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mercredi 27 février 2019

L'antisionisme n'est pas un racisme

SÉMITE : Se dit des différents peuples provenant 
d'un groupe ethnique originaire d'Asie occidentale 
et parlant des langues apparentées ( sémitique).  
Les Arabes, les Éthiopiens, les Juifs sont des Sémites.
  Cour. (mais abusif) Juif. Adj. Avoir un type sémite, israélite.
© 2018 Dictionnaire Le Petit Robert de la langue française

“Probably, one of the most important challenges
we are facing is not to equate Zionism and Judaism,
as Israel want us to do. I think that the more
we’ll dissociate the both, Zionism and Judaism,
the more we can challenge the Propaganda,
and the whole accusation of anti-Semitism would not be effective.”
[Probablement, l’un des défis les plus importants auxquels il nous faut faire face,
c’est de ne pas faire une équation entre le Sionisme et le Judaïsme, comme Israël voudrait
qu’on le fasse. Plus nous arriverons à dissocier le Sionisme et le Judaïsme,
plus nous
pourrons défier la Propagande, et toute l’accusation d’antisémitisme ne serait plus efficace.]

Ilan Pappé, septembre 2016.



[Ici, il faudrait une intro. Elle est peut-être en chantier, mais vu l'énormité de l'abjection, du cynisme et de la volonté de répression —réels et ressentis— des professionnels de l'amalgame, il y a urgence à favoriser la réflexion, à proposer la sérénité de Sand et de Collon —cf. un peu plus bas.
Cela fait longtemps que le pouvoir en France a choisi le lobby sioniste israélien, le colonialisme, contre la cause du peuple palestinien, la victime. L'usage que l'on a toujours fait de l'expression "antisémitisme" est inexact, philologiquement abusif, historiquement malveillant, racisant, donc raciste, politiquement opportuniste ; cette espèce de synecdoque biblique constitue une appropriation indue. Fils de Noé, Sem était un personnage de la Genèse, le premier des cinq livres du Pentateuque, donc, de la Torah. Et mis à part que les races n'existent pas biologiquement (cf. aussi Albert Jacquard), que tous les racisants ("Ça se voit ! Le type, il n’a pas les mots d’un gitan. Il n’a pas les mots d’un boxeur gitan.") sont racistes, que tous les racismes sont misérables, insupportables, et que le régime sait toujours appliquer deux poids deux mesures à leur égard, rappelons que le terme "sémitique" relève de la Linguistique, de la Philologie. Le dictionnaire n'est pas très précis, mais en annonce la couleur. J'appelle "Judéophobes" les racistes qui détestent les "Juifs" (y compris beaucoup de descendants de Juifs qui ne se tiennent pas pour des Juifs). Évidemment l'analyse du terme "Juif", de cette identité multiple, a déjà mérité plusieurs livres. Sont judéophobes les misérables qui vandalisent des cimétières juifs et y inscrivent des croix gammées, ce symbole écœurant.
En ce qui concerne le Sionisme, on pourrait lire tant de choses... Mais puisqu'il faut en choisir une en vitesse, je vous conseille LTI (Lingua Tertii Imperii, Die Sprache des Dritten Reiches, La Langue du IIIe Reich), les notes d'un philologue juif à Dresden, concrètement le chapitre XXIX, justement intitulé Sion. Victor Klemperer lut les œuvres de Hertzl sous la botte nazie, clandestinement. Et après lecture, il écrivit (extrait de la traduction castillane d'Adan Kovacsics éditée par Minúscula, Barcelona 2001) :
Los leí con una consternación rayana en la desesperación. Mi primer apunte en los diarios sobre el tema reza así: "¡Señor, protégeme de mis amigos! Si uno posee la voluntad necesaria, encontrará en estos dos volúmenes pruebas de lo que Hitler, Goebbels y Rosenborg alegan contra los judíos, no se necesita una enorme habilidad para interpretar y distorsionar los hechos."
Más tarde, apunté algunas citas y palabras clave para determinar las semejanzas y desemejanzas entre Hitler y Herzl. Porque, gracias a Dios, también había desemejanzas.
Un vrai antisioniste est un antiraciste, un anticolonialiste. Les sionistes, en tant que palestinophobes et concepteurs-projeteurs du plan Daleth et de son nettoyage ethnique concomitant, bien prolongé dans le temps par un apartheid de facto et de iure, seraient, selon les dictionnaires, antisémites. Ado sioniste, j'ai appris cela à force de lire, entre autres, beaucoup de Juifs et d'Israéliens.
Emmanuel Macron a répété que « l’antisionisme est une des formes modernes de l’antisémitisme », qui est pénalement condamné en France. Le macronisme des amalgames prétend-il la censure des livres de Victor Klemperer ou d'Israël Shahak ou de Stéphane Hessel ou l'envoi devant un tribunal d'Ilan Pappé ou de Pierre Stambul ou de Shlomo Sand ou de tant d'autres hommes justes ? Envisage-t-il de chercher la manière de persécuter tous les membres de l'Union Juive Française pour la Paix ou de Jewish Voice for Peace et d'autres organisations juives ?
Il nous faut défendre (et pouvoir défendre) la liberté d'expression comme toutes les causes anticoloniales, dont, bien entendu, l'antisionisme.
Pourvu qu'on puisse sortir de cette folie libéral-sioniste...]

Voici un article du 25 février de Shlomo Sand, auteur entre autres de Comment le peuple juif fut inventé, Fayard, septembre 2008. Il a publié ce billet sur son blog hébergé par Mediapart. Je ne partage pas complètement toutes ses opinions, mais j'apprécie sans réserves son analyse historique, son humanisme et sa décence politique :

À propos des sémites et des antisémites, des sionistes et des antisionistes
Si toute expression antijuive dans le monde ne cesse de m’inquiéter, j’éprouve un certain écœurement face au déluge d’hypocrisie et de manipulations orchestré par tous ceux qui veulent désormais incriminer quiconque critique le sionisme.

