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mercredi 27 février 2019

L'antisionisme n'est pas un racisme

SÉMITE : Se dit des différents peuples provenant 
d'un groupe ethnique originaire d'Asie occidentale 
et parlant des langues apparentées ( sémitique).  
Les Arabes, les Éthiopiens, les Juifs sont des Sémites.
  Cour. (mais abusif) Juif. Adj. Avoir un type sémite, israélite.
© 2018 Dictionnaire Le Petit Robert de la langue française

“Probably, one of the most important challenges
we are facing is not to equate Zionism and Judaism,
as Israel want us to do. I think that the more
we’ll dissociate the both, Zionism and Judaism,
the more we can challenge the Propaganda,
and the whole accusation of anti-Semitism would not be effective.”
[Probablement, l’un des défis les plus importants auxquels il nous faut faire face,
c’est de ne pas faire une équation entre le Sionisme et le Judaïsme, comme Israël voudrait
qu’on le fasse. Plus nous arriverons à dissocier le Sionisme et le Judaïsme,
plus nous
pourrons défier la Propagande, et toute l’accusation d’antisémitisme ne serait plus efficace.]

Ilan Pappé, septembre 2016.



[Ici, il faudrait une intro. Elle est peut-être en chantier, mais vu l'énormité de l'abjection, du cynisme et de la volonté de répression —réels et ressentis— des professionnels de l'amalgame, il y a urgence à favoriser la réflexion, à proposer la sérénité de Sand et de Collon —cf. un peu plus bas.
Cela fait longtemps que le pouvoir en France a choisi le lobby sioniste israélien, le colonialisme, contre la cause du peuple palestinien, la victime. L'usage que l'on a toujours fait de l'expression "antisémitisme" est inexact, philologiquement abusif, historiquement malveillant, racisant, donc raciste, politiquement opportuniste ; cette espèce de synecdoque biblique constitue une appropriation indue. Fils de Noé, Sem était un personnage de la Genèse, le premier des cinq livres du Pentateuque, donc, de la Torah. Et mis à part que les races n'existent pas biologiquement (cf. aussi Albert Jacquard), que tous les racisants ("Ça se voit ! Le type, il n’a pas les mots d’un gitan. Il n’a pas les mots d’un boxeur gitan.") sont racistes, que tous les racismes sont misérables, insupportables, et que le régime sait toujours appliquer deux poids deux mesures à leur égard, rappelons que le terme "sémitique" relève de la Linguistique, de la Philologie. Le dictionnaire n'est pas très précis, mais en annonce la couleur. J'appelle "Judéophobes" les racistes qui détestent les "Juifs" (y compris beaucoup de descendants de Juifs qui ne se tiennent pas pour des Juifs). Évidemment l'analyse du terme "Juif", de cette identité multiple, a déjà mérité plusieurs livres. Sont judéophobes les misérables qui vandalisent des cimétières juifs et y inscrivent des croix gammées, ce symbole écœurant.
En ce qui concerne le Sionisme, on pourrait lire tant de choses... Mais puisqu'il faut en choisir une en vitesse, je vous conseille LTI (Lingua Tertii Imperii, Die Sprache des Dritten Reiches, La Langue du IIIe Reich), les notes d'un philologue juif à Dresden, concrètement le chapitre XXIX, justement intitulé Sion. Victor Klemperer lut les œuvres de Hertzl sous la botte nazie, clandestinement. Et après lecture, il écrivit (extrait de la traduction castillane d'Adan Kovacsics éditée par Minúscula, Barcelona 2001) :
Los leí con una consternación rayana en la desesperación. Mi primer apunte en los diarios sobre el tema reza así: "¡Señor, protégeme de mis amigos! Si uno posee la voluntad necesaria, encontrará en estos dos volúmenes pruebas de lo que Hitler, Goebbels y Rosenborg alegan contra los judíos, no se necesita una enorme habilidad para interpretar y distorsionar los hechos."
Más tarde, apunté algunas citas y palabras clave para determinar las semejanzas y desemejanzas entre Hitler y Herzl. Porque, gracias a Dios, también había desemejanzas.
Un vrai antisioniste est un antiraciste, un anticolonialiste. Les sionistes, en tant que palestinophobes et concepteurs-projeteurs du plan Daleth et de son nettoyage ethnique concomitant, bien prolongé dans le temps par un apartheid de facto et de iure, seraient, selon les dictionnaires, antisémites. Ado sioniste, j'ai appris cela à force de lire, entre autres, beaucoup de Juifs et d'Israéliens.
Emmanuel Macron a répété que « l’antisionisme est une des formes modernes de l’antisémitisme », qui est pénalement condamné en France. Le macronisme des amalgames prétend-il la censure des livres de Victor Klemperer ou d'Israël Shahak ou de Stéphane Hessel ou l'envoi devant un tribunal d'Ilan Pappé ou de Pierre Stambul ou de Shlomo Sand ou de tant d'autres hommes justes ? Envisage-t-il de chercher la manière de persécuter tous les membres de l'Union Juive Française pour la Paix ou de Jewish Voice for Peace et d'autres organisations juives ?
Il nous faut défendre (et pouvoir défendre) la liberté d'expression comme toutes les causes anticoloniales, dont, bien entendu, l'antisionisme.
Pourvu qu'on puisse sortir de cette folie libéral-sioniste...]

Voici un article du 25 février de Shlomo Sand, auteur entre autres de Comment le peuple juif fut inventé, Fayard, septembre 2008. Il a publié ce billet sur son blog hébergé par Mediapart. Je ne partage pas complètement toutes ses opinions, mais j'apprécie sans réserves son analyse historique, son humanisme et sa décence politique :

À propos des sémites et des antisémites, des sionistes et des antisionistes
Si toute expression antijuive dans le monde ne cesse de m’inquiéter, j’éprouve un certain écœurement face au déluge d’hypocrisie et de manipulations orchestré par tous ceux qui veulent désormais incriminer quiconque critique le sionisme.

