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mardi 4 mai 2021

Ceci et cela ou l'embarras du choix

« Le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie
mais son évolution par temps de crise. »
Citation attribuée à Bertolt Brecht.
Se non è vero, è ben trovato.


"Sorry to keep you waiting, complicated business"
Donald T**mp, 2016



La démocratie libérale vous laisse choisir. Entre ceci et cela. En fait, il y a des siècles de ceci et de cela. Et on remarque que cela est ceci avec le folklore en moins.
Cela pense, ou laisse croire, qu'en ceci, ceci se trompe et que c'est cela qui est intéressant, tout en acceptant toutefois que ceci est souvent nécessaire, tout en sachant que ceci rentre toujours dans cela —puisque ceci constitue les fondamentaux et la flèche de  cela... —ce qui est clair pour les autoproclamés fully paid-up members of the neoimperialist gang (vous savez que cela était anglobal, puis devint Chimérique, puis... on verra). En effet, ceci vaut le coup d'œil, car ceci mis à part, cela risque d'éprouver des difficultés. Qu'à cela ne tienne ! convenait Milton Friedman. D'ailleurs... à quoi cela peut-il tenir ? (Historiquement, à ceci (oui, à ceci), à ceci (oui, à ceci), à tout ceci, etc.)

Nécessité de la cécité, tout ceci n'est pas clair, voire ceci ne veut rien dire, dirait Obama, qui pensait que cela seul amène le vrai bonheur. Mais mon cher, tu le sais mieux que personne : cela a toujours des conséquences, cela est toujours la cause de ceci. Bien que nous sachions, après Nietzsche, qu'il ne faut pas confondre cause et conséquence. Bref, cela sert toujours ceci.

Travail à la demande, Microtravail, Gig Economy, Économie de Plateforme, Travail Participatif, Travail Externalisé, Travail Fantôme, Autoemploi, Autoentrepreneuriat... Applications mobiles de mise en contact, Modernité, Technologie, Confort, Innovation, Efficacité, Libre Concurrence, Leader du Marché, Demande Croissante, Baisse de Prix, Optimisation... (1).
Il faut admettre que l'inventivité et les malversations nominales de pure prestidigitation (ou distraction massive) du Capitalisme au service de sa flèche esclavagiste sont inépuisables. C'est une munition nécessaire à ses opérations linguistiques de camouflage dans la guerre véridictionnelle quotidienne (2) : elle est vouée à obnubiler les esprits et à escamoter que toute la structure de son Économie repose sur un sous-précariat mondial, sur une véritable armée de forçats fantômes —tellement planqués dans les différents processus qu'on a du mal à conce-voir qu'ils existent ; les consommateurs jouissent en toute innocence du fruit de terribles corvées comme par magie (Mary L. Gray dixit, dans le film ci-dessous). Le confort qui en découle est chaste et pudique. Quant aux retombées humaines et environnementales de ce système dément, on s'en fout comme de l'an 40.
Ce fauxcabulaire —qui se traduit, il faut insister, en dehors du nominalisme, dans la vraie vie, par toutes sortes de mouises et de désastres qu'on s'évertue à ne pas voir— est partagé par ceci et par cela —modernité oblige, la LTI (Lingua Tertii Imperii, la langue du III Reich) a laissé sa place à la LCN (Lingua Capitalismi Neoliberalis, la langue du capitalisme néolibéral).
Curiosité finale, l'étymon du mot « famille » est le latin familia, et cela égale ceci : « ensemble des esclavisés », famille de famulus « serviteur, esclavisé ». Ceci et cela adorent la famille.

Ceci dit, ARTE vous explique cela plus longuement... 

Travail à la demande


87 minutes - Disponible du 20/04/2021 au 25/06/2021
Prochaine diffusion le samedi 15 mai à 02:10.

Livraison de repas à domicile, voitures avec chauffeur, participation rémunérée à des sondages... Des États-Unis au Nigeria, de la France à la Chine, un voyage à la rencontre des travailleurs "à la tâche" de l'économie numérique mondialisée.  

"Accédez à une main-d'œuvre mondiale, à la demande, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7", promet la plate-forme d'Amazon Mechanical Turk, dite "M Turk", créée au début des années 2000 pour proposer des services allant de la correction de données à la participation à des sondages en passant par l'évaluation de photos pour des sites de rencontres. Elle emploie aujourd'hui un demi-million d'"indépendants" dans 190 pays qui, hors Inde et États-Unis, sont rémunérés en bons d'achat Amazon, pour une moyenne de 10 à 20 dollars par jour. Avec la livraison de repas à domicile et les VTC (voitures avec chauffeur), elle constitue l'un des emblèmes de cette gig economy, littéralement "économie des petits boulots", qui génère un chiffre d'affaires planétaire de 5 000 milliards de dollars, en constante expansion. On estime que 500 millions de personnes en dépendront pour vivre, ou plutôt survivre, en 2025. Car la liberté et la simplicité d'accès qui font le succès des plates-formes reposent aujourd'hui sur leur exploitation. 

Pour une poignée de dollars 
À San Francisco, Al Aloudi et Annette, chauffeurs Uber dont les gains ont fondu, puis disparu avec la pandémie, luttent pour se faire reconnaître comme salariés par la plate-forme. À Strasbourg et à Paris, Leila et ses pairs, livreurs cyclistes de repas, s'engagent dans une bataille similaire contre Deliveroo après l'accident grave dont a été victime l'un d'entre eux. Dans une bourgade de Floride, Jason expose ses combines pour arracher à M Turk quelques dollars de plus, tandis que d'autres "travailleurs fantômes", à Lagos ou ailleurs, décrivent leur sujétion permanente à l'écran pour ne pas rater une opportunité [C'est le contraire de la flexibilité ! Voire ça rend accro !]. Cet aperçu éloquent et sensible de la division planétaire du travail révèle le coût humain, mais aussi environnemental, de l'expansion dérégulée de l'économie numérique, à l'image de ces millions de vélos urbains jetés dans une décharge de Shenzhen, conséquence de la concurrence effrénée entre loueurs.

  • Réalisation : Shannon Walsh, France, 2020

Dans le film, Nick Srnicek, professeur canadien affecté au King's College London, auteur du Manifeste accélérationniste et de Platform Capitalism, explique les effets de réseau dans ce Capitalisme hyperpuissant de plateformes hyperpuissantes : plus une plateforme est utilisée, plus elle devient intéressante pour les autres. C'est ainsi qu'au bout du compte, un seul acteur [Facebook, Google, Amazon, Uber...] finit par rafler toute la mise. Et Srnicek détaille la méthode Uber, le subventionnement :

Quand ils s'implantent dans une ville, ils offrent des ristournes aux usagers et une très bonne rémunération aux chauffeurs. Résultat : les chauffeurs et les clients affluent sur la plateforme, ce qui déclenche ce fameux effet de réseau. Puis, au bout d'un moment, Uber réduit les ristournes et les rémunérations, et augmente les tarifs. Car une fois que cet effet de réseau est en place, l'entreprise à une position de quasi-monopole et peut dicter ses conditions au marché.

Al-Aloudi, un chauffeur yéménite enrôlé dans Uber à San Francisco, aux États-Unis, témoigne de son cas particulier. Avant, il gagnait 1,20$ par kilomètre et maintenant, c'est entre 37 et 40 centimes. C'est le progrès, c'est le « travailler plus pour gagner plus » —qui, en Capitalisme, signifie « travailler plus pour que d'autres gagnent beaucoup plus » (voir un peu plus bas). 

En outre, on est coté : si on a une note de 4,7 ou moins, votre compte est désactivé, c'est-à-dire, vous êtes viré. Ce sont des travailleurs indépendants, tellement indépendants qu'ils ne peuvent pas refuser un passager. Leur indépendance les affranchit du droit de grève, des congés payés, des congés de maladie, des prestations de chômage... L'autoentrepreneuriat est une aubaine !

En Chine, les plateformes de livraison de repas ont réalisé, sur le dos d'une masse esclavisée de livreurs et grâce à l'argent de 410 millions d'utilisateurs, un chiffre d'affaires de 51 milliards de dollars en 2020. Pour dominer ce marché, les plateformes ne font pas payer le coût réel du service aux récepteurs de leur bouffe. Les deux géants sont Meituan (Tencent) et Ele.me (Alibaba) (3).

Et puis, que le Fordisme est devenu ringard (progrès de la régression !) quand on le compare à la microentreprise toujours en ligne ! Ceux qui acceptent des tafs pour "M Turk", en dehors de l'Inde ou des États-Unis, sont payés en bons d'achat utilisables sur Amazon.com, en toute indépendance et de leur plein gré, bien entendu : la boucle est bouclée et les besogneux sont doublement pressés, pardon, mis à contribution, dans cette Économie libérale libre et détestant les impôts. Et le mérite se matérialise en toute sa splendeur : la manne de leurs bienfaits très compétitifs, car le salaire horaire moyen sur "M Turk" est de 2$, tombe, pluie d'or, trickle up effect, sur Jeff Bezos et ses actionnaires. À quoi bon les impôts quand on a la plus-value... D'ailleurs, ils se démerdent fort bien pour pratiquer une évasion fiscale très agressive (4), mot tendance.

Tous les témoignages des galériens de la Gig Economy évoquent une vie misérable et une exploitation méthodique, sans répit : « On peut se donner à fond et ne gagner que 10$ par jour. » « La nuit, je laisse l'ordinateur allumé. Parfois, un boulot arrive à 2h du matin et ça me réveille, je me lève aussitôt et je le fais. Mais une fois que j'ai terminé, j'ai du mal à me rendormir. » Et caetera. Y'a pire, bien pire : c'est à gerber. 

À qui profite ce crime ? se demande Srnicek. Le plus pénible, c'est qu'il y a toujours des croyants en la possibilité de réforme de ce vampirisme qu'est le Capitalisme, aujourd'hui finance + tech. « Réformer » cela... ? 

Et puis, quand on contemple, abasourdi, cette image improbable de millions de vélos colorés —avant hier partagés— amoncelés dans une décharge de Shenzhen, en Chine, on se dit... on se demande... on... 

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(1) Dans le chapitre NO PODER PODER (sic; en fait nicht können können, pouvoir ne pas pouvoir), de La Agonía del Eros (version castillane, 2017, de Agonie des Eros, 2012, de Raúl Gabás et Antoni Martínez Riu), l'essayiste et philosophe sud-coréen et allemand Byung-Chul Han écrit :

La sociedad del rendimiento está dominada en su totalidad por el verbo modal poder, en contraposición a la sociedad de la disciplina, que formula prohibiciones y utiliza el verbo deber. A partir de un determinado punto de productividad, la palabra deber se topa pronto con su límite. Para el incremento de la producción es sustituida por el vocablo poder [de la même façon que challenge, défi, remplace problème après Newt Gingrich, 1996, dis-je, d'abord aux États-Unis, puis dans toutes nos langues colonisées de l'orbe capitaliste.] La llamada a la motivación, a la iniciativa, al proyecto, es más eficaz para la explotación que el látigo y el mandato. El sujeto del rendimiento, como empresario de sí mismo, sin duda es libre en cuanto que no está sometido a ningún otro que le mande y lo explote (1.1); pero no es realmente libre, pues se explota a sí mismo, por más que lo haga con entera libertad. El explotador es el explotado. Uno es actor y víctima a la vez. La explotación de sí mismo es mucho más eficaz que la ajena, porque va unida al sentimiento de libertad.

(1.1) Ce qui n'est même pas le cas sous la férule de sociétés genre Uber, où le Big Brother existe bel et bien, et agit, après envoûtement, comme une Épée de Damoclès normative et structurelle et comme une pompe à fric et à être aspirant une partie souvent grandissante des revenus et de la substantifique moelle en général du soi-disant entrepreneur de soi. C'est-à-dire, le désir d'autonomie, la catalepsie capitaliste ou le besoin de survie matérielle (sous le triomphe de l'immatériel et des misères du présent), ou juste d'air, poussent un nombre croissant de travailleurs à devenir des soi-disant micro-entrepreneurs —sans contrat de travail salarié ni couverture sociale pour les assurances maladies, chômages ou retraites, leur indépendance se bornant à leur solitude face aux risques, aux gages et à la maladie : les grandes entreprises des applications ou des plateformes immatérielles s'en déchargent sur eux, dirait André Gorz, ou du beurre dans les épinards.
Ces travailleurs faussement appelés autonomes ou indépendants, car
foncièrement hétéronomes (ils reçoivent de l'extérieur les lois qui les gouvernent et sont soumis à la ponction d'une lourde dîme sur le fruit de leurs sueurs), sont en fait plus aliénés que les prolétaroïdes de Theodor Geiger (Begriff qu'il tire en 1932 de Werner Sombart et de Goetz Briefs à propos de ces travailleurs qui se situent dans la strate inférieure de l'échelle productive), puisque, d’un point de vue juridique et de l’organisation du travail, le prolétaroïde était « patron de sa vie laborieuse » et n'était pas soumis à un patron, à ses ordres et à son commandement sur son travail. Cf. Sergio Bologna, Crisis de la clase media y posfordismo, voir ch. 5, Akal, 2006, repris par Marie-Christine Bureau et Antonella Corsani, Du désir d’autonomie à l’indépendance. Une perspective sociohistorique, La nouvelle revue du travail, 5 | 2014, § 6, mis en ligne le 17 novembre 2014, ou par Alberto Santamaría, En los límites de lo posible. Política, Cultura y Capitalismo Afectivo, p. 132-133, Akal, Pensamiento crítico, 2018.

(2) Toute manipulation du langage cherche à rendre invisible l'évident (le très visible) et à faire miroiter l'illusoire, l'impossible. Pour y réussir, il faut une puissance médiatique (une médiation permanente) que le Capital s'achète sans lésiner car il faut occuper tous les espaces, ne rien lâcher en la matière.

(3) De la même façon que nous avons les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) aux États-Unis, 4 géants se sont développés au XXIe siècle chinois : les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi). 

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(4Mise à jour du 15 mai 2021 :

Amazon localise + de 75% de ses bénéfices au Luxembourg sans payer quasiment aucun € d'impôt.

Over the last decade, Amazon has generated greater untaxed profits than the total amount of taxes it has ever owed. Much of this has taken the form of “loss carryforwards”—an accounting term that describes qualifying net operating losses that are used to reduce future tax liabilities. Amazon’s net total operating loss carryforwards reached US$ 13.4 billion by 2020. This figure was higher than the total taxes payable by the group for the entirety of the group’s history to date (US$11.71 billion). Much of those losses originated from Amazon’s non-European subsidiaries. Unfortunately, Amazon’s reporting of its international affairs is perplexing and raises doubts about its tax affairs. Subsidiary data reveals that loss-making has been a common and recurring feature distributed across many members of the corporate group. For instance, one of Amazon’s Indian subsidiaries alone generated over US$3.46 billion in cumulative operating losses over the last decade. Its operating expenses averaged 220 percent greater than the level of operating revenues reported by the company.

The conclusion of this study is that Luxembourg is at the centre of Amazon’s system of globally coordinated losses that simultaneously generate also unrepatriated profits. This is supported by observation that Luxembourgish set of entities account for the inexplicable ~75% of all Amazon’s international sales.

(Extraits de Richard Phillips, Jenaline Pyle et Ronen Palan, The Amazon Method. How to Take Advantage of the International State System to Avoid Paying Tax, 14 mai 2021)
D'autre part, Rob Urie analyse dans un article en anglais l'actualité de ceci et de cela dans le régime de la destinée manifeste. Il a bien choisi son titre, il n'y va pas par quatre chemins : Capitalism and Fascism (CounterPunch, le 14 mai 2021).

mardi 6 avril 2021

Michèle Audin et sa Commune de Paris - et celle de Guillemin et celle de Meyssan

(Billet en construction) 

La Commune de Paris a 150 ans.

La Commune de 1871

C'est le nom qu'on attribue généralement au gouvernement révolutionnaire français établi par le peuple de Paris à la fin de la guerre franco-prussienne (1870-1871). L'échec de la bataille de Sedan scelle la défaite française et le 1er septembre 1870, l'empereur Napoléon III se rend aux prussiens. Deux jours plus tard, les républicains de Paris se saisissent du pouvoir et proclament la 3ème République, reprenant la guerre contre la Prusse.
En janvier 1871, les français capitulent après un siège de Paris qui dure plus de 4 mois. Les termes de l'armistice signé en février prévoient la tenue d'un vote de l'Assemblée Nationale sur l'éventualité de conclure une paix avec les prussiens. La majorité des députés - des royalistes qui veulent restaurer la monarchie - sont partisans de l'approbation des conditions de paix imposées par le premier ministre de Prusse, Otto von Bismarck. Les républicains radicaux et les socialistes toutefois, refusant d'accepter les conditions d'une paix qu'ils ressentent comme une humiliation, sont en faveur de la poursuite du conflit.
Les 17 et 18 mars, la population parisienne se soulève contre le gouvernement national qui est contraint de fuir la capitale pour venir s'installer à Versailles. A Paris, les radicaux installent un gouvernement "prolétaire" qu'ils nomment Comité Central de la Garde Nationale et fixent la date du 26 mars pour la tenue d'élections au Conseil Municipal. C'est sous le nom de "Commune de 1871" que ce Conseil et ses membres, "les communards", jouiront de leur plus grande notoriété. Un grand nombre de ces "communards" sont des disciples de Louis Auguste Blanqui, révolutionnaire détenu à Versailles sur instruction du chef de l'Assemblée Nationale, Adolphe Thiers. D'autres se réclament de divers courants de l'école socialiste, notamment les disciples de Pierre Joseph Proudhon et les membres de l'Association Internationale des Travailleurs dont Karl Marx est à l'époque le secrétaire correspondant.
La Commune promulgue un grand nombre de mesures en faveur des ouvriers, mais ne vivra pas assez longtemps pour que celles-ci puissent entrer en vigueur. En effet, le gouvernement de Thiers est décidé à étouffer l'insurrection par la force. (...)

Extrait du site du Rebond pour la Commune.

Chronologie
de l’histoire de la Commune, par Michèle Audin.

 

Michèle Audin (Alger, 1954) est une mathématicienne française dont les recherches concernent la topologie algébrique et la géométrie symplectique. Audin, Alger... oui, en effet, elle est la fille du mathématicien Maurice Audin, un mort (sous la torture) par la France.

Elle est aussi écrivaine, et oulipienne, et une connaisseuse majeure de la Commune : une référence essentielle en la matière. Elle dispose d'un blog incomparable et incontournable —touffu et détaillé comme tout— à son égard : Ma Commune de Paris. N'hésitez pas à y accéder, il est passionnant.

Autrice de cinq ouvrages sur le sujet, parus de 2017 à 2021, Michèle Audin vient justement d'en publier le cinquième...


La Semaine sanglante 

Mai 1871, légendes et comptes.

« Il ne s’agit pas de se jeter des crimes et des cadavres à la tête, mais de considérer ces êtres humains avec respect, de ne pas les laisser disparaître encore une fois. »

La guerre menée par le gouvernement versaillais de Thiers contre la Commune de Paris s’est conclue par les massacres de la « Semaine sanglante », du 21 au 28 mai.
Cet événement a été peu étudié depuis les livres de Maxime Du Camp (1879) et Camille Pelletan (1880).
Des sources, largement inexploitées jusqu’ici, permettent de découvrir ou de préciser les faits.
Les archives des cimetières, que Du Camp a tronquées et que Pelletan n’a pas pu consulter, celles de l’armée, de la police, des pompes funèbres permettent de rectifier quelques décomptes : dans les cimetières parisiens et pour la seule Semaine sanglante, on a inhumé plus de 10 000 corps. Auxquels il faut ajouter ceux qui ont été inhumés dans les cimetières de banlieue, qui ont brûlé dans les casemates des fortifications, et dont le décompte ne sera jamais connu, et ceux qui sont restés sous les pavés parisiens, exhumés jusqu’en 1920…

Avec cette étude implacable, Michèle Audin, grande connaisseuse de la Commune de Paris, autrice de Josée Meunier 19, rue des Juifs (Gallimard) et Eugène Varlin, ouvrier-relieur (Libertalia), rouvre un dossier brûlant.

264 pages — 10 €
Parution : 4 mars 2021
ISBN physique : 9782377291762
ISBN numérique : 9782377291779

De la même autrice
aux éditions Libertalia

 

Le , sous le titre Lieux communs sur la Commune, Mathieu Dejean (site de Là-bas si j'y suis) nous propose un entretien de 44' avec elle. Dans sa présentation, il souligne justement que, dans ce bouquin, Michèle Audin met au jour les falsifications versaillaises pour masquer le massacre des insurgés [après avoir tout fait pour tuer le plus possible de communards], et dissipe des légendes abondamment relayées par l'Histoire officielle qui —soit dit en passant— a toujours préféré commémorer des personnages comme Napoléon, fabrique d'un imaginaire collectif oblige. Ce n'est pas par accident que la colonne Napoléon, place Vendôme, fut déboulonnée par les communards, avec la participation du peintre Gustave Courbet, le 16 mai 1871. Sa démolition s'imposait...

« La Commune de Paris, considérant que la colonne impériale de la place Vendôme est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l’un des trois grands principes de la République française, la fraternité, décrète : article unique - La colonne Vendôme sera démolie.
(Décret du 13 avril 1781).

Et ce n'est pas non plus par hasard que, l'ordre rétabli, concrètement quatre ans plus tard, la colonne serait reconstruite sur ordre du maréchal royaliste et président de la Troisième République Patrice de Mac Mahon, comte de Mac Mahon et 1er duc de Magenta. Monuments et piédestaux sont le marbre des mythes et des splendeurs imaginaires qui doivent glorifier les noms des assassins et peupler l'imaginaire du peuple. Mêmes buts que les noms des rues, les livres d'Histoire, les pages de la presse libre et plurielle, les JT et j'en passe.

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— D'autres billets Candide sur la Commune :

Rétrospective Peter Watkins à Paris (2.12.2010).
Ce billet contient le film La Commune, de Peter Atkins, en deux vidéos, et un entretien avec le réalisateur enregistré en 2001.

Charonne, le 8 février 1962... et la Commune de Pignon-Ernest (lundi 8 février 2021)


— Site des Ami.e.s de la Commune de Paris 1871. Bibliographie non exhaustive.

FranceArchives.

— Sur le site de la TSR ou sur le site des Mutins de Pangée... (je vous mélange leurs infos/contenus et mes remarques) :


La Commune, par Henri Guillemin

La Commune, par Henri Guillemin par lesmutins.org sur Vimeo.
Avec la précision d’un horloger helvète, Henri Guillemin décortique la trahison des élites, la bassesse des bien-pensants, la servilité des "honnêtes gens", la veulerie des dominants tout autant que les raisons qui entraînèrent le Peuple de Paris à la faillite.

Il faut rendre aussi hommage à Henri Guillemin (Mâcon, 1903-Neuchâtel, 1992), historien incisif, hétérodoxe, passionnel et pamphlétaire, spécialiste du XIXe siècle et critique littéraire. C'était un grand contempteur et démystificateur de « l’histoire bien-pensante », grand moteur de sa révision de l'Histoire, et il faut saluer concrètement son effort de précision et de divulgation à l'égard de la Commune, qu'il exposa talentueusement, à partir de son « Salut ! » de démarrage, dans la sobriété monacale d'un studio de la Télévision Suisse Romande, en 1971, centenaire de cette épouvantable tragédie. Il était banni des télévisions française et belge, mais il put heureusement s'épanouir sur la TSR, où il disposa, entre autres émissions, des Dossiers de l'Histoire, séries de conférences sur des sujets historiques ou littéraires.

Le 21 novembre 2018, Les Mutins de Pangée lancèrent un très soigné coffret réunissant en trois DVD les 13 leçons sur La Commune de ce superbe conteur-historien, et son bouquin Réflexions sur la Commune, publié pour la première fois par Gallimard, dans la collection La Suite des temps, en 1971. Une seconde édition à l'identique était parue aux Éd. d'Utovie en 2001, qui coéditent cette 3e édition (corrigée et enrichie) avec Les Mutins.
Ce livre de 240 pages inclut également des dessins de Jacques Tardi tirés des 4 volumes de sa saga Le Cri du peuple (Éd. Casterman, premières édition de 2001, 2002, 2003 et 2004 respectivement), adaptation du roman homonyme de Jean Vautrin (Grasset 1999), qui avait à son tour emprunté le titre au journal éponyme fondé par Jules Vallès, avec des collaborateurs comme Jean-Baptiste Clément ou le proudhonien Pierre Denis, et paru pour la première fois le 22 février 1871.


Le premier des trois DVD offre en prime deux compléments. D'abord, la vidéo Henri Guillemin, par Patrick Berthier (17' - Les Mutins, 2018) ; puis Si on avait su (13', ISKRA, 1973), court-métrage d'animation de Stanislas Choko.

Henri Guillemin déroula son plan de révision de l'histoire de la Commune en 13 volets, proposés à la télévision du 17 avril au 30 octobre 1971. Il expliqua qu'il convenait d'abord de remonter à la Révolution française pour comprendre cette histoire atroce. Ces 13 séquences étaient, donc, dans l'ordre : La Révolution française - Qui est Thiers ? - La Guerre de 1870 - Le siège de Paris - L’avant-Commune - À Versailles - Ambiance à Paris (capitale assiégée) - Des gens scrupuleux (Les gens de la Commune) - La vrai France en action - À l’attaque de Paris - Le moment de vérité (La victoire des "honnêtes gens") - Le fond des choses - Lendemains.

"Ce qui m’émeut, dans la Commune, ce qui m’attachera toujours à elle, c’est qu’on y a vu des gens, à la Delescluze, à la Rossel, à la Vallès, à la Varlin (celui-là surtout, quelle haute figure, bouleversante), des hommes qui ne "jouaient" pas, qui risquaient tout, et le sachant, des courageux, des immolés. Parce qu’ils avaient une certaine idée du Bien et qu’ils y vouaient leur existence même."
Henri Guillemin, Journal de Genève, 22 avril 1965

IMAGES À TÉLÉCHARGER



— Site d'ARTE : la chaîne franco-allemande nous propose un film d'animation très récent et prodigieux...

Les Damnés de la Commune, réalisé par Raphaël Meyssan —enfant de Belleville et complice de Michèle Audin : J’avoue me sentir très proche, non des moyens graphiques utilisés, bien sûr, mais de la façon qu’a Raphaël d’aborder l’histoire, celle de « ceux qui n’étaient rien », a-t-elle écrit.
Sorti en 2019, d
isponible en ligne sur ARTE du 16/03/2021 au 19/08/2021, ce documentaire dure 88'.
Le 23 mars, Alain Constant a écrit dans Le Monde :

(...) En utilisant uniquement des gravures d’époque, mais animées grâce à des effets bluffants, jouant notamment sur la profondeur (les oiseaux volent, la neige tombe, les obus explosent, les flammes dansent…), le graphiste Raphaël Meyssan, accompagné par le scénariste Marc Herpoux, les monteurs du studio d’animation Miyu et les compositeurs Yan Volsy et Pierre Caillet, met en scène un formidable rendez-vous avec l’histoire de la Commune de Paris, si rarement exposée sur les écrans.

Auteur d’une BD ambitieuse intitulée Les Damnés de la Commune (Delcourt, 2017-2019) – trois gros tomes retraçant, à l’aide d’images d’archives, l’histoire aussi brève que sanglante des événements survenus à Paris entre fin mars et mai 1871 –, Raphaël Meyssan a travaillé de longues années pour amasser des milliers de documents d’époque. (...)

Pour adapter 500 pages à l’écran, il fallait faire des choix. La bonne idée de l’auteur est d’avoir choisi Victorine Brocher comme fil rouge de son premier long-métrage, l’un des personnages importants de sa BD et dont les Mémoires, Souvenirs d’une morte vivante, l’avaient bouleversé, dit-il. Cette mère de famille « au destin exceptionnel » s’engagera avec fougue dans la Commune de Paris, y perdra son très jeune fils puis son mari, mort au combat. Intégrant le bataillon Les Enfants perdus, échappant de peu au massacre, Victorine s’exilera en Suisse, où elle adoptera des orphelins du mouvement communard avant son retour en France, après l’amnistie de 1880.

La force de ce documentaire tient aussi aux soins apportés par l’équipe technique aux bruitages et à une bande-son (trompettes, violons) de qualité. Sans oublier un casting vocal de haute volée : tout au long du film, les voix de Yolande Moreau (Victorine) et de Simon Abkarian (le narrateur) prennent aux tripes.

A ces deux voix puissantes et parfaitement calibrées s’ajoutent celles de Mathieu Amalric (Adolphe Thiers), Fanny Ardant (la mère de Victorine), Charles Berling (Gustave Courbet), Sandrine Bonnaire (Louise Michel), Denis Podalydès (Georges Clemenceau), André Dussolier (le sauveur de Victorine) ou Jacques Weber (Victor Hugo), pour ne citer que les artistes les plus connus. (...)

La BD Les Damnés de la Commune, projet avant-coureur du film, est composée de trois tomes (Éd. Delcourt 2017-19) : À la recherche de Lavalette (8.11.2017), Ceux qui n'étaient rien (13.03.2019) et Les orphelins de l'histoire (6.11.2019). Toute la presse a plané et salué en chœur la prouesse de son délire.

Les yeux toujours pétillants de pure joie, Raphaël Meyssan explique ici d'une manière très détaillée sa démarche, d'abord pour la confection de son fascinant roman graphique, ensuite pour la réalisation d'un film pas comme les autres.

Le film démarre en 1867, lorsque l'Exposition universelle de Paris vient de fermer ses portes (le 3 novembre). Paris devient un paradis... pour les riches. Mais les loyers augmentent et les pauvres se voient repoussés vers la périphérie : ils s'entassent dans les faubourgs...
Comme l'explique Alain Constant un peu plus haut, la perspective et la voix narratrice de cette construction historique découlent des souvenirs publiés à Lausanne en 1909 par
Victorine Brocher (1839-1921), une énorme petite communarde (mesurant 1,52 m de taille) qui avait tout perdu sauf la vie. C'est la comédienne et réalisatrice bruxelloise Yolande Moreau qui lui prête sa voix sur les gravures et les dessins. Elle se présente ainsi dans le film :

« Je m’appelle Victorine et j’ai grandi dans la nuit du Second Empire. Depuis mes 14 ans, j’ai fait de nombreux métiers : j’ai été crieuse de journaux, porteuse de pain, marchande de soupe, lavandière, couturière... Je travaille 12 à 14 heures par jour pour un salaire dérisoire. J’habite au pied de la butte Montmartre avec mon mari. C’est un ancien soldat. Je ne peux compter que sur moi-même. »

Elle sera cantinière, puis ambulancière des Enfants perdus, un bataillon de fédérés...



(...) Raphaël Meyssan a adapté les trois tomes de son roman graphique éponyme, pour lequel il avait collecté des centaines de gravures dans les journaux et les livres de l’époque. De cette patiente quête d’archives − huit ans de recherches −, le graphiste et réalisateur tire un film unique, à l’esthétique et au dispositif étonnants. La caméra plonge au cœur de ces dessins magnifiques, émouvants et subtilement animés, puis zoome, scrute et caresse pour restituer cette tragique épopée dans le moindre de ses détails en une fresque prodigieuse. À mi-chemin entre Les misérables de Victor Hugo et les bandes dessinées documentaires de Joe Sacco, Raphaël Meyssan compose, en incluant le récit de Victorine, une jeune révoltée, une narration limpide qui parvient, à destination de tous les publics, à rendre fluide le chaos de la Commune. Une réussite. 

— France Culture : Thème - La Commune de Paris

— France Inter (le 18.03.2021) :  Laure Godineau et Quentin Deluermoz (Faut-il célébrer les 150 ans de la Commune ?). L'Histoire de la Commune en 6 minutes, sur ARTE, par Laure Godineau.

— Contretemps (revue de critique communiste) : La Commune au jour le jour, par l'historien Patrick Le Moal.
À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps publie du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rédigée par Patrick Le Moal, donnant à voir ce que fut la Commune au jour le jour.

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Jean Ferrat : La Commune (1971)



dimanche 31 janvier 2021

Les Guignols, les virus et la « loi du marché »

Merci, Maite, pour le tuyau !



 

Vous rappelez-vous Les guignols de l'Info ? Émission satirique emblématique de Canal+, diffusée à partir du 29 août 1988, elle a été supprimée le 22 juin 2018.
Elle parodiait le journal télévisé, grand totem de l'histoire de la télévision française, et passait en revue grand nombre de personnages de l'actualité française et mondiale, un peu à la manière de Spitting Image, invention britannique précédente.
C'est Vincent Bolloré qui a voulu signer son acte de décès dès 2015 pour abus de dérision. Rire de salariés ringards qui se font virer, ça c’est drôle ! Ou virer des humoristes. Oui, des humoristes, car la démocratie libérale adore la satire, est Charlie et n'est pas le Venezuela ! Au bout du compte, la haute direction d'une grande maison mérite un peu de terreur...

Voici un extrait des Guignols qui date de 2009 et tombe à point nommé —par ces temps de coronavirus,  d'infos quotidiennes à propos de vaccins, d'informaticiens et de téléthons indispensables, faute de recherche mutualisée et démarchandisée.
C’était l’époque de l’épidémie de grippe aviaire ; PPD, caricature de l'ex-présentateur du journal télévisé de TF1 Patrick Poivre d'Arvor, interviewait la marionnette stallonienne de M. Sylvestre, le directeur de la communication d’une multinationale pharmaceutique qui avait refusé de fabriquer industriellement des vaccins contre la grippe aviaire.
Ce petit scénario contient des perles d'acuité simple, à la portée de tout le monde, et pourtant si subtiles... Puis, l'application stricte de la doctrine libérale à l'argumentation d'un guignol en 2009 lui confère aujourd'hui une saveur prémonitoire, on nous dit : Les Guignols étaient des prophètes ! C'est la valeur probante des conséquences, car la logique ne lâche rien. D'ailleurs, il ne faut pas être Einstein pour comprendre qu'appât du lucre et bien commun (santé publique, vie...), ça fait deux. Encore une fois, on a beau l'ignorer, il faut choisir : c'est la bourse ou la vie.


Léger prix des vaccins pour la grippe aviaire - Les Guignols - CANAL+, 2009.


AIDE À LA COMPRÉHENSION :

« Monsieur Sylvestre, vous avez refusé de fabriquer industriellement des vaccins contre la grippe aviaire, parce que ça n’est pas rentable, c’est ça ?
—Ouais, c’est nous, hein ?
—Mais... c’est tout ce que vous avez à dire ?
—Eh, non, pardon aux familles et tout ça. C’est bon ?
—Euhhh, mais, c’est affolant : vous avez 4 millions de vaccins seulement, ce qui représente à peine 2% de la population américaine. Ça devrait vous inquiéter !
—Non... J’fais partie des 2% qui sont vaccinés.
—Non, mais les autres...
—On les soignera.
—Mais, vous allez faire des vaccins, alors.
—Non, on les soignera. Quand ils seront malades...
—Pourquoi attendre qu’ils soient malades ?
—Pour leur vendre des médicaments, banane !
—La première chose que vous trouvez à faire, c’est de vendre des médicaments ?
—Non, la première chose, c’est de doubler les prix des médocs.
—Mais... c’est atroce !
—Non, c’est la loi du marché, ne fais pas l’étonné, hein ! Nous, on est là pour vendre des médocs. Et pour vendre des médocs, faut que les gens soient malades. On a un business plan très clair ; Un : pas de vaccin. Deux : épidémie mondiale. Trois : les médocs arrivent en retard.
—Hein ? Pourquoi les médicaments arriveraient en retard ?
—C’est dans le business plan ! Pour atteindre deux millions de morts !
—Quoi ?
—Ouais, c’est génial, quand il y a des morts en pagaille, on vend les médocs le prix qu’on veut. Tu sais, quand ton père a perdu deux gosses sur trois de la grippe aviaire, généralement, il est pas regardant sur le prix pour sauver le troisième, hein ! Ouais, il peut vendre sa bagnole, le gars !
—Horrible !
—Nooon. C’est après que le business plan, il est génial. C’est que l’année d’après, on fait des vaccins.
—Ah, quand même !
—Ah, oui, je te raconte pas, hein ? Ça va partir comme des petits pains, parce que les pauv’, ça a une vie de merde, mais ça veut pas mourir, hein ? C’est la grande interrogation que j’ai, ça...
—Je suppose que vous allez tripler les prix ?
—Nous, les premiers vaccins, non ! parce qu’ils marchent pas.
—Comment ça, ils marchent pas ?
—Ben, c’est dans le business plan, au début, on tâtonne, on n’est pas au point, c’est surtout à base d’eau et d’huile de vidange.
—D’huile de vidange ?
—Ouais, General Motors est actionnaire. On a des bidons à pas cher.
—On est au bout de l’horreur, là !
Mais non, l'année 3, on fait les vrais vaccins, on n’est pas des bêtes. Puis, y'aura sûrement une nouvelle maladie d’ici là, croise les doigts, hein ?
—Tout est sous contrôle, quoi !
—Bah, on est des pros, hein ? Je viens de l’informatique, moi, c’est un business plan qu’on utilise souvent, on fabrique des virus pour fourguer de l’antivirus.
—Avec la grippe aviaire, c’est un problème de santé publique.
—Bof, privé ou public, du moment que c’est bien payé, hein ?
—Non, mais là, vous nous annoncez une catastrophe sanitaire, là !
—Ah, ouais, j’ai pas été aussi optimiste que depuis l’arrivée du SIDA dans les années 80.
—En même temps, si les actionnaires sont contents, ça va peut-être réduire le chômage...
—Ouais, comptez plutôt sur les morts, hein ?
—C’est ce que je voulais dire, hein ? La suite... »


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Quand on évoque Les Guignols, c'est peut-être notamment à la période 1992-1996, avec le trio Benoît Delépine, Jean-François Halin et Bruno Gaccio, qu'on pense.
Bruno Gaccio a collaboré comme co-auteur de cette satire entre 1992 et 2007. Le média indépendant Thinkerview lui donnait la parole en direct le 16 octobre 2019. Je relaie ci-dessous cet entretien qui pourrait intéresser beaucoup de monde :

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Mise à jour du 12.03.2021 :

La lecture d'un article d'Andy Robinson (La Vanguardia, 6/03/2021, et Ctxt) a suscité en moi la fantaisie d'identifier Monsieur Sylvestre et Frank A. D’Amelio, le directeur financier de Pfizer, car celui-ci a aussi, bien entendu, son business plan et a avoué innocemment début février, lors d'une téléconférence sur les résultats de Pfizer avec des spéculateurs de Wall Street : 

Now let's go beyond a pandemic-pricing environment, the environment we're currently in. Obviously, we're going to get more on price. And clearly, to your point, the more volume we put through our factories, the lower unit cost will become. So clearly, there's a significant opportunity for those margins to improve once we get beyond the pandemic environment that we're in.

Nous sommes dans un environnement de prix pandémiques, donc, bien évidemment, nous allons obtenir de meilleurs prix.” Simple comme bonjour.
Il est vrai, néanmoins, que les actionnaires de Pfizer en voulaient beaucoup plus ; le cours de l'action s'est piteusement enfoncé sous les 36$ fin 2020 et son prix YTD (year to date) va plutôt mal en 2021, malgré une légère récupération depuis le 2 mars (il était à 33,49$ le 26 février et il est à 34,94$ le 12 mars) ; d'autant qu'il y a en perspective l'entrée en jeu du vaccin de Janssen (Johnson & Johnson), qui sera fourni dès avril en principe et dont les atouts alléchants, aujourd'hui, sont majeurs : meilleur marché, meilleures conditions de transport-stockage (il n'a besoin que de la température normal d'un frigo) et une seule dose à injecter ! Et il y a d'autres vaccins à débarquer...

Dans son article, Andy Robinson cite également Matt Taibbi, le journaliste de RollingStone toujours percutant (mentionné ici, ici et ) :

The business model for Big Pharma is brilliant. A substantial portion of research and development for new drugs is funded by the state, which then punts its intellectual work to private companies, who are then allowed to extract maximum profits back from the same government, which has over decades formalized an elaborate process of negotiating against itself in these matters.

How big are these giveaways? Since the 1930s, the NIH has spent about $930 billion in research. Between 2010 and 2016, every single drug that won approval from the FDA — 210 different pharmaceuticals — grew at least in part out of research funded by the NIH. A common pattern involves R&D conducted by a small or midsize company, which sells out to a behemoth like Gilead the instant its drug makes it through trials, and obscene prices are set. (...)
Extrait de Big Pharma’s Covid-19 Profiteers. How the race to develop treatments and a vaccine will create a historic windfall for the industry — and everyone else will pay the price.

[Le modèle commercial de Big Pharma est brillant. Une partie substantielle de la recherche et du développement de nouveaux médicaments est financée par l'État, qui cède ensuite son travail intellectuel à des entreprises privées, qui sont ensuite autorisées à retirer le maximum de profits du même gouvernement, qui a officialisé pendant des décennies un processus de négociation élaboré contre lui-même dans ces matières.
Quelle est la taille de ces cadeaux ?
Depuis les années 1930, le NIH a dépensé environ 930 milliards de dollars en recherche. Entre 2010 et 2016, chaque médicament qui a obtenu l'approbation de la FDA - 210 produits pharmaceutiques différents - est issu au moins en partie de la recherche financée par le NIH.
Un modèle courant implique la R&D menée par une petite ou moyenne entreprise, qui se vend à un géant comme Gilead au moment où son médicament passe à travers des essais, et des prix obscènes sont fixés. (...)

Extrait de
Les profiteurs Covid-19 de Big Pharma. Comment la course au développement de traitements et d'un vaccin créera une aubaine historique pour l'industrie - et tout le monde en paiera le prix.]

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Mise à jour du 22.10.2021. À propos :

Les vaccins lucratifs ne suffisent pas à maîtriser une pandémie

Investig'Action, 21 Oct 2021, par

Les vaccins COVID qui ont été mis au point n’ont pas été conçus pour endiguer la pandémie à court terme. Ils ont été développés pour consolider les monopoles économiques et en créer de nouveaux.

EN LIRE PLUS.


dimanche 25 octobre 2020

Décolonisations – Série à contre-courant de l’histoire officielle

Alors qu'on nous rend compte ces jours-ci de la parution d'un nouveau documentaire [que je n'ai pas encore vu] intitulé Décolonisations, du sang et des larmes, de Pascal Blanchard et David Korn-Brzoza, je vous rappelle qu'il faut se dépêcher pour pouvoir visionner encore sur ARTE, en ligne et gratuitement, une série documentaire à ne pas louper : Décolonisations, mise en antenne par ARTE le 7 janvier 2020.

Parce qu'il faut continuer à connaître et colporter la vraie histoire du Capitalisme, autrement dit, à faire/suivre des cours de contre-histoire du libéralisme, idéologie suprémaciste, de classe et donneuse de leçons par-dessus le marché qui n'a jamais eu rien à voir avec l'émancipation de tous, mais qui a produit sur tous les continents une réalité de sang et de souffrances, de tortures et d'amputations, de racisme et d'esclavage, de génocide et d’exploitation, de mépris et de condescendance, d'impérialisme ou colonialisme, et plus tard de postcolonialisme —Tout cela n'est que du Capitalisme, Lamine Senghor dixit... Liberté, c'est le nom que le libéral —l'avidité— donne à l'Argent.

 

Bref, une réalité de brutale Occupation et de Résistance —qui se battait pour se libérer... de nous.

Les trois volets de Décolonisations puisèrent des images et des documents dans une grande variété d'archives et sont durs à voir ; pourtant, ce film renversant et bouleversant —qui n'illustre que 150 ans de pillages— ne constitue qu'un très bref résumé d'une trop longue histoire de cruauté exquise. Musique merci, la bande-son de la série aide énormément à respirer. Dessins merci, la bande-dessinée illustrant la série réduit la teneur de l'horreur, soulage.


Décolonisations – À contre-courant de l’histoireofficielle

2019 – Histoire – France – 2h40 – STSM - VF

Série documentaire/Réalisation de Karim Miské et Marc Ball

Auteurs : Karim Miské, Pierre Singaravélou et Marc Ball

Commentaire dit par Reda Kateb

Production : ARTE France, Program33, AT Production, RTBF, RTS Sénégal.

Une fresque percutante à contre-courant de l'histoire officielle des colonisateurs. 

Ce programme est disponible en vidéo à la demande ou DVD :

https://boutique.arte.tv/detail/decolonisations 

Décolonisations (1/3)
L'apprentissage

53 min - https://www.arte.tv/fr/videos/086124-001-A/decolonisations-1-3/

Disponible du 02/07/2020 au 31/10/2020 - Sous-titrage malentendant

À contre-courant de l'histoire officielle des colonisateurs, cette fresque percutante inverse le regard pour raconter, du point de vue des colonisés, cent cinquante ans de combat contre la domination, et faire résonner au présent un déni qui perdure.

Comment synthétiser, en moins de trois heures, cent cinquante ans d'une histoire planétaire dont les non-dits, comme les dénis, réactivent au présent fractures et polémiques ? Pour retracer ce passé occulté qui continue de concerner intimement chacun d'entre nous, les auteurs ont choisi de tisser chronologiquement grande et petites histoires, continents et événements, avec des partis pris percutants. D'abord, en racontant l'histoire du point de vue des colonisés, ils prennent le contre-pied d'un récit historique qui jusque-là, si critique puisse-t-il être envers les crimes de la colonisation, reflète d'abord le regard de l'Europe colonisatrice. Ensuite, parce qu’embrasser l'essentiel des faits intervenus sur près de deux siècles dans des pays aussi différents, par exemple, que l'Inde et le Congo relève de l'impossible, ils ont préféré braquer le projecteur sur une série de destins et de combats emblématiques, certains célèbres, d'autres méconnus. De Lakshmi Bai, la princesse indienne qui mena la première lutte anticoloniale en 1857-1858, lors de la révolte des cipayes, aux vétérans Mau-Mau qui obligèrent en 2013 la Couronne britannique à reconnaître les atrocités perpétrées contre eux au Kenya soixante ans plus tôt, leur fresque en trois volets s'autorise l'ellipse pour mettre en évidence ces continuités et ces similitudes qui, d'hier à aujourd'hui, recoupent les lignes de faille de la mondialisation. Dit par l'acteur Reda Kateb – dont le grand-oncle Kateb Yacine est d'ailleurs l'une des figures du combat anticolonial ici ramenées au premier plan –, le commentaire coup de poing déroule un récit subjectif et choral. Portée aussi par des archives saisissantes et largement méconnues, des séquences d'animation, des extraits de films, de Bollywood à Nollywood [industrie du cinéma du Nigéria], et une bande-son rock et hip-hop débordante d’énergie, cette histoire très incarnée des décolonisations met en évidence la brûlante actualité de l'héritage commun qu'elle nous a légué.

1. L'apprentissage

« Ça commence où, la lutte ? Dans quelle gorge il se forme le premier cri de la révolte ? Dans celle d’Amankwatia, le général en chef des Ashantis en guerre contre les Britanniques en 1874 ? Dans celle du Sultan d’Aceh qui refuse en 1873 de se soumettre aux Hollandais ou dans celle de la chef Lalla Fatma N’Soumer qui mène au combat contre la France en 1854 les tribus unies de Kabylie ?
Toutes ces luttes ont existé, toutes ont ensemencé l’avenir, mais aucune n’aura autant d’écho que celle qui commence en Inde en 1857, une guerre totale qui embrase tout un sous-continent. Les Anglais l’appelleront « la révolte des Cipayes », les Indiens la célébreront comme la 1re guerre d’Indépendance. C’est une femme qui va incarner cette lutte formidable. Son nom ? Manikarnika Tambe, la reine de Jhansi. [Elle était née à Varanasi (Bénarès). Son prénom est l’un des noms de Ma Ganga, le Gange. Lors de son mariage avec Gangadhar Rao, le maharaja de Jhansi, elle prit le nom de Lakshmî Bai. Au décès de son mari, elle lui succéda sur le trône. Mais au bout de 4 mois, la Compagnie des Indes Orientales annexa son royaume sans autre forme de procès. En mai 1857, la révolte des Cipayes éclata. Manikarnika remonta sur le trône, créa un bataillon de 14 000 femmes combattantes et organisa la résistance…] »

De la révolte des cipayes de 1857 à l'étonnante République du Rif, mise sur pied de 1921 à 1926 par Abdelkrim el-Khattabi avant d'être écrasée par la France, ce premier épisode montre que la résistance, autrement dit la décolonisation, a débuté avec la conquête. Il rappelle comment, en 1885, les puissances européennes se partagent l'Afrique à Berlin, comment les Allemands commettent le premier génocide du XXe siècle en Namibie, rivalisant avec les horreurs accomplies sous la houlette du roi belge Léopold II au Congo. Il retrace aussi les parcours de l'anthropologue haïtien Anténor Firmin, de la Kényane Mary Nyanjiru, de la missionnaire anglaise Alice Seeley Harris ou de Lamine Senghor, jeune tirailleur sénégalais devenu militant communiste et anticolonialiste.

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Décolonisations (2/3)
La libération

54 min - https://www.arte.tv/fr/videos/086124-002-A/decolonisations-2-3/

Disponible du 02/07/2020 au 31/10/2020 - Sous-titrage malentendant

Ce deuxième épisode, de 1927 à 1954, est celui de l’affrontement, de l'Algérie à l'Inde, en passant par les figures de Hô Chi Minh, futur vainqueur de Diên Biên Phu, ou de Wambui Waiyaki, intrépide jeune recrue des Mau-Mau.

Ce deuxième épisode, de 1927 à 1954, est celui de l’affrontement. Que ce soit à travers la plume de l’Algérien Kateb Yacine, qui découvre à 15 ans, en 1945, lors du massacre de Sétif, que la devise républicaine française, tout juste rétablie, ne vaut pas pour tout le monde, ou celle de la poétesse Sarojini Naidu, proche de Gandhi, qui verra en 1947, dans le bain de sang de la partition de l'Inde, se briser son rêve de fraternité, un vent de résistance se lève, qui aboutira dans les années 1960 à l’indépendance de presque toutes les colonies. Mais à quel prix ? Cet épisode suit aussi les combats de l'insaisissable agent du Komintern Nguyên Ai Quoc ("le Patriote"), qui prendra plus tard le nom de Hô Chi Minh, futur vainqueur de Diên Biên Phu, ou celui de Wambui Waiyaki, intrépide jeune recrue des Mau-Mau.

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Décolonisations (3/3)
Le monde est à nous

54 min - https://www.arte.tv/fr/videos/086124-003-A/decolonisations-3-3/

Disponible du 02/07/2020 au 31/10/2020 - Sous-titrage malentendant

Des indépendances à l’ère de la postcolonie, ce troisième et dernier épisode, de 1956 à 2013, s'ouvre avec les mots du psychiatre antillais Frantz Fanon, qui rejoint les maquis du FLN en Algérie.


Des indépendances à l’ère de la postcolonie, ce troisième épisode, de 1956 à 2013, s'ouvre avec les mots du psychiatre antillais Frantz Fanon (Peau noire, masques blancs, 1952), qui rejoint les maquis du FLN en Algérie. Il se poursuit dans l’Inde d’Indira Gandhi, qui se dote de la bombe atomique, dans le Congo sous influence de Mobutu ou dans le Londres de 1979, secoué par la révolte du quartier d’immigration de Southall, pour s'achever avec l'essor d'un cinéma 100 % nigérian dans les années 1990 et la victoire juridique des derniers Mau-Mau face au gouvernement britannique.

Le 3/01/2020, l'émission radiophonique Le Cours de l'histoire, par Xavier Mauduit (France Culture), invita les réalisateurs de Décolonisations Karim Miské et Marc Ball.

«  On a essayé d'avoir un récit qui soit efficace, tenu, ce qui était effectivement un défi dans la mesure où on traite de trois continents, c'est à dire l'Asie, l'Afrique et l'Europe, le continent colonisateur. Et pour ça, on s'est dit qu'on allait partir sur beaucoup d'histoires très précises. Un événement qui s'est passé en Inde parle pour d'autres événements qui se seraient passés en Indochine ou même en Algérie, et dont on ne parle pas dans la mesure où on raconte aussi l'histoire de cette libération, mais de la libération d'un impérialisme très particulier, qui est ce que certains historiens appellent maintenant l'impérialisme collectif européen.  »

Ce qui donne la force de ce récit est d'entendre ces citations, c'est de les entendre du point de vue du tirailleur sénégalais ou du point de vue du colonisé. On le ressent beaucoup plus dans la chair. Ce n'est pas juste une posture intellectuelle, un débat sur le racisme, c'est quelque chose qu'on ressent, qui est vécu. Tous nos personnages ont ça en commun : de vivre chacun une des facettes du colonialisme. C'est ce que permet aussi cette myriade de personnages, c'est de voir tous les aspects de la colonisation, de voir par quels biais elle s'est imposée, de voir la multiplicité d'expériences et de sensations à travers nos personnages, pour enfin, finalement, rendre la libération et la victoire encore meilleure.  »