Bien que résidant en Israël, « Etat du peuple juif », j’ai suivi de près les débats, en France, sur : antisémitisme et antisionisme. Si toute expression antijuive dans le monde ne cesse de m’inquiéter, j’éprouve un certain écœurement face au déluge d’hypocrisie et de manipulations orchestré par tous ceux qui veulent désormais incriminer quiconque critique le sionisme.
Commençons par les problèmes de définition. Depuis longtemps déjà, je ressens un malaise non seulement face à la récente formule en vogue : « civilisation judéo-chrétienne », mais aussi face à l’utilisation traditionnelle du vocable : « antisémitisme ». Ce terme, comme l’on sait, a été inventé dans la seconde moitié du 19ème siècle par Wilhelm Marr, nationaliste-populiste allemand qui détestait les juifs. Conformément à l’esprit de cette époque, les utilisateurs de ce terme tenaient pour présupposé de base l’existence d’une hiérarchie des races dans laquelle l’homme blanc européen se situe au sommet, tandis que la race sémite occupe un rang inférieur. L’un des fondateurs de la « science de la race » fut, comme l’on sait, le français Arthur Gobineau.
De nos jours, l’Histoire un tantinet plus sérieuse ne connaît que des langues sémites (l’araméen, l’hébreu et l’arabe, qui se sont diffusées au Proche Orient), et ne connaît, en revanche, nulle race sémite. Sachant que les juifs d’Europe ne parlaient pas couramment l’hébreu, qui n’était utilisé que pour la prière, (de même que les chrétiens utilisaient le latin), il est difficile de les considérer comme des sémites.
Faut-il rappeler que la haine raciale moderne envers les juifs constitue, avant tout, un héritage des églises chrétiennes ? Dès le quatrième siècle, le christianisme s’est refusé à considérer le judaïsme comme une religion légitime concurrente, et à partir de là, il a créé le fameux mythe de l’exil : les juifs ont été exilés de Palestine pour avoir participé au meurtre du fils de Dieu ; c’est pourquoi, il convient de les humilier pour démontrer leur infériorité. Il faut pourtant savoir, qu’il n’y a jamais eu d’exil des juifs de Palestine, et, jusqu’à aujourd’hui, on ne trouvera pas le moindre ouvrage de recherche historique sur le sujet !
Personnellement, je me range dans l’école de pensée traditionnelle qui se refuse à voir les juifs comme un peuple-race étranger à l’Europe. Dès le 19ème siècle, Ernest Renan, après s’être libéré de son racisme, avait affirmé que : Le juif des Gaules… n’était, le plus souvent, qu’un Gaulois professant la religion israélite. » L’historien Marc Bloch a précisé que les juifs sont : « Un groupe de croyants recrutés, jadis, dans tout le monde méditerranéen, turco-khazar et slave ». Et Raymond Aron d’ajouter : « Ceux que l’on appelle les juifs ne sont pas biologiquement, pour la plupart, des descendants des tribus sémites… ». La judéophobie s’est, cependant, toujours obstinée à voir les juifs, non pas comme une croyance importante, mais comme une nation étrangère.
Le lent recul du christianisme, en tant que croyance hégémonique en Europe ne s’est pas accompagné, hélas, d’un déclin de la forte tradition judéophobe. Les nouveaux « laïcs » ont transformé la haine et la peur ancestrales en idéologies « rationalistes » modernes. On peut ainsi trouver des préjugés sur les juifs et le judaïsme non seulement chez Shakespeare ou Voltaire, mais aussi chez Hegel et Marx. Le nœud gordien entre les juifs, le judaïsme et l’argent semblait aller de soi parmi les élites érudites. Le fait que la grande majorité des millions de juifs, en Europe orientale, ait souffert de la faim, et ait vécu en situation de pauvreté, n’a absolument pas eu d’effet sur Charles Dickens, Fiodor Dostoïevski, ni sur une grande fraction de la gauche européenne. Dans la France moderne, la judéophobie a connu de beaux jours non seulement chez Alphonse Toussenel, Maurice Barrès et Edouard Drumont, mais aussi chez Charles Fourier, Pierre-Joseph Proudhon, voire, pendant un temps, chez Jean Jaurès et Georges Sorel.
Avec le processus de démocratisation, la judéophobie a constitué un élément immanent parmi les préjugés des masses européennes : l’affaire Dreyfus a fait figure d’événement « emblématique », en attendant d’être surpassée, et de loin, par l’extermination des juifs durant la seconde guerre mondiale. C’est entre ces deux événements historiques qu’est né le sionisme, en tant qu’idée et mouvement.
Il faut cependant rappeler que jusqu’à la seconde guerre mondiale, la grande majorité des juifs et leurs descendants laïques étaient antisionistes. Il n’y avait pas que l’orthodoxie, forte et organisée, pour s’indigner face à l’idée de précipiter la rédemption en émigrant vers la Terre Sainte ; les courants religieux plus modernistes (réformateurs ou conservateurs), s’opposaient aussi vivement au sionisme. Le Bund, parti laïque en qui se reconnaissait la majorité des yiddishophones socialistes de l’empire russe, puis de la Pologne indépendante, considérait les sionistes comme des alliés naturels des judéophobes. Les communistes d’origine juive ne perdaient pas une occasion de condamner le sionisme comme complice du colonialisme britannique.
Après l’extermination des juifs d’Europe, les rescapés qui n’avaient pas réussi à trouver à temps refuge en Amérique du Nord, ou en URSS, adoucirent leur relation hostile au sionisme, alors même que la majorité des pays occidentaux et du monde communiste en venait à reconnaître l’Etat d’Israël. Le fait que la création de cet Etat se soit effectuée, en 1948, aux dépens de la population arabe autochtone ne gêna pas outre mesure. La vague de la décolonisation en était encore à ses prémices, et ne constituait pas une donnée à prendre en compte. Israël était alors perçu comme un Etat-refuge pour les juifs errants, sans abri ni foyer.
Le fait que le sionisme ne soit pas parvenu à sauver les juifs d’Europe, et que les survivants aient souhaité émigrer en Amérique, et malgré la perception du sionisme comme étant une entreprise coloniale au plein sens du terme, n’altèrent pas une donnée significative : le diagnostic sioniste concernant le danger qui planait sur la vie des juifs dans la civilisation européenne du vingtième siècle (nullement judéo-chrétienne !), s’était avéré exact. Théodore Herzl, le penseur de l’idée sioniste, avait, mieux que les libéraux et les marxistes, compris les judéophobes de son époque.
Cela ne justifie pas, pour autant, la définition sioniste selon laquelle les juifs forment un peuple-race. Cela ne justifie pas davantage la vision des sionistes décrétant que la Terre Sainte constitue la patrie nationale sur laquelle ils auraient des droits historiques. Les sionistes ont, cependant, créé un fait accompli politique, et toute tentative de l’effacer se traduirait par de nouvelles tragédies dont seront victimes les deux peuples qui en ont résulté : les Israéliens et les Palestiniens.
Il faut en même temps se souvenir et le rappeler : si tous les sionistes ne réclament pas la poursuite de la domination sur les territoires conquis en 1967, et si nombre d’entre-eux ne se sentent pas à l’aise avec le régime d’apartheid qu’Israël y exerce depuis 52 ans, tout un chacun qui se définit comme sioniste s’obstine à voir en Israël, au moins dans ses frontières de 1967, l’Etat des juifs du monde entier, et non pas une République pour tous les israéliens, dont un quart ne sont pas considérés comme juifs, parmi lesquels 21% sont arabes.
Si une démocratie est fondamentalement un Etat aspirant au bien-être de tous ses citoyens, de tous ses contribuables, de tous les enfants qui y naissent, Israël, par-delà le pluralisme politique existant, est, en réalité, une véritable ethnocratie, à l’instar de ce qu’étaient la Pologne, la Hongrie, et d’autres Etats d’Europe de l’Est, avant la seconde guerre mondiale.
La tentative du président français Emmanuel Macron et de son parti visant aujourd’hui à criminaliser l’antisionisme comme une forme de l’antisémitisme s’apparente à une manœuvre cynique et manipulatoire. Si l’antisionisme devenait une infraction pénale, je recommanderais à Emmanuel Macron de faire condamner, à titre rétroactif, le bundiste Marek Edelman, qui fut l’un des dirigeants du ghetto de Varsovie et totalement antisioniste. Il pourrait aussi convier au procès les communistes antisionistes qui, plutôt que d’émigrer en Palestine, ont choisi de lutter, les armes à la main, contre le nazisme, ce qui leur a valu de figurer sur « l’affiche rouge ».
S’il entend faire preuve de cohérence dans la condamnation rétroactive de toutes les critiques du sionisme, Emmanuel Macron devra y joindre ma professeure Madeleine Rebérioux, qui présida la Ligue des Droits de l’Homme, mon autre professeur et ami : Pierre Vidal-Naquet, et aussi, bien évidemment : Éric Hobsbawm, Edouard Saïd, et bien d’autres éminentes figures, aujourd’hui décédées, mais dont les écrits font encore autorité.
Si Emmanuel Macron souhaite s’en tenir à une loi réprimant les antisionistes encore en vie, la dite-future loi devra aussi s’appliquer aux juifs orthodoxes de Paris et de New-York qui récusent le sionisme, à Naomi Klein, Judith Butler, Noam Chomsky, et à bien d’autres humanistes universalistes, en France et en Europe, qui s’auto-identifient comme juifs tout en s’affirmant antisionistes.
On trouvera, bien évidemment, nombre d’idiots à la fois antisionistes et judéophobes, de même qu’il ne manque pas de pro-sionistes imbéciles, judéophobes aussi, pour souhaiter que les juifs quittent la France et émigrent vers l’Etat d’Israël. Faudra-t-il les inclure également dans cette grande envolée judiciaire ? Prenez garde, Monsieur le Président, à ne pas vous laisser entraîner dans ce cycle infernal, au moment précis où la popularité décline !
Pour conclure, je ne pense pas qu’il y ait une montée significative de l’antijudaïsme en France. Celui-ci a toujours existé, et je crains, hélas, qu’il n’ait encore de beaux jours devant lui. Je n’ai, toutefois, aucun doute sur le fait que l’un des facteurs qui l’empêche de régresser, notamment dans certains quartiers où vivent des gens issus de l’immigration, est précisément la politique pratiquée par Israël à l’encontre des Palestiniens : ceux qui vivent, comme citoyens de deuxième catégorie, à l’intérieur de « l’Etat juif », et ceux qui, depuis 52 ans, subissent une occupation militaire et une colonisation brutales.
Faisant partie de ceux qui protestent contre cette situation tragique, je soutiens de toutes mes forces la reconnaissance du droit à l’autodétermination des Palestiniens, et je suis partisan de la « désionisation » de l’Etat d’Israël. Devrai-je, dans ce cas, redouter que ma prochaine visite en France, ne m’envoie devant un tribunal ? 
Traduit de l’hébreu par Michel Bilis
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Source en ligne : l’article sur le blog Mediapart de Shlomo Sand
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Voici encore une réflexion pertinente pour mieux comprendre les enjeux dans ce domaine. Le 22 juin 2018, le journaliste bénévole Michel Collon, retraité et donc libre d'épées de Damoclès alimentaires, développait pendant 15 minutes le sujet...
Comment Israël manipule Internet et l’opinion

