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mardi 29 septembre 2020

Juliette Gréco ne croyait pas à la mort et pourtant...

En effet, on dirait qu'elle est toujours là, on peut l'entendre, on l'entend très volontiers, voix et présence, présence et voix. Oui, faites-vous plaisir et ne ratez surtout pas ce podcast (accessible sur le site actuel de Là-bas si j'y suis) —on dirait de l'au-delà, tellement les temps sont à l'opprobre—, voix, sens, échos et musique.

Au milieu des années 1980, les auditeurs retrouvaient Daniel Mermet sur une station de radio publique, France Inter, du lundi au vendredi —en 1983-1984 entre 14h45 et 15h— avec son émission « Si par hasard au piano-bar ». Cet entretien avec Gréco eut lieu en 1984, quand les libéraux n'étaient pas encore omnipotents et que l'on pouvait encore discuter dans les média ; les gens n'étaient pas forcément frappés d'écholalie, les formules et leurs tendances n'avaient pas encore enseveli la musique et la chanson, la radio était une compagnie incontournable... Un pur régal. Merci Mermet (et ses pairs).


JULIETTE GRÉCO dans l’émission de Daniel Mermet « Si par hasard au piano bar » (1984) [PODCAST : 59’20]

« À part chanter, que faites-vous dans la vie ? » « L’amour. »

Là-bas, si j’y suis. Le

(...)

En 1984, sur France Inter, j’étais à la recherche de mon père, Charlie, musicien volage et baroudeur. Il était quelque part, mais où ? Et qui était-il au juste ? L’émission s’intitulait « Si par hasard au piano bar », réalisée par l’excellent Gilles Davidas. Chaque jour, un invité, artiste ou voyageur, venait me parler de Charlie, mon père. Juliette Gréco l’avait rencontré au temps de Saint-Germain-des-Prés. Une occasion de parler de lui (un peu) et d’elle (surtout) qui avait fait de sa vie un roman. Trente six ans après nous avons retrouvé cette émission dans les archives. Voici la preuve que la mort n’effacera jamais sur le sable les pas des amoureuses insoumises.

Daniel Mermet

 

Elle est toujours là, mais en même temps, les journaux signalent que Juliette Gréco est décédée ce dernier mercredi 23 septembre, à 93 ans.
À cette occasion, de mémoire, L'INA se rappelle son interprétation de "Si tu t'imagines", chanson de Queneau/Kosma. Et combien je déteste l’usage profane de ce mot de muse (lire ci-dessous) appliqué à une souveraine de la liberté, de la vie et des inflexions bouleversantes...

 

Juliette Gréco s'est éteinte ce mercredi à l'âge de 93 ans. La chanteuse a interprété de nombreux poètes dont Raymond Queneau et son célèbre poème "Si tu t'imagines".

Le 13 juillet 1962, dans l'émission Gros plan, Juliette Gréco interprétait Si tu t'imagines, un poème de Raymond Queneau sur l'impermanence de la jeunesse, mis en musique par Joseph Kosma et créé par Juliette Gréco en 1947 sur les conseils Jean-Paul Sartre.

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Ce texte, à l'instar du "carpe diem" latin appelle à profiter de la jeunesse, qui comme les roses, ne dure qu'un instant. Queneau s'amuse dans ces strophes par une liberté de ton et d'écriture. Cette liberté si chère à la muse de Saint-Germain-des-Prés et qu'elle contribuera largement à diffuser à travers son répertoire.

Si tu t'imagines, si tu t'imagines, fillette fillette,
Si tu t'imagines xa va xa va xa va durer toujours
La saison des za saison des za saison des amours
Ce que tu te goures, fillette fillette, ce que tu te goures.
Si tu crois, petite, si tu crois ah ah que ton teint de rose
Ta taille de guêpe, tes mignons biceps, tes ongles d'émail
Ta cuisse de nymphe et ton pied léger.
Si tu crois xa va xa va xa va durer toujours
Ce que tu te goures, fillette fillette, ce que tu te goures

Les beaux jours s'en vont, les beaux jours de fête
Soleils et planètes tournent tous en rond
Mais, toi, ma petite, tu marches tout droit
Vers c’que tu vois pas ; très sournois s'approchent
La ride véloce, la pesante graisse, le menton triplé
Le muscle avachi... Allons, cueille cueille, les roses les roses
Roses de la vie et que leurs pétales soient la mer étale
De tous les bonheurs, de tous les bonheurs.
Allons, cueille cueille, si tu le fais pas

Ce que tu te goures, fillette fillette, ce que tu te goures


Dans un entretien avec Grégoire Leménager —publié par Le Nouvel Observateur (nº 2451, le 27 octobre 2011)—, Michelle Vian, première femme de Boris Vian, livrait des souvenirs du Saint-Germain-des-Prés du temps des zazous, ces jeunes oiseaux de nuit, élégants et pétulants, qui adoraient les livres et le jazz...

Saint-Germain-des-Prés

« On a fait Saint-Germain en y important le jazz. Comme il y avait des gens très intelligents qui fréquentaient le café de Flore, les Deux-Magots et Lipp, c’était un carrefour formidable. Boris et moi y allions pour retrouver l’équipe des «Temps Modernes», Sartre et les autres.
Quand on voulait du jazz, on allait au Lorientais l’après-midi, puis on continuait au Tabou. Je surveillais les entrées avec Anne-Marie Cazalis et Juliette Gréco, nous étions les psychologues de service. Les types qui ne nous plaisaient pas, on leur disait «Vous n’entrez pas». Mais on laissait entrer des types qui n’avaient pas un rond quand ils étaient intéressants, c’est-à-dire quand ils avaient un livre sous le bras: on exigeait des livres. Les étrangers aussi, on les acceptait. A condition qu’ils soient un peu littéraires. C’est comme ça que le Tabou s’est formé, peu à peu. C’était ouvert et c’était fermé. On ne laissait pas entrer n’importe qui, et en même temps, les gens qui entraient étaient n’importe qui. Je crois qu’on y voyait les types sympas.
C’étaient Anne-Marie Cazalis et Juliette Gréco qui avaient trouvé, rue Dauphine, ce café qui fermait très tard parce qu’il était fréquenté par les types des Messageries. Gréco avait eu l’idée de demander leur cave. Il n’y avait pas de salle pour les zazous, c’est pour ça qu’ils sont allés dans les caves. Ce n’est pas seulement à cause du bruit, c’est parce qu’il n’y avait rien. Les types ont dit d’accord. Il a fallu enlever le charbon, c’était humide, dégueulasse. Cazalis et Gréco ont entraîné là ceux qui, les premiers, ont fait le Tabou ; c’est-à-dire Merleau-Ponty et Queneau. »



vendredi 21 août 2020

Bernard Stiegler nous rappelle toujours qu'on est (tr)oppressés

Il y a 5 jours, j'ai appris que le philosophe français Bernard Stiegler, né le 1er avril 1952 à Villebon-sur-Yvette (Essonne), venait de mourir à l'âge de 68 ans à Épineuil-le-Fleuriel, le jeudi 6 août 2020. Il est l'auteur d'États de choc : bêtise et savoir au XXIe siècle  (Mille et une nuits, 2012) et coauteur, avec Denis Kambouchner et Philippe Meirieu, de L'école, le numérique et la société qui vient (Mille et une nuits, 2012).

