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mardi 29 septembre 2020

Juliette Gréco ne croyait pas à la mort et pourtant...

En effet, on dirait qu'elle est toujours là, on peut l'entendre, on l'entend très volontiers, voix et présence, présence et voix. Oui, faites-vous plaisir et ne ratez surtout pas ce podcast (accessible sur le site actuel de Là-bas si j'y suis) —on dirait de l'au-delà, tellement les temps sont à l'opprobre—, voix, sens, échos et musique.

Au milieu des années 1980, les auditeurs retrouvaient Daniel Mermet sur une station de radio publique, France Inter, du lundi au vendredi —en 1983-1984 entre 14h45 et 15h— avec son émission « Si par hasard au piano-bar ». Cet entretien avec Gréco eut lieu en 1984, quand les libéraux n'étaient pas encore omnipotents et que l'on pouvait encore discuter dans les média ; les gens n'étaient pas forcément frappés d'écholalie, les formules et leurs tendances n'avaient pas encore enseveli la musique et la chanson, la radio était une compagnie incontournable... Un pur régal. Merci Mermet (et ses pairs).


JULIETTE GRÉCO dans l’émission de Daniel Mermet « Si par hasard au piano bar » (1984) [PODCAST : 59’20]

« À part chanter, que faites-vous dans la vie ? » « L’amour. »

Là-bas, si j’y suis. Le

(...)

En 1984, sur France Inter, j’étais à la recherche de mon père, Charlie, musicien volage et baroudeur. Il était quelque part, mais où ? Et qui était-il au juste ? L’émission s’intitulait « Si par hasard au piano bar », réalisée par l’excellent Gilles Davidas. Chaque jour, un invité, artiste ou voyageur, venait me parler de Charlie, mon père. Juliette Gréco l’avait rencontré au temps de Saint-Germain-des-Prés. Une occasion de parler de lui (un peu) et d’elle (surtout) qui avait fait de sa vie un roman. Trente six ans après nous avons retrouvé cette émission dans les archives. Voici la preuve que la mort n’effacera jamais sur le sable les pas des amoureuses insoumises.

Daniel Mermet

 

Elle est toujours là, mais en même temps, les journaux signalent que Juliette Gréco est décédée ce dernier mercredi 23 septembre, à 93 ans.
À cette occasion, de mémoire, L'INA se rappelle son interprétation de "Si tu t'imagines", chanson de Queneau/Kosma. Et combien je déteste l’usage profane de ce mot de muse (lire ci-dessous) appliqué à une souveraine de la liberté, de la vie et des inflexions bouleversantes...

 

Juliette Gréco s'est éteinte ce mercredi à l'âge de 93 ans. La chanteuse a interprété de nombreux poètes dont Raymond Queneau et son célèbre poème "Si tu t'imagines".

Le 13 juillet 1962, dans l'émission Gros plan, Juliette Gréco interprétait Si tu t'imagines, un poème de Raymond Queneau sur l'impermanence de la jeunesse, mis en musique par Joseph Kosma et créé par Juliette Gréco en 1947 sur les conseils Jean-Paul Sartre.

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Ce texte, à l'instar du "carpe diem" latin appelle à profiter de la jeunesse, qui comme les roses, ne dure qu'un instant. Queneau s'amuse dans ces strophes par une liberté de ton et d'écriture. Cette liberté si chère à la muse de Saint-Germain-des-Prés et qu'elle contribuera largement à diffuser à travers son répertoire.

Si tu t'imagines, si tu t'imagines, fillette fillette,
Si tu t'imagines xa va xa va xa va durer toujours
La saison des za saison des za saison des amours
Ce que tu te goures, fillette fillette, ce que tu te goures.
Si tu crois, petite, si tu crois ah ah que ton teint de rose
Ta taille de guêpe, tes mignons biceps, tes ongles d'émail
Ta cuisse de nymphe et ton pied léger.
Si tu crois xa va xa va xa va durer toujours
Ce que tu te goures, fillette fillette, ce que tu te goures

Les beaux jours s'en vont, les beaux jours de fête
Soleils et planètes tournent tous en rond
Mais, toi, ma petite, tu marches tout droit
Vers c’que tu vois pas ; très sournois s'approchent
La ride véloce, la pesante graisse, le menton triplé
Le muscle avachi... Allons, cueille cueille, les roses les roses
Roses de la vie et que leurs pétales soient la mer étale
De tous les bonheurs, de tous les bonheurs.
Allons, cueille cueille, si tu le fais pas

Ce que tu te goures, fillette fillette, ce que tu te goures


Dans un entretien avec Grégoire Leménager —publié par Le Nouvel Observateur (nº 2451, le 27 octobre 2011)—, Michelle Vian, première femme de Boris Vian, livrait des souvenirs du Saint-Germain-des-Prés du temps des zazous, ces jeunes oiseaux de nuit, élégants et pétulants, qui adoraient les livres et le jazz...

Saint-Germain-des-Prés

« On a fait Saint-Germain en y important le jazz. Comme il y avait des gens très intelligents qui fréquentaient le café de Flore, les Deux-Magots et Lipp, c’était un carrefour formidable. Boris et moi y allions pour retrouver l’équipe des «Temps Modernes», Sartre et les autres.
Quand on voulait du jazz, on allait au Lorientais l’après-midi, puis on continuait au Tabou. Je surveillais les entrées avec Anne-Marie Cazalis et Juliette Gréco, nous étions les psychologues de service. Les types qui ne nous plaisaient pas, on leur disait «Vous n’entrez pas». Mais on laissait entrer des types qui n’avaient pas un rond quand ils étaient intéressants, c’est-à-dire quand ils avaient un livre sous le bras: on exigeait des livres. Les étrangers aussi, on les acceptait. A condition qu’ils soient un peu littéraires. C’est comme ça que le Tabou s’est formé, peu à peu. C’était ouvert et c’était fermé. On ne laissait pas entrer n’importe qui, et en même temps, les gens qui entraient étaient n’importe qui. Je crois qu’on y voyait les types sympas.
C’étaient Anne-Marie Cazalis et Juliette Gréco qui avaient trouvé, rue Dauphine, ce café qui fermait très tard parce qu’il était fréquenté par les types des Messageries. Gréco avait eu l’idée de demander leur cave. Il n’y avait pas de salle pour les zazous, c’est pour ça qu’ils sont allés dans les caves. Ce n’est pas seulement à cause du bruit, c’est parce qu’il n’y avait rien. Les types ont dit d’accord. Il a fallu enlever le charbon, c’était humide, dégueulasse. Cazalis et Gréco ont entraîné là ceux qui, les premiers, ont fait le Tabou ; c’est-à-dire Merleau-Ponty et Queneau. »



lundi 13 avril 2020

Journal de confinement de Wajdi Mouawad

À Mat



Le Théâtre National de La Colline a été fondé en 1988 et implanté dans 20ᵉ arrondissement de Paris (15 Rue Malte-Brun) et c'est l'un des six théâtres nationaux français avec la Comédie-Française, le Théâtre de l'Odéon, le Théâtre national de Chaillot, le Théâtre national de l'Opéra-Comique et le Théâtre national de Strasbourg. 
Il est dirigé depuis le 6 avril 2016 par l'auteur et metteur en scène libano-québécois Wajdi Mouawad [(1968-) Cf. ici, ici et ]. En savoir plus.
Dédié à la création théâtrale contemporaine, le projet de Mouawad prône l'hospitalité et l'ouverture à la jeunesse.

Grâce à Mat, toujours alerte, j'ai eu vent du Journal de Confinement de Wajdi, qui intègre la rubrique Les Poissons Pilotes de La Colline. Ce sont des documents audio correspondant à chaque journée de confinement à compter du Jour 1: le 16 mars 2020. Je me figure que l'auteur pourrait en dire Ce sont des lectures qui parlent de la tentative de rester humain dans un confinement forcé. Il les introduit ainsi :

Nous ne pouvons plus ni nous voir, et encore moins entrer en contact physique les uns avec les autres, alors l’esprit prend ici toute sa puissance. Penser aux autres, avoir en tête le souci, l’inquiétude des autres, c’est là un travail purement spirituel. C’est donc, dans ce malheur et cette tristesse, une possibilité de renouer avec cette puissance. C’est, précisément, cette capacité à penser aux amis, penser aux lieux secrets, aux paysages qui nous ont touchés, qui a permis souvent à tant de gens de tenir dans les moments difficiles. Nous, en plus de la pensée, nous avons cet outil merveilleux, le net, pour pouvoir le faire savoir à ceux et celles vers qui notre pensée est tournée.
Si, aujourd’hui, l’essentiel est que le service public des soins puisse aider tous ceux qui en ont besoin, si le plus important sont les hôpitaux, les médecins et les aides-soignants ; que peuvent et doivent faire les artistes ? Si la santé est aujourd’hui le grand requin blanc se battant contre la maladie, qui sont alors les petits poissons pilotes qui accompagnent les squales ? Nous sommes peut-être ces petits poissons pilotes… Comment la poésie peut-elle soigner ? Et comment peut-elle le faire lorsqu’il n’est plus possible de sortir de chez soi ?
À cette question, il y a quantité de réponses joyeuses que l’équipe de La Colline invente et vous propose dès aujourd’hui et jusqu’à nouvel ordre.
Wajdi Mouawad

Ensuite, en bas à gauche de la toile, l'on dispose d'une nouvelle introduction aux fichiers audio à proprement parler :
Wajdi Mouawad, directeur de La Colline vous donne rendez-vous du lundi au vendredi à 11h pour un épisode sonore inédit de son journal de confinement, de sa propre expérience à ses errances poétiques : Une parole d'humain confiné à humain confiné. Une fois par jour des mots comme des fenêtres pour fendre la brutalité de cet horizon.(Nota bene : Il n'existe pas d'enregistrement datant du vendredi 20 mars.)
Lien direct à toute la liste d'audios depuis le 16 mars 2020.