Ajoutée le 22 juin 2018
Un programme très discret du gouvernement et de l’armée. Des dizaines de millions de dollars. Des experts sans scrupules. Plusieurs milliers de jeunes soldats et étudiants fanatisés. Leur mission : inonder Internet en permanence, manipuler Wikipedia, censurer Youtube, trafiquer Google. L'enjeu : vous ! Contrôler vos infos et donc votre opinion. En réalité, les calomnies ne tombent pas du ciel, c’est une arme pour discréditer et empêcher le véritable débat. Une première enquête de Michel Collon. Basée sur des documents israéliens. Parce que nous sommes décidés à lancer l’alerte. Il faut contrer cette campagne de désinformation massive salissant les personnalités qui soutiennent la cause palestinienne. Il faut défendre la liberté d’expression et de critique du colonialisme ! Merci pour votre soutien ! http://dons.michelcollon.info/fr
À propos :
Investig’Action est un collectif fondé par Michel Collon en 2004. Il regroupe des journalistes, des écrivains, des vidéastes, des traducteurs, des graphistes et toute une série d’autres personnes qui travaillent au développement de l’info alternative. Parce qu’on ne peut laisser des médias dominés par la logique marchande monopoliser l’information sur les guerres, l’économie et les rapports Nord-Sud, Investig’Action milite pour donner la parole aux sans-voix.
(...)
Convaincu que la presse mainstream ne peut être réformée même si des journalistes courageux y font ce qu’ils peuvent, Michel décide de fonder Investig’Action avec l’idée que le rôle des citoyens est essentiel pour garantir le droit à l’info. Aujourd’hui, le collectif peut donc compter sur le soutien de centaines de bénévoles : journalistes professionnels, correspondants, capteurs de bonnes infos, traducteurs, diffuseurs, graphistes, écrivains, dessinateurs, correcteurs, étudiants, informaticiens…
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Mise à jour du 7 mars 2019 :

Voici encore un témoignage qui me semble intéressant à ce sujet :
(...) Le député Sylvain Maillard vient de proposer un projet de loi [visant à pénaliser non pas les propos racistes (ils le sont déjà dans plusieurs lois), mais ce qu'ils appellent des propos antisionistes], et affirme : « On a le droit de critiquer le gouvernement israélien, mais pas de remettre en question le droit de l'État [d'Israël] d'exister. Personne ne remet en question le droit à l'existence de la France ou de l'Allemagne. »
Doublement faux : contrairement à la France ou à l'Allemagne, l'État d'Israël est le produit d'une colonisation, et nombreux ont été les États colonialistes dont on a refusé la légitimité (la Rhodésie ou l'Afrique du Sud, pour ne donner que deux exemples). De même que l'existence ne fait pas le droit, la non-existence ne signifie pas l'absence du droit à exister, comme l'ont montré le sort de dizaines d'États colonisés qui sont devenus souverains.
Deuxième erreur : l'antisionisme est originellement une idéologie juive et pas une invention d'islamo-gauchistes. Quand, au tournant du XXe siècle, le sionisme a vu le jour, l'immense majorité des Juifs s'y étaient opposés : les religieux pour des raisons théologiques, le mouvement ouvrier juif (en particulier le Bund) par socialisme... et les Juifs bourgeois d'Europe occidentale par peur de perdre leurs droits civiques.
L'antisémitisme est une forme de racisme et doit être combattu sans répit —d'autant plus qu'en Europe et aux États-Unis, il relève la tête, ou plutôt, sort au grand jour. L'antisionisme, lui, est une opinion politique, la forme spécifique de l'anticolonialisme en Palestine-Israël. Cette opinion n'est pas seulement légitime ; de mon point de vue, elle est juste. Quand Emmanuel Macron avait, en 2017, fait l'amalgame, il voulait caresser les dirigeants du Crif dans le sens du poil. Quand Sylvain Maillard propose son projet de loi, il veut dédouaner les dirigeants israéliens du véritable problème de ces dernières années : leur tentative de renforcer un front des États européens d'extrême droite (Hongrie, Pologne, Slovaquie, etc.) et semi-totalitaires, pour affaiblir la « vieille Europe. », attachée à une certaine conception du droit et des droits et donc critique face à la politique plus raciste que jamais de Benyamin Netanyahou.

Michel Warschawski in Siné Mensuel nº 84, mars 2019, page 25.
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Mise à jour du 10 mars 2019 :

"Israël n'est pas l'État de tous ses citoyens", a écrit [le Premier ministre israélien] M. Netanyahu, "car selon la loi fondamentale sur la nation que nous avons adoptée, Israël est l'État-nation du peuple juif - et uniquement du peuple juif".

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Mise à jour du 20 juin 2022 :

À propos d'apartheid, Amnesty International a commencé à comprendre (un peu tard, ma foi !). Macron, de son côté, n'arrête pas de travailler au service de cet amalgame immonde, rengaine de la hasbara sioniste : "L'antisémitisme et l'antisionisme sont les ennemis de notre République".

mercredi 31 janvier 2018

23e rapport sur l'état du mal-logement en France (Fondation Abbé-Pierre)

Fin janvier, la Fondation Abbé-Pierre présente d'habitude son rapport annuel sur le mal-logement (cf. ce blog). Voici, extraits de son site, l'introduction à son rapport 2018 et un résumé de ladite présentation en deux vidéos...

La 23e édition du rapport annuel sur L’État du mal-logement de la Fondation Abbé Pierre livre une nouvelle description de la crise du logement. Si le marché de l’immobilier affiche une bonne santé générale, 4 millions de personnes restent mal logées ou privées de domicile, tandis que 12 millions voient leur situation fragilisée par la crise du logement.


Au total, près de 15 millions de personnes sont touchées, à un titre ou à un autre, par la crise du logement.
Au-delà de cette dure photographie, la dynamique ne prête pas à l’optimisme. La qualité moyenne des logements continue de s’améliorer, mais la hausse des prix creuse les inégalités résidentielles et bouche l’horizon des ménages des couches populaires. Comme si des centaines de milliers de personnes, en plus d’être mal-logées aujourd’hui, se voyaient assignées à le rester toute leur vie.
Ce rapport met l’accent sur une des formes de mal-logement les plus difficiles à vivre : le surpeuplement. En déclin sensible pendant des décennies, le surpeuplement connaît une recrudescence inquiétante au cours des dernières années. (...)

Résumé de la présentation : MATINÉE

Résumé de la présentation : APRÈS-MIDI

En lire plus.

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Post-Scriptum :
Encore un cas où le capitalisme sans états d'âme, mis à part sa cruauté, se tire une balle dans le pied. Les prix de l'immobilier flambent partout, à Bordeaux comme à Paris, en France comme dans tous les pays, car c'est la marque par excellence d'un système ; l'effet Airbnb s'ajoute aux ingrédients traditionnels, et la situation est intenable économiquement notamment pour les moins aisés et les plus jeunes, carrément exclus du marché. Le compte n'y est pas pour un pourcentage croissant de nos populations et ceux qui ont besoin d'une main d'œuvre mobile le savent : son bridage se devrait d'avoir des limites...
Il y a quelques années, le MEDEF commanda une étude au CRÉDOC (Centre de Recherche pour l'Étude et l'Observation des Conditions de Vie) à l'égard des conséquences de la crise du logement sur l’emploi et, en particulier, sur la mobilité professionnelle. Cette étude fut présentée en juin 2011 par Régis Bigot et Sandra Hoibian. En voici les principales conclusions :

La hausse des coûts du logement freine la mobilité professionnelle : en cas de difficultés pour trouver un emploi, 75% seraient prêts à déménager dans une autre commune, 67% à changer de département, mais les dépenses de logement pèsent sur la mobilité.
Les chômeurs et les actifs en recherche d’emploi supportent d’importantes charges de logement.
La hausse des prix de l’immobilier contribue à l’éloignement des publics en recherche d’emploi et freine la mobilité résidentielle.
70% refuseraient une opportunité professionnelle si cela les obligeait à accroître leurs dépenses de logement. 11% des personnes en recherche d’emploi ont renoncé à un emploi pour éviter d’augmenter leurs dépenses de logement.
La proximité avec le travail est le deuxième critère de choix d’un logement. Le temps de transport est aussi important que la rémunération dans le choix d’un emploi et la durée de trajet idéale serait de moins d’une demi-heure.La moitié des actifs refuseraient une opportunité professionnelle si cela ajoutait 30 minutes à leur temps de trajet. 12% des personnes en recherche d’emploi ont renoncé à un poste nécessitant un temps de transport trop important.
Les dispositifs d’aide au logement contribuent à améliorer la situation.
Le plus important dans la vie serait la famille, le logement, le cadre de vie et les amis. Malgré une propagande intensive, très peu d’individus placent le travail avant la vie privée. Cette tendance s’est renforcée au cours des 25 dernières années.
Habiter un logement dans lequel on se sent bien est vraiment indispensable pour s’investir pleinement dans son travail.

