lundi 18 juillet 2016

Les vérités de Julian Assange

Ayant trop de chats à fouetter ces derniers temps, je n'arrive pas à trouver la pause nécessaire à l'écriture posée des articles d'un blog. Comme il m'appelle néanmoins, pour ne pas laisser d'aucuns —qui aiment trouver des contenus ici de temps à autre— sur leur faim et pour que la canicule ne nous ramollisse pas en excès, voici une entrevue avec Julian Assange, le lanceur d'alerte (Whistleblower en anglais) le plus célèbre du monde par temps de répressions féroces des libéraux contre toute sorte d'activistes, y compris M. Strawberry. Nous la devons à ARTE qui explique sur son site :
Le 11 avril dernier, une équipe du collectif d’investigation Slugnews a fait entrer les caméras d’ARTE Reportage dans l’appartement de l’Ambassade d’Équateur à Londres, où Julian Assange est confiné depuis bientôt quatre ans.
Tenue donc le 11 avril, émise le 30 avril (ARTE Reportage) et publiée sur le Réseau le 1er mai 2016, elle s'intitule Les vérités de Julian Assange. En voici la synopsis :
Depuis l’ambassade d’Équateur à Londres, où il est confiné depuis bientôt quatre ans, le cyber-activiste Julian Assange se confie.
Le 11 avril dernier, une équipe du collectif d’investigation Slugnews a fait entrer les caméras d’ARTE Reportage dans l’appartement de l’Ambassade d’Équateur à Londres, où Julian Assange est confiné depuis bientôt quatre ans.
Dans ce face à face rare, Julian Assange revient sur ce jour de Juin 2015 où Wikileaks a révélé l’espionnage des présidents français et allemands par les grandes oreilles américaines.
Face caméra, il révèle que les services de renseignements français ne l’ont jamais contacté, ni lui, ni Wikileaks pour en savoir plus. Il ajoute : « La France n’est pas capable de protéger sa souveraineté vis à vis des Américains. »
Le cyber-activiste aborde également plusieurs sujets qui font la Une de l’actualité : l’après 13 novembre 2015 en France, la création de l’organisation Etat Islamique en Irak ainsi que les Panama Papers, révélés par le consortium international de journalistes ICIJ.
Sous le coup d’un mandat d’arrêt de la justice suédoise, le co-fondateur du site Wikileaks craint surtout d’être extradé vers les Etats-Unis, où il serait jugé pour avoir publié en ligne des milliers de documents secrets de l’armée et de la diplomatie américaine.

De Marina Ladous et Etienne Huver  – ARTE GEIE / Slug News  - France 2016, ARTE



BlueMan a présenté cet entretien, avec d'autres apports, sur son site et sur AGORAVOX.


jeudi 16 juin 2016

Collon sur les mensonges, la propagande de guerre et la Syrie

Voici une entrevue, produite par Thinkerview, où l'on interroge l'écrivain et journaliste indépendant belge Michel Collon. Réalisée le 16 février 2016, elle a pour titre Propagande de Guerre, festival de médias mensonges et complot ? et elle aborde les sujets que je détaille un peu plus bas.

Collon a déjà été cité ici (Notre émotion ne devrait pas borner notre réflexion) et là (¡No es una crisis!). Comme il pense que nous sommes tous des journalistes et que l'information n'est pas un luxe, mais un droit, il a fondé en 2004 le collectif Investig'Action qui...
(...) regroupe des journalistes, des écrivains, des vidéastes, des traducteurs, des graphistes et toute une série d’autres personnes qui travaillent au développement de l’info alternative. Parce qu’on ne peut laisser des médias dominés par la logique marchande monopoliser l’information sur les guerres, l’économie et les rapports Nord-Sud, Investig’Action milite pour donner la parole aux sans-voix. [En savoir plus]

Propagande de Guerre, festival de médias mensonges et complot ?

