scandalisé", car ces Roms "sont cachés et ne gênent personne". "Ce qui se passe en ce moment, c'est pire que sous la droite et Sarkozy, ils ne respectent pas les promesses du candidat Hollande alors qu'ils viennent de faire une réunion interministérielle", a-t-il encore déploré.
    La préfecture a confirmé l'opération, mais le préfet n'a pas souhaité s'exprimer sur le sujet.
  3. Réunion inter-ministérielle sur les Roms, un seul mot d’ordre: DEGAGE !

    Mediapart, le 25 août 2012. Par Philippe Alain
    Alors que Bruxelles vient de remettre la France sous surveillance en raison de sa politique d’expulsion des Roms, le gouvernement a organisé une réunion interministérielle sur les « opérations de démantèlement des campements illicites et leur accompagnement».

    Enfants Roms: l'autre tweet de Valérie

    Mediapart, 11 août 2012. Par Philippe Alain
    @Valtrier

    Je m’appelle Marcel et j’ai 7 ans. Je fais partie des 900 Roms de Lyon que monsieur Valls a décidé de jeter à la rue en application de décisions de justice dont je ne conteste nullement la légalité mais dont je voudrais porter à votre connaissance l’inhumanité.
    Je pensais tout d’abord vous envoyer moi aussi un tweet, mais devant tout ce que le gouvernement et la police nous font subir en ce moment, je n’ai pas pu me limiter à 140 caractères et je vous prie de m’en excuser. J’ai donc décidé de vous écrire une lettre. Si tout cela continue, c’est un livre que je vous enverrai.
    Il y a quelques mois, j’ai lu un de vos tweets, ou plutôt deux. Je ne veux pas vous parler de celui qui a fait les premières pages alors qu’il aurait dû être oublié mais plutôt de celui qui a été oublié alors qu’il aurait dû faire les premières pages. Vous avez écrit : « Rapport de l'Unicef: 10% d'enfants pauvres en France. Une information qui mériterait l'indignation et la Une. Pas la banalisation. »
    Tout d’abord, je voulais vous remercier pour l’attention que vous portez aux plus démunis et particulièrement aux enfants pauvres. Je voulais aussi vous signaler que selon ce même rapport de l’Unicef, le taux de pauvreté qui frappe les enfants en Roumanie n’est pas de 10%, mais de … 76%. (1) Vous comprenez sans doute pourquoi mes parents ont décidé un jour de tout quitter pour venir s’installer en France. Qu’auriez-vous fait à leur place ? Vous seriez restée en Roumanie ou vous auriez décidé de partir dans l’espoir de donner une vie meilleure à vos enfants ?
    Une vie meilleure… Quelle utopie… Depuis quelques jours, c’est un véritable enfer que je vis avec ma famille.
    Mardi matin, j’ai été expulsé « d’un campement insalubre » en application d’une décision de justice. Je ne sais pas pourquoi cette expulsion a eu lieu au mois d’août. Le jugement et le commandement de quitter les lieux ont été notifiés au mois de mai. De mauvaises langues disent que monsieur Valls a attendu le milieu de l’été pour expulser tout le monde en même temps dans l’espoir que cela passerait inaperçu.
    Toute la journée, nous avons dû marcher parce que la police nous empêchait de nous reposer et de poser nos affaires. « Ce sont les ordres » disait le chef de la police. Une voiture de policiers en civil nous a suivis partout. On s’est sentis traqués comme des bêtes. Le soir, nous avons trouvé un endroit au milieu de nulle part. Il y avait déjà des Roms qui venaient d’un autre campement expulsé. Nous avons construit des abris de fortune avec des bouts de bois et des branches. La nuit je n’ai pas dormi. J’avais peur. Il y avait beaucoup de bruits étranges. Avant nous, il y avait d’autres animaux qui occupaient cet endroit. Ils ne devaient pas être très contents que nous soyons ici. Plus personne ne veut de nous.
    (...)

    "Tuez les tous, ça ira plus vite"

    Mediapart, 10 juillet 2012. Par Philippe Alain
    A 7h30, lundi 9 juillet, la police encercle le campement situé au niveau de l’esplanade des taxis de la gare de Lyon Perrache. Plus personne n’est autorisé à rentrer ou à sortir du périmètre de sécurité.

    La Valls des charters continue

    Mediapart, 07 juillet 2012. Par Philippe Alain
    La France socialiste continue à expulser massivement par charters des roms en détournant des fonds publics de leur usage initial. Ces opérations permettent également de contourner des procédures judiciaires et de vider les campements de leurs occupants.

    Recensements, expulsions, charters: Valls marche à pas de Guéant

    Mediapart, 15 juin 2012. Par Philippe Alain
    Alors que tous les dirigeants socialistes poussent des cris d’orfraie contre Nadine Morano qui déclare publiquement qu’elle partage les mêmes valeurs que les électeurs du Front National, à Grenoble, Toulouse et Lyon, Manuel Valls, lui, applique scrupuleusement la même politique que Claude Guéant à l’égard des roms.

Et ce n'est pas tout, en la matière, car les amis de la Liberté prolifèrent. Au Canada aussi, où le gouvernement (Parti Conservateur) est prêt à considérer la détention des demandeurs d'asile roms, ces gens qui adorent souvent les marchés... Au nom du libre marché, j'imagine.

Quelle vague à Bonds, quelle Valls à mille temps sans solution, sans jugeote pour la roulotte —qui ne saurait acquérir le statut du camping-car.
Bref, retenons l'essentiel : il faut réserver l'assistanat aux nantis, aux ingenui modernes, les hommes libres de l'empire de la Finance ; quant aux autres groupes sociaux, esclaves ou affranchis (liberti), parias ou classes moyennes, qu'ils s'arrachent les miettes du festin des assistés !
Sartre disait « Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent ». À cet égard, même Warren Buffett pourrait accepter que « Quand les riches font la guerre aux pauvres, ce sont les pauvres qui meurent ». Et l'on remarque aussi que « Quand les pauvres se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent ».

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Note du 2/09/2012 : Rue89 publie une carte qui prouve le déplacement forcé de près de 3.000 Roms depuis l'arrivée au pouvoir de François Hollande en mai 2012.

D'autre part, sachez qu'une liste de 150 métiers est définie à l’intention des ressortissants bulgares et roumains qui restent soumis à l’autorisation de travail pendant la période transitoire qui a débuté le 1er janvier 2007. Pour Consulter la liste des 150 métiers (arrêté du 18 janvier 2008 – JO du 20/01/2008), cliquez ci-contre. Pour mieux connaître les dispositions gouvernementales françaises sur les métiers en tension (sic), cliquez sur le lien. On remarquera que les gadjos sont en quête, entre autres, de géomètres qui sont souvent arpenteurs...
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Mise à jour du 25/09/2013 :

"C'est illusoire de penser qu'on règlera le problème des populations roms à travers uniquement l'insertion", a déclaré ce mardi le ministre de l'Intérieur Manuel Valls sur France Inter, assurant qu'une minorité de Roms veulent s'intégrer en France.


mercredi 15 août 2012

Témoignages. Ces Marocain(e)s qui disent non

Le 12 juillet 2012, le magazine marocain TelQuel donnait la parole à des Marocains pas comme les autres du fait qu'ils acceptent d'exprimer, à visage découvert, des pensées et des sentiments passablement hérétiques ; leur vie est résistance :

Témoignages. Ces Marocain(e)s qui disent non

Si tout ce qui horripile les tribus, toutes les tribus, est bien votre violon d'Ingres, cliquez ici pour lire.

lundi 23 juillet 2012

Où tailles et contenus sont inversément proportionnels

La taille et la position des espaces réservés aux différentes informations en disent long sur les priorités conscientes et inconscientes de tout moyen de communication. Je vérifie aujourd'hui cette remarque banale sur la Une du quotidien O Globo, de Rio de Janeiro, qui prouve bien, au demeurant, la liberté de presse dont nous jouissons ou, autrement dit, la rage des partis pris médiatiques au service des grands groupes dominants.
Voici l'image de l'édition du journal O Globo d'aujourd'hui :