Bien que résidant en Israël, « Etat du peuple juif », j’ai suivi de près les débats, en France, sur : antisémitisme et antisionisme. Si toute expression antijuive dans le monde ne cesse de m’inquiéter, j’éprouve un certain écœurement face au déluge d’hypocrisie et de manipulations orchestré par tous ceux qui veulent désormais incriminer quiconque critique le sionisme.
Commençons par les problèmes de définition. Depuis longtemps déjà, je ressens un malaise non seulement face à la récente formule en vogue : « civilisation judéo-chrétienne », mais aussi face à l’utilisation traditionnelle du vocable : « antisémitisme ». Ce terme, comme l’on sait, a été inventé dans la seconde moitié du 19ème siècle par Wilhelm Marr, nationaliste-populiste allemand qui détestait les juifs. Conformément à l’esprit de cette époque, les utilisateurs de ce terme tenaient pour présupposé de base l’existence d’une hiérarchie des races dans laquelle l’homme blanc européen se situe au sommet, tandis que la race sémite occupe un rang inférieur. L’un des fondateurs de la « science de la race » fut, comme l’on sait, le français Arthur Gobineau.
De nos jours, l’Histoire un tantinet plus sérieuse ne connaît que des langues sémites (l’araméen, l’hébreu et l’arabe, qui se sont diffusées au Proche Orient), et ne connaît, en revanche, nulle race sémite. Sachant que les juifs d’Europe ne parlaient pas couramment l’hébreu, qui n’était utilisé que pour la prière, (de même que les chrétiens utilisaient le latin), il est difficile de les considérer comme des sémites.
Faut-il rappeler que la haine raciale moderne envers les juifs constitue, avant tout, un héritage des églises chrétiennes ? Dès le quatrième siècle, le christianisme s’est refusé à considérer le judaïsme comme une religion légitime concurrente, et à partir de là, il a créé le fameux mythe de l’exil : les juifs ont été exilés de Palestine pour avoir participé au meurtre du fils de Dieu ; c’est pourquoi, il convient de les humilier pour démontrer leur infériorité. Il faut pourtant savoir, qu’il n’y a jamais eu d’exil des juifs de Palestine, et, jusqu’à aujourd’hui, on ne trouvera pas le moindre ouvrage de recherche historique sur le sujet !
Personnellement, je me range dans l’école de pensée traditionnelle qui se refuse à voir les juifs comme un peuple-race étranger à l’Europe. Dès le 19ème siècle, Ernest Renan, après s’être libéré de son racisme, avait affirmé que : Le juif des Gaules… n’était, le plus souvent, qu’un Gaulois professant la religion israélite. » L’historien Marc Bloch a précisé que les juifs sont : « Un groupe de croyants recrutés, jadis, dans tout le monde méditerranéen, turco-khazar et slave ». Et Raymond Aron d’ajouter : « Ceux que l’on appelle les juifs ne sont pas biologiquement, pour la plupart, des descendants des tribus sémites… ». La judéophobie s’est, cependant, toujours obstinée à voir les juifs, non pas comme une croyance importante, mais comme une nation étrangère.
Le lent recul du christianisme, en tant que croyance hégémonique en Europe ne s’est pas accompagné, hélas, d’un déclin de la forte tradition judéophobe. Les nouveaux « laïcs » ont transformé la haine et la peur ancestrales en idéologies « rationalistes » modernes. On peut ainsi trouver des préjugés sur les juifs et le judaïsme non seulement chez Shakespeare ou Voltaire, mais aussi chez Hegel et Marx. Le nœud gordien entre les juifs, le judaïsme et l’argent semblait aller de soi parmi les élites érudites. Le fait que la grande majorité des millions de juifs, en Europe orientale, ait souffert de la faim, et ait vécu en situation de pauvreté, n’a absolument pas eu d’effet sur Charles Dickens, Fiodor Dostoïevski, ni sur une grande fraction de la gauche européenne. Dans la France moderne, la judéophobie a connu de beaux jours non seulement chez Alphonse Toussenel, Maurice Barrès et Edouard Drumont, mais aussi chez Charles Fourier, Pierre-Joseph Proudhon, voire, pendant un temps, chez Jean Jaurès et Georges Sorel.
Avec le processus de démocratisation, la judéophobie a constitué un élément immanent parmi les préjugés des masses européennes : l’affaire Dreyfus a fait figure d’événement « emblématique », en attendant d’être surpassée, et de loin, par l’extermination des juifs durant la seconde guerre mondiale. C’est entre ces deux événements historiques qu’est né le sionisme, en tant qu’idée et mouvement.
Il faut cependant rappeler que jusqu’à la seconde guerre mondiale, la grande majorité des juifs et leurs descendants laïques étaient antisionistes. Il n’y avait pas que l’orthodoxie, forte et organisée, pour s’indigner face à l’idée de précipiter la rédemption en émigrant vers la Terre Sainte ; les courants religieux plus modernistes (réformateurs ou conservateurs), s’opposaient aussi vivement au sionisme. Le Bund, parti laïque en qui se reconnaissait la majorité des yiddishophones socialistes de l’empire russe, puis de la Pologne indépendante, considérait les sionistes comme des alliés naturels des judéophobes. Les communistes d’origine juive ne perdaient pas une occasion de condamner le sionisme comme complice du colonialisme britannique.
Après l’extermination des juifs d’Europe, les rescapés qui n’avaient pas réussi à trouver à temps refuge en Amérique du Nord, ou en URSS, adoucirent leur relation hostile au sionisme, alors même que la majorité des pays occidentaux et du monde communiste en venait à reconnaître l’Etat d’Israël. Le fait que la création de cet Etat se soit effectuée, en 1948, aux dépens de la population arabe autochtone ne gêna pas outre mesure. La vague de la décolonisation en était encore à ses prémices, et ne constituait pas une donnée à prendre en compte. Israël était alors perçu comme un Etat-refuge pour les juifs errants, sans abri ni foyer.
Le fait que le sionisme ne soit pas parvenu à sauver les juifs d’Europe, et que les survivants aient souhaité émigrer en Amérique, et malgré la perception du sionisme comme étant une entreprise coloniale au plein sens du terme, n’altèrent pas une donnée significative : le diagnostic sioniste concernant le danger qui planait sur la vie des juifs dans la civilisation européenne du vingtième siècle (nullement judéo-chrétienne !), s’était avéré exact. Théodore Herzl, le penseur de l’idée sioniste, avait, mieux que les libéraux et les marxistes, compris les judéophobes de son époque.
Cela ne justifie pas, pour autant, la définition sioniste selon laquelle les juifs forment un peuple-race. Cela ne justifie pas davantage la vision des sionistes décrétant que la Terre Sainte constitue la patrie nationale sur laquelle ils auraient des droits historiques. Les sionistes ont, cependant, créé un fait accompli politique, et toute tentative de l’effacer se traduirait par de nouvelles tragédies dont seront victimes les deux peuples qui en ont résulté : les Israéliens et les Palestiniens.
Il faut en même temps se souvenir et le rappeler : si tous les sionistes ne réclament pas la poursuite de la domination sur les territoires conquis en 1967, et si nombre d’entre-eux ne se sentent pas à l’aise avec le régime d’apartheid qu’Israël y exerce depuis 52 ans, tout un chacun qui se définit comme sioniste s’obstine à voir en Israël, au moins dans ses frontières de 1967, l’Etat des juifs du monde entier, et non pas une République pour tous les israéliens, dont un quart ne sont pas considérés comme juifs, parmi lesquels 21% sont arabes.
Si une démocratie est fondamentalement un Etat aspirant au bien-être de tous ses citoyens, de tous ses contribuables, de tous les enfants qui y naissent, Israël, par-delà le pluralisme politique existant, est, en réalité, une véritable ethnocratie, à l’instar de ce qu’étaient la Pologne, la Hongrie, et d’autres Etats d’Europe de l’Est, avant la seconde guerre mondiale.
La tentative du président français Emmanuel Macron et de son parti visant aujourd’hui à criminaliser l’antisionisme comme une forme de l’antisémitisme s’apparente à une manœuvre cynique et manipulatoire. Si l’antisionisme devenait une infraction pénale, je recommanderais à Emmanuel Macron de faire condamner, à titre rétroactif, le bundiste Marek Edelman, qui fut l’un des dirigeants du ghetto de Varsovie et totalement antisioniste. Il pourrait aussi convier au procès les communistes antisionistes qui, plutôt que d’émigrer en Palestine, ont choisi de lutter, les armes à la main, contre le nazisme, ce qui leur a valu de figurer sur « l’affiche rouge ».
S’il entend faire preuve de cohérence dans la condamnation rétroactive de toutes les critiques du sionisme, Emmanuel Macron devra y joindre ma professeure Madeleine Rebérioux, qui présida la Ligue des Droits de l’Homme, mon autre professeur et ami : Pierre Vidal-Naquet, et aussi, bien évidemment : Éric Hobsbawm, Edouard Saïd, et bien d’autres éminentes figures, aujourd’hui décédées, mais dont les écrits font encore autorité.
Si Emmanuel Macron souhaite s’en tenir à une loi réprimant les antisionistes encore en vie, la dite-future loi devra aussi s’appliquer aux juifs orthodoxes de Paris et de New-York qui récusent le sionisme, à Naomi Klein, Judith Butler, Noam Chomsky, et à bien d’autres humanistes universalistes, en France et en Europe, qui s’auto-identifient comme juifs tout en s’affirmant antisionistes.
On trouvera, bien évidemment, nombre d’idiots à la fois antisionistes et judéophobes, de même qu’il ne manque pas de pro-sionistes imbéciles, judéophobes aussi, pour souhaiter que les juifs quittent la France et émigrent vers l’Etat d’Israël. Faudra-t-il les inclure également dans cette grande envolée judiciaire ? Prenez garde, Monsieur le Président, à ne pas vous laisser entraîner dans ce cycle infernal, au moment précis où la popularité décline !
Pour conclure, je ne pense pas qu’il y ait une montée significative de l’antijudaïsme en France. Celui-ci a toujours existé, et je crains, hélas, qu’il n’ait encore de beaux jours devant lui. Je n’ai, toutefois, aucun doute sur le fait que l’un des facteurs qui l’empêche de régresser, notamment dans certains quartiers où vivent des gens issus de l’immigration, est précisément la politique pratiquée par Israël à l’encontre des Palestiniens : ceux qui vivent, comme citoyens de deuxième catégorie, à l’intérieur de « l’Etat juif », et ceux qui, depuis 52 ans, subissent une occupation militaire et une colonisation brutales.
Faisant partie de ceux qui protestent contre cette situation tragique, je soutiens de toutes mes forces la reconnaissance du droit à l’autodétermination des Palestiniens, et je suis partisan de la « désionisation » de l’Etat d’Israël. Devrai-je, dans ce cas, redouter que ma prochaine visite en France, ne m’envoie devant un tribunal ? 
Traduit de l’hébreu par Michel Bilis
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Source en ligne : l’article sur le blog Mediapart de Shlomo Sand
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Voici encore une réflexion pertinente pour mieux comprendre les enjeux dans ce domaine. Le 22 juin 2018, le journaliste bénévole Michel Collon, retraité et donc libre d'épées de Damoclès alimentaires, développait pendant 15 minutes le sujet...
Comment Israël manipule Internet et l’opinion