Liste chronologique des sujets abordés :

01:33 - Guerre d'Irak
01:56 - Manipulation des médias
04:33 - Guerre Yougoslavie
06:47 - Carl Von Clausewitz
09:30 - L'affaire du golfe du Tonkin
10:39 - Opération Northwoods
13:16 - Kadhafi
13:54 - Syrie
16:09 - Anthrax / Propagande de guerre
19:04 - France / Propagande de guerre
25:07 - Propagande médias/journalistes
30:21 - Bataclan / 13 Novembre
34:01 - Terrorisme 30 prochaines années
37:21 - Réseau Gladio
40:12 - Théories du complot
45:23 - Général Wesley Clark
50:09 - Guerre dans les prochaines années ?
56:21 - Conseils pour les jeunes générations
Michel Collon a déjà expliqué à plusieurs reprises quels sont, selon lui, les cinq principes de la propagande de guerre. Par exemple, en septembre 2013, dans ce débat sur la Syrie (Intervenir en Syrie ?) tenu dans l'émission Ce soir (ou jamais !) sur France 2 :



Collon rappelle qu'en 1917, le premier ministre Lloyd George déclara: « Si les gens savaient la vérité, la guerre s’arrêterait demain. Mais bien sûr ils ne savent pas et ne doivent pas savoir. »
PRINCIPES DE LA PROPAGANDE DE GUERRE

1. Cacher les vrais intérêts
2. Cacher l’Histoire
3. Diaboliser l’adversaire
4. Se présenter comme des défenseurs des victimes
5. Monopoliser le débat et empêcher les opinions adverses
En ce qui concerne l'allusion à Roland Dumas et la Syrie (cf. 1' 45''), on peut écouter deux explications de Dumas lui-même, une première en longueur, une seconde plus courte, dont voici l'extrait vidéo :

mercredi 8 juin 2016

Wer bezahlt diese Spesen?

Marrant, positivement marrant. C'est justement la presse poppérienne qui fait le plus fi de la réfutabilité et de son corollaire journalistique : si un titre est réfuté, il cesse d'être valide. Et l'analyse la plus élémentaire invalide constamment leurs titres, des falsifications au sens large.
La presse, de presser, "au sens de tourmenter", dit Le Robert ; du latin pressō, ās, āre, fréquentatif de prĕmō, ĭs, ĕre ; ubera pressare serait presser le pis, traire, nous rappelle Félix Gaffiot. Et pour presser le pis, on hâte le pis et on trahit.
J'y pensais ce matin lorsqu'un bon ami m'envoya, ahuri, un titre aussi exorbitant et exubérant que le chiffre auquel il faisait référence. Il est encore lisible en ligne et en papier :

Una operación urbanística fallida de Arpegio le cuesta a Cifuentes 42 millones

El Pais, Madrid
Arpegio est une entreprise publique de la Communauté de Madrid, région dont la présidente est Mme Cifuentes. Cette société, "spécialisée dans le développement de projets urbanistiques et l'exploitation d'équipements et d'infrastructures", a été mise en examen dans le cadre des enquêtes de l'Opération Púnica...
Une affaire de marchés publics truqués implique de nombreux élus locaux dont l’ex-secrétaire général du PP à Madrid, Francisco Granados. L’« opération Punica » a conduit à l’interpellation d’une cinquantaine de personnes, parmi lesquelles nombre de responsables du PP, à Madrid et dans plusieurs mairies et régions autonomes. Ils auraient perçu des pots-de-vin en échange de l’attribution de contrats d’une valeur d’environ 250 millions d’euros. (Source : Le Monde,  • Mis à jour le )
Voyons, cet arpège sonne faux... "Le cuesta a Cifuentes" ? Est-ce la tournée de la patronne ? Qui paie ces frais ? Quousque tandem abutere, pressa, patientia nostra ? Wer bezahlt diese Spesen? Ainsi tant de chroniques, maladie chronique. So viele Berichte... Bertold Brecht dixit.