Lien renvoyant à l'enregistrement d'aujourd'hui lundi 13 avril. Aujourd'hui... les Espagnols doivent se rendre au boulot en métro, RER, bus, etc, alors que samedi, ils se faisaient verbaliser pour assister aux funérailles de leurs grands-mères, par exemple.

Pour conclure, sachez que Mouawad et La Colline vous proposent encore une autre section...

# Au creux de l’oreille

Nos corps contraints, profitons-en pour tisser un lien privilégié entre nous. Depuis lundi 23 mars et jusqu’à la fin du confinement, les artistes amis de La Colline proposent d’appeler chaque personne intéressée pour lui faire lecture de poésie, de théâtre, de littérature ou lui interpréter un extrait musical, quelques minutes ou plus…
Les 180 artistes engagés dans cette initiative sont tous bénévoles et très investis pour faire de ces petits instants de théâtre murmurés de vrais rendez-vous artistiques. Nous comptons donc sur vous pour profiter pleinement de cette expérience inédite : notez bien dans votre agenda le créneau entier que vous avez réservé pour être sûr d’avoir votre téléphone disponible à portée de main, vous-même confortablement installé dans un endroit calme et propice à l’écoute au moment où l’artiste vous offrira ce temps suspendu et privilégié de poésie, et prévenez-nous si un imprévu venait à ne pas réunir ces conditions ! Et si vous inscrivez une autre personne, prévenez-la de se tenir prête et de s’engager dans le même sens…
Si cet instant au creux de l’oreille vous séduit, complétez ce formulaire en veillant bien à la conformité de votre numéro de téléphone et votre adresse mail.
du lundi au vendredi, de 16h à 19h ou de 19h à 21h

jeudi 14 novembre 2019

(2019-20) 2e Journal des infos dont on parle plutôt peu...

...Car loin du psittacisme médiatique, il y a bon nombre d'événements qui nous interpellent autrement dont on ne parle que peu ou sous l'angle de la propagande unique. Nous essayons de repérer et de glaner des faits/sujets/positions en dehors de l'actu ou de l'éditocratie.
Voici notre second sommaire de cette année scolaire, pour notre conférence de rédaction médiatrice du mercredi 13 novembre 2019.

Merci à mes élèves pour leurs contributions !






Il comprend, entre autres...


Vendredi 8 novembre, un étudiant lyonnais de 22 ans, Anas K. s’est immolé par le feu devant un bâtiment du CROUS à Lyon. Des rassemblements étaient organisés ce mardi dans toute la France en solidarité. À Paris, le rassemblement s’est vite transformé en manifestation non-déclarée. 
Un reportage de Taha Bouhafs.

jeudi 6 octobre 2016

Wajdi Mouawad revient à Madrid

Ce n'est pas la première fois que je vous parle de lui. Wajdi Mouawad est un homme total de théâtre extrême ; d'un côté, il se mêle de toutes les sauces de la scène, de ses sources et prolongations, du texte ou de la réalisation. De l'autre, auteur, metteur en scène, comédien, directeur artistique, plasticien, voire cinéaste, il pousse sa recherche loin, bien loin, comme un bohémien parcourant tous les recoins de la nature humaine. Loin à tout casser. C'est pour cela que ses pièces et ses montages vous saisissent aux tripes et vous cassent : on est contraint de se reconstituer après coup, tellement sa plongée sans limites dans la tragédie —disons à la grecque— vous secoue, vous serre et vous sèche la gorge... La gorge sèche après Incendies : fatal, inéluctable. Inoubliable.

Disons pour commencer que ces jours-ci, on dispose à Madrid d'une adaptation Mario Gas-Nuria Espert d'Incendies, cette création incontournable, au Teatro de la Abadía :
Du 14 septembre au 30 octobre, 2016
Et puis du 21 juin au 16 juillet, 2017, dans la Salle Juan de la Cruz du théâtre.
Teatro Abadía - Incendios
Incendios (Wajdi Mouawad)
Mise en scène: Mario Gas
Production d'Ysarca et du Teatro de La Abadía en collaboration avec le Teatro del Invernadero
Et puis, Mouawad revient personnellement se produire au Teatro Valle-Inclán (Lavapiés) qui est le siège du Centro Dramático Nacional. Il y sera quatre jours, du 28 au 30 octobre, pour présenter un diptyque...
Des mourants: Inflamation du verbe vivre / Les larmes D’Œdipe (Una mirada al mundo) -
Esperado regreso a los escenarios españoles de uno de los más importantes dramaturgos de este inicio de siglo, Wajdi Mouawad, recién nombrado director artístico del Théâtre de la Colline de París. Mouawad incide en este Díptico en una de sus habituales fuentes como autor y director de escena: la Grecia clásica y en concreto una figura esencial para él: Sófocles de la mano de los dos héroes trágicos Filóctetes y Edipo.
Dos piezas independientes que pueden ser vistas por separado o como un díptico en las que los temas recurrentes de este dramaturgo están presentes con gran intensidad. Un gran homenaje a los valores de la Grecia clásica y a la valentía y sufrimiento de los griegos contemporáneos. 28 al 30 de octubre de 2016
Teatro Valle-Inclán
Horario: viernes y sábado a las 20:30 horas y domingo a las 18:00 y 21:00 horas
País: Canadá y Francia
Idioma: Francés con sobretítulos en castellano (Source: CDN)
Inflammation du verbe vivre est basée sur Philoctète de Sophocle et jouée par Wajdi Mouawad. Cette pièce constitue le deuxième volet de sa trilogie Le Dernier Jour de sa vie.

Les larmes D’Œdipe est basée sur Œdipe à Colone, de Sophocle, et jouée par Jérôme Billy, Charlotte Farcet, Patrick Le Mauff.

Au crépuscule de sa vie, Œdipe accompagné de sa fille Antigone retourne à Athènes. Sa rencontre avec un Coryphée dans un théâtre antique lui apprend que la Cité est en colère : au cœur de la crise financière, elle pleure l’assassinat par la police d’un jeune garçon pendant une manifestation. Cet oratorio poétique à trois voix fait résonner les mythes fondateurs et le monde d’aujourd’hui avec le théâtre de Sophocle, dont Wajdi Mouawad conclut ici le cycle qu’il a consacré à ses sept tragédies.
(Synopsis fournie par le Théâtre de la Colline)

vendredi 30 septembre 2016

Anne Queffélec joue Satie, Ravel, Debussy... à Madrid

En hommage à Marylène Béquin, professeure de l’Alliance française de Madrid (Ballon, Francia, 1957 – Madrid 2016), la salle Rouge des Teatros del Canal, à Madrid, accueille la remarquable pianiste parisienne Anne Queffélec. Ce sera en séance unique le 30 octobre.
Au programme, sa grande spécialité, le normand Éric Satie, ainsi que d'autres compositeurs français :
PROGRAMME
I
Erik Satie : Gnossienne nº 1
Maurice Ravel : A la manière de Chabrier
Erik Satie : Gymnopédie nº 1
Francis Poulenc : Pastourelle (morceau de L’éventail de Jeanne)
Déodat de Séverac : Où l’on entend une vieille boîte à musique (morceau d'En vacances)
Claude Debussy : Rêverie
Erik Satie : Gnossienne nº 3
Pierre-Octave Ferroud : Nonchalante (d'Au parc Monceau)
Reynaldo Hahn : Hivernale
Reynaldo Hahn : Le banc songeur (de Le rossignol éperdu)
Claude Debussy : Clair de Lune (de la Suite bergamasque)
Gabriel Dupont : Après-midi de dimanche (de Les heures dolentes)
Erik Satie : Gymnopédie n°3
Charles Koechlin : Le chant des pêcheurs (de Paysages et Marines)
Florent Schmitt : Glas (de Musiques intimes, II)

II
Maurice Ravel : Miroirs
                Noctuelles
                Oiseaux tristes
                Une barque sur l’océan
                Alborada del gracioso
                La vallée des cloches
Suivez ce lien pour accéder aux informations fournies par le site des Teatros del Canal...


Parmi les derniers disques d'Anne Queffélec, citons trois qui ont obtenu les Diapason d'Or...

