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samedi 22 août 2020

Grandes traversées : Frantz Fanon, l'indocile

(...) Seule une interprétation psychanalitique du
problème noir peut révéler les anomalies affectives
responsables de l'édifice complexuel. Nous travaillons
à une lyse totale de cet univers morbide. Nous
estimons qu'un individu doit tendre à assumer
l'universalisme inhérent à la condition humaine. 

Frantz Fanon
(extrait de l'introduction de Peau noire, masques blancs)

 

Heureux qui comme moi jouissent de bons amis, comme J., au flair aigu, qui me filent leurs tuyaux. J'apprends donc, grâce à un vieux copain, qu'on peut écouter, encore sur France Culture, une série documentaire —produite par la chercheuse en Sciences Humaines Anaïs Kien, réalisée par Séverine Cassar— sur le très grand Frantz Fanon (1925-1961), éminent psychiatre martiniquais, résistant anticolonial actif (membre du FLN algérien) et analytique, essayiste subversif pourfendeur des théories et des pratiques raciales-suprémacistes (expliquant les complexes et de supériorité et d'infériorité), et auteur notamment de Peau noire, masques blancs (Seuil, 1952) et Les Damnés de la terre (Éd. François Maspero, 1961). Il est enterré à Aïn Kerma (Algérie) conformément à ses dernières volontés.

Son engagement algérien était un engagement anticolonial. Grâce à Sara Boumghar (Libération, 12/07/2019), je découvre aujourd'hui un extrait qui définit très bien l'homme et ses positions :

Dans sa lettre de démission de l’hôpital de Blida, où il exerçait comme psychiatre, adressée en 1956 à Robert Lacoste, alors gouverneur de l’Algérie, lui vaut par ailleurs un arrêté d’expulsion du territoire algérien, daté de 1957. Cette lettre, dans laquelle il critique vivement la colonisation française en Algérie, est disponible intégralement dans son recueil d’essais Pour la révolution africaine, dont voici un extrait :

«Mais que sont l’enthousiasme et le souci de l’homme si journellement la réalité est tissée de mensonges, de lâchetés, du mépris de l’homme. Que sont les intentions si leur incarnation est rendue impossible par l’indigence du cœur, la stérilité de l’esprit, la haine des autochtones de ce pays ? La Folie est l’un des moyens qu’a l’homme de perdre sa liberté. Et je puis dire que placé à cette intersection, j’ai mesuré avec effroi l’ampleur de l’aliénation des habitants de ce pays. Si la psychiatrie est la technique médicale qui se propose de permettre à l’homme de ne plus se sentir étranger à son environnement, je me dois d’affirmer que l’Arabe, aliéné permanent dans son pays, vit dans un état de dépersonnalisation absolue.»

Le 30/07/2016, une autre émission de France Culture, Une vie, une œuvre, menée par Perrine Kervran, s'était déjà penchée sur l'œuvre et l'influence de l'insoumis martiniquais : Frantz Fanon, "L'homme qui interroge" (1925-1961), 59 minutes.

La série d'Anaïs Kien comporte 5 épisodes de 109 minutes. Elle permet d'écouter les témoignages, explications et remarques d'une trentaine d’intervenants :

Grandes traversées : Frantz Fanon, l'indocile

DU 17 AU 21 AOÛT 2020 DE 9H05 À 11H
 
Emblème de la lutte anticoloniale à travers son engagement dans la guerre d’Algérie aux côtés du FLN, il a marqué de son empreinte la fin des empires coloniaux et sa pensée révolutionnaire inspire de nombreux combats, des Black Panthers aux Palestiniens, en passant par les militants anti-apartheid.

Engagé politique et soignant, Frantz Fanon est né aux Antilles françaises dans l’entre-deux guerres. Il est devenu l’emblème de la lutte anticoloniale à travers son engagement dans la guerre d’Algérie aux côtés du FLN et grâce à son travail psychiatrique sur l’aliénation coloniale dans ses principaux ouvrages : Peau noire, masques blancs et Les Damnés de la terre. Mort en 1961 à 36 ans, quelques mois à peine avant l’indépendance algérienne, il a marqué de son empreinte la fin des empires coloniaux et sa pensée révolutionnaire inspire de nombreux combats, des Black Panthers aux Palestiniens, en passant par les militants anti-apartheid d’Afrique du Sud. 

Gaël Faye, lauréat du prix du roman des étudiants France Culture - Télérama 2016, lit les textes de Frantz Fanon. 

Après des recherches universitaires sur l'histoire de la liberté d’expression et l’invention des médias libres, Anaïs Kien intègre l’équipe de l’émission d’Emmanuel Laurentin La Fabrique de l’histoire en 2005 où elle signe plus d’une centaine de documentaires et co-anime les débats. A la rentrée 2019, elle accompagne la création de la nouvelle émission quotidienne d’histoire de France Culture Le Cours de l’Histoire où elle propose chaque jour une chronique Le Journal de l’Histoire. A l'été 2020, elle conçoit la Grande traversée consacrée à Frantz Fanon.

VOLETS de cette série :

1) Frantz Fanon : la violence en héritage ?
Comment Fanon est-il devenu le défenseur de la violence politique ? Peu avant sa mort, il rencontre Sartre et passe trois jours à Rome sans presque dormir, qui aboutissent à la préface par le philosophe des "Damnés de la terre". Livre référence pour tous les peuples en quête d’émancipation.

2) Frantz Fanon et les Antilles, la matrice d'un regard sur les sociétés coloniales.
Frantz Fanon a fait de son pays natal, la Martinique, son premier champ d’exploration de l’aliénation des peuples colonisés et des colonisateurs. S’il est oublié après son départ, les premiers mouvements nationalistes convoquent ses écrits pour penser la place des Antilles françaises.

3) Frantz Fanon, l'expérience vécue du racisme colonial sur le front de la Deuxième Guerre mondiale.
Frantz Fanon s’engage bien avant l’âge requis pour défendre la France Libre face au nazisme. Blessé et décoré, il en revient choqué et transformé après avoir fait l’expérience du racisme colonial. Une rupture matricielle qui l’amène à s’attaquer à la déconstruction de la fabrique du colonialisme.

4) La psychiatrie, une arme de combat pour dépasser la race. Frantz Fanon de Lyon à Blida en passant par Saint Alban.
Si Fanon est considéré comme un penseur politique de la domination coloniale, il est avant tout psychiatre. C’est avec ses yeux de soignant qu’il aborde la situation des relations interraciales aussi bien aux Antilles, en France qu’en Algérie pendant sa guerre de libération. 

5) Frantz Fanon au combat, un psychiatre dans la guerre d'Algérie.
En 1956, Fanon s’engage dans sa deuxième guerre. Cette fois-ci, ce n’est plus pour défendre les valeurs républicaines françaises face au fascisme mais contre l’ordre colonial de son empire sur le territoire où s’écrit la forme la plus violente de la colonisation et de sa contestation : l’Algérie.


Cette série de France Culture sur Frantz Fanon s'inscrit dans un groupe d'émissions à but mémoriel proposées par la station publique française. Céline Leclère l'explique :

Dans la nuit du 22 août 1791 commence à Saint-Domingue (aujourd'hui Haïti et République dominicaine) une violente insurrection d'esclaves qui va être le point de départ de l'abolition de la traite négrière outre-Atlantique. Depuis 1998, et en référence à cet événement, la date du 23 août a été retenue pour la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition. Une histoire et une mémoire qui s'expriment cette semaine sur France Culture portées par différentes voix. C'est d'abord Frantz Fanon qui a fait de sa Martinique natale son premier terrain d'observation des processus d’aliénation à l'oeuvre dans les sociétés coloniales. Puis le documentariste autrichien Hubert Sauper qui est allé filmer les enfants de La Havane, qui fut l'un des plus importants ports de la traite des esclaves. Avec Epicentro, le documentariste autrichien décèle à Cuba les traces toujours vives de la première des manifestations de l'impérialisme occidental. Enfin, c'est le duo électro Drexciya, issu de la scène techno de Detroit qui invente, dans les années 1990 et à grands renforts de synthétiseurs, une variation inattendue à partir de cette histoire : une Atlantide bâtie sous l'océan par des esclaves africains. Bonnes écoutes, et à la semaine prochaine !