Voici le résumé de l'étude que fournit le CRÉDOC sur son site :
Ces dernières années ont vu se multiplier les études sur la hausse du coût du logement, avec des angles d’approche très divers : difficultés des classes moyennes à accéder à la propriété, risques systémiques pour le système financier en raison de l’endettement des ménages, perte de pouvoir d’achat lié au poids croissant des dépenses de logement, etc. Les conséquences sur le marché de l’emploi sont, en revanche, plus rarement évoquées. Or, de plus en plus d’entreprises signalent des difficultés à pourvoir certains postes dans les zones géographiques où le coût du logement est trop élevé.
Face à cette situation nouvelle, le MEDEF a commandé une étude au CRÉDOC sur les conséquences de la crise du logement sur l’emploi et, en particulier, sur la mobilité professionnelle. Une enquête spécifique a alors été menée auprès de 2006 personnes représentatives de la population afin de comprendre les mécanismes à l’œuvre.
L’enquête révèle l’ampleur des interactions entre le marché du logement et le marché de l’emploi: aujourd’hui, 70 % des actifs déclarent qu’ils refuseraient un emploi meilleur que celui qu’ils occupent actuellement si cela devait les obliger à déménager en occasionnant un surcoût financier; au cours des cinq dernières années, environ 500 000 personnes en recherche d’emploi ont effectivement renoncé à un poste parce que cela les aurait contraintes à accroître leurs dépenses de logement ; 56 % des personnes interrogées indiquent que ne pas être obligé de déménager est un critère « très important » dans le choix d’un nouvel emploi (à titre de comparaison, seulement 48 % estiment qu’être bien rémunéré est « très important »).
 Tout n'est pas complètement perdu : il y en a encore beaucoup qui apprécient la vraie vie.
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Mise à jour du 21.03.2018 :

Sous le titre De plus en plus de sans-abri partout en Europe, la journaliste Isabelle Rey-Lefebvre fait état dans Le Monde de l'information suivante :
(...)
La Fondation Abbé-Pierre (FAP) et la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri (Feantsa, sise à Bruxelles) révèlent, mercredi 21 mars, leurs statistiques à l’échelle européenne : sur 220 millions de ménages, près de 11 millions sont en état de privation sévère de logement, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas de domicile personnel, sont à la rue ou hébergés chez un tiers, en centre d’hébergement, en foyer, en hôtel social…
« La définition du sans-abrisme a beau ne pas être la même d’un pays à l’autre, partout en Europe les hausses sont spectaculaires », révèle Sarah Coupechoux, de la FAP : + 150 % en Allemagne, entre 2014 et 2016 ; + 145 % en Irlande, entre 2014 et 2017 ; + 169 % au Royaume-Uni entre 2010 et 2017 ; + 96 % à Bruxelles entre 2008 et 2016 ; + 20,5 % en Espagne entre 2014 et 2016 ; + 17 % en France entre 2016 et 2017, en tenant compte des 20 845 personnes qui ont demandé un hébergement au « 115 » en juin 2017 par rapport à juin 2016.
En lire plus.

vendredi 3 février 2017

Tromelin, Riffard, Herrou... et la (non-)assistance à personne en danger

Dans la Roya, on s'occupe des gens qui dorment dehors,
il n'y a pas de vols parce que les gens sont nourris, les 
enfants sont accueillis chez l'habitant... Non, ce qui dérange, 
c'est que des citoyens s'occupent de politique. 
Cédric Herrou : Francetvinfo, 4/01/2017

(...) l’intention affichée par Donald Trump au cours de sa campagne
d’expulser entre 2 et 3 millions d’immigrants illégaux a fait bondir
les démocrates, valant au candidat des procès en racisme et en xénophobie.
Obama a pourtant expulsé presque trois millions de personnes dans les sept
premières années de sa présidence, sans provoquer d’émotion particulière.
(...) Il est confondant de voir François Hollande appeler son homologue
au respect du principe de l’accueil des réfugiés, lui dont la police soumet
des réfugiés à des brimades injustifiées et dont la justice poursuit
des particuliers coupables d’avoir donné à manger à ceux qui ont faim.
Roger Persichino : Le Monde, 2/02/2017.



Dans La Chute d'Albert Camus, l'événement qui déclenche la « chute » de Jean-Baptiste Clamence, personnage et voix du roman, et sa conversion en juge pénitent, c'est le suicide d'une jeune femme qui se jeta dans la Seine quand il passait par là. Il ne la secourut aucunement alors qu'elle était sur le point de se noyer et, qui plus est, il ne prévint personne.
(...) Il était une heure après minuit, une petite pluie tombait, une bruine plutôt, qui dispersait les rares passants. Je venais de quitter une amie qui, sûrement, dormait déjà. J’étais heureux de cette marche, un peu engourdi, le corps calmé, irrigué par un sang doux comme la pluie qui tombait. Sur le pont, je passai derrière une forme penchée sur le parapet, et qui semblait regarder le fleuve. De plus près, je distinguai une mince jeune femme, habillée de noir. Entre les cheveux sombres et le col du manteau, on voyait seulement une nuque, fraîche et mouillée, à laquelle je fus sensible. Mais je poursuivis ma route, après une hésitation. Au bout du pont, je pris les quais en direction de Saint-Michel, où je demeurais. J’avais déjà parcouru une cinquantaine de mètres à peu près, lorsque j’entendis le bruit, qui, malgré la distance, me parut formidable dans le silence nocturne, d’un corps qui s’abat sur l’eau. Je m’arrêtai net, mais sans me retourner. Presque aussitôt, j’entendis un cri, plusieurs fois répété, qui descendait lui aussi le fleuve, puis s’éteignit brusquement. Le silence qui suivit, dans la nuit soudain figée, me parut interminable. Je voulus courir et je ne bougeai pas. Je tremblais, je crois, de froid et de saisissement. Je me disais qu’il fallait faire vite et je sentais une faiblesse irrésistible envahir mon corps. J’ai oublié ce que j’ai pensé alors. « Trop tard, trop loin... » ou quelque chose de ce genre. J’écoutais toujours, immobile. Puis, à petits pas, sous la pluie, je m’éloignai. Je ne prévins personne.
À partir de ce fait, cet (anti)héros se livre à une confession permanente et à une accusation totale, car il juge tout et tous, l'humanité entière : Albert Camus réfléchit à la culpabilité et à l'irresponsabilité qui seraient la marque de la société moderne.
Dans son Prière d'insérer, Camus résumait son récit de la sorte :
« L'homme qui parle dans La Chute se livre à une confession calculée. Réfugié à Amsterdam, dans une ville de canaux et de lumière froide, où il joue à l'ermite et au prophète, cet ancien avocat attend, dans un bar douteux, des auditeurs complaisants. Il a le cœur moderne, c'est-à-dire qu'il ne peut supporter d'être jugé. Il se dépêche donc de faire son propre procès, mais c'est pour mieux juger les autres. Le miroir dans lequel il se regarde, il finit par le tendre aux autres. Où commence la confession, où l'accusation ? celui qui parle dans ce lieu fait-il son procès, ou celui de son temps ? Est-il un cas particulier, ou l'homme du jour ? Une seule vérité en tout cas, dans ce jeu de glaces étudié : la douleur, et ce qu'elle promet. »
On dirait, donc, que selon Camus, la « non-assistance à personne en danger » serait le symptôme par excellence de la déchéance morale moderne.
Et qu'en dit le Code Pénal en France ? L'article 223-6, alinéa 2, reprend mot pour mot les termes de l'ancien article 63, alinéa 2, définit donc le cadre de cette non-assistance et punit celui qui ayant connaissance d'un péril encouru par un tiers ne lui apporte pas une assistance appropriée  :
Quiconque pouvant empêcher par son action immédiate, sans risque pour lui ou pour les tiers, soit un crime, soit un délit contre l'intégrité corporelle de la personne s'abstient volontairement de le faire est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende.
Sera puni des mêmes peines quiconque s'abstient volontairement de porter à une personne en péril l'assistance que, sans risque pour lui ou pour les tiers, il pouvait lui prêter soit par son action personnelle, soit en provoquant un secours.
Les peines sont portées à sept ans d'emprisonnement et 100 000 euros d'amende lorsque le crime ou le délit contre l'intégrité corporelle de la personne mentionnée au premier alinéa est commis sur un mineur de quinze ans ou lorsque la personne en péril mentionnée au deuxième alinéa est un mineur de quinze ans.
Or, pour qu’il y ait obligation de porter secours, trois conditions préalables doivent être réunies ; il faut :
- qu’un péril grave menace une personne ;
- qu’un secours puisse être apporté à cette personne
- que ce secours puisse être porté sans risque 
Et qu'est-ce qui se passe en France ? Que l'exécutif et la justice agissent comme si la loi punissait... l'assistance à personne en danger, en besoin ou en détresse. C'est-à-dire, ce qui constitue, en principe, un devoir légal, perçu d'ailleurs par une belle partie de la population comme un devoir moral, est en fait constitutif de délit aux yeux des libéraux qui nous gouvernent. Et le parquet ne plaisante pas. Et cette doctrine criminelle ne fléchit ni même s'apitoie sur le sort des enfants.
Voyons, Robert Lawrie, vétéran de l'armée anglaise, risqua récemment 5 ans de prison pour avoir essayé de faire passer une petite fille de 4 ans au Royaume-Uni afin qu'elle puisse quitter la «jungle» de Calais et retrouver sa famille. Une môme de 4 ans... Le criminel ne voulait pas qu'elle pourrisse toute seule dans la dite jungle.
Finalement, en janvier 2016, il fut condamné à une amende de 1000 euros avec sursis.