—  Satie & Compagnie (Mirare), pièces pour piano seul d'auteurs classiques français de l’entre-deux guerres : Satie, Séverac, Poulenc, Debussy, Ravel, Ferroud, Hahn, Dupont, Koechlin, Schmitt.
— Le doble album Ravel, Debussy, Fauré (Erato, 2014) et...
Ombre et Lumière, consacré à Domenico Scarlatti et enregistré chez Mirare en 2015.
À 20 ans Anne Queffélec consacrait son premier enregistrement à Scarlatti. Elle revient aujourd'hui à l’univers du compositeur italien à travers ces 18 sonates, lumineuses ou méditatives, virtuoses ou tendres, qui chantent l'Andalousie, le soleil, la vitalité mais aussi les "clairs-obscurs" de la mélancolie. Après Bach et Haendel , Anne Queffélec complète ainsi pour Mirare sa trilogie des compositeurs nés en 1685. (Mirare)

mercredi 30 mars 2016

Baobab

Dimanche 13 mars, 11h, Teatro Valle-Inclán, siège du Centro Dramático Nacional, à Lavapiés, Madrid. Salle El Mirlo Blanco. Séance de théâtre pour enfants à partir de cinq ans (sic) dans le cadre de Titerescena. Au Québec, c'est à partir de 4 ans qu'on la conseille. Ma fille n'avait pas encore eu sa troisième année et pourtant, j'avais adhéré illico à l'idée maternelle sans en savoir grand chose. La mère, le théâtre et le titre de la pièce, Baobab, me semblaient trois garanties plus que suffisantes. Le mot baobab évoque aussitôt dans mon esprit le Sénégal, source toujours chez moi d'affects très joyeux.
Cela fait très longtemps, après un voyage au Sénégal en 1996, j'écrivis un texte témoignage. La découverte d'un baobab (« Adansonia digitata ») cinq fois centenaire sur la savane, sur notre chemin vers Djiffère, me fit écrire :
De nuevo en marcha. La sabana de baobabs, las termiteras salpicándolo todo, también los campos cultivados. Nos detenemos a la altura de un baobab gigante de más de 500 años. En compañía de un guía de guardia, nos vamos colando todos por una rendija del tronco, cabeza y pierna al tiempo, único modo de embutirse. Una vez dentro, el experto nos habla del ancestral valor funerario del baobab, en tiempos cámara mortuoria del griot recién fallecido. Igual que muchos esclavos griegos cubrían la relevante función de pedagogos en la antigua Roma, los miembros de esta baja casta de poetas y músicos han sido los depositarios de la tradición oral de su pueblo. Al griot (géwal/géwél en uólof) nunca se lo enterraba: unas largas parihuelas sostenidas en lo alto de aquella oscura bóveda eran su sepulcro. Inhumarlo podía provocar una temible sequía.
Donc, les griots n’étaient pas enterrés, si l'on voulait éviter une terrible sécheresse ; on les inhumait dans les trous des baobabs qui devenaient de la sorte des arbres-sépultures. Cette tradition sérère relie par conséquent eau et baobab...


Deux minutes avant l'heure prévue, nous occupions nos sièges. Sur scène, un musicien tapait gaiement sur les lames de bois de son balafon, ce beau xylophone mandingue, ou malinké, à calebasses. À sa droite, une femme blonde immobile jouait subtilement de la kora avec maîtrise. La kora est une sorte de harpe-luth typique de la tradition mandingue, elle aussi, que le public espagnol intéressé identifie notamment avec le malien Toumani Diabaté —qui enregistra Songhai (1 et 2) avec le groupe Ketama. J'apprendrais plus tard que les artistes en question s'appellaient Aboulaye Koné et Nathalie Cora (de son vrai nom Nathalie Dussault), formée justement auprès de Diabaté au Mali et devenue maîtresse de l'instrument qui lui donne son surnom, dont elle dit...
La kora est un instrument diatonique à cordes pincées classé dans la famille des harpes-luths. Elle se compose d’une demi-calebasse sur laquelle est tendue une peau de vache et est traversée par un long manche où sont fixées ses 21 cordes. Deux antennes permettent de tenir l’instrument que l’on joue avec les pouces et les index. Chaque joueur de kora fabrique lui-même son instrument.
La kora est issue de l’Afrique de l’Ouest. On la retrouve principalement au Mali, au Sénégal, en Guinée et en Gambie parmi les ethnies malinkés. Elle est traditionnellement jouée par des hommes, les griots, dont le métier est de perpétuer l’histoire, les coutumes et la généalogie des familles.
Arrivèrent ensuite un homme très costaud et une femme. C'étaient Widemir Normil et Sharon James. Elle monta les marches divisant les spectateurs en deux pour demander les prénoms de quelques enfants, dont ma fille, qui seraient salués par les comédients interprètes dans leur litanie d'ouverture. Visiblement enrhumée, Sharon James n'arrêterait pas de jouer son rôle de marionnettiste avec précision, le sourire aux lèvres quand il le fallait.

Baobab est une coproduction de la troupe Sô (Mali) et du québécois Théâtre Motus [voir plus bas pour Hélène Ducharme] créée le 18 janvier 2009 avec le soutien du Théâtre de la Ville de Longueuil et la collaboration du comédien Hamadoun Kassogué (né en 1957 à Ley, Kani Godouna, Mali) et du peintre, infographe et sculpteur sénégalais Ismaïla Manga (1957-2015). Ce 13 mars 2016, c'était le premier anniversaire de sa mort.
La traduction en castillan —hélas, faible— est due à Humberto Pérez Mortera. La diction travaillée et en général claire des acteurs —notamment du puissant et protéiforme Widemir Normil— facilitait néanmoins la compréhension.
Voici le résumé officiel de la pièce :
Dans cette région d'Afrique où une sécheresse sévit depuis très longtemps, se dresse un baobab millénaire. Voilà qu'un jour, de ce baobab naît un œuf et, de cet œuf, un petit garçon. Les villageois découvrent qu'il est le seul capable de libérer la source d'eau. Débute alors une grande quête où seul le courage d'un enfant peut changer l'histoire du Monde. Dans cet univers rempli de soleil, où l'ombre est réconfortante, les percussions africaines se transforment en animaux et les masques et marionnettes deviennent génies ou sorcières ! Laissez-vous guider par le grand griot dans cette fabuleuse histoire inspirée de contes africains.
Ce jeune garçon sauveur s'appelle Amondo, le rassembleur. Sa présence sur scène est assurée par une marionnette inoubliable. Il n'est pas Hercule, c'est un môme qui ne devra exécuter que... trois travaux décisifs pour la reconquête de l'eau, symbole autrement significatif, surtout en Afrique où la sécheresse ne plaisante pas.
L’enfance croit ce qu’on lui raconte..., disait Jean Cocteau au début de son film La Belle et la Bête. En guise d'« il était une fois », Baobab démarre comme cela...
« LE GRIOT : Aw ni sogoma! À vous le petit matin… Nous sommes les griots du village et pour vous raconter notre histoire, nous avons besoin de vos oreilles. Voulez-vous nous prêter vos oreilles? Les enfants répondent et le griot fait le geste de prendre dans ses mains les oreilles des enfants et de les placer sur son cœur. Merci. Ne vous en faites pas, elles sont entre bonnes mains. Zirin ! / TOUS : Namou. »
Au sujet de l'archéologie de la conception de Baobab, le journaliste Jean Siag publiait le 12 décembre 2009 un article très instructif dans La Presse :
La genèse du projet Baobab vaut la peine d'être contée. Après avoir plongé plusieurs mois dans l'univers glacial des Inuits pour sa pièce Inuussia, la femme-phoque, présentée la semaine dernière au Festival Titirijai de Tolosa, en Espagne, la cofondatrice de Motus, Hélène Ducharme, avait envie d'un peu de chaleur.
«Mon ami Aboulaye Koné, m'a dit: tu dois aller à la rencontre de l'Afrique, raconte-t-elle. Oui, j'avais une idée de ce que je voulais écrire, mais je devais m'imprégner de la culture africaine et de ses traditions.»
L'auteure de Nombril et de Bulles s'est donc rendue au Mali et au Sénégal, dans une démarche de recherche. De ce périple en Afrique de l'Ouest, Hélène Ducharme fera deux rencontres déterminantes: Ismaïla Manga, artiste visuel sénégalais, qui a peint toutes les toiles de Baobab que l'on voit sur scène; et l'acteur Hamadoun Kassogué, le «Brad Pitt du Mali !» dixit l'auteure, qui a peaufiné la structure du texte (...).



Librement inspiré de ce spectacle, les Éditions de la Bagnole publièrent en 2010, l'ouvrage Baobab. Amondo le rassembleur, texte d'Hélène Ducharme, illustrations de Normand Cousineau. 
Hélène Ducharme est comédienne, marionnettiste, acrobate, danseuse, auteure en résidence pour le Théâtre Motus ; elle a aussi mis en scène les dernières créations de la compagnie : La Crise (2003), Inuussia, la femme-phoque (2005), Bulles, Légendes d'hiver pour micro-marionnettes (2007) et Baobab (2009).
Le Théâtre Motus fournit sur son site cette information sur ses origines et son projet :
Fondé au début de ce millénaire, le Théâtre Motus explore, crée et diffuse des pièces de théâtre originales destinées au jeune public et au public familial. Nous privilégions le médium de la marionnette pour les libertés que celle-ci nous offre au niveau de la dramaturgie et de la mise en scène, comme véhicule d’émotions et comme objet qui nous permet de repousser les frontières des formes.
Nous explorons le mariage entre la marionnette, le jeu de comédien, la musique en direct, le théâtre d’ombres noires et en couleur et toute autre forme théâtrale potentiellement complémentaire à la marionnette. Le dialogue entre cultures diverses nous inspire également beaucoup.
La compagnie, qui a été fondée par Hélène Ducharme et Sylvain Massé et a pignon sur rue à Longueuil, diffuse ses spectacles à l’échelle internationale et a déjà donné plus de 1 200 représentations de neuf spectacles ici, aux États-Unis, au Mexique, en Espagne, en France, en Grèce et au Mali.
Les amis des contes africains disposent ici (les trésors d'Amadou Hampâté Bâ) et (contes du Congo) d'autres références abordées dans ce blog.

vendredi 24 janvier 2014

Coluche : Le Flic


 

TRANSCRIPTION PROVISOIRE ET APPROXIMATIVE :

Hep ! Vous ! Pas vous, l'autre, là-bas !
Le gros qui s'barre avec le pull bleu !
Bon, tant pis.

Oui ! Je sais, j'ai l'air un peu con !
Mais l'uniforme y est pour beaucoup hein !
Non, parce que ma femme me dit toujours : - "T'as signé sans réfléchir...", elle me dit.
Et alors ? J'ai demandé aux autres, y z'ont fait pareil, hein !
Si on avait réfléchi, on n'aurait pas signé !
Faut pas nous prendre pour des cons non plus !
Remarquez, euh..., on rentre pas comme ça dans la police hein !
Y a des examens et tout, on passe devant des pschychouettes... hein !
Moi, je suis passé devant un pschychouette, y m'a dit : - "Combien j'ai de doigts ?".
Alors les examens !
J'ai dit : - "J'sais pas. 15 ?".
M'a dit : - "C'est bon. Signez là ! Quinze ans".
J'ai eu du bol parce que j'ai dit ça au hasard. J'aurais pu avoir tout faux , j'ai eu tout bon, hein !

C'est utile comme métier. Siih. Le chef est tout le temps : "L'agent de police est à l'automobiliste ce que le crapaud est à l'insecte".
Et puis, c'est bien l'uniforme, c'est pour draguer... les gonzesses !

- "Hep là-bas ! [La blonde avec le gosse. Aux pieds !
Oui ? Vous avez vos papiers ? J'suis de la police.
Voyons voir, Ginette...
Ah, ah, ah, ah !
Joli nom Ginette.
C'est votre petit frère ?
Hein ?
Votre fils !
Bon circulez !".
Non là, c'est un mauvais exemple, mais d'habitude ça marche !]
Bon, un autre exemple, alors. La police c'est trop t'ingrat comme métier. C'est vrai !
C'est t'ingrat la police, parce que par exemple... parce que j'vois, parce que les gens y nous aiment pas ! C'est con !

Parce que nous on est là pour les protéger hein ?, pour les défendre
Vous avez remarqué les gens ?
Plus y a de flics autour d'eux, plus y z'ont peur !
C'est flagrant, c'est dans les manifs.
Les gens y z'ont peur parce qu'on est là !
Bon, on est obligés de taper hein !
On le fait pas pour le plaisir, hein ?... On est obligés hein ?...
En plus on est obligés d'faire gaffe !
Parce que y a les fils des gradés, y z'ont les cheveux longs, on les reconnaît pas hein !
Et pis y a les appariteurs. C'est les mecs payés par la police.
En civil, y cassent les carreaux et après on dit qu'c'est les étudiants, tout ça.
Alors on est obligés d'faire vach'ment gaffe !
Eh ben, dis tu vois pas qu'on tap'rait sur la gueule à un flic, eh ? oh, la vache ! Oh, la crise eh !
... Eh, une fois c'est arrivé ! On a tapé sur un flic ! Ah, la crise eh !
Ils ont dit que c'était une bavure !
T'aurais vu la gueule de la bavure !
Moi, ça m'a fait passer l'envie d'baver !
Impeccable.
Non, mais on est une bande de jeunes, on s'fend la gueule.
J'vois parce que par exemple y a les gens y disent : - "La police c'est un refuge pour les alcooliques qu'on n'a pas voulu à la SNCF et aux PTT ".
Eh ben, j'vais vous dire, en fait c'est exagéré !
Moi je vois hein, je suis pas dans un gros commissariat, mais je vois rien qu'au commissariat que j'suis, y en a au moins, que je dise pas de bêtises, y en a au moins quatre qui boivent pas !
Oh bah, c'est comme dans tous les troupeaux hein ! Y a des brebis galeuses !
Nous, on a Robert. C'est un grand, il est marrant !
L'autre jour, il arrive, il gueulait : - "J'en ai eu un ! J'en ai eu un !".
Il avait arrêté un mec pour état d'ivresse, qui était plus bourré que lui !
Vach'ment rare hein !
Faut dire que le mec, il en t'nait une belle !
Il l'avait amené, il était sympa, Raymond y s'app'lait, heu...
Cheveux courts, moustache, charcutier, sympa.
On y a payé l'coup et tout !
Alors, Robert y disait : - "Mais faut pas... reste ".
Alors, l'autre y disait : - "Ben, justement heu, j'me dépêche de rentrer passe que vu dans l'état que j'suis... j'risquerais d'avoir un accident !".
Après y z'ont fait un concours de ballons.
Dis, t'aurais vu la gueule des ballons !
T'avais des couleurs qu'étaient même pas marquées dans le manuel !
C'est Robert qu'a gagné !
Ah non, mais il est balèze aux ballons hein !
Il s'entraîne. On s'fend la gueule !
L'autre jour y a un beatnik qui vient pour changer sa carte d'identité.
Alors Robert y lui dit... parce que Robert y déconne tout le temps.
Alors Robert y dit, euh... : - "Tu m'donneras l'adresse de ton coiffeur !".
On lui a cassé la gueule. On s'est marrés !
Ah non, mais on fait gaffe hein !
On tape avec le plat de la main. Comme ça dans les côtes.
Alors ça fait ach'ment mal mais euh, ça fait pas de traces. Ah non !
Parce que on n'a pas droit aux traces.
Parce que les mecs quant y z'ont des traces, y paraît qu'y peuvent porter plainte !
Remarquez, heu, y faudrait qu'y viennent au commissariat pour porter plainte.
J'les plains les mecs !
Non ! Dans l'ensemble y viennent pas, on n'a pas à se plaindre.
Alors après, heu... On l'avait attaché à la grille.
Alors Robert a été chercher sa tondeuse, parce que Robert il a une tondeuse, mais ça c'est à lui hein, c'est pas fourni.
Alors, l'autre, il avait les miques, mais on lui a pas coupé les cheveux à un beatnik, et ben, il a eu un avertissement !
Ah non ! Mais on rigole pas avec ces trucs-là hein !
Parce qu'au bout de 30 avertissements, on peut avoir un blâme !
Et au bout de 30 blâmes, on passe devant un conseil de discipline et on peut être dégradé !
Robert y s'en fout, lui, il est pas gradé !
Hé ! C'est un métier où qu'on en voit quand même des drôles !
Tiens ! L'autre jour j'étais de faction à une intersection affectée à la surveillance des usagers.
En clair, je bullais à un carrefour.
Il arrive un mec qui tournait autour de moi avec un papelard.
On aurait dit qu'y cherchait une rue ou quèque chose.
Il osait pas s'adresser à moi, on aurait dit qu'il avait peur !
Voyez le genre ? Un type louche, un peu basané, voyez...
Parce qu'on nous apprend à r'connaître les mecs louches, attention, on fait des stages !
C'lui-là si vous voulez il était pas franchement louche mais était franchement basané !
Alors j'dis rien. Y s'approche, y tourne et pis, j'sentais qu'il osait pas !
Voyez, y v'nait... mais y v'nait tout doucement voyez.
C'était le genre de mec patibulaire tu vois, mais presque !
Finalement, le mec, y s'amène et pis y m'dit, euh... :
- "Pardon, missieu l'agent, s'y you pli, axecousi-moi s'y you plit.
A c'que s'y you plit vous pouvi m'indiquer çui là qui li, heu... li coumissariat d'poulice al'plis proche, s'y you plit...
Axecousi-moi, passe qui j'y perdi mou papier d'identiti.
J'voudri faire une diclaration, s'y you plit, axecousi-moi ".
J'me suis dit : - "Toi mon p'tit gars, t'as pas la conscience tranquille !".
J'y ai dit : - "Ouais ! Vous avez vos papiers ?".
Il les avait pas !
J'te l'ai emmené au commissariat !

Coluche

dimanche 15 décembre 2013

Un film sur l’inviolabilité du culte de la personnalité et des privilèges en Espagne

El sistema de caza de brujas estaba demasiado bien
diseñado, fue demasiado duradero, severo y tenaz. Y sólo
se pudo sostener gracias a intereses duraderos, severos y tenaces.
(...) Sugiero que la mejor manera de comprender la causa
de la manía de las brujas es examinar sus resultados
terrenales en lugar de sus intenciones celestiales. (...) 
[L]os pobres llegaron a creer que eran víctimas de brujas
y diablos en vez de príncipes y papas.

Marvin Harris : Vacas, cerdos, guerras y brujas. Los enigmas de la cultura. 
El libro de bolsillo, Antropología ; Alianza Editorial, 1980 - 2005, p. 213



Les erreurs du sous-titrage mises à part...


Juan Carlos : le crépuscule d'un roi
Dernière diffusion TV : Vendredi 22 novembre 2013 à 15h35 sur Canal+

Prochaine émission
: Vendredi 20 décembre de 09:30 à 10:25 sur Canal+ Séries
Synopsis de Juan Carlos : le crépuscule d'un roi
Intouchable pendant 35 ans, le roi Juan Carlos ne parvient plus à séduire son peuple. Sa cote de popularité, qui culminait à 90% d'opinions favorables, est tombée sous la barre des 50%. Depuis 2012, le souverain espagnol a vu son image se ternir au fil des scandales : affaires de moeurs, enfants cachés, brouilles familiales et corruption l'ont fait plonger dans la controverse. Dans un pays violemment frappé par la crise économique, son train de vie dispendieux choque. Autrefois considéré comme le sauveteur de la nation, Juan Carlos est aujourd'hui dépeint par les satiristes comme un vieillard diminué. Certains réclament son abdication.

Un film de Caroline du Saint qui en dit long sur la liberté de presse, la presse libre, le culte de la personnalité, la chasse et d'autres authenticités.
Ah, l'insoutenable irresponsabilité des chefs.

samedi 26 janvier 2013

Le grand retournement, de Gérard Mordillat

(...)
Reprenez-vous, vous dis-je, c'est le capitalisme,
Laissez les journalistes croire au libéralisme.
Quant à nous, nous savons comment marche le monde,
Qu'en retrait du marché les ficelles abondent.
Nous sommes importants, nous sommes névralgiques,
La panne du crédit, c'est l'accident tragique,
Mais le crédit, c'est nous ! Nous sommes intouchables !
Pour nous sauver l'État mettra tout sur la table.

F. Lordon : D'un retournement l'autre, Éd. du Seuil, mai 2011.
 (LE BANQUIER, acte I, Scène 3)


Dans un billet du 10 août 2011, Candide résiste avait déjà abordé D'un retournement l'autre, comédie sérieuse sur la crise financière (Seuil, mai 2011) que Frédéric Lordon avait composée, en quatre actes et en alexandrins, dans le but de montrer les vraies causes de la dépossession organisée que nous subissons et de tenter de conjurer l'usure du temps, l'amnésie, qui est la grande alliée de la domination (cf. le post-scriptum de la pièce intitulé Surréalisation de la crise, où Lordon s'explique). Et cela dans l'espoir que cette connaissance mue en affect (1) —en sursaut d'indignation, dis-je à la Péguy, car autrement, elle est inutile, voire contre-productive.
Sujet majeur car nos déréglés dérègle-menteurs contrôlent tous les grands média, toutes les grandes maisons d'édition et, d'une manière générale, toute notre culture et sa pédagogie unique ; il ne faut donc pas trop s'étonner qu'on nous martèle à longueur de journée, et de nuitée, qu'il faut discipliner les finances publiques alors même que ce sont la très privée Finance et ses acrobaties démentielles (les soi-disant folies des soi-disant marchés rationnels) qui se trouvent à l'origine de la houle qui a entraîné notre dernier grand naufrage : notre argent (le Trésor public) a servi à renflouer les responsables du désastre —sans contreparties et sans que le parquet (le ministère public) agisse contre les parquets (de la bourse) : en voilà une, de charge sociale et de prise d'otages mondialisées !!!!—, et nos hauts fonctionnaires politiques (en fait, leurs), au lieu de gérer dignement la res publica, chouchoutent les agioteurs et les grands intérêts privés, bradent le patrimoine de tous, démantèlent le service public, suppriment nos structures de solidarité, sapent le Droit du Travail et les acquis sociaux, délogent les plus démunis (il faut compter 400.000 expulsions en Espagne depuis 2008, et quelques suicides), modifient le code pénal pour faciliter la répression du peuple et blanchissent les fraudeurs, entre autres. C'est ce qui arrive lorsque ce sont les pyromanes qui jouent les pompiers.

Gérard Mordillat, romancier et cinéaste né dans le cher quartier parisien de Belleville, a réalisé  Le grand retournement (2), film basé sur la pièce de Lordon qui vient de sortir en salles le mercredi 23 janvier —après une avant-première le 14 janvier à Lille. Avec François Morel, Jacques Weber, Edouard Baer, Patrick Mille, Franck de Lapersonne, Jacques Pater, Elie Triffault, Odile Conseil, Antoine Bourseiller, Jean-Damien Barbin, Thibault de Montalembert, Alain Pralon, Christine Murillo et Benjamin Wangermée.
L'affiche annonçant ce long métrage met en exergue la maxime « Qui sème la misère récolte la colère »...
"Le grand retournement" de Gérard Mordillat... sur DailyMotion.

C'est la crise, la bourse se casse la gueule, les banques sont au bord de la faillite, le crédit est mort, l'économie moribonde... Pour sauver leurs mises, les banquiers font appel à l'État. L'État haï est soudain le sauveur ! Les citoyens paieront pour que le système perdure, que les riches restent riches, les pauvres pauvres. Adapté de la pièce de Frédéric Lordon cette histoire d'aujourd'hui se raconte en alexandrins classiques. C'est tragique comme du Racine, comique comme du Molière...


Dans un entretien accordé à Rue89, Mordillat a dit :
Je trouvais géniale l’idée de s’attaquer à la crise financière et bancaire en alexandrins. Je suis convaincu qu’il ne faut jamais parler la langue de son adversaire. Nous sommes prisonniers du langage imposé par l’idéologie néolibérale : on parle du coût du travail pour ne pas parler des salaires, les représentants syndicaux sont taxés de « partenaires sociaux » et, mieux encore, les plans de licenciement sont devenus des « plans de sauvegarde de l’emploi ».
Il y explique aussi que « une seule personne a contribué au financement : Vera Belmont, qui y a engagé ses propres fonds. »

Pour en savoir plus sur un film que nous n'avons pas encore eu l'occasion de voir ici, en Espagne, je vous suggère l'émission radiophonique de Là-bas, si j'y suis sur Le grand retournement. Pour l'écouter, cliquez sur le lien.

_______________________
(1) Frédéric Lordon a déclaré à Marianne (propos recueillis par Bertrand Rothé et publiés le jeudi 24 janvier 2013) :
« (...) il nous faut bien toutes les machines affectantes de l’art pour produire la conversion collective du regard seule capable de renvoyer le néolibéralisme aux poubelles de l’Histoire – où la crise historique que nous vivons aurait dû suffire à l’expédier. Comme vous savez, l’échec monumental du capitalisme néolibéral et l’effondrement dans lequel il précipite les populations n’a nullement conduit à sa disqualification doctrinale et morale comme l’aurait voulu un monde réglé par des normes minimales de décence intellectuelle et politique. Il faut donc envisager d’autres moyens, et sans doute ce « passage au théâtre » procède-t-il de la maxime qui devrait nous servir de viatique politique pour une époque obscène : faire flèche de tout bois. »

(2) Titre qui suggère, inévitablement, The Great Derangement, du journaliste étasunien Matt Taibbi.

mardi 8 mai 2012

Toute farce a sa nomenklatura

Voici le générique du film du quinquennat du Fouquet's boy, celui même qui s'est permis de nous expliquer ce que c'est le "vrai travail", celui qui feignait en public de croire qu'on pouvait se construire toute une vie sans demander rien à personne, Robinson d'opérette... ; celui qui voulait qu'on accepte gaiement de trimer de l'aube à minuit (si toujours est-il qu'on dispose d'un emploi) tandis qu'il s'occupait d'assurer l'assistanat tous azimuts des nantis...
Franchement, qu'une collection de cabotins antisociaux de cette trempe puisse contrôler la res publica, voilà ce qui fait frémir.



Un spectateur a déclaré :
Je regarde rarement les génériques de fin... mais là, je me le passe trois fois et en faisant des pauses...

mardi 14 février 2012

Puro teatro

... lo tuyo es puro teatro, falsedad bien ensayada, estudiado simulacro.

Nouvelle mise en scène de l'Élysée. Pour l'intox, il fallait utiliser bon nombre de figurants dans le but que le cabotin Nicolas Sarkozy joue les vedettes. À moins huit, il ne fallait pas filmer à froid et quand on n'a pas froid aux yeux... Un tripotage à la hauteur de sa taille.
Version du Monde :

L'Elysée compose un public pour accueillir le président sur un chantier
LEMONDE.FR | 03.02.12 | 07h46   •  Mis à jour le 09.02.12 | 08h39

Quelques jours après ses annonces télévisées, le président de la République était, jeudi 2 février, dans l'Essonne pour défendre son plan, très critiqué, pour tenter de régler la crise du logement par la hausse de 30 % des droits à construire. Afin de mettre le tout en images pour les médias audiovisuels, il a visité un chantier à Mennecy où il fut accueilli par des ouvriers, en tenue de travail : la photo a depuis été reprise par toutes les rédactions, dont Le Monde.fr.

Nicolas Sarkozy parle avec des ouvriers lors de la visite d'un chantier à Mennecy, près de Paris, le 2 février 2012.
REUTERS/PHILIPPE WOJAZER

Mais Europe 1 révèle ce vendredi matin qu'une partie des ouvriers présents ne travaillaient pas sur ce chantier. Certains ne seraient même pas des ouvriers en bâtiment, mais de simples figurants. Selon un cadre du chantier qui s'est confié à la radio :"Ils voulaient plus de monde autour de Nicolas Sarkozy". L'Elysée aurait été jusqu'à demander de doubler les effectifs le temps du passage du président.
Selon Europe 1, ce seraient ainsi plusieurs dizaines de personnes n'appartenant pas au chantier qui seraient venues jouer la comédie en se glissant parmi les soixante vrais ouvriers. Certains aurait été rapatriés de chantiers voisins, d'autres seraient des fournisseurs, des chefs de chantiers...


Des ouvriers "sont venus d'autres chantiers" par Europe1fr
 
Les présents auraient par ailleurs été priés de faire semblant de travailler devant la presse alors qu'en raison des températures glaciales des derniers jours, il leur aurait été normalement interdit de travailler. Selon Europe 1, ils seraient d'ailleurs rentrés chez eux juste après le chantier.

Interrogé, l'Elysée n'a pas nié. "Nous avons simplement voulu donner la possibilité d'être présents, à tous ceux qui ont, par le passé, ou qui auraient à l'avenir à travailler sur ce chantier", a expliqué le service communication de la présidence à Europe 1.
____________________
RÉACTIONS
Denise 04/02/12 - 19h47 - Et que pensez-vous de la petite phrase de Sarkozy à un travailleur noir : "Cela change du pays, quand il fait moins 8". ? De quel pays parle-t-il donc ? Parce qu'il est noir son pays ne serait évidemment pas la France ?
LES GUIGNOLS DE L'INFO (voir à partir de 1' 05'')
Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo

mardi 3 janvier 2012

Familles recomposées d'hier et d'aujourd'hui - Julie de Lespinasse

En mars 2009, j'ai utilisé un texte tordant qui circulait sur Internet pour illustrer avec un brin d'humour un dossier de NB2 sur les différentes modalités de vie en commun. C'était la Lettre d'un gars alsacien de Marleheim qui ne voulait pas faire l'armée !, un drôle de cas de famille recomposée à l'excès. La voilà :

Monsieur le Ministre de la Défense Nationale,

Permettez-moi de prendre la respectueuse liberté de vous exposer ce qui suit, et de solliciter de votre bienveillance l'appui nécessaire pour obtenir une démobilisation rapide. Je suis sursitaire, âgé de 24 ans, et je suis marié à une veuve de 44 ans, laquelle a une fille qui en a 25. Mon père a épousé cette fille. A cette heure, mon père est donc devenu mon gendre, puisqu'il a épousé ma fille. De ce fait, ma belle-fille est devenue ma belle-mère puisqu'elle est la femme de mon père. Ma femme et moi avons eu en janvier dernier un fils. Cet enfant est donc devenu le frère de la femme de mon père, donc le beau-frère de mon père. En conséquence, mon oncle, puisqu'il est le frère de ma belle-mère. Mon fils est donc mon oncle. La femme de mon père a eu à Noël un garçon qui est à la fois mon frère puisqu'il est le fils de mon père, et mon petit-fils puisqu'il est le fils de la fille de ma femme. Je suis ainsi le frère de mon petit fils, et comme le mari de la mère d'une personne est le père de celle-ci, il s'avère que je suis le père de ma femme, et le frère de mon fils. Je suis donc mon propre grand-père.

De ce fait, Monsieur le Ministre, ayez l'obligeance de bien vouloir me renvoyer dans mes foyers, car la loi interdit que le père, le fils et le petit-fils soient mobilisés en même temps.

Dans la croyance de votre compréhension, veuillez recevoir, Monsieur le Ministre, l'expression de mes sentiments les meilleurs.

PS// Pour la petite histoire, il a été réformé pour état psychique instable et préoccupant, troubles mentaux aggravés par un climat familial très perturbant.

Si dans ce cas, il s'agissait d'un jeune alsacien présumé qui voulait se faire réformer en pleine modernité, il ne faudrait pas oublier que les familles recomposées sont aussi vieilles que l'humanité. Ce n'est que la terminologie qui change...
Réfléchissant à d'autres textes faisant référence à des recompositions familiales d'autres époques, j'ai pensé à l'Antichambre (Actes Sud, 1991), pièce de Jean-Claude Brisville (1922) qui reconstitue une histoire bien réelle. L'auteur y met en scène Marie de Vichy-Champrond, marquise du Deffand (1697-1780), et Julie de Lespinasse (1732-1776).
Le dialogue de la première scène réunit Marie du Deffand, qui a 56 ans et vient d'être atteinte de cécité, et son vieil amant le président Hénault, c'est-à-dire, Charles-Jean-François Hénault (1685-1770), alors président de la 1ère chambre des enquêtes du Parlement de Paris et ami de la reine. Mme du Deffand, qui se connaissait par expérience en matière de couvents bénédictins et leur avait préféré d'autres horizons, explique à Hénault qu'elle avait rencontré la jeune Julie chez son frère Gaspard où, en raison de sa condition, « cette jeune fille avait dans sa famille une position si de guingois... si subalterne, qu'elle songeait, lorsque je fis sa connaissance, à ensevelir sa jeunesse sous le linceul épais du cloître. », concrètement au couvent des Chazeaux, à Lyon. Donc elle arriva « à temps pour la sauver de la religion » et, comme elle et sa vue déclinaient, lui proposa de devenir sa lectrice. La vie de Julie sera désormais très intéressante, mais cela est une autre histoire.
Revenons à nos moutons ; quelle était donc l'inavouable condition de Julie ? Voici les répliques entre Marie et Hénault de la pièce de Brisville illustrant les origines d'une jeune femme dont l'esprit ferait oublier, et à quel point, une beauté inintéressante :
MARIE. Je lui ai promis le silence. Elle est dans une situation on ne peut plus étrange... et la discrétion me commandait...
HÉNAULT (passionné). Oh ! Oh !...
MARIE. (bas, se penchant vers l'oreille d'Hénault). Née sous l'auspice de l'amour et du malheur.
HÉNAULT (passionné). Ah ! Ah !...
MARIE. Puis-je vous demander le secret sur cette affaire ?
HÉNAULT. J'en serai le tombeau, madame.
MARIE. Eh bien, voilà... Gaspard, mon frère... le maître de Champrond...
HÉNAULT. Oui, Gaspard de Vichy, le chasseur, votre frère...
MARIE. ... a eu jadis la comtesse d'Albon pour maîtresse.
HÉNAULT. Une d'Albon de Saint-Forgeux ?
MARIE. Oui. Une vieille famille du Dauphiné. Elle était séparée de son mari quand elle rencontra Gaspard qui lui fit une fille —une fille prénommée Julie, qu'il ne reconnut pas, et à laquelle on donna le nom de Lespinasse... une terre depuis longtemps dans la famille des Albon. L'enfant fut tendrement élevée par sa mère avec ses enfants légitimes. Et puis, lorsque la petite eut sept ans, Gaspard se maria.
Un temps. Devinez avec qui ?
HÉNAULT. Avec la comtesse d'Albon devenue veuve ?
MARIE. Là, monsieur, vous donnez dans la facilité. Non. Avec Diane d'Albon, la fille aînée —et elle, légitime— de sa maîtresse qui perdit son amant, de ce fait, tout en trouvant un gendre.
HÉNAULT. Jour de Dieu !
MARIE. Du coup, Julie se retrouva être la belle-fille de Diane, sa demi-sœur, épouse de Gaspard.
HÉNAULT (tendant l'oreille). Comment ?
MARIE. Je vous dis que la demi-sœur de Julie devint sa belle-mère.
HÉNAULT (dubitatif). Hé !
MARIE. Vous me suivez ?
HÉNAULT. D'un peu loin, mon amie.
MARIE. Ce n'est pas tout : belle-fille de sa demi-sœur, Julie devint en même temps belle-sœur de son père... puisqu'il venait d'épouser sa demi-sœur.
HÉNAULT. Diantre !
MARIE. Il ne faut pas être distrait, je sais. Moi-même, quelquefois, quand je récapitule... Enfin, je ne voulais que vous donner l'idée de la position compliquée de cette jeune fille au sein de sa famille. Je devrais dire MA famille puisque Gaspard étant mon frère, sa fille est donc ma nièce.
HÉNAULT. Oui, là je m'y retrouve.
MARIE. Une nièce bâtarde puisqu'elle est fille illégitime, mais néanmoins aimable. À la mort de sa mère, la comtesse d'Albon —Julie avait alors seize ans— elle fut recueillie par Gaspard.
HÉNAULT. Son père, le chasseur...
MARIE. ... et devint naturellement la gouvernante des fils de la maison.
HÉNAULT. Donc... attendez que je m'y retrouve tout seul...
Ton triomphant :De ses neveux ?
MARIE. De ses demi-neveux par Diane, sa demi-sœur, ou de ses demi-frères par Gaspard, puisque Julie et ces enfants avaient le même père.
Hénault hoche la tête et entrouvre les bras, renonçant à comprendre.(...)

Le souvenir du château d'Arenenberg me rappelle maintenant qu'un autre cas célèbre en la matière fut celui d'Hortense de Beauharnais, fille de Joséphine de Beauharnais. Comme celle-ci voulait renforcer ses liens avec les Bonaparte, elle fit marier sa fille, le 4 janvier 1802, à Louis Bonaparte, l'un des frères cadets de Napoléon, son mari depuis 1796. Hortense (future Reine Hortense de Hollande) devint par là la belle-sœur de sa mère et de son beau-père...
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Mise à jour du 25/10/2013 :

Un enfant sur dix vit dans une famille recomposée
Le Monde.fr | 23.10.2013 à 00h02 • Mis à jour le 23.10.2013 à 09h49 |
Par Catherine Rollot
Un million et demi d'enfants de moins de 18 ans, soit un enfant sur dix en France, résident dans des foyers recomposés, c'est-à-dire dans une famille où les enfants ne sont pas tous du couple actuel. C'est ce qui ressort des chiffres publiés, mercredi 23 octobre, par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), dans une étude sur "les enfants en famille recomposée". 

lundi 17 octobre 2011

"Femmes de la Méditerranée" à l'Institut français de Madrid

Je vous relaie l'information ci-dessous concernant le projet "Femmes de la Méditerranée" promu par l'Institut français de Madrid. Il est question d'une exposition et d'une mise en scène de Sylvie Imbert sur le sujet. L'exposition se tiendra du mardi 18 octobre au vendredi 4 novembre. La pièce sera jouée le mercredi 19 octobre à 20h (entrée gratuite).
Pour en savoir plus, cliquez sur le lien ci-contre et accédez au site medifemmes.net.

Projet "Femmes de la Méditerranée"

FDM

L’exposition « Femmes de la Méditerranée, entre tradition et modernité » est le point culminant d’un travail de recherche et de création artistique réalisé par les élèves et les équipes pédagogiques de 38 établissements issus de 13 pays du pourtour méditerranéen.

L’exposition tente de refléter, le plus fidèlement et le plus exhaustivement possible, la variété des problématiques abordées ainsi que l’originalité des productions réalisées par les 1280 élèves qui, de la maternelle à la terminale, ont participé à cet ambitieux projet.

De grands axes se sont dégagés de l’ensemble de leurs travaux, autour desquels on a pu construire cette exposition dont l’objectif principal est de restituer une expérience inédite :  celle d’un travail collectif et simultané, réalisé par des élèves de tous âges et de pays et de cultures différents, sur un thème commun et une civilisation éternelle : la femme d’hier et d’aujourd’hui dans le monde méditerranéen.

Du mardi 18 octobre au vendredi 4 novembre
Galerie de l’Institut français de Madrid
Entrée libre, du lundi au vendredi de 10h30 à 20h
Inauguration le 18 octobre à 19h30

Dans le cadre de cette exposition, découvrez un spectacle inédit : la pièce de théâtre “Mère Méditerranée”.