Bertolt Brecht : Fragen eines lesenden Arbeiters

Wer baute das siebentorige Theben?
In den Büchern stehen die Namen von Königen.
Haben die Könige die Felsbrocken herbeigeschleppt?
Und das mehrmals zerstörte Babylon
Wer baute es so viele Male auf? In welchen Häusern
Des goldstrahlenden Lima wohnten die Bauleute?
Wohin gingen an dem Abend, wo die Chinesische Mauer fertig war
Die Maurer? Das große Rom
Ist voll von Triumphbögen. Wer errichtete sie? Über wen
Triumphierten die Cäsaren? Hatte das vielbesungene Byzanz
Nur Paläste für seine Bewohner? Selbst in dem sagenhaften Atlantis
Brüllten in der Nacht, wo das Meer es verschlang
Die Ersaufenden nach ihren Sklaven.

Der junge Alexander eroberte Indien.
Er allein?
Cäsar schlug die Gallier.
Hatte er nicht wenigstens einen Koch bei sich?
Philipp von Spanien weinte, als seine Flotte
Untergegangen war. Weinte sonst niemand?
Friedrich der Zweite siegte im Siebenjährigen Krieg. Wer
Siegte außer ihm?

Jede Seite ein Sieg.
Wer kochte den Siegesschmaus?
Alle zehn Jahre ein großer Mann.
Wer bezahlte die Spesen?

So viele Berichte.
So viele Fragen. 
__________________________
Questions que pose un ouvrier qui lit
Qui a construit Thèbes aux sept portes ?
Dans les livres, on donne les noms des Rois.
Les Rois ont-ils traîné les blocs de pierre ?
Babylone, plusieurs fois détruite,
Qui tant de fois l’a reconstruite ? Dans quelles maisons
De Lima la dorée logèrent les ouvriers du bâtiment ?
Quand la Muraille de Chine fut terminée,
Où allèrent, ce soir-là les maçons ? Rome la grande
Est pleine d’arcs de triomphe. Qui les érigea ? De qui
Les Césars ont-ils triomphé ? Byzance la tant chantée.
N’avait-elle que des palais
Pour les habitants ? Même en la légendaire Atlantide
Hurlant dans cette nuit où la mer l’engloutit,
Ceux qui se noyaient voulaient leurs esclaves.
Le jeune Alexandre conquit les Indes.
Tout seul ?
César vainquit les Gaulois.
N’avait-il pas à ses côtés au moins un cuisinier ?
Quand sa flotte fut coulée, Philippe d’Espagne
Pleura. Personne d’autre ne pleurait ?
Frédéric II gagna la Guerre de sept ans.
Qui, à part lui, était gagnant ?
À chaque page une victoire.
Qui cuisinait les festins ?
Tous les dix ans un grand homme.
Les frais, qui les payait ?
Autant de récits,
Autant de questions.

Bertolt Brecht, traduction de Maurice Regnaut 

lundi 6 juin 2016

Libérer : la langue du pouvoir et le pouvoir de la langue

Le voyage de l'école devait nous emmener cette année en Normandie. Et on le fit, mais toujours sous le parfum des grèves et manifestations contre la loi Travail. C'était prévisible et émouvant.
Déjà, il fallut improviser pour y arriver car notre vol à Beauvais fut annulé une demie journée avant notre départ. Finalement, notre déplacement se fit en car.

Puis, ce serait au Havre qu'on aurait une idée plus précise de la contestation. Au Havre, fief de la lutte où, un peu plus tard, le 2 juin, celle-ci continuait...
"Une loi scélérate, une loi qui est une trahison du socialisme, une loi qui est une trahison des espoirs des salariés" a martelé Gérard Filoche en direct sur France 3 avant d'entrer dans une salle pleine à craquer pour rejoindre ceux qui, comme lui, ont affirmé et défendu à la tribune que "cela ne peut se terminer que par le retrait" :  François Ruffin (réalisateur du film "Merci Patron !" et fondateur du journal Fakir)  Isabelle Attard, Serge Halimi et Miguel Urbán (cofondateur du mouvement espagnol Podemos).
Le samedi 21 mai, quant on arrivait au Havre, j'écrivais dans mon bloc-notes :

10:00. À la radio, Valls débitait encore sa rengaine de la veille : « La loi Travail ira jusqu’au bout ». Après le radeau bleu du Stade Océane, l’inquiétude : on bougeait pas, on était tombés sur un grand bouchon juste à l’entrée du Havre. Blocage ? Non… on apprendrait vingt minutes plus tard qu’il s’agissait d’une longue queue de voitures qui attendait pour pomper de l’essence dans une station-service.
À gauche, on vérifiait que les docks étaient devenus des centres commerciaux. On les verrait plus tard de plus près. 
Lecture entretemps d'une info sur les bombardements de septembre 1944. La bataille de Normandie étant conclue, et Paris libérée, Le Havre fut pilonnée par les alliés alors que les défenseurs allemands dynamitaient les installations portuaires...