Je vois maintenant que —pendant que j'étais éloigné de la civilisation connectée et branchée— certains média ont rapporté son décès subit et ont glosé sa vie et sa pensée non conventionnelles, dont le quotidien suisse Le Temps, édité à Lausanne :

La mort, le jeudi 6 août, à l’âge de 68 ans, du philosophe français Bernard Stiegler a quelque chose de stupéfiant. C’est une mort que rien ne laissait présager aussi subite, tant il avait l’esprit jeune, avide de modernité, ivre de ses enthousiasmes. Atteint d’un mal qui l’avait beaucoup fait souffrir il y a quelques mois et dont il pressentait un retour inéluctable, il s’est donné la mort, non en dépressif, mais en philosophe, dit son ami Paul Jorion.

Personnage volubile, attentif, amical et irascible, il s’était ces vingt dernières années consacré à la réflexion sur l’emprise des technologies numériques sur nos vies et la société, après s’être imposé sur la scène intellectuelle française, dès le milieu des années 1980, puis avec sa thèse avec Jacques Derrida en 1993, comme un penseur majeur de la technique.

La mort a figé sa vie en roman. Sans bac, tenancier d’un bar à jazz à Toulouse, il a les finances difficiles. Qu’à cela ne tienne, il va régler cela lui-même en décidant d’aller braquer une banque. Ça marche, et il y prend goût. C’est le quatrième braquage à main armée qui lui sera fatal, et lui vaudra 5 ans de prison. C’est là que, grâce à un professeur de philosophie (Gérard Granel) qui l’avait pris en amitié dans son bar, il découvre les grands auteurs, qu’il dévore avec passion.

Dès sa sortie de prison, il ira à la rencontre de Jacques Derrida; il se fait remarquer, et sa carrière s’enclenche alors, insolite, hétérodoxe, multiforme mais pas incohérente: professeur de technologie à Compiègne, directeur adjoint de l’INA (Institut national de l’audiovisuel) de 1996 à 1999, fondateur de l’association Ars Industrialis depuis 2005, professeur en Chine, directeur d’un centre de recherche au Centre Pompidou depuis 2006, il voulait dans tous ces domaines combattre la bêtise culturelle que le marché imposait à tous.

(...)

France Culture revient sur son appel à s'approprier la technologie afin de pouvoir la transformer et nous propose la réécoute de cet entretien des Chemins de la philosophie, émission d'Adèle Van Reeth, diffusé le 11 juin 2020, où il questionne les enjeux des mutations de nos sociétés engendrées par le numérique. À propos du silence, Stiegler y expliquait :

Pendant des années, en prison, j’étais enfermé avec moi-même, je ne pratiquais que l’écriture. Un des aspects très importants pour moi de l’expérience carcérale c’est l’expérience du silence absolu. Ça m’est arrivé de rester silencieux pendant des mois, sans dire un mot. J’y ai découvert un phénomène qui, je crois, a peu été étudié par les philosophes, davantage par les religieux, et parfois par des philosophe religieux comme saint Augustin : l'expérience du silence dans lequel tout à coup, ça se met à parler.  

Le Monde le présentait ainsi dans un article du 7 août :

Condamné en 1978 pour plusieurs braquages de banques, il avait étudié la philosophie en prison. Penseur engagé à gauche, il prenait position contre les dérives libérales de la société.

Le quotidien parisien y évoquait :

De 1996 à 1999, il devient directeur général adjoint de l’Institut national de l’audiovisuel (INA), avant de prendre la direction de l’Institut de recherche et de coordination acoustique/musique (Ircam) en 2002. Il y reste jusqu’en 2006, quand il est nommé directeur du Développement culturel du Centre Pompidou. C’est au sein de cette institution qu’il fonde la même année l’Institut de recherche et d’innovation (IRI), chargé d’« anticiper, accompagner, et analyser les mutations des activités culturelles, scientifiques et économiques induites par les technologies numériques, et [de] développer de nouveaux dispositifs critiques contributifs ».

(...)

Dans un texte publié en avril dans Le Monde sur son expérience du confinement (en prison et durant la crise du Covid-19), Bernard Stiegler écrivait :

« Le confinement en cours devrait être l’occasion d’une réflexion de très grande ampleur sur la possibilité et la nécessité de changer nos vies. Cela devrait passer par ce que j’avais appelé, dans Mécréance et discrédit (Galilée, 2004), un otium du peuple. Ce devrait être l’occasion d’une revalorisation du silence, des rythmes que l’on se donne, plutôt qu’on ne s’y plie, d’une pratique très parcimonieuse et raisonnée des médias et de tout ce qui, survenant du dehors, distrait l’homme d’être un homme. »

Donc, il fut directeur général adjoint de l'INA et justement, le site de l'INA rend aussi son hommage à Bernard Stiegler et nous rappelle la diffusion en 2017-2018 d'une série pour le Web intitulée (Tr)oppressé, une initiative intéressante qui produisit 10 épisodes de 5-7 minutes environ :

01 – SOUS HAUTE TENSION
02 – CONSO, BOULOT, DODO
03 – TEMPS DE CERVEAU DISPONIBLE
04 – MOBILISATION GÉNÉRALE
05 – EN DIRECT, UNE RÉACTION ?
06 – ALGORITHMES ENDIABLÉS
07 – CERVEAU EN MODE AVION
08 – L’AMOUR EST DANS LE SWIPE
09 – TOUT POUR ÊTRE HEUREUX
10 – BASIQUE INSTINCT (C’EST L’INTUITION QUI COMPTE)

C'était une production signée en 2017 par Les Bons Clients pour ARTE et l'INA, réalisée par Adrien Pavillard et écrite en collaboration avec Emmanuelle Julien et Meriem Lay. Elle fut accessible sur Arte Créative à partir du 11 décembre 2017 et est toujours visionnable sur le site d'ARTE jusqu'au 30 novembre 2020. L'idée de (Tr)oppressé partait de la constatation et les questions suivantes :

« Et si désormais, être débordé, agité, speedé, overbooké, c’était ringard ? Sous pression en permanence, nous manquons tous de temps, nous courons partout avec le sentiment que nos vies nous échappent. La faute à qui ? En partie aux nouvelles technologies. N’avons-nous pas développé une addiction aux ordinateurs, smartphones, réseaux sociaux, applications et sites de rencontres ? Nos désirs sont brouillés par l’avalanche de sms, mails, notifications, informations et sollicitations publicitaires. Couplés aux objectifs de rentabilité, les algorithmes nous auraient transformés en machines à produire et à consommer. Mais au final, est-ce que tout ça nous rend plus heureux ? À vouloir être partout, tout faire, est ce que nous n’oublions pas l’essentiel ? Et le plaisir de vivre ? ».

Dans le chapitre nº 6 de cette websérie, consacré aux Algorithmes endiablés, Bernard Stiegler nous livrait ses pensées là-dessus. L'épisode était introduit ainsi :

C’est le chaos ! L’époque nous rend dingos ! Nous voilà pilotés par des algorithmes qui vont 4 millions de fois plus vite que nous. Plus personne ne les contrôle. Or, c’est sur eux que reposent la finance mondiale et son système spéculatif. Conséquence : de cadre à l’ouvrier, le savoir perd sa valeur et son sens. 

Et si nous remettions les algorithmes à notre service ? Leur objectif serait alors de nous apporter plus de bonheur. N’était-ce pas au fond l’utopie première de la modernité ?

 Le site de l'INA montre le volet et le résume (j'y mets du rouge) :

(...) Bernard Stiegler analysait la complexité technologique sans cesse grandissante ayant pour conséquence la prolétarisation de tous les métiers.