D'autre part, un blog de Mediapart rendait compte un peu avant, en décembre 2015, d'un autre délit de solidarité traité comme tel par les pouvoirs publics : menottes, perquisitions, garde à vue, portable mis sous scellées, amande non négligeable... Il fallait neutraliser et discipliner une dangereuse dame de 72 ans :

Délit de solidarité : Claire, 72 ans, condamnée pour un peu d'humanité

Le TGI de Grasse vient de rétablir le délit de solidarité, pourtant supprimé par le gouvernement en janvier 2014, au détriment de Claire, 72 ans, pour avoir aidé deux réfugiés à rejoindre la gare d'Antibes. Menottée, interrogée et placée en garde à vue durant 24h, Claire a été traitée comme une dangereuse délinquante...

Claire avait, d'ailleurs, un précurseur à Saint-Étienne, un prêtre cette fois ; c'était décembre 2014 :

Saint-Etienne : un prêtre risque une amende pour avoir hébergé des sans-abris


Peu avant son procès, une quarantaine d'enseignants de Lyon et Vaulx-en-Velin, qui occupaient entre cinq à six écoles chaque soir pour héberger des enfants sans-abris, manifestaient devant les grilles du palais de justice pour soutenir le prêtre.
Bastamag se penchait sur cette histoire en janvier 2015 :
Prêter assistance à des personnes sans-abri est-il un délit ? La Cour d’appel de Lyon doit rendre ce 27 janvier sa décision concernant le prêtre Gérard Riffard. Ce dernier est poursuivi pour avoir hébergé des dizaines de demandeurs d’asile dans son église de Montreynaud, à Saint-Étienne. En première instance, le juge a reconnu l’« état de nécessité » : « Il est paradoxal que l’État poursuive aujourd’hui le père Riffard pour avoir fait ce qu’il aurait dû faire lui-même », détaille le jugement. Alors que le parquet a fait appel, Gérard Riffard persiste : il n’a fait que son devoir. 
Cette fois, heureusement, la cour s'était déclarée incompétente pour juger une telle affaire, mais hélas, pour des raisons purement formelles. Le 27 janvier, Bastamag ajoutait une mise à jour à son suivi de cette affaire :
La cour d’appel de Lyon se déclare incompétente. Selon le juge, Gérard Riffard aurait du être poursuivi pour un délit, donc en correctionnelle, et non pour une contravention. Le dossier doit désormais revenir au parquet de Saint-Etienne, qui pourra décider soit d’arrêter les poursuites, soit de reciter le père Riffard devant le tribunal correctionnel [1]. « Il faut tout recommencer à zéro. On m’a toujours dit que je n’étais pas un délinquant mais un contrevenant, et là il (le juge, NDLR) a plutôt l’air de dire que je suis plus un délinquant, donc c’est très agréable... Je m’attendais à un jugement sur le fond, alors que la cour s’est basée sur un argument juridique », a déploré Gérard Riffard à l’issue de la brève audience.
Le 23/04/2016, Le Progrès recueillait ces propos du père Gérard Riffard :
« Les refus actuels de domiciliation par le CCAS [Centre communal d'action sociale, Note de Candide résiste] sont très nombreux. Notre association qui accueille et accompagne des demandeurs d’asile est totalement impliquée, d’autant plus qu’elle abrite, de manière précaire, des gens qui, sans cet accueil, seraient laissés dans la rue. Le CCAS rejette systématiquement celles et ceux qui disent dormir à l’église. La motivation du rejet est “ Pas d’attache avec la commune car situation irrégulière logement illégal ”…Ceci est une véritable discrimination envers les personnes en grande précarité. L’attache avec la commune va de soi puisque Montreynaud est bien à Saint-Etienne. Le caractère irrégulier ou illégal n’est pas du ressort du CCAS qui devrait, au contraire, être encore plus attentif à ces personnes en grande précarité. La domiciliation a été refusée à une personne car “ absence de suivi médical justifiant l’Aide médicale d’État (AME) ”. Là, on est dans le délire absolu. 
Mme Buffard (adjointe en charge des affaires juridiques) signe les refus de domiciliation et donne, me semble-t-il, au CCAS des compétences qui ne sont pas les siennes. Ce n’est pas au CCAS de décider s’il faut affilier à la CMU ou à l’AME, s’il faut donner le RSA, ou si le conseil départemental doit verser quelque chose pour les enfants. Les organismes qui attribuent ces aides ont des critères précis qu’ils mettent en œuvre avec attention. Le CCAS n’est pas gardien des dépenses engagées par l’État pour les plus faibles.
Derrière ces pratiques de rejet qui sont humiliantes pour des personnes déjà bien malmenées, on ne peut que soupçonner une politique qui cherche à se débarrasser des plus fragiles. “ Tu n’as pas de place chez nous… ” Ce n’est pas notre conception d’une société juste et solidaire, ce n’est pas l’image que nous voulons pour notre ville de Saint-Étienne qui sait accueillir et secourir.
Pour notre part, nous sommes déterminés à soutenir les personnes déboutées d’un des derniers droits qui leur reste, de par la loi. Nous alertons d’abord le défenseur des Droits, et si les choses n’évoluent pas rapidement (il y a urgence) le tribunal administratif de Lyon sera saisi et risque d’être submergé. Cela coûtera cher en aides juridictionnelles.
Nous aimerions connaître le point de vue de M. le préfet, garant chez nous de la politique gouvernementale qui n’a jamais favorisé des décisions extrêmes qui risquent de fragiliser encore davantage notre tissu social, malgré tous ceux qui travaillent pour faire progresser le vivre ensemble. »
Le 11 octobre 2016, Le Parisien informait :
Saint-Etienne : les demandeurs d'asile ne dormiront plus à l'église

A Saint-Etienne (Loire), il est désormais interdit au père Riffard de les accueillir la nuit

À partir de ce soir, le père Gérard Riffard ne peut plus héberger la nuit des ressortissants étrangers dans sa petite église de Montreynaud à Saint-Etienne (Loire).
La décision du parquet et de la préfecture de la Loire a été communiquée directement à l'évêché oralement. Cela faisait neuf ans que la petite église Sainte-Claire servait d'asile de nuit, dans l'illégalité. En moyenne, 80 ressortissants étrangers, familles et enfants, y trouvaient chaque soir le gîte et le couvert aux côtés du père Riffard.
Une décision qui n'a pas surpris l'intéressé : « Ce qui est mis en avant par les services de l'Etat, c'est le problème de sécurité en cas d'incendie. » Lucide, bien qu'attristé, le curé stéphanois reconnaît que 80 personnes à héberger, « cela devenait très difficile. Le chiffre ne cessait de grimper et nous posait problème ».

Soixante personnes hébergées ailleurs

Désormais, les demandeurs d'asile peuvent rester dans l'église Sainte-Claire pendant la journée mais n'ont plus le droit d'y dormir, sous peine de fermeture définitive des locaux. Hier, le père Gérard Riffard n'avait donc d'autre choix que de trouver des solutions pour tout le monde. Soixante personnes ont été ainsi relogées dans des appartements ou les asiles de nuit de Saint-Etienne. Une vingtaine d'autres restaient sans hébergement.
Je ne sais pas si le père Riffard est au courant d'une autre nouvelle où nous apprenions qu'une simple plainte indignée est passible aussi de répression, car le tribunal correctionnel de Bobigny condamna à 1 500 euros d'amende André Barthélémy, membre de la Commission nationale consultative des Droits de l'Homme, pour avoir protesté contre les conditions d'expulsion de deux Congolais. C'était en mars 2009. Et je mets en rouge le dernier paragraphe car carrément ahurissant :
Le 16 avril 2008, ce vieux monsieur de 72 ans prend place à bord d’un vol Air France Paris-Brazzaville. Lui et les autres passagers sont soudainement alerté par les plaintes et cris de deux sans-papiers congolais reconduits entravés et sous escorte. Tous se lèvent.
Selon la police, André Barthélemy, qui est également président d’Agir ensemble pour les droits de l’Homme (AEDH), ONG basée à Lyon aurait crié «c’est inadmissible, une honte»«vous ne respectez pas les droits de l’homme». Il aurait également incité les autres passagers à la révolte.
A l’audience, André Barthélemy a revendiqué un «réflexe d’indignation» et de «solidarité active» de «quelqu’un qui voit des gens souffrir». Sans contester la «légitimité» des reconduites, il demande qu’elles soient faites «avec humanité et dans le respect des droits fondamentaux».
Les magistrats ont reconnu André Barthélémy coupable de «provocation directe à la rébellion» et d'«entrave volontaire à la navigation ou la circulation d’un aéronef», un délit passible de cinq ans de prison et 18 000 euros d’amende.
Un autre passager, un ingénieur de 53 ans souffrant d’hypertension qui avait expliqué s’être levé de son siège pour demander aux policiers de «diminuer les hurlements» des reconduits, a été condamné à 400 euros d’amende.
2017. Plusieurs média se font écho du procès des habitants de la vallée de la Roya, y compris, en Espagne, eldiario. Je lis sur le site de l'UJFP :
Procès d’habitants de la vallée de la Roya « coupables » d’être venus en aide à des réfugié⋅e⋅s, avec la menace de lourdes sanctions. Mesures d’intimidation, poursuites - et parfois condamnations - de personnes ayant agi en soutien de migrant⋅e⋅s ou de Roms, à Calais, à Paris, à Norrent-Fontes, à Boulogne, à Loos, à Perpignan, à St-Etienne, à Meaux... On assiste depuis plusieurs mois à la recrudescence de cas où la solidarité est tenue pour un délit. (...)
Nous avons déjà rendu compte ici du cas particulier, honteux, de Cédric Herrou. Qu'un homme de sa dignité ait des problèmes avec la police et la justice en dit long sur la turpitude et les vraies valeurs qui nous gouvernent.