Puis, déjà en ville  :

La résistance contre la loi Travail était partout visible. Par terre, je lus sur le goudron une citation de Pierre Bottero, un écrivain de littérature adolescente mort prématurément : 

« ELLE T’OFFRIRA EN
REVANCHE UN TRÉSOR QUE
LES HOMMES ONT OUBLIÉ :
LA LIBERTÉ. »
PIERRE BOTTERO

                                                                                      LOI TRAVAIL NON MERCI


Ensuite, Boulevard Clémenceau, à la hauteur à peu près de l’église St-Joseph, on aperçut une longue file d’attente de bagnoles assoiffées devant la station de service de Total, peu avant le Musée d’Art Moderne André Malraux.  





Finalement, à la sortie de la ville...

Le chauffeur du car [nos amitiés, Jean-Marie] prit par les docks et la Route Industrielle. L’idée était de quitter la ville tout en contemplant la zone portuaire qui nous intéressait. D’ailleurs, on savait que les travailleurs portuaires et dockers menaient une longue lutte contre Hollande-Valls, depuis deux mois au moins. Le port, les docks du Havre accueillent bon nombre de grands porte-conteneurs, de pétroliers ainsi que des paquebots de croisière qui y font une escale. Son terminal pétrolier reçoit en principe 40 % des importations françaises de pétrole brut. 

Charme en brique nickel des Docks Vauban. Ils survécurent aux bombardements alliés et à la dynamite allemande, et furent retapés par l’architecte Bernard Reichen et transformés en centre commercial et de loisirs où règnent les heureuses marques de l’itérative mondialisation. 

On quitte vite fait la municipalité du Havre ; nous parcourûmes ensuite la zone industrielle de Gonfreville-l’Orcher où Total dispose de sa plus grande plateforme de raffinage-pétrochimie en France. Sa capacité annuelle de transformation de pétrole brut est de 12 millions de tonnes, selon le site de la compagnie. 

À 12 :35, on commença à voir sur l’autoroute les effets des blocages d’une résistance tout feu tout flammes, logique choix stratétique, concrètement avant d’arriver au panneau signalant la sortie vers le Port 4150-4400.



À 12 :38, depuis le car, Route Industrielle, nous vîmes à une centaine de mètres, à son accès, ce qui semblait un calme piquet de grève. Sur une pancarte, on parvenait à lire : « La CGT Total de Normandie, pour un syndicalisme de conquêtes sociales ».



Jean-Marie devait de temps à autre se frayer un passage à travers des carrefours et des ronds-points où les traces de barrages de pneus brûlés étaient nombreuses, bien visibles, toutes fraîches. Les voyageurs se rappelèrent sournois l’incendie intentionnel et toujours actif de l’immense décharge illégale de pneus de Seseña, en Espagne. Les hautes températures de ces barricades en feu avaient troué et défiguré le bitume. Le car cahotait dessus. 


[De retour à Madrid, le 25 mai, tard dans la nuit, je lirais un article signé par Natalie Castetz pour Libération dont voici cet extrait :
Pneus, palettes, arbres déracinés ont brûlé sur les routes donnant accès à la zone industrialo-portuaire qui compte plus de 30 000 salariés. Les barrages ont ralenti les flux de marchandises et perturbé la circulation des salariés, mais le mouvement a pris une autre ampleur avec l’annonce, vendredi, de l’arrêt de la plus grosse raffinerie de France. Pour le retrait de la loi travail, les syndicats CGT et FO de la raffinerie Total de Gonfreville-l’Orcher, 1 700 salariés, ont voté l’arrêt de la production.]
Le dernier rond-point de la Route Industrielle était coupé par des barrières métalliques. Jean-Marie dut tourner à droite, s’engager dans le sens contraire à notre marche sur la Route de la Plaine, faire 360º au rond-point qu’il y a à la hauteur de DHL pour revenir en arrière et sauver ainsi ledit rond-point bloqué.