Prenant pour exemple la crise des subprimes de 2008 et la déclaration du président de la Réserve fédérale de l'époque, Alan Greenspan, de ne « pas tout comprendre » au mécanisme ayant amené l'effondrement de l'économie internationale, Bernard Stiegler démontre la « prolétarisation » de tous les acteurs de la société, du plus petit travailleur au « patron de la finance mondiale ».

Citant les écrits de Marx et Engels, pour qui « être prolétarisé, c'est perdre son savoir et se mettre à travailler pour un système qu'on ne comprend pas et qu'on ne peut pas changer », Bernard Stiegler alerte sur le danger que fait peser la technologie sur nos vies. Car cette frustration d'être dépossédé par la machine entraîne chez l'homme la « disruption », un panel de sentiments négatifs mêlant « chaos, angoisse et agressivité ».

Devant une telle accélération technologique, le philosophe estime que « nous approchons d'un moment où la bifurcation chaotique sera absolument incontrôlable ». D'où la nécessité de « sortir de ce modèle, de le repenser, de reconstituer des circuits courts », « non pas pour revenir en arrière ou rejeter [la technologie] », mais afin « d'utiliser les réseaux intelligemment ». Dans le but de mettre l'économie et la technologie au service de l'homme, et pas l'inverse comme jusqu'à présent : « Construire une économie mondiale qui soit solvable, durable, et qui fasse augmenter la néguentropie*, c'est-à-dire, le bonheur de vivre ». 

Parmi ses nombreuses implications universitaires au service de la recherche et de l'éducation, Bernard Stiegler avait notamment collaboré avec l'Institut national de l'audiovisuel.

Rédaction Ina le 07/08/2020 à 12:22. Dernière mise à jour le 10/08/2020 à 09:42.

Point de départ, ladite déclaration de l'inénarrable filou Alan Greenspan du 23 octobre 2008, auprès du Sénat étasunien, à propos de l'arnaque des subprimes et de la résistance des bâtiments, pardon, des liquidités virtuelles : 

Donc, le problème ici, c'est que ce qui semblait être un édifice très solide et un pilier essentiel de la concurrence de marché et des marchés libres, s'est effondré et, comme je l'ai dit, cela m'a choqué. Je ne comprends toujours pas tout à fait pourquoi c'est arrivé.

Selon Stiegler, cette déclaration voulait dire qu'il était prolétarisé au sens où Marx et Engels en 1848 avaient décrit la prolétarisation (cf. le résumé ci-dessus). Et il arrive qu'« aujourd'hui, on est pilotés [et traités] par des algorithmes**, y compris ceux qui veulent créer des algorithmes pour piloter des choses [qui] se retrouvent eux-mêmes pilotés par les algorithmes, y contrôlent plus rien ».

______________________________________

* Néguentropie : anglicisme [neg(ative) entropy]. « Entropie* négative ; augmentation du potentiel énergétique » (© 2020 Dictionnaires Le Robert - Le Petit Robert de la langue française).

** Toutes nos données et activités sur le Net son traitées en permanence et en temps réel par des algorithmes qui font ce qu'on appelle du calcul intensif, qui sont capables de traiter des milliards de données simultanément, explique Stiegler.
Quant aux déboires des mathématiques en finance, cliquez ici et lisez notamment la note en bas de page pour accéder aux aveux (d'une candeur gonflée, si j'ose dire) de Nicole El Karoui.
Stiegler nous rappelle aussi, dans son intervention pour (Tr)oppressé, que « le modèle spéculatif qui avait craqué en 2008 a été reconfiguré en profondeur et en exploitant de plus en plus ce qu'on appelle les mathématiques financières utilisant les algorithmes, pour produire une nouvelle spéculativité, moins visible, plus complexe. [cf. encore Jean de Maillard et son ouvrage L'Arnaque] On a de plus en plus de mal à anticiper ce qui va se passer, on a l'impression qu'on est dans ce que les Punks depuis 1977 à Liverpool appellent NO FUTUR. » 

samedi 9 mai 2020

Moisson de paysages sonores

Pour adoucir nos confinements, voici un projet intéressant où l'on peut participer ; on pourrait l'appeler l'Écoutothèque de nos Paysages. Vous pouvez juste écouter les paysages décrits ou enregistrer et envoyer vos propres récits souvenirs.
Je vous en colle ci-dessous l'idée et les principes.


DES PAYSAGES INCORPORÉS 


En ces temps de confinement, les notions de lieux, de dedans et de dehors, de corps et de mouvement résonnent différemment...mais le désir "d'aller vers" un ailleurs, qu'il soit géographique, social, politique ou autre, nous met, de fait, en mouvement, par la pensée, l'imagination...
Dans l'intention de soutenir ce mouvement intérieur, de rester en éveil et d'apporter un peu d'horizon dans une période sédentaire faite de bouleversements RADIO Horizons-Paysages récolte des récits enregistrés réalisés à partir des questions suivantes et posées à plusieurs personnes :

Y'a-t-il un paysage dont vous vous souvenez, dont vous avez fait l'expérience, 
et qui s'est déposé dans votre mémoire ?
Un paysage que vous auriez particulièrement apprécié, un lieu que vous aimez re-convoquer en vous ?
Pourriez-vous en faire une description afin de le partager et de le donner à voir, à imaginer, à d'autres ?

Quels sont les paysages que  l'on porte en soi et qui nous constituent ? Ces paysages qui sont passés par le filtre de notre perception et dont l'existence se situe alors seulement dans notre souvenir et imaginaire, ces paysages qui ont même parfois disparu pour nous-mêmes et qui sont enfouis sous des couches d'autres images, d'autres vécus... il s'agit d'en dé-couvrir les vestiges, bribes, fragments, traces, un peu comme une recherche archéologique,  afin de donner forme concrètement à ces "images" que chacun.e.s porte en soi, de les rassembler, de créer un corpus commun, pour créer une bibliothèque de nos paysages, que nous viendrions nourrir tou.te.s ensemble par un geste collectif, ce mouvement d'ensemble.
Ces paysages pourront alors circuler jusque dans d'autres imaginaires, à travers les voix, à travers les ondes...et permettre de partager une expérience-pratique de déplacement, alors que nous sommes contraints à une certaine sédentarité, en proposant un mouvement, un voyage, une évasion, à partir de soi, de nos endroits investis au présent et en direction d'autres, auditeurs/trices.

N.B.: Ce projet se situe dans le prolongement de l'installation audio "Récolter Paysages" réalisée en 2011 dans la Drôme. Il a été réactivé sous une autre forme au moment de la période de confinement en Avril 2020.

mercredi 29 avril 2020

Penser la pandémie (partie 1)

Mise en ligne le dimanche 26 avril 2020, voici une vidéo à visionner attentivement dans le but de mieux penser la pandémie du coronavirus. Ses sous-titres constituent une aide précieuse à la compréhension pour ceux qui auraient encore des difficultés dans cette compétence en français.
C'est une élaboration réalisée et produite par les membres et proches du séminaire Politiques des Sciences (Politique des Sciences, Un regard critique sur les réformes de l'enseignement supérieur et la recherche).


Le déconfinement relève d’une décision politique. Cette décision, en démocratie, doit pouvoir être prise après un débat contradictoire. Elle doit se fonder sur la compréhension des phénomènes épidémiques par les sciences, toutes les sciences : virologie, épidémiologie et infectiologie, mais aussi sciences humaines et sociales. Si l’on pense aux errements politiques qui ont conduit au confinement pour tous au même moment et aux conséquences économiques, sociales, individuelles d’un tel choix, encore difficiles à mesurer, si l’on observe que suivre l’expérience chinoise signifierait pour la France un déconfinement entre mi-juin et fin juillet, on voit l’intérêt de discuter les stratégies possibles de déconfinement en mobilisant des disciplines et des savoirs complémentaires.