Cet état de répression généralisée, y compris des élans humains les plus élémentaires, a finalement entraîné la réaction de 75 organisations qui viennent de publier un manifeste. Voici le texte de cet appel indigné et urgent, trouvable également sur le site de l'UJFP avec la liste des premières organisations signataires :

LA SOLIDARITE, PLUS QUE JAMAIS UN DELIT ?
12 janvier 2017

Bien sûr, la solidarité n’a jamais été inscrite dans aucun code comme un délit.
Cependant, des militants associatifs qui ne font que venir en aide à des personnes en situation de très grande précarité, victimes de décisions dangereuses, violentes, voire inhumaines, se retrouvent aujourd’hui face à la justice.
Avec l’instauration de l’état d’urgence, et dans le contexte baptisé « crise migratoire », on assiste à une recrudescence de poursuites visant à empêcher l’expression de la solidarité envers migrants, réfugiés, Roms, sans-papiers... Au-delà, c’est le soutien à l’ensemble des personnes étrangères qui tend à devenir suspect, l’expression de la contestation des politiques menées qui est assimilée à de la rébellion et au trouble à l’ordre public.
La loi permet en effet de poursuivre les personnes qui viennent en aide aux « sans-papiers » [1] , mais toutes sortes d’autres chefs d’accusation servent désormais à entraver toute action citoyenne qui s’oppose aux politiques mises en œuvre. L’ensemble de ces intimidations, poursuites, condamnations parfois, visent donc bien en fait ce qui constitue de nouvelles formes du « délit de solidarité ».
Dès 2009, les associations de défense des droits de l’Homme et de soutien aux étrangers avaient dénoncé le fait que le délit d’« aide à l’entrée, à la circulation et au séjour des étrangers en situation irrégulière », introduit à l’origine pour lutter contre ceux qui font commerce du trafic et de l’exploitation des étrangers, ait permis au fil du temps de sanctionner les « aidants » d’étrangers sans papiers, même agissant dans un but non lucratif. Si les peines prévues ne sont pas toujours appliquées, une telle réglementation a bien sûr un effet dissuasif sur celles et ceux qui refusent de se soumettre à des politiques hostiles aux étrangers.
La mobilisation associative, à l’époque, a abouti à plusieurs réformes successives, dont celle du 31 décembre 2012 qui a été présentée comme la « suppression » du délit de solidarité. Il n’en est rien ; la nouvelle rédaction des textes se contente de préciser et augmenter les cas d’exemption de poursuites. Outre l’aide apportée à des parents, est autorisée l’aide qui aura seulement visé à « assurer des conditions de vie dignes et décentes à l’étranger » ou à « préserver la dignité ou l’intégrité physique de celui-ci ». Malgré tout, des personnes ayant manifesté leur solidarité avec des étrangers sans titre de séjour continuent d’être inquiétées - convocations à la police ou à la gendarmerie, gardes à vue, perquisitions, écoutes téléphoniques - voire poursuivies et parfois punies d’amende et emprisonnement.
Dans le même temps, des poursuites ont commencé d’être menées sur la base de textes sans rapport avec l’immigration.
Les délits d’outrage, d’injure et de diffamation, de rébellion ou violences à agent de la force publique sont utilisés pour défendre l’administration et la police contre celles et ceux qui critiquent leurs pratiques ;
Le délit d’« entrave à la circulation d’un aéronef », qui figure dans le code de l’aviation civile, permet de réprimer les passagers qui, voyant des personnes ligotées et bâillonnées dans un avion, protestent contre la violence des expulsions ;
La réglementation qui sanctionne l’emploi d’un travailleur étranger sans autorisation de travail a servi à inquiéter des personnes qui, hébergeant des étrangers en situation irrégulière, acceptent que leurs hôtes les aident à effectuer des tâches domestiques.
Aujourd’hui, les motifs des poursuites se diversifient toujours plus. Tandis que les poursuites pour aide à l’entrée et au séjour ont repris de plus belle, de nouveaux chefs d’accusation sont utilisés pour condamner les actions solidaires :
La réglementation en matière d’urbanisme a été invoquée à Norrent-Fontes (Pas-de-Calais) pour demander la destruction d’abris pour migrants ;
Des textes sur l’hygiène ou la sécurité applicables à des locaux ont servi à empêcher des hébergements solidaires à St-Etienne ;
L’absence de ceinture de sécurité et d’un siège pour une fillette à bord d’un camion a permis la condamnation d’un aidant à Calais ;
L’intrusion dans des zones particulières, interdites pour cause d’état d’urgence, a été utilisée, à Calais également, pour sanctionner le regard citoyen ;
Le délit de faux et usage de faux est utilisé pour intimider des personnes qui ont voulu attester de la présence depuis plus de 48h de personnes dans un squat à Clichy ;
• etc...
Et, de plus en plus, le simple fait d’avoir voulu être témoin d’opérations de police, d’expulsions de bidonvilles, de rafles, peut conduire à une arrestation, sous couvert de rébellion ou de violences à agent.
Ces procédés d’intimidation doivent cesser. Nous affirmons la légitimité du droit de regard des citoyens et des citoyennes sur les pratiques de l’administration, de la justice ou de la police. Nous voulons que soient encouragé·e·s celles et ceux qui se montrent solidaires des personnes en situation de précarité sans se soucier de savoir si elles sont ou non en situation régulière quant au séjour. Nous refusons que les populations visées par des politiques ou des pratiques xénophobes soient privées de soutien. C’est l’avenir du principe même de solidarité qui est en jeu.
Nous vous appelons tous et toutes à vous joindre au combat que nous, organisations syndicales et associatives et comités de soutien informels, avons décidé d’engager ensemble, au sein du collectif que nous avons constitué.

Cette rage libérale d'en finir avec la moindre humanité me fait penser à sa vieille tradition d'esclavagisme, de colonialisme, de racisme, de suprémacisme et d'exploitation. Cette rage inhumaine me fait penser au sort impitoyable des esclaves abandonnés et oubliés sur Tromelin.
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MISE À JOUR du 10 février 2017 :

Selon le quotidien Le Monde d'aujourd'hui, Cédric Herrou a été condamné à 3 000 euros d’amende avec sursis. Le journal précise :
Mais le procureur, Jean-Michel Prêtre, avait pour sa part dénoncé l’usage de ce procès comme d’une « tribune politique » et requis à l’encontre de l’agriculteur huit mois de prison avec sursis, la confiscation de son véhicule, ainsi qu’un usage limité de son permis de conduire aux besoins de sa profession. Le parquet reproche à M. Herrou un détournement de la loi de 2012 accordant l’immunité pénale à ceux qui apportent une aide humanitaire aux migrants.
Cliquez ici pour accéder au blog de Roya Citoyenne-Résistances en Roya.
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MISE À JOUR du 24 mars 2017 :

Manifeste des enfants cachés

MEDIAPART - 15 mars 2017. Par OLIVIA ELIAS. Blog : Le blog d'Olivia Elias
« Sans la solidarité de délinquants nous ne serions pas là ». Des enfants juifs aujourd'hui en vie parce que des citoyens français les ont cachés eux ou leurs parents affirment leur solidarité avec ceux et celles qui viennent en aide aux réfugiés et aux Roms.
Manifeste des enfants cachés
samedi 4 mars 2017
« Sans la solidarité de délinquants, nous ne serions pas là ! »
L’heure est à la renaissance d’un délit de solidarité. Dans la vallée de la Roya, à Calais, à Paris, à Norrent-Fontes, à Boulogne, à Loos, à Perpignan, à St-Etienne, à Meaux... des militants et des citoyens qui ont manifesté concrètement leur solidarité désintéressée aux réfugiés ou aux Roms, sont intimidés, menacés, poursuivis par les Autorités.
Nous soussigné, enfants juifs cachés pendant la Seconde guerre mondiale pour échapper à la déportation, déclarons solennellement : si nous sommes en vie, c’est parce que des délinquants solidaires ont désobéi, nous ont cachés, nous ont nourris, en dépit des lois de Vichy et de l’occupant. Ils ont ouvert leur porte, falsifié notre identité, ils se sont tus ignorant les injonctions de la police et de l’administration, ils ont emprunté des chemins de traverse face à la persécution…
Leur solidarité est aujourd’hui reconnue publiquement. Nous leur sommes reconnaissants, comme nous le sommes au courage de nos parents qui ont fait le dur choix de se séparer de nous et de transformer leurs enfants en « mineurs isolés ».
Mais ce devoir de solidarité s’applique aussi aujourd’hui et nous réclamons la fin de ces procédés d’intimidation. Nous proclamons la légitimité du droit de regard des citoyens et des citoyennes sur les pratiques de l’administration, de la justice ou de la police. Nous sommes solidaires avec celles et ceux qui se montrent solidaires des personnes en situation de précarité sans se soucier de savoir si elles sont ou non en situation régulière quant au séjour. Nous passons le flambeau de la solidarité aux lanceurs d’alerte, aux citoyens critiques des politiques xénophobes, aux solidaires du quotidien.