De retour à Madrid de ce voyage en Normandie, je lance une recherche sur internet et je saisis trois mots : Valls, libère, raffineries.
Je me livre souvent à ce genre d'exercices car les résultats sont autrement époustouflants. Il est drôle de voir à quel point la presse libre et plurielle remplit constamment la fonction de passeuse de notes gouvernementales et/ou patronales, ce qui revient au même, surtout quand Valls déclare depuis Jérusalem, imprégné d'un sadisme extra. C'est-à-dire : les tyrans libèrent et la presse, toujours dépendante, soutient leur campagne. Sauf lorsque la priorité revient à un parti pris en rapport aux querelles des familles intrasystémiques : c'est là qu'on s'amuse le plus.
Et Google de vomir aussitôt bon nombre de résultats libertaires :

Carburant: Manuel Valls «très déterminé» à ce qu'il n'y ait aucune ...

www.lefigaro.fr/.../20002-20160522ARTFIG00041-la-cgt-appell... - Traducir esta página
22 may. 2016 - Ce Dimanche, quatre des huit raffineries étaient encore bloquées, ainsi ... Les forces de l'ordre libèrent deux nouveaux dépôts de carburant ...

Raffineries bloquées. Valls assure que d'autres sites seront libérés

www.ouest-france.fr › ... › Transports › Pénurie de carburant
24 may. 2016 - Manuel Valls a promis que « d'autres sites (de raffinerie) seront libérés ... Le dépôt de Fos libéréLa raffinerie Esso et le dépôt de carburants de ...

Raffineries bloquées : "D'autres sites seront libérés" selon Valls

www.midilibre.fr/.../toutes-les-raffineries-francaises-paralysees-sel... - Traducir esta página
24 may. 2016 - Manuel Valls a réaffirmé mardi qu'il n'y aurait "pas de retrait" du projet de loi travail, et a promis que "d'autres sites (de raffinerie) seraient ...

Blocage des raffineries : "Nous continuerons à évacuer les sites ...

www.sudouest.fr/.../blocage-des-raffineries-nous-continuerons-a-e... - Traducir esta página
24 may. 2016 - Face au blocage des raffineries et des dépôts de carburant, Manuel Valls ... "A Fos-sur-Mer, le site a été libéré, tous les accès ont été dégagés.

christophe on Twitter: "Manuel Valls libère les raffineries.. (ce qui est ...

https://twitter.com/cricrib/status/735021085310214144
24 may. 2016 - Follow Following Unfollow Blocked Unblock Pending Cancel. christophe @cricriB May 24. Manuel Valls libère les raffineries.. (ce qui est bien ...

Valls envoie les CRS débloquer les raffineries, bientôt l'armée ?

www.economiematin.fr/news-loi-travail-blocage-CRS-police-raffi...
Valls envoie les CRS débloquer les raffineries, la grève se généralise ! par Paolo Garoscio ... Fos-sur-Mer libérée, le port du Havre en grève. Si, Manu(el) ...

Pénurie de carburant : 25 navires affectés par le blocage des ...

www.francetvinfo.fr › ... › Transports › Pénurie de carburants - Traducir esta página
24 may. 2016 - Plus tôt, Manuel Valls avait affirmé que "d'autres sites [seraient] libérés" ... Un salarié de la raffinerie de Donges participe à un blocage pour .... 15h13 : "Nous respecterons toujours la liberté syndicale, la liberté de manifester (.

Statuts de la liberté - Le Monde

www.lemonde.fr/.../statuts-de-la-liberte_4931061_4500055.html - Traducir esta página
hace 2 días - Valls assure que d'autres sites seront libérés » (Ouest-France). ... Et là, il met le feu, Manuel, avec son « libérer » les raffineries et les dépôts ...