Création-collage à partir des textes dramatiques d’hier et d’aujourd’hui, pour mieux connaître les femmes de la Méditerranée.
Création et mise en scènes de Sylvie Imbert, professeur de lettres au lycée français de Madrid. Interprétation par les élèves du lycée, actuels et anciens.

Mercredi 19 octobre à 20h
Entrée libre, dans la limite des places disponibles.
Vous pouvez voir la vidéo de la journée du jeudi 13 janvier 2011 dédiée à ce projet, composée d'activités pédagogiques et culturelles à destination des élèves du collège et du lycée :
Journée "Femmes de la Méditerranée" au Lycée Français de Madrid from Communication LFM on Vimeo.

mercredi 10 août 2011

Quand un retournement peut en cacher un autre, en alexandrins

Plus le politique lèche les bottes de la Chimère de l'Argent, plus le peuple est pillé, plus le politique est encore plus impitoyable envers le peuple, mieux la Chimère financière se porte (plus elle rafle), plus les médias nous prennent pour des cons et plus les commentateurs bien rémunérés se gargarisent des mesures qui nous morsurent, si j’ose dire, et des balivernes explicatives qui les accompagnent. C'est ce qu'on appelle le cycle économique : des profits cyclopéens pour une minorité sur le dos du reste des citoyens et de la planète ; ensuite, il faut souffrir que ceux qui nous cornaquent et nous arnaquent nous fassent la leçon par-dessus le marché. De quoi s’insurger.
Nous avons dit tant de choses pacifiquement, tant de choses justes et pertinentes. Bien des témoins, des chercheurs et des analystes ont montré les dessous honteux des bulles, des organismes de supervision de tout poil et des fraudes de contrôle (ah, ces fraudulences), des initiés, des agences de notation, des appraisers corrompus (experts évaluateurs), des paradis bien terrestres, des ABS, CDO, CDS, FCT (Fonds Commun de Titrisation), LBO, MBS, loopholes (échappatoires, failles juridiques favorisant prédation et fraude), junk bonds (obligations pourries) et autres cavaleries de fabrication presque toujours manhattaniennes et anglophones. Et que dalle.
Puis un jour, le 2 août 2011, par exemple, ceux qui nous envoient balader et valser nous empêchent de nous promener dans nos rues, d’accéder au métro ou au trains dans notre quartier et, en prime, si tout cela n'était pas assez, nous martèlent à coups de décibels des vols rasants de leurs hélicoptères, que nous payons, à longueur de journée —et ensuite de nuitée.
C’est ainsi que l’indignation redoublée accélère le rythme cardiaque, les affects se rebiffent et, excédés, se joignent à la raison, et l’on se dit très intimement que l’on veut fouler le sol de la Puerta del Sol...


...au risque de se faire maltraiter par des pouvoirs publics qui piétinent des droits tellement fondamentaux qu’ils sont inscrits dans la Constitution espagnole. Parce que, malheureusement, le risque est là et s’accomplit, y compris sur les corps, les esprits et les émotions des personnes âgées (cliquez dessus pour accéder à une vidéo de RTVE).



Évidemment, quand la déraison se défoule, tout tourne au vinaigre plus facilement : témoins, Gorka Moreno et tant d’autres. Décidément, on nous veut pillés, battus et contents, pour reprendre partiellement La Fontaine.



Vis-à-vis de cette donne, la rage a besoin d’expression ; il y en a qui choisissent toujours la prose et il y en a qui lui préfèrent maintenant les vers. C’est bien le cas de Frédéric Lordon, économiste cultivé et plein d’humour, sensible tant aux astuces de ces corporations qui savent garder les profits pour nous laisser les pertes qu’à leurs sabirs précieux et illusionnistes, et contempteur de ces tripatouillages. Il nous avait déjà expliqué à la radio, par exemple, qu'il est question d'un « combat frontal entre la société et sa minorité parasite. Et le problème, c'est que tous les mécanismes institutionnels et politiques travaillent à la préservation et la perpétuation de cette minorité parasite. » (26/09/09)
Eh ben, en effet, Lordon vient de publier en mai 2011 D’un retournement l’autre (Seuil), comédie sérieuse en quatre actes décrivant l’arnaque tous azimuts que nous subissons et imaginant à la fin un retournement non précisément des Marchés : un de ceux qui commencent par soulever le goudron.
Côté composition, il a choisi des vers alexandrins français de douze syllabes en ayant recours souvent aux licences poétiques de l’élision à l’hémistiche (1) et de la synérèse. À quoi bon des alexandrins dans ces petits siècles ? Lordon s’explique à cet égard dans un post-scriptum à sa pièce qu’il intitule « Surréalisation de la crise » :
Peut-être d’abord parce que les télescopages produisent des effets par eux-mêmes, et que celui de la langue du théâtre classique avec tout son univers de raffinement grand siècle, et de l’absolue vulgarité du capitalisme contemporain se pose un peu là. On sait l’alexandrin propre à la pompe bossuétienne ou à la tragédie, mais on le sait également capable de faire rire, peut-être plus encore s’il est un peu trafiqué —et l’avantage n’est pas mince quand par ailleurs tout donne envie de pleurer. Appliquer une forme, connue pour accompagner les grands sentiments moraux, aux plus misérables manœuvres de la finance en capilotade est peut-être ainsi l’un des moyens de ne pas céder complètement au désespoir quand, précisément, on voit dans la réalité ces manœuvres outrageusement triompher. Les amis du monde comme il va se plaisent à voir dans l’exercice possible de la dérision le signe incontestable de nos merveilleuses libertés et de notre vitalité « démocratiques ». Mais c’est l’exact inverse ! Passé un certain degré de généralisation, la dérision devrait plutôt être prise pour un symptôme inquiétant, celui d’un stade de détérioration démocratique où, toutes les protestations étant vouées à rester ignorées, tous les médiateurs ayant cessé de médiatiser, tous les « représentants » ayant trahi la représentation, il ne reste plus à la masse des gouvernés que le parti d’en rire, parti désespéré, à qui la dérision, seule chose qui lui reste, est l’arme de tout dernier recours —avant peut-être de se retourner brutalement et d’en venir aux pavés. Ici, l’alexandrin prête toute son ambivalence : il bouffonnise à souhait et fait les Précieux ridicules, mais peut aussi se charger d’une nuée plombée et annoncer des orages.

Dans la pièce, un conseiller, conscient des magouilles des banquiers qui entourent le président, développe devant celui-ci certaines idées d'un capitalisme disons modéré et traditionnel...
(...)
Votre Premier ministre feint de vouloir des idées,

Je m'en vais à l'instant une ou deux lui donner :
D'abord mobiliser l'épargne nationale,
Et puis reprise en main de la Banque centrale.
Faire acheter la dette par tous nos épargnants
Est d'abord pour eux-mêmes un investissement,
Mais c'est aussi pour vous de la tranquillité :
Circonvenant ainsi l'empire des marchés
Vous êtes affranchis de toutes leurs foucades,
De leurs diktats ineptes, enfin de leurs brimades.
Vous n'avez qu'à choisir : la finance vorace,
Ou bien à l'opposé l'épargne-carapace.
Faisant des citoyens vos nouveaux souscripteurs,
Les marchés, à la porte, ne font plus leur malheur.
... Ce même conseiller rappellera plus tard que l'on ne saurait accabler indéfiniment le peuple :
(...)
Alors que la finance était bonne à mater,
Vous n'avez rien fait d'autre que la réarmer.
Le bourreau s'est changé en une providence,
Prenez quelque recul, observez la séquence :
Crise de la finance, sauvetage public,
Explosion de la dette et rigueur hystérique.
Et comme d'habitude, à qui va l'addition ?
Qui doncque de la farce pour être dindon ?
Le peuple a le dos large, la chose est entendue,
Attention tout de même qu'accablé il ne rue.
Salarié, licencié, contribuable, usager,
De toutes ces façons de le faire banquer,
Il en est peut-être une qui est celle de trop.
Ce jour-là inutile de crier au complot,
À moins de penser à celui que vous armâtes
Et dont vous fîtes tout pour qu'enfin il éclate.
Enfin, sous le balcon du pouvoir, on verra le peuple en pétard, car...
(...)
La colère du peuple est comme un réservoir,
Longtemps se remplissant sans rien laisser voir,
Et puis un jour soudain vient le litre de trop
Qui fait rompre la digue et libère les eaux.
De quoi envisager un drôle de chiasme comme conclusion de cette fable ubuesque : des « merdre ! » futurs remplaceraient les futures et leurs excréments spéculatifs. Car l'histoire a ses relèves.
_____________________________
(1) À propos de l'élision à l'hémistiche, Louis Becq de Fouquières (1831-87) écrivait ce qui suit dans son Traité élémentaire de Prosodie française (1881) :
Dans l'ancienne poésie française, il était loisible au poète de placer à l'hémistiche un mot à terminaison féminine ; mais dans ce cas, la syllabe muette était surabondante et ne comptait pas.
On aurait pu dire alors :

1       2    3       4       5      6          1  2 3     4  5  6
Oui, je viens dans son temple célébrer l'éternel.
 Pour en savoir plus, cliquez sur le lien ci-dessus.

lundi 23 mai 2011

L’Alphabet français selon Angélica Liddell

Cédons la parole à une élève de français, Angélica Liddell, qui a tenu à nous illustrer sur son alphabet à la française :

A comme Argent, B comme Bande, C comme Comédie (Comédie Française), D comme Douleur, E comme Enfant, F comme France, G comme Graisse, H comme Haine, I comme Idéologie, J comme Juillet (14 juillet), K comme Karaoké, L comme Loup, M comme Méfiance, N comme Naître, O comme Ombre, P comme Piano, Q comme Question, R comme Rage, S comme Société, T comme Table, U comme Utopie, V comme Vie, W comme Wittgenstein , X, Y comme Chromosomes X, Y ; Z comme Zidane.