Les 49 premiers signataires :

1. Enfants caché-e-s :

Georges Gumpel, enfant caché à Lyon puis en Haute-Loire ;
Liliane Lelaidier-Marton, enfant cachée à Bonneuil-sur-Marne ;
Georges Tugène, caché en Haute-Loire ;
Jean de Monbrison, caché près d’Auch, dans le Gers ;
Georges Rosevègue, né en février 1941, enfant caché avec mes parents résistants, dans une ferme de l’Isère ;
Nicole Kahn, enfant cachée dans une école catholique à Limoges.
Denise Fernandez Grundman, enfant cachée dans le Maine et Loire.
Michèle Lessmann-Portejoie, cachée dans une institution catholique, à Amélie-les-Bains, Pyrénées Orientales, puis dans une famille de paysans à Boësse, Loiret ;
Catherine Vidrovitch, enfant cachée à Chaumont-en-Vexin par le chef de la résistance locale ;
Bina Kohn, sauvée de la rafle du Vélodrome d’hiver par ma concierge, puis cachée par mon employeur à Paris ;
Jean Claude Urbach, caché avec mon frère dans un hameau des Cévennes ;
Henri Edouard Osinski, caché avec 10 enfants juifs à Montigny-le-Ganelon, Eure et Loir ;
Nicole Marx Maingault, cachée dans un pensionnat catholique à Nègrepelisse, Tarn et Garonne ;
Roland Gaillon, enfant caché à Nice, puis Annecy et Sallanches ; mon nom actuel est ma fausse identité conservée ;
Henri Kochman, caché dans le village de Vourey, près de Grenoble ;
Renée Blancheton-Sciller, cachée de 1942 à 1944, à Gières et à Pierre-Châtel, Isère ;
Marie Jakobowicz, enfant cachée à Paris durant l’été 1942, puis passage en zone libre ;
Jules Jakubowicz, caché avec sa famille à Bâgé-le-Châtel, Ain
Laurent Weill, enfant caché en 1943, fuyant Lyon, au Chambon-sur-Lignon, Haute-Loire
Catherine Weill-Follet, cachée au Chambon-sur-Lignon en 1944
Lucienne Lerman, fille de Michel Lerman (déporté), enfant cachée à Pouzauges, Vendée ;
Jacques Charmatz, enfant caché de 1943 à 1944, en Suisse avec ma sœur
Charles Futerman. mère cachée à l’hôpital de Saint-Junien, Haute-Vienne, caché avec ma sœur chez des voisins lorrains en exil puis dans une famille du voisinage.

2. Parents caché-e-s

Patrick Silberstein, fils d’Hélène Vainberg, cachée par des Italiens à Monthléry ;
Mireille, Dominique, Brigitte et Emmanuèle Natanson, filles et fils de Jacques Natanson, caché par des moines dominicains à Saint-Maximin, Var ;
Jean-Claude Meyer, frère de Colette Meyer, cachée après l’exécution de notre père ;
Jean-Guy Greilsamer, fils d’Yvonne Greilsamer, cachée à Saint-Dizier en Haute-Marne, puis dans l’Aube ;
Béatrice Orès, fille d’une enfant cachée dans le département du Rhône.
Didier Epsztajn, fils de Josette Stern, enfant cachée ;
Sonia Fayman, fille de Lucien David Fayman, résistant déporté à Dora, qui organisa la mise à l’abri d’enfants dans le Sud de la France.
Heddy Riss, fille de Samuel Riss et Fanny Kohn, cachés par un garde champêtre et sa famille à Linkebeek, Belgique ;
Sylvie Pasquier Lévy et Rosine Lévy, filles de Janine Serff cachée par une famille de Tonneins, Lot-et-Garonne ;
Carole Stern, fille de Carol Stern juif roumain caché dans l’Hérault, puis arrêté par la police française ;
Hélène Mendelson, fille de Roza Piernicarz, cachée à Paris, et de Chaim Henri Mendelson, caché à Cazères, Hérault ;
Dr Jean-Jacques Tyszler, fils d’Henri Albert Tyszler caché à Tassin-la-Demie-Lune, Rhône, et de Paulette Frejtak cachée en région parisienne ;
Patrick Portejoie et Sylvie Portejoie, fils et fille de Michèle Lessmann-Portejoie, cachée à Amélie-les-Bains, Pyrénées Orientales, puis à Boësse, Loiret ;
Colette Barak, fille de Michel Barak, caché dans la région de Nice, Alpes-Maritimes ;
Jean-François et Sylvie Pessis, Paul Regnier, enfants de Catherine Hanff, cachée à Die, Drôme ;
Claudine Avram, fille de Bernard Burah Avram, un « mineur juif non accompagné », caché et protégé pendant plusieurs mois par une dame marseillaise qui élevait seule ses deux enfants ;
Chantal Steinberg, fille de Bina Kohn, sauvée de la rafle du Vélodrome d’hiver puis cachée à Paris ;
Armand Gorintin, fils d’Esther Gorintin, cachée par sa logeuse à Bordeaux, arrêtée puis échappée, puis cachée à Lyon ;
Helyett Bloch, fille de Claudine Haas, cachée deux ans par la Résistance à l’auberge de La Thuile, Savoie.

Cet appel est lancé à l’initiative de l’Union juive française pour la Paix, membre de Délinquants Solidaires.

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MISE À JOUR du 11 septembre 2020 :

La course à l'ignominie est effrénée parmi les gouvernements et les ministres de l'Intérieur de la République : à chaque fois qu'on pense que plus rien ne peut aller en la matière, ils se surpassent encore en surenchère incessante, perpétuelle... La Voix du Nord :

Calais : sur instruction de Gérald Darmanin, le préfet interdit la distribution de repas aux migrants par les associations non-mandatées

lundi 15 février 2016

Rapport 2016 de la fondation Abbé Pierre sur les mal-logés en France

Le jeudi 28 janvier, la Fondation Abbé Pierre pour le Logement des Défavorisés rendit son Rapport 2016 sur l’état du mal-logement (basé sur l'Enquête nationale du Logement 2013 dont les résultats ne concernent que la France métropolitaine) dans la sixième puissance économique du monde.
Selon Le Monde, avec AFP, la Fondation dresse un tableau sombre :
Hausse du nombre de personnes sans domicile, renonçant à se chauffer ou contraintes de vivre chez des tiers : de nombreux indicateurs sont dans le rouge.
Pour Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre,
(...) cette « aggravation du mal-logement touche avant tout les classes populaires ». Les ménages les plus pauvres consacrent à leur logement 55,9 % de leurs revenus, une part trois fois supérieure à la moyenne (17,5 %). « Le logement est le reflet des inégalités, mais il est aussi accélérateur des inégalités », souligne M. Robert.
... Et de beaucoup d'échecs scolaires, déstructurations familiales, violences sociales, suicides, etc., peut-on ajouter.

Jetons un coup d'œil sur le rapport. On peut y lire, littéralement, ces extraits...
3,8 millions de personnes mal logées.

[44 000] Personnes (...) ne peuvent accéder à une place dans les aires d’accueil aménagées destinées aux "gens du voyages".


12,1 millions de personnes fragilisées par rapport au logement.


(...) la Fondation Abbé Pierre révèle des tendances alarmantes à l’aggravation de la situation pour la plupart des indicateurs disponibles, qu’il s’agisse du nombre de personnes sans domicile, d’hébergés chez des tiers, de personnes subissant un effort financier excessif pour se loger ou de ménages souffrant du froid à domicile.

(...) Parmi les personnes privées de logement personnel apparaissent enfin 643 000 personnes hébergées chez des tiers de manière très contrainte : personnes de 17 à 59 ans n'ayant pas les moyens de décohabiter hébergées par des personnes sans lien de parenté direct (69 000), plus de 25 ans contraints, après une période de logement autonome, de revenir habiter chez leurs parents ou grands-parents faute de logement autonome (339 000), majeurs de plus de 25 ans chez leurs parents incapables de décohabiter pour raisons financières (153 000) et personnes de plus de 60 ans hébergées chez un tiers sans lien de parenté direct (83 000).

Par rapport aux années précédentes, la Fondation Abbé Pierre a décidé d’intégrer à son décompte, parmi les personnes en difficultés, deux nouvelles formes de fragilisation par le logement à mieux appréhender : l’effort financier excessif et le froid à domicile.