Le déblocage par la force des raffineries en grève est-il légal ...

https://nuitdebout.fr/.../le-deblocage-par-la-force-des-raffineries-e...
25 may. 2016 - Le déblocage par la force des raffineries en grève est-il légal ? ... lorsque les forces de l'ordre ont libéré les accès à la raffinerie et aux dépôts ... De son côté, Manuel Valls a promis : « Nous continuerons à évacuer les sites (…) ...
Et ce n'était que la première page des résultats, il y en avait d'autres dont on reparlera illico.

Pour aller un peu plus loin, je clique sur le lien du Monde, qui nous renvoie à un article de Lucien Jedwab intitulé Statuts de la liberté et publié par le magazine du Monde. Son début confirme nos soupçons :
« Raffineries bloquées. Valls assure que d’autres sites seront libérés » (Ouest-France). « Tous les sites seront libérés. Encore ce matin, le site de Fos-sur-Mer a été libéré, tous les accès ont été dégagés par les forces de l’ordre » (Manuel Valls, sur Europe 1). « L’Etat fera ce qui est nécessaire pour libérer un certain nombre de ces raffineries, pour assurer l’approvisionnement des Français » (Stéphane Le Foll, sur France Info, déclaration rapportée par Le Parisien). « Onze dépôts ont été libérés » (le même, après le conseil des ministres). Le choix des mots…
Le Figaro, Économie Matin, Le JDD, Ouest-France,... Un blog de L'Obs analyse et met en perspective... J'en profite pour vérifier que le gouvernement libère même les prix, comme on pouvait s'en douter. Ou qu'en Belgique, 7sur7 titre également :
Le port pétrolier de Wandre a été libéré.
Mais ce qui est vraiment sidérant, c'est que Mathias Jeanne, délégué de la CGT (Confédération générale des travailleurs) du terminal pétrolier de la Compagnie industrielle maritime (CIM) havraise et participant aux grèves, reprend, selon RFI, le participe du verbe libérer à l'égard du carburéacteur repris par la police. Et que le site de la Nuit Débout relaie tranquillement ce vocabulaire, le 25 mai, comme si de rien n'était ; après une introduction qui pose une question...
Mardi, des militants CGT opposés à la loi Travail ont été dégagés par les forces de l’ordre des accès à la raffinerie de Fos-sur-Mer, qu’ils occupaient depuis la veille. Ce mercredi 25 mai, ce sont les accès au dépôt de Douchy-les-Mines qui ont été débloqués. Ces « déblocages » par la force sont-ils légaux, alors que les employés usent légitimement de leur droit de grève ? (...)
... , voici la suite de ce texte :
« On utilisera tous les moyens au service d’une démocratie pour qu’il n’y ait pas de pénurie » . En faisant cette déclaration, le ministre Michel Sapin avait sous-entendu que le gouvernement aurait recours à la force pour mettre fin au blocage des raffineries. De fait, c’est ce qu’il s’est passé ce mardi matin, aux environ de 4 heures, à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), lorsque les forces de l’ordre ont libéré les accès à la raffinerie et aux dépôts de carburants bloqués depuis lundi par des militants de la CGT. « Débloquer les raffineries, c’est illégal, a réagi  le secrétaire général du syndicat, Philippe Martinez. Monsieur Sarkozy a essayé en 2010, il a été condamné par l’OIT pour non respect du droit de grève dans les raffineries« . De son côté, Manuel Valls a promis : « Nous continuerons à évacuer les sites (…) qui sont aujourd’hui bloqués par cette organisation » . Alors, qui a raison ? 
Le rouge est de mon cru : j'ai tenu à ce que le texte rougisse là où il fait singulièrement mal.
Car Victor Klemperer, sous la botte nazie, abasourdi, consterné que les Juifs allemands puissent réemployer la lingua tertii imperii (LTI), la langue de leurs oppresseurs, nous avait bel et bien prévenus : la victime doit éviter le langage du vainqueur.