Documents et références cités par Politique des Sciences que je me suis permis de réviser pour vous en élaborer une présentation :


Pascal Marichalar, Savoir et prévoir. Première chronologie de l’émergence du Covid-19, le 25 mars 2020.
Que pouvait-on savoir et prévoir de l’actuelle pandémie et de son arrivée sur le territoire français ? Premiers éléments de réponse à partir d’un corpus bien défini : le très réputé magazine « Science », et les déclarations de l’OMS depuis fin décembre 2019.
Voir ici et .
Maître Pandaï : « Avant les commissions d'enquête et les procès, examinons dès à présent les responsabilités de l'exécutif dans la désastreuse gestion de la crise sanitaire liée au Covid-19. » Le 29 mars 2020.

L'Humanité
: Pour vous faire votre opinion, l'Humanité.fr confronte les déclarations des autorités sanitaires (en particulier de l'Organisation mondiale de la santé) et celles des responsables gouvernementaux. Depuis le début de la crise... voire quelques mois auparavant. Découvrez notre rétrospective des dates et événements clés dans la propagation du coronavirus et les réponses qui y ont été apportées.
François Bonnet, Covid-19: chronologie d’une débâcle française, Mediapart, 11/04/2020.
Comment le pouvoir français apprend-il l’émergence d’une épidémie devenue pandémie ? Comment a-t-il réagi, englouti qu’il était dans la réforme des retraites et les municipales ? Comment s’est-il préparé ? Éléments de réponse en dates.

Macron Watch, COVID-19 et gestion de crise : une chronologie, 16 avril 2020.
Avant propos : nous tentons ici modestement de reconstruire une chronologie de la crise du COVID-19. En plus de nos propres recherches, ce travail est aussi en grande partie un travail de « compilation » qui n’aurait pas été possible sans les apports suivants : le dossier de plainte proposé par plaintecovid.fr, ainsi que d’autres relayées par la presse, les nombreux articles de Mediapart, des articles également repris dans les sources mentionnées ci-dessus, notamment La Vie des Idées, Marianne, ou France Inter.
Ce texte est amené à être modifié, enrichi et éventuellement corrigé régulièrement au fur et à mesure des nouveaux éléments. Nous espérons qu’il vous sera instructif voire utile.
Les regrets d'Agnès Buzyn : « Depuis le début je ne pensais qu’à une seule chose : au coronavirus. On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade. La dernière semaine a été un cauchemar. J’avais peur à chaque meeting. J’ai vécu cette campagne de manière dissociée. »
, et , Ehpad : Les Morts, Les Familles et Le Mur Du Silence, Le Monde. Publié le 23 avril 2020 à 11h00 - Mis à jour le 24 avril 2020 à 06h09.
Des établissements ont tardé à communiquer le nombre de morts du Covid-19. Et à informer les familles de l’état de santé de leurs proches. Certaines ont déjà porté plainte.
Coronavirus dans l'Oise.

Science Mag.
Corinne Bensimon, 1968, la planète grippée, Libération, le 7 décembre 2005.
Un an après être partie de Hongkong, la grippe fait, en deux mois, 31 226 morts en France, deux fois plus que la canicule de 2003. A l'époque, ni les médias ni les pouvoirs publics ne s'en étaient émus. Alors que la propagation de la grippe aviaire inquiète, retour sur cette première pandémie de l'ère moderne.


lundi 13 avril 2020

Journal de confinement de Wajdi Mouawad

À Mat



Le Théâtre National de La Colline a été fondé en 1988 et implanté dans 20ᵉ arrondissement de Paris (15 Rue Malte-Brun) et c'est l'un des six théâtres nationaux français avec la Comédie-Française, le Théâtre de l'Odéon, le Théâtre national de Chaillot, le Théâtre national de l'Opéra-Comique et le Théâtre national de Strasbourg. 
Il est dirigé depuis le 6 avril 2016 par l'auteur et metteur en scène libano-québécois Wajdi Mouawad [(1968-) Cf. ici, ici et ]. En savoir plus.
Dédié à la création théâtrale contemporaine, le projet de Mouawad prône l'hospitalité et l'ouverture à la jeunesse.

Grâce à Mat, toujours alerte, j'ai eu vent du Journal de Confinement de Wajdi, qui intègre la rubrique Les Poissons Pilotes de La Colline. Ce sont des documents audio correspondant à chaque journée de confinement à compter du Jour 1: le 16 mars 2020. Je me figure que l'auteur pourrait en dire Ce sont des lectures qui parlent de la tentative de rester humain dans un confinement forcé. Il les introduit ainsi :

Nous ne pouvons plus ni nous voir, et encore moins entrer en contact physique les uns avec les autres, alors l’esprit prend ici toute sa puissance. Penser aux autres, avoir en tête le souci, l’inquiétude des autres, c’est là un travail purement spirituel. C’est donc, dans ce malheur et cette tristesse, une possibilité de renouer avec cette puissance. C’est, précisément, cette capacité à penser aux amis, penser aux lieux secrets, aux paysages qui nous ont touchés, qui a permis souvent à tant de gens de tenir dans les moments difficiles. Nous, en plus de la pensée, nous avons cet outil merveilleux, le net, pour pouvoir le faire savoir à ceux et celles vers qui notre pensée est tournée.
Si, aujourd’hui, l’essentiel est que le service public des soins puisse aider tous ceux qui en ont besoin, si le plus important sont les hôpitaux, les médecins et les aides-soignants ; que peuvent et doivent faire les artistes ? Si la santé est aujourd’hui le grand requin blanc se battant contre la maladie, qui sont alors les petits poissons pilotes qui accompagnent les squales ? Nous sommes peut-être ces petits poissons pilotes… Comment la poésie peut-elle soigner ? Et comment peut-elle le faire lorsqu’il n’est plus possible de sortir de chez soi ?
À cette question, il y a quantité de réponses joyeuses que l’équipe de La Colline invente et vous propose dès aujourd’hui et jusqu’à nouvel ordre.
Wajdi Mouawad

Ensuite, en bas à gauche de la toile, l'on dispose d'une nouvelle introduction aux fichiers audio à proprement parler :
Wajdi Mouawad, directeur de La Colline vous donne rendez-vous du lundi au vendredi à 11h pour un épisode sonore inédit de son journal de confinement, de sa propre expérience à ses errances poétiques : Une parole d'humain confiné à humain confiné. Une fois par jour des mots comme des fenêtres pour fendre la brutalité de cet horizon.(Nota bene : Il n'existe pas d'enregistrement datant du vendredi 20 mars.)
Lien direct à toute la liste d'audios depuis le 16 mars 2020.

Lien renvoyant à l'enregistrement d'aujourd'hui lundi 13 avril. Aujourd'hui... les Espagnols doivent se rendre au boulot en métro, RER, bus, etc, alors que samedi, ils se faisaient verbaliser pour assister aux funérailles de leurs grands-mères, par exemple.

Pour conclure, sachez que Mouawad et La Colline vous proposent encore une autre section...