Au total, ce sont donc 14 466 000 personnes qui sont victimes de la crise du logement.

Les locataires continuent de payer leur loyer, puisque le nombre d’impayés semble stable. Mais à quel prix... Les Français sont 44 % de plus qu’en 2006 à se priver de chauffage à cause de son coût. 20% plus nombreux à être hébergés chez des tiers. 26% de plus à subir un effort financier excessif pour payer son logement. 6 % de plus à se serrer en surpeuplement accentué.

Entre 2001 et 2012, le nombre de personnes sans domicile a augmenté d’environ 50 %, d’après l’enquête sans-domicile de l’Insee. Les phénomènes de grande exclusion se sont amplifiés. Et encore s’agit-il d’un décompte a minima, basé sur les personnes rencontrées en 24 heures dans les services d’hébergement ou de restauration pour les sans domicile, qui ne prend donc pas en compte les nombreuses personnes qui n’y ont pas recours quotidiennement, par exemple parmi les personnes qui vivent en bidonville.

Entre 2006 et 2013, le surpeuplement a augmenté de manière inédite. Le nombre de ménages en surpeuplement accentué a crû de 185 000 à 218 000 (+ 17 %), tandis que celui des ménages en surpeuplement modéré (hors ménages unipersonnels) est passé de 1 694 000 à 1 789 000 (+ 6 %).

Le pourcentage des ménages déclarant avoir eu froid au cours de l’année est en hausse très marquée depuis des années. Alors que seuls 10,9 % des ménages s’en plaignaient en 1996, ce taux est monté à 14,8 % en 2002 puis 18,8 % en 2013.

En 2013, 4 767 000 millions de ménages, soit 11 026 000 personnes, se sont plaints d’avoir eu froid, la plupart du temps pour des raisons liées à leur situation financière, durement impactée par la montée du prix des énergies et la crise économique (1 070 000 ménages), à la mauvaise isolation de leur logement (2 107 000 ménages) ou à la faible performance de leur chauffage (1 267 000 ménages).

Malgré leur mauvaise isolation, bon nombre de foyers sont comme les trous noirs de l'Univers : aucune matière ni lumière n’en sort.
Où l'on voit où nous mènent les bulles spéculatives, en général, et les glorieuses noces des bétonneurs et de la finance, en particulier.
Où l'on voit bien que l'État d'Urgence non factice ne concerne pas l'inconfort thermique, les surpeuplement des ménages ou la vie à l'abri de rien...

Au sujet de la constante dégradation de la situation du logement en France, le Siné mensuel nº50 (février 2016), pages 4-6, présente un dossier intitulé Des solutions contre la galère, réalisé par Léa Gasquet. Dans son introduction, elle nous rappelle que cette dégradation « ne date pas d'hier : entre 1970 et 2006, le loyer moyen a doublé par rapport aux revenus. (...) À moins d'être en CDI et de gagner trois fois le prix de son loyer, trouver un toit relève de l'exploit. En dépit de la taxe sur les logements vacants créée en 1999, 2,6 millions de logements étaient toujours vides en 2015... Alors que 900 000 personnes ne disposent pas d'un logement autonome ! »

Par ailleurs, dans un autre pays heureusement mondialisé [Note du 26 février 2016 : où il y a 3,4 millions d'habitations vides (30% du total européen)], la fourbe et média-attisée "récupération" (reprise) de l'économie espagnole a entraîné l'aggravation des conditions de vie de 1.181.000 personnes, selon le rapport annuel sur "Vulnérabilité sociale" de la Croix-Rouge espagnole (Bez, le 13 février 2016). Déjà ceux qui ont la joie immense d'être des salariés (fort précaires) doivent tabler sur le refus de l'employeur de payer leurs heures supplémentaires de travail, contrepartie créatrice, innovante, flexible et modérée d'un système basé sur la prise d'otages tous azimuts et la continuation de l'esclavage par d'autres moyens --selon la couleur de la presse, vol ou record (voir tableau ci-dessous tiré du quotidien El País, publié le 15.02.2016, 00h01). En tout cas, c'est le trickle up effect.


"Cada semana de 2015 se trabajaron una media de 3,5 millones de horas fuera de la jornada laboral que no se retribuyeron"  (chaque semaine de 2015 en Espagne... 3,5 millions d'heures sup non rémunérées)

Et puis, au cas où l'on éprouverait une certaine colère, le régime libéral pense à tout : il y a pour l'instant et pour l'exemple 300 travailleurs inculpés en Espagne comme on peut voir ici, ici ou .

vendredi 28 février 2014

Berk

Nomen omen encore ? Le nom aurait pue tout déterminer ????
Cette semaine, la presse nous a appris que le commissariat de Berck, dans le Pas-de-Calais, a été évacué mardi 25 février et "restera fermé jusqu'à nouvel ordre". Quoi, donc ? Les condés sont jetés ?

Pas vraiment : "en cause, une odeur pestilentielle non identifiée qui empoisonne la vie des policiers". Le Monde ajoutait : "Deux représentants de la loi sont en arrêt de travail".

Alors... les flics se sentent mauvais ? Ils sentent leur force ? Les poulets cons-sentent le renard dans le poulailler ? Ce sont eux qu'on... qu'on sent ? La sûreté a du surpouah ? Sous quel pouah est-elle courbée ? Il n'y a personne en fragrant délit ? Les cognes cognent ? Leur nausée abonde ? Ça fouette dans les serfs veaux ? C'est la faute à un bouquet misère ? C'est une renifle à Roms, à tics ? Et ma nation ? Autant de questions qui nous travaillent. Au point de ne plus sentir nos jambes...

mercredi 12 décembre 2012

Roms, Sintés et Kalés en Europe, selon le rapport Billout

Un rapport d'information du sénateur Michel Billout dénonce la situation des Roms en Europe. Il a été dressé au nom de la commission des affaires européennes [nº 199 (2012-2013)] et publié le 6 décembre 2012. Son introduction signale :
« 10 à 12 millions de Roms vivraient aujourd'hui en Europe, dont environ 8 millions sur le territoire de l'Union européenne. Ils sont présents, bien qu'à des degrés divers, dans la grande majorité des États membres, sous l'effet des migrations qui sont intervenues au cours des derniers siècles, souvent dictées par les persécutions dont ils étaient victimes, et par des motifs économiques. Ces populations rencontrent aujourd'hui de graves difficultés d'intégration. Elles souffrent de discriminations multiples, qui procèdent bien souvent de l'anti-tsiganisme, lié à une profonde méconnaissance.
Le Conseil de l'Europe depuis les années 1970 et, plus récemment, l'Union européenne ont pris diverses initiatives afin de combattre les préjugés associés aux Roms et faciliter leur intégration en Europe. Mais c'est surtout après les évènements de l'été 2010 en France que le défi posé par les Roms est devenu un véritable sujet d'actualité européen, comme en témoigne la publication par la Commission en avril 2011 d'un cadre de l'Union pour les stratégies nationales d'intégration des Roms.
Il est temps aujourd'hui de passer à la vitesse supérieure. En dépit des initiatives existantes, la situation des populations roms n'a pas connu d'amélioration notable jusqu'à présent. Il convient aujourd'hui de mieux définir les responsabilités qui incombent à chacun des échelons - européen, national et local - afin de relever le défi de l'intégration des Roms sur un continent qui a fondé ses valeurs sur la démocratie, les droits de l'homme et l'État de droit. Quand on rapporte la population rom (8 millions) à la population de l'Union européenne (503 millions), la tâche ne paraît pas insurmontable, à condition de s'y atteler véritablement et de faire enfin tomber la barrière des préjugés. »
Dans I A-1 (1. Quelques repères historiques et géographiques), on peut lire :
(...) contrairement à des idées reçues, les populations roms ne sont pas nomades mais ancrées à des territoires nationaux.
Ainsi selon Henriette Asséo3(*) : « Quatre-vingts pour cent des Tsiganes européens n'ont pas bougé de leurs pays respectifs depuis deux ou trois siècles. A l'Est, et dans l'empire austro-hongrois, il n'y avait pas de nomadisme. S'il y en avait eu, vous n'auriez pas de communautés qui constituent 8 à 10 % des populations nationales. Cette histoire de nomadisme n'a aucun sens. »
En effet le nomadisme, n'a jamais été une spécificité rom. Ce sont les persécutions, les mesures d'expulsions, les grandes déportations et, de nos jours, les reconduites à la frontière qui ont obligé les Roms à sans cesse se déplacer.
Le voyage procède pour eux plus de la mobilité que du nomadisme ; il permet de s'adapter aux conditions d'emploi, comme les travaux saisonniers qui assurent leur survie. C'est aussi une manière de rassembler les familles à l'occasion d'un événement important de leur vie. Une minorité de Roms européens a choisi un mode de vie itinérant ; la majorité d'entre eux sont sédentarisés.
Si le rapport Billout vous intéresse, cliquez ci-dessous sur le lien de votre choix :

Rapport

Illustration : couverture de rapport