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lundi 27 octobre 2014

Chibanis, Chibanias


Source: chibanis.org

"Chibani" veut dire littéralement "cheveux blancs" en arabe populaire algérien. L'expression est respectueuse. Les Chibanis, les Chibanias au féminin, sont les vieux migrants maghrébins arrivés en France dans les années 1960 pour travailler. Ils étaient jeunes à l'époque, en quête d'un avenir meilleur. La France avait besoin de main-d'œuvre dans tous les secteurs d'activité économique : bâtiment, travaux publics, industrie, agriculture…
Deux journalistes de France 24, Assiya Hamza et Anne-Diandra Louarn, ont réalisé un webdocumentaire sur ces "petits vieux", en général des hommes de plus de 65 ans —représentant près de 350 000 personnes— qui sont restés en France : leur rêve du retour ne s'est pas exaucé pour des raisons variées et ils sont devenus d'"éternels exilés" en situation précaire. Parmi eux : 130 000 Algériens, 65 000 Marocains et 40 000 Tunisiens.

Ce reportage est un hommage à ses inconnus qui ont trimé toute une vie, mènent en général une existence détraquée et manquent de voix et de reconnaissance. Mis à part un glossaire final, voici ses parties et leurs introductions :

1. - Leur France :
Extraordinaire", "formidable", "très beau", "le froid", "la solitude", "les baraquements"... l'arrivée en France est un choc. Parfois à peine majeurs, ces jeunes travailleurs découvrent un autre pays, une autre culture, mais aussi une autre langue. Surtout, ils se retrouvent seuls, "sans parents", "sans famille". Très vite, la raison de leur exil les rattrape : le travail. Il faut "envoyer de l'argent" à ceux qui sont restés au pays. À l'époque, "les patrons viennent embaucher dans les cafés", on pouvait "changer de patron deux à trois fois par jour". Bâtiment, travaux publics, industrie, agriculture… Ces jeunes hommes, en pleine force de l’âge, ne rechignent pas à la tâche, qu’ils soient déclarés ou non. Travail physique, parfois au noir, accidents... leur vie professionnelle n’est pas de tout repos. (...)
2.- Des familles disloquées :
Les travailleurs immigrés sont arrivés seuls en France. Ces jeunes hommes, persuadés de n’être que de passage en France, ont fondé leur famille au pays, au gré de mariages arrangés. Car dans la plupart des cas, ils connaissaient à peine, voire pas du tout leur future femme. "C’est ma famille qui l’a choisie", nous confie ainsi Amar. "Je l’ai emmenée d’Algérie. Elle était un peu jeune pour moi et j’étais vieux", raconte Rabah. Pendant les premières années, ils ne voyaient leurs épouses que lorsqu’ils rentraient au pays. Certains ont eu la chance de bénéficier du regroupement familial pour faire venir femme et enfants à leurs côtés, d’autres vivent toujours loin des leurs. Une solitude encore plus pesante avec l’âge. (...)
3.- Le "mythe" du retour au pays :
Couler une douce retraite au pays auprès des leurs, les chibanis en ont rêvé. Ils en ont parfois l’envie mais, pour certains, cela reste impossible. Pour ceux qui ont eu la chance de faire venir leur famille en France, vivre ici est un choix. Les autres ont renoncé à leur terre natale faute d’une pension suffisante, d’une bonne santé ou plus simplement d’attaches dans leur pays d’origine. Ils finissent souvent leurs jours dans des foyers de travailleurs, inadaptés à leur âge ou à leur état de santé. (...)
4.- Les vieux jours solitaires :
Aujourd’hui, que reste-t-il de leur vie de labeur ? À l’heure de la retraite, des milliers d’entre eux se retrouvent confrontés à l’isolement, parfois même à une extrême précarité. Beaucoup de chibanis retraités touchent l’Aspa , l’allocation de solidarité aux personnes âgées. Cette aide, versée en complément à la retraite, leur permet de toucher l’équivalent du minimum vieillesse, soit 787,26 euros mensuels pour une personne vivant seule. Or, le versement de l’Aspa (comme de nombreuses prestations sociales) est soumis à l’obligation d’avoir une résidence "stable et régulière”, c'est-à-dire de résider en France au moins six mois par an (décret du 18 mars 2007). Une clause dont nombre d’entre eux ignoraient totalement l’existence.

À l’issue de contrôles de résidence ou de ressources, des milliers de chibanis se sont vus suspendre le versement de cette aide et réclamer le remboursement de la totalité des sommes perçues. Un drame pour ces migrants âgés, dont la grande majorité ne sait ni lire ni écrire. 
5.- D'autres histoires d'immigration
Voici le début du témoignage de Sabrina, 60 ans :
"Je suis arrivée en France en 1989 pour travailler avec ma famille. Je suis venue avec mon cousin, sa femme et ses enfants. Là-bas [en Algérie], il n’y avait pas de travail. Au début, je pleurais tout le temps car je ne connaissais personne. C’était dur. Après, j’ai rencontré des gens, des amis et ça commençait à être bien. Là, je me suis dit ‘c’est bien la France’.

J’ai été mariée. Aujourd’hui, je suis divorcée et je vis seule. J’ai rencontré mon mari dans un café. Au début, je n’étais pas amoureuse de lui mais je me suis dit que c’était peut-être quelqu’un de bien. Mais je ne me suis pas mariée avec lui pour les papiers. Je pensais que j’allais rester avec lui. Au bout de cinq ans, ça n’allait plus. Il a demandé le divorce parce qu’il avait rencontré quelqu’un d’autre. Je suis tombée enceinte à deux reprises mais j’ai avorté parce que j’avais peur. J’avais peur de ma famille là-bas, de ma mère parce que… il était français. J’avais peur que ma mère dise "c’est péché de faire un enfant avec un Français". Je me suis mariée sans dire qu’il n’était pas musulman. J’avais peur de perdre ma famille. C’était dur. Avec le temps, j’ai regretté d’avoir fait ces avortements. Maintenant, c’est trop tard.
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Mise à jour (24/03/2015) :

Plus de 800 cheminots marocains demandent « réparation » à la SNCF

Le Monde.fr avec AFP | • Mis à jour le
Mise à jour (22/09/2015) :
Mise à jour (31/01/2018) :
La SNCF a été condamnée mercredi 31 janvier [2018] en appel pour discrimination envers des cheminots marocains, a annoncé leur avocate après avoir eu connaissance d’une partie des jugements dans l’affaire des chibanis (« cheveux blancs ») poursuivant la compagnie ferroviaire.
Clélie de Lesquen-Jonas a brandi les mains en l’air en criant « c’est gagné », avant de préciser à la presse que les cheminots avaient en outre obtenu reconnaissance d’un « préjudice moral ». « C’est un grand soulagement, une grande satisfaction », a-t-elle commenté. Les premiers recours aux prud’hommes remontent à plus de douze ans.
« Il y a eu aujourd’hui la confirmation des condamnations [pour discrimination] obtenues en première instance en matière de carrière et de retraite et nous avons obtenu en plus des dommages et intérêts pour préjudice moral », a déclaré Me de Lesquen-Jonas à la cour d’appel de Paris, où une centaine d’anciens salariés s’étaient déplacés.

La SNCF se réserve le droit d’un pourvoi en cassation
(En lire plus sur le site du journal Le Monde, 31.01.2018)

mardi 22 février 2011

Lettres tunisiennes

La France ne veut pas envoyer Michèle Alliot-Marie en Tunisie. Ça se comprend, vu ses antécédents d'entente cordiale et collaboration avec le clan Ben Ali et ses proches. Pour l'instant, sur ce dossier, elle nous fait des vacances.
La République de l'irréprochabilité sarkozyste y avait même expédié un nouvel ambassadeur dans le but d'ouvrir une nouvelle page dans la relation bilatérale. Le problème, c'est que ce diplomate, Boris Boillon, a eu une manière plutôt atroce, libéro-coloniale, d'ouvrir son cœur au peuple tunisien —qui tient à dissiper des doutes bien fondés. Pour éviter des questions insolemment pertinentes, l'ambassadeur a mis sa fausse indignation dans le plat du déjeuner auquel il avait invité la presse tunisienne. Dans le genre casse-toi, pauv'con. Que Pierre Desproges me pardonne le détournement de citation, mais ce fut un déjeuner tout à fait somptueux, solennel et chiant, bref, une réussite parfaite...


Du coup, il s'est fait de nombreux amis et une page a été ouverte en Tunisie sous le titre "Boris Boillon, dégage !", expression que l'on scande également devant l'Ambassade française de Tunis. Il y en a même qui se donnent la peine de lui écrire des lettres impeccables de politesse et d'une lucidité, hélas Boillon, très peu débile. À les lire, on bénéficie d'un cours accéléré d'argumentation écrite :
Si nous nous permettons de vous écrire ainsi aujourd’hui, c’est à la suite de votre première intervention à Tunis, intervention où vous vous êtes adressé au peuple tunisien par l’intermédiaire de ses journalistes.
Nous voudrions, par la présente, attirer votre attention sur certains points qui pour nous, peuple tunisien, sont essentiels, contrairement à ce que vous et vos maitres, semblez en droit de penser. Si vous souhaitiez que votre séjour en Tunisie soit entouré de sérénité et de bons rapports, non seulement avec les représentants du peuple mais avec tout le peuple tunisien, il apparait évident que vous n’avez pas eu beaucoup d’entendement.
Une journaliste vous a posé la question de savoir ce « que (vous pourriez) répondre aux préoccupations du peuple tunisien par rapport au comportement de la France durant la révolution ». Vous avez oublié votre fonction et avez répondu que cette question était un préjudice. Vous vous êtes même permis de traiter la question de “débile”.
Sachez, cher monsieur, que la France, que vous représentez ici, à Tunis, a beaucoup à faire pour faire oublier, d’une part, son soutien inconditionnel à son ami Ben Ali pendant toutes ces années, mais, surtout, la position politique inadmissible qu’elle a soutenu pendant que nos jeunes mourraient et se battaient pour la liberté, l’une des valeurs pourtant inscrite dans la devise de votre patrie, monsieur.
Ainsi nos préoccupations vous semblent déplacées ? Et bien, c’est que nous allons avoir un problème, cher monsieur. Car, voyez vous, Le peuple tunisien n’a jamais été un peuple imbécile, contrairement à ce que vous pourriez croire. Et si nous avons connu le malheur et la disgrâce de vivre sous un dictateur « ami » de la France, cela ne veut pas dire que nous ne savons réfléchir, comprendre et surtout nous prononcer. Cela signifie “juste”, qu’avec l’accord de votre Nation, l’on nous avait muselé et dépouillé d’une grande partie de nos droits, dont celui de s’exprimer. Mais ne prenez pas la conséquence pour la cause et sachez que nous vous voyons pour ce que vous êtes, très cher monsieur.
Votre attitude pleine de mépris et d’arrogance, vous donne l’outrecuidance de parler ainsi à une journaliste tunisienne qui exprimait la question principale qui occupe le peuple tunisien quant à l’avenir de ses relations avec la France, a choqué plus d’une personne. Si c’est ainsi que se comporte le représentant de l’État français en Tunisie, nous craignons le pire pour l’avenir de nos échanges, monsieur. Mais pouvions nous attendre autre chose de la part d’un représentant dont le gouvernement n’a toujours pas présenté d’excuses claires pour avoir offensé la dignité d’un peuple ni n’a été blâmé pour entretenir des relations d’affaires avec un tyran ?
Cher monsieur, votre jeunesse n’est qu’apparente, vos actes semblent venir d’un monde si ancien, si vieux. Pensiez vous réellement pouvoir vous comporter comme ces soldats ardents et insultants de la période colonialiste ? Il semblerait que vos maîtres n’ont toujours pas compris quelle est la période historique qui s’ouvre en ce moment en Tunisie. Mais il est certain que les piètres performances de notre ancien ministre des affaires étrangères doivent y être pour quelque chose. Allez donc expliquer, cher monsieur, que nous ne sommes pas au début d’un nouveau colonialisme, non, nous sommes à l’aube de grands changements, et cette attitude française sera sévèrement punie à chaque fois qu’elle aura le malheur de réapparaitre, comprenez le bien.
Sachez que la volonté du peuple, aujourd’hui, Monsieur l’Ambassadeur, est de vous dire, tout simplement, “dégage”. Vous avez réussi avec votre comportement dédaigneux à tirer le pire du peuple tunisien, connu pourtant pour son accueil légendaire et sa générosité. Vous avez, en moins d’une semaine, fait échouer votre mission. Vous pouvez partir maintenant. Et dommage pour cette belle carrière prometteuse que vous vous étiez préparée et imaginée, vous saurez certainement tirer une leçon diplomatique de ce passage éclair dans notre beau pays.

Wejdane Majeri, Afef Hagi, Shiran Ben Abderrazak
Tunis, Milan, Paris, le 18-02-2011
Source : Nawaat.
Chers Tunisiens, bon courage !

NOTE POSTÉRIEURE (du 18 mai 2011) : Curiosphère.tv, le service d'éducation en images de France 5, a préparé en mai 2011 un dossier sur les révoltes du monde arabe. En fait, ils en abordent pour commencer celles de Tunisie, Egypte et Lybie, et vous y trouverez des analyses parfois très intéressantes et en français, dont celui d'Alain Gresh, par exemple. Voici l'édito qui fait office d'introduction :
Depuis le 17 décembre 2010, les dirigeants historiques du monde arabe sont en émoi. Exit Zine el-Abidine Ben Ali après 24 ans à la tête de la Tunisie. Exit Hosni Moubarak après 30 années de règne sans partage. Ces deux pays abordent aujourd’hui leur transition démocratique. Mais dans le reste du monde arabe la révolte grogne également : en Libye, plus que jamais, Mouammar Kadhafi est seul contre son peuple ; en Syrie Bachar El-Assad est contraint a des concessions ; au Bahreïn, à Oman, les manifestations contre les pouvoirs se multiplient... Curiosphere.tv, fidèle à sa mission pédagogique vous propose ce 1er numéro de Decrypt’Actu consacré aux révoltes du monde arabe. Vous trouverez ici des ressources thématiques permettant de prendre du recul sur ces événements, en les installant plus largement dans l’histoire contemporaine mondiale.

dimanche 30 janvier 2011

Charlatans et menteurs

Ces jours-ci, nous assistons à quelques exemples nord-africains qui prouvent que les charlatans, les voyants et les strausskahns ne l'emportent pas toujours forcément. Parfois on se demande pourquoi les choses ne pourraient pas se passer comme dans la vidéo qui suit :


Notre cher Chamfort (1741-1794) écrivit quelques maximes et anecdotes inspirées par charlatans et menteurs. En voici un exemple :
M. de..., menteur connu, venait de raconter je ne sais quel fait peu croyable. « Monsieur, lui dit quelqu'un, je vous crois ; mais convenez que la Vérité a bien tort de ne pas daigner se rendre plus vraisemblable. »
Chamfort : Maximes, pensées, caractères et anecdotes ; Garnier-Flammarion, Paris 1968 (Appendice II, nº 1305)
Ce qui impressionne, c'est que, malgré son piteux état, la Vérité des menteurs est toujours servie avec dévouement par une énormité invraisemblable de fidèles.

lundi 17 janvier 2011

La Tunisie où la macroéconomie du FMI allait si bien

(...) Pitié pour la nation qui acclame le tyran comme un héros
et prend le conquérant en grande pompe pour un bienfaiteur…
Pitié pour la nation qui dédaigne une passion dans son rêve et
s’y soumet à son réveil… Pitié pour la nation qui n’élève la voix
que lors des funérailles, ne tire gloire qu’au milieu de ses ruines
et ne se révolte que lorsque son cou se trouve entre l’épée et le billot…
Pitié pour la nation dont le politicien est un renard, dont le philosophe
est un bateleur et dont l’art est celui du rapiècement et de la contrefaçon…
Pitié pour la nation qui accueille son nouveau souverain
au son des trompettes et lui fait ses adieux sous les huées
pour en accueillir de nouveau un autre au son des trompettes
… (...)

Gibran Khalil Gibran (Bcharré, Liban ; 1883-1931) :
Le Prophète, 1923 (réed. Albin Michel 1990, 1996
).

À cette heure-ci, chacun devrait éprouver des frissons troubles rien qu'en écoutant que "l'Économie va bien". Cela fait longtemps que le mot "économie" ne veut plus dire Art de bien administrer une maison, mais Art de se faire des sommes folles sur le dos de populations complètes. Le terme équivaut maintenant aux grands chiffres concoctés par des gourous experts en magouilles —allègrement relayés par des médias qui ne sont que la courroie de transmission des grands pouvoirs et de leur argot mensonger et bourreur de crânes ; c'est ainsi que lorsque la macroéconomie croît, on nous dit que l'économie "va bien", même si visiblement, on en crève.
Le cas de la Tunisie est un exemple évident du cynisme de ceux qui nous gouvernent et de ceux qui gouvernent l'Économie mondiale : la population de ce pays maghrébin connaissait de graves difficultés, l'accès à un emploi rémunéré s'avérait extrêmement difficile, la microéconomie ne faisait que chuter, mais la Tunisie était, comme l'Argentine pré-Corralito, un très bon élève du FMI (Fonds Monétaire international ou Fraude mondiale innocente) et son Économie, un parangon pour l'orbe. La tyrannie en place n'avait aucune importance et l'injustice économique flagrante était un simple détail sans valeur comptable, contrairement aux performances très économiques du régime de Zine el-Abidine Ben Ali, l'un des meilleurs amis de l'or. Donc, le 18 novembre 2008, Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI et grand serviteur du grand capital, acceptait volontiers et ému d'être décoré par le dictateur tunisien et élevé au grade de « Grand officier de l'ordre de la République ». Il profitait de l'occasion pour transmettre l'évidence : l' « économie tunisienne va bien », et rappelait le jugement très positif du FMI sur la politique tunisienne, « saine » et « un bon exemple à suivre ». Au bout du compte, DSK se connaît en la matière après avoir bradé le patrimoine commun des Français. N'oublions que c'est lui, adorateur des fonds de pension et d'une fiscalité amicale pour les stock-options, qui avait piloté, comme ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie du gouvernement Jospin, les processus de privatisation de France Télécom, EADS, Thomson, Air France, Airbus, Autoroutes du Sud de la France... ou du secteur financier public qu'il a entièrement liquidé : Crédit Lyonnais, Crédit Foncier de France, GAN, CIC, Marseillaise de Crédit, le groupe Caisse d'Épargne...


« En Tunisie, les choses continueront de fonctionner correctement », concluait le loup... Oufffff. Je ne sais pas ce que va donner cette révolution sociale tunisienne où se sont immolées ou ont été assassinées des dizaines de personnes. Je ne sais pas de quoi vont accoucher ces terribles sacrifices : de sons de trompettes comme ceux évoqués par Khalil Gibran ? La dernière dépêche que j'ai lue là-dessus souligne que...
Le premier ministre tunisien, Mohamed Ghannouchi, a annoncé la formation d'un gouvernement chargé de gérer la transition jusqu'à la tenue des prochaines élections. Les ministres de la défense, de l'intérieur, des finances et des affaires étrangères sont reconduits à leur poste. Trois responsables de l'opposition font leur entrée au gouvernement. (AFP et Reuters)
Mohamed Ghannouchi, un membre du régime de Ben Ali. Ben Ali, soutenu jusqu'à la dernière minute par le gouvernement Sarkozy qui lui proposa même "une coopération policière" à travers Michèle Alliot-Marie, ministre des Affaires Étrangères (1). C'était le mardi 11 janvier, devant l'Assemblée nationale française, et le gouvernement tunisien avait déjà reconnu un bilan de 21 civils tués par balles. Ben Ali, fondateur du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD) de Tunisie, parti politique faisant parti de l'Internationale socialiste. [Note postérieur : dont il n'a été exclu que le 18 janvier 2011]
Les forces en présence contre le peuple tunisien sont et seront trop puissantes. We will see to that, conclut Robert Fisk dans un article publié aujourd'hui par The Independent qui m'a suggéré la citation de Khalil Gibran. Et puis, la survie est une affaire de tous les jours et termine par épuiser presque tout un chacun : elle pompe trop d'énergies. Saluons en tout cas la digne réaction des jeunes tunisiens et espérons que la nouvelle donne comporte un peu plus de justice dans leur pays que le statu quo ante.
Cette année où les jeunes tunisiens —jusqu'à présent Candides terrorisés dans et par la meilleure des Économies— se sont dit qu'il fallait faire quelque chose et ont fait la révolution, je vous colle ci-dessous quelques "informations" que nous avons pu lire ces derniers temps à propos de la Tunisie. Elles prêtent à réflexion.

TUNISIE : La révolte du bassin minier de Gafsa
Depuis le début de l’année, le bassin minier de Gafsa, en Tunisie, est en état d’ébullition sociale. Dans cette région d’exploitation du phosphate, la Compagnie des Phosphates de Gafsa règne en maître absolu. Elle est appuyée par le régime despotique et corrompu de Ben Ali. Outre la pollution liée aux activités d’extraction et de traitement, la pauvreté et le chômage de masse ont déclenché un vaste mouvement de protestation.
Les travailleurs et les jeunes du bassin minier se mobilisent pour leur dignité, pour des emplois, pour de meilleures conditions de logement, de santé et d’éducation. Ils dénoncent un régime de spoliation, de pillage économique et social. Les grèves se sont multipliées. Les enseignants, certaines branches de la fonction publique et même des petits commerçants se sont mobilisés.
(Site du CETRI, le 10 juin 2008)
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Tunisie : le FMI salue un bon élève
Écrit par Médiaterranée
Samedi, 05 Juillet 2008
Le Fonds monétaire international ( FMI) salue "l'excellente performance économique" tunisienne en 2007, selon le journal tunisien "Le quotidien" et suite à une récente mission de l’institution à Tunis. L’institution dresse un tableau fort positif de la situation dans ce pays. Il est question de « bonne gestion de l'économie ». Selon le FMI, la politique sociale également continuerait « de porter ses fruits ». Et de décliner : « une accélération de la croissance, une amélioration des indicateurs sociaux et la préservation des grands équilibres macroéconomiques".
(...)
"Les recettes de la privatisation ont permis de ramener la dette publique de 53.9% du produit intérieur brut (PIB) en 2006 à 50.9% en 2007, tandis que le niveau des réserves en devises étrangères a atteint plus de 8.5 milliards de dollars", a fait remarquer la mission du FMI.
Le rapport a également noté que le déficit du compte courant s'était creusé, passant de 2% du PIB en 2006 à 2.6% en 2007, dû essentiellement à une dégradation des termes de l'échange. (Source: Xinhua)
Il reste que les critères du FMI, qui s’appliquent aux seuls facteurs d’ordre économique et financier, ne permettent pas d’apprécier la situation du pays au plan social. Les recommandations du Fonds sont connues pour leur retombées généralement désastreuses de ce point de vue. Afin de disposer d’un tableau plus lisible, sans doute faut-il pouvoir écouter d’autres sons de cloche.
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Le FMI souligne les bonnes performances de la Tunisie
La Tunisie, le bon élève du FMI, a t-on l'habitude de dire. Le DGA de cette institution, le Brésilien, Morilo Portugal qui a tenu vendredi après midi une conférence de presse avec le Gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie, M. Taoufik Baccar n'en pense pas moins et a tenu à le souligner, saisissant cette occasion pour se féliciter de la politique macroéconomique exemplaire de la Tunisie qui lui a permis de résister à la crise et de réduire au minimum ses effets.
(Leaders, 11/12/2009)
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L'Etat tunisien dépense t-il trop dans le secteur de la santé ?
Par Habib Touhami
Invité au colloque organisé les 17 et 18 décembre 2010 par l’unité de recherche « Population, Famille et Education » de la Faculté des sciences humaines de Tunis, sur le thème « Population, vieillissement et santé » M. Habib Touhami, a donné une conférence sur le thème « Impacts des évolutions démographiques, socio-économiques et institutionnelles sur la santé et les dépenses de santé ».
De cette conférence, on retiendra quelques idées-force : d’abord, il pourfend l'insistance (maladive) des institutions financières internationales et notamment le FMI et la Banque Mondiale auprès des pays émergents à maîtriser leurs dépenses sociales comme si elles étaient un frein au développement alors que les études ont montré que les pays dans lesquels l’état de santé et l’éducation des individus étaient d’une qualité médiocre avaient plus de difficultés à assurer un développement durable.
Quant aux incidences des dépenses nationales de santé sur les comptes financiers et sociaux de la Tunisie, le conférencier souligne que les injonctions du FMI et de la Banque Mondiale sont injustifiées. Chiffres à l’appui, il s’inscrit en faux contre « la thèse selon laquelle notre pays dépense trop dans le secteur social et notamment dans la santé », indiquant que la contribution de l’Etat représente moins du quart des dépenses nationales de santé (DNS). En fait, la Tunisie n'a pas dépassé un seuil dangereux au niveau du ratio DSN/PIB par rapport à la moyenne des pays à revenu intermédiaire, soit 6% comparés aux 9,8% du Liban et aux 9,4% la Jordanie pays considérés comme des références en matière de santé au niveau arabe. Quant au dépenses per capital, elles sont de 118 dollars en Tunisie (70,9% en 2000 et 49,4 en 1995), contre 398 au Liban et 134 en Jordanie. S'agissant de la part des dépenses publiques dans le budget de l'Etat, elle est passée de 7,6% en 2004 à 6,5% en 2008. Sur le long terme,la part de la DSN est passée de 36,6% à 26,1% en 2002, contre 14,9% et 21,4% pour la Sécurité sociale et 47,6% et 51,2% pour les ménages.
Habib Touhami ne conteste pas les progrès réalisés par notre pays en matière de ressources humaines et d'infrastructure, mais il constate que la Tunisie n'a pu échapper à la dégradation de la qualité des soins qu'il partage avec les pays où «les les systèmes de santé ont été ébranlés par les politiques d'ajustement structurel imposées par les institutions financières », reprenant ainsi le diagnostic de l'OMS.
(Leaders, 12/2010).
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RAID-ATTAC / CADTM TUNISIE, 17 janvier 2011
Tunisie : la révolution sociale et démocratique est en marche !
Les masses populaires tunisiennes viennent de faire une irruption spectaculaire sur la scène politique ! Elles ont réussi, au bout de 29 jours, d’une révolution sociale et démocratique, de chasser le dictateur Ben Ali ! C’est une grande victoire ! C’est un grand jour pour nous toutes et nous tous, que nous partageons avec toutes celles et tous ceux qui luttent contre l’ordre capitaliste mondial ! Avant tout, nous avons reconquis notre dignité et notre fierté, longtemps bafouées et trainées dans la boue par la dictature. Maintenant, nous avons une nouvelle Tunisie à construire : libre, démocratique et sociale.
Mais, d’ores et déjà la contre révolution est en marche ! Le pouvoir de Ben Ali est tombé mais son régime, certes déstabilisé et affaibli, tente de se maintenir en place. Le Parti/Etat Destourien est toujours là, sa politique économique et sociale capitaliste libérale aussi.
Ce régime qui est donné en exemple du ‘bon élève’ par les institutions financières internationales, qui a saigné les masses populaires tunisiennes pendant 23 ans, pour le compte d’un capital mondial avide de profits, tout en engraissant une minorité de familles autour du pouvoir et organisées en clans mafieux, doit dégager. C’est ce que nous voulons !
Nous refusons la tentative en cours, qui vise à confisquer notre révolution. Cette manœuvre se présente sous la formule de ‘gouvernement d’unité nationale’ autour de laquelle ce régime illégitime, tente de se maintenir en place. (...)

(1) Note postérieure : Le Canard enchaîné affirme, dans son édition d'aujourd'hui 2 février, que pour son réveillon (la révolte avait commencé quelque 15 jours auparavant), elle a profité à titre gracieux d'un jet privé appartenant à un proche du clan Ben Ali-Trabelsi. Le cabinet de la ministre s'est expliqué... mais le Nouvel Observateur renchérit : MAM et ses proches auraient repris ce jet privé pour un deuxième vol afin d'"éviter des villes en révolte" comme Sidi Bouzid et Kasserine. Est-ce à cause de cette expérience gênante pour une bling-bling qu'elle a proposé l'expertise en répression de son gouvernement au clan Ben Ali ?


Ajout du 30.11.2013


Hamzaoui Med Amine & KAFON - "Houmeni"

Ce vidéo-clip de la chanson de rap Houmeni montre le quotidien des habitants de la banlieue nord de Tunis. La vie n'y est toujours pas aisée presque trois ans après la chute de Ben Ali.