samedi 23 avril 2016

Nada contre la vacuité et la novlangue des chiens de garde

Qu'est-ce que Nada-info.fr ? Ce n'est pas rien... Dans la lignée de l'observatoire des médias ACRIMED, par exemple, un groupe d'activistes intelligents, informés et sensibles ont pris la décision d'autoproduire des documentaires et de les mettre en ligne pour contrecarrer cette narrative triomphante des chiens de garde attitrés qui nous assomme, nous écœure et nous fait tour à tour râler ou nous esclaffer —tellement c'est con— à longueur de journée, sur les média dominants, c'est-à-dire, sur presque tous les journaux, toutes les toiles, tous les écrans, toutes les radios...
Voici le Qui sommes-nous ? de Nada-info :
Depuis des décennies, des mouvements sociaux luttent contre la violence des politiques capitalistes et leur dociles auxiliaires : les médias serviles. Les chiens de garde aboient lorsque les salariés protestent, mordent lorsque la contestation descend dans la rue.
Mais, face à la meute, nous pouvons nous battre.
NADA est une association de loi 1901 qui a pour but d’auto-produire une information alternative à cette propagande parée de neutralité et d’objectivité. Pour mener à bien son projet, tout en assurant son équilibre et son autonomie, NADA recherche des moyens financiers et développe un système de financement participatif par le pré-achat de ses productions.


Nos membres sont :

Marianne Khalili Roméo, programmatrice cinéma, présidente de Nada, Gianni Cappelletti, enseignant en arts appliqués, vice-président, Patrick Caspar, expert-comptable, trésorier.
Gilles Balbastre, réalisateur, David Costenaro, monteur, Samuel Desmoulin, enseignant en histoire et géographie, Clotilde Dozier, enseignante en lettres modernes, Philippe Fabbri, ingénieur du son, Jean Gadrey, universitaire, Alain Goguey, journaliste, David Jean-Louis, programmeur, Georges Tillard, chef opérateur images et monteur.
Le 13 mars 2014, les membres de Nada-info ont inauguré leur série Épandage médiatique avec un documentaire court et génial qui se posait une question très simple : Faut-il avoir peur des médias ?
Ils en sont aujourd'hui aux quatorzième et quinzième vidéos de cette série. Elles ont pour titre « Les temps modernes (1⁄2) et (2/2) », car ils viennent de nous servir en deux volets un entretien réunissant, le 17 mars 2016, le réalisateur Gilles Balbastre et l'économiste et philosophe Frédéric Lordon. Méthode : ils visionnent des séquences extraites des télévisions et ils les commentent joignant le geste à la parole ; c'est ainsi qu'ils discutent à propos de la loi El Khomri, du travail et du salariat.

Voici la première partie, postée le 6 avril, où l'on analyse les représentations des riches, des pauvres et du travail dans les médias et comment on ne montre vraiment pas l'inégalité politique du rapport salarial en tant qu'il est un rapport de domination et de chantage (Le capitalisme prend en otage nos vies mêmes, ni plus ni moins, et la loi « travail » d'El Khomri y est pour renforcer ce partenariat, pour travailler à cœur ce rapport de domination, ce rapport de force qui ne cesse de basculer en faveur du capital). Le système organise l'invisibilité de ses tares.
Mais tout le monde n'en est pas dupe, il y a un nombre non négligeable de réfractaires. Il y en a, par exemple, qui pensent qu'on vaut mieux que ça... Qu'ils prolongent leurs réflexions car « Le capitalisme est une puissance qui avancera jusqu'à ce qu'elle rencontre une puissance de même intensité et de sens contraire ».



Suite de cet entretien avec Frédéric Lordon, voici le deuxième volet de ce documentaire posté le 14 avril 2016. Où il est question de certains expressions totems du moderne et très ancien (oxymore inévitable) régime en place : modernité, agilité (face à rigidité), flexibilité/souplesse, adaptabilité, déréglementation, réalisme, pragmatisme, y'a-plus-d'idées-à-gauche…, stéréotypie lexicale —lourde de fausseté— avec laquelle nous matraquent sans relâche les représentants du système de la dépossession qui nous gouverne et qu'il est urgent de démasquer. Bon moment pour découvrir l'essai de Sébastien Fontenelle (1) Les Briseurs de tabous (Éd. La Découverte, Coll. Cahiers Libres, octobre 2012)

Bon moment aussi pour apprendre ce qu'est le retournement du stigmate, voire la paradiastole, car les mâchoires en effet se décrochent à entendre des paléolibéraux se targuer de modernité, des fanatiques nous taxer de radicaux ou des accapareurs des grands médias —qui privent le reste de l'humanité de s'y exprimer— nous débiter que nous n'avons rien à proposer. Il faut commencer à dire ce que nous voulons, donc à vraiment y réfléchir. Pensons-y...