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Mis à jour du 22 septembre 2020 :

Frantz Fanon

Frédéric CIRIEZ, Romain LAMY

Le nom de Frantz Fanon (1925-1961), écrivain, psychiatre et penseur révolutionnaire martiniquais, est indissociable de la guerre d’indépendance algérienne et des luttes anticoloniales du XXe siècle. Mais qui était vraiment cet homme au destin fulgurant ?
Nous le découvrons ici à Rome, en août 1961, lors de sa légendaire et mystérieuse rencontre avec Jean-Paul Sartre, qui a accepté de préfacer Les Damnés de la terre, son explosif essai à valeur de manifeste anticolonialiste. Ces trois jours sont d’une intensité dramatique toute particulière : alors que les pays africains accèdent souvent douloureusement à l’indépendance et que se joue le sort de l’Algérie, Fanon, gravement malade, raconte sa vie et ses combats, déplie ses idées, porte la contradiction au célèbre philosophe, accompagné de Simone de Beauvoir et de Claude Lanzmann. Fanon et Sartre, c’est la rencontre de deux géants, de deux mondes, de deux couleurs de peau, de deux formes d’engagement. Mais la vérité de l’un est-elle exactement celle de l’autre, sur fond d’amitié et de trahison possible ?
Ce roman graphique se donne à lire non seulement comme la biographie intellectuelle et politique de Frantz Fanon mais aussi comme une introduction originale à son œuvre, plus actuelle et décisive que jamais. 
SOURCE : La Découverte.

mercredi 30 novembre 2016

Guerre d'Algérie, causes et conséquences

Je suis à présent un cours de formation en ligne pour enseignants intitulé la lecture et la recherche à l'ère du numérique, qui me contraint à glaner, sur internet et ses réseaux sociaux, des infos en rapport avec un contenu de mes cours en vue d'élaborer une synthèse sur Storify. Ce billet est en rapport avec un autre déjà publié au sujet du massacre du 17 octobre 1961.

Reconstruction du 30.09.2018

Mais... As of May 16, 2018 Storify is no longer available...
Donc, j'ai essayé de reconstruire le contenu de l'information disparue. Là voilà, pour l'essentiel :


Histoire de la Guerre d'Algérie, causes et conséquences
Dans sa séance du "Moi, lecteur" du 15 novembre, José Carlos présenta un ouvrage de Bernard Droz et Évelyne Lever : Histoire de la Guerre d’Algérie (1954-62), Seuil, 1982. Il s'ensuivit une belle série de rebondissements collatéraux, dont le massacre du 17/10/1961, nous menant à l'actualité...




JC appuya son intervention sur trois vidéos de son choix. La première était due à Samir Zarqane et abordait Les causes de la guerre d'indépendance algérienne (8'15'')...



Puis, nous visionnâmes un bref documentaire de l'Obs intitulé Comprendre les origines de la guerre d'Algérie (2'46''), mis en ligne le 30 octobre 2014 : "Il y a 60 ans débutait la guerre d’Algérie. En voici les raisons."



Enfin, ce fut le tour de La Guerre d'Algérie, 8e volet du projet Réalisons l'Europe. L'Europe et le colonialisme, une réalisation du Collège André Malraux de Paron. Durée : 13’48’’. Ce chapitre rend compte du contexte et des principaux évènements politiques qui déclenchèrent et mirent fin à la Guerre d'indépendance de l'Algérie. Il précède la partie 9 sur les conséquences de cette guerre.



Quand les commentaires et les questions fusèrent, il fallut aborder le massacre du 17 octobre 1961...

Un webdocumentaire commémore les 50 ans du Massacre du 17 octobre 1961

"La date du 17 octobre 1961 reste dans l'Histoire associée à un massacre : une manifestation organisée à Paris par la Fédération de France du F.L.N. (Front de Libération Nationale ; Jabhat al-Taḩrīr al-Waţanī, en arabe) en faveur de l'indépendance de l'Algérie fut réprimée dans le sang. Les forces de l'ordre françaises, dirigées par le préfet de police Maurice Papon, tuèrent deux centaines d'Algériens par balle, à coups de matraque, étranglés ou noyés. Beaucoup des manifestants furent internés pendant quatre jours dans des centres de détention où ils auraient subi des tortures. Début octobre, Papon avait exprimé clairement qu'il couvrirait les excès policiers ; devant le personnel réuni pour les obsèques du brigadier Demoën, assassiné par le FLN, il avait déclaré dans son allocution : "Pour un coup, nous en rendrons dix." Le 5 octobre, Papon renchérit et décréta un couvre-feu parfaitement discriminatoire car il ne concernait que les Français musulmans d'Algérie. L'appel du FLN à manifester pacifiquement déclencherait la boucherie."


Ce billet du blog Candide résiste relaie, entre autres, un film de JEAN-JACQUES BERYL : 17 OCTOBRE 1961, L'ORDRE FRANCAIS, France, 2013, 48'.

[Pour des raisons de droits d'auteur, la vidéo n'est plus disponible]

Sous le titre 17 octobre 1961, un crime d’État, les Indigènes de la République organisèrent une rencontre autour du film de Beryl qu'ils publièrent sur Youtube (1h06') :




L'évocation des Indigènes de la République, renvoie forcément à sa cofondatrice Houria Bouteldja et à son essai très récent Les Blancs, les Juifs et Nous (La Fabrique éditions), ouvrage que nous saluons en raison de ses nombreuses et salutaires vertus. Sa perspective, largement ignorée par le grand public, les grands média ou l'enseignement, la justesse de sa critique du colonialisme et de la culture blanche, sa critique impeccable de l'Histoire officielle, sa lucidité à bien des égards... rendent sa lecture incontournable, même si sa crudité insolite pourrait choquer des saint(e)s nitouches effarouché(e)s et bien que certaines affirmations ou propositions soient parfaitement discutables ou absolument à discuter. Sa voix fière, indignée et très intelligente se rebiffe très naturellement contre une agression historique (reliant passé et présent, ancrant ses racines dans le passé, agissant toujours comme cadre et culture néfastes dans le présent), qui devrait faire honte et avec laquelle il faut en finir. Pour s'en faire une idée, voici deux interventions de cette femme courageuse. La première à côté de son extra-ordinaire éditeur, Éric Hazan...



...et la deuxième lors d'une rencontre-discussion avec Isabelle Stengers :



CODA 1 - Pour mieux connaître l'Histoire : Quand Tocqueville légitimait les boucheries en Algérie, par Olivier Le Cour Grandmaison, Le Monde diplomatique, juin 2001.
La tradition libérale a toujours promu et justifié l'esclavagisme, le colonialisme et la guerre de déprédation (cf. Domenico Losurdo : Contre-histoire du libéralisme, Éd. La Découverte, janvier 2013).
« J’ai souvent entendu en France des hommes que je respecte, mais que je n’approuve pas, trouver mauvais qu’on brûlât les moissons, qu’on vidât les silos et enfin qu’on s’emparât des hommes sans armes, des femmes et des enfants. Ce sont là, suivant moi, des nécessités fâcheuses, mais auxquelles tout peuple qui voudra faire la guerre aux Arabes sera obligé de se soumettre », écrit Alexis de Tocqueville avant d’ajouter : « Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l’époque de la récolte, soit dans tous les temps en faisant de ces incursions rapides qu’on nomme razzias et qui ont pour objet de s’emparer des hommes ou des troupeaux. »
[Alexis de Tocqueville, Travail sur l’Algérie, in Œuvres complètes, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1991, p. 704 et 705.]

C'est peut-être aussi un bon moment pour rappeler que tout conflit comporte également un affrontement de narrations. Bref, tout changement de perspective transforme complètement tout récit, y compris son titre. Disons que la soi-disant Guerre d'Algérie est connue en Algérie comme la Guerre de Libération nationale (au même titre que toutes les autres Libérations).

CODA 2 - Pour mieux connaître l'Histoire : Les crânes oubliés de la conquête de l'Algérie (sur le site d'information et de débat en ligne Là-bas, si j'y suis du 29 juillet 2016).

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Mise à jour du 6 juin 2019 :

Karima Lazali, psychologue clinicienne et psychanalyste, exerce dans son cabinet de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) depuis 2002 et à Alger depuis 2006.
Autrice de La Parole oubliée (Érès, 2015), j'ai appris grâce à Le Monde diplomatique qu'elle a publié en septembre 2018 Le trauma colonial. Une enquête sur les effets psychiques et politiques contemporains de l'oppression coloniale en Algérie, Éd. de La Découverte.