# Au creux de l’oreille

Nos corps contraints, profitons-en pour tisser un lien privilégié entre nous. Depuis lundi 23 mars et jusqu’à la fin du confinement, les artistes amis de La Colline proposent d’appeler chaque personne intéressée pour lui faire lecture de poésie, de théâtre, de littérature ou lui interpréter un extrait musical, quelques minutes ou plus…
Les 180 artistes engagés dans cette initiative sont tous bénévoles et très investis pour faire de ces petits instants de théâtre murmurés de vrais rendez-vous artistiques. Nous comptons donc sur vous pour profiter pleinement de cette expérience inédite : notez bien dans votre agenda le créneau entier que vous avez réservé pour être sûr d’avoir votre téléphone disponible à portée de main, vous-même confortablement installé dans un endroit calme et propice à l’écoute au moment où l’artiste vous offrira ce temps suspendu et privilégié de poésie, et prévenez-nous si un imprévu venait à ne pas réunir ces conditions ! Et si vous inscrivez une autre personne, prévenez-la de se tenir prête et de s’engager dans le même sens…
Si cet instant au creux de l’oreille vous séduit, complétez ce formulaire en veillant bien à la conformité de votre numéro de téléphone et votre adresse mail.
du lundi au vendredi, de 16h à 19h ou de 19h à 21h

vendredi 3 avril 2020

Un Boléro de Ravel en confinement avec les musiciens de l'Orchestre National de France

L'après-midi du lundi 30 mars 2020, Radio France, à travers ses stations France Musique et France Inter, a mis en ligne une belle initiative musicale. Il s'agit d'une vidéo où une cinquantaine de musiciens de l'Orchestre National de France jouent à distance le Boléro de Maurice Ravel (1875-1937).
Chacun chez soi, avec sa partition, mais tous ensemble pour offrir l’œuvre du répertoire la plus diffusée dans le monde, ce Boléro de Ravel de confinement. Chaque musicien s’est enregistré dans son salon, le tout a été mixé et assemblé par les techniciens de Radio France.
Si l'ordre du jour est la distance, la musique semble capable de s'envoler et de nous rapprocher, et quoi de mieux que le Boléro envoutant de Ravel pour mettre du baume au cœur !

En espérant que ces quelques notes de Ravel, universelles, vous apporteront un peu de chaleur et de réconfort.

Crédits :
Les musiciens de l'Orchestre National de France
Arrangements - Didier Benetti
Réalisation - Dimitri Scapolan


Pour en découvrir davantage [Source : France Musique] :




Pour aller encore plus loin...

France Culture : Les paradis (fiscaux) des droits d'auteur du Boléro ou une saga très Offshore.

lundi 28 octobre 2019

ALCINE49 - Courts métrages en français

Le mardi 12 novembre, nous nous déplaçons à Alcalá pour assister à la projection des courts métrages francophones de la section "Idiomas en corto" d'ALCINE, le Festival de Cine de Alcalá de Henares, dans le cadre de sa 49e édition.
Ce sera, comme d'habitude, dans le Teatro Salón Cervantes, à 17h00. Au programme, cinq courts métrages dont quatre plutôt bouleversants, partageant un fil conducteur passablement inquiétant...


1) Roberto le canari - France, 10:15 Productions, 2017. Couleur, Fiction ; durée : 18' 20''. Réalisation et scénario de Nathalie Saugeon, avec Élodie Bouchez, David Kammenos et Keanu Peyran.

SYNOPSIS :
Un père voit l'équilibre de sa famille se fragiliser à la suite d'un accident dont est témoin son fils.



Ou comment une famille fait face à l'enterrement d'un oiseau mort qui exhume d'autres enterrements, d'autres fantasmes.


2) My Body -France, 2018. Couleur, animation sans dialogues, 2 min. Court métrage 2D réalisé par Sandralee Zinzen et Nicolas Nivesse, étudiants de 3ème année à PÔLE 3D.

SYNOPSIS :
Une adolescente se regarde dans un miroir. Elle n’aime pas ce qu’elle voit : grasse, maigre, moche, elle ressemble à un monstre. Peut-être qu’elle devrait juste faire un pas en arrière et se rendre compte qu’elle n’est pas aussi monstrueuse.


À réfléchir sur les déséquilibres et contorsions mentales déclenchant cette orgie de distorsions...


3) FORFAIT - Belgique. 2018. Couleur, fiction (drame), 16 min. Réalisation et scénario: Rémi Quodbach (Paris, 1995).

SYNOPSIS :
David, un jeune garçon de 17 ans qui vit dans un environnement difficile, a une chance de réaliser son rêve.

Il s'agit d'un film très dur où l'on réfléchit au racisme, aux familles déstructurées et aux conflits de générations. David est un ado qui cherche la reconnaissance dans un double contexte, social, à travers le sport, et familial : sa mère, d'origine africaine, est isolée et alcoolodépendante. Et il ne sait plus comment s'y prendre, comment la regagner.
Le site de "Culture" de TV5Monde lui consacre une vidéo informative et écrit à son propos :
Chaque année depuis 27 ans, le Centre Wallonie-Bruxelles à Paris organise un festival de court métrage qui porte bien son nom, « Le Court qui en dit long ». Pendant cette édition 2019, un film a particulièrement retenu l’attention : « Forfait », de Rémi Quodbach. Le jeune acteur Franck Onana, qui y joue le rôle de David, un jeune garçon de 17 ans, footballeur en devenir qui vit dans un environnement difficile, s’est vu remettre le Grand prix d’interprétation masculine. Pour son premier film, Rémi Quodbach signe une œuvre quasi autobiographique : une mère alcoolique et une passion pour le football, qu'il a récemment troquée pour celle du cinéma. (Cliquez ici pour accéder à la vidéo)


4) Têtard - France, À Perte de Vue, 2019. Couleur, Animation, 13' 39'' min. Réalisation de Jean-Claude Rozec.

SYNOPSIS :
 J’étais toute petite, mais je m’en souviens encore très bien. Papa et Maman n’y ont vu que du feu, mais moi, j’ai tout de suite su. La chose qu’il y avait dans le berceau, c’était pas mon p’tit frère. Non. C’était toi. T’avais déjà cette drôle de tête. Et puis tu puais…Hein, Têtard ?


Onirisme marécageux et sombre, malgré des couleurs bariolées, qui nous évoque Lokis ou le loup-garou...

5) LA LÉGENDE - France, 2018. Couleur, fiction, 11 min. Un Court métrage de Manon Eyriey, produit par 2.4.7. Films (247 Films).

SYNOPSIS :
Depuis l’immeuble d’en face, deux copines observent la Légende, le plus beau garçon du quartier. L'une d'elles se prépare avec soin : ce soir, elle le sait, elle va passer la nuit avec lui. Sa première nuit d'amour.

Morale : une amie vaut mieux que deux tu l'auras (la légende...).