Ajoutée le 22 juin 2018
Un programme très discret du gouvernement et de l’armée. Des dizaines de millions de dollars. Des experts sans scrupules. Plusieurs milliers de jeunes soldats et étudiants fanatisés. Leur mission : inonder Internet en permanence, manipuler Wikipedia, censurer Youtube, trafiquer Google. L'enjeu : vous ! Contrôler vos infos et donc votre opinion. En réalité, les calomnies ne tombent pas du ciel, c’est une arme pour discréditer et empêcher le véritable débat. Une première enquête de Michel Collon. Basée sur des documents israéliens. Parce que nous sommes décidés à lancer l’alerte. Il faut contrer cette campagne de désinformation massive salissant les personnalités qui soutiennent la cause palestinienne. Il faut défendre la liberté d’expression et de critique du colonialisme ! Merci pour votre soutien ! http://dons.michelcollon.info/fr
À propos :
Investig’Action est un collectif fondé par Michel Collon en 2004. Il regroupe des journalistes, des écrivains, des vidéastes, des traducteurs, des graphistes et toute une série d’autres personnes qui travaillent au développement de l’info alternative. Parce qu’on ne peut laisser des médias dominés par la logique marchande monopoliser l’information sur les guerres, l’économie et les rapports Nord-Sud, Investig’Action milite pour donner la parole aux sans-voix.
(...)
Convaincu que la presse mainstream ne peut être réformée même si des journalistes courageux y font ce qu’ils peuvent, Michel décide de fonder Investig’Action avec l’idée que le rôle des citoyens est essentiel pour garantir le droit à l’info. Aujourd’hui, le collectif peut donc compter sur le soutien de centaines de bénévoles : journalistes professionnels, correspondants, capteurs de bonnes infos, traducteurs, diffuseurs, graphistes, écrivains, dessinateurs, correcteurs, étudiants, informaticiens…
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Mise à jour du 7 mars 2019 :

Voici encore un témoignage qui me semble intéressant à ce sujet :
(...) Le député Sylvain Maillard vient de proposer un projet de loi [visant à pénaliser non pas les propos racistes (ils le sont déjà dans plusieurs lois), mais ce qu'ils appellent des propos antisionistes], et affirme : « On a le droit de critiquer le gouvernement israélien, mais pas de remettre en question le droit de l'État [d'Israël] d'exister. Personne ne remet en question le droit à l'existence de la France ou de l'Allemagne. »
Doublement faux : contrairement à la France ou à l'Allemagne, l'État d'Israël est le produit d'une colonisation, et nombreux ont été les États colonialistes dont on a refusé la légitimité (la Rhodésie ou l'Afrique du Sud, pour ne donner que deux exemples). De même que l'existence ne fait pas le droit, la non-existence ne signifie pas l'absence du droit à exister, comme l'ont montré le sort de dizaines d'États colonisés qui sont devenus souverains.
Deuxième erreur : l'antisionisme est originellement une idéologie juive et pas une invention d'islamo-gauchistes. Quand, au tournant du XXe siècle, le sionisme a vu le jour, l'immense majorité des Juifs s'y étaient opposés : les religieux pour des raisons théologiques, le mouvement ouvrier juif (en particulier le Bund) par socialisme... et les Juifs bourgeois d'Europe occidentale par peur de perdre leurs droits civiques.
L'antisémitisme est une forme de racisme et doit être combattu sans répit —d'autant plus qu'en Europe et aux États-Unis, il relève la tête, ou plutôt, sort au grand jour. L'antisionisme, lui, est une opinion politique, la forme spécifique de l'anticolonialisme en Palestine-Israël. Cette opinion n'est pas seulement légitime ; de mon point de vue, elle est juste. Quand Emmanuel Macron avait, en 2017, fait l'amalgame, il voulait caresser les dirigeants du Crif dans le sens du poil. Quand Sylvain Maillard propose son projet de loi, il veut dédouaner les dirigeants israéliens du véritable problème de ces dernières années : leur tentative de renforcer un front des États européens d'extrême droite (Hongrie, Pologne, Slovaquie, etc.) et semi-totalitaires, pour affaiblir la « vieille Europe. », attachée à une certaine conception du droit et des droits et donc critique face à la politique plus raciste que jamais de Benyamin Netanyahou.

Michel Warschawski in Siné Mensuel nº 84, mars 2019, page 25.
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Mise à jour du 10 mars 2019 :

"Israël n'est pas l'État de tous ses citoyens", a écrit [le Premier ministre israélien] M. Netanyahu, "car selon la loi fondamentale sur la nation que nous avons adoptée, Israël est l'État-nation du peuple juif - et uniquement du peuple juif".

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Mise à jour du 20 juin 2022 :

À propos d'apartheid, Amnesty International a commencé à comprendre (un peu tard, ma foi !). Macron, de son côté, n'arrête pas de travailler au service de cet amalgame immonde, rengaine de la hasbara sioniste : "L'antisémitisme et l'antisionisme sont les ennemis de notre République".

lundi 15 mai 2017

Palestine avant 1948

Me basta con morir encima de ella,
con enterrarme en ella;
bajo su tierra fértil disolverme, acabar
y brotar hecha yerba de su suelo;
hecha flor, con la que juegue
la mano de algún niño crecido en mi país.
Me basta con seguir en el regazo de mi tierra:
polvo, azahar y yerba. 
Fadwa Touqan (1917-2003)

La cuestión palestina es más que
un problema de fronteras (hudud),
un problema de existencia (wuyud).
Rachad Abou-Shawir 
(cité par Pedro Martínez Montávez,
Universidad Autónoma de Madrid)


En Palestina ni siquiera nos proponemos pasar por la formalidad de consultar los deseos de los habitantes del país. Las cuatro grandes potencias están comprometidas con el sionismo, y el sionismo, correcto o incorrecto, bueno o malo, está anclado en antiquísimas tradiciones, en necesidades actuales y en esperanzas futuras de mucha mayor importancia que los deseos y reservas de los 700.000 árabes que habitan esta antigua tierra. ["... and of far profounder import than the desires and prejudices of the 700,000 Arabs who now inhabit that ancient land." : Balfour memorandum of 19 August 1919, "Syria, Palestine and Mesopotamia"]

(in Sir Arthur James Balfour, Documents on British Foreign Policy 1919-1939, p. 345. Cité en castillan dans Henry Cattan, Palestina, los árabes e Israel, Siglo XXI, México, 1971. Cité en anglais dans Michael J. Cohen, Britain's Moment in Palestine. Retrospect and Perspectives, 1917-1948, Routledge, London & New York, 2014, p. 55)
Notre mémoire commémore les 69 ans de la Nakba, la «catastrophe» des Palestiniens : massacre des uns et expulsion des survivants ; expulsion de leurs maisons, de leurs terres, de leurs villages, de leurs villes par les troupes sionistes. Dans son ouvrage All That Remains: The Palestinian Villages Occupied and Depopulated by Israel in 1948, Institute for Palestine Studies (Tout ce qui reste, Institut des études palestiniennes, 2006), Walid Khalidi (Jérusalem, 1925) a répertorié 418 villages rasés en Palestine. Vies, villages, arbres, cultures, noms (toponymie)... tout y passa. Amnon Neumann, ancien soldat du Palmach, en témoigne, à sa manière, sur cet enregistrement vidéo. C'est comme cela que naquit l'État juif, raciste, colonial et d'apartheid d'Israël.
Plus de 12 millions de Palestiniens vivent à travers le monde, dont la moitié dans les Territoires occupés et en Israël, selon des chiffres officiels palestiniens. Plus de 5,5 millions sont enregistrés comme réfugiés auprès de l’ONU.
Libération, 15/05/2017.
L’annuelle « Marche du retour » organisée par les Palestiniens en Israël, en guise de commémoration de la Nakba – l’expulsion de centaines de milliers de Palestiniens de leurs foyers en 1948 –, a été bloquée par la police israélienne pour la première fois de son histoire.
La police a refusé une autorisation aux organisations, prétendant qu’elle manquait d’agents pour superviser la marche.
Mais les dirigeants palestiniens en Israël accusent le gouvernement d’extrême droite de Benjamin Netanyahou d’être derrière cette décision, dont ils croient qu’elle est l’ultime démarche en date en vue de réduire au silence leur commémoration des événements d’il y a 69 ans.
Pour la Palestine (Belgique), 15/05/2017.
 Voici un petit souvenir de ce qu'était la Palestine avant sa catastrophe.


Œuvre pionnière en la matière, citons Before Their Diaspora, a photographic essay on Palestinian society prior to 1948 (Avant leur Diaspora : une histoire photographique des Palestiniens, 1876-1948), ouvrage essentiel publié par Walid Khalidi en 1984 pour mieux comprendre l'ampleur du sociocide perpétré par le sionisme.
À l'intention du public espagnol ou castillanophone, je rappelle également l'existence d'un gros pavé de 238 pages publié en novembre 2015 par Ediciones del Oriente y del Mediterráneo. Son titre, Contra el olvido. Una memoria fotográfica de Palestina antes de la Nakba, 1889-1948. Cliquez ici pour accéder à un compte-rendu d'Olga Rodríguez à son égard.
Cet ouvrage contre l'oubli est introduit par un avant-propos de Pedro Martínez Montávez qui nous rappelle : "La historia de la cuestión palestina está llena de ultrajes a la verdad y de crímenes contra la memoria". Dans ce sens, dit-il, "este libro se enfrenta radicalmente, y con gallardía, contención y ecuanimidad, a tanta historiografía intencionadamente desvirtuadora y en gran parte falaz o sencillamente ignorante, que se ha ido acumulando sobre la materia". Et il lance une question simple, essentielle et percutante : "¿No merecían estas gentes [les Palestiniens dans leur imposante diversité] seguir viviendo —eso sí, "viviendo"— como estas imágenes demuestran que vivían?".
Cet ouvrage collectif ne constitue pas un exercice de nostalgie, mais d'affirmation, selon Teresa Aranguren, responsable de l'édition avec Sandra Barrilaro, Johnny Mansour et Bichara Khader. Ses textes tombent à point nommé. On lit, par exemple, un témoignage très éloquent du juif russe Asher Ginsberg, dont le pseudonyme était Ehad Ha'am, qui écrivait en 1891 :
Tenemos la costumbre de creer, los que vivimos fuera de Israel, que allí la tierra es ahora casi completamente desértica, árida y sin cultivar y que cualquiera que quiera adquirir tierras allí puede hacerlo sin ningún inconveniente. Pero la verdad es muy otra. En todo el país es difícil encontrar campos cultivables que no estén ya cultivados, sólo los campos de arena o las montañas de piedras que no sirven para plantaciones permanecen sin cultivar. Ehad Ha'am : Verdad de la tierra de Israel, 1891 (en français La Vérité d'Eretz Israël). Cité par Ilan Halevi dans Sous L'Israël, La Palestine, Le Sycomore, Paris, 1979.
Telle était, en effet, l'idée répandue par le premier sionisme, au point que les journaux intimes des juifs émigrés notamment au début du XXe siècle avouaient le désappointement de leurs auteurs en constatant, à leur arrivée en Palestine, qu'il s'agissait bel et bien d'une terre pas exactement vide... Témoin, les recherches et lectures d'Ilan Pappé à ce propos. À son tour, Chaim Waizmann reconnaissait ouvertement : "Si uno lee los textos sionistas... no encuentra casi ninguna mención de los árabes." ("Quand on lit les textes sionistes... on n'y retrouve presque aucune mention des Arabes").

David Ben-Gourion ne s'y leurrait point...
"Si j'étais un leader Arabe, je ne signerais jamais un accord avec Israël. C'est normal ; nous avons pris leur pays. Il est vrai que Dieu nous l'a promis, mais comment cela pourrait-il les concerner ? Notre Dieu n'est pas le leur.
Il y a eu l'antisémitisme, les Nazis, Hitler, Auschwitz, mais était-ce leur faute ? Ils ne voient qu'une seule chose : nous sommes venus et nous avons volé leurs terres. Pourquoi devraient t-ils accepter cela ?
David Ben-Gourion (1er Premier Ministre israélien), cité par Nahum Goldmann dans "Le Paradoxe Juif", page 121.

"Ne nous cachons pas la vérité… Politiquement nous sommes les agresseurs et ils se défendent. Ce pays est le leur, parce qu’ils y habitent, alors que nous venons nous y installer et de leur point de vue nous voulons les chasser de leur propre pays. Derrière le terrorisme (des Arabes) il y a un mouvement qui bien que primitif n'est pas dénué d'idéalisme et d'auto-sacrifice."
David Ben-Gourion : Tiré de la page 91 d'Israël, Palestine, États-Unis : Le Triangle Fatidique (
Préface d’Edward Saïd, Montréal, Écosociété, 2006, 664 p.), de Noam Chomsky.

jeudi 16 juin 2016

Collon sur les mensonges, la propagande de guerre et la Syrie

Voici une entrevue, produite par Thinkerview, où l'on interroge l'écrivain et journaliste indépendant belge Michel Collon. Réalisée le 16 février 2016, elle a pour titre Propagande de Guerre, festival de médias mensonges et complot ? et elle aborde les sujets que je détaille un peu plus bas.

Collon a déjà été cité ici (Notre émotion ne devrait pas borner notre réflexion) et là (¡No es una crisis!). Comme il pense que nous sommes tous des journalistes et que l'information n'est pas un luxe, mais un droit, il a fondé en 2004 le collectif Investig'Action qui...
(...) regroupe des journalistes, des écrivains, des vidéastes, des traducteurs, des graphistes et toute une série d’autres personnes qui travaillent au développement de l’info alternative. Parce qu’on ne peut laisser des médias dominés par la logique marchande monopoliser l’information sur les guerres, l’économie et les rapports Nord-Sud, Investig’Action milite pour donner la parole aux sans-voix. [En savoir plus]

Propagande de Guerre, festival de médias mensonges et complot ?

Liste chronologique des sujets abordés :

01:33 - Guerre d'Irak
01:56 - Manipulation des médias
04:33 - Guerre Yougoslavie
06:47 - Carl Von Clausewitz
09:30 - L'affaire du golfe du Tonkin
10:39 - Opération Northwoods
13:16 - Kadhafi
13:54 - Syrie
16:09 - Anthrax / Propagande de guerre
19:04 - France / Propagande de guerre
25:07 - Propagande médias/journalistes
30:21 - Bataclan / 13 Novembre
34:01 - Terrorisme 30 prochaines années
37:21 - Réseau Gladio
40:12 - Théories du complot
45:23 - Général Wesley Clark
50:09 - Guerre dans les prochaines années ?
56:21 - Conseils pour les jeunes générations
Michel Collon a déjà expliqué à plusieurs reprises quels sont, selon lui, les cinq principes de la propagande de guerre. Par exemple, en septembre 2013, dans ce débat sur la Syrie (Intervenir en Syrie ?) tenu dans l'émission Ce soir (ou jamais !) sur France 2 :



Collon rappelle qu'en 1917, le premier ministre Lloyd George déclara: « Si les gens savaient la vérité, la guerre s’arrêterait demain. Mais bien sûr ils ne savent pas et ne doivent pas savoir. »
PRINCIPES DE LA PROPAGANDE DE GUERRE

1. Cacher les vrais intérêts
2. Cacher l’Histoire
3. Diaboliser l’adversaire
4. Se présenter comme des défenseurs des victimes
5. Monopoliser le débat et empêcher les opinions adverses
En ce qui concerne l'allusion à Roland Dumas et la Syrie (cf. 1' 45''), on peut écouter deux explications de Dumas lui-même, une première en longueur, une seconde plus courte, dont voici l'extrait vidéo :

samedi 5 septembre 2015

Les vendeurs de guerre et le salon de Gaza


Vendeurs de guerre (HaMaabada, The Lab - Israel's Weapons-Testing Human Laboratory) est un film documentaire, produit en France et en Belgique (Gum Films, The Factory, Luna Blue Film et RTBF) en 2013, écrit et réalisé par Yotam Feldman, journaliste spécialisé dans les affaires militaires qui pense que la guerre est devenue un mode de vie. Nous en devons la traduction et l'adaptation à Eytan Kapon. La synopsis officielle signale :
Armement, sécurité, nouvelles théories militaires, autant de domaines où Israël est à la pointe. Ses entreprises ont développé les drones ou le fusil permettant de tirer dans les coins. Les plus grandes armées du monde viennent sur place pour découvrir ces produits, qui ont souvent été utilisés en Cisjordanie, avant de les acheter, faisant d'Israël un des plus grands exportateurs d'armes de la planète. 


Voici quelques notes que j'ai prises pendant mon visionnement et qui pourraient constituer une aide à la compréhension. Attention, il y a bon nombre de commentaires de mon cru.

Le film commence dans une foire très particulière, un salon des armements. Yotan Feldman s'y hasarde.
Quel est le prix d’un missile Jumper, par exemple ? Un expert y répond :
— « D’un point de vue financier, disons… L’argent est un moyen pour évaluer sa valeur, mais en termes de marché le potentiel est si grand qu’on a du mal à l’évaluer. Chacun de ces missiles coûte le prix d’un appartement à Tel Aviv. »
— « Il peut aussi en détruire un. »
— « C’est vrai, haha,… (…) Ça peut surprendre, mais il est relativement bon marché. La taille du marché augmente d’année en année. (…) L’humanité investit de telles sommes pour s’entretuer. Si on investissait une partie pour améliorer notre vie, le monde serait différent. »

Faites vos comptes… Et puis, si l’affaire vous intéresse, contactez IAI (Israel Aerospace Industries)

Amiram Levin, ancien général et chef du commandement nord de l'armée israélienne (1994-98) :
« Puisque nous voulons préserver un équilibre, nous devons mettre la punition au centre de notre stratégie. La punition offre une marge de manœuvre. (…) L’objectif principal de nos forces est de tuer l’ennemi (…). La quantité est plus importante que la qualité (…). Entre nous, dès leur naissance, la plupart de ces gars sont destinés à mourir. Alors, aidons-les. »
Amos Golan, ancien lieutenant-colonel. Dans les 80, il a commandé une unité d’élite en Cisjordanie. Puis il est devenu inventeur d’armes comme le cornershot (un M16 raccourci et segmenté dont on peut dévier le canon), engin qu’on a utilisé partout où il y a eu des combats urbains. On peut tirer sans être exposé et avec une énorme précision, dès la première balle. Un chat en peluche placé sur la partie avant du cornershot réussit à le camoufler complètement. Golan est pour la recherche et la créativité, il paraît répugner à ce qu’on le considère comme un « vendeur d’armes », ou comme quelqu'un de riche, et il remercie Dieu pour tout : il a démarré avec rien et il est parvenu à un énorme succès. Par ailleurs, il distingue fort bien entre les bons et les méchants ; lui et les siens, et leur pays, correspondent à la première catégorie. Quant à la simplicité de la méchanceté… Bref, ne ratez pas ses définitions.

Shimon Naveh, ancien lieutenant-colonel. Après avoir commandé une division, il étudia la philosophie, l’anthropologie et les théories militaires urbaines. Il se promène au milieu d’un labyrinthe créé par l’armée israélienne pour disposer d’un champ d’entraînement semblable aux ruelles de la casbah de Naplouse. « On voit bien que ce n’est pas un village arabe, ha, ha ! C’est une ville morte. Peut-être que, dans nos rêves, c’est ce à quoi devraient ressembler les villages palestiniens, ha, ha ! Mais ce n’est pas le cas. », explose-t-il rigolo, persuadé de la complicité de son interlocuteur. Comment pourrait-il en être autrement ? Et pourtant…
« Victrix causa deis placvit sed victa Catoni », écrivit Lucain (Farsalia, I, 128). Les dieux embrassèrent la cause victorieuse, mais Caton celle vaincue. Et pour cause ! car dans ce cas de figure, le stoïcisme rejoint aisément l’esprit d’équité !
Pour lutter dans cette toile d’araignée urbaine bien serrée, on ne combat pas dans les rues, « on les laisse désertes et on entre dans les immeubles en perçant des trous dans les murs ».
Shimon Naveh est aujourd’hui un consulteur très recherché en matière militaire urbaine. Plusieurs des officiers engagés dans les opérations de répression de Naplouse « s’élancèrent plus tard dans les affaires », dans des sociétés d’armement ou de consulting, par exemple. 
Ces experts assistent à des cocktails de leur guilde où les muscles et les gros cous concurrencent les cravates, où vendeurs et acheteurs d’armes négocient après des salons de l’armement... tenus en plein air ; leurs entretiens sont bercés par les notes de Bésame mucho, un boléro mexicain particulièrement romantique, joué à la harpe et au violon sous une couronne non de lauriers, mais de chasseurs-bombardiers et hélicoptères kaki. 
Bien entendu, « les armes utilisées à Naplouse et à Jénine sont exposées dans le Salon de l’Armement de Tel Aviv ». Mis à part la qualité de leur technologie, très avancée, « Les gens préfèrent acheter des produits qui ont été testés. Quand Israël vend une arme, elle a déjà été expérimentée. On peut dire au client, nous, on s’en sert depuis dix, quinze ans… C’est pour ça que la demande est si forte. (…) Ça rapporte des milliards au pays » (affirme en attitude maussade Binyamin Ben Eliezer, ancien général et ministre du Commerce et de l’Industrie 2009-2011. On dirait qu’il ne plaisante pas).
En effet, « des centaines de milliers d’Israéliens vivent de l’industrie de la Défense ». Israël « est devenu le 4ème exportateur d’armes dans le monde ». Peut-on en déduire que la paix en Palestine ou au Liban, par exemple, n’est pas pour demain ? Rafael Sánchez Ferlosio nous a bel et bien prévenus : « (…) todas las armas, en el silencio de sus panoplias y arsenales, contienen un presagio », c’est-à-dire, « toutes les armes, dans le silence de leurs panoplies et arsenaux, contiennent un présage ». D’autant que, dans ce cas, on boude même le silence : on lui préfère la propagande et la parade... sanguinaire.

Le « colonel » Leo Gleser, ancien sergent, vendeur d’armes, selon le documentaire ; argentin gaillard, amphitryon désinvolte, fondateur de la société ISDS en 1982, ami de Vargas Llosa, qu’il protégea lors de sa campagne présidentielle au Pérou en 1990, il se déclare « socialiste », ce qui veut dire, selon lui, « la sécurité pour tous ». À l’entendre, on comprend bien que « tous » est, dans ses lèvres, « tous mes égaux ». Plus tard, après s'être tapé, visiblement satisfait, une caipirinha bien tassée et avoir débité un sermon sinistre et grotesque, il répondra à une question gênante de Feldman d'une humeur moins gaillarde, drôlement plus maussade : « Mon métier, c’est la défense, le renseignement est un sale boulot. Combattre les terroristes est cruel. » Ou « La vie n'est pas une partie de plaisir ».

Université de Tel Aviv. Itzhak Ben-Israel, ancien général, professeur de philosophie, mathématicien inquiet… et pas très bien dans sa peau ou visiblement mal à l’aise face aux questions simples de l’enquêteur au style candide. Il explique ses maths appliquées à la guerre : « q multiplié par le logarithme de q, additionné au produit de leur inversion donne l’effondrement. Avec le pourcentage des membres neutralisés, on calcule la probabilité que toute l’organisation s’effondre. (…) q minuscule représente le nombre de membres neutralisés. (…) Si on neutralise 50% des gens, la probabilité que l’organisation toute entière s’effondre est de 100%. »


Feldman nous rappelle : « Entre 2001 et 2011, l’armée israélienne a tué plus de 350 palestiniens depuis le ciel. Plus d’une centaine étaient des civils ». Santiago Alba Rico écrirait dans Islamofobia (Icaria, Barcelone, mai 2015) : « Todos esos bombardeos nos impresionan tanto como una tormenta de verano y, desde luego, mucho menos que una cuchillada en el metro. » (Tous ces pilonnages suscitent en nous autant d’émotion qu’un orage d’été et, assurément, bien moins qu’un coup de poignard dans le métro).

(36’ 30’’) L’un des plus gros clients de l’industrie israélienne est le Brésil, un pays où il n’y a pas de Palestiniens mais où il y a des favelas. Et le Complexo do Alemão —quartier investi par la police (en un seul jour, elle tua 44 personnes, affirme le documentaire)— est surnommé la « Bande de Gaza ». Un rapport de la Secretaria Especial de Direitos Humanos de la Présidence de la République brésilienne trouva, selon la Folha de São Paulo du 1/11/2007, des « évidences de mort par exécution sommaire et arbitraire » lors de cette mégaopération policière. Des féministes brésiliennes fournissent certains détails qui relèvent d'une narration bien différente vis-à-vis des discours officiels.
Ce ne sont pas des bavures que Leo Gleser puisse accepter : il forme bien les policiers et il n'y a jamais aucune erreur, aucun dérapage. Gleser, comme Amos Golan, sait très bien qui sont les coupables et qui les innocents, qui sont les méchants et qui les gentils. Du coup, on ne tue jamais une seule personne innocente : « Ça, c’est jamais produit ». « Jamais », insiste-t-il.
Au sujet des favelas, je recommande une recherche que le géographe Andrelino Campos a publié sous le titre Do quilombo à favela - A Produção do « Espaço Criminalizado » no Rio de Janeiro. Il connaît son sujet bien mieux que Stefan Zweig ne le connaissait... Il en a fait une petite présentation moyennant un article que l’on déniche sur internet :
(...) Como o espaço ocupado pelos pobres, sobretudo pelos negros, passou a ser criminalizado no Rio de Janeiro? Existe algum vínculo histórico? Qual é a origem dos preconceitos que envolvem o espaço apropriado pelos mais pobres e a favela? Essas questões me levaram a pesquisar o tema e a escrever o livro Do Quilombo à Favela.
(...)
A fim de verificar a origem da favela, para além do senso comum, foi preciso recorrer à história, onde foram encontradas três versões: retornados da guerra do Paraguai (1870), demolição do cortiço Cabeça de Porco, na área central do Rio (1892), e vindos da guerra de Canudos (1897). Essas versões relatam, em tempos diferentes, o uso do termo favela para designar a ocupação dos mais pobres, principalmente de negros egressos da escravidão, no espaço urbano carioca. O problema é que nenhuma delas atribui aos pobres (em grande parte constituídos pelo grupo étnico-racial negro) a condição de sujeito responsável pela história. Uma visão mais generosa sobre o tema sugere que a favela é resultado de um processo mais amplo, que envolve organizações espaciais anteriores à formação das favelas. Sendo assim, encontra- se no quilombo a estrutura mais compatível com esse entendimento.
O QUILOMBO ESTÁ PARA O IMPÉRIO ASSIM COMO A FAVELA ESTÁ PARA O SISTEMA REPUBLICANO. AMBOS ABRIGAM UMA MAIORIA NEGRA
(...)
O poder emanado das armas portadas por grupos que operam o tráfico de drogas de varejo em favelas influencia de maneira decisiva os mais jovens, visto que lhes faltam modelos a serem seguidos. A escola deixou de representar um ideal a ser seguido por meio da figura do professor. A casa tem a fisionomia do insucesso: presidiários, desempregados, portadores de renda abaixo da linha de pobreza, frustrações de toda monta conduzem os mais jovens a buscarem a imagem do "sucesso", do "poder", " do bem-sucedido" no porte de "fuzis milagrosos." "Morrer mais cedo não é importante, viver bem é que é importante", segundo a fala de um adolescente, ao longo da pesquisa.
A origem do fenômeno favela ganha contornos de processo, enquanto as questões étnico-raciais são discutidas como componentes espaciais, conduzindo a análise do tráfico de drogas como problema urbano e não, do ponto de vista injusto, como questão que se liga aos favelados e seus espaços de moradias.
Assister à la collaboration policière israélo-brésilienne, au copinage des barbouzes des deux nations  comparant Palestiniens et favelas (bidonvilles) prête à un sourire et mainte réflexion. UNICEF participa en 2007 de la comparaison, mais pour d'autres raisons...
Je me souviens aussi d'un rapport présenté par BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions contre Israël) où l'on lit :
Les capacités uniques d’Israël dans le contrôle des populations, la surveillance des déplacements forcés et l’occupation militaire le situent à l’avant-garde de l’industrie globale de la répression : Israël développe, fabrique et vend des technologies qui sont utilisées pour la répression par des forces armées et policières dans le monde entier.
(...)
Le gouvernement israélien joue un rôle important au Brésil, dans le contrôle intérieur, contrôle de masse, systèmes de surveillance, armements militaires, les prisons et les frontières militarisées. La formation et l’armement de la police constitue une partie de la campagne anti-favela et d’autres formes de répression intérieure. Le Brésil a signé un contrat avec Israël pour l’acquisition de systèmes de surveillance avancée dans son système de prisons d’État.
Le rapport apporte ses sources dans des notes de bas de page.

En 2009, Israël lançait l’Opération Plomb Durci contre Gaza. Cette même année, les ventes d’armes israéliennes atteignirent le record de six milliards (6.000.000.000) de dollars. C’est le général Yoav Galant qui conçut cette opération. Rapport des pertes : 800 « terroristes » et 300 civils pour 10 membres de Tsahal. C’est-à-dire, un israélien pour 110 palestiniens morts. Écoutez Galant —l’ami de celui qui « est fort, qui est juste et qui gagne »— mettre les atrocités en termes galants.

Voix off : Si dans le passé on pensait qu'il fallait arrêter les guerres pour laisser place à la vie, à présent, les deux cohabitent très bien ensemble. L'économie n'est pas seulement maintenue par la guerre, elle en tire profit. La vie poursuit son cours sans atteindre notre morale. Lorsqu'une opération dans un territoire s'arrête, c'est pour commencer dans un autre, pour commencer une nouvelle expérience.

Novembre 2012, nouvelle opération à Gaza [dite Pilier Défensif]. Deux Israéliens et 169 palestiniens furent tués. Cette année-là, les ventes d’armes atteignirent 7.000.000.000 de dollars, un nouveau record. Après quoi, on peut se payer un concert où l’on chante Imagine, de John Lennon. Cette image clôturant le film —où l’on a tout le loisir de voir des faucons applaudissant cette interprétation— m’a suggéré deux poèmes de Mahmoud Darwich (Birwa, 1942-Houston, 2008), traduits de l’arabe palestinien par Elias Sanbar. Les voilà :
[À un assassin]
Si tu avais contemplé le visage de la victime,
Réfléchi, tu te serais souvenu de ta mère dans la chambre à gaz,
Tu te serais délivré de la sagesse du fusil
Et tu aurais changé d’avis : Ce n’est pas ainsi que l’on découvre son identité !

[À un pseudo-orientaliste]
Que ce que tu crois, soit.
Supposons que je sois stupide, stupide, stupide,
Que je ne joue pas au golf,
Que je ne comprenne rien à la technologie
Et que je ne sache piloter un avion !
Est-ce pour cela que tu as pris ma vie pour confectionner la tienne ?
Si tu étais autre que toi, si j’étais autre que moi,
Nous serions deux amis qui reconnaissent leur stupidité…
Le sot, comme le juif du Marchand de Venise,
N’a-t-il pas un cœur, du pain
Et des yeux pour pleurer ?
_______________________

Le film fini, la réalité persiste et signe. Le 8 juillet 2014, Israël lança une troisième agression dévastatrice sur Gaza, l’Opération « Bordure protectrice ». 2 100 Palestiniens, en grande majorité des civils, y furent massacrés. 11.000 blessés, dont 1.000 enfants handicapés pour le reste de leurs vies. Parallèlement, nous savons, grâce à des sources israéliennes, que les industries de la défense de ce pays ont signé des contrats atteignant minimum 5,66 milliards de dollars en 2014. Difficile à éviter la pensée que Gaza s’avère, entre autres, une exposition périodique où les vendeurs de guerre présentent leurs nouveautés. Un salon de la guerre où presque rien ne manque…

Un an après ce dernier carnage, Gaza est une petite chaîne de collines de débris parsemée de cratères ; les 100 000 Gazaouis restés sans abri (dont énormément d’enfants) attendent la possibilité de rebâtir leurs habitations. Il faut aussi reconstruire les établissements scolaires, grand nombre de structures de toutes sortes, y compris de santé, etc. Mais le blocus continue et les aides sont tout à fait insuffisantes quand il faut contrecarrer tant de dévastation. Selon Oxfam France,
« Seule la fin du blocus permettrait aux Gazaouis de reconstruire leur vie, insiste Jean-Patrick Perrin, chargé de plaidoyer humanitaire à Oxfam France. Des familles vivent dans des maisons sans toit, sans murs ni fenêtres depuis six mois. Beaucoup n’ont d’électricité que six heures par jour et sont sans eau courante. Chaque jour qui passe sans que ces gens aient la possibilité de reconstruire met en péril davantage de vies. Il est tout à fait déplorable que la communauté internationale manque une fois de plus à ses devoirs vis-à-vis de la population gazaouie qui a tant besoin d’aide. »
Donc, Israël s'est payé trois boucheries atroces sur Gaza (en 2009, 2012 et 2014) —dont la population est écrouée à ciel ouvert, sans ressources et sans possibilités réelles de défense— après deux cuisantes défaites au Liban (2000 et 2006). Sara Roy a décrit l’effondrement d’une société privée de tout. Il s’agit d’une destruction incomparable, même aux yeux d’un observateur chevronné comme Peter Maurer, président du Comité International de la Croix Rouge, qui déclara sur Twitter : « I have never seen such destruction ever before ».
Que ce soit au Liban ou à Gaza, l’armée israélienne recherche à chaque fois et une destruction massive et la terreur (Maariv) concomitante, et elle le déclare en toute clarté à travers des porte-paroles très autorisés comme Gadi Eisenkot, Gabriel Siboni, Giora Eiland, Meir Sheetrit, Amiram Levin, Dan Harel, Avital Leibowitz, Eli Yishai, Tzipi Livni (“Israel demonstrated real hooliganism during the course of the recent operation, which I demanded.”)… En dehors d’Israël, les sionistes de service acquiescent, comme Thomas Friedman.
Au cas où vous souhaiteriez accéder à un texte extrêmement documenté et détaillé sur l’histoire cachée des attaques d’Israël contre Gaza, lisez (comme moi, et ça se voit) Méthode et Folie, le dernier livre de Norman G. Finkelstein (« Method and Madness. The hidden story of Israel’s assaults on Gaza », OR Books LLC, New York, 2014). On dispose d’une traduction castillane par Sandra Chaparro (Akal, 2015).
Ancien professeur à l'Université DePaul de Chicago, qui lui interdit d'enseigner en 2007, membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine, Norman Finkelstein (Brooklyn, 1953) est fils de survivants du ghetto de Varsovie et des camps de concentration d'Auschwitz et de Majdanek. Quand un être humain de ses origines et de sa trempe choisit le titre Méthode et Folie pour évoquer les activités de l'armée israélienne, le moins que l'on puisse dire c'est qu'il n'y va pas par quatre chemins.
Vous pouvez compléter votre plongée dans le vif de ce sujet moyennant d'autres apports de Norman Finkelstein sur la guerre à Gaza et les infos qu'on nous inflige à ce propos : Est-ce qu’Amnesty International a perdu la tête ? Il a également eu son mot à dire sur le cas Charlie Hebdo. Cliquez ci-contre pour satisfaire votre curiosité. Enfin, on peut aussi l’aider à reconstruire un hôpital à Gaza.

mercredi 30 juillet 2014

Ilan Pappé et la langue pour dire vrai - Conférence à Stuttgart 2010

"¡Señor, protégeme de mis amigos! Si uno posee la voluntad necesaria,
encontrará en estos dos volúmenes pruebas de lo que Hitler, Goebbels
y Rosenberg alegan contra los judíos, no se necesita una enorme
habilidad para interpretar y distorsionar los hechos."  
Victor Klemperer, après lecture des écrits sionistes
et du premier volet des journaux de Theodor Herzl.
 version castillane de Adan Kovacsics. Éd. Minúscula, Barcelona, 2001.


Face à l'horreur, il y a encore des gens dont les mots et l'attitude nous encouragent et nous font respirer. C'est toujours le cas, admirable, d'Ilan Pappé, un exemple insurmontable d'honnêteté intellectuelle et de décence humaine. Prenez le temps de l'écouter ; il s'agit d'une conférence tenue à Stuttgart en novembre 2010 mais qui reste pertinente. Il parle en anglais ; sur la vidéo, il y a des sous-titres en portugais et, un peu plus bas, je vous propose un lien renvoyant sur le site de Silvia Cattori, qui nous apporte une traduction française.

Pappé est historien et, en tant que chercheur et analyste, il se connaît en colonialisme, nettoyage ethnique ou recherche de pureté ethnique (racisme), mais il vous apprendra aussi beaucoup sur une matière qui nous intéresse ici particulièrement : la corruption du langage. Cet « antisioniste pour la paix » vous apprendra que dans une situation de colonialisme, ce n’est pas la paix qui est importante, mais la fin du colonialisme. Ou, avec Edward Said (cf. son article Permission to narrate), en ce qui concerne la narration historique académique, que les victimes peuvent au moins gagner cette bataille, c'est-à-dire, l’emporter sur la narration des conquérants, de la puissance occupante, nettoyante et purifiante : on sait bien aujourd’hui que la narrative israélienne n’est qu’une pure propagande.



En voici des extraits (je préviens que les liens hypertextes sont de mon cru) :

- Je pense que c’est bien l’essentiel de l’histoire sioniste de ne pas permettre aux gens de mener une vie normale, de ne pas leur permettre d’être des amis normaux, et de les obliger à passer par toutes ces difficultés pour satisfaire cette aspiration humaine élémentaire qui est de vivre ensemble.

- Imaginez qu’à l’époque de l’apartheid en Afrique du Sud, vous n’ayez pas été autorisé à manifester contre l’apartheid sud-africain, mais seulement contre le massacre de Soweto ! Cela est encore un grand succès israélien.

- (...) pour la plupart d’entre nous, nous n’utilisons pas encore le bon langage. Nous, la plupart d’entre nous, n’utilisons pas encore le genre de vocabulaire que nous devrions utiliser pour faire passer le message au sujet du problème dont nous nous occupons.
Parce que l’un des plus grands paradoxes de ce qui se passe en Israël et en Palestine, est que, d’une part, ce n’est pas une histoire compliquée ; c’est une histoire que l’on a déjà vue : des colons européens qui arrivent pour, soit liquider, soit expulser le peuple autochtone
(...) Si vous dites que le sionisme est du colonialisme, vous êtes l’étudiant le plus jeune et le plus à jour que j’aie rencontré. Quiconque tenterait de vous décourager en disant que c’est anachronique, que ce n’est pas utile, que c’est de l’antisémitisme ... est lui-même anachronique ; il vit sur la lune ou sur Mars, (...)

- En fait, si vous connaissez l’hébreu, vous savez que toute la langue hébraïque, de 1882 jusqu’à aujourd’hui, qui a été construite pour décrire ce que le mouvement sioniste est en train de faire en Palestine, utilise, encore et encore, les mots [« yiddishmutt, yignaphalutt »] ; et la seule façon de traduire ces mots est COLONISER. Il n’y a pas d’autre traduction.
Ainsi le mouvement sioniste, à la fin du 19ème siècle, époque où le colonialisme disposait de très bonnes relations publiques, utilisait très volontiers le mot coloniser. Mais, par la suite, les sionistes ont appris que le colonialisme n’était pas si populaire, alors ils l’ont traduit différemment, ils ont trouvé le mot « settlement » [« implantation »], qui signifie quelque chose d’autre en anglais ; et ils ont trouvé cette réponse : « Oui, c’est coloniser, mais ce n’est pas comme “coloniser”, c’est une chose différente ».
(...) vous avez affaire au dernier projet colonialiste et, aussi bizarre que cela puisse paraître, même au XXIème siècle, ce projet colonialiste emploie les mêmes tactiques que le colonialisme du XIXème siècle.

- (...) ils vont vous considérer comme antisémite même si vous soutenez la solution de deux États parce que cela signifie que vous ne soutenez pas la solution de deux États comme ils l’entendent. Parce que vous ne comprenez pas le problème ; vous pensez que la solution de deux États consiste en un État souverain et indépendant sur la Cisjordanie et la bande de Gaza, non, vous ne comprenez pas. L’État pour les Palestiniens, c’est deux Bantoustans, divisé par douze en Cisjordanie, et clôturé comme un camp de concentration à Gaza, qui n’a pas de connexion entre les deux, et qui a une petite municipalité à Ramallah que l’on appellera gouvernement ; voilà l’État.

- Quiconque a vécu en Israël assez longtemps, comme c’est mon cas, sait que la principale corruption subie par les gens au cours du service militaire est la totale déshumanisation des Palestiniens. C’est pourquoi, quand il voit un bébé palestinien, un soldat israélien ne voit pas un bébé, il voit un ennemi potentiel. Entre chasser le bébé de la maison à coups de pieds, et tuer le bébé, la route n’est pas très longue. Et je pense que le message à transmettre touchant la purification ethnique est un message de criminalisation, non des politiques de l’État d’Israël, mais de criminalisation de l’État d’Israël. Et c’est ce que nous devrions faire.

- Parfois l’État représente la pire chose qui puisse arriver à un pays. Et la pire chose qui soit arrivée à la Palestine, c’est l’État d’Israël.

- (...) Israël a le pouvoir d’éliminer des États, pas nous. Ce que nous avons, c’est le pouvoir moral de dire aux gens : le type d’État que vous avez fondé, et le type d’État que vous soutenez, est en train de détruire le pays dans lequel vous vivez. La création de cet État a conduit, en 1948, à l’expulsion de la moitié de la population indigène de la Palestine. Montrez-moi n’importe quelle autre situation où la communauté internationale viendrait dire, sous le slogan de la paix : pour faire de ce pays un endroit paisible, il fallait expulser la moitié des gens qui y vivaient.

- Vous connaissez l’histoire du jugement de Salomon ? Vous connaissez cette histoire du bébé et des deux mères [qui se le disputent], et que c’est la véritable mère qui refuse que le bébé soit coupé en deux. Nous savons qui est la véritable mère dans le cas d’Israël et de la Palestine. Nous savons qui est tout le temps prêt, soi-disant, à le couper.

- Avec le projet sioniste, ils ont corrompu le sens commun de tout le vocabulaire que nous avions en Occident à la fin des années 1940 et au début des années 1950. C’est ainsi que vous établissez une démocratie ? En expulsant la population autochtone, de sorte que vous puissiez avoir une majorité juive ? (...) Le fait que la majorité doit être maintenue en permanence par le nettoyage ethnique, par des massacres, par la colonisation, par l’emprisonnement [des Palestiniens] dans de grands ghettos comme Gaza, n’est jamais évoqué comme faisant partie de la démocratie israélienne.

- (...) ce qui est important pour Israël n’est pas l’autodétermination pour le peuple juif, ce qui est important pour Israël est de s’assurer que ce ne soit pas un État arabe.

- (...) si la base d’analyse de la situation est la « real » politique – comme le fait Uri Avnery, comme le fait Noam Chomsky, et beaucoup d’autres, et ce n’est pas cyniquement que je dis « nos bons amis », ils sont mes bons amis mais je suis, sur ce point, en total désaccord avec eux – cela signifie que c’est l’équilibre des forces qui détermine votre attitude.
Eh bien, si c’est l’équilibre des forces – comme nous l’avons entendu hier, entre la plus grande et la plus puissante armée du Moyen-Orient, et les plus faibles forces militaires du monde – qui détermine notre attitude, nous ne devrions même pas être réunis aujourd’hui. Nous devrions céder aux diktats israéliens. Nous savons que les Israéliens sont très clairs au sujet de ce qu’ils veulent : ils veulent autant de territoire palestinien que possible, avec aussi peu de Palestiniens que possible ; c’est ce qu’ils voulaient en 1882, et c’est ce qu’ils veulent en 2010. Cela n’a pas changé. Les moyens ont changé, les circonstances historiques ont changé, mais la vision de ce qui serait une florissante et prospère société israélienne, à savoir une société avec aussi peu d’Arabes que possible, et autant de territoire palestinien que possible, cela n’a pas changé.

- (...) quand vous soutenez le droit au retour [des réfugiés palestiniens], vous ne soutenez pas seulement, ce que nous faisons tous, le droit des personnes expulsées à revenir si elles le veulent. Vous ne reconnaissez pas seulement le crime de nettoyage ethnique de 1948, vous n’adhérez pas seulement aux résolutions des Nations Unies qui soutiennent très clairement le droit au retour, vous dites en plus un très simple NON au racisme. C’est cela que vous faites. Vous dites NON au seul État raciste du Moyen-Orient.

- Nous n’avons pas de très jolis régimes au Moyen-Orient, je suis d’accord ; les régimes politiques du Moyen-Orient ne sont guère inspirants, je ne recommanderais pas aux futures sociétés de s’en inspirer pour construire leurs politiques ; mais aucun d’eux n’est raciste. Le seul État raciste est l’État juif d’Israël. Un des seuls moyens de s’en prendre à cet État raciste est de le contester sur la question du droit au retour des réfugiés. Non pas parce qu’il serait praticable ou pas praticable, mais parce qu’il touche au code génétique de l’État juif. L’idée que vous pouvez coloniser n’est pas nouvelle. Mais l’idée que vous pouvez, au XXIème siècle, maintenir cette colonisation en maintenant ouvertement un État raciste, ne devrait pas être considérée comme acceptable, surtout [en Allemagne].



P.-S. : "Tagmul" est un mot hébreu qui veut dire "représailles". Il foisonne dans le discours sioniste car son concept est l'alibi destiné à justifier les crimes israéliens : c'est donc un pilier essentiel de la hasbara (expression signifiant « explication » ou « éclaircissement »), la propagande sioniste. Néanmoins, Ilan Pappé nos explique dans son livre Le nettoyage ethnique de la Palestine que depuis même 1948, le mot hébreu “Tihur” (épuration, pureté ou nettoyage, selon les versions que j'ai trouvées en français et castillan) revient régulièrement dans les ordres transmis par le haut-commandement aux unités sur le terrain afin de galvaniser les soldats chargés de détruire villages et villes arabes. Cette idée de "Tihur" était de manière expresse le premier objectif de David Ben Gurion. D'autres termes employés par les dirigeants sionistes pour décrire leurs objectifs furent “nikkuy” ou “bi’ur”, qui ont des sens analogues à celui de “Tihur”. Cette envie de nettoyage de l'Arabe, cette arabophobie, constitue un cas d'école d'antiSEMitisme. En cas de doute, pour simplifier, cherchez sémite* dans Le Robert. Puis, profitez-en et cherchez antisémitisme** : ça vous aidera à saisir une impeccable manipulation sémantique qui est devenue la "norme" :
* Sémite :   de Sem, nom d'un fils de Noé  Se dit des différents peuples provenant d'un groupe ethnique originaire d'Asie occidentale et parlant des langues apparentées ( sémitique). Les Arabes, les Éthiopiens, les Juifs sont des Sémites.
** Antisémite :  Racisme dirigé contre les Juifs.

À voir aussi...

- « Comment Israël expulsa les Palestiniens (1947-1949) », de Dominique Vidal. (Ilan Pappé, ou le chemin solitaire, chapitre X)
- L'Histoire sioniste (The Zionist History, Israël, 2009. Langue : anglais), documentaire indépendant, artisanal et émouvant que nous devons, merci mille fois, à Renen Berelovich (dont le surnom est Berek Joselewicz). La qualité du film est d'ailleurs remarquable.
- La révolution palestine, par Rodolfo Walsh (quotidien Noticias, 1974).
Les Palestiniens dans les manuels scolaires israéliens (Comment on fabrique la déshumanisation d'un peuple), par Nurit Peled-Elhanan, qui s'exprime en anglais (sous-titrage en portugais). Pour un sous-titrage en castillan, cliquez ici.
- This is My Land... Hebron, en français Ceci est ma terre (Hébron), par Giulia Amati and Stephen Natanson (Documentaire, Italie, 2010)
- An open letter for the people in Gaza [Une lettre ouverte pour le peuple de Gaza], The Lancet, par Paola Manduca, Iain Chalmers, Derek Summerfield, Mads Gilbert, Swee Ang, représentant 24 signataires. Publiée en ligne le 22 juillet 2014.
- Info-Palestine 
- La terre parle arabe, 2007, de Maryse Gargour, avec la collaboration historique de Sandrine Mansour Mérien et les commentaires de l'historien Nur Masalha (St. Mary's College, University of Surrey). Maryse Gargour naquit à Jaffa en Palestine et est diplômée de l'Institut Français de Presse. Elle a travaillé à l'Unesco (Paris) auprès du Conseil International du Cinéma et de la Télévision. Elle a écrit et réalisé 5 films documentaires sur la Palestine : Une Palestinienne face à la Palestine (1988, durée : 28'), Jaffa la mienne (1998, co-réalisé avec Robert Manthoulis), Loin de Falastine (1999), Le Pays de Blanche (2001, durée : 28') et La Terre parle arabe.



 

 
Naji Al-Ali, Nous reviendrons..., Al Qabas, Koweït, 12/03/1987. 
 
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Mise à jour du 17/09/2014 :

Gaza : le silence tue, la désinformation rend complice



Une chanson pour Gaza : le Crif pour la censure ? (vendredi 2 novembre 2012), par Alain Gresh


Mise à jour du 28/09/2016 :


Ilan Pappé et Michel Collon présentent La Propagande d'Israël,
essai de Pappé à ce sujet, préfacé et édité par Michel Collon/Investig'Action en juin 2016.