En voici sa quatrième de couverture :
Psychanalyste, Karima Lazali a mené une singulière enquête sur ce que la colonisation française a fait à la société algérienne, enquête dont elle restitue les résultats dans ce livre étonnant. Car elle a constaté chez ses patient∙e∙s des troubles dont rend mal compte la théorie psychanalytique. Et que seuls les effets profonds du « trauma colonial » permettent de comprendre : plus d’un demi-siècle après l’indépendance, les subjectivités continuent à se débattre dans des blancs de mémoire et de parole, en Algérie comme en France.
Elle montre ce que ces « blancs » doivent à l’extrême violence de la colonisation : exterminations de masse dont la mémoire enfouie n’a jamais disparu, falsifications des généalogies à la fin du XIXe siècle, sentiment massif que les individus sont réduits à des corps sans nom... La « colonialité » fut une machine à produire des effacements mémoriels allant jusqu’à falsifier le sens de l’histoire. Et en cherchant à détruire l’univers symbolique de l’« indigène », elle a notamment mis à mal la fonction paternelle : « Leurs colonisateurs ont changé les Algériens en fils de personne » (Mohammed Dib). Mais cet impossible à refouler ressurgit inlassablement. Et c’est l’une des clés, explique l’auteure, de la permanence du « fratricide » dans l’espace politique algérien : les fils frappés d’illégitimité mènent entre frères une guerre terrible, comme l’illustrent le conflit tragique FLN/MNA lors de la guerre d’indépendance ou la guerre intérieure des années 1990, qui fut aussi une terreur d’État.
Une démonstration impressionnante, où l’analyse clinique est constamment étayée par les travaux d’historiens, par les études d’acteurs engagés (comme Frantz Fanon) et, surtout, par une relecture novatrice des œuvres d’écrivains algériens de langue française (Kateb Yacine, Mohammed Dib, Nabile Farès, Mouloud Mammeri…).
Sous le titre Les Français n'ont toujours pas digéré la guerre d'Algérie, Thierry Leclère nous en livre son analyse en deux pages (6 et 7) du Siné Mensuel nº 87 (juin 2019).
À propos de l'ouvrage de Karima Lazali et de sa radiographie, si j'ose dire, de la mémoire collective en France en rapport avec la colonisation et la guerre d'Algérie, il affirme :
En fine lectrice de Frantz Fanon, auteur de l’incontournable Peau noire, masques blancs, psychiatre compagnon de route de la révolution algérienne (mort en 1961, à 36 ans), Karima Lazali ausculte les impensés et les blancs de notre mémoire collective avec les lunettes de la clinicienne. Et c’est en cela qu’elle va plus loin : « les historiens ont parlé d’histoire oubliée. En fait, elle est impossible à oublier. Il s’agit d’autre chose : cette histoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie n’est toujours pas inscrite dans les mentalités, dans le discours public, dans l’imaginaire collectif. Il ne faudrait pas parler d’oubli mais plutôt d’effacement. » Une histoire effacée, donc, et pas même refoulée comme on pourrait l’imaginer : « Vous refoulez quand c’est inscrit. Là, c’est l’inverse du refoulement », insiste la psychanalyste. Cette histoire n’est toujours pas inscrite dans le discours commun. La machine de l’effacement, elle est là. »
Et il prend acte de la situation en 2019...
Nous voilà dans l’ère du « oui, on sait tout ça, mais il faut passer à autre chose ». (...) Oui, la conquête coloniale a décimé probablement un tiers de la population algérienne, mais passons à autre chose... Passer à autre chose sans avoir vraiment nommé la chose ? Pas besoin d’être psychanalyste pour comprendre qu’on n’ira pas très loin comme ça. « Une partie des Français n’a jamais accepté l’issue de la guerre d’Algérie. Sous le signe de la vengeance, une mauvaise mémoire joue contre les immigrés maghrébins. Toute une légende de « l’invasion arabe » hante l’opinion », écrivait dans les années 1990 l’historien Yvan Gastaut*. C’est toujours vrai. Même si le 11 Septembre, Al-Qaïda et Daech sont passés par là, le trauma colonial reste, en France, la partie immergée de l’iceberg du racisme anti-Arabe. Étonnez-vous, après ça, qu’année après année, « l’indice de tolérance » des Maghrébins et des musulmans, comme dit la très officielle Commission nationale consultative des droits de l’homme, arrive en avant-dernière position, après les Noirs et les Juifs, et juste avant les Roms. Il n’y a guère que ces derniers pour prouver aux Français de culture musulmane qu’on peut être encore plus mal vu dans ce pays qu’un Arabe !

*« L’Algérie se dévoile », chap. 1 de Sociologie d’une révolution, de Frantz Fanon, Maspero 1959, réédité en 2001 par La Découverte sous le titre L’An V de la révolution algérienne.

jeudi 16 juin 2016

Collon sur les mensonges, la propagande de guerre et la Syrie

Voici une entrevue, produite par Thinkerview, où l'on interroge l'écrivain et journaliste indépendant belge Michel Collon. Réalisée le 16 février 2016, elle a pour titre Propagande de Guerre, festival de médias mensonges et complot ? et elle aborde les sujets que je détaille un peu plus bas.

Collon a déjà été cité ici (Notre émotion ne devrait pas borner notre réflexion) et là (¡No es una crisis!). Comme il pense que nous sommes tous des journalistes et que l'information n'est pas un luxe, mais un droit, il a fondé en 2004 le collectif Investig'Action qui...
(...) regroupe des journalistes, des écrivains, des vidéastes, des traducteurs, des graphistes et toute une série d’autres personnes qui travaillent au développement de l’info alternative. Parce qu’on ne peut laisser des médias dominés par la logique marchande monopoliser l’information sur les guerres, l’économie et les rapports Nord-Sud, Investig’Action milite pour donner la parole aux sans-voix. [En savoir plus]

Propagande de Guerre, festival de médias mensonges et complot ?

Liste chronologique des sujets abordés :

01:33 - Guerre d'Irak
01:56 - Manipulation des médias
04:33 - Guerre Yougoslavie
06:47 - Carl Von Clausewitz
09:30 - L'affaire du golfe du Tonkin
10:39 - Opération Northwoods
13:16 - Kadhafi
13:54 - Syrie
16:09 - Anthrax / Propagande de guerre
19:04 - France / Propagande de guerre
25:07 - Propagande médias/journalistes
30:21 - Bataclan / 13 Novembre
34:01 - Terrorisme 30 prochaines années
37:21 - Réseau Gladio
40:12 - Théories du complot
45:23 - Général Wesley Clark
50:09 - Guerre dans les prochaines années ?
56:21 - Conseils pour les jeunes générations
Michel Collon a déjà expliqué à plusieurs reprises quels sont, selon lui, les cinq principes de la propagande de guerre. Par exemple, en septembre 2013, dans ce débat sur la Syrie (Intervenir en Syrie ?) tenu dans l'émission Ce soir (ou jamais !) sur France 2 :



Collon rappelle qu'en 1917, le premier ministre Lloyd George déclara: « Si les gens savaient la vérité, la guerre s’arrêterait demain. Mais bien sûr ils ne savent pas et ne doivent pas savoir. »
PRINCIPES DE LA PROPAGANDE DE GUERRE

1. Cacher les vrais intérêts
2. Cacher l’Histoire
3. Diaboliser l’adversaire
4. Se présenter comme des défenseurs des victimes
5. Monopoliser le débat et empêcher les opinions adverses
En ce qui concerne l'allusion à Roland Dumas et la Syrie (cf. 1' 45''), on peut écouter deux explications de Dumas lui-même, une première en longueur, une seconde plus courte, dont voici l'extrait vidéo :

mercredi 2 septembre 2015

Islamophobie

Hablar mal o bien de los otros depende de
quién habla, de quién manda y de cómo se resiste.

Los clichés de los vencedores son órdenes.

(...) entre 1815 y 1918, las potencias europeas
pasaron de ocupar el 35% a dominar el 85%
de la superficie de la Tierra, y ello en paralelo
a un aumento del "poder discursivo", (...) 
Extraits de "Islamofobia")

Et ce que je reproche à notre gauche,
à force de haïr l'islamisme,
c'est d'avoir oublié la question sociale !
(Moncef Marzouki,
Le Point Afrique, publié le 9/12/2014
et cité dans Islamofobia)


(...) je n'ai jamais compris pourquoi à Charlie
ils ne s'acharnaient pas avec autant d'assiduité
à la criminalité politico-financière de religion monétaire,
et qui finira par tous nous enterrer vivants
dans nos petites batailles identitaires.
(Halim Mahmoudi, 8/01/2015) 


