... Car loin du psittacisme médiatique, il y a bon nombre d'événements qui nous interpellent autrement dont on ne parle que peu ou sous l'angle de la propagande unique. Nous essayons de repérer et de glaner des faits/sujets/positions en dehors de l'actu ou de l'éditocratie. Voici le sommaire de notre second journal de cette année scolaire passé en revue les 19 et 21 novembre 2018. Merci à mes élèves pour leurs contributions !
Il y a presque un mois, je reçus un courriel d'une élève dont l'esprit est toujours alerte et incisif :
Bonsoir, Je vous joins une info très curieuse à propos du changement et "re-traduction" du Notre Père. Cette proposition trouve sa raison d'être dans quelques questions philologiques. Qu'est-ce que vous en pensez? Quelles observations pourra-t-on faire à ce propos? Merci beaucoup et bonnes fêtes.
Voici une réponse possible :
Bonsoir, Raquel,
merci pour ton courriel.
En effet, la traduction est un sujet majeur et une activité bourrée de pièges et de difficultés considérables car il est toujours question de comprendre des textes rédigés par des hommes dans des circonstances concrètes —qu'il faut connaître, tout comme leurs éventuels sous-entendus— et dans des buts déterminés, desseins qu’il faut déceler pour ne pas être la dupe des allusions plus ou moins dissimulées ou des ironies et autres sarcasmes.
Toute traduction peut refléter et transmettre des erreurs grossières de compréhension, des insuffisances dans la connaissance des deux langues (source et cible), des indigences référentielles, des manipulations... et nous, les philologues et les traducteurs, devrions d’essayer de faire face et à l'ignorance et à l'intoxication.
En ce qui concerne nos "textes sacrés", par exemple, j'ai acheté en 2001 la nouvelle traduction de la Bible proposée par Bayard, projet intéressant dans la mesure où "Pour la première fois, des spécialistes des langues et des textes bibliques (hébreu, araméen et grec) avaient collaboré plus de 6 ans avec des écrivains contemporains pour aboutir à une traduction entièrement renouvelée des textes bibliques."
Quant à l'information qui a attiré ton attention, l'Église catholique a institué en novembre, en effet, une nouvelle traduction pour le Notre-Père qui touche concrètement une phrase clé de cette prière. Les fidèles catholiques ne diront plus désormais : « Ne nous soumets pas à la tentation » mais « Ne nous laisse pas entrer en tentation ». Ce n’est plus Dieu qui soumet l'Homme (hommes et femmes !) à la tentation, non ; celle-ci surgit et il faut prier Dieu de nous aider à nous en écarter. Résultat : la nouvelle version déleste Dieu d'une responsabilité qu'on préfère accorder aux êtres humains.
À ce propos, l'essayiste cité par Le Figaro, Pierre-Henri d'Argenson, se pose une question tout à fait logique : Quel est le rôle de la tentation et du péché dans un univers créé par un Dieu Tout-Puissant ?
En fait, le sujet des traductions non convergentes comportant une responsabilité variable du "Père" se répète dans d’autres passages bibliques. Comme exemple, concernant la scène du jardin des oliviers, on trouve : "Mon Père, s'il est possible, que cette coupe s'éloigne de moi !" et "Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ! ".
Tu permettras que ce ne soit pas à moi, enfant tala passé aux rangs de l'athéisme ou de l'irréligion au début de mon adolescence, de résoudre les contradictions théologiques (et non seulement scientifiques, politiques, économiques, sociales et esthétiques) d'une église monothéiste aussi terrestre, intéressée, extravagante et dévergondée que les autres. Je te signale seulement, dans le cas que tu évoques, que, selon le Nouveau Testament, ce fut Jésus qui instruisit ses apôtres en la matière, quand ils lui demandèrent comment prier. C’est ce que nous pouvons lire dans les évangiles de Matthieu (6: 9-13) et de Luc (11: 1-4), qui rapportent cette scène à quelques différences près. Dans l'évangile de Matthieu, elle est mentionnée dans le passage du Sermon sur la montagne et on lui consacre cinq versets ; dans l'évangile de Luc, juste quatre.
Voici la traduction de ses deux fragments selon l’édition de Bayard :
MATTHIEU :
"9 Voici donc comment prier.
Notre Père,
qui es aux cieux,
Tu es saint : fais-toi connaître.
10 Fais venir ton règne.
Que selon ta volonté tout s'accomplisse
tant sur la terre qu'au ciel.
11 Le pain de la journée,
donne-le-nous aujourd'hui.
12 Remets nos dettes
comme nous remettons à qui nous doit.
13 Ne nous mets pas à l'épreuve, et garde-nous du mal.
LUC :
"11, 1 Voici ce qui est arrivé alors qu'il priait dans un endroit : il cesse ; un de ses disciples lui dit : Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l'a aussi fait pour ses disciples.
2 Il leur a dit : Lorsque vous priez, dites :
"Père, soit ton nom reconnu saint.
Vienne ton règne.
3 Donne-nous chaque jour le pain qui nous est nécessaire.
4Tiens-nous quittes de nos fautes car nous tenons quitte chacun de nos débiteurs. Ne nous mets pas à l'épreuve."
Ah, le sujet de la dette et ses mystères... En allemand, soit dit en passant, "dette" et "coulpe" (péché) se disent de la même manière : „Schuld“ (nom féminin).
Le 3 décembre 2017, premier dimanche de l’Avent, une nouvelle traduction du Notre-Père entrera en vigueur dans toute forme de liturgie. Les fidèles catholiques ne diront plus désormais : « Ne nous soumets pas à la tentation » mais « Ne nous laisse pas entrer en tentation ».
La nouvelle traduction de la sixième demande du Notre Père a été confirmée par la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements le 12 juin 2013, avec l’ensemble de la nouvelle traduction liturgique de la Bible, dont elle fait partie. Les évêques de France ont décidé, lors de leur dernière assemblée plénière de printemps (28-31 mars 2017), d’une entrée en vigueur de la nouvelle traduction du Notre Père le 3 décembre 2017. Ce jour qui est le premier dimanche de l’Avent marque en effet le début de la nouvelle année liturgique. (Dossier de presse)
Bayard et les évêques diffèrent, donc, considérablement, y compris à propos du terme central dans cette histoire : les exégètes de Bayard choisissent "épreuve" là où l'église renchérit sur "tentation" (1)... En tout cas, que personne ne s'affole, le message essentiel est toujours clair : Dieu examine et évalue comme un bon libéral.
Que la nouvelle année te tienne en joie et aussi curieuse et vive que d'habitude.
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(1) Le Petit Robert de la langue française définit Tentation comme suit :
Ce qui porte à enfreindre une loi religieuse, morale ; impulsion qui pousse au péché, au mal, en éveillant le désir.
Cette définition ne serait adéquate pour l'étymon latin temptatio qu'à partir de l'irruption du Christianisme, pas avant, évidemment. Avant son détournement sectaire, Temptatio était (cf. le dictionnaire de Félix Gaffiot) soit "atteinte, attaque de maladie", soit "essai, expérience"...
... car le capitalisme financier est prêt à changer tous les climats. Au bout du compte, quand on peut modifier, dérégler le climat global, on peut aussi le faire à l'échelle de celui du travail ou de la fiscalité du Capital. Changer tous les climats et prolonger toutes les tensions, tous les chocs, ce qui rend très difficile "la contestation sociale", car la lutte pour la survie quotidienne additionnée à la prestidigitation tous azimuts opérée par le secteur communication (1) de la farce (la démocratie libérale), ou à la diversion procurée par un référendum démago, écran de fumée, bidon et utile par-dessus le marché, rendent difficile un retournement dont on aurait tellement besoin...
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(1) La propagande (la seule propagande digne de tel nom car les pauvres et précaires manquent de lobbies) fonctionne tellement bien que même en Allemagne, le richissime pays modèle du système où logiquementles pénuries de millions ne cessent d'augmenter —de manière directement proportionnelle à la débridée capacité de pompage des créateurs de richesse— et de prouver que Économie et vie réelle n'ont rien à voir (Die Wirtschaft in Deutschland läuft seit einigen Jahren richtig gut. Die
Armen haben davon nur nichts bemerkt - im Gegenteil, ihre Zahl ist
gestiegen)...
La pauvreté a
progressé de 15 % en 2013 pour toucher 12,5 millions de personnes, un
record, indique l'étude publiée par la fédération d'aide sociale
Paritätischer Wohlfahrtsverband.
..., les laissés-pour-compte de la société se rendent eux-mêmes responsables de leur dèche (les Arme Menschen machen sich häufig selbst verantwortlich). Christoph Butterwegge ne s'y trompe (trumpe ?) point tout à fait quand il croit que cette autoflagellation dérive d'une société qui met tout sur le dos des défavorisés et les taxe de paresseux, oisifs et parasites sociaux par-dessus le marché :
Ich glaube, dass dies damit zu tun hat, dass ihnen die Gesellschaft die Schuld in die Schuhe schiebt. Erwerbslosen wird vorgeworfen, sie seien Drückeberger, Faulenzer und Sozialschmarotzer.
« En 2003, avant d’attaquer le numéro 8, harassé d’avance par
l’effort à fournir, je décidai de m’octroyer une pause bien méritée…
Elle fut beaucoup plus longue que je ne l’avais imaginée. Cette
procrastination inexplicable aura duré onze ans. » (Siné)
Mais, voilà, il y a trois mois, Siné avait finalement sorti le huitième tome de ses mémoires « Ma vie, mon oeuvre, mon cul », sous forme de hors-série de son Siné Mensuel. Il couvre la période d’octobre 1961 au printemps 1965.
Invité par L'Invité de TV5 Monde, il s'expliqua. Vous verrez que Siné cure pour de bon.
Merci, Siné, et que la révolte te tienne toujours en joie...
Dans « Lexique » - peuple et ethnie, première section du chapitre I « Fabriquer des nations. Souveraineté et égalité » de son essai Comment le peuple juif fut inventé (Fayard, 2008), écrit l'historien Shlomo Sand à propos des sociétés agraires prémodernes :
Les appareils gouvernementaux occupés à percevoir l'impôt et à mobiliser des soldats ont réussi à survivre essentiellement grâce à la convergence entre les intérêts des couches supérieures de la noblesse et ceux du personnel de l'administration royale. La continuité et la stabilité relatives de ces systèmes, exprimées non seulement par le couronnement du roi mais aussi à travers l'instauration de dynasties monarchiques, résultaient déjà de la mise en œuvre de certains moyens idéologiques. Les rites religieux célébrés autour des gouvernants ont crée des liens d'allégeance de la part de la haute hiérarchie et une légitimité « qui n'était pas de ce monde ». Cela ne signifie pas pour autant que les religions polythéistes, puis plus tard monothéistes, aient été directement instaurées dans le but de légitimer une organisation gouvernementale, mais, dans la plupart des cas, sinon tous, elles ont contribué à asseoir la puissance des gouvernants.
Sociétés prémodernes ? En Espagne, les autorités civiles, militaires et policières octroient les plus hautes décorations honorifiques à des êtres de fiction, à des idoles en stuc ou en bois, vierges de préférence, quelle hantise ! À peu près à l'instar de Don Quichotte (cf. ch. XVIII), elles ont à
toute heure et à chaque instant l'imagination remplie des combats, des défis, des enchantements, des aventures, des amours,bref, de ces absurdités que l'on
trouve dans les romans de religion y compris la Bible. Le problème, c'est qu'elles occupent nos institutions pour satisfaire leurs délires... ou leurs tartuffades, car il n'est pas si évident d'en discerner la frontière. Et elles n'hésitent pas, le cas échéant, à recourir aux pressions et menaces contre les récalcitrants. Au bout du compte, les symboles sont les garants de profits autrement matériels.
C'était entre 13h30 et 14h00. Il y en a qui disent que les jours de destruction sont jours de révolte. Une colonne d'étudiants manifestait en plein centre madrilène contre les coupes budgétaires, la hausse des frais d'inscription universitaires, la réduction des bourses d'études et la loi organique dite sur l'amélioration de
la qualité de l'éducation, où ils en voyaient des Wert et des pas mûres, d'après les slogans qu'ils scandaient. "Franco ha mWERTo", rappelaient-ils. Ils dénonçaient aussi la lettre et l'esprit autoritaires et antipopulaires des récentes modifications pénales légiférées par le Parti dit Populaire. Ils prônaient le laïcisme face à un enseignement largement influencé, voire contrôlé, par l'idéologie et le clergé catholiques —il est pertinent de rappeler que le pouvoir de la calotte en Espagne est toujours ahurissant ; l'État continue d'organiser, par exemple, des funérailles catholiques en hommage des victimes du 11M 2004 !!! Et la hiérarchie ecclésiastique, qui ne voit midi qu'à sa porte, en profite politiquement et joue les tartuffes —ou plutôt, dans leur cas, les vierges effarouchées— vis-à-vis des victimes ("¿Cómo nos hemos comportado con ellos en éstos durísimos años?" eut le toupet de se demander le cardinal Rouco Varela, le patron de la COPE, dans son homélie, toujours sermon).
La colonne descendait lentement Carretas, emplissait une bonne partie de la place Jacinto Benavente ainsi qu'environ 400-500 mètres de la rue Atocha. J'y pris quelques photos :
Derrière la manifestation, à pied et motorisés, avançaient des robocops brandissant des armes qui ne plaisantaient pas. Et je songeais au Chamfort qui écrivait : "La plupart des institutions sociales paraissent avoir pour objet de maintenir l'homme dans une médiocrité d'idées et de sentiments qui le rendent plus propre à gouverner ou à être gouverné." Et de manière musclée, lorsque l'homme et la femme ne se laissent pas faire.
Les étudiants et les ouvriers évoqués sur la pancarte vallecana de la dernière photo souffrent d'une violence permanente dans l'heureuse ploutocratie globale. Prenons les étudiants, dont il est question ici. Les alarmes à leur égard se multiplient :
Selon The Guardian (24/10/2011), asphyxiés par la hausse des frais de scolarité, 10 % des "bacheliers" britanniques renonçaient à aller à l'université. D'autres envisageaient de plus en plus sérieusement de partir. Trois mois et demi plus tard, en 2012, les étudiants canadiens commencèrent à exprimer leur rage à ce sujet.
Comme curiosité, le Journal de Montréal
informait le 31 mai 2013 que l’université de Cooper Union, située dans
le quartier East Village à New York, gratuite depuis 110 ans, projetait d'introduire des frais de scolarité d'environ... 20 000 $ à
partir de 2014.
En décembre 2013, nous avons appris -grâce à France Info- que la hausse des frais d'inscription dans les universités étasuniennes était de 550% entre 1985 et 2012. Selon Pierre Lagayette, auteur d'Aujourd'hui les Etats-Unis (Scérén-CNDP, 198 p., 17,90 €), « envoyer
un enfant dans un établissement public représente 28 % du revenu
familial moyen, mais pour un établissement privé la proportion grimpe à
76 % ».
Cette marchandisation de l'étude constitue un moyen détourné de reproduction de classe, une sélection par l'argent, d'après François Cocq et Francis Daspe, secrétaire national à l'éducation du Parti de Gauche et secrétaire général de l'Agaureps-Prométhée respectivement. Une façon loréaliste de faire passer les intérêts des entreprises et de la finance avant ceux des humains, dirait certainement Bernard Gensane (cf. son article L’Éducation nationale et L’Oréal, relayé initialement par bellaciao.org le 4 juin 2010).
Les retombées économiques du système universitaire libéral ne s'arrêtent pas là : Rachel Wenstone, la vice-présidente de la National Union Students, affirma dans le Guardian du 21 mars : « Obliger les étudiants à s'endetter pour financer les universités est une expérience qui a bel et bien échoué. Nous avons besoin d'un nouvel accord pour financer les études de la prochaine génération. ». Cet article commençait par une lourde constatation :
The proportion of graduates failing to pay back student loans is increasing at such a rate that the Treasury is approaching the point at which it will get zero financial reward from the government's policy of tripling tuition fees to £9,000 a year.
Autrement dit, la proportion de diplômés en défaut de remboursement des
prêts étudiants est en augmentation à un rythme tel que le Trésor se
rapproche du point où il obtiendra zéro récompense financière de la
politique de tripler les frais de scolarité à 9.000 £ par an du
gouvernement.
De nouvelles prévisions officielles suggéreraient que les prêts en pure perte auraient déjà atteint 45% des 10 milliards de livres empruntés par les étudiants chaque année.
En matière de dette étudiante, Christopher Newfield (Professeur à l’université de Californie de Santa Barbara) nous avait déjà prévenus en septembre 2012 dans les pages du Monde diplomatique (La dette étudiante, une bombe à retardement) :
DANS l’interminable feuilleton de la crise du capitalisme américain, la dette étudiante succédera-t-elle aux subprime ? Estimée à plus de 1 000 milliards de dollars, elle a doublé au cours des douze dernières années, au point de dépasser désormais le volume des achats par carte de crédit. En 2008, les créances moyennes des nouveaux diplômés s’élevaient à 23 200 dollars — à peine moins s’il sortait d’une université publique (20 200 dollars). Dans un contexte économique difficile, marqué par un taux de chômage élevé, un nombre croissant d’entre eux se trouvent dans l’incapacité de rembourser leurs prêts. Le taux de défaut de paiement des étudiants — qui ne peuvent pas recourir à une procédure de faillite individuelle — est passé de 5 à 10 % entre 2008 et 2011.
N'hésitez pas à lire attentivement cet article dans son intégralité. Les avertissements de Maurizio Lazzarato et Tim Mak au sujet des emprunts universitaires et leurs conséquences ne sont pas non plus à négliger.
Quant à Mike Maddock, qui tient blog sur le site de Forbes.com, il affirmait à son tour, dans son entretien avec France Info cité plus haut, qu'entre 2007 et 2012, la dette des étudiants étasuniens était passée de 548 milliards à 966 milliards de dollars, ce qui représente une dette moyenne de 21.402 dollars (16.300 €) par personne :
"Si bien que les familles y regardent à deux fois et que le modèle vacille. D'autant que l'Etat fédéral investit peu : sa contribution aux universités a baissé de 30% depuis 1980 et s'élève aujourd'hui à 20 milliards de dollars annuels, soit 14 milliards d'euros. A titre de comparaison, le budget du ministère français de l'enseignement supérieur et de la recherche est de 26 milliards."
[Note du 25 juin 2015 : Dans un article publié en ligne par la BBC le 3 juin, nous apprenons que la dette étudiante totale aux États-Unis a déjà atteint1.300 milliards de dollars... the total student debt in the US has reached $1.3 trillion (£850 billion). L'info est signée par Franz Strasser qui nous rappelle : "While the cost of college education in the US has reached record highs, Germany has abandoned tuition fees altogether for German and international students alike. An increasing number of Americans are taking advantage and saving tens of thousands of dollars to get their degrees." C'est-à-dire, "Alors que le coût de l'enseignement universitaire aux États-Unis a atteint des niveaux records, l'Allemagne a abandonné les frais de scolarité aussi bien pour les étudiants allemands que pour les internationaux. Un nombre croissant d'Étasuniens en profitent et économisent des dizaines de milliers de dollars pour obtenir leurs diplômes". Les droits de scolarité ont flambé aux États-Unis en accord avec les dogmes libéraux : "In the 2014-2015 academic year, private US universities charged students on average more than $31,000 for tuition and fees, with many schools charging well over $50,000. According to the Chronicle of Higher Education, Sarah Lawrence University is most expensive at $65,480. Public universities demanded in-state residents to pay more than $9,000 and out-of-state students paid almost $23,000, according to College Board."]
Les alertes se multiplient sur la mauvaise affaire qu’aurait faite le gouvernement britannique en triplant les droits d’inscription dans les universités anglaises. Depuis septembre 2012, les 124 universités sont autorisées à augmenter ces frais et les deux tiers d’entre elles, notamment les plus prestigieuses, les ont d’emblée fixés au plafond autorisé, soit 9 000 livres (environ 10 700 euros) par an, contre 3000 auparavant.
Le gouvernement a, dans le même temps, réduit de 40 % ses subventions à ces établissements et promis aux étudiants des prêts à taux avantageux, d’une durée maximale de trente ans, garantis par l’Etat. Le dispositif prévoit que les emprunteurs, une fois diplômés et lancés dans la vie active, ne remboursent rien tant qu’ils ne gagnent pas plus de 21 000 livres par an ; au-delà, les mensualités ne doivent pas dépasser 9 % de leurs revenus, mais s’ils viennent à gagner plus de 41 000 livres par an, le taux d’intérêt appliqué est alors celui de l’inflation, majoré de 3 points.
Au rythme d’une dizaine de milliards de livres prêtés chaque année, la dette globale des étudiants s’élevait, en 2013, à 46 milliards de livres et 3 millions d’étudiants honoraient leurs remboursements. La pratique des crédits aux étudiants date de 1998. Selon le rapport du Comité des comptes publics (équivalent de la commission des finances au parlement anglais) publié le 14 février, la dette atteindra, à ce rythme, 200 milliards de livres d’ici 2042, pour 6,5 millions d’emprunteurs.
Mais le taux d’impayés est récemment grimpé à 45 % au lieu des 28% à 30% prévus lorsque la réforme a été adoptée, en 2010, comme l'a annoncé le 21 mars le quotidien The Guardian. Cela dépasse les prévisions les plus pessimistes et frôle le taux fatidique de 48,6 % au-delà duquel l’Etat perdra plus d’argent qu'avec l’ancien système.
Bien entendu, comme contrepartie sociale nécessaire, les « university bosses are lining their pockets like never before » (les patronsd'universitése remplissent lespochescomme jamais auparavant), évalue Aditya Chakrabortty. Die Macht a toujours eu besoin de fidéliser ses kapos (esse cum imperio... et cum pecunia) et de diviser (divide e impera), et rien ne permet mieux de diviser que la construction d'une hiérarchie ; hier et aujourd'hui, c'est archiconnu. Et puis, Chakrabortty a raison : vous pouvez imaginer un seul de ces adolescents contraints de galérer pour pouvoir s'inscrire hésitant à choisir entre telle ou telle université en fonction de son président ?
Vu que toute cause entraîne des effets, l'enquête de l'OVE (Observatoire de la Vie étudiante) Comment vivent les étudiants en France (2013) ? conclut que 54% des étudiants ont une activité rémunérée pendant l'année universitaire —pas pendant leurs vacances, ce qui comporte des limitations évidentes à leur rendement, à leur vie, à leurs possibilités de bonheur... Mais côté chiffres, nous avons lu ailleurs :
Alors qu'ils ne sont pas encore sur le marché du travail, 73 % des étudiants sont obligés d'être salariés pour faire face aux frais d'une année universitaire, indique une étude du syndicat étudiant UNEF.
En 2006, ils étaient 48%, c'est-à-dire, 50% d'augmentation en 7 ans. Au demeurant, en ce qui concerne seulement l'aspect de la réussite universitaire, le
salariat étudiant multiplie par deux les risques d’échec, selon l’INSEE. Alors, la spirale se déchaîne : on redouble plus facilement, il faut repayer l'année de scolarité en question, on perd sa bourse, éventuellement on se surendette... Même les "business schools" (la coqueluche du système —les écoles de commerce et autres HEC de jadis—, les grands centres de formation des futurs bourreaux du travail, au double sens) s'affolent devant les angoisses financières de beaucoup de leurs élèves et ont commencé à aménager leurs horaires pour faciliter la conciliation études / emploi et "éviter des drames" ! Paradoxes de la doxa...
Une foule de sans-papiers scandant "Vive l'Espagne !" nous assaille et nous affole. C'est-à-dire, au lieu de les accueillir les bras ouverts, les libéraux et leurs journaux poussent les hauts cris, insensibles à tant de patriotisme.
Désolé, parce que tout ça me désole trop... Je ne sais plus s'ils sont comme cela en tant que chrétiens (ici Sarko, ici Aznar et ses amis, là Merkel...) ou en tant que libéraux, s'ils agissent au nom de l'amour d'autrui prêché par l'humanisme chrétien ou au nom de l'amour de la liberté, tellement ils s'en gargarisent. N'étaient-ils pas au moins les farouches champions du libre marcher ? Les apôtres de la liberté de marché (pour les initiés) veulent se réserver la liberté de marcher, de circuler ? Grosse fatigue, grosse rage. Les barbelés au Río Grande (del Norte), en Palestine, à Ceuta ou Melilla ? La barbe !
Permettez-moi donc de vous conseiller "A desalambrar", un article en castillan réfléchissant à ce sujet, où l'on voit que l'application libérale espagnole de la "liberté globale" à Ceuta et Melilla constitue un nouveau chapitre infamant dans l'histoire inique et cynique du libéralisme. D'ailleurs, si elle vous intéresse en profondeur, n'hésitez pas à lire Controstoria del liberalismo, essai essentiel de Domenico Losurdo —publié en 2005 et traduit en français et en castillan*— pour mieux connaître la vraie nature, féroce, de cette farce intellectuelle et humaine.
*Contre-histoire du libéralisme, traduit de l’italien par Bernard Chamayou (Éd. La Découverte, Paris, 2013. 390 pages, 25 euros). Contrahistoria del liberalismo, traduit par Marcia Gasca, révisé par Joaquín Miras, Editorial El Viejo Topo, 2007.
Tant de cynisme et de cruauté sempiternels me rappellent un texte apparemment vieux et obsolète, mais dont l'esprit est toujours de mise et me console un peu maintenant. Mutatis mutandis, il reste, hélas, d'actualité. C'est l'épître dédicatoire aux nègres esclaves, la préface aux Réflexions sur l'esclavage des Nègres, essai militant signé par Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet. Il y a bien sûr des différences entre lui et moi, mais je l'ai toujours trouvé très digne et courageux. Il écrivait en 1781 (après Jésus-Christ), 52 ans avant le couple Beaumont-Tocqueville...
Mes amis, Quoique que je ne sois pas de la même couleur que vous, je vous ai toujours regardés comme mes frères. La nature vous a formés pour avoir le même esprit, la même raison, les mêmes vertus que les Blancs. Je ne parle ici que de ceux d'Europe, car pour les Blancs des Colonies, je ne vous fais pas l'injure de les comparer avec vous, je sais combien de fois votre fidélité, votre probité, votre courage ont fait rougir vos maîtres. Si on allait chercher un homme dans les îles de l'Amérique, ce ne serait point parmi les gens de chair blanche qu'on le trouverait. Votre suffrage ne procure point de places dans les colonies, votre protection ne fait point obtenir de pensions, vous n'avez pas de quoi soudoyer les avocats ; il n'est donc pas étonnant que vos maîtres trouvent plus de gens qui se déshonorent en défendant leur cause, que vous n'en avez trouvé qui se soient honorés en défendant la vôtre. Il y a même des pays où ceux qui voudraient écrire en votre faveur n'en auraient point la liberté. Tous ceux qui se sont enrichis dans les îles aux dépens de vos travaux et de vos souffrances, ont, à leur retour, le droit de vous insulter dans des libelles calomnieux ; mais il n'est point permis de leur répondre. Telle est l'idée que vos maîtres ont de la bonté de leur droit ; telle est la conscience qu'ils ont de leur humanité à votre égard. Mais cette injustice n'a été pour moi qu'une raison de plus pour prendre, dans un pays libre, la défense de la liberté des hommes. Je sais que vous ne connaîtrez jamais cet Ouvrage, et que la douceur d'être béni par vous me sera toujours refusée. Mais j'aurai satisfait mon cœur déchiré par le spectacle de vos maux, soulevé par l'insolence absurde des sophismes de vos tyrans. Je n'emploierai point l'éloquence, mais la raison, je parlerai, non des intérêts du commerce, mais des lois de la justice. Vos tyrans me reprocheront de ne dire que des choses communes, et de n'avoir que des idées chimériques ; en effet, rien n'est plus commun que les maximes de l'humanité et de la justice ; rien n'est plus chimérique que de proposer aux hommes d'y conformer leur conduite.
______________________________ NOTE DU 6/10/2013 :
Sur la honte, le crime de Lampedusa, lisez... Voltairenet Agoravox
Quand la littérature devient une doctrine, et la mythologie une politique.
(Michel Rio)
Les mouvements révolutionnaires de 1848 avaient mis en fuite et sérieusement préoccupé le Pape catholique Pie IX, Pius Nonus, et le berger tenait absolument à faire retourner ses brebis sous la protection de l’autorité. C'est ainsi qu'il finit par déclarer, prononcer et définir le dogme de l'Immaculée Conception (sic), c'est-à-dire de la
Conception Immaculée de la Vierge Marie, le 8
décembre 1854 dans la bulle Ineffabilis Deus. Ineffable, en effet, car inénarrable. En voici la formulation infatuée et anti-biologique de ce remède contre-révolutionnaire :
« Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine, qui tient que la bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception par une grâce et une faveur singulière du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel, est une doctrine révélée de Dieu, et qu’ainsi elle doit être crue fermement, et constamment par tous les fidèles. »
Puis, la destinée unique de cette femme juive, choisie par Dieu, lui permettra d'incorporer le mythe de la Procréation Divinement Assistée (PDA ; cf. Alcmène, petite-fille de Persée, épouse d'Amphitryon et mère d'Héraclès, l'Hercule grec) avec de la chasteté en prime en vue de supprimer toute souillure, car le vaticanisme officiel abomine officiellement le sexe —surtout le féminin.
Nous sommes en 2013, en Espagne, et ces articles de foi de la très pédophile église catholique disposent de fêtes nationales (cf. le 8 décembre) et sont toujours enseignés dans nos écoles (des écoles financées le plus souvent par des fonds publics dans un État en principe non-confessionnel) à nos enfants (des enfants qui sont également priés d'étudier des disciplines, comme la Physique ou la Biologie, en contradiction flagrante avec les dogmes en question, ou le matérialisme ultra grossier de leur Économie triomphante, foncièrement inconciliable avec le message de leur Christ). Bien entendu, les partisans de ce genre de salades militent contre l'endoctrinement dans les salles de classe, y compris les Wertueux qui disposent de mâchoires particulièrement métalliques, et dans un élan de courage et d'abnégation, nous rabâchent qu'il faut faire les choses "como Dios manda".
Donc, Dieu créa l'adam à son image, il les créa mâle et femelle, il les bénit et leur dit d'être féconds et multiples (Genèse 1, 27-29). Histoire à succès pas comme les autres : Dieu, le personnage littéraire, devient démiurge, fabricant ; le fabricant d'ailleurs de son narrateur, au point que les enfants de celui-ci devront y croire —et souvent y croient dur comme fer.
Ce fabricant inopiné mérite alors beaucoup d'honneurs, voire une discipline dans les établissements de l'enseignement collectif : la religion. Parce que toute recette comporte des ingrédients. C'est ainsi que l'école devient église, sur nos territoires, ou, ailleurs, médersa coranique, temple ou synagogue. Et ses contenus, du catéchisme : mémorisation-intériorisation de concepts impossibles : Sainte-Trinité, Résurrection, Conception immaculée (parthénogenèse) d'une femme... Contre-savoir incompatible avec nos connaissances et constatations les plus élémentaires mais aberrations (égarements) très utiles, car les Puissances (toujours d'Argent) ne sauraient aucunement se passer de mythes, même si elles prennent de nos jours les oripeaux du libéralisme et de la raison (barbare).
Au sujet de ce Triomphe de la Littérature, ou à propos de la religion comme genre littéraire (ou sous-genre du conte —traditions orales retranscrites—, secteur merveilleux), je copie ci-dessous un extrait d'un roman de Michel Rio, Le Vazaha sans terre, édité chez Fayard en 2011. Il s'agit de la réplique du narrateur-héros à un autre personnage, Virginia Fox, lorsque celle-ci lui lance la question "Pourquoi pas Dieu".
Bonne lecture.
« (...)
—Pourquoi pas Dieu ?
—Une solution poétique assez bâclée, à mon sens. Ça fait penser au cinquième élément d'Aristote, une inconnue qui résout toutes les équations. Malgré mon dérangement mental, je ne suis pas prêt à me jeter dans le credo quia absurdum [1], plus exactement le certum est quia impossibile de cette canaille de Tertullien. Notez que je n'emboîte pas trop le pas à Dawkins [2] dans ses croisades contre l'illusion divine. Après tout, chacun a le droit de se rassurer comme il peut. Mais ce que j'exècre, c'est le prosélytisme. La croyance imposée. Quand la littérature devient une doctrine, et la mythologie une politique. Le pire danger de la poésie, c'est de se transformer en dogme. Ça a fait des millions de morts. Et ça continue. Je n'ai jamais compris pourquoi, dans le stock des contes inventés par la fantaisie, la volonté de puissance, la morale ou la trouille, certains sont restés des contes, et d'autres sont devenus la vérité. Une superstition accusant une autre superstition de superstition. Il y aurait de quoi se tordre si les conséquences n'étaient parfois aussi tragiques. Pouvez-vous me dire pourquoi un tas de gens croient que la naissance d'Athéna sortie du crâne de son papa est une fable ridicule et que la parthénogenèse de la Vierge [3] est un fait historique ? »
« (...) On revient à la religion, c'est-à-dire au conte. Donc on peut attribuer à Dieu, en principe l'intelligence absolue, toutes les pensées stupides, contradictoires ou néfastes de l'espèce, liées aux lieux, aux temps et aux cultures. Tous les prêtres de toutes les religions ont pratiqué ce non-sens de faire parler Dieu, preuve initiale de leur délire ou de leur duplicité. Je ne sais pas quand l'esprit religieux est apparu dans l'évolution, mais s'il y avait parmi nos ancêtres monocellulaires de l'archéen ou du protérozoïque de petits curés procaryotes, je les vois très bien sermonner les autres bactéries en soupçonnant un plaisir coupable dans la reproduction par mitose. »
________________________________ N. B. - Pour mieux saisir le terme malgache "vazaha", veuillez cliquer ici (billet de Christian Papinot dans le Journal des Anthropologues) ou là (témoignage d'Augustin Mada, enseignant coopérant français à Madagascar).
________________________________
[1] Allusion à une citation célèbre et apocryphe, car la phrase exacte, écrite par Tertullien dans De Carne Christi, dit littéralement, comme on peut lire ensuite dans le texte de Rio : "Crucifixus est dei filius; non pudet, quia pudendum est. Et mortuus est dei filius : credibile est, quia ineptum est; et sepultus resurrexit ; certum est quia impossibile est". Rien à voir avec les connotations du Bello e impossibile de Gianna Nannini ; "credibile est, quia ineptum est" veut dire "c'est croyable parce que c'est absurde" et "certum est quia impossibile (est)", "c'est certain parce que c'est impossible". Je pense à une petite remarque de Rafael Sánchez Ferlosio à ce propos...
[2] Évocation de l'activité militante pro-athéisme du biologiste Richard Dawkins, qui a publié en 2006 The God Delusion (traduit en français, Pour en finir avec Dieu).
« Pour la plupart des gens, « l’immaculée conception » voudrait dire que Marie est devenue mère, a conçu Jésus, par l’action de l’Esprit Saint, sans relation conjugale. Comme si la relation conjugale était, par elle-même, un péché. Ce n’est pas du tout ce que dit la foi chrétienne. Si le mariage était un péché, il ne pourrait être un sacrement [...] rappelle Mgr Jacques Perrier, évêque de Tarbes et Lourdes. « Que voulait dire Pie IX ? Que fête l’Église catholique le 8 décembre ? Ceci : Marie, dès l’origine, a été totalement étrangère au péché. C’est pourquoi, dans toutes les apparitions, elle se montre toujours merveilleusement belle, rayonnante de lumière et de bonté ».
En mars 2009, j'ai utilisé un texte tordant qui circulait sur Internet pour illustrer avec un brin d'humour un dossier de NB2 sur les différentes modalités de vie en commun. C'était la Lettre d'un gars alsacien de Marleheim qui ne voulait pas faire l'armée !, un drôle de cas de famille recomposée à l'excès. La voilà :
Monsieur le Ministre de la Défense Nationale,
Permettez-moi de prendre la respectueuse liberté de vous exposer ce qui suit, et de solliciter de votre bienveillance l'appui nécessaire pour obtenir une
démobilisation rapide. Je suis sursitaire, âgé de 24 ans, et je suis marié à une veuve de 44 ans, laquelle a une fille qui en a 25. Mon père a épousé cette fille. A cette heure, mon père est donc devenu mon gendre, puisqu'il a épousé ma fille. De ce fait, ma belle-fille est devenue ma belle-mère puisqu'elle est la femme de mon père. Ma femme et moi avons eu en janvier dernier un fils. Cet enfant est donc devenu le frère de la femme de mon père, donc le beau-frère de mon père. En conséquence, mon oncle, puisqu'il est le frère de ma belle-mère. Mon fils est donc mon oncle. La femme de mon père a eu à Noël un garçon qui est à la fois mon frère puisqu'il est le fils de mon père, et mon petit-fils puisqu'il est le fils de la fille de ma femme. Je suis ainsi le frère de mon petit fils, et comme le mari de la mère d'une personne est le père de celle-ci, il s'avère que je suis le père de ma femme, et le frère de mon fils. Je suis donc mon propre grand-père.
De ce fait, Monsieur le Ministre, ayez l'obligeance de bien vouloir me renvoyer dans mes foyers, car la loi interdit que le père, le fils et le petit-fils soient mobilisés en même temps.
Dans la croyance de votre compréhension, veuillez recevoir, Monsieur le Ministre, l'expression de mes sentiments les meilleurs.
PS// Pour la petite histoire, il a été réformé pour état psychique instable et préoccupant, troubles mentaux aggravés par un climat familial très perturbant.
Si dans ce cas, il s'agissait d'un jeune alsacien présumé qui voulait se faire réformer en pleine modernité, il ne faudrait pas oublier que les familles recomposées sont aussi vieilles que l'humanité. Ce n'est que la terminologie qui change...
Réfléchissant à d'autres textes faisant référence à des recompositions familiales d'autres époques, j'ai pensé à l'Antichambre (Actes Sud, 1991), pièce de Jean-Claude Brisville (1922) qui reconstitue une histoire bien réelle. L'auteur y met en scène Marie de Vichy-Champrond, marquise du Deffand (1697-1780), et Julie de Lespinasse (1732-1776).
Le dialogue de la première scène réunit Marie du Deffand, qui a 56 ans et vient d'être atteinte de cécité, et son vieil amant le président Hénault, c'est-à-dire, Charles-Jean-François Hénault (1685-1770), alors président de la 1ère chambre des enquêtes du Parlement de Paris et ami de la reine. Mme du Deffand, qui se connaissait par expérience en matière de couvents bénédictins et leur avait préféré d'autres horizons, explique à Hénault qu'elle avait rencontré la jeune Julie chez son frère Gaspard où, en raison de sa condition, « cette jeune fille avait dans sa famille une position si de guingois... si subalterne, qu'elle songeait, lorsque je fis sa connaissance, à ensevelir sa jeunesse sous le linceul épais du cloître. », concrètement au couvent des Chazeaux, à Lyon. Donc elle arriva « à temps pour la sauver de la religion » et, comme elle et sa vue déclinaient, lui proposa de devenir sa lectrice. La vie de Julie sera désormais très intéressante, mais cela est une autre histoire.
Revenons à nos moutons ; quelle était donc l'inavouable condition de Julie ? Voici les répliques entre Marie et Hénault de la pièce de Brisville illustrant les origines d'une jeune femme dont l'esprit ferait oublier, et à quel point, une beauté inintéressante :
MARIE. Je lui ai promis le silence. Elle est dans une situation on ne peut plus étrange... et la discrétion me commandait...
HÉNAULT (passionné). Oh ! Oh !...
MARIE. (bas, se penchant vers l'oreille d'Hénault). Née sous l'auspice de l'amour et du malheur.
HÉNAULT (passionné). Ah ! Ah !...
MARIE. Puis-je vous demander le secret sur cette affaire ?
HÉNAULT. J'en serai le tombeau, madame.
MARIE. Eh bien, voilà... Gaspard, mon frère... le maître de Champrond...
HÉNAULT. Oui, Gaspard de Vichy, le chasseur, votre frère...
MARIE. ... a eu jadis la comtesse d'Albon pour maîtresse.
HÉNAULT. Une d'Albon de Saint-Forgeux ?
MARIE. Oui. Une vieille famille du Dauphiné. Elle était séparée de son mari quand elle rencontra Gaspard qui lui fit une fille —une fille prénommée Julie, qu'il ne reconnut pas, et à laquelle on donna le nom de Lespinasse... une terre depuis longtemps dans la famille des Albon. L'enfant fut tendrement élevée par sa mère avec ses enfants légitimes. Et puis, lorsque la petite eut sept ans, Gaspard se maria. Un temps. Devinez avec qui ?
HÉNAULT. Avec la comtesse d'Albon devenue veuve ?
MARIE. Là, monsieur, vous donnez dans la facilité. Non. Avec Diane d'Albon, la fille aînée —et elle, légitime— de sa maîtresse qui perdit son amant, de ce fait, tout en trouvant un gendre.
HÉNAULT. Jour de Dieu !
MARIE. Du coup, Julie se retrouva être la belle-fille de Diane, sa demi-sœur, épouse de Gaspard.
HÉNAULT (tendant l'oreille). Comment ?
MARIE. Je vous dis que la demi-sœur de Julie devint sa belle-mère.
HÉNAULT (dubitatif). Hé !
MARIE. Vous me suivez ?
HÉNAULT. D'un peu loin, mon amie.
MARIE. Ce n'est pas tout : belle-fille de sa demi-sœur, Julie devint en même temps belle-sœur de son père... puisqu'il venait d'épouser sa demi-sœur.
HÉNAULT. Diantre !
MARIE. Il ne faut pas être distrait, je sais. Moi-même, quelquefois, quand je récapitule... Enfin, je ne voulais que vous donner l'idée de la position compliquée de cette jeune fille au sein de sa famille. Je devrais dire MA famille puisque Gaspard étant mon frère, sa fille est donc ma nièce.
HÉNAULT. Oui, là je m'y retrouve.
MARIE. Une nièce bâtarde puisqu'elle est fille illégitime, mais néanmoins aimable. À la mort de sa mère, la comtesse d'Albon —Julie avait alors seize ans— elle fut recueillie par Gaspard.
HÉNAULT. Son père, le chasseur...
MARIE. ... et devint naturellement la gouvernante des fils de la maison.
HÉNAULT. Donc... attendez que je m'y retrouve tout seul... Ton triomphant :De ses neveux ?
MARIE. De ses demi-neveux par Diane, sa demi-sœur, ou de ses demi-frères par Gaspard, puisque Julie et ces enfants avaient le même père. Hénault hoche la tête et entrouvre les bras, renonçant à comprendre.(...)
Le souvenir du château d'Arenenberg me rappelle maintenant qu'un autre cas célèbre en la matière fut celui d'Hortense de Beauharnais, fille de Joséphine de Beauharnais. Comme celle-ci voulait renforcer ses liens avec les Bonaparte, elle fit marier sa fille, le 4 janvier 1802, à Louis Bonaparte, l'un des frères cadets de Napoléon, son mari depuis 1796. Hortense (future Reine Hortense de Hollande) devint par là la belle-sœur de sa mère et de son beau-père...
_____________________________________ Mise à jour du 25/10/2013 :
Un enfant sur dix vit dans une famille recomposée Le Monde.fr | 23.10.2013 à 00h02 • Mis à jour le 23.10.2013 à 09h49 | Par Catherine Rollot
Un million et demi d'enfants de moins de 18 ans, soit un enfant sur dix en France, résident dans des foyers recomposés, c'est-à-dire dans une famille où les enfants ne sont pas tous du couple actuel. C'est ce qui ressort des chiffres publiés, mercredi 23 octobre, par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), dans une étude sur "les enfants en famille recomposée".
Nous avons participé hier, mercredi 14 septembre, à une manifestation contre les atteintes répétées au service public en général, à l'École publique en particulier. De la même façon que le Saint Office mit à l'Index Copernic, Galilée et l'héliocentrisme ou l'Encyclopédie de D'Alembert et Diderot —autrement dit, la liberté et le savoir—, les autorités madrilènes ne visent qu'au remplacement de l'École de tous —égalitaire, plurielle et ouverte— par une école privée à l'idéologie obligatoire conçue pour évangéliser (pardon : plutôt vaticaniser) les élèves sur l'autel de la Finance —tout en réprimant des professeurs qui sont recrutés sans concours. Car le gouvernement madrilène est occupé par un parti politique qui ne jure que par la déprédation et l'endoctrinement confondus et tous azimuts, ce qui explique ses coupes budgétaires très sélectives et ses choix en la matière.
Rappelons quelques faits pour établir des liens qui contribuent à y voir beaucoup plus clair et à savoir qui fait quoi ou quel est le but de chacun. J’insère mes remarques entre crochets :
— Le gouvernement d’Esperanza Aguirre, Comtesse de Murillo, finance des collèges privés religieux impeccablement sexistes ou cède du terrain pour qu’on en construise. Exemples :
El País, 13/09/2006. Público, 12/08/2009.
El País, 8/05/2010.
Dans ce but, on peut aussi faire du forcing auprès des maires d’un autre parti. La preuve : El País, 2/03/2005.
— La Consejería (« conseillerie », en ancien français plus ou moins repris de nos jours) d’Éducation commandite une association prônant que les préservatifs vont à l’encontre de la loi naturelle. Simultanément, elle retire ses allocations aux associations qui préconisent l’usage du préservatif pour éviter des grossesses non désirées, voire des avortements.
El País, 28/09/2005.
— Août 2010. Lucía Figar (conseillère d’Éducation de la Communauté de Madrid) explique à Rimini (Italie) son bilan et ses projets en matière de cession de terrains publics gratuits pour la création de collèges catholiques sous contrat, c'est-à-dire, « soutenus par des fonds publics mais avec une gestion privée ». Voir vidéo de son intervention. En italien. Sur la toile d'El País (12/09/2011).
[Bien entendu, Mme Figar est pressée d'adapter en Espagne —tout comme Luis Peral avant elle— l'aubaine étasunienne des "charter schools", ruse très du goût de Milton Friedman et de ses acolytes ultralibéraux (cf. le Chili de Pinochet ou la Louisianne après le Katrina). Pour mieux savoir à quoi s'en tenir, on peut lire, par exemple, l'article de Diane Ravitch, The Myth of Charter Schools, publié par The New York Review of Books le 11 novembre 2010. Elle y dit, entre autres, :
"(...) charter schools were created mainly at the instigation of Albert Shanker, the president of the American Federation of Teachers from 1974 to 1997. Shanker had the idea in 1988 that a group of public school teachers would ask their colleagues for permission to create a small school that would focus on the neediest students, those who had dropped out and those who were disengaged from school and likely to drop out. He sold the idea as a way to open schools that would collaborate with public schools and help motivate disengaged students. In 1993, Shanker turned against the charter school idea when he realized that for-profit organizations saw it as a business opportunity and were advancing an agenda of school privatization."]
— Quant aux affaires de l'éducation privée parmi nous...
— Juin 2011. [Comme la convoitise débridée se transforme aisément en violence concrète,] une institutrice est sanctionnée à Madrid pour avoir mis un teeshirt vert sur lequel figurait le slogan École publique, de tous pour tous.
Público, 23/06/2011. [Les tyrans font souvent cadeau de beaux symboles et les profs manifestent aujourd'hui plus vertement.]
[Note du 9 avril 2014 : la répression libérale s'est tapé une jolie déconvenue à cet égard. Cliquez sur le lien ci-contre pour en savoir plus. Les libéraux madrilènes ont ouvert jusqu'à présent plus de 500 enquêtes-sanctions administratives contre des profs. En cause... leur liberté d'expression. Bon courage à tous les concernés.]
— Août 2011. La Consejería d'Éducation de la Communauté de Madrid affiche les messages suivants sur la façade de son siège : “Todos estamos llamados a la santidad”, “Dejaos sorprender por Cristo”, “Abrid vuestro corazón a Dios”, “María, háblanos de Jesús” y “Arraigados en Cristo podréis vivir en plenitud lo que sois”. [Traduction approximative, vu la teneur de ces arcanes : « Nous sommes tous appelés à la sainteté », « Laissez-vous surprendre par le Christ », « Ouvrez tout grand votre cœur à Dieu », « Marie, parle-nous de Jésus » et « Enracinés dans le Christ, vous pourrez vivre pleinement ce que vous êtes »].
Elplural.com, 14/08/2011.
Tant de propagande de la foi catholique aux frais de tous a contraint l’association Preeminencia del Derecho à porter plainte pour prévarication : quelqu'un se serait servi de sa charge « pour favoriser ses croyances ». [Croyances qu'on étale démagogiquement et qu'on ignore à longueur d'existence car nos tartuffes madrilènes détestent les pauvres et ne chassent précisément les gros marchands ni des temples ni des institutions qu'ils contrôlent et qui devraient être les nôtres]
— 17/07/2011. Réunion d'Esperanza Aguirre et Jesús Núñez, président d'ACADE (association patronale de l'enseignement privé), où elle aurait montré sa « totale disposition » à satisfaire les demandes patronales, au point qu'on annonce une réunion de Núñez et Figar pour la rentrée. L'essentiel des demandes guillerettes d'ACADE ? Augmentation sensible du financement direct (chèque scolaire) et indirect (déductions fiscales) du système d'endoctrinement privé par l'argent de tous ; interdiction par le gouvernement de laisser construire de nouveaux établissements scolaires publics ou, le cas échéant, gestion privée de ceux-ci. [Autrement dit, alors que l'École publique devra ramer et gérer la pénurie, les établissements privés souhaitent de nouveaux transferts de l'argent de tous —en harmonie avec cette stratégie si libérale qui consiste à privatiser les profits et collectiviser les pertes— et une concurrence qui consiste au boycott du service public par le gouvernement qui le contrôle et est censé le protéger] :
Desde el punto de vista de la financiación, Jesús Núñez solicitó un incremento en el número de familias beneficiarias del cheque escolar, así como un aumento de las cuantías del mismo. Para el resto de los niveles educativos, el Presidente de ACADE hizo hincapié en la necesidad de ampliar la deducción fiscal de los gastos de enseñanza, basándose en que la actual deducción resulta insuficiente para las familias del sector educativo privado.
En cuanto a la construcción de nuevos centros, ACADE solicitó a la Presidenta que se evite la construcción de nuevos centros de educación infantil públicos en aquellas zonas en los que la oferta ya está suficientemente cubierta por escuelas infantiles privadas. Si por necesidades de escolarización, resultase necesario establecer más plazas, se ha solicitado que los centros privados de la zona tengan prioridad en el acceso a la adjudicación de la gestión de los centros públicos que se construyan.
Asimismo, en cuanto al resto de la enseñanza no universitaria, ACADE ha solicitado, que se evite la construcción de nuevos colegios públicos o concertados en zonas donde la oferta ya está cubierta. En aquellas circunstancias en las que sea necesaria la creación de nuevos centros, Jesús Núñez, solicitó prioridad en la adjudicación de los conciertos para los centros privados de la zona.
— 30/08/2011. Esperanza Aguirre envoie une lettre à tous les enseignants de la Communauté de Madrid où elle annonce que nous devrons « compléter [notre] emploi du temps jusqu’à 20 heures, au lieu des dix-huit actuelles » [alors qu’elle sait parfaitement que nous signons au début de l’année scolaire un emploi du temps comportant 37,5 heures de travail par semaine. Ce document est d’ailleurs visé par l’Inspecteur éducatif de notre zone.
Au demeurant, il ne faut pas oublier que, selon notre statut légal, toute heure dépassant les 18 de cours que nous devons effectuer par semaine, et jusqu'à une limite de 21, devra être réglementairement compensée par 2 heures complémentaires. Ça nous fait donc 4, dans ce cas. Et ce que cela entraîne... Comme comparaison, un professeur certifié français assure 18 heures de cours hebdomadaires.]
— Rentrée 2011 : l’année scolaire va commencer. Nous aurons 1.127.342 élèves, soit 3,1% d’augmentation par rapport au chiffre précédent. Mais il va y avoir une réduction considérable du nombre d’enseignants : 3 000 professeurs en moins, à peu près.
El País, 01/09/2011. [À ajouter aux coupes budgétaires de tout poil et à la réduction d'effectifs de l'année dernière : l’école publique madrilène avait déjà perdu 2 000 professeurs environ. El País 23/06/2010. Ces suppressions d'emplois entraînent évidemment une augmentation sensible de la charge de travail de tous les enseignants du public].
— 1/09/2011. Madame Aguirre renchérit et déclare aux moyens de communication que « 20 horas son, en general, menos de las que trabajan el resto de los madrileños » (20 heures sont, en général, moins de celles que travaillent le reste des Madrilènes). [Elle ment de nouveau et dénigre publiquement les professeurs et leur travail dans le but de les discréditer et de les mettre aux abois de l'opinion publique, prestidigitation destinée à masquer ses vrais desseins, éloquemment expliqués par Lucía Figar à Rimini (cf. supra).]
RTVE, 1/09/2011.
— [Bien entendu, comme il faut enfoncer le clou jusqu'au bout,] la conseillère municipale Ana Botella signale que les fonctionnaires de la mairie de Madrid travaillent « muchísimas más horas » que les enseignants [« beaucoup plus d’heures, et de loin ». 6/09/2011], et Lucía Figar affirme que dans les assemblées des profs, on trouve « ceux qui tabassaient les pèlerins » [9/09/2011]
— 2/09/2011 - Les inspecteurs pensent que l'élargissement généralisé du nombre hebdomadaire des cours par professeur comporte une interprétation "torticera" (illégale ou injuste) de la norme et alertent des conséquences d'une mesure de ce calibre. El País 2/09/2011.
[Note postérieure : L'Association des Inspecteurs dénonce l'insécurité juridique dans laquelle se retrouvent désormais inspecteurs et proviseurs à l'heure d'élaborer et de signer les horaires enseignants. La Vanguardia, 6/10/2011.]
— Selon Esperanza Aguirre, la réduction de professeurs comporte une épargne de 80 millions d’euros. Elle en claque 111 millions en propagande par an.
ELPLURAL.COM. [Sans compter l’usage qu’elle fait des moyens de communication publics de Madrid, y compris Telemadrid et Canal Metro].
La Communauté de Madrid dépensa plus de 37 millions d'euros en cours de religion l'année dernière dans nos établissements : au lieu de financer convenablement le savoir, elle marraine les superstitions les plus porteuses aux yeux de ses dirigeant(e)s.
Les déductions fiscales octroyées par le gouvernement Aguirre aux parents dont les enfants sont scolarisés dans des établissements privés atteignent presque 90 millions d'euros cette année. En juillet 2010, ACADE, alarmée par la notable réduction d'élèves inscrits dans l'éducation privée madrilène pour la rentrée 2010, instigua sa déesse tutélaire à lui offrir un cadeau urgent et conséquent, et l'obtint illico. Le patronat du secteur s'y complut. Et nous savons très bien que ce genre de réussites ne manquent jamais d'entraîner leurs contreparties sociales. Cliquez ici pour en savoir plus sur les réformes parallèles notifiées cette même journée-là du 12/11/10 et entérinées le 22/12/2010, avec d'autres mesures édifiantes, bingo !, lors de l'approbation officielle du budget madrilène 2011. Modifications légales que l'on peut lire dans le journal officiel madrilène, le BOCM, du 29 décembre 2010 ; voir l'article 1 de la LEY 9/2010, de 23 de diciembre, de Medidas Fiscales, Administrativas y Racionalización del Sector Público. [Comme la vérité ne saurait être criée sur tous les toits, au lieu de choisir une expression exacte du type "Dépouillement", "Coupes", "Spoliation" ou, peut-être, "Rationnement", le gouvernement de la Comtesse de Murillo lui a préféré le terme "Racionalización" (Rationalisation) aux connotations autrement plus scientifiques. La manipulation linguistique est la base de toute machination.]
Et puisque nous y sommes, concluons par d'autres faits à portée extrascolaire...
— La dette cumulée des ménages et des entreprises ibériques atteint 220% du PIB. Le Figaro, 6/06/2010.
— [Elle atteint respectivement 900 et 1 200 milliards d’euros. À son tour, la dette publique espagnole s’élevait à 680 milliards d’euros en juin 2011].
— Espagne: le Sénat adopte la réforme constitutionnelle sur le déficit public.
La réforme portant sur la limitation du déficit public dans la Constitution espagnole, proposée par le gouvernement et soutenue par le principal parti de l'opposition, a été adoptée, mercredi, par le sénat espagnol (Chambre haute du Parlement).
La réforme, qui porte sur l'amendement de l'article 135 de la Constitution espagnole en y introduisant une " règle d'or " relative à la stabilité budgétaire, a été adoptée, dans le cadre d'une procédure d'urgence, par 233 voix contre trois. AtlasInfo.fr, 7/09/2011.
— [Il n’y a pas de règle d’or budgétaire pour ménages et entreprises car justement, le système capitaliste actuel construit une Économie spéculative irréelle, chimérique ou fantasme qui se base, entre autres, sur le crédit, son combustible essentiel. D’ailleurs, nous souffrons d’une manière permanente une transformation de la dette privée en dette publique grâce à l’activité frénétique de politiciens nationaux et organisations internationales qui ne travaillent que pour la Chimère, autrement dit le Grand Capital ou la Grande Finance.
Pour animer vos réflexions à propos des petites dettes privées remboursables par petites mensualités, je vous propose la lecture d’un bouquin anonyme plutôt court (ou lettre un peu longue) : Insolvables ! Lettre d’espoir au monde, Flammarion, mai 2011, 63 pages. Depuis juin, il existe édition castillane introduite par Maruja Torres, chez Espasa, avec traduction de Patricia Cañizares.]
— Le soutien public de l’UE à la dette des banques privées a coûté environ 600 milliards d'euros [cf. Le Monde diplomatique, juillet 2010 et, NOTE POSTÉRIEURE, le blog decigarrasyhormigas 28/09/2011]. Rappel : 1 milliard d'euros = 1 000 000 000 euros.
À vous d'y réfléchir.
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Le 7 février, le collectif français Juste un peu flou annonçait la mise en ligne d'un webdocumentaire sur le Burkina Faso intitulé Mon faso et axé sur "6 portraits abordant chacun un sujet différent" (1). Il a été tourné en 2010 par Sylvain Pioutaz et Anaïs Dombret, deux membres de ce collectif réunissant de jeunes journalistes, photographes et vidéastes. Ils expliquent ainsi leur projet :
MonFaso donne la parole à plusieurs burkinabés, afin qu'ils nous racontent leur quotidien et leur vision du Burkina Faso. De la place des femmes à la liberté de la presse, chacun nous parle d'un aspect du pays, à travers son histoire. Un regard subjectif mais nécessaire pour comprendre la singularité d'un pays et de ses habitants.
À travers leurs mots, MonFaso souhaite faire découvrir ce pays d'Afrique de l'ouest, sur lequel les médias traditionnels se penchent assez rarement.
Ce qui est très exact : voilà pourquoi je suis ravi de contribuer à faire rebondir cette information. D'autant que les présentations disposent d'un bouton que vous pouvez cliquer pour afficher ou masquer des sous-titres en français, ce qui rend plus facile la tâche de la compréhension.
En ce qui concerne les auteurs de ce documentaire...
Anaïs Dombret est photographe, elle a travaillé comme pigiste pour différents journaux (La Croix, Paris Mômes). Ses travaux ont été exposé à Limoges (Empreintes, 2008), à Bercy Village (Photographie la nuit, 2008), ou encore au Paléo Festival de Nyon (Bosnie, 10 ans après, 2008). Visitez son site internet. Sylvain Pioutaz est réalisateur, il a réalisé un court-métrage de fiction récompensé dans plusieurs festivals (Demain la veille, 2005). Il a également réalisé plusieurs documentaires sur des tournages de film, ainsi que des POM (2) (Marche Communarde en 2009, Une nuit avec le danseur en 2010). Visitez son site internet.
"Burkina Faso" est une expression bilingue (mooré dioula) qui veut dire pays ou patrie des hommes intègres, les Burkinabè. Quand j'étais enfant, un missionnaire vint à l'école où je faisais mon primaire nous parler de ses activités. Il nous expliqua qu'il cherchait à convertir des "negritos" dans une nation très lointaine qui s'appelait la Haute Volta, capitale Ouagadougou —nom qui nous épata profondément. C'était l'Espagne de Franco et nous avions entre six et huit ans.
La Haute Volta, ancienne colonie française grande comme la moitié de l'Espagne et contenant une soixantaine de langues, était devenue indépendante en 1960. Le nom de Burkina Faso ne fut adopté que le 4 août 1984.
Comme nous abordons ici le sujet du cinéma, je vous rappelle que la 22e édition du Festival (biennal) panafricain du Cinéma et de la Télévision s'est tenue à Ouagadougou du 26 février au 5 mars 2011. Il y avait sept catégories pour les films en compétition (long métrage, court métrage, télé vidéo fiction, série télé vidéo, documentaire, diaspora et les films des écoles africaines de cinéma) et cinq sections pour les hors compétition ("Panorama des cinémas d’Afrique et des Caraïbes, "l’Afrique vue par", "Films du monde", "Séances spéciales" et "Hommages"). Cliquez ici pour accéder au portail du FESPACO. Palmarès du festival jusqu'à présent. TV5Monde a préparé un fichier pdf pour l'occasion. Cliquez dessus pour mieux connaître le cinéma africain contemporain.
(1) Germain, photographe de quartier à Ouagadougou ; Ebou, femme au foyer à Boromo ; Sam's k, présentateur radio ; Hadiza Savadogo, étudiante en médecine ; Séri Youlou, formateur en maçonnerie ; et Adama, chef cavalier.
(2) Petite Œuvre Multimédia (acronyme POM ou POEM), appelée parfois Petit Objet Multimédia, est une réalisation vidéo ou flash qui associe photographe, réalisateur, webdesigner, créateur sonore et illustrateur. Si les webdocu en général vous intéressent, cliquez dessus pour accéder à un site francophone bien à propos.