Cliquez ici pour accéder, chez ARTE, à un échange entre Manon Eyriey et Delphine de Vigan autour du film "La légende".
Productrice de plusieurs courts et moyens métrages, Manon Eyriey est désormais réalisatrice. Pour évoquer ce premier court, « La légende », elle a invité la co-scénariste de son premier long métrage à venir, Delphine De Vigan, romancière auteure d’une dizaine de livres dont le dernier « Les Gratitudes » est paru chez Jean-Claude Lattès.

dimanche 8 septembre 2019

RetroNews (sic)

RetroNews est le site de presse de BNF-Partenariats, filiale de la BNF.
Né en mars 2016, ce Web est dédié aux archives de presse issues des collections de la Bibliothèque nationale de France et met en ligne actuellement plus de 400 titres de presse publiés entre 1631, date de fondation de La Gazette (avec l'appui de Richelieu), et 1950. C'est donc un splendide outil de recherche et une excellente manière de découvrir l'histoire de la presse écrite (1), imprimée, depuis l’apparition des publications périodiques au début du XVIIème siècle jusqu'à l'irruption de la télévision, à peu près.
Le site gralon.net nous rappelle que...
Le premier périodique imprimé au monde, un journal de quatre pages intitulé Relation (2), fut lancé à Strasbourg en 1605 par Jean Carolus.
En France, le premier grand périodique fut La Gazette : dans un contexte de censure et de contrôle de la presse par l’Etat, son rédacteur, Théophraste Renaudot, avait obtenu dès 1631 un privilège royal lui garantissant le monopole de l'information.
A la même époque, à Londres, Nathaniel Butler fonda le premier hebdomadaire de l’histoire de la presse, le Weekly news, en 1622.
RetroNews nous précise :
« (...) la publication d’une presse plus contemporaine nécessiterait la mise en place d’un dispositif de gestion des droits d’auteur actuellement à l’étude. » (...)
« Si vous recherchez un titre qui n’est pas publié sur RetroNews, nous vous invitons à consulter le site http://presselocaleancienne.bnf.fr/accueil qui liste tous les titres de presse locale et identifie si une version numérisée est disponible. »
Ces titres disponibles correspondent à des journaux et magazines d'information générale, politique, régionale, littéraire, satirique, économique, coloniale, professionnelle, "féminine", sportive, de loisirs, illustrés ou non.
BnF-Partenariats sélectionne les titres à numériser avec les conservateurs de la BnF, encadre les opérations de numérisation, conçoit les contenus éditoriaux  et pilote le fonctionnement et le développement du site.
ADOC Solutions réalise la numérisation des journaux et la reconnaissance de caractères (OCR, pour permettre la recherche plein texte).
Immanens a développé une visionneuse dédiée à la presse et gère l’outil de recherche et l’indexation des pages.
Syllabs réalise les traitements sémantiques (Thématiques, entités nommées…).
Disons finalement que l'équipe de Retronews propose chaque jour des compléments : des articles, des analyses, des séries documentaires audio et vidéo.
Problème, RetroNews n'est pas complètement un service public et cela se voit à deux signes symptomatiques. Le premier indice concerne le nom, Retronews, sans accent, qui ne saurait être, sans mourir, plus con ou plus cipaye, selon l'analyse. Une institution nationale française baptise en anglais un de ses services en ligne. On aurait pu choisir, rêvons, « presse ancienne ». Au bout du compte, comme il est précisé un peu plus haut, Gallica, la plateforme traditionnelle sur internet de la BNF, qui dispose d'une page web dédiée à Presse et revues et une sous-page à la Presse locale et régionale, consacrait depuis 2016 un site à la presse locale ancienne numérisée. Tant qu'à faire de rêver, on aurait pu choisir « rétrocanards », « rétronouvelles », « éphémérothèque » (de ἐφημερίς, ephêmeris, journal, et θήκη, thêkê, -thèque, boîte ou lieu où l'on garde quelque chose), « hémérocalles" (Plante (liliacées) dont les fleurs très décoratives ne durent chacune qu'un jour, selon Le Robert), « neiges d'antan », « en temps voulu », « presse-purée », « presse sentiments », « feuilles mortes », que sais-je... Mais quand la cuistrerie bat son plein et que les tronches se laissent fièrement coloniser, même les instances nationales de France, pardon, de la Start Up Nation (3), tiennent à des appellations ou enseignes en anglais, censées être suprêmes, ergo plus racoleuses. Car le deuxième indice se montre lorsqu'on veut accéder à certaines possibilités et que l'on se rend compte qu'il faut s'abonner pour s'en servir, y compris dans un but pédagogique :
La BnF a créé en 1998 sa bibliothèque numérique, Gallica, qui propose un accès gratuit aux  collections numérisées de la BnF : livres, périodiques, presse, cartes, estampes, photographies, monnaies ou médailles, et permet des recherches transverses parmi une grande diversité de documents.
La BnF a créé en 2016, dans le cadre de sa politique de numérisation et à travers sa filiale BnF-Partenariats, le site RetroNews. RetroNews propose un accès libre et gratuit à plus de 400 titres de presse publiés entre 1631 et 1950. Les archives de presse sont issues soit des fonds disponibles dans Gallica, soit des fonds numérisés par BnF-Partenariats. Dans tous les cas, les journaux sont indexés dans Gallica : si un résultat est remonté par le moteur de recherche de Gallica, la visualisation du fascicule complet se fait gratuitement sur RetroNews.
RetroNews propose en outre des outils de recherche avancée spécifiques aux collections de presse et des contenus éditoriaux complémentaires (articles, longs formats, vidéo, audio…) pour découvrir l’histoire par la presse : l’accès à ces services supplémentaires se fait sur abonnement.
Il existe plusieurs formules d'abonnement payant, y compris pour les écoliers. Il ne s'agit donc, à proprement parler, d'un service entièrement public, ouvert à tous, garant de l'égalité de chances, facilitant pleinement les fouilles et les consultations de chercheurs, professeurs, étudiants, lycéens ou de tout un chacun. La Start Up Nation des libéraux aux commandes rabaisse ou supprime les impôts de la cour des très grands, privatise et démantèle les Communs (4), enfle la dette souveraine, multiplie les coupes budgétaires (santé —couloirs des urgences toujours bondés—, EHPAD, école, justice, transports en commun, justice, média publics, inspection du travail...), et les organismes de l'État, faute de ressources suffisantes pour accomplir leurs missions, se voient contraints de faire appel à des prestataires privés, se soumettent à une dépendance extérieure et nous apprennent que pour accéder à une partie de leurs services, il nous faut payer :
Le site propose en plus aux abonnés des contenus éditoriaux exclusifs (version audio, longs formats, documentations sur l’histoire de la presse), ainsi que des fonctionnalités avancées et des outils de recherche experts signalés par un code couleur spécifique.
Quelqu'un qui se connaît en matière de politique des biens communs de la connaissance s'est déjà penché sur ce sujet d'une manière très détaillée et nous fournit, malgré —selon moi— quelques mises d'eau dans son vin, des considérations qui prêtent à réflexion. Il s'agit de Lionel Maurel, Directeur Adjoint Scientifique pour l'information scientifique et technique à l'Institut des Sciences Humaines et Sociales du CNRS. Pour lire son analyse, cliquez sur le lien précédent.
Vous pouvez lire également cet article de Thomas Perrono sur le site de l'association bretonne En Envor et de sa revue d'histoire contemporaine en Bretagne.

Voici la vidéo de présentation de la plateforme RetroNews :


01:07 Périodiques et fonctionnalités de la recherche avancée
05:00 La partie éditoriale de RetroNews
05:45 Perspectives de développement
06:21 Indications pratiques sur les abonnements


Comme illustration de ses contenus éditoriaux, cliquez sur le lien pour accéder à un cycle proposé par RetroNews autour des « Lois scélérates ».

_________________________
(1) Car il faudrait avoir trop picolé pour confondre l'Histoire et l'histoire de la presse.
(2) Relation était un hebdomadaire publié en allemand.
(...) Contrairement aux news contemporains, il n’y avait pas d’articles de fond avec des commentaires et des prises de position politiques ou religieuses. On est plus près des brèves de toute nature de l’Agence-France-Presse. Des faits, des bruits de toute nature et provenant de l’Europe entière, voire au-delà, le tout sur quatre pages. À l’origine, il n’y avait qu’exceptionnellement des informations locales. Ce n’est qu’au cours de la guerre de Trente Ans qu’elles apparaissent sous la forme d’indications d’ordre militaire. Par contre, le lecteur apprend les actes de piraterie sur les rives de la Méditerranée, l’accueil de la suite fastueuse de l’ambassadeur turc à Vienne, le retour en Espagne des navires en provenance d’Amérique, les conflits religieux en Hongrie, l’invention d’une lunette par un certain « Signor Galileo » de Florence, les audiences du Pape Paul IV, un homme a poignardé à Naples trente personnes dont sa jeune femme, tremblement de terre à Rhodes, trois mosquées ont brûlé à Constantinople…(...)