Pour illustrer ou justifier le titre de ce billet, on pourrait choisir une longue liste de cas —liste nourrie, ou nourrissable, de plus de deux siècles de colonisation, humiliation et diabolisation des peuples arabes et musulmans, un peu partout : depuis la campagne de Napoléon en Égypte (entre 1798-1801 où, entre autres, son aide de camp François Croizier coupa toutes les têtes des insurgés d'une tribu après une expédition punitive), ce ne sont pas les exemples qui manquent. Des chercheurs comme Eric Hobsbawm, Edward Saïd ou Domenico Losurdo seraient bien d'accord à cet égard ; ce dernier remémore justement la longue durée du racisme colonial anti-arabe, voire le spectre de la « solution finale» de la question arabe, dans Le Langage de l’Empire. Lexique de l'Idéologie étasunienne, essai très probant publié en français par les Éditions Delga (traduction de l'italien par Marie-Ange Patrizio). Dans mon édition en castillan (dont la traduction du sous-titre est triste car impériale : El lenguaje del Imperio. Léxico de la ideología americana, Escolar y Mayo, 2008. Trad. d'Alejandro García Mayo), on peut lire, p. 204 :
(...) Con la llegada del colonialismo, el proceso de racialización da un decisivo paso adelante: asistimos al tránsito desde la islamofobia de base religiosa al odio racial contra los árabes. En junio de 1846, en el curso de un debate en la Cámara, Francisque de Cordelle, amigo e interlocutor de Tocqueville, refiere las "máximas del odio contra los indígenas", enunciadas explícitamente por la prensa de los colonos franceses en Argel. Un periódico no duda a la hora de escribir con letras claras que los árabes son "una raza humana destinada a ser destruida por un decreto de la Providencia"; como los pieles rojas, las "razas inferiores" en su conjunto deben "esfumarse ante las razas superiores". La suerte de los árabes está echada: "Hay unanimidad en cuanto a la destrucción de esta raza culpable"; "los verdaderos filántropos tienen la misión humanitaria de destruir las razas que se oponen al progreso". [cf. Alexis de Tocqueville : Œuvres complètes, éd. de J. P. Mayer, Gallimard, Paris, 1951.]
(...) A ojos de los oficiales, de los soldados y de los colonos franceses en Argelia "los árabes son como bestias del demonio", "la muerte de cada uno de ellos es considerada como un bien". (...)
Algunas décadas más tarde, la tentación de la "solución final" de la cuestión árabe emerge no ya en las colonias de la Francia liberal de Luis Felipe, sino en las de la Italia también liberal de Giolitti. El nacionalista Corradini exhorta a "sacar de su madriguera" y "colgar a la bestia salvaje llamada árabe". Una voluntad de masacre que D'Annunzio pone en versos, bastante mediocres y repugnantes: "Firme el ojo en la mira, ¡oh cristianos! / Sólo peca quien yerra el tiro / ¡Recuerda! No son hombres, sino perros". [Etc., etc., etc... afin de vous éviter, croyez-moi sur parole, la lecture de lignes encore plus dégueulasses]
La haine raciale contre les Arabes, bêtes du Diable dont la mort n'est que du bien, race coupable...
Ce qui est terrible, c'est que de nos jours se multiplient également les échantillons d'une islamophobie institutionnelle à peine masquée, aznarismes à part. Pour en choisir un de très récent et concernant même le domaine de l'Éducation, rappelons que le 21 novembre 2014, on pouvait lire sur Mediapart l'éclairante et exécrable révélation qui suit :
Mediapart s'est procuré un stupéfiant document envoyé par l'académie de Poitiers aux chefs d'établissement. Sous couvert de « prévenir la radicalisation » religieuse de jeunes, il manie clichés et préjugés en ciblant les musulmans. Le ministère admet un certain embarras. La radicalisation religieuse de jeunes Français est, compte tenu de l'actualité, devenue un sujet de préoccupation majeur des pouvoirs publics. Dans le cadre du « plan national de lutte contre la radicalisation » lancé en avril par Bernard Cazeneuve, l’Éducation nationale a décidé de s’atteler au problème avec l’objectif de détecter au plus tôt ces situations. Au vu du stupéfiant document que s’est procuré Mediapart, il n’est pourtant pas certain que le ministère se soit doté des outils adéquats. (...)
Le sujet fut immédiatement repris par d'autres confrères, comme Le Monde. On peut cliquer ici pour accéder à un powerpoint qui expose sans ambages, par exemple —et après un rappel historique à la mémoire trouée comme une passoire et tellement ciblé qu'il fout vraiment la terreur—, quels sont les indicateurs contemporains de la radicalisation. Non, ce ne sont pas les cravates qui prêchent le bombardement et l'occupation des pays arabes, verbi gratia, non. Ce signalement du bouc émissaire, ces indics factuels qui ne sauraient duper personne sont, sans conditionnel,...
...des signes extérieurs individuels...
☞Barbe longue et non taillée
☞Cheveux rasés
☞Habillement musulman
☞Jambes couvertes jusqu'à la cheville
Refus du tatouage
Cal sur le front
... et des comportements individuels...
☞Repli identitaire
☞Rhétorique politique (réf. à l'injustice en Palestine, Tchétchénie, Iraq, Syrie, Égypte)
☞Exposition sélective aux médias (préférence pour les sites websjihadistes)
☞Intérêt pour les débuts de l'Islam
Qu'en dire... On dirait que le tatouage devient désormais obligatoire, comme l'anglais... L'exposition sélective au Figaro et à Europe 1, serait-ce un indicateur infaillible de radicalisation...? 
Dans le Siné Mensuel de juin 2015 (page 18), Delfeil De Ton lance son alerte aux rouquins : "On nous dit : surveillez les barbus, surveillez les femmes en niquab, en hijab, en jupe noire longue, en foulard, en voile, dénoncez les colis abandonnés, les Kalachnikov en liberté, changez de trottoir si vous voyez des terroristes, mais personne ne nous dit : méfiez-vous des rouquins." Et ceci malgré Mark Colborne et autres Anders Breivik, par exemple.

Justement un cofondateur de Mediapart, Edwy Plenel, qui a publié Pour les Musulmans (Éd. La Découverte, 2014), constate, et l'explique sur France24 (cf. la vidéo ci-dessous), que les Musulmans sont devenus nos nouveaux boucs émissaires...



Dans ce contexte d'entérinement attesté et bon enfant (oublions un instant les vautours de service) de l'islamophobie, il faut saluer la parution de Islamofobia. Nosotros, los otros, el miedo, de Santiago Alba Rico, dans la collection Más Madera des éditions Icaria (Barcelona, mai 2015), court essai que je voudrais bien voir traduit en français. D'ailleurs, son point de départ textuel —le fait qui déclencha sa rédaction et sa publication ?—, ce fut le sanglant attentat fasciste contre le journal satirique Charlie-Hebdo du 7 janvier 2015, évènement qui suscita une triple sensation d'horreur chez notre auteur, comme au demeurant parmi bon nombre de nous : d'abord, celle du carnage en soi et le fait que les victimes visées étaient des dessinateurs et des écrivains, des bouffons. Puis, un troisième élément d'épouvante s'avérait, en raison des réactions et des conséquences de la fusillade : l'islamophobie dans l'air.
Je conseille donc la lecture de cet ouvrage à tous ceux qui souhaitent disposer d'une approche, des exemples et des positions sur les différentes facettes (1) de la polyédrique question araboislamique fructueusement non conventionnels, radicalement non manichéens. Une bibliographie pertinente et un glossaire de noms islamiques complètent l'édition. 
Voici deux extraits du livre qui permettent de mieux comprendre son approche ; l'islamophobie s'avèrerait un problème lorsque l'EI devient "la grande menace pour l'Occident", voire pour le monde entier, aux yeux des média, des politiciens et des intellectuels, alors que l'État d'Israël, bien plus menaçant pour la paix mondiale, la théocratie saoudite ou les pilonnages des États-Unis se présentent comme les garants de la démocratie et le rempart contre le fanatisme. Le problème serait l'islamophobie et non l'Islam :
La islamofobia como problema comienza cuando para los medios, los políticos y los intelectuales el Estado Islámico se convierte en "la gran amenaza para Occidente", valga decir para el mundo entero, mientras el Estado de Israel, mucho más amenazador para la paz mundial, o la teocracia saudí o los propios bombardeos de los EE UU aparecen como garantes de la democracia y bastión contra el fanatismo. El problema es la islamofobia y no el islam.
Puis, en guise de coda ou conclusion, il nous lance son alerte ; l'islamophobie serait l'équivalent dans le miroir de l'islamisme djihadiste, ses discours essentialistes fonctionnent de la même manière, se nourrissent réciproquement et mènent aux mêmes crimes, constitueraient donc un même combat pour ceux qui prennent au sérieux la défense des valeurs laïques, républicaines et de gauche :
Mucho cuidado: la islamofobia es el equivalente en el espejo del islamismo yihadista. Sus discursos esencialistas funcionan de la misma manera, se alimentan recíprocamente y conducen a los mismos crímenes. Si queremos vencer al segundo, tenemos que luchar también contra el primero. Este debe ser el objetivo prioritario e "interesado" de cualquier ciudadano que se tome en serio la defensa de los valores laicos, republicanos y de izquierdas.
À propos du fondamentalisme laïque et de l'interdiction des symboles religieux, sujet très d'actualité... depuis presque trois décennies, Alba Rico se souvient du Benjamin Constant des Principes de politique applicables à tous les gouvernements représentatifs et particulièrement à la Constitution actuelle de la France (rédigés en 1806, publiés en 1815) :
La superstition n’est funeste que lorsqu’on la protège ou qu’on la menace : ne l’irritez pas par des injustices, ôtez-lui seulement tout moyen de nuire par des actions, elle deviendra d’abord une passion innocente, et s’éteindra bientôt, faute de pouvoir intéresser par ses souffrances, ou dominer par l’alliance de l’autorité. Erreur ou vérité, la pensée de l’homme est sa propriété la plus sacrée ; erreur ou vérité, les tyrans sont également coupables lorsqu’ils l’attaquent. Celui qui proscrit au nom de la philosophie la superstition spéculative, celui qui proscrit au nom de Dieu la raison indépendante, méritent également l'exécration des hommes de bien.
Ce chapitre et celui consacré au féminisme sont particulièrement intéressants et perspicaces, et ce n'est pas un sujet facile à aborder.
Vers la fin de son essai, Alba Rico revient à son premier thème de réflexion, la question Charlie Hebdo. C'est comme cela que j'ai eu vent pour la première fois d'un témoignage imposant signé par Halim Mahmoudi qu'il faut lire dans son intégralité et que je me permets de reproduire tel quel pour conclure ce billet. Le prof candide prévient toutefois ses hypothétiques lecteurs que ce tapuscrit déchirant et bourré de sens contient un certain nombre de coquilles. Shokran bsef, Halim Mahmoudi.