E comme Enfant : « Je n'ai pas connu un seul enfant qui soit devenu un bon adulte. » Et Angélica Liddell d'inviter Wittgenstein à sa table pas de noces pour que celui-ci renchérisse : « Celui qui comprend quelque chose aux cris d'un enfant, celui-là sait que des forces redoutables y sommeillent. » Voilà le ton. Dans sa dernière mise en scène, Maldito sea el hombre que confía en el hombre: un projet d'alphabétisation, (Naves del Español, Matadero Madrid, Sala 1. Les 19, 20, 21 et 22 mai 2011. XXVIII Festival de Otoño en Primavera), Angélica Liddell, « sociopathe sous contrôle », se sert comme titre d'une jérémiade bilingue d'une parfaite misanthropie. À cette égard, elle a dit quelque part : “Siento un asco profundo por todos nosotros, siento pena por la tierra, por tener que soportar esta carga de indignos” (« Je sens un profond dégoût pour nous tous, j'ai de la peine pour la Terre, pour avoir à supporter cette charge de gens indignes »).
Elle confie à son spectateur dans la brochure de cette pièce de théâtre :

“Maldito sea el hombre que confía en el hombre”. La primera vez que escuché esta cita del libro de Jeremías fue en una película de Pasolini, hace mucho tiempo. Entonces todavía me quedaban demasiados rastros de inocencia como para asumirla. Después de los últimos cuatro años esta cita se ha convertido en mi única guía. Como dice Anna Karenina, “ni el paso de los siglos podría devolverme la inocencia de entonces”, luego, ya estoy maldita.
Uno siempre se vuelve desconfiado con razón, a pedradas, a hostias, como los perros. Lo peor de todo es que uno sigue necesitando amar y ser amado, pero ya no hay opción, ya no tienes fuerzas. “Ya no espero ni deseo nada”, dice Anna Karenina. Cuando alguien te da un pedazo de pan ya no sabes comerlo. Te has olvidado de comer pan. Ahora das dentelladas a diestro y siniestro, a cualquiera que se acerque, al aire. Y sientes una profunda repugnancia por lo humano. Anna “lanzaba miradas de aversión a los que iban y venían, pues todos le parecían odiosos”. Has empezado tu propio proceso de alfabetización basado en la desconfianza.
Por azar, esta necesidad de renombrar el mundo desde el odio y la desconfianza coincidió con el aprendizaje de un nuevo idioma, la lengua francesa. De repente me vi con cuarenta y tres años, sentada en un pupitre, repitiendo las letras del alfabeto como una niña. Pero lo que de verdad deseaba era destruir el mundo. Me daba asco el mundo. Y, sin embargo, repetía "la table est à côté de la fenêtre". Yo quería aprender a decir rabia, "rage". Y aprenderlo en otro idioma aumentó el sentido de la rabia".
Esta fantasía negra (una banda de solitarios, de heridos, que se marcha a Francia para odiar el mundo), no es otra cosa que la expresión del amargo desencanto al que nos conduce la existencia, una demolición del fingimiento en que se apoyan las relaciones humanas, una extra-distancia de la vida y de sus servidumbres, un elogio de la soledad como estrategia de supervivencia frente a los estafadores de sentimientos, los sacamantecas, los depredadores.
Este trabajo es, sobre todo, una venganza contra el fraude de la vida, contra las putadas de la vida.

Donc, Jérémie 17:5. Si vous cherchez dans votre Bible traditionnelle les « Paroles de Jérémie, fils d'Hilqiyyah », vous lirez une traduction de ce type :
5 Ainsi parle l'Éternel :
Maudit soit l'homme qui se confie dans un être humain...
La nouvelle traduction en français de la Bible, publiée chez Bayard, propose ce texte:
5 Ainsi parle Yhwh :
Maudit soit qui ne s'en remet qu'à l'homme
La construction restrictive comporte l’exclusion de toute autre confiance et a donc son importance, d’autant que la suite en est :
Qui fait de sa chair sa force,
Et écarte Yhwh de son cœur.
6 Il est comme ces arbustes dans une terre aride,
Il ne verrait même pas le bien qui lui arrive.
Il demeurera dans les places desséchées du désert,
La terre de sel où rien n'habite.
7 Béni celui qui plutôt a confiance en Yhwh,
Et dont Yhwh est la confiance.
8 Il est comme l'arbre poussé dans la rivière,
Ses racines plongeant de la berge dans le courant,
Il ne craint pas les chaleurs, ses feuilles restent vertes (...)

Mais que personne ne s’affole : Liddell pèse les mots de son alphabet et R ne renvoie pas à Religion, par exemple, mais à Rage, comme on a déjà vu, tout comme D renvoie à Douleur, pas à Dieu. Elle aurait pu dire A comme Amour,... T comme Tai-chi, S comme Schubert (1), etc., mais non. Elle dit Z comme Zidane « parce qu’il ne faut jamais demander pardon à un méchant ». Et, chez elle, V comme Vie n'est même pas un hommage, mais plutôt un réquisitoire. Son dépit antihumain est l’aboutissement de trop de douleur, de bien des larmes amères, pas à mère… Il n'y a pas de répit : elle propose d’emblée un décor naïf où les arbres nus ne vont pas nous cacher la forêt, recourt à la taxidermie —ultime phase de la déprédation sportive— tout au long de son montage et puis, à la fin, exhibe les corps nus et sanguinolents de la sculpture multiple et bouleversante du salmantin Enrique Marty —des espèces de christs fusillés aux gestes expressionnistes, tétanisés, horrifiés, très Pâques ; Marty n'est jamais complaisant—. Avant d’en arriver là, elle s’était déjà demandé : « quelle atrocité nous fait sentir plus sûrs ? » Là, elle est impitoyable et irréfutable : la société humaine, les braves gens acceptent tout volontiers, y compris des crimes, le viol familial, le viol de leurs fillettes, et savent bien vivre avec, dénonciation qui nous suggère la Christiane Rochefort de La Porte du Fond, voire Elfriede Jelinek.
La pièce est farcie de discours très liddelliens contre la médiocrité petite-bourgeoise, contre toutes les feintes, tous les mensonges que tentent d'escamoter ses beaux mots. Dans son tir bien nourri d'accusations, Liddell n'oublie pas, n’épargne précisément pas ceux qui sont aussi libres... qu’ils s'affranchissent même du cerveau et du cœur. On en voit trop, tout autour, au service des vautours. Ils nous écœurent.

Concluons : revenons au début de la pièce. Angélica Liddell se sert de la voix naïve de Jeanette pour se demander Pourquoi tu vis ? :




On t'a fait un monde / Trop petit / Pour tes idées, / Pour la petite des grands yeux / Écarquillés / Sur l'infini.
Tu es prisonnière de ta maison, / De tes parents, / De cet adulte qui te dit qu'il a raison / Et qui te ment
Toi, tu es née pour la folie, pour la lumière / Pour des pays / Peuplés des rois.
Et tu te demandes dans ta nuit de prisonnière / Pourquoi tu vis et où tu vas / Pourquoi tu vis et où tu vas
Tu n'as pas d'avion, ni de bateau / Pour t'en aller. / Les illusions qui restent sont un grand radeau / Qui va couler
Et pourtant tu veux de tout ton corps, / De tout ton cœur / Briser enfin le noir et blanc de ton décor
De grandes couleurs. / Toi, tu es née pour la folie, pour la lumière / Pour des pays / Peuplés des rois.
Et tu te demandes dans ta nuit de prisonnière / Pourquoi tu vis et où tu vas / Pourquoi tu vis et où tu vas
Toi, tu es née pour la folie, pour la lumière / Pour des pays / Peuplés des rois.
Et tu te demandes dans ta nuit de prisonnière / Pourquoi tu vis et où tu vas / Toi, tu es née pour la folie, pour la lumière / Pour des pays / Peuplés des rois.
Et tu te demandes dans ta nuit de prisonnière / Pourquoi tu vis et où tu vas / Pourquoi tu vis et où tu vas

***
 (1) Schubert est le pianiste référence de la pièce, le soi-disant symbole de la beauté et de la sensibilité dans un monde atroce. On vient de publier en France la dernière correspondance et des écrits autobiographiques de Friedrich Nietzsche, un autre esprit torturé, sociopathe, mélomane et sensible aux animaux. Dans ses dernières lettres, il parlait aussi de musique et vantait Schubert, « géant qui gît dans l'herbe, joue avec des enfants et se tient lui-même pour un enfant », phrase qui renvoie facilement aux enfants et au Schubert de Liddell. (Cf. Friedrich Nietzsche : Dernières lettres. Hiver 1887-hiver 1889, traduction, présentation et notes par Yannick Souladié, Manucius, 270 p., 22 €. Écrits autobiographiques, traduction de Marc Crépon, préface et notes de Yannick Souladié, Manucius, 162 p., 13 €)
***

Texte, mise en scène, scénographie et costumes : Angélica Liddell
Sculptures : Enrique Marty
Lumière : Carlos Marqueríe
Son : Felix Magalhães
Chorégraphie de tai-chi : Angel Martín Costalago
Avec Fabián Augusto Gómez, Lola Jiménez, Angélica Liddell, Carmen Menager, Gumersindo Puche, et les acrobates Xiaoliang Cao, Jihang Guo, Sichen Hou, Haibo Liu, Changsheng Tian
Voix off : Christilla Vasserot
Production : Atra Bilis Teatro/Iaquinandi SL
Coproduction : Festival d'Avignon, Festival de Otoño en Primavera (Madrid), avec le soutien du Gouvernement régional de Madrid et de l'INAEM du Ministère de la Culture espagnol.