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mercredi 23 octobre 2019

L'audiovisuel et l'éloquence

On causait rhétorique avec mon frère, prof et balèze en la matière, et je lui demandais s'il avait vu en action un jeune collègue, docteur en Sciences Politiques, qui fait une courte section apparemment à succès sur Canal Plus, en France.
Je lui parlais de qui intervient tous les soirs sur le plateau de Clique TV pour mettre Les points sur les i au sujet d'un fait rhétorique d'actualité. Clique, à son tour, est l'émission que présente, à 19h55, le journaliste et acteur Mouloud Achour —dont l'aspiration explicite est toutefois de ne pas s'intéresser à l'actu, mais au monde actuel, tout comme de ne pas faire la course aux clics, mais aux kiffs, ou de plutôt accueillir de nouveaux visages que des visages connus.

La référence de Clément Viktorovitch me vint spontanément à l'esprit car je venais de le découvrir quelques jours avant, à travers une poignée de vidéos, et qu'il m'avait semblé particulièrement déluré : en fait, il décortique et analyse les sales coups discursifs que certains faux-culs répandent sous couleur d'expertise. Voilà, c'est exactement le sens de décrypter : traduire en clair, restituer le sens d'une parole tripatouillée. Où l'on voit bien que le prestige est nu.
C'étaient des vidéos comme celle dévoilant un tour de passe du grand captieux et très arabophobe chef de l'éducation systémique Michel Blanquer : ah, ce recours à des proverbes s'auto-accomplissant pour bétonner ses salades, cette volonté de ne pas affaiblir par des mots ce que certains bourre-mous peuvent avoir de dur ou de choquant :



...ou comme celle consacrée à une habituée des grands plateaux, honneur qu'elle doit sans aucun doute aux énormités de faf caractérisée qu'elle a toujours proférées :



C'est alors que mon frère me fit remarquer que la rhétorique semblait un tant soit peu en vogue actuellement en France et m'évoqua, tour à tour, d'abord un film d'Yvan Attal, Le brio (2017), aux critiques divisées, avec Daniel Auteuil et Camélia Jordana, puis un documentaire tourné à Saint-Denis et qu'il trouvait impressionnant, malgré la crétine traduction du titre du film en castillan ("A viva voz") et bien que lui et moi, nous n'appréciions guère ni les concours ni la téléréalité.

Camélia Jordana obtint le César du meilleur espoir féminin en 2018 pour son rôle dans Le brio. Voici la bande-annonce de ce film :

 
En ce qui concerne le documentaire cité ci-dessus, il s'agissait d'A voix haute, la force de la parole, tourné en effet à l'université Paris-VIII à Saint-Denis. La réalisation et le scénario ont été signés par Stéphane de Freitas, qui a compté sur Ladj Ly dans la coréalisation. La musique est due à Superpoze.
Quant aux dates de sortie en France, après une première diffusion sur YouTube : le 15 novembre 2016, première télévisuelle sur France 2 ; puis projection le 14 mars 2017, dans une version plus longue, au Festival de Valenciennes ; le 12 avril 2017, sortie définitive en salles.

Voici une présentation du film sur Télérama, Un puissant cri de rage, dont un extrait :
A voix haute, la force de la parole raconte l'aventure d'Eddy, Leïla, Franck, Elhadj et d'autres. Pendant six mois, ces derniers ont pris part au concours Eloquentia organisé chaque année afin d'élire « le meilleur orateur de Seine-Saint-Denis ». Une expérience où les participants, en cherchant la meilleure réplique sur des sujets sensibles, apprennent aussi sur eux-mêmes. Le documentaire invite à porter un autre regard, plus subtil, sur la jeunesse des banlieues. — Raoul Mbog
En voici la bande-annonce :

Synopsis : Chaque année à l’Université de Saint-Denis se déroule le concours “Eloquentia”, qui vise à élire « le meilleur orateur du 93 ».
Des étudiants de cette université issus de tout cursus, décident d’y participer et s’y préparent grâce à des professionnels (avocats, slameurs, metteurs en scène…) qui leur enseignent le difficile exercice de la prise de parole en public. Au fil des semaines, ils vont apprendre les ressorts subtils de la rhétorique, et vont s’affirmer, se révéler aux autres, et surtout à eux-mêmes.
Munis de ces armes, Leïla, Elhadj, Eddy et les autres, s’affrontent et tentent de remporter ce concours pour devenir « le meilleur orateur du 93 ».

mercredi 24 janvier 2018

Nouvelle traduction du Notre-Père

Il y a presque un mois, je reçus un courriel d'une élève dont l'esprit est toujours alerte et incisif :
Bonsoir,
Je vous joins une info très curieuse à propos du changement et "re-traduction" du Notre Père. Cette proposition trouve sa raison d'être dans quelques questions philologiques.
Qu'est-ce que vous en pensez? Quelles observations pourra-t-on faire à ce propos?
Merci beaucoup et bonnes fêtes.
Voici une réponse possible :


Bonsoir, Raquel,
merci pour ton courriel.

En effet, la traduction est un sujet majeur et une activité bourrée de pièges et de difficultés considérables car il est toujours question de comprendre des textes rédigés par des hommes dans des circonstances concrètes —qu'il faut connaître, tout comme leurs éventuels sous-entendus— et dans des buts déterminés, desseins qu’il faut déceler pour ne pas être la dupe des allusions plus ou moins dissimulées ou des ironies et autres sarcasmes.

Toute traduction peut refléter et transmettre des erreurs grossières de compréhension, des insuffisances dans la connaissance des deux langues (source et cible), des indigences référentielles, des manipulations... et nous, les philologues et les traducteurs, devrions d’essayer de faire face et à l'ignorance et à l'intoxication.

En ce qui concerne nos "textes sacrés", par exemple, j'ai acheté en 2001 la nouvelle traduction de la Bible proposée par Bayard, projet intéressant dans la mesure où "Pour la première fois, des spécialistes des langues et des textes bibliques (hébreu, araméen et grec) avaient collaboré plus de 6 ans avec des écrivains contemporains pour aboutir à une traduction entièrement renouvelée des textes bibliques."

Quant à l'information qui a attiré ton attention, l'Église catholique a institué en novembre, en effet, une nouvelle traduction pour le Notre-Père qui touche concrètement une phrase clé de cette prière. Les fidèles catholiques ne diront plus désormais : « Ne nous soumets pas à la tentation » mais « Ne nous laisse pas entrer en tentation ». Ce n’est plus Dieu qui soumet l'Homme (hommes et femmes !) à la tentation, non ; celle-ci surgit et il faut prier Dieu de nous aider à nous en écarter. Résultat : la nouvelle version déleste Dieu d'une responsabilité qu'on préfère accorder aux êtres humains.
À ce propos, l'essayiste cité par Le Figaro, Pierre-Henri d'Argenson, se pose une question tout à fait logique : Quel est le rôle de la tentation et du péché dans un univers créé par un Dieu Tout-Puissant ?
En fait, le sujet des traductions non convergentes comportant une responsabilité variable du "Père" se répète dans d’autres passages bibliques. Comme exemple, concernant la scène du jardin des oliviers, on trouve : "Mon Père, s'il est possible, que cette coupe s'éloigne de moi !" et "Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ! ".

Tu permettras que ce ne soit pas à moi, enfant tala passé aux rangs de l'athéisme ou de l'irréligion au début de mon adolescence, de résoudre les contradictions théologiques (et non seulement scientifiques, politiques, économiques, sociales et esthétiques) d'une église monothéiste aussi terrestre, intéressée, extravagante et dévergondée que les autres. Je te signale seulement, dans le cas que tu évoques, que, selon le Nouveau Testament, ce fut Jésus qui instruisit ses apôtres en la matière, quand ils lui demandèrent comment prier. C’est ce que nous pouvons lire dans les évangiles de Matthieu (6: 9-13) et de Luc (11: 1-4), qui rapportent cette scène à quelques différences près. Dans l'évangile de Matthieu, elle est mentionnée dans le passage du Sermon sur la montagne et on lui consacre cinq versets ; dans l'évangile de Luc, juste quatre.
Voici la traduction de ses deux fragments selon l’édition de Bayard :

MATTHIEU :
"9 Voici donc comment prier.
Notre Père,
qui es aux cieux,
Tu es saint : fais-toi connaître.
10 Fais venir ton règne.
Que selon ta volonté tout s'accomplisse
tant sur la terre qu'au ciel.
11 Le pain de la journée,
donne-le-nous aujourd'hui.
12 Remets nos dettes
comme nous remettons à qui nous doit.
13 Ne nous mets pas à l'épreuve,
et garde-nous du mal.

LUC :
"11, 1 Voici ce qui est arrivé alors qu'il priait dans un endroit : il cesse ; un de ses disciples lui dit : Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l'a aussi fait pour ses disciples.
2 Il leur a dit : Lorsque vous priez, dites :
"Père, soit ton nom reconnu saint.
Vienne ton règne.
3 Donne-nous chaque jour le pain qui nous est nécessaire.
4Tiens-nous quittes de nos fautes car nous tenons quitte chacun de nos débiteurs.
Ne nous mets pas à l'épreuve."

Ah, le sujet de la dette et ses mystères... En allemand, soit dit en passant, "dette" et "coulpe" (péché) se disent de la même manière : „Schuld“ (nom féminin).

Enfin, voici la communication de la Conférence des Évêques de France sur sa nouvelle position en la matière (c'est moi qui y mets du rouge) :
Le 3 décembre 2017, premier dimanche de l’Avent, une nouvelle traduction du Notre-Père entrera en vigueur dans toute forme de liturgie. Les fidèles catholiques ne diront plus désormais : « Ne nous soumets pas à la tentation » mais « Ne nous laisse pas entrer en tentation ». 

La nouvelle traduction de la sixième demande du Notre Père a été confirmée par la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements le 12 juin 2013, avec l’ensemble de la nouvelle traduction liturgique de la Bible, dont elle fait partie. Les évêques de France ont décidé, lors de leur dernière assemblée plénière de printemps (28-31 mars 2017), d’une entrée en vigueur de la nouvelle traduction du Notre Père le 3 décembre 2017. Ce jour qui est le premier dimanche de l’Avent marque en effet le début de la nouvelle année liturgique. (Dossier de presse)
Bayard et les évêques diffèrent, donc, considérablement, y compris à propos du terme central dans cette histoire : les exégètes de Bayard choisissent "épreuve" là où l'église renchérit sur "tentation" (1)... En tout cas, que personne ne s'affole, le message essentiel est toujours clair : Dieu examine et évalue comme un bon libéral.

Que la nouvelle année te tienne en joie et aussi curieuse et vive que d'habitude.


_______________________________
(1) Le Petit Robert de la langue française définit Tentation comme suit :
Ce qui porte à enfreindre une loi religieuse, morale ; impulsion qui pousse au péché, au mal, en éveillant le désir.
Cette définition ne serait adéquate pour l'étymon latin temptatio qu'à partir de l'irruption du Christianisme, pas avant, évidemment. Avant son détournement sectaire, Temptatio était (cf. le dictionnaire de Félix Gaffiot) soit "atteinte, attaque de maladie", soit "essai, expérience"...

dimanche 1 mars 2015

El Roto - Le Cahier électrique

El Roto sait que la réalité est un champ de bataille et que
les puissants ne veulent pas céder un pouce de terrain. 
Leurs ancêtres leur ont légué un solide patrimoine et
l'intime conviction que, pour le préserver, il fallait faire
en sorte que les vaincus voient le monde comme eux le voient.
(Reyes Mate ; extrait de sa préface au Cahier Électrique)


Il n'y a qu'environ une semaine que j'ai eu vent de la publication du Cahier Électrique, de El Roto, pourtant paru en janvier 2013, chez Les Cahiers Dessinés. La préface de Reyes Mate introduit très pertinemment Andrés Rábago et son œuvre.
Voici la présentation de la maison d'édition :

Le cahier électrique -
  • Beaux Livres-Albums
  • Date de parution : 10/01/2013
  • Format : 17 x 23 cm, 160 p., 19.00 €
  • ISBN 979-1-09-087507-4
Tous les jours depuis vingt ans, le dimanche compris, le dessinateur El Roto (le « cassé ») publie son dessin dans le quotidien madrilène El País. Pour ses milliers de lecteurs, ce dessin du jour est un rendez-vous à ne pas manquer. Ni caricaturiste ni humoriste, El Roto se qualifie de « satiriste ». Comme le confirme le philosophe espagnol Reyes Mate — qui signe la préface —, El Roto nous rend chaque jour plus intelligent. L’intelligence : voilà bien ce qui caractérise ses dessins, outre le fait qu’ils sont drôles, élégants, inimitables dans leur sobriété mordante. Une sélection de cent trente-trois dessins en couleurs, autour du thème de la crise politique et financière, de la vie quotidienne, du travail, de la famille.

Technique employée : encre noire et couleur
Comme j'ai déjà raconté ici, je ne sais plus combien d'années cela fait que je suis Andrés Rábago, El Roto (ou OPS avant). Je connaissais donc bien les vignettes qui font partie du Cahier Électrique mais c'était la première fois que je les voyais/lisais en français, drôle d'expérience. D'autant que l'auteur, toujours soucieux de qualité formelle et de transmission exacte, a tenu à utiliser sa calligraphie personnelle pour transcrire la version française (que signe Olivia Resenterra) de ses phrases lapidaires (1).





El Roto soumet toujours ses vignettes (un dessin, très souvent accompagné d'un texte) à une espèce de rasoir d'Ockham : c'est l'économie des moyens la plus intentionnée qui soit. L'archéologue qui agit en lui enlève la boue et les adhérences dissimulant le fin fond des choses. Procédé sobre et clair, le résultat de cette quintessence est autrement gros de sens, de discernement ; bouleversant sans aucun doute —compte tenu de l'incroyable percée des cadavres de vérité officiels— mais, en même temps, tellement flagrant et criant qu'on dirait une lapalissade qui saute aux yeux et aux méninges, un rappel à la décence intellectuelle et éthique vis-à-vis d'une civilisation qui a choisi la connerie, le simulacre et le mensonge pour toute horizon mental. Et si la charge d'un seul dessin (et sa formule) est si pénétrante, le face-à-face d'affilée avec plus d'une centaine de ces pilules contre les lieux communs constitue, comme tous les bouquins de El Roto, un vertige de négatifs de la vraie humanité, une trombe de chocs salutaires, une vision soutenue et sans ambages des contresens et des bobards qui composent notre pitance ordinaire. "Le pouvoir s'est employé, et s'emploie toujours, à nous rendre fous", écrit Reyes Mate dans sa préface, et El Roto œuvre, lui, si j'ose dire, pour un défoulement collectif à partir de la conscience.

(1) Que El Roto me pardonne, mais je ne me résiste pas à en reproduire ci-dessous quelques-unes dépouillées, hélas, des illustrations qui complètent leur sens. J'espère qu'elles constitueront une incitation à aller plus loin...

—Qui parle de rêver ? Nous voulons nous réveiller ! [un jeune indigné de Sol]
—Finalement, je ne sais plus si on nous persécute parce que nous sommes nomades ou si nous sommes nomades parce qu'on nous persécute [une femme probablement rom]
—Tout se tient : le contrat-poubelle, le travail de merde et les saloperies que je sers [une serveuse]
—Restaurants quatre étoiles ou soupe populaire... Quelle gastronomie !
—Nous ne sommes pas pauvres... Ils nous dépouillent.
—Selon les lois du marché, si le naufragé est plus affamé que le requin, il mange le requin... [sur le dessin, un naufragé est hanté par un aileron de requin]
—Plus je me tue à la tâche, plus je m'enfonce [un ouvrier dans une fosse qu'il continue de creuser au pic]. Arrête de creuser [un collègue].
—J'étais un vrai capitaliste, mais quand j'ai vu l'effondrement du système, je me suis précipité à son secours sans hésiter.
—Frontière : se dit d'un lieu où une folie prend fin et où une autre commence.
—J'ai eu de la chance, on m'a abattu avant l'incendie [une souche d'arbre devant une fôret dévastée par le feu]
—Les thons contiennent une telle quantité de métaux lourds que leur pêche sera bientôt considérée comme de l'extraction minière.
—Le pouvoir vient du peuple [s'exclame un président sur son tapis rouge après être descendu d'un avion] : plus exactement, de sa soumission.
—Et alors nous fonderons une société d'hommes libres et égaux, et moi je serai votre chef [À bord d'une pirogue remplie de migrants "clandestins", un type s'adresse aux autres]
—[Une voix sort du haut d'un gratte-ciel] La perspective est trompeuse : ce que toi, vu d'en bas, tu perçois comme un désastre, ici, vu d'en haut, on le considère comme une chance incroyable.
—Si le système s'effondre, nous avons le même en rechange [un type à costard noir, montre en or et cravate jaune, et au regard métallique]