P.-S. — Voici deux liens en rapport avec certaines remarques précédentes : il faut se méfier des mots et il faut se rebiffer contre cette race de menteurs qui ont recours, entre autres, à une langue interlope, constituée notamment de grands mots et d'oxymores, qui nous accable et parvient à leurrer tant d'esprits, affreuse arnaque.
____________________________________
(1) Journaliste, Fontenelle a également publié Les Éditocrates. Ou comment parler de (presque) tout en racontant (vraiment) n'importe quoi (en collaboration avec Olivier Cyran, Mona Chollet et Mathias Reymond, La Découverte, 2009) et Vive la crise ! ou l'art de répéter (inlassablement) dans les médias qu'il est urgent de réformer (enfin) ce pays de feignants et d'assistés qui vit (vraiment) au-dessus de ses moyens (Seuil, 2012).
Dans la vidéo ci-dessous, il s'explique à propos de son ouvrage Les briseurs de tabous. Intellectuels et journalistes anticonformistes au service de l'ordre dominant (éditions La Découverte, octobre, 2012), où il dénonce les jérémiades de ces rois omniprésents et omniscients de la com qui se font passer pour de pauvres victimes muselées —alors qu'ils savent très bien que les bâillons concernent d'autres, dis-je. Fontenelle sait qu'« on invente des tabous pour mieux les briser ».
Par ailleurs, le sarcasme de l'adjectif "anticonformistes" me rappelle illico l'expression utilisée pour de bon —devant une audience insurgée d'anciens présidents (Felipe González, José María Aznar, Álvaro Uribe, Sebastián Piñera !), banquiers, PDG et autres ouragans d'insoumission— par Álvaro Vargas à l'égard de son père Mario Vargas Llosa : il eut l'insurmontable toupet de l'appeler "un terremoto de la disidencia" (une secousse, un séisme de la dissidence) !!!!

vendredi 15 avril 2016

Mesdames&Messieurs, sur la lutte des femmes pour l'égalité des droits

Le site Francetvéducation a mis en ligne Mesdames&Messieurs, un webdocumentaire réalisé par Valérie Ganne, conçu par elle et par Virginie Berthemet, produit par Félicie Roblin.
Sur la page d'accueil du film, on nous précise sa nature ; il s'agirait d'un mouvement vers l'égalité raconté en images et décrypté sur quatre générations (dont les points de départ seraient les années : 1940 - 1960 - 1980 - 2000).
Cinq sont les axes de l'analyse ; autant de portes ou boutons sur lesquels cliquer pour accéder aux contenus : vie intime, vie publique, vie professionnelle, vie familiale, vie à l'école. Chaque rubrique propose ensuite une chronologie de faits marquants illustrés souvent par des vidéos ou des audios. Voici la présentation textuelle de ces cinq thèmes :

Vie intime : « Liberté sexuelle, contrôle des naissances, mobilisation contre les violences faites aux femmes : y'a du boulot ! »
Vie publique :  « Dans la politique, les arts ou les médias, les femmes prennent leur place... »
Vie professionnelle :  « En 70 ans, toutes les professions, même les plus masculines, s'ouvrent aux femmes. Mais le plafond de verre reste solide (1). »
Vie familiale :  « Transformée, recomposée, la famille change et pas seulement dans le partage des tâches ménagères. »
Vie à l'école :  « Les classes deviennent mixtes, l'éducation sexuelle arrive en cours de biologie, les grandes écoles s'ouvrent aux filles, qui s'aventurent dans les filières scientifiques. »


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(1) Dommage, il est difficile, paraît-il, de penser la réalité sans avoir recours aux calques ou reproductions directes de l'anglais, la langue de l'empire, