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vendredi 21 août 2020

Bernard Stiegler nous rappelle toujours qu'on est (tr)oppressés

Il y a 5 jours, j'ai appris que le philosophe français Bernard Stiegler, né le 1er avril 1952 à Villebon-sur-Yvette (Essonne), venait de mourir à l'âge de 68 ans à Épineuil-le-Fleuriel, le jeudi 6 août 2020. Il est l'auteur d'États de choc : bêtise et savoir au XXIe siècle  (Mille et une nuits, 2012) et coauteur, avec Denis Kambouchner et Philippe Meirieu, de L'école, le numérique et la société qui vient (Mille et une nuits, 2012).

Je vois maintenant que —pendant que j'étais éloigné de la civilisation connectée et branchée— certains média ont rapporté son décès subit et ont glosé sa vie et sa pensée non conventionnelles, dont le quotidien suisse Le Temps, édité à Lausanne :

La mort, le jeudi 6 août, à l’âge de 68 ans, du philosophe français Bernard Stiegler a quelque chose de stupéfiant. C’est une mort que rien ne laissait présager aussi subite, tant il avait l’esprit jeune, avide de modernité, ivre de ses enthousiasmes. Atteint d’un mal qui l’avait beaucoup fait souffrir il y a quelques mois et dont il pressentait un retour inéluctable, il s’est donné la mort, non en dépressif, mais en philosophe, dit son ami Paul Jorion.

Personnage volubile, attentif, amical et irascible, il s’était ces vingt dernières années consacré à la réflexion sur l’emprise des technologies numériques sur nos vies et la société, après s’être imposé sur la scène intellectuelle française, dès le milieu des années 1980, puis avec sa thèse avec Jacques Derrida en 1993, comme un penseur majeur de la technique.

La mort a figé sa vie en roman. Sans bac, tenancier d’un bar à jazz à Toulouse, il a les finances difficiles. Qu’à cela ne tienne, il va régler cela lui-même en décidant d’aller braquer une banque. Ça marche, et il y prend goût. C’est le quatrième braquage à main armée qui lui sera fatal, et lui vaudra 5 ans de prison. C’est là que, grâce à un professeur de philosophie (Gérard Granel) qui l’avait pris en amitié dans son bar, il découvre les grands auteurs, qu’il dévore avec passion.

Dès sa sortie de prison, il ira à la rencontre de Jacques Derrida; il se fait remarquer, et sa carrière s’enclenche alors, insolite, hétérodoxe, multiforme mais pas incohérente: professeur de technologie à Compiègne, directeur adjoint de l’INA (Institut national de l’audiovisuel) de 1996 à 1999, fondateur de l’association Ars Industrialis depuis 2005, professeur en Chine, directeur d’un centre de recherche au Centre Pompidou depuis 2006, il voulait dans tous ces domaines combattre la bêtise culturelle que le marché imposait à tous.

(...)

France Culture revient sur son appel à s'approprier la technologie afin de pouvoir la transformer et nous propose la réécoute de cet entretien des Chemins de la philosophie, émission d'Adèle Van Reeth, diffusé le 11 juin 2020, où il questionne les enjeux des mutations de nos sociétés engendrées par le numérique. À propos du silence, Stiegler y expliquait :

Pendant des années, en prison, j’étais enfermé avec moi-même, je ne pratiquais que l’écriture. Un des aspects très importants pour moi de l’expérience carcérale c’est l’expérience du silence absolu. Ça m’est arrivé de rester silencieux pendant des mois, sans dire un mot. J’y ai découvert un phénomène qui, je crois, a peu été étudié par les philosophes, davantage par les religieux, et parfois par des philosophe religieux comme saint Augustin : l'expérience du silence dans lequel tout à coup, ça se met à parler.  

Le Monde le présentait ainsi dans un article du 7 août :

Condamné en 1978 pour plusieurs braquages de banques, il avait étudié la philosophie en prison. Penseur engagé à gauche, il prenait position contre les dérives libérales de la société.

Le quotidien parisien y évoquait :

De 1996 à 1999, il devient directeur général adjoint de l’Institut national de l’audiovisuel (INA), avant de prendre la direction de l’Institut de recherche et de coordination acoustique/musique (Ircam) en 2002. Il y reste jusqu’en 2006, quand il est nommé directeur du Développement culturel du Centre Pompidou. C’est au sein de cette institution qu’il fonde la même année l’Institut de recherche et d’innovation (IRI), chargé d’« anticiper, accompagner, et analyser les mutations des activités culturelles, scientifiques et économiques induites par les technologies numériques, et [de] développer de nouveaux dispositifs critiques contributifs ».

(...)

Dans un texte publié en avril dans Le Monde sur son expérience du confinement (en prison et durant la crise du Covid-19), Bernard Stiegler écrivait :

« Le confinement en cours devrait être l’occasion d’une réflexion de très grande ampleur sur la possibilité et la nécessité de changer nos vies. Cela devrait passer par ce que j’avais appelé, dans Mécréance et discrédit (Galilée, 2004), un otium du peuple. Ce devrait être l’occasion d’une revalorisation du silence, des rythmes que l’on se donne, plutôt qu’on ne s’y plie, d’une pratique très parcimonieuse et raisonnée des médias et de tout ce qui, survenant du dehors, distrait l’homme d’être un homme. »

Donc, il fut directeur général adjoint de l'INA et justement, le site de l'INA rend aussi son hommage à Bernard Stiegler et nous rappelle la diffusion en 2017-2018 d'une série pour le Web intitulée (Tr)oppressé, une initiative intéressante qui produisit 10 épisodes de 5-7 minutes environ :

01 – SOUS HAUTE TENSION
02 – CONSO, BOULOT, DODO
03 – TEMPS DE CERVEAU DISPONIBLE
04 – MOBILISATION GÉNÉRALE
05 – EN DIRECT, UNE RÉACTION ?
06 – ALGORITHMES ENDIABLÉS
07 – CERVEAU EN MODE AVION
08 – L’AMOUR EST DANS LE SWIPE
09 – TOUT POUR ÊTRE HEUREUX
10 – BASIQUE INSTINCT (C’EST L’INTUITION QUI COMPTE)

C'était une production signée en 2017 par Les Bons Clients pour ARTE et l'INA, réalisée par Adrien Pavillard et écrite en collaboration avec Emmanuelle Julien et Meriem Lay. Elle fut accessible sur Arte Créative à partir du 11 décembre 2017 et est toujours visionnable sur le site d'ARTE jusqu'au 30 novembre 2020. L'idée de (Tr)oppressé partait de la constatation et les questions suivantes :

« Et si désormais, être débordé, agité, speedé, overbooké, c’était ringard ? Sous pression en permanence, nous manquons tous de temps, nous courons partout avec le sentiment que nos vies nous échappent. La faute à qui ? En partie aux nouvelles technologies. N’avons-nous pas développé une addiction aux ordinateurs, smartphones, réseaux sociaux, applications et sites de rencontres ? Nos désirs sont brouillés par l’avalanche de sms, mails, notifications, informations et sollicitations publicitaires. Couplés aux objectifs de rentabilité, les algorithmes nous auraient transformés en machines à produire et à consommer. Mais au final, est-ce que tout ça nous rend plus heureux ? À vouloir être partout, tout faire, est ce que nous n’oublions pas l’essentiel ? Et le plaisir de vivre ? ».

Dans le chapitre nº 6 de cette websérie, consacré aux Algorithmes endiablés, Bernard Stiegler nous livrait ses pensées là-dessus. L'épisode était introduit ainsi :

C’est le chaos ! L’époque nous rend dingos ! Nous voilà pilotés par des algorithmes qui vont 4 millions de fois plus vite que nous. Plus personne ne les contrôle. Or, c’est sur eux que reposent la finance mondiale et son système spéculatif. Conséquence : de cadre à l’ouvrier, le savoir perd sa valeur et son sens. 

Et si nous remettions les algorithmes à notre service ? Leur objectif serait alors de nous apporter plus de bonheur. N’était-ce pas au fond l’utopie première de la modernité ?

 Le site de l'INA montre le volet et le résume (j'y mets du rouge) :

(...) Bernard Stiegler analysait la complexité technologique sans cesse grandissante ayant pour conséquence la prolétarisation de tous les métiers.

Prenant pour exemple la crise des subprimes de 2008 et la déclaration du président de la Réserve fédérale de l'époque, Alan Greenspan, de ne « pas tout comprendre » au mécanisme ayant amené l'effondrement de l'économie internationale, Bernard Stiegler démontre la « prolétarisation » de tous les acteurs de la société, du plus petit travailleur au « patron de la finance mondiale ».

Citant les écrits de Marx et Engels, pour qui « être prolétarisé, c'est perdre son savoir et se mettre à travailler pour un système qu'on ne comprend pas et qu'on ne peut pas changer », Bernard Stiegler alerte sur le danger que fait peser la technologie sur nos vies. Car cette frustration d'être dépossédé par la machine entraîne chez l'homme la « disruption », un panel de sentiments négatifs mêlant « chaos, angoisse et agressivité ».

Devant une telle accélération technologique, le philosophe estime que « nous approchons d'un moment où la bifurcation chaotique sera absolument incontrôlable ». D'où la nécessité de « sortir de ce modèle, de le repenser, de reconstituer des circuits courts », « non pas pour revenir en arrière ou rejeter [la technologie] », mais afin « d'utiliser les réseaux intelligemment ». Dans le but de mettre l'économie et la technologie au service de l'homme, et pas l'inverse comme jusqu'à présent : « Construire une économie mondiale qui soit solvable, durable, et qui fasse augmenter la néguentropie*, c'est-à-dire, le bonheur de vivre ». 

Parmi ses nombreuses implications universitaires au service de la recherche et de l'éducation, Bernard Stiegler avait notamment collaboré avec l'Institut national de l'audiovisuel.

Rédaction Ina le 07/08/2020 à 12:22. Dernière mise à jour le 10/08/2020 à 09:42.

Point de départ, ladite déclaration de l'inénarrable filou Alan Greenspan du 23 octobre 2008, auprès du Sénat étasunien, à propos de l'arnaque des subprimes et de la résistance des bâtiments, pardon, des liquidités virtuelles : 

Donc, le problème ici, c'est que ce qui semblait être un édifice très solide et un pilier essentiel de la concurrence de marché et des marchés libres, s'est effondré et, comme je l'ai dit, cela m'a choqué. Je ne comprends toujours pas tout à fait pourquoi c'est arrivé.

Selon Stiegler, cette déclaration voulait dire qu'il était prolétarisé au sens où Marx et Engels en 1848 avaient décrit la prolétarisation (cf. le résumé ci-dessus). Et il arrive qu'« aujourd'hui, on est pilotés [et traités] par des algorithmes**, y compris ceux qui veulent créer des algorithmes pour piloter des choses [qui] se retrouvent eux-mêmes pilotés par les algorithmes, y contrôlent plus rien ».

______________________________________

* Néguentropie : anglicisme [neg(ative) entropy]. « Entropie* négative ; augmentation du potentiel énergétique » (© 2020 Dictionnaires Le Robert - Le Petit Robert de la langue française).

** Toutes nos données et activités sur le Net son traitées en permanence et en temps réel par des algorithmes qui font ce qu'on appelle du calcul intensif, qui sont capables de traiter des milliards de données simultanément, explique Stiegler.
Quant aux déboires des mathématiques en finance, cliquez ici et lisez notamment la note en bas de page pour accéder aux aveux (d'une candeur gonflée, si j'ose dire) de Nicole El Karoui.
Stiegler nous rappelle aussi, dans son intervention pour (Tr)oppressé, que « le modèle spéculatif qui avait craqué en 2008 a été reconfiguré en profondeur et en exploitant de plus en plus ce qu'on appelle les mathématiques financières utilisant les algorithmes, pour produire une nouvelle spéculativité, moins visible, plus complexe. [cf. encore Jean de Maillard et son ouvrage L'Arnaque] On a de plus en plus de mal à anticiper ce qui va se passer, on a l'impression qu'on est dans ce que les Punks depuis 1977 à Liverpool appellent NO FUTUR. » 

samedi 9 mai 2020

Moisson de paysages sonores

Pour adoucir nos confinements, voici un projet intéressant où l'on peut participer ; on pourrait l'appeler l'Écoutothèque de nos Paysages. Vous pouvez juste écouter les paysages décrits ou enregistrer et envoyer vos propres récits souvenirs.
Je vous en colle ci-dessous l'idée et les principes.


DES PAYSAGES INCORPORÉS 


En ces temps de confinement, les notions de lieux, de dedans et de dehors, de corps et de mouvement résonnent différemment...mais le désir "d'aller vers" un ailleurs, qu'il soit géographique, social, politique ou autre, nous met, de fait, en mouvement, par la pensée, l'imagination...
Dans l'intention de soutenir ce mouvement intérieur, de rester en éveil et d'apporter un peu d'horizon dans une période sédentaire faite de bouleversements RADIO Horizons-Paysages récolte des récits enregistrés réalisés à partir des questions suivantes et posées à plusieurs personnes :

Y'a-t-il un paysage dont vous vous souvenez, dont vous avez fait l'expérience, 
et qui s'est déposé dans votre mémoire ?
Un paysage que vous auriez particulièrement apprécié, un lieu que vous aimez re-convoquer en vous ?
Pourriez-vous en faire une description afin de le partager et de le donner à voir, à imaginer, à d'autres ?

Quels sont les paysages que  l'on porte en soi et qui nous constituent ? Ces paysages qui sont passés par le filtre de notre perception et dont l'existence se situe alors seulement dans notre souvenir et imaginaire, ces paysages qui ont même parfois disparu pour nous-mêmes et qui sont enfouis sous des couches d'autres images, d'autres vécus... il s'agit d'en dé-couvrir les vestiges, bribes, fragments, traces, un peu comme une recherche archéologique,  afin de donner forme concrètement à ces "images" que chacun.e.s porte en soi, de les rassembler, de créer un corpus commun, pour créer une bibliothèque de nos paysages, que nous viendrions nourrir tou.te.s ensemble par un geste collectif, ce mouvement d'ensemble.
Ces paysages pourront alors circuler jusque dans d'autres imaginaires, à travers les voix, à travers les ondes...et permettre de partager une expérience-pratique de déplacement, alors que nous sommes contraints à une certaine sédentarité, en proposant un mouvement, un voyage, une évasion, à partir de soi, de nos endroits investis au présent et en direction d'autres, auditeurs/trices.

N.B.: Ce projet se situe dans le prolongement de l'installation audio "Récolter Paysages" réalisée en 2011 dans la Drôme. Il a été réactivé sous une autre forme au moment de la période de confinement en Avril 2020.

mercredi 29 avril 2020

Penser la pandémie (partie 1)

Mise en ligne le dimanche 26 avril 2020, voici une vidéo à visionner attentivement dans le but de mieux penser la pandémie du coronavirus. Ses sous-titres constituent une aide précieuse à la compréhension pour ceux qui auraient encore des difficultés dans cette compétence en français.
C'est une élaboration réalisée et produite par les membres et proches du séminaire Politiques des Sciences (Politique des Sciences, Un regard critique sur les réformes de l'enseignement supérieur et la recherche).


Le déconfinement relève d’une décision politique. Cette décision, en démocratie, doit pouvoir être prise après un débat contradictoire. Elle doit se fonder sur la compréhension des phénomènes épidémiques par les sciences, toutes les sciences : virologie, épidémiologie et infectiologie, mais aussi sciences humaines et sociales. Si l’on pense aux errements politiques qui ont conduit au confinement pour tous au même moment et aux conséquences économiques, sociales, individuelles d’un tel choix, encore difficiles à mesurer, si l’on observe que suivre l’expérience chinoise signifierait pour la France un déconfinement entre mi-juin et fin juillet, on voit l’intérêt de discuter les stratégies possibles de déconfinement en mobilisant des disciplines et des savoirs complémentaires.

Documents et références cités par Politique des Sciences que je me suis permis de réviser pour vous en élaborer une présentation :


Pascal Marichalar, Savoir et prévoir. Première chronologie de l’émergence du Covid-19, le 25 mars 2020.
Que pouvait-on savoir et prévoir de l’actuelle pandémie et de son arrivée sur le territoire français ? Premiers éléments de réponse à partir d’un corpus bien défini : le très réputé magazine « Science », et les déclarations de l’OMS depuis fin décembre 2019.
Voir ici et .
Maître Pandaï : « Avant les commissions d'enquête et les procès, examinons dès à présent les responsabilités de l'exécutif dans la désastreuse gestion de la crise sanitaire liée au Covid-19. » Le 29 mars 2020.

L'Humanité
: Pour vous faire votre opinion, l'Humanité.fr confronte les déclarations des autorités sanitaires (en particulier de l'Organisation mondiale de la santé) et celles des responsables gouvernementaux. Depuis le début de la crise... voire quelques mois auparavant. Découvrez notre rétrospective des dates et événements clés dans la propagation du coronavirus et les réponses qui y ont été apportées.
François Bonnet, Covid-19: chronologie d’une débâcle française, Mediapart, 11/04/2020.
Comment le pouvoir français apprend-il l’émergence d’une épidémie devenue pandémie ? Comment a-t-il réagi, englouti qu’il était dans la réforme des retraites et les municipales ? Comment s’est-il préparé ? Éléments de réponse en dates.

Macron Watch, COVID-19 et gestion de crise : une chronologie, 16 avril 2020.
Avant propos : nous tentons ici modestement de reconstruire une chronologie de la crise du COVID-19. En plus de nos propres recherches, ce travail est aussi en grande partie un travail de « compilation » qui n’aurait pas été possible sans les apports suivants : le dossier de plainte proposé par plaintecovid.fr, ainsi que d’autres relayées par la presse, les nombreux articles de Mediapart, des articles également repris dans les sources mentionnées ci-dessus, notamment La Vie des Idées, Marianne, ou France Inter.
Ce texte est amené à être modifié, enrichi et éventuellement corrigé régulièrement au fur et à mesure des nouveaux éléments. Nous espérons qu’il vous sera instructif voire utile.
Les regrets d'Agnès Buzyn : « Depuis le début je ne pensais qu’à une seule chose : au coronavirus. On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade. La dernière semaine a été un cauchemar. J’avais peur à chaque meeting. J’ai vécu cette campagne de manière dissociée. »
, et , Ehpad : Les Morts, Les Familles et Le Mur Du Silence, Le Monde. Publié le 23 avril 2020 à 11h00 - Mis à jour le 24 avril 2020 à 06h09.
Des établissements ont tardé à communiquer le nombre de morts du Covid-19. Et à informer les familles de l’état de santé de leurs proches. Certaines ont déjà porté plainte.
Coronavirus dans l'Oise.

Science Mag.
Corinne Bensimon, 1968, la planète grippée, Libération, le 7 décembre 2005.
Un an après être partie de Hongkong, la grippe fait, en deux mois, 31 226 morts en France, deux fois plus que la canicule de 2003. A l'époque, ni les médias ni les pouvoirs publics ne s'en étaient émus. Alors que la propagation de la grippe aviaire inquiète, retour sur cette première pandémie de l'ère moderne.


mercredi 18 mars 2020

Les fantassins combattent sans protection et les généraux se gargarisent de grands mots

Y el planeta mandó parar.


L'Économie est l'alibi qui nous tue.



Je lis le témoignage d'une infirmière de près de Pornic qui déclare à actu.fr tenter en vain d'avoir de la solution hydroalcoolique.
J'ai le plaisir d'avoir un ami médecin avec qui j'ai un peu parlé aujourd'hui au téléphone. Il travaille à Salamanque, en Espagne. Il doit faire tous les jours des visites domiciliaires à des patients atteints de coronavirus "les mains dans les poches" (sans masques, même pas chirurgicaux, sans gants...), faute des protections les plus élémentaires. Le démon de la perversité donne toujours des idées, comme celle d'envoyer tout foutre en l'air et se jeter dans la piscine. Car les héros, tout sages et savants soient-ils, sont aussi habités par ce démon théorisé par Edgar Allan Poe.

Et nos autorités savaient —sont au courant de ce qui se passe, en Chine, en Italie, depuis deux mois. Et puis, cela fait belle lurette que des virologues comme Bruno Canard rédigent des rapports officiels et publient des articles.

Ici et là, on multiplie le blabla, mais on a du mal à allouer les sous nécessaires et on continue à ignorer où il faut puiser le pognon : là où il est.
Pour ne pas parler des effets dramatiques de toutes nos délocalisations : seules des sociétés débiles, suicides, acceptent de se désarmer stratégiquement. On a (presque) tout privatisé, puis, en belle partie, délocalisé. Et on s'est acharné à démanteler le service public à coups de brutales saignées budgétaires, à coups de non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, à coups de baisses d'impôts pour les grandes fortunes et les grandes entreprises, à force d'yeux doux pour l'évasion fiscale, à coups d'assistanat et de perfusions au grand capital et à ses médias, fiondations, laboratoires d'idées chiantissimes (dits think tanks), à grands coups de répression...
Et ce ne sont pas du tout les experts en finances, gestion, administration des entreprises, marketing, publicité, mode, commerce international et autres informatiques de la nullité surévaluée qui vont nous rendre la vraie vie, ou simplement, la vie. En fait, bon nombre de ces startupistes ont aujourd'hui les chocottes.
Hélas, dans la lutte sociale en France contre les inégalités, pour le service public, pour l'existence d'un système national de retraites digne, etc, il y a eu et il y a énormément de résistants...

Coupure de la page 6 du Siné mensuel nº 95, mars 2020.
Reportage à plusieurs témoignages : L'État, c'est nous (pages 6-11)
Dans la rue, dans les grèves, dans les manifs, dans les combats pour une vie meilleure, contre [le projet macronite de réforme d] es retraites, les conditions de travail, la sale vie provoquée par le libéralisme présidentiel. Portraits de deux gilets jaunes, d'une étudiante, d'un journaliste, d'une infirmière, d'un conducteur de métro, d'un prof et d'une chercheuse.

..., mais il n'y a pas d'instance comparable au Conseil national de la Résistance, essentiel pour faire la pression nécessaire dans le bon sens, comme à partir de 1945, quitte à admettre que ce rôle pourrait revenir au personnel de la Santé publique. Car l'après-coronavirus devrait être un moment de démantèlement pur et dur du système capitaliste-ultra libéral-financier, une stratégie du choc à rebours.

Justement, puisqu'on évoque la Santé publique, Là-bas si j'y suis se penche sur ce sujet infernal de la purée hospitalière provoquée par les chantres de la mondialisation heureuse : « on ne peut pas envoyer les soignants au front sans gilet pare-balles », déclare le docteur François Salachas. Et il me fait penser au casse-pipe de la IGM :

Quand tout sera privé, nous serons privés de tout

« On ne peut pas envoyer les soignants au front sans gilet pare-balles »

Le
Depuis des années, ils se battent contre le démantèlement programmé de l’hôpital public, contre une logique de management, contre une santé à deux vitesses, contre « le remplacement de la carte vitale par la carte bleue ».
Le pouvoir les prend de haut au nom des impératifs économiques, au nom de la « dette », mais ne manque jamais de flatter, la main sur le cœur, « ces héros en blouse blanche ». Pourtant, cette fois, la ficelle est trop grosse. L’explosion de l’épidémie a dévoilé l’ampleur du désastre sanitaire des politiques néolibérales mises en place depuis des années, et encore plus radicalement avec Macron et sa bande. Cette fois, tout le monde est touché, tout le monde a compris.
Pourtant, rien dans l’allocution présidentielle de lundi, devant 30 millions de Français, pas une annonce chiffrée pour l’hôpital public, pas de recrutement en urgence, pas de réquisitions des cliniques privées, comme en Espagne, mais encore et encore des flatteries qui sont reçues comme des insultes.
Le docteur François Salachas, neurologue et membre du collectif Inter-Hôpitaux, avait interpellé Macron lors de sa visite à la Pitié-Salpêtrière le 27 février dernier : « nous sommes au bout ! (…) Il faut absolument refinancer en urgence l’hôpital public (…) Vous pouvez compter sur moi. L’inverse reste à prouver », avait-il balancé au président devant les caméras. Rendez-vous devait être pris.
Et depuis ? Au lendemain des nouvelles annonces d’Emmanuel Macron, nous sommes retournés voir le docteur Salachas, pendant sa pause, en plein service : « pour l’instant, ce ne sont que des mots. »
C’est la guerre. Macron le répète, et c’est vrai, c’est une guerre entre la vie et le profit. Cette crise nous met face à face.
journaliste : Dillah Teibi
image : Kévin Accart
montage : Jérémie Younes
Et l'on pense aux saisonnières éjaculations orales présidentielles en la matière. À chaque crise, à chaque campagne électorale... la même abjection.

Je me rappelle Jacques Chirac et sa rengaine, sa farce immonde de la « fracture sociale », qui existait en raison, littéralement, disait-il en 1995, devant le très libéral Lionel Jospin (oui, on va voir), « d'un système socialiste » (ultrasic), ce qui montre le respect de ces culottés et pour la langue et pour nos oreilles.
En fait, ce que l'on avait vis-à-vis, lors de ce soi-disant débat électoral, c'étaient deux grands champions de la politique économique ultralibérale et du bradage du patrimoine public, les représentants des deux ailes du moment du même poulet républicain. Car, en effet, nous devons admettre que toutes les volailles disposent d'une aile droite et d'une aile gauche, qui bougent toujours où les mènent les mêmes pattes. Et qui volent parallèlement.
Jacques Chirac donna le coup d'envoi des privatisations en France à partir de 1986 (source Finance Orange, par exemple, car son résumé suffit et fait l'affaire) :
C'est en tant que Premier ministre de cohabitation que Jacques Chirac, décédé ce jeudi à 86 ans, a donné le coup d'envoi des privatisations en France, mettant un terme à la vague de nationalisations lancée par François Mitterrand.
Deux fois président de la République, deux fois Premier ministre et deux fois Maire de Paris. La carrière politique de Jacques Chirac, décédé ce jeudi à 86 ans, est impressionnante, jalonnée de décisions marquantes comme son "non" à la seconde guerre d'Irak. Sur le plan économique, il est l'homme politique français qui a lancé le mouvement des privatisations d'entreprises françaises, à partir de 1986.
Cette année là, après l'échec du PS aux législatives, Jacques Chirac devient le Premier ministre de cohabitation de François Mitterrand. En deux ans, son gouvernement est revenu sur les grandes nationalisations de 1981-1982 menées par le Parti socialiste, et a lancé plusieurs privatisations, des opérations qui ont rapporté à l'Etat environ 100 milliards de francs, soit 13 milliards d'euros.
Banques, télécoms, médias
Ainsi, entre 1986 à 1988, le gouvernement Chirac a partiellement privatisé Saint-Gobain, la CGE (devenu Alcatel), Havas, TF1 et Suez ainsi que les banques Paribas, BTP, BIMP, CCF et Société générale.
Pendant cette période, l'exécutif cède aussi la Compagnie générale de constructions téléphoniques (CGCT) et la Mutuelle générale française. En 1988, Matra et la mutualisation de la Caisse nationale de Crédit agricole sont également partiellement privatisées.
Après une pause de 1988 à 1992, les privatisations sont reprises à partir de 1993 par le gouvernement d'Edouard Balladur, et poursuivies à partir de 1995 par Jacques Chirac, devenu président de la République, et son Premier ministre Alain Juppé.
Premier mandat présidentiel de 1995 à 2002
A partir de 1997, en cohabitation avec Jacques Chirac, c'est le socialiste Lionel Jospin qui poursuit les privatisations, et cède pour un total d'environ 30 milliards d'euros des parts de nombreuses entreprises.
Sous le premier mandat de président de Jacques Chirac, de 1995 à 2002, seront successivement ouvert le capital de nombreuses entreprises majeures, dont France Telecom (devenu Orange), Thomson-CSF, Air France ou Eramet ainsi que les banques CIC, Société marseillaise de crédit et Crédit lyonnais. Les assureurs Gan et CNP sont également totalement ou partiellement cédés.
Disons que le soutien de beaucoup de gauchistes français en 2002, pour contrecarrer Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de l'élection présidentielle, ne l'empêcha point de continuer sa, disons, mission (celle de tous ces vautours) :
Privatisation controversée des autoroutes
Sous la deuxième présidence de Jacques Chirac, de nouvelles privatisations seront engagées notamment dans les transports, en 2004-2005, par les gouvernements de Jean-Pierre Raffarin puis de Dominique de Villepin. Seront alors concernés le motoriste aéronautique Snecma, qui fusionne avec la Sagem pour former le groupe Safran, ainsi que des sociétés d'autoroutes SANEF, SAPRR et ASF. Ces dernières font polémique aujourd'hui en raison de prix élevés des péages autoroutiers.
C'est pendant cette même période que l'Etat est passé sous le seuil de 50% dans le capital de France Télécom, et qu'il a lancé l'ouverture du capital d'EDF et GDF.
Quant à l'ultralibéral Lionel Jospin, son gouvernement (1997-2002) fut celui qui privatisa le plus d’entreprises publiques de l'histoire de France, comme il est mondialement reconnu : environ 31 milliards de recettes ; grâce notamment à l'activité du très honnête Dominique Strauss-Kahn à la tête de Bercy (le ministère de l'Économie et des Finances).
Donc, Chirac et Jospin, deux monstres à l'heure de privatiser... et d'augmenter la dette publique. Bref, il s'agissait de défendre la justice sociale et de combler en urgence les fractures sociales, et leur recette a consisté à brader le patrimoine de tous. Le peuple était propriétaire et, grâce à leurs privatisations, il a été privé de son patrimoine.

Je me rappelle également le Nicolas Sarkozy d'après l'éclatement de la bulle financière, le 25 septembre 2008. Vous souvenez-vous de son discours de Toulon ? Il s'amusa à nous dire, entre autres...
Une certaine idée de la mondialisation s'achève avec la fin d'un capitalisme financier qui avait imposé sa logique à toute l'économie et avait contribué à la pervertir.
L'idée de la toute puissance du marché qui ne devait être contrarié par aucune règle, par aucune intervention politique, était une idée folle. L'idée que les marchés ont toujours raison était une idée folle.
Pendant plusieurs décennies on a créé les conditions dans lesquelles l'industrie se trouvait soumise à la logique de la rentabilité financière à court terme. On a caché les risques toujours plus grands qu'on était obligé de prendre pour obtenir des rendements de plus en plus exorbitants. On a mis en place des systèmes de rémunération qui poussaient les opérateurs à prendre de plus en plus de risques inconsidérés. On a fait semblant de croire qu'en mutualisant les risques on les faisait disparaître. On a laissé les banques spéculer sur les marchés au lieu de faire leur métier qui est de mobiliser l'épargne au profit du développement économique et d'analyser le risque du crédit. On a financé le spéculateur plutôt que l'entrepreneur. On a laissé sans aucun contrôle les agences de notation et les fonds spéculatifs. On a obligé les entreprises, les banques, les compagnies d'assurance à inscrire leurs actifs dans leurs comptes aux prix du marché qui montent et qui descendent au gré de la spéculation.
Dans ce petit florilège, comment oublier l'air penaud, le geste contrit du publireportage électoral de François Hollande au Bourget, le 22 janvier 2012, lorsqu'il introduisit et débita son affligée déclaration « Mon véritable adversaire, c’est le monde de la finance ») :




Voilà pourquoi il nommerait, par exemple, le radical gauchiste Manuel Valls premier ministre et cautionnerait, en 2016, la « loi Travail » marrainée par la ministre du Travail Myriam El Khomri, destinée à rapetisser, réduire à la portion congrue les déjà frêles protections accordées aux travailleurs par le Capitalisme modernisateur.
Mais comme ce n'était pas assez, et en dépit d'un tollé énorme dans la rue, voilà pourquoi il fallait nommer héroïquement —après presque 2 ans de Moscovici et 5 mois de Montebourg, et après une réforme bancaire de pacotille, aussi vidée de substance que ses discours— l'en même temps et l'au fond d'Emmanuel Macron au Ministère de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique, à Bercy.

Un Macron qui devint plus tard, le 14 mai 2017, Président de la République. Un président qui travaille sans désemparer pour les plus démunis et qui adore les, disons, cessions de participations de l'État (1).

Disons qu'entretemps, l'hôpital français a vu 17 500 lits de nuit fermés en six ans (2013-2019). Selon le ministère de la Santé, et non Poutine, l’hôpital a perdu 5,3 % de ses lits depuis 2013. À eux seuls, les établissements publics en ont perdu 13 631.
Il faut avouer que la haine de la Finance et l'en même temps sont mortifères pour les services de Santé.

Revenons au sérieux. Soudain, le coronavirus se pointa et révéla l'importance stratégique et littéralement vitale d'un service public fort en toute circonstance. Et Macron de lancer à la télé, le 12 mars 2020 —téléprompteur à l'appui, vélotypiste hors d'haleine—, sa première “Adresse aux Français” en l'occurrence, dont voici un extrait particulièrement époustouflant dans sa bouche de fondé de l'oligarchie financière à l'Élysée :
Mes chers compatriotes, il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s'est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties. Ce que révèle d'ores et déjà cette pandémie, c'est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d'autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai.
Le 27 février, le neurologue François Salachas, de l'hôpital de la Pitié-Salpétrière, avait déjà manifesté au Chef de l'État qu'il fallait refinancer l'hôpital public, qu'« nous sommes au bout... on ne peut plus se contenter d'effets d'annonce »,...  « on est passé par un an de déni »,... Bref : « Vous pouvez comptez sur nous... l'inverse reste à prouver. »

Note : CIH = Collectif interhospitalier, qui a pour but la défense de l'hôpital public. Ce collectif a organisé, par exemple, la démission de plusieurs centaines de chefs de service de leurs fonctions administratives. Le 14 février, ils ont fait une grosse manif : les soignants ont déclaré leur amour à l'hôpital public pour la Saint-Valentin.

Ensuite, le 16 mars 2020, lors d'une nouvelle adresse, beaucoup plus dramatique [soudain plongé dans un bain de réalité, mais attention, beaucoup plus guerrière : il a prononcé six fois « nous sommes en guerre », rhétorique inquiétante dans la bouche d'un Jupiter, Maître du tonnerre (2)], car ça barde —le loup, un nanoloup invisible et Titan, dévore le troupeau ; confinement (presque) total (3), il faut une attestation pour sortir—, il insistait :
Nous gagnerons, mais cette période nous aura beaucoup appris. Beaucoup de certitudes, de convictions sont balayées, seront remises en cause. Beaucoup de choses que nous pensions impossibles adviennent. Ne nous laissons pas impressionner. Agissons avec force mais retenons cela : le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant. Nous serons plus forts moralement, nous aurons appris et je saurai aussi avec vous en tirer toutes les conséquences, toutes les conséquences. 
Mais en même temps qu'il accordait beaucoup de milliards d'euros aux entreprises, il n'avait aucune annonce à l'endroit des hôpitaux, déjà en situation pénible avant l'arrivée du coronavirus, et il envoie toujours ses fantassins à la « guerre » contre le coronavirus sans gilet pare-balles, après leur avoir serré la main :


Donc, comment dire... Macron, désolé, mais "on connaît la chanson".

Peut-on vraiment croire qu'il a beaucoup appris ? Est-ce possible ? Attendons la suite. Mais l'Histoire nous a beaucoup enseigné. Les dirigeants charismatiques, les hommes d’État (4), sont de grands producteurs de serments et de promesses qui ne leur coûtent pas plus à faire qu'à violer et des stimulateurs de penser en creux. C’est leur fonction. La guerre, c’est la paix ; la liberté, c’est l’esclavage ; l'ignorance, c'est la force. Les hautes et prestigieuses fonctions sont là pour creuser les écarts, les inégalités, les abîmes et, donc, pour tripoter sans vergogne et rendre creux, altérés, abîmés, lunatiques les mots les plus lourdes de sens en leur enlevant toute leur substance. Elles sont là pour évider les mots comme une évidence, pour détourner les mots et, par là, pervertir la perception des pompés, fin prêts à cogiter la tête déroutée, à investir une illusion par l’esprit, voire à s’investir dans la mouvance du Führer à la manœuvre de l’entourloupe cautionnant leur vertueux pompage à fond. On cultive dans nos rangs le consentement, l'intérêt scélérat et la collaboration.


Banderole déployée le soir du 16 mars 2020 à l'hôpital de la Pitié-Salpétrière.
Source :
@LabasOfficiel (Là-bas si j'y suis, Twitter)



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(1) Faut-il se rappeler l'insolence de son ton comme le racisme de caste et la psychopathie de ses décisions politiques ? L’abrogation de l’ISF, le CICE (allégement de cotisations consenti aux entreprises depuis le début du quinquennat de François Hollande, cadeau impressionnant au patronat. Le principe du CICE est clair : plus une entreprise emploie de personnes à bas salaires (moins de 2,5 smics), plus elle peut réclamer d’aides), la réduction des APL (Aides personnalisées au Logement), la dite flat-tax, son projet de réforme des retraites, son usage massif, mutilant, tueur des LBD40 et des grenades GLI-F4 et de désencerclement contre les Gilets Jaunes ou contre les manifestants du Premier Mai...
(2) Jean de La Fontaine, Les Fables, Livre V, fable X, La Montagne qui accouche :
Une Montagne en mal d'enfant
Jetait une clameur si haute,
Que chacun au bruit accourant
Crut qu'elle accoucherait, sans faute,
D'une Cité plus grosse que Paris :
Elle accoucha d'une Souris.

Quand je songe à cette Fable
Dont le récit est menteur
Et le sens est véritable,
Je me figure un Auteur
Qui dit : Je chanterai la guerre
Que firent les Titans au Maître du tonnerre.
C'est promettre beaucoup : mais qu'en sort-il souvent ?
Du vent.
(3) Confinement qui exclut les exclus et s'avère terrible pour les plus pauvres.
(4) NOTE du 19/3/2020 : et leurs médias libres et pluriels.


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Mise à jour du 25 mars 2020 :

Pascal Marichalar : Savoir et prévoir. Première chronologie de l'émergence du COVID-19.

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Mise à jour du 23 avril 2020 :

Des nouvelles de l'enmêmetantpisme (expliquant sa substance) :
Fin de la blague Macron  
Où l'on voit que le président trader n'a pas tardé à rassurer les puissances d'argent, on s'en doutait.

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Mise à jour du 18 juin 2020 :

Et c'était une blague particulièrement sinistre.
 
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Mise à jour du 6 novembre 2020 :

Encore des nouvelles du gars des leçons du moment que nous traversons, de celui qui se disait prêt à interroger le modèle de développement dans lequel s'est engagé notre monde depuis des décennies...
Le Monde publie aujourd'hui une tribune signée par un collectif de 200 personnes sur l'approbation en première lecture du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2021 par la majorité macronite :

Le budget 2021 de la Sécurité sociale ne permet pas de financer la totalité des mesures annoncées en juillet lors du Ségur de la santé, alertent, dans une tribune au « Monde », plus de deux cents signataires à l’initiative du Collectif inter-hôpitaux. 
Le Monde - Publié aujourd’hui à 03h02, mis à jour à 07h09.

(...) l’Objectif national des dépenses d’assurance-maladie (Ondam), voté chaque année pour la ville et l’hôpital dans le cadre du PLFSS depuis dix ans, ne couvre pas les besoins.
L’évolution tendancielle des dépenses de santé est chaque année de 4 % environ (correspondant, entre autres, à l’évolution des charges fixes, du coût des pratiques et innovations médicales). Or, l’Ondam voté depuis 2008 n’a jamais dépassé 2,4 %, ce qui est revenu à voter des économies de 1,5 à 2 % chaque année. Voilà ce qui permet aux ministres de la santé successifs de communiquer sur l’augmentation du budget… alors que ce sont des économies qui sont imposées. (...)



mercredi 4 mars 2020

(2019-20) 5e Journal des infos dont on parle plutôt peu

...Car loin du psittacisme médiatique, il y a bon nombre d'événements qui nous interpellent autrement dont on ne parle que peu ou sous l'angle de la propagande unique. Nous essayons de repérer et de glaner des faits/sujets/positions en dehors de l'actu ou de l'éditocratie.
Voici notre cinquième sommaire de cette année scolaire, pour notre conférence de rédaction médiatrice des 26 février et 4 mars 2020.
Merci à mes élèves pour leurs contributions !













samedi 1 février 2020

(2019-20) 4e Journal des infos dont on parle plutôt peu

...Car loin du psittacisme médiatique, il y a bon nombre d'événements qui nous interpellent autrement dont on ne parle que peu ou sous l'angle de la propagande unique. Nous essayons de repérer et de glaner des faits/sujets/positions en dehors de l'actu ou de l'éditocratie.
Voici notre quatrième sommaire de cette année scolaire, pour notre conférence de rédaction médiatrice du mercredi 29 janvier 2019.
Merci à mes élèves pour leurs contributions !



Parmi les infos de notre journal...


Macron envoie ses policiers contre les pompiers

Là-bas Express. Le
Il n’y a plus un jour sans manifestation : aujourd’hui, mardi 28 janvier, se tenait à Paris une manifestation nationale des sapeurs-pompiers. Ils étaient plusieurs milliers à défiler en uniforme entre République et Nation. En plus du maintien de leur système de retraite, les pompiers professionnels réclament une hausse de la « prime de feu ».
En fin de manifestation, notre reporter Taha Bouhafs saisit cette image, qui ressemble étrangement à celle que nous avions filmée lors de la dernière manifestation des pompiers à Paris : les pompiers venus des quatre coins de la France tentent de rejoindre les bus affrétés par les syndicats pour rentrer chez eux. Mais les bus sont bloqués par une ligne de CRS. De façon prévisible, les pompiers tentent de forcer le passage, sont visés par des canons à eau, et la tension monte...

mardi 28 janvier 2020

Sur les retraites en France

Ce sujet a déjà été abordé dans un billet précédent. En fait, ça fait 30 ans environ qu'on nous assène sans ménagement une forte propagande tous azimuts sur une réforme soi-disant « urgente, unique, inévitable », sans désemparer. Voici de nouveaux apports d'intérêt.
On pourrait commencer par une drôle de citation :
« Tant qu’on n’a pas réglé le problème du chômage dans notre pays, franchement ce serait assez hypocrite de décaler l’âge légal. Quand, aujourd’hui, on est peu qualifié, quand on vit dans une région qui est en difficulté industrielle, quand on est soi-même en difficulté, qu’on a une carrière fracturée, bon courage déjà pour arriver à 62 ans (…). Alors, on va dire : “Maintenant, il faut passer à 64 ans ?” Vous ne savez déjà plus comment faire après 55 ans. Les gens vous disent : les emplois ne sont plus bons pour vous. C’est ça la réalité. (…) On doit d’abord gagner ce combat avant d’aller expliquer aux gens : “Mes bons amis, travaillez plus longtemps.” Ce serait hypocrite. »  
Emmanuel Macron, conférence de presse, 25 avril 2019.
Le jeudi 9 janvier 2020, le projet de loi sur la réforme des retraites a été communiqué aux organismes de Sécurité sociale. Deux jours plus tard, le Premier ministre Édouard Philippe annonçait son intention de suspendre l’article 56 bis, celui imposant l’âge pivot à 64 ans, tout en maintenant le reste du projet retraître.
Le 13 janvier 2020, l'économiste Henri Sterdyniak, collaborateur du site Alternatives économiques, décryptait article par article ce plan gouvernemental. Son analyse s'intitule Retraites : un projet de loi dangereux.

Le 16 janvier, Martine Bulard a publié le billet La liberté réduite au portefeuille sur son blog hébergé par Le Monde diplomatique. Ce journal propose un dossier complet à ce sujet sous le titre Retraites, la réforme de trop, où elle participe avec son article Briser le collectif, un ensemble de raisonnements vraiment robuste. En matière de modèles, elle rappelle que...
Les « experts » oublient simplement de préciser que près d’un retraité allemand sur cinq (18,7 %) vit sous le seuil de pauvreté, contre 7,3 % en France.
(...)
En effet, malgré ces multiples coups de boutoir [attaques menées par Rocard, Balladur et compagnie], le système français demeure l’un des plus performants pour les ayants droit, et l’un des plus sûrs financièrement, car il échappe aux aléas des marchés. Les mouvements sociaux, menés notamment par les bénéficiaires des régimes spéciaux, ont permis de limiter les dégâts pour tous. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le pouvoir s’attaque à ces régimes, alors qu’ils ne concernent qu’à peine plus de 3 % des salariés. La création d’un système à points, avec un régime unique, permettrait de stopper ces oppositions bruyantes. Le montant de la pension — et ses éventuelles baisses — serait quasi automatique, résultat d’un simple calcul : le nombre de points acquis tout au long d’une vie de travail, multiplié par la valeur du point au moment du départ à la retraite. Les gestionnaires du système (les partenaires sociaux sous la responsabilité du Parlement) pourraient soit augmenter le coût du point (pour un même salaire, on en accumulerait moins), soit baisser le montant de chaque point acquis (avec le même nombre de points, on toucherait moins au moment de partir à la retraite). Le compte serait personnel. Chacun pourrait décider s’il veut partir avec une faible pension, ou travailler plus, ou payer une « surcomplémentaire » sous la forme de placements financiers. À condition d’en avoir les moyens… Ainsi, des perspectives s’ouvriraient enfin pour les fonds de pension (lire « BlackRock, la finance au chevet des retraités français »), alors que la France reste en queue de peloton dans ce domaine (deux fois moins de placements qu’au Royaume-Uni). Et chacun se retrouverait face à lui-même. « Tous les risques sont reportés sur les assurés. C’était cela la grande idée (3) », notait un expert suédois au moment du basculement du pays vers un système à points, en 2001.
Au début de son texte La liberté réduite au portefeuille, Martine Bulard précise :
Dans l’art de prendre les Français pour des idiots, les syndicalistes pour des courroies de transmission, et les parlementaires pour des pantins, le couple Macron-Philippe est devenu champion. Pour tenter de casser le mouvement social, le premier ministre a annoncé le retrait — très provisoire — de l’« âge pivot ». Mais dans le projet de loi, il a introduit l’« âge d’équilibre », qui lui ressemble de manière troublante. Et il ne s’est pas contenté de le mentionner en passant : l’expression est citée 56 fois et elle constitue l’un des deux piliers de la réforme — avec l’introduction de la retraite par point. L’axe central, scandé tout au long des 145 pages du projet, étant « l’équilibre financier » du système, avec plus de retraités et pas de financements supplémentaires. Comment le patron de la CFDT, M. Laurent Berger, qui a combattu l’âge pivot peut-il défendre l’âge d’équilibre ? Mystère.
Quant aux parlementaires, ils sont appelés à faire de la figuration, chaque décision précise étant systématiquement renvoyée à de futures ordonnances où l’exécutif peut décider ce qu’il veut sans l’aval des élus. Le pouvoir devrait y avoir recours pas moins de 102 fois, si l’on en croit le texte du projet. Ainsi toute la période de transition, entre 2025 et 2037, est renvoyée à une ordonnance et donc au bon vouloir des duettistes de choc.
(...)
Martine Bulard sait très bien que la bataille des retraites est loin d'être finie

Le 23 janvier, le quotidien Le Monde a publié un texte de Jacques Rancière. Il s'agissait d'une déclaration qu'avait prononcée le philosophe français devant les cheminots grévistes de la gare de Vaugirard : « Les puissants ne veulent plus d’une retraite qui soit le produit d’une solidarité collective ». On peut y lire, entre autres :
J’ai passé un certain nombre d’années de ma vie à étudier l’histoire du mouvement ouvrier et ça m’a montré une chose essentielle : ce qu’on appelle les acquis sociaux, c’est bien plus que des avantages acquis par des groupes particuliers, c’était l’organisation d’un monde collectif régi par la solidarité.
(...)
C’est cette réalité concrète du collectif solidaire dont les puissants de notre monde ne veulent plus. C’est cet édifice qu’ils ont entrepris de démolir pièce à pièce. Ce qu’ils veulent, c’est qu’il n’y ait plus de propriété collective, plus de collectifs de travailleurs, plus de solidarité qui parte d’en bas. Ils veulent qu’il n’y ait plus que des individus, possédant leur force de travail comme un petit capital qu’on fait fructifier en le louant à des plus gros. Des individus qui, en se vendant au jour le jour, accumulent pour eux-mêmes et seulement pour eux-mêmes des points, en attendant un avenir où les retraites ne seront plus fondées sur le travail mais sur le capital, c’est-à-dire sur l’exploitation et l’autoexploitation.
C’est pour ça que la réforme des retraites est pour eux si décisive, que c’est beaucoup plus qu’une question concrète de financement. C’est une question de principe. (...) Démolir le système des retraites fondé sur la lutte collective et l’organisation solidaire, c’est pour nos gouvernants la victoire décisive. Deux fois déjà ils ont lancé toutes leurs forces dans cette bataille et ils ont perdu. Il faut tout faire aujourd’hui pour qu’ils perdent une troisième fois et que ça leur fasse passer définitivement le goût de cette bataille.
Martine Bulard n'est pas la seule à trouver que la Macronie prend les Français pour des cons. Le 26 janvier 2020, la courageuse journaliste et hirondelle, si j'ose dire, Véronique Marchand a invité Adrien Quatennens, député et coordinateur de La France insoumise, et Laurent Pietraszewski, secrétaire d’État en charge des retraites, à en débattre sur son plateau de France 3 Hauts-de-France. Où l'on voit que l'arrogance manque affreusement d'arguments :