Le gros titre du jour —excepté le foot : la défaite du Botafogo de Seedorf— proclamait : "PT pagou o dobro da inflação a servidores" (Traduction-résumé pour l'ensemble de cette information : "Le PT a payé le double de l'inflation aux fonctionnaires publics ces 9 dernières années").
Ce gros titre était ensuite longuement développé sur toute la page 3, la plus importante de l'intérieur du journal carioca.
O Globo est un journal en grand format et six colonnes qui se présente plié, si bien que la moitié inférieure de la Une n'est pas lisible au premier abord. C'est là qu'on pouvait lire une autre information dont la manchette était plus petite, qui occupait presque trois fois moins d'espace que la première et dont le développement ultérieur était renvoyé à un petit quart de la lointaine page 21. Elle annonçait que "Brasil é a 4ª fortuna em paraísos fiscais" (Traduction conceptuelle : "Le volume d'argent évadé par les milliardaires brésiliens est le quatrième le plus élevé du monde").
Néanmoins, les deux nouvelles parlaient de pognon et cette deuxième d'une quantité faramineuse, 30 fois supérieure à la précédente, en ce qui concerne seulement le Brésil.
D'autre part, côté qualitatif, alors que la seconde info concernait des spéculateurs sans états d'âme, la première évoquait les augmentations de travailleurs nécessaires, essentiels ("servidores" en portugais), qui —après avoir réussi des concours publics— touchaient des salaires lamentables il y a une dizaine d'années —au point qu'un professeur de maths que j'ai rencontré il y a quelques jours dans le Nordeste du pays avait quitté son poste d'enseignant pour promener des touristes dans sa modeste vedette, activité plus rémunératrice que les cours.

Vous comprenez mieux maintenant le concept bouc émissaire ou en quoi consiste la prestidigitation ? Vous comprenez mieux maintenant quels sont les vrais centres de destruction massive de la vie des gens ?

Afin que vous puissiez en juger plus tranquillement, je colle ci-dessous l'essentiel de ces deux textes publiés par O Globo  :
PT pagou o dobro da inflação a servidores
Em nove anos de Lula e Dilma, gasto com o funcionalismo subiu 120%
Desde que o PT chegou ao Palácio do Planalto, em 2003, os funcionários do governo federal passaram a custar mais que o dobro ao país. A despesa média por servidor cresceu mais de 120% entre 2003 e 2011, contra inflação de 52% no período. Apenas entre 2008 e 2010, o impacto dos reajustes acima da inflação dados pelo ex-presidente Lula para praticamente todas as categorias de servidores civis foi de R$ 35,2 bilhões. São esses números que agora sustentam a decisão da presidente Dilma Rousseff de não ceder às pressões de servidores grevistas.

Brasil é a 4ª fortuna em paraísos fiscais
Levantamento revela que dinheiro de brasileiros em centros de sonegação ["évasion fiscale"] chega a R$ 1 trilhão
Bruno Villas Bôas. Publicado: 22/07/12 - 16h26. Atualizado: 22/07/12 - 18h06
RIO — Os brasileiros mais ricos têm uma fortuna estimada em US$ 520 bilhões (mais de R$ 1 trilhão) depositados em paraísos fiscais, o quarto maior volume de recursos no mundo, atrás apenas de China (US$ 1,18 trilhões), Rússia (US$ 798 bilhões) e Coreia do Sul (779 bilhões).
O valor foi levantado no estudo Price of Offshore Revisited, escrito por James Henry, ex-economista-chefe da consultoria McKinsey, e encomendado pela Tax Justice Network*. No total, os milionários de 139 países pelo mundo têm entre US$ 21 trilhões e US$ 32 trilhões depositados em “offshores” ao fim de 2010 [O valor é o PIB de EUA e Japão somados] [Para se ter uma ideia dessa “sangria”, o dinheiro brasileiro expatriado para centros de sonegação fiscal seria suficiente para pagar metade da dívida pública federal (R$ 1,9 trilhão) e supera a arredação de impostos federais no ano passado (R$ 993 bilhões)]. Somente 100 mil pessoas, que formam uma elite financeira global, respondem por US$ 9,8 trilhões desse total.
“O estudo examinou um enorme ‘buraco negro’ da economia mundial que nunca foi mensurado, a riqueza privada offshore, um vasto volume de ganhos que não são tributados”, explicou Henry no relatório do estudo.
O tamanho da fortuna em paraísos fiscais chama atenção em um momento em que muitos países precisam arrecadar impostos e cortar gastos para enfrentar seus problemas de endividamento.
O estudo revelou ainda que 50 bancos privados movimentaram US$ 12,1 trilhões, entre as fronteiras dos países, para seus clientes. Os destaques ficam para gigantes como UBS, Credit Suisse e Goldman Sachs.
“O setor offshore -especializado em sonegação fiscal- é desenhado e operado não por obscuros bancos sem nome em ilhas suntuosos, mas pelos maiores bancos privados do mundo, escritórios de direito e de contabilidade sediados em capitais como Londres, Nova York e Ginebra”, diz Henry.
Entre os latino americanos, os muito riscos com dinheiro em paraísos fiscais são principalmente de países como México (US$ 417 bilhões), Venezuela (US$ 406 bilhões) e Argentina (US$ 399 bilhões).
O estudo foi realizado com base em dados do Fundo Monetário Internacional (FMI), do Banco Mundial (Bird), do Banco de Compensações Internacionais (BIS) e dos governos nacionais.
* Étude qui ne prend pas en compte les actifs non financiers et qui se base sur des chiffres de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international, des Nations unies et des banques centrales.
Cliquez ci-contre pour accéder au rapport Private Banking 2012 signé par Tax Justice Network.

Où l'on régule plus qu'on ne le pense

Caché du monde pendant 15 jours, je reviens à la surface et vérifie que tout va pour le mieux dans la meilleure des mondialisations libérales, friedmanites et varguites. En Espagne, par exemple, il y a eu presque 50 000 délogements dans le premier trimestre de 2012, ce qui n'est pas mal pour un pays qui détient le record européen d'habitations vides (20% du total) et qui est doté d'une Constitution dont l'article 47 dit :
Todos los españoles tienen derecho a disfrutar de una vivienda digna y adecuada. Los poderes públicos promoverán las condiciones necesarias y establecerán las normas pertinentes para hacer efectivo este derecho, regulando la utilización del suelo de acuerdo con el interés general para impedir la especulación. La comunidad participará en las plusvalías que genere la acción urbanística de los entes públicos.”
Ce mandat constitutionnel fut ignoré, comme tant d'autres, dès leur arrivée au pouvoir, en 1996, par les dirigeants du PP de "L'Espagne va bien", ceux-là mêmes qui se gargarisaient de la Constitution à longueur de journée et qui choisirent plutôt de promouvoir encore plus la spéculation immobilière (Cf. la Ley Rato de Suelo, de 1997, car oui, M. Rato est toujours là où ça fait mal), comme si les gouvernements de Felipe González n'avaient pas assez fait jusqu'alors pour l'assistanat des producteurs et profiteurs de cette bulle qui contribue si directement à l'horreur que nous vivons. Passons outre pour l'instant.
Dans cette mare aux vautours de la dérégulation financière et de la libre dépredation, on régule beaucoup plus qu'on le pense, mais d'autres choses. Aussi le quotidien belge Le Soir nous fait-il savoir, par exemple, que Vincent De Wolf, le bourgmestre (maire) d'Etterbeek et chef de file des parlementaires libéraux au Parlement bruxellois, a décidé de limiter la présence de mendiants à quatre par rue dans le centre-ville. Encore un libéral consacré à limiter les libertés d'expression et de circulation des gens (des pauvres) dans ce paradis des libertés où nous pataugeons.
Profitons d'ailleurs de son argumentation pour lui poser deux questions, car il dit avoir des preuves que "des infirmes sont régulièrement déposés en voiture" par des réseaux pour qu'ils mendient dans sa ville. Quelle est la raison pour laquelle il ne met pas en examen les suspects de ce trafic de personnes ? Pourquoi il ne protège pas ces infirmes exploités ? Peut-être parce que ce ne sont pas la prédation et l'esclavage qui le gênent, mais la réaction de sa clientèle électorale vis-à-vis des effets inesthétiques et embarrassants qui s'en suivent ; bref, parce que, malgré sa propagande, il a d'autres chats à fouetter.