(1) Religion, colonialisme, rappels historiques, solipsisme "occidental", ignorance crasse et insolence grasse de nos experts, les juifs et le Sionisme, nos amis arabes (des gentils un peu méchants ?), les épouvantables tweets arabophobes signés par des ados israéliens (et recueillis par le journaliste canadien David Sheen), narcissisme capitaliste et esclavage (ou diabolisation de l'autre, la femme, l'homo, l'indigène, le noir...), islamismes, racisme, barbaries autochtones, islamophobie arabe, révoltes récentes, gauche, laïcisme, féminisme, Charlie, EI (Daech, et la position de Ramzy Baroud)...
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HALIM MAHMOUDI est un dessinateur et vignettiste français d'origine algérienne. Il vit à Venerque (Haute-Garonne), commune de l'aire urbaine de Toulouse. C'est l'auteur d'Arabico.



Voici son texte publié le 8 janvier, au lendemain de la tuerie du Charlie Hebdo :
Je suis dessinateur de presse, arabe... mais seulement ami avec Charlie!
Merci pour les messages et les demandes de participations dessinées, mais:
J'allais chez Charlie Hebdo depuis le lycée, ca date! Et puis la dernière fois, c'était en Septembre dernier, j'ai partagé une assiette d'huitres avec Tignous, 3 jours de poilade et d'amitié franche... Alors depuis hier, je n'ai rien pu dessiner.
Depuis hier, je reçois des messages d'amitiés, des pensées, et aussi des demandes de dessins, et de participation. Mais je reste comme un con devant ma feuille blanche.
J'ai compris que c'était l'horreur tout ca, moi qui enfant ai "naturellement" vu circuler des armes, appris à mentir pour que 4 types armés de fusils à pompe ne rentre pas à la maison pour se venger, ou pour ne pas balancer des amis ( dont je comprenais la situation) au RG qui essayaient de nous extorquer des renseignements... jusqu'à l'année dernière encore, où cette fatalité, cette "loi du milieu" à tué 2 de mes potes d'enfance. L'un après l'autre, ils sont mort atrocement et ont fait les faits divers. C'est aussi ca mon âme d'enfant d'immigré. Des choses du passé refont surface....

La laïcité de façade qui m'a fait subir des contrôles d'identité humiliants qui m'ont souillé le coeur et où j'ai dû ravalé ma rage, des soirées niquées parce qu'on ne rentrait pas en boite, une petite amie qui m'a dit sur le seuil de sa porte que c'était terminé parce que ces parents ne veulent pas "que je sorte avec un arabe" ou encore des emplois qu'on me refusait parce que les clients ne comprendraient pas. Des centaines de lettres et aucun entretien d'embauche à passer! Peu de ressources financières, et l'ennui chevillé aux pompes bon marché chez Tati. Les vacances au quartier, ou en colo. Des braqueurs au grand cœur, on achetait des trucs tombés du camions à des prix que la chine ne suivrait pas.. On allait pas chipoter sur la légalité.
Des blancs à la télé, des blancs dans les centre ville, dans les bureau. Même les assistantes sociales qui paradaient chez nous étaient blanche. La rédaction de Charlie, invariablement blanche. Hier encore, quand je suis allé au rassemblement pour Charlie Hebdo, la place du Capitole n'était pas "noire de monde". Elle était blanche! Il y avait quelques personnes comme moi, un peu, dont une femme en Hijab qui portait un panneau ou il n'y avait pas écrit "Je suis Charlie", rien de pro-liberté d'expression. Non! Il y avait juste écrit: "Touche pas à ma France! ". Ca m'a rappelé ma tante qui m'a dit l'autre jour que "les arabes d'Algérie, ils faut s'en méfier, ils veulent profiter, c'est tout!". Et alors ca m'a rappelé que la religion me séparait des miens un peu plus chaque jour. Ca m'a rappelé qu'avant ce repli, il suffisait juste d'être arabe pour se sentir proches, peu importe si tu faisais la prière, si tu respectais ou pas scrupuleusement les piliers de l'islam. Même si je ne cautionne pas cet aveuglement, je le comprends à un point, vous n'imaginez même pas... Bref, on ne mangeait pas de porcs, mais on s'arrachait pas les cheveux sur des étiquettes "Hallal". Et la petite mosquée dans mon quartier d'enfance était encore une salle des fêtes à l'époque. Ils auraient pu en construire une, mais ils ont décidé que la salle des fêtes deviendrait la mosquée. Depuis, on a plus de salle des fêtes hors des pièces sans fenêtre dans une cave où ils ont mis des animateurs de quartier. Et on ne se faisait pas insulter à longueur de journaux, de médias radios, télés, de couverture. Personne pour nous représenter à part des clowns triés sur le volet pour chanter les valeurs républicaines. Ces valeurs qui ont saccagé mon enfance!
On ne représentait pas encore un danger. Mais on était en danger. On l'a toujours été. La pauvreté et la misère, les ghettos sociaux, l'économie parallèle ou la prison, les voies de garages à l'école, l'échec scolaire, le chômage sans perspective d'avenir, et surtout, surtout l'ethnicité: tout ca c'est dangereux. Réellement dangereux.
Et puis, un peu partout, je lis que les bien pensants demandent de ne pas faire d'amalgame.... j'y ai cru, j'ai essayé de les éviter ces amalgames. Toute ma vie, je n'ai fait que ca! Eviter ces putains d'amalgames! Sauf que voilà, ce pays, la France, est bâtie sur l'amalgame: La séparation économique et sociale est ethnicisée. Les visages floutés sur TF1 restent basanés, les dirigeants de ce pays sont tous un peu vieux, pas mal blancs, très masculins. Et ce pays aussi. Quand je suis allé à Clichy-sous-bois l'an dernier, là-bas la population était massivement arabe et noire. A des kilomètres de Paris. Et il y a une sorte de frontière invisible à un moment où tous les passagers du bus deviennent blancs. Et ceux là, ils vont travailler. On passe des sacs de courses aux mallettes de travail. L'amalgame a bâtie la France. Je me suis fait insulté par la police, giflé quelque fois à cause de cet amalgame national. J'ai parfois répondu et j'avais la trouille d'aller trop loin.. de rajouter mon nom sur la liste des centaines de mes frères abattus pas des policiers. Tous ces crimes se sont soldés par des non-lieux, ou de la prison avec sursis. Et en général des promotions pour les assassins.
Alors nous, on est un peu las de ce manège, ca nous fatigue ces valeurs à la gomme, ces vertus inexistantes, cette liberté d'expression à sens unique. On ne dit rien parce qu'être musulman ce n'est pas être Charlie. Enfin plus depuis l'arrivée de Philippe Val en tout cas. Même ce cher Cavanna, ex-pauvre et fils d'immigré italien, le fondateur de Charlie, pleurait d'impuissance parce que Val a pris et changé l'âme de ce qu'était Charlie Hebdo à la base.

Et les médias qui font mine de pleurer, ou de s'insurger devant la barbarie ont armé les criminels qui ont abattu mes amis. Alors si eux sont Charlie, si Val est Charlie, je ne peux pas être Charlie. J'ai trop de respect et d'amour pour hurler avec les loups. Trop de douleur et encore toutes mes facultés mentales en état de marche.
Sinon expliquez moi en quoi mettre une bombe sur la tête d'un prophète est marrant? Ou écrire "traitre" sur le front d'un juif sur une caricature d'avant guerre par exemple? En quoi c'est marrant, expliquez-moi? En quoi Dieudonné ne représente t'il pas le courage du vaillant soldat qui se bat pour exprimer ses idées et convictions? Lui aussi s'est moqué en parlant de Mahomet ou d'Allah, mais il riait de tout, et AVEC tout le monde! Alors elle est où la différence? Je ne comprends pas! En quoi l'acharnement médiatique à vouloir sans cesse dénicher ce qui cloche avec l'islam est-il une liberté d'expression? Bordel, c'est quoi au juste la liberté d'expression?
Ne serait-ce pas la France qui a des gros problèmes d'intégration dans ce siècle? Avec son système vicié, lent, et tout poussiéreux? Ne serait-ce pas pour une fois, l'oppresseur qui aurait tort? Au lieu de nous chanter à longueur de temps qu'on a de la chance dans ce pays parce que dans nos pays d'origine c'est pire. Ou qu'on se plaint, qu'on joue les victimes, comme si tous nous étions paranos!!!?
Que les études du CNRS sur la discrimination à l'embauche au logement sont erronées? Qu' à Amnesty International ils se plantent, quand ils disent qu'il y a une véritable violence répressive à l'œuvre en France à l'égard des populations issues de l'immigration? Que la Halde ne fait jamais suivre les plaintes pour discrimination?
Mais quel Charlie voudriez vous que moi dessinateur de presse et de culture musulmane, je sois? Le Charlie de la bande à Choron, Coluche et Reiser qui rigolait AVEC nous? Ou celui de Philippe Val et d'un Charb qu'humainement j'aimais beaucoup mais qui grillé un fusible et qui rigolait DE nous? Je le lui ait dit à Charb, on était en désaccord mais ca n'empêchait pas que j'ai proposé une autre grille de lecture après l'affaire des caricatures en 2005. D'autres dessins, avec une autre vision. Et rien n'est passé. Ce n'est pas grave, il ne se voyait pas publier ca dans Charlie, c'est son droit. Mais aucun journal n'a suivit. Si Le Monde. Sauf qu'ils m'avaient demandé d'édulcorer et d'enlever certains passages afin que ca puisse être publiable. Alors j'ai refusé. Parce que je n'ai pas une tête à m'appeler Charlie!

Je me sens mal quand il y a un acte terroriste au nom de l'islam. Je me sens mal quand des dessinateurs prennent une caricature pour un dessin d'humour. Comme s'ils n'avaient jamais eu de cours sur l'image. Et je me sens coupable de faire partie de chacun de ces groupes, de les comprendre, de voir qu'ils se trompent sur l'autre, et sur eux-mêmes, parce qu'incapable de parler. L'empire ottoman, celui des Abbassides, et tout le monde arabe en général était malgré la dictature et les violences inhérentes à l'exercice de pouvoirs impérialistes (c'est vrai tu as raison kris krumova, merci émoticône wink) était humain. Je parle des peuples. Les juifs, alors persécutés dans toute l'Europe trouvaient principalement refuge chez nous. Et nombre de nos illustres ancêtres, des savants ou des poètes; pensaient que le domaine de tous les domaines, la quintessence divine n'était pas la science, ni l'art, ni la géométrie, mais bel et bien l'amour et la sexualité. Le moyen par lequel on donne généralement la vie donc! Nous n'incarnions pas la terreur et la mort. Nous célébrions ce que dieu a mit de plus cher à notre disposition: La vie ! Je parle du savoir et des valeurs que ces peuples se transmettaient. Et aujourd'hui, un nombre important des miens, acculés au mur, se sont repliés pour s'opposer, résister pour ne pas être rien pour personne. Ne surtout pas être rien à nos propres yeux. Immigré ici ou là-bas, c'est la même impression d'être partout apatride, mais on ne se l'avoue pas. Et de toute façon à qui, puisque personne n'écoutera ...
Les gens qui savent ce que c'est que de vivre nos vies savent que j'ai édulcoré mes BD pour m'adapter, me mettre au niveau intellectuel et psychologique de ce pays. C'est à dire en dessous de toute volonté de dialogue, d'ouverture, d'objectivité et de réciprocité. Je ne peux pas ouvrir mon cœur à un pays qui me sort des mots à la con comme "diversité" ou "vivre ensemble" et qui diffuse à gogo vidéos et bandes sons du drame sans égard ni pour les familles de mes potes qui sont morts, ni pour la majorité des musulmans que le système médiatique fait souffrir à longueur de temps!
Sinon dites moi où sont passées les vidéos de caméras de surveillance du commissariat de Joué-Les-Tours?
Au fait, à propos des intégristes, je me rappelle qu'ils étaient venu au quartier, j'étais enfant. Des mecs sortis d'une camionnette qui ressemblait à celle de "Retour vers le Futur" quand Doc se fait abattre. Bref, je n'ai pas pensé à ca, mais je me souviens que ma mère ( qui nous élevait toute seule ) les avait vu ( et flairé) et qu'elle m'avait foutu la trouille en me disant que j'aurai affaire à elle si jamais je leur adressais la moindre parole. Voilà je viens d'y penser parce qu'aujourd'hui, c'est ton anniversaire youma... émoticône heart

J'ai reçu quelques messages qui disent que rien ne justifie l'acte terroriste... alors je donc REPETER: Je NE cautionne PAS cet acte effroyable, ce meurtre. Cessez de me relier à cela, je vous remercie! D'autant que j'ai perdu personnellement de bons potes dans l'histoire.
Et je vais donc PRECISER: Dans l'état actuelle des choses où les populations immigrés, noirs, arabes, musulmanes etc. subissaient la ghettoïsation économique, sociale que l'on sait depuis un bail, il ne leur reste que 5% de dignité, une religion, cet espace intime qu'est la foi et qui fait tenir debout dans les situations les plus critiques. Et malgré cette maigre "bandelette de Gaza" intime et psychologue que les musulmans tentent de préserver pour ne pas craquer sous le poids de la mise à l'écart et des insultes répétées, il se trouve malgré tout en France, des gens qui se permettent de s'offusquer qu'on tienne à ce petit bout de territoire privé qu'est leur religion. Au risque de choquer, ca ne m'étonne plus qu'il ce soit trouvé des gens avant la seconde guerre mondiale pour faire circuler de sales blagues antimites en France, à une époque où les juifs étaient à peu près dans la même situation que celle des musulmans aujourd'hui. Finalement, il y a une vraie cohérence dans ce pays les gars, ca c'est une constante bien nationale!

Personnellement, je n'ai jamais compris pourquoi à Charlie ils ne s'acharnaient pas avec autant d'assiduité à la criminalité politico-financière de religion monétaire, et qui finira par tous nous enterrer vivant dans nos petites batailles identitaires. Si nous en sommes là, c'est parce que le système tourne à vide. Sauf qu'en 2014 y'en a qui veulent encore vérifier si les musulmans ont vraiment de l'humour. Sans même se douter qu'il y a des cons vraiment vraiment vraiment partout: Même s'il n'y a pas que cela ( heureusement), il y en a chez les musulmans comme il y en a chez Charlie! Sinon ce bon vieux Siné ne se serait jamais fait viré !
Les miens, les issus de l'immigration, les jeunes, les vieux, les clandos, les blédards, ceux qui virent muslim, modérés ou radicaux, les rappeurs, les intégrés, les rageux, les "viva l'algérie", ceux qui disent "Cheh !" depuis mercredi, ceux pleurent, tous ceux qui se taisent, ceux qui ont peur, ceux qui applaudissent, ceux qui ont la rage, ceux qui ont mal, ceux qui comprennent sans cautionner, ceux qui cautionnent sans comprendre, tous: On critique parce qu'on aime ce putain de territoire Français et ses habitants! Malgré tout le mal qui a été fait, malgré les incompréhensions, la surdité, la peur, l'ignorance que ce pays à envers nous, on l'aime quand-même surtout si ca l'emmerde! Si on l'aimais pas, on serait simplement indifférents. On ne critiquerait rien, on ne provoquerait pas, on ne sifflerait pas la marseillaise, il n'y aurait pas de drapeaux algériens dans les stades, il n'y aurait pas eu le rap, pas de tensions, pas d'émeutes, pas de liens, pas de relation, aucun crime ni passion, pas de blessures, aucune souffrance, pas de tentation Djihadiste, pas d'attentats, pas de drames, ni de moments de joies ( heureusement plus nombreux!). Je sais que Charlie Hebdo s'acharnait sur l'islam avec le même amour. Et la même incompréhension.
Mais tant que les médias n'ouvriront pas leurs ondes et leurs journaux aux uns et autres avec la même attention. Tant que les inégalités sociales et économiques persisteront à s'acharner encore et toujours sur le seul critère racial, alors la vie continuera. On va rire, mais on va pleurer ensemble.
Quoiqu'il arrive ce pays on l'aimera de tout notre cœur, jusqu'à ce que mort s'en suive!

Dernière chose: Ma compagne est française et nous avons ensemble 3 jolies petites princesses aux cheveux frisés et aux yeux bleus pétillants de bonheur! Alors je n'ai aucun intérêt à salir une communauté quelconque. Je n'appartiens à personne! A la maison, ma femme et moi nous représentons l'autorité, le pouvoir. Et nos 3 filles sont le peuple. Si l'une des 3 filles se sent maltraitée, et s'insurge contre nous. Nous ne nous disons pas que c'est de sa faute, que c'est à elle de mieux s'intégrer dans sa famille... vous comprenez? Ma compagne et moi aimons nos enfants, et s'il y a conflit, incompréhension, entre elles et nous, c'est nous que nous allons d'abord remettre en question, dans notre éducation ou autre. Nous lui parlerons, elle s'exprimera, et nous tâcherons de lui montrer qu'on est à ses côtés. C'est donc à l'autorité de se soumettre, car l'autorité est le pouvoir, et à les clés de la résolution des conflits. Le pouvoir d'agir. Ca s'appelle Responsabilité! Et La France doit prendre les siennes, et écouter ses minorités... parce qu'elles font partie de la solution!
Je n'oublie pas qu'il y avait quelques arabes à Charlie, je le savais déjà ca, merci! Mais je tiens à rappeler qu'il y a aussi quelques blancs dans les prisons françaises. Quelques uns, ... alors que pourtant nous vivons en France n'est-ce pas? Mais le cœur de mon texte ne dit pas cela. J'ai écris ce texte parce que je ne veux plus perdre des gens que j'aime de cette façon violente et impardonnable. Et que peu importe le conflit, je choisirai toujours d'aider le peuple. Jamais le pouvoir: Lui il peut se débrouiller tout seul. Et s'il a besoin d'aide, il sait où me trouver... Si ce pays ne veut plus jamais subir une telle tragédie, alors il a tout intérêt à se demander pourquoi elle est arrivée. Et de comprendre pourquoi les principaux clients de ses groupes intégristes se recrutent dans les pays les plus pauvres de la planète, et dans les couches sociales les plus abandonnés de son territoire aux allures de pays éclairé! Pas en Arabie Saoudite, ou au Qatar ( eux ils financent) mais au Nigéria, au Maghreb, en Syrie etc...
Un intégriste n'est pas un islamiste, c'est tout au plus un Misériste!
Ce n'est pas l'islam qui l'a façonné. C'est la misère!
Même un enfant comprendrait ca !!!!!

Bon aller, merci pour ces messages de soutien, ces demandes de dessins, des chaines de solidarité sont nécessaire je pense, mais là j'atteins l'overdose. Cette journée de deuil national est un cache misère... Le terme "national" ne me parle absolument pas. Et par certains côtés oui, je suis comme Charlie, mais je ne suis pas Charlie!
J'ai un pied dans le monde arabe, un pied en occident
Un pied dans les quartiers et l'autre en France
Un pied dans le dessin de presse et l'autre dans la vie de tous les jours
Un pied chez Charlie Hebdo, un pied au cul de Charlie Hebdo
Un pied dans les médias alternatifs et l'autre dans les journaux
Un pied dans l'anonymat et l'autre dans la l'auto-censure
Un pied dans la douleur, et l'autre dans la colère.

Halim
"Je l’ai regardé sans haine, peut-être sans peur, et j’ai vu son expression changer. Je ne saurais pas dire de quelle façon, mais il a changé. Soudain, il a perdu son aplomb. "
Sigolène Vinson ( rescapée de l'attentat de Charlie Hebdo, à propos de son agresseur) .

RIP Charlie...

NOTE :  Pour compléter ce témoignage, on dispose de deux lectures pertinentes dans Le Monde diplomatique d'août 2015. D'abord, un article de l'écrivaine palestinienne Sahar Khalifa, Femmes arabes dans le piège des images, nous rappelant, entre autres, qu'après la défaite du dirigeant égyptien Gamal Abdel Nasser, en 1967, les États-Unis et leurs alliés arabes... 
"apportèrent un soutien massif aux islamistes afin d'étouffer le nationalisme progressiste, à coups de millions de dollars. Les Frères musulmans, qui laissaient jusqu'alors le peuple indifférent, montèrent en puissance. La situation de notre région dans les années 1970 et 1980 ressemble beaucoup à celle de l'Afghanistan au moment où les Américains (sic) prêtaient main forte aux islamistes, et notamment à Oussama Ben Laden, pour contrer les communistes."
Puis, une enquête du journaliste Pierre Daum publiée à double page, Islam et relégation urbaine à Montpellier, dont voici le chapeau :
« Comme une grande prison dont les détenus auraient la clé »

Islam et relégation urbaine à Montpellier

Décrit tantôt comme une menace pour l’identité nationale, tantôt comme une idéologie guerrière, l’islam fait l’objet d’attaques incessantes dans les médias ou de la part de dirigeants politiques. Mais on aborde rarement cette religion dans sa pratique quotidienne : qu’est-ce qu’être musulman dans une société qui condamne les immigrés et leurs descendants à la ségrégation ? Exemple à Montpellier.
(...)

Ceux qui lisent en anglais disposent des articles lumineux de Pankaj Mishra, dont A Culture of Fear, publié le 15/08/2009 sur le mythe d'Eurabia, épouvantail brandi par certains chiens de garde, comme l'historien brit Niall Ferguson, qui a prédit qu'« une jeune société musulmane au sud et à l'est de la Méditerranée est en passe de coloniser - le terme n'est pas trop fort - une Europe sénescente ».
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MISE à JOUR du 29/09/2015 :

L'Islamophobie racialisée et le racisme en général s'expriment souvent en direct sur les meilleurs plateaux. Voyons-écoutons les "propos" répétés de Nadine Morano.



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MISE À JOUR DU 25/03/2019 : 

Une semaine après l'attentat de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, je viens d'apprendre par Sébastien Fontenelle qu'une tribune contre une islamophobie grandissante vient d'être publiée dans le Muslim Post co-signée par un bon nombre de personnes. Vu son importance, je me permets de la relayer, car les enfants, ce sont les mêmes à Gaza ou à Madrid, à Nice ou à Christchurch.

Société

[Tribune] Appel contre une islamophobie grandissante

Une semaine après l’attentat de Christchurch en Nouvelle-Zélande, les sites Al-Kanz, Islam&Info, LeMuslimPost, Mizane Info et Des Dômes et des Minarets s’associent en co-signant une tribune avec plus de 250 personnalités.
Publié le

Ce vendredi 22 mars, à 13h40 — une semaine après l’attentat de Christchurch en Nouvelle-Zélande qui a eu lieu à 13h40 heure locale —, les sites Al-Kanz, Islam&Info, LeMuslimPost, Mizane Info et Des Dômes et des Minarets s’associent et co-signent une tribune dans laquelle plus de 250 personnalités — intellectuels, institutions musulmanes, médias musulmans, militants associatifs, élus, artistes et sportifs — appellent à mettre fin à la surenchère islamophobe dans les discours politiques et médiatiques. Ils demandent « des paroles et des actes forts de la part du président de la République. »
Ce vendredi 15 mars, dans deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, pendant la prière, le terroriste d’extrême droite Brenton Tarrant a tué 51 personnes et grièvement blessé des dizaines d’autres.
L’islamophobie doit devenir l’affaire de toutes et de tous. L’attentat qui vient d’être perpétré à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, doit nous faire prendre conscience du danger qui guette les personnes de confession musulmane et la France, avant qu’il ne soit trop tard.
Lors d’une audition à l’Assemblée nationale en 2016, le patron de la DGSI, Patrick Calvar, alors directeur général de la Sécurité intérieure, indiquait que les services français avaient déjoué des « actions contre les musulmans » planifiées par des groupes d’« ultradroite ».

« Ce qui s’est passé en Nouvelle-Zélande montre que le pire est possible »

A qui la faute ? Il ne se passe pas un jour en France sans que des propos islamophobes soient tenus dans de nombreux médias ou dans certains discours politiques. Personne ne s’en émeut outre-mesure, et leurs auteurs ne sont pas condamnés. Or, des mots aux actes, une frontière est désormais largement franchie. En France, des mosquées, ces dernières années, ont été vandalisées, des musulman·e·s insulté·e·s ou attaqué·e·s et des femmes voilées agressées, exclues, accusées de promouvoir le terrorisme ou placées au cœur de polémiques vestimentaires incessantes — les actes islamophobes ont ciblé à 70 % des femmes en 2018 [1].
Ce qui s’est passé en Nouvelle-Zélande montre que le pire est possible.
Nous accusons les promoteurs de l’islamophobie qui, sous couvert de critique libre de l’islam, attisent la haine contre une partie de la population française. Critiquer une religion est une chose. Désigner pour cibles des croyants en est une autre. La banalisation de l’islamophobie dans certains médias engendre depuis trop longtemps un ressentiment patent vis-à-vis des personnes de confession musulmane, une violence et un terrorisme qui les plongent dans une peur grandissante, tandis que les institutions tardent à combattre les discriminations, discours et violences qui les visent.
Le terroriste australien a signé son acte : dans un « manifeste » écrit avant l’attentat, il affirme qu’il est un adepte de l’idéologie du « Grand remplacement » si chère à Renaud Camus, Alain Finkielkraut et Eric Zemmour. Face à ceux qui tentent de nier l’islamophobie tout en hiérarchisant les racismes, il serait temps que chacun mesure sa part de responsabilité dans la normalisation et la banalisation d’un discours qui a construit l’islam comme un problème au sein de notre pays et qui arme idéologiquement des comportements de rejet et de violence, à leur encontre.
L’extrême droite est certes à l’origine de l’idéologie des terroristes islamophobes. Mais c’est une plus large partie de la classe politique, de la gauche à la droite, et médiatique qui doit se remettre en question et cesser de stigmatiser la population musulmane en se focalisant unanimement sur la prochaine controverse autour du foulard. Ce qui vient de se dérouler en Nouvelle-Zélande est la conclusion d’un processus engagé par des intellectuels, des politiques et des éditorialistes, qui ont fait des musulman·e·s des cibles.  Comment peuvent-ils dénoncer aujourd’hui avec force et hypocrisie ce double attentat alors qu’ils nourrissent depuis de longues années la défiance contre les musulmans ?
Comment une partie de notre classe politique et de notre gouvernement peut-elle traiter cet attentat sans, à aucun moment, faire référence au fait que ce sont bien des musulmans qui étaient visés, ni évoquer les motivations idéologiques du terroriste ?