Retraites : Vous prenez les Français pour des imbéciles ! | Adrien Quatennens

Petit rappel final à propos du système des retraites par points, de l'aveu de François Fillon qui y est favorable :

François Fillon (09/03/16) : « La retraite par points permet de baisser chaque année le montant des points, la valeur des points et donc, de diminuer le niveau des pensions »

Oui, c'est cela : ils veulent nous traire encore plus et en permanence, ils veulent nous infliger, institutionnaliser leur re-traite... Mulsion rime avec pulsion.
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Mise à jour du 20 février 2020 :

Pétition pour un référendum sur la réforme des retraites.
Le journal L’Humanité demande l’organisation d’un référendum sur le projet de loi du gouvernement visant à modifier le système de retraites.

DÉMOCRATIE. « MONSIEUR LE PRÉSIDENT, SOUMETTEZ VOTRE RÉFORME AU RÉFÉRENDUM »

Lundi, 10 Février, 2020
Pour signer cette pétition : http://chng.it/BYhjbLJ5
Après plus de deux mois de mobilisations sociales d’une ampleur historique, une majorité de Français demandent toujours le retrait de la réforme du système de retraite voulue par le gouvernement. Alors que les projets de loi commencent à être examinés à l’Assemblée nationale, tout est organisé pour contourner le débat devant la représentation nationale et inciter les parlementaires à voter à l’aveugle, avec le recours programmé à pas moins de 29 ordonnances. (En lire plus)
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Mise à jour du 29 septembre 2022 (révisée le 13 octobre 2022) :

Réforme des Retraites : Bernard Friot explose la Macronie !
Vidéo extraite du Média, le 29.09.2022 :

Dans cette deuxième partie de Toujours debout, Lisa Lap et nos invités décryptent le projet de la Macronie sur les retraites. Un projet qui traduit une certaine vision de la société et qui finit par concerner bien plus que les retraites. Nous recevons Régis, du collectif Nos retraites. Avec ce collectif, Régis a décrypté toute la réforme des retraites, encore complexe à comprendre il y a 2 ans. Cette année, ils ont créé un simulateur et continuent ce travail pédagogique sur le projet d’Emmanuel Macron. 
Nous recevons également Bernard Friot, sociologue et économiste. Il a étudié à plusieurs reprises et réfléchi à travers divers ouvrages, du concept du travail et du salariat. Bernard Friot, un habitué du plateau du Média, a pu théoriser le salaire à qualification personnelle ou salaire à vie. On discute avec lui de tout ce que cela évoque en termes de conception du travail, du salariat, d’utilité économique, de valeur etc. Et dernièrement, cette année, Bernard Friot a co-écrit “Retraites : généraliser le droit au salaire”, un livre qui retranscrit son séminaire avec Nicolas Castel, des Cahiers du salariat. 
C’est votre quotidienne Toujours Debout, à retrouver en live à 18h30 du lundi au jeudi. 


Quant aux conséquences funestes des pensions par capitalisation (vrai objectif de ces "réformes"), mis à part les arnaques, il faudrait aussi faire état des désastres entraînés para le placement —la spéculation— des fonds de pension : destructions environnementales, accaparement illégal des terres (afin de jouer sur l’augmentation de la valeur de la terre et ainsi la revendre obtenant un profit ; Caritas Canada en est au courant et prévient :

Le rapport « Fonds de retraite étrangers et accaparement des terres au Brésil », dresse un portrait inquiétant d’une pratique menée par le fonds d’investissement américain, TIAA-CREF, qui a créé le fonds appelé TCGA pour l’achat de terrains partout dans le monde, notamment au Brésil. Leurs investissements agricoles seraient responsables de déplacements forcés et auraient d’importants impacts environnementaux et sociaux négatifs. Le rapport fait état de terres agricoles au Brésil acquises par le biais d’un homme d’affaires brésilien, accusé d’utiliser la violence et la fraude pour expulser les petits agriculteurs. Ces fonds de pension utilisent également des structures d’entreprise complexes qui ont pour effet de se soustraire aux lois brésiliennes qui restreignent les investissements étrangers dans les terres agricoles.)

...malnutrition, car oui, on spécule sur la faimÉric Toussaint écrivait en 2014 sur le site de CADTM :

La spéculation sur les principaux marchés des États-Unis où se négocient les prix mondiaux des biens primaires (produits agricoles et matières premières) a joué un rôle décisif dans l’accroissement brutal des prix des aliments en 2007-2008. Cette hausse des prix a entraîné une augmentation dramatique, de plus de 140 millions en un an, du nombre de personnes souffrant de malnutrition. Plus d’un milliard d’êtres humains (une personne sur sept) ont faim. Les affameurs ne sont pas des francs-tireurs, ce sont les investisseurs institutionnels (les zinzins : les banques, les fonds de pension, les fonds d’investissement, les sociétés d’assurances), les grandes sociétés de trading comme Cargill. Les hedge funds ont aussi joué un rôle, même si leur poids est bien inférieur à celui des investisseurs institutionnels.

...flambée du prix des matières premières, car on parie directement sur la hausse criminelle des cours : OXFAM dénonçait en 2015 les fonds spéculatifs français sur les matières premières

...inflation en général... Et tout cela persiste, perfectionné ["Experts helped to identify how structural weaknesses have remained unaddressed since the 2007-2008 food crisis, and how attempts by regulators to curb excessive speculation since then have withered in the face of determined industry lobbying."], notamment lors d'un "cycle d'aversion au risque des investissements" (sic) : à l'heure actuelle, la spéculation des fonds de pension européens sur les matières premières gave l'inflation. Ils totalisent plus de 37 600 millions d'investissements dans les produits de base, qui augmentent la volatilité des aliments essentiels comme le maïs ou le blé, selon une enquête internationale coordonnée par Lighthouse Report à laquelle a participé elDiario.es. Épargne, spéculation sur le prix des aliments et d'autres produits de base, inflation tous azimuts, fomentation de la disette, de la faim : ces profits contre-productifs constituent l'énième maladie auto-immune du Capitalisme.