—Votre niveau de vie est incompatible avec notre niveau de cupidité [un type à lunettes de soleil et au sourire triomphant]
—Ce sont les immigrés qui ont apporté la xénophobie, avant ça n'existait pas [un croquant parfait]
—Mon travail d'économiste consiste à rendre l'intolérable nécessaire [un économiste au look très brit]
—Ne les laissez pas descendre dans la rue : ils vont se rendre compte combien ils sont nombreux !

P.-S.- Reyes Mate nous rappelle qu'El Roto aime se situer dans une tradition à laquelle appartiennent Grosz, Goya, Solana et Daumier, entre autres. J'en profite pour vous rappeler, à mon tour, que l'émission Une vie, une œuvre (de Martin Quenehen, sur France Culture) d'hier (samedi 28 février) portait justement sur George Grosz, peintre et satiriste comme Andrés Rábago. En cliquant sur le lien vous pouvez accéder au podcast du programme.

vendredi 10 octobre 2014

Modiano Nobel 2014

Candidat habituel au Nobel, Patrick Modiano vient de remporter ce prix célèbre et phénoménal. « Pour cet art de la mémoire avec lequel il a fait surgir les destins les plus insaisissables et découvrir le monde vécu sous l'Occupation. »
Il a été traduit parmi nous par plusieurs traducteurs, dont moi même, mais surtout par Maite Gallego. En Allemagne, son premier traducteur fut Peter Handke.
En France, Le Monde publia hier :
L'auteur français Patrick Modiano a été récompensé par le prix Nobel de littérature « pour son art de la mémoire avec lequel il a évoqué les destinées humaines les plus insaisissables et dévoilé le monde de l'Occupation », selon les jurés, qui ont dit à la télévision publique suédoise que l'Académie n'avait pas réussi à joindre le lauréat avant d'annoncer sa victoire.
En même temps, on pouvait lire sur le site du Nouvel Observateur un entretien avec Antoine Gallimard, son éditeur et ami, qui démarrait comme cela :
La carrière littéraire de Patrick Modiano a débuté en 1968 chez Gallimard, avec la publication de «la Place de l’Etoile». Ce jeudi 9 octobre, quarante-six ans plus tard, l’auteur de «Dora Bruder» a reçu le prix Nobel de littérature.
Patrick Modiano est une vieille connaissance littéraire. Un jour, Constantino Bértolo, critique littéraire et éditeur, me confia la traduction pour Debate de Des Inconnues (Gallimard, 2000), un ensemble très cohérent de trois récits harmonieux. C'est drôle car nous avions eu une dizaine d'années auparavant notre première discussion littéraire à propos justement de Modiano et de son roman Dimanches d'Août.
Ma version, Las Desconocidas, parut en 2001. Article, pas d'article, quel article dans le titre en castillan... ? Coup de cœur ou flair d'éditeur et lecteur éprouvé, Constantino proposa une volte-face car il trouva l'article défini féminin et pluriel "las" plus adéquat, plus narratif, disait-il, ce "des" renvoyant vraiment à "toutes". D'ailleurs, et sur ce point nous étions tous d'accord, il fallait éviter la conversion du substantif français en adjectif en castillan, risque encouru en cas d'absence d'article. J'y pense encore.
Puis je traduisis La Petite Bijou (Gallimard, 2001). Joyita parut en 2003.




Il suffit de lire ces deux ouvrages pour comprendre la volonté de Patrick Modiano de revendiquer les êtres anonymes (sans nom), plus concrètement (nouveauté chez lui), les (jeunes) femmes anonymes dont le cadre social, économique et atmosphérique que nous subissons ne fait qu'une bouillie. Modiano nous rappelait que les parias non seulement existent mais constituent paradoxalement la majorité, les vies communes.
Les gens du commun font des rêves mais sont régulièrement exclu(e)s du banquet des grands. Sans nom, ils font partie du nombre... C'est comme cela qu'on existe, par exemple, dans un Centre d'Internement pour Étrangers (CIE) en Espagne, où l'on accorde un numéro aux captifs. Ils n'y ont pas droit à leur nom. C'est ce numéro qu'il faut mentionner aux policiers si l'on veut être autorisé à rendre visite à un de ces innocents "retenus" par le système libéral.

Je ne crois pas aux prix, mais je respecte et apprécie Patrick Modiano. Mémoire du passé et du présent.
Bonne journée à tous.

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Demain, samedi 11 octobre, France Culture consacrera à Patrick Modiano ses émissions de 14 heures à minuit. Cliquez ici pour accéder au programme prévu. Il y aura même un spécial Modiano et la chanson à 19h sur Continent musiques.

jeudi 28 novembre 2013

Logiciels libres contre le pistage, la censure et la marchandisation de nos vies

Facebook est une entreprise dont le modèle économique 
repose sur la collecte des données personnelles de ses 
utilisateurs pour les revendre à des publicitaires. Ces 
informations très précises leurs permettent de mettre sous
les yeux des internautes des publicités correspondant à leur profil. 
Ces derniers sont donc plus susceptibles de cliquer dessus. 
Ainsi Facebook n’est pas un produit/service. Nous sommes
le produit que Facebook vend, et cela a des conséquences
très concrètes que nous allons voir.
(Extrait de sortirdefacebook)


Que faire lorsque le software dominant est décidément trop hard, trop heavy ? L’article de Marie Bénilde « La traque méthodique de l’internaute révolutionne la publicité », paru dans Le Monde diplomatique de novembre 2013 sous l'exergue « Le droit à la vie privée taillé en pièces pour mieux vendre », a suscité une brève et pertinente réaction de la part de Vincent Dardel publiée dans le courrier des lecteurs du Diplo de décembre 2013, qui vient de sortir.
Après des remarques sur les logiciels libres et ses capacités à contrecarrer le pistage et la censure, Vincent Dardel, nous fournit quelques tuyaux que je me permets de vous relayer —au cas où ils pourraient éclairer votre lanterne en la matière, alors qu'un matraquage tous azimuts et sans merci veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Voici sa lettre telle qu'on peut la lire sur le Diplo :
Que pouvons-nous faire, à part ne plus aller sur Internet ? En vérité, beaucoup de choses. Nous devons adopter les logiciels libres en même temps qu’utiliser des réseaux distribués. Les logiciels libres sont garants de transparence et de reprise en main par une communauté, et les réseaux distribués (courrier électronique, téléchargement de pair à pair : chaque fournisseur de courriel est indépendant mais capable de communiquer avec les autres) permettent qu’un réseau ne soit pas contrôlé par une seule entité. Le pistage et la censure deviennent autrement plus difficiles. Idéalement, et des hackers y travaillent depuis plusieurs années, chaque utilisateur du réseau (ou à peu près !) serait maître de ses données.
Ainsi, nous pouvons utiliser DuckDuckGo ou Seeks.fr au lieu de Google ; Movim ou Friendica pour celles et ceux qui souhaitent des réseaux « sociaux » ; Jitsi, Ekiga au lieu de Skype ; Linux Mint — facile à prendre en main ! — au lieu de Windows et de Macintosh, quelques extensions Firefox, etc.
Je vous renvoie à Sortir de facebook : enjeux et alternatives et Prism Break pour plus d’idées.
Sortir de facebook (pour ceux qui en ont besoin ou ne sont pas encore atteints par la névrose narcissique) vous apporte beaucoup d'informations en la matière mises à jour précisément en novembre 2013. En voici son intro :

Sortir de facebook : enjeux et alternatives

Vous doutez de Facebook, vous avez déjà envisagé de vous désinscrire ? Bravo ! Nous essayons dans cette brochure d’élargir le débat, de présenter d’autres réseaux sociaux par nature respectueux de l’utilisateur et plus riches en fonctionnalités, et enfin de montrer comment il ne faut pas vous arrêter à la sortie de Facebook pour adopter de bonnes manières dignes d’un internet libre (courriel, messagerie instantanée, conférence vidéo, etc).
Bonne lecture !

Vous trouvez cette page trop longue, ou très intéressante ? Téléchargez le pdf, imprimez-le en format livret, lisez la brochure dans le bus et faites-la tourner !

Brochure au format pdf : sortirdefacebook-0.2.1.pdf (32 pages, 2 Mo)
Version imprimable (avec couverture) : sortirdefacebook-0.2-couv.pdf
Les sources de la brochure sont disponibles en ligne.
Dernière mise à jour : novembre 2013
Sa table de matière est vraiment très touffue et fait bien mouche :

Quant à PRISM Break, c'est un site qui s'exprime, plutôt très mal, en plusieurs langues, y compris le français et le castillan ; ses traductions sont déchirantes : des déchets et hilarantes.
Bref, en dépit de ces anicroches, il vous propose d'utiles alternatives libres aux logiciels propriétaires afin d'arrêter de déclarer vos activités en ligne au gouvernement étasunien et dans le but de mettre des bâtons dans les roues à PRISM, le programme de surveillance globale des données de la NSA, l'« Agence nationale de la sécurité » —organisme dépendant du Département de la Défense des États-Unis et responsable de l'espionnage d'origine électromagnétique et du contrôle des systèmes d'information à l'échelle planétaire.
Prism Break démarre par une déclaration de principes claire comme de l'eau de roche :
Apple, Google et Microsoft font partie de PRISM. Leurs systèmes d'exploitation propriétaires ne sont pas sûrs pour protéger vos informations personnelles de la NSA.
 Son menu est également très ambitieux ; n'hésitez pas à y plonger.

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Mise à jour du 13.02.2014 :

L'April publie depuis le 2 décembre 2010 un catalogue de logiciels libres. Leur objectif est d'en présenter correspondant à des usages quotidiens de l'ordinateur. Le contenu du catalogue est complété par une série d'encadrés détaillant des enjeux liés aux logiciels libres.
Par ailleurs, vu la surveillance de masse mise en place par la NSA, l'April mène actuellement une campagne :

Donnons la priorité au Logiciel Libre !

dimanche 28 octobre 2012

Le Trésor de la langue française, en ligne

Le Trésor de la langue française —dictionnaire rédigé par cent chercheurs de 1962 à 1994, en 16 volumes et un supplément, et publié en version imprimée entre 1971 et 1994, date de parution du dernier tome— vient d'être mis en ligne sur le site d'Analyse et Traitement informatique de la Langue française (ATILF), en partenariat avec le CNRS et l'Université de Lorraine.
Pour vos consultations, gratuites, vous pouvez...

    taper le mot exactement (ex. éléphant) ou phonétiquement (ex. éléfan)
    omettre les accents (ex. elephant, elefan).
    omettre les tirets des mots composés (ex. porte monnaie, portemonnaie).
    taper des mots fléchis (ex. écriront, généraux, végétales)


Exemple d'entrée :

PÉTONCLE, subst. masc.
ZOOL. Mollusque lamellibranche comestible à coquille bivalve arrondie, vivant dans la Manche et l'océan Atlantique. Ce sont surtout les coquilles Saint-Jacques et de nombreuses espèces de petits coquillages: coques, praires, pétoncles, palourdes, oursins, etc., qui sont pêchées sur des gisements naturels. Tous ces mollusques, sauf les coquilles Saint-Jacques, font surtout l'objet de commerce d'ordre local (BOYER, Pêches mar., 1967, p.79). V. pinne ex.
Prononc. et Orth.: []. Att. ds Ac. dep. 1762. Étymol. et Hist. 1415 poitoncle (Archives hist. de la Saintonge et de l'Aunis 32 (1902) ds P. RÉZEAU, Sources du vocab. poitevin-saintongeais, colloque de Nantes, 16-18 févr. 1984); 1551 petoncle (COTEREAU, tr. Columelle, VIII, 16 ds HUG.). Empr. au lat. pectunculus, dimin. de pecten «peigne, peigne de mer» (pecten*).


C'est notre "zamburiña".

vendredi 5 octobre 2012

Traductions de "Désert" et "Onitsha", de Le Clézio



Saguiet el Hamra, hiver 1909-1910.

« Ils sont apparus, comme dans un rêve, au sommet de la dune, à demi cachés par la brume de sable que leurs pieds soulevaient. Lentement ils sont descendus dans la vallée, en suivant la piste presque invisible. En tête de la caravane, il y avait les hommes, enveloppés dans leurs manteaux de laine, leurs visages masqués par le voile bleu. Avec eux marchaient deux ou trois dromadaires, puis les chèvres et les moutons harcelés par les jeunes garçons. Les femmes fermaient la marche. C'étaient des silhouettes alourdies, encombrées par les lourds manteaux, et la peau de leurs bras et de leurs fronts semblait encore plus sombre dans les voiles d'indigo. (...)
Ils avaient marché ainsi pendant des mois, des années, peut-être. Ils avaient suivi les routes du ciel entre les vagues des dunes, les routes qui viennent du Draa, de Tamgrout, de l'Erg Iguidi, ou, plus au nord, la route des Aït Atta, des Gheris, de Tafilelt, qui rejoignent les grands ksours des contreforts de l'Atlas, ou bien la route sans fin qui s'enfonce jusqu'au cœur du désert, au-delà du Hank, vers la grande ville de Tombouctou. »
C'est ainsi que commence Désert, roman de J.M.G. Le Clézio (Nice, 1940) publié en 1980 par les Éditions Gallimard (Paris). Ángel Lucía* me pria d'en faire la traduction pour Debate (Madrid) et ma version sortit dans la rentrée 1991. C'est un texte qui raconte deux histoires bien différentes, mais reliées : l'une, fictive, celle de la toute jeune Lalla, dont les ancêtres étaient les hommes bleus du désert saharien ; l'autre, historique, narre posément la marche de la caravane du grand cheikh Ma el Aïnine, rebelle contre la colonisation. Après sa mort à Tiznit (1910), les gens du désert, regroupés autour de Moulay Sebaa, le Lion, seront finalement massacrés par l'armée coloniale française —par les quatre bataillons du colonel Mangin— à Agadir, sur la côte, à 170 km au Sud d'Essaouira.
Je me rappelle avoir écrit dans mon rapport, à l'époque, ce roman transcrit une étrange sensation de bien-être.
Puis, l'année suivante (1992), Debate édita ma traduction d'Onitsha (Gallimard, 1991). Cet ouvrage est, entre autres, une version romancée d'un chapitre de la biographie de J.M.G. Le Clézio, une reprise de sa découverte de l'Afrique et de son père, à 8 ans, dans un territoire colonisé cette fois-ci par l'empire britannique. L'auteur se projette sur le jeune héros du texte, Fintan Allen, embarqué pour Port-Harcourt afin de rejoindre Onitsha, dans le Sud du Nigeria, en 1948. Puis, Le Clézio s'occuperait de ce père anglais dans un récit autobiographique postérieur, L'Africain (2004).

Le Clézio reçut le prix Nobel de littérature en 2008 et ce fait disons aléatoire relança la réédition de ses livres dans certains pays, dont l'Espagne. C'est ainsi que Tusquets voulut republier mes deux traductions dans la collection Andanzas en décembre 2008. Elles sont désormais disponibles en format de poche —dans la collection Fábula depuis octobre 2010, dans le cas de Désert, et dès ce mois d'octobre en ce qui concerne Onitsha— et jouissent donc d'un nouveau cycle de vie. Vive le recyclage.

Ma vieille édition Folio, 1980


* Ma gratitude et mes amitiés, Ángel.

lundi 26 septembre 2011

Illustration de l'abandon de l'École publique à travers un vaudeville servi par Chico Buarque

Au cas où il y aurait encore beaucoup de braves gens ignorant les raisons de la rage de l'École publique madrilène contre ses dirigeantes, je vais me permettre d'utiliser "Sem compromisso", une chanson de Geraldo Pereira (1918-1955) qui date de 1943, en guise de jeu à portée illustrative. Nombreux sont les Brésiliens convaincus que Chico Buarque de Holanda en est l'auteur. En fait, il l'a rendue célèbre dès qu'il l'incorpora à son répertoire. Choisissons donc la fine interprétation de Chico, cette fois-ci en duo avec Mart'nalia, collaboration extraite du délicieux DVD Mart'nalia em Berlin de 2009 —qui fait partie des extras du DVD et du CD homonyme.
Quand au jeu, je vous propose de faire un effort musclé de fantaisie : imaginons maintenant que ce sambinha ne soit qu'un vaudeville "chulapo" à trois personnages dont...

Você (Vous ou toi) : Esperanza Aguirre (présidente de la Communauté privatisable de Madrid) ou Lucía Figar (Conseillère d'Éducation privée mode d'Emploi*), peu importe —tanto faz.
Eu (Moi) : le service public en général, ou l'enseignement public, peu nous chaut.
Ele (Lui) : le domaine privé, ou l'enseignement privé, à votre aise.

La chanson, la pièce, occupe les premières 2 minutes 46 secondes de la vidéo qui suit :


Traduction personnelle à la va-vite :

Você só dança com ele / E diz que é sem compromisso /
É bom acabar com isso /
Não sou nenhum Pai-João /
Quem trouxe você fui eu
/ Não faça papel de louca /
Prá não haver bate-boca dentro do salão /
Quando toca um samba /
E eu lhe tiro pra dançar /
Você me diz: Não, eu agora tenho par
/ E sai dançando com ele, alegre e feliz
/ Quando para o samba
/ Bate palma e pede bis 

Tu ne danses qu’avec lui / Et en plus, tu m’ dis Écoute ! / Arrête de déconner / Chuis pas tout à fait benêt / C’est moi qui t’amène ici / Joue pas le rôle de loufoque / Pour pas que ça barde un brin dedans le salon / Quand r’sonne la musique / Et qu’ j’te dis de venir danser / Tu répliques Non !, j’ai déjà mon partenaire / Et tu r’danses avec lui, allègre et ravie / Quand le tube se termine / Battant des mains, t’implores un bis

* Depuis cette année 2011, les Friedmaniens ou Friedmanites au pouvoir à Madrid appellent "Consejería de Educación y Empleo" la vieille "Consejería de Educación".

lundi 29 août 2011

Expressio.fr, un site pour certaines expressions françaises

Ce petit blog, Candide résiste, dispose d'un libellé dictionnaires reccueillant les articles consacrés à ces objets qui s'occupent des mots et des expressions sous tant d'angles possibles. C'est là que je devrai ranger ce billet car je vous parle ici d'Expressio.fr, un dictionnaire en ligne qui tente de décortiquer —telle est sa devise— les expressions du français.
Lancé le 1er août 2005 par Georges Planelles, le site aborde aujourd'hui le sens et l'étymologie de 1 483 expressions ou locutions, ainsi que des suggestions de traduction en plusieurs langues ou sociétés. Il grandit en douceur. Voici ce que nous explique Planelles sur son projet :
J'ai commencé à travailler sur ce site en avril 2005, mais il n'a été officiellement ouvert que le 1er août 2005.
Amoureux des mots (comme quoi il n'y a pas forcément une totale incompatibilité entre une formation purement scientifique et d'éventuels penchants littéraires), il m'arrivait régulièrement de vouloir trouver l'étymologie ou la signification d'une expression de notre belle langue en voie de disparition.
Comme ce que je pouvais trouver sur le Net me satisfaisait rarement, je me suis décidé à démarrer avec un certain enthousiasme (curiosité personnelle, désir de partager...) les pages sur lesquelles vous êtes actuellement.
Mais comme j'ai aussi un certain nombre d'activités professionnelles, j'ai pris l'option d'en faire avancer le contenu lentement, à raison d'une nouvelle expression par jour (sauf les weekends), ce qui devrait m'occuper et vous maintenir en haleine pendant quelques années.
Si vous vous inscrivez sur Expressio, vous « serez informé chaque jour ou chaque semaine (selon votre choix) des nouvelles parutions et vous pourrez participer au forum lié à chaque expression ».
Pour connaître ses sources, vous n'avez qu'à cliquer sur le lien Bibliographie, et pour tout savoir sur le site (quoi, pourquoi, qui, comment, combien...), vous disposez d'une Foire Aux Questions assez touffue.

jeudi 12 août 2010

Canal-U, ses vidéos éducatives, Hagège et la diversité des langues

Canal-U, la vidéothèque numérique de l'enseignement supérieur, portail dépendant du ministère français de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, propose en accès libre plus de 5 000 vidéos sélectionnées par les Universités Numériques Thématiques. Les thématiques UNT actuelles répondent à la classification suivante :
Les requêtes s'effectuent par thème - droit, économie, lettres, sciences... -, par discipline ou par niveau (inscription au préalable). À signaler aussi, dans ce domaine des espaces vidéo éducatifs, YouTube Edu, la rubrique de YouTube dédiée aux chaînes de grandes universités, avec des conférences en ligne, des reportages ou tout simplement -on s'en doutait- des vidéos promotionnelles.

Au sujet de Canal-U, je vous insère ici un échantillon en matière d’amour des langues : Le monde et la diversité des langues, conférence prononcée le 5 mai 2010 par Claude Hagège (chercheur en linguistique, professeur au Collège de France), organisée par l'Institut de Recherche Pluridisciplinaire en Arts, Lettres et Langues (IRPALL), l'UFR des langues et le Conseil Scientifique de l'Université Toulouse II-Le Mirail, dans le cadre du programme "Les mercredis de la connaissance", à l’Université Toulouse II-Le Mirail. Elle est suivie d'un débat avec l'auditoire (min. 66:35), animé par Solange Hibbs, Jean-Louis Breteau et François-Charles Gaudard, professeurs à l'Université Toulouse II-Le Mirail. Hagège encouragea son public à lui poser des questions dans n'importe quelle langue... sauf en anglais, langue qu'on nous inflige, sans égard ni pitié, à tout bout de champ.
Synthèse officielle de la conférence :

Selon les estimations, on compte, dans le monde contemporain, entre cinq mille et sept mille langues différentes, compte non tenu des dialectes et usages régionaux. Ces langues sont rangées en un certain nombre de familles, de l’indo-européenne à la sino-tibétaine, en passant par l’ouralienne, la sémitique, l’africaine, l’amérindienne, etc. Les langues appartenant à une même famille peuvent, néanmoins, être typologiquement très différentes. Certains esprits, hier comme aujourd’hui, prônent une unité linguistique, qui se réaliserait autour d’une langue unique, réputée faciliter les échanges à travers le monde. En réalité, aucune langue n’a jamais eu de diffusion mondiale, qui soit de nature à faire qu’elle supplante toutes les autres, et il ne semble pas, malgré ce qui est déclaré ici ou là, que l’anglais ait aujourd’hui cette vocation. En effet, face à sa présence sur les cinq continents, on voit s’affirmer des langues fortement promues par les pays où elles se parlent, de l’allemand au portugais, de l’espagnol au chinois, et de l’arabe au français, lequel prend tout naturellement sa place dans ce concert en faveur de la diversité linguistique du monde.
Ah, à propos de patois, dialectes et autres parlers, Claude Hagège tint heureusement à souligner un fait humain qu’il faut bien se mettre dans la tête : « tous les modes d’expression humains, quels qu’ils soient, sont des langues, et « patois », « dialecte », etc. ne sont pas des termes linguistiques, sont des termes sociaux, ou sociolinguistiques, mais il s’agit naturellement de langues, au même titre que n’importe quelle langue de vieille tradition écrite comme le sont l’allemand, le français, l’espagnol et quelques autres langues. »


mardi 19 janvier 2010

MyMemory et les traductions

Il y a quelques semaines, grâce au nº 366 (nov-déc. 2009) du Français dans le Monde, la revue de la Fédération Internationale des Professeurs de Français, j'ai eu vent de l'existence d'une nouvelle ressource en ligne. Il s'agit d'un moteur de recherche pour les traductions qui s'appelle MyMemory ; il permet de comparer la phrase traduite automatiquement aux traductions professionnelles qui sont présentes sur internet. La brève du FDLM nous explique :
Avec plus de 180 millions de phrases traduites par des professionnels, MyMemory est la plus grande archive de traductions collaborative au monde. Très semblable à Wikipédia dans la façon dont les utilisateurs peuvent ajouter, modifier et annuler des traductions, ce moteur de recherche accepte déjà des contributions dans 82 langues différentes et comprend des mémoires de l'UE et de l'ONU.
Après plusieurs testages, j'ai pu déceler pas mal de lacunes ou défaillances chez MyMemory. Ce qui est bien logique, vu son âge. Néanmoins, il faudra suivre son évolution car un outil de ce type, bien agencé, pourrait s'avérer extrêmement utile.

jeudi 18 juin 2009

Traduction, langue, vie...

« Prends soin du sens, et les sons prendront soin d'eux-mêmes. »

Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles (1865), Gallimard, Paris, 1994.

P.-S.-Je me dis souvent après coup que les classiques ont presque tout dit. En effet, mon frère Juan Luis me rappelle que Caton disait : « rem tene, verba sequentur ». Bref : bref et clair...

vendredi 5 juin 2009

Feria del Libro Madrid 2009 - Tables rondes sur la Traduction




Dans le cadre de la 68e édition de la Feria del Libro de Madrid, dont le pays invité est la France, l'Ambassade française de Madrid et ACEtt (Sección Autónoma de Traductores de Libros de la Asociación Colegial de Escritores de España) ont organisé deux tables rondes sur la traduction de la littérature française en castillan sous la rubrique "Con traducción no hay Pirineos".
Le 30 mai, une première séance, consacrée à la littérature classique, a eu lieu sous le chapiteau Carmen Martín Gaite, espace qui abritera le 7 juin une seconde séance, modérée par Amelia Gamoneda et dédiée, cette fois-ci, à la littérature contemporaine. Les auteurs choisis pour illustrer l'entretien sont Patrick Modiano et J.-M.-G. Le Clézio, prix Nobel 2008.
En tant que traducteurs des deux romanciers, on nous invite Maite Gallego et moi à y participer. Maite a remporté l'année dernière le Prix national de Traduction : c'est dire si elle s'y connaît.
À dimanche.

P. S. - Le mardi 9 juin, à 19h30, la Feria del Libro (Pabellón de las Universidades) propose une table ronde autour du livre collectif Rimbaud, el otro (Editorial Complutense, édition de Miguel Casado). On a prévu ensuite la lecture de quelques poèmes d'Arthur Rimbaud (1854-91)