« Nous mettons les médias qui ont fait le jeu des islamophobes en face de leurs responsabilités »

Nous demandons donc des paroles et des actes forts de la part du président de la République et du gouvernement comme ils l’ont fait à juste titre dans le cas de la lutte contre l’antisémitisme. Ils doivent prendre la mesure de la montée de l’islamophobie dans notre pays. Au-delà de la crainte éprouvée par les musulmans et musulmanes de France, c’est surtout un sentiment de colère légitime qui émerge. Celle d’entendre des élus de la République ou des ministres participer à ce cirque islamophobe à chaque polémique naissante sur les réseaux sociaux, puis jouer les étonnés quand les institutions internationales mettent en cause le traitement des musulmans en France ou que la haine qui les vise devient meurtrière.
Enfin, nous mettons les médias qui ont fait le jeu des islamophobes en face de leurs responsabilités. Ces hebdomadaires qui criminalisent ouvertement les musulmans, ces antennes qui déroulent le tapis rouge à des éditorialistes haineux et à Marine Le Pen, ou ces magazines en ligne qui promeuvent la France « de souche » en toute impunité. Ceux-là même qui, tandis que les victimes de Christchurch n’étaient même pas encore enterrées, invitaient déjà les racistes dont s’est inspiré le terroriste qui, ce vendredi, a choisi de massacrer des musulman·e·s en prière. Chacun sa dignité, chacun ses priorités.
Il est encore temps de mettre une fin à cette surenchère avant que le terrorisme antimusulman finisse par vraiment toucher la France, détruisant ce qui reste des valeurs censées nous unir.
Les signataires
Dliouah Abdallah · Sébastien Abdelhamid · Selimane Abderrahmane · Nader Abou Anas · Karim Achoui · Louis Adam · SaÏd Agrebi · Christophe Aguiton · Mhamed Alfath · Zahra Ali · Ismaël Alilou · Nader Alimi · Alexandra Allio De Corato · Lynda Ayadi · Comte de Bouderbala · Hervé Amon · Siham Andalouci · Sihame Arbib · Adel Aref · Asif Arif · Janie Arnéguy · Emmanuel Arvois · Sihame Assbague · Kader Attia · Nagib Azergui · Amadou Ba · Ibou Ba · Jawad Bachare · Fouad Bahri · Farida Balit · Ludivine Bantigny · Elsa Bardeaux · Abdelillah Bedhri · Alya Belhadj · Jenna Belhadj · Lotfi Bel Hadj · Yunes Bel Hadj · Nesrine Belalmi · Jamel Belhadj · Akram Belkaïd · Khalid Belrhouzi · Tarek Ben Hiba · Feïza Ben Mohamed · Mohammed Ben Yakhlef · Adnane Ben Youssef · Ibrahim Benamour · Abdelkader Bendidi · Mehdi Benedetto · Nagib Benghezala · Judith Bernard · Michel Bilis · Flavien Binant · Pascal Boissel · Samim Bolaky · Véronique Bontemps · Hadrien Bortot · Saïd Bouamama · Mohammed Bouayad · Youness Bouchida · Halima Boughanmi · Taha Bouhafs · Inès Boulifa · Nizarr Bourchada · Abdelmonaim Boussenna · Youssef Boussoumah · Houria Bouteldja · Faysa Bouterfas · Jean Brafman · Rony Brauman · Jean Brunacci · François Burgat · Alexandra Casanova · Abdelaziz Chaambi · Rayed Chaïbi · Mouhieddine Cherbib · Yves Chilliard · Ismahane Chouder · Abdelhafidh Chraiet · Hamid Chriet · Agnès Cluzel · Johan Cogard · Jean-Daniel Colombani · Ghislaine Compagnon · Alexis Cukier · Elias d’Imzalène · Gerty Dambury · Yohan Dardenne · Christian de Montlibert · Bruno Della Sudda · Christine Delphy · Oumar Diop · Samba Doucouré · Kechéri Doumbia · Jean-Michel Drevon · Haïkel Drine · Emmanuel Dupuy · Ivar Ekeland · Karima El Ayachy · Ismaël El Hajri · Marfouq El Houssine · Yasmine El Mouattarif · eL Seed · Abdellatif Essadki · Driss Ettazaoui · Mireille Fanon-Mendès-France · Jacques Fath · Jacques Faty · Jean-Claude Félix-Tchicaya · Sébastien Fontenelle · Jean-Marie Fouquer · Christophe Frot · André Garçon · Richard Gassion · Ali Gedikoglu · Frédéric Geldhof · Karl Ghazi · Barira Gil · Alain Gresh · Safwene Grira · Nacira Guénif · Michelle Guerci · Djamel Guessoum · Mokhtar Guetari · Georges Gumpel · Nicolas Haeringer · Gabriel Hagaï · Ghada Hamadani · Sarah Hamdi · Malika Hamidi · Foued Hamza · Mourad Hamza · Nadia Henni Moulaï · M’hamed Henniche · Robert Hirsch · Abdelsalem Hitache · Gilles Houdouin · Oz Houssami · Vincent Huet · Moussa Ibn Yacoub · Rachid Id Yassine · Mina Idir · Karim Ifrak · Igbal Ingar · Djamal Issahnane · Sabina Issehnane · Patrick Jaïs · Mohrad Jarrari · Slim Jarrari · Emmanuelle Johsua · Samy Johsua · Farid Kachour · Mathieu Kassovitz · Jean-Riad Kechaou · Mamadou Keita · Yasmine Kermiche · Pierre Khalfa · Wajdi Khalifa · Rachid Khouna · Fateh Kimouche · Mohammed Kotbi · Stathis Kouvélakis · Karim Laitaoui · Olfa Lamloum · Jehan Lazrak-Toub · Farid Lyazidi · Olivier Le Cour Grandmaison · Karim Guellaty · Patrick Le Moal · Marjorie Le Noan · Nicole Lefeuvre · Jean-Claude Lefort · Alex Legros · Souad Lekhnati · Zohra Lekhnati · Laurent Lévy · Brahim Maaloul · Kays Makni · Yamin Makri · Jean Malifaud · Youcef Mammeri · Ismail Marseille · Emmanuel Marsigny · Myriam Martin · Christiane Marty · Gustave Massiah · Alain Mathieu · Taoufik Mathlouthi · Carole Mbazomo · Francis Mbella · Julien Menu · Farid Merabet Chater · Henri Merme · Ikram Mérouga · Latifa Mérouga · Jean-José Mesguen · Madjid Messaoudene · Ahmed Miktar · Mohamed Minta Jimmy Mohamed · René Monzat · Marco Moretto · Antoine Moulonguet · Hamdi Mounira · Marwan Muhammad · Mysa · Patrick N’Koké · Hafed Nait M’bark · Viviane Nakache · Dominique Natanson · Laila Nhari · Nounours · Sonya Nour · Albeiriss Nudar · Jonathan O’Donnell · Joseph Oesterlé · Ahmet Ogras · Chakil Omarjee · Akim Omiri · Karine Oriot · Fathallah Otmani · Rachid Oubaassine · Davut Paşa · Irène Pereira · Sonia Pignot · Christine Poupin · Audrey Pronesti · Ulysse Pucheu · Ali Rahni · Rakidd · Riles · Philippe Robin · Martine Rogeret · Marguerite Rollinde · Dominique Sala · Catherine Samary · Benjamin Sbriglio · Zakari Seddiki · Geneviève Sellier · Claudy Siar · Michèle Sibony · Idriss Sihamedi · Laurent Sorel · Ibrahime Sorel Keita · Hapsatou Sy · Taoufiq Tahani · Arlette Tardy · Linda Teghbit · Marylène Thézé Jéhanno · Mariam Thiam · Tiambel Guimbayara · Moustapha Ticho · Aslam Timol · Louis-Georges Tin · Sonia Tireche · Abdoul-Wahab Touré · José Tovar · Patrick Vassallo · Ghyslain Vedeux · Françoise Vergès · Dominique Vidal · Louis Weber · Annick Weiner · Karim Yahiaoui · Malik Yettou · Louisa Yousfi · Hatem Zaag · Sophie Zafari · Hanan Zahouani · Abdallah Zekri · Rachid Zerrouki · Association Emergence · Association Femmes plurielles · Organization of Racism and Islamophobia Watch (ORIW) · Dômes et Minarets
La liste détaillée des signataires
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MISE À JOUR DU 16/10/2020 :


«Refusons la campagne islamophobe sur le “séparatisme“.» 
6 octobre 2020 par Union communiste libertaire
 

Vendredi 2 octobre, Macron a présenté les grandes lignes du projet de loi à venir contre le « séparatisme » dont il est limpide qu’il s’agit d’une campagne islamophobe de grande envergure visant à stigmatiser encore davantage les personnes musulmanes ou assignées comme telles. L’UCL prendra part à toutes les mobilisations visant à combattre ce projet de loi islamophobe.

Alors que les licenciements se comptent par centaines de milliers et que la crise sanitaire met à nu la destruction du système public de santé orchestré par les politiques capitalistes, c’est le « vrai séparatisme », celui des inégalités sociales et des discriminations, qu’il est urgent de mettre en accusation. C’est l’héritage du racisme colonial qu’il faut combattre.

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MISE À JOUR DU 8/11/2021 : 

Devant les bouffées ordinaires de delirium tremens tous azimuts du maurrassisme islamophobe triomphant en France, et ses quérulences, Guillaume Meurice a trouvé quelques mots pour le dire, page 3 du nº 112 (novembre 2021) du Siné Mensuel :