Voici l'info complète du Soir ; vous verrez qu'elle admet un commentaire autrement plus ample, y compris sur les étiquettes "chrétien" (les partis qui détestent les pauvres sont souvent farcis de chrétiens), "écolo" ou "socialiste", verbi gratia :

4 mendiants maximum par rue : De Wolf défend sa position
mardi 17 juillet 2012, 16:41

Le bourgmestre d’Etterbeek a défendu sa lutte contre la mendicité organisée dans sa commune, après une manifestation contre l’interdiction de regroupement de quatre mendiants sur la voie publique.
Si on ne peut pas interdire la mendicité, on peut la limiter : le 5 mai dernier, Etterbeek adoptait la modification du règlement de police visant à interdire le regroupement de plus de quatre mendiants sur certaines artères commerçantes. En réaction, une citoyenne bruxelloise, Anne Löwenthal, a organisé lundi une manifestation visait à informer les passants à Etterbeek de l’interdiction de mendicité prise par la commune.
Ce mardi, le bourgmestre Vincent De Wolf (MR) a regretté que les organisateurs ne se soient pas entrés en contact avec lui et s’est dit ouvert à une discussion.

Une réglementation controversée

Pour rappel, le 5 mai, le conseil communal a voté à l’unanimité la modification du règlement de police visant à interdire le regroupement de plus de quatre mendiants sur certaines artères commerçantes. Ce règlement concerne les rues des Tongres, Bâtonnier Braffort, des Champs, de Tervaete et Pervyse, de l’avenue de la Chasse, de la Chaussée de Wavre, de l’avenue des Celtes et des places St Pierre et Van Meyel, relate L’Avenir sur son site.
Vincent De Wolf concède être en faveur d’une réglementation de la mendicité et s’être inspiré de la réglementation controversée à Liège qui prévoit des tournantes entre quartiers.

De Wolf tempère

Le bourgmestre maintient sa position exposée lors du conseil communal : « Il s’agit d’un outil pour lutter contre la mendicité organisée. Les agents de quartier qui connaissent bien les mendiants habituels pourront ainsi agir contre la guerre de territoire qui a lieu avec ces réseaux. » Il dénonce notamment l’arrivée de réseaux rue des Tongres et avance que des infirmes sont régulièrement déposés en voiture. Selon lui, l’insécurité pour les mendiants habituels est dès lors inquiétante et les bagarres fréquentes.
Vincent de Wolf rappelle que son règlement communal « a été adopté à la majorité au sein du conseil communal, c’est-à-dire avec les voix des conseillers écolo et PS et avec celles de l’opposition CDH ». Selon lui, cette mesure est demandée par les commerçants, les agents de quartiers, les riverains, et pourrait même protéger les mendiants.
Le bourgmestre précise que ce règlement servira aux agents de quartiers « en cas de problème ». Ils pourront rester à six ou sept si cela ne pose pas de problème. Quant au choix de les limiter à quatre : « Un chiffre, c’est toujours arbitraire mais le règlement pourra être réévalué dans quelques mois ».

Camille Wernaers, CDP, Belga édité par G.D

En matière de réglementations et de maires de la mouvance dominante, éternelle ?, nous avons encore des cas de figures qu'on dirait inspirés par le Saint-Esprit. Ainsi, de la même façon que l'Église catholique n'admet pas les femmes là où l'on contrôle le pouvoir et les consciences, Gallus Strobel, député allemand de la CDU et maire de Triberg (Bade-Wurtemberg) a décidé de leur interdire deux places d'un parking souterrain qui nécessiteraient une manoeuvre trop compliquée pour elles. Et il s'en vante.
Si cela vous chante, vous pouvez lire cette info en français sur les Inrocks, histoire de vérifier à quel point on peut être con, borné et élu en même temps.