ELSASS/ALSACE JOURNAL, 16.03.2017
(3) Emmanuel Macron : "I want France to be a “start-up Nation”, meaning both a nation that works with and for the start ups, but also a nation that thinks and moves like a start up." (Discours au Salon Vivatech, 15.06.2017).

(4) Et tout cela dans un seul but : nous contraindre à payer, sans contreparties, de gros impôts qu'on appelle "dividendes", "rémunération du capital" ou "d'excellents résultats financiers" :
Le montant est historique. Les 1 200 plus grandes entreprises cotées mondiales ont versé, pour la période avril-juin, quelque 513,8 milliards de dollars (463 milliards d’euros) de dividendes à leurs actionnaires, soit une progression de 1,1 %, selon l’étude publiée, lundi 19 août, par l’observatoire de la société de gestion Janus Henderson.
Sur l’ensemble de 2019, ces groupes devraient distribuer à leurs actionnaires un montant record, estimé à 1 430 milliards de dollars. Reste que le deuxième trimestre est particulièrement significatif, car sept sociétés sur dix versent leurs dividendes à cette période de l’année. (Le Monde, 20.08.2019)
Sans compter les autres allocations qu'il nous faut satisfaire : les coûts d'une publicité tous azimuts, les faramineux salaires des cadres et hauts dirigeants des grandes sociétés, leurs frais de fonction, représentation et divertissement, leurs primes, bonus, plans d'actions, stock-options ou retraites, leurs indemnités de départ, etc.

samedi 25 mai 2019

70 ans du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir

En 1949, il y a donc 70 ans, Simone de Beauvoir (1908-1986) publiait Le Deuxième Sexe :
« Nous commencerons par discuter les points de vue pris sur la femme par la biologie, la psychanalyse, le matérialisme historique. Nous essaierons de montrer ensuite positivement comment la "réalité féminine" s'est constituée, pourquoi la femme a été définie comme l'Autre et quelles en ont été les conséquences du point de vue des hommes. Alors nous décrirons du point de vue des femmes le monde tel qu'il leur est proposé ; et nous pourrons comprendre à quelles difficultés elles se heurtent au moment où, essayant de s'évader de la sphère qui leur a été jusqu'à présent assignée, elles prétendent participer au Mitsein (1) humain. »

Simone de Beauvoir.
______________________________
(1) L'« Être-avec » de Heidegger

A sa sortie, cet essai existentialiste et féministe a provoqué un tollé et essuyé les critiques, les incompréhensions, les insultes... Sylvie Chaperon a écrit à ce propos : « Le Deuxième Sexe, qui paraît en 1949 dans la prestigieuse collection Blanche de Gallimard, produit immédiatement l'effet d'une bombe. »
Déjà Simone de Beauvoir avait décrit dans ses mémoires, juste 14 ans après, le lot d'épithètes et autres qualifications que lui valu la réception de son essai lors de sa parution :
« Insatisfaite, glacée, priapique, nymphomane, lesbienne, cent fois avortée, je fus tout, et même mère clandestine. On m'offrait de me guérir de ma frigidité, d'assouvir mes appétits de goule, on me promettait des révélations, en termes orduriers, mais au nom du vrai, du beau, du bien, de la santé et même de la poésie, indignement saccagés par moi.»

Simone de Beauvoir, La Force des choses, II, Paris, Gallimard, coll. Folio, 1963, p. 135-136

Voici le corps essentiel d'un article à ce sujet signé par Johanna Luyssen à Libération le 14 avril 2016 :
(...)
La romancière Colette Audry, dans un article de Libération daté du lendemain de la mort de Beauvoir —15 avril 1986 —, écrivait alors : « Lors de sa sortie, en 1949, le Deuxième Sexe fit énormément de bruit et Simone de Beauvoir commença à recevoir un immense courrier. Il y eut dans la presse un lot d’articles indignés, ridicules et grotesques. Elle était une sorte de Walkyrie, de suffragette, de virago. D’autres s’exclamaient : qu’est-ce qu’elle passe aux femmes ! »
La bronca a commencé bien avant la parution de l’ouvrage, d’ailleurs. Les lectrices et les lecteurs de la revue les Temps modernes, dirigée par Jean-Paul Sartre, ont en effet pu en découvrir les bonnes feuilles en mai et juillet 1948, soit bien avant la publication officielle de l’essai, en 1949.
Dans une lettre à son amant américain Nelson Algren, datée du 3 août 1948, Beauvoir écrit déjà : «La partie déjà publiée dans les Temps modernes a rendu plusieurs hommes fous furieux ; il s’agit d’un chapitre consacré aux mythes aberrants que les hommes chérissent à propos des femmes, et à la poésie tocarde qu’ils fabriquent à leur sujet. Ils semblent avoir été atteints au point sensible.»

Les hussards de droite et le «Montherlantgate»

Dans le Deuxième Sexe, Beauvoir s’attaque, entre autres, à l’écrivain Henry de Montherlant. Dans un chapitre appelé «Montherlant ou le pain du dégoût», elle explique en quoi l’œuvre de l’auteur des Jeunes Filles est profondément misogyne. Elle commence ainsi : «Montherlant s’inscrit dans la longue tradition des mâles qui ont repris à leur compte le manichéisme orgueilleux de Pythagore. Il estime, après Nietzsche, que seules les époques de faiblesse ont exalté l’Eternel Féminin et que le héros doit s’insurger contre la Magna Mater». Elle poursuit par une analyse de son œuvre, qu’on qualifiera de, disons, critique… Exemple : «Inférieure, pitoyable, ce n’est pas assez. Montherlant veut la femme méprisable.» Roger Nimier, hussard de droite, prend la défense de Montherlant en attaquant Beauvoir. Ce qu’elle racontera dans son autobiographie, la Force des choses : «Dans Liberté de l’Esprit, Boisdeffre et Nimier rivalisèrent de dédain. J’étais une "pauvre fille" névrosée, une refoulée, une frustrée, une déshéritée, une virago, une mal baisée, une envieuse, une aigrie bourrée de complexes d’infériorité à l’égard des hommes, à l’égard des femmes, le ressentiment me rongeait.» C’est tout ? Oui, c’est tout.

Au Figaro, Mauriac : «Nous avons atteint les limites de l’abject»

C’est ensuite la publication d’un chapitre appelé «L’initiation sexuelle de la jeune fille», où elle écrit, par exemple : «D’ailleurs, l’homme fût-il déférent et courtois, la première pénétration est toujours un viol», qui fait scandale. Elle y décrit surtout en des termes très crus le dépucelage d’une jeune fille, avec moult termes anatomiques : «Tandis que l’homme "bande", écrit-elle, la femme "mouille".» Elle décrit la vulve avec précision : «Le sexe féminin est mystérieux pour la femme elle-même, caché, tourmenté, muqueux, humide ; il saigne chaque mois, il est parfois souillé d’humeurs, il a une vie secrète et dangereuse.» C’en est trop pour la droite catholique, en particulier François Mauriac. L’auteur de Thérèse Desqueyroux s’insurge, dans le Figaro du 30 mai : «Nous avons atteint les limites de l’abject.» Le chroniqueur du Figaro littéraire André Rousseaux exprime, lui, sa «gêne» pour la «bacchante» qui a écrit sur «l’initiation sexuelle». De manière générale, les catholiques sont outrés par tant d’impudeur, et le Vatican met carrément le texte à l’index — jugé contraire à la foi catholique, il est par conséquent interdit de lecture pour les fidèles —, en 1956.

Albert Camus et le mâle français «ridiculisé»

L’auteur de l’Etranger aurait lancé à Beauvoir cette phrase assassine : «Vous avez ridiculisé le mâle français.» Elle commente, goguenarde et ironique, dans la Force des choses : «Méditerranéen, cultivant un orgueil espagnol, il ne concédait à la femme que l’égalité dans la différence et évidemment, comme eût dit George Orwell, c’était lui le plus égal des deux.»

Les communistes agacés 

Beauvoir s’attendait à des réactions positives de la part de l’extrême gauche, compte tenu de l’importance qu’elle donne au marxisme dans le Deuxième Sexe. Las ! Elle est surtout vue par beaucoup de communistes comme une bourgeoise lettrée qui ose parler d’érotisme. La journaliste de l’Humanité Marie-Louise Barron qualifie ainsi le Deuxième Sexe de «charabia», ajoutant que «le second volume ne peut offrir que des broutilles». Elle ajoute : «J’imagine le franc succès de rigolade qu’obtiendrait Mme de Beauvoir dans un atelier de Billancourt, par exemple, en exposant son programme libérateur de "défrustration"».(...)

Cette banque de productions audiovisuelles qu'est l'INA nous rappelle ce 70e anniversaire de féminisme français et mondial forgés par ce texte fondateur :



On ne naît pas femme, on le devient”. La formule de Simone de Beauvoir a traversé les décennies et inspire encore les féministes du monde entier, 70 ans après la sortie du livre dont elle est extraite : Le Deuxième Sexe. Émancipation, parité, liberté du corps… autant de questions soulevées en 1949 et encore au coeur de l’actualité.

C'est peut-être aussi un bon moment pour reproduire un article que j'ai publié le 3 février 1991 dans le supplément hebdomadaire Libros du quotidien El País, à l'occasion de la parution en castillan du Journal de Guerre (septembre 1939-Janvier 1941) de Simone de Beauvoir, édition de Sylvie Le Bon de Beauvoir :
Diario de Guerra
(Septiembre de 1939- Enero de 1941)
Simone de Beauvoir.
Edhasa. Barcelona 1990.
372 páginas. 2400 pesetas.

Sylvie Le Bon de Beauvoir, responsable de la edición de este Diario para Gallimard (1990), y que ahora presenta Edhasa en España, advierte al lector de que estos siete cuadernos son tan sólo un fragmento de los diarios globales de Simone de Beauvoir; su publicación ha sido concebida como un complemento de las Cartas a Sartre (1940-63), cuya aparición entre nosotros también está prevista. Tres fueron los momentos en que, durante la guerra, dicha correspondencia se vio interrumpida: con motivo de los encuentros entre los dos protagonistas en Brumath y París, y con ocasión del internamiento de Sartre, prisionero de los alemanes. Este Diario ofrece, a su vez, una laguna, entre el 24 de febrero y el 8 de junio de 1940.
El encuentro de Brumath tuvo su gracia por irregular: Sartre había sido destacado, como soldado meteorólogo, en Essey-lès-Nancy. Desde allí fue trasladándose a Ceintrey, Marmoutier y Brumath, antes de recalar en Morsbronn. Beauvoir logró, mediante diversas triquiñuelas, salvar sus dificultades legales y profesionales, y reunirse con su novio los cinco primeros días de noviembre. Allí se entregan, como de costumbre, a toda suerte de confidencias; "Sartre ha leído este cuaderno y me dice que tendría que haber un poco más de desarrollo", escribe ella. No es de extrañar el comentario del soldado de la pipa, quien era muy capaz de escribir ochenta páginas entre dos servicios: sin olvidar sus cartas, trabajaba febrilmente en L'Age de raison y en lo que luego serían sus Carnets de la Drôle de Guerre. El encuentro de París, del 4 al 15 de febrero del 40, se debió a un permiso de Sartre, que decididamente era "el soldado más sucio de Francia". Su apresamiento el 21 de junio en Padoux originó el único periodo de incomunicación total entre ambos escritores.
Simone de Beauvoir no redacta con estas páginas un verdadero diario de guerra; ésta se nos muestra con protagonismo en el cuaderno VI, con la ocupación de París por los alemanes, la carestía y los movimientos de refugiados, y, sin excesiva profundidad, en los cuadernos I (Movilización del soldado Sartre, que el día anterior no creía en absoluto en el estallido del conflicto bélico...) y II (ambiente en los trenes y en Brumath). De lo que el Cástor da testimonio en especial es de sus diversas actividades cotidianas: clases, películas vistas, audiciones, cafés frecuentados, pesadillas incluso. Pero a través de sus reflexiones y sentimientos, transcritos con palmaria sinceridad, dibuja un genuino diario de presencias y ausencias. Dos son los seres añorados, por los que se desvive a tiempo completo (correo, paquetes, dinero, pensamientos): Sartre, su "único absoluto", y Jacques-Laurent Bost, ex-alumno del anterior en Le Havre y futuro marido de Olga Kosakievitch, amiga y objeto de los celos de Simone; celos que impregnan, por cierto, L'Invitée, primera novela del Cástor -que escribía por entonces-: un didáctico ménage-à-trois que concluye en asesinato. La autora fue bastante crítica en La Force de l'âge (1960) con respecto a sus novelas iniciales.
En cuanto a las presencias, en ocasiones a duras penas soportadas y objeto de la perversidad del autosatisfecho Cástor (que se dedica frases como "La suerte que tengo de ser una intelectual...para quien todo...se transforma en pensamiento", "Mito que las chicas adoran"), habría que citar en primera línea de fuego a las dos Kosakievitch, Wanda y Olga, a Nathalie Sorokine y a la muy denostada Louise Védrine. De hecho, parece que sólo la amistad de Simone con Bost y Sartre le permitía aguantar el trato de algunos feligreses de la peculiar orden que crearon.
El cuaderno VII nos acerca más que los otros a la Simone de Beauvoir pensadora y escritora; recoge sus ideas novelísticas en aquel momento, y en particular la idea hegeliana sobre "el reconocimiento de las conciencias entre sí", que plasmaría en Le Sang des autres.
Este Diario de Guerra no aporta gran cosa sobre lo que verdaderamente estaba pasando en el mundo; sorprende por lo que a menudo tiene de inventario de rutinas de reflejo innecesario, bombones recibidos o turbantes comprados, retahílas poco del gusto de los amantes de los diarios sabrosos: anotar continuamente frases del tipo "pongo al día este cuaderno" no fomentan demasiado nuestro interés. Las feministas sentirán una profunda decepción por los detalles de misoginia o preciosismo ridículo que el texto revela a veces; los anarquistas y antimilitaristas no entenderán muy bien la fascinación que los desfiles o los preciosos uniformes nazis podían provocar en la autora; los buscadores de sonrisas verticales no encontrarán nada en absoluto. Sí quedan claras, en cambio, las relaciones, con frecuencia de tercera planta de hospital, de dos sumos sacerdotes, Sartre y Beauvoir, y su colección de gregarios. En este terreno, nos hallamos ante un material de primera importancia.

ALBERTO CONDE
Madrid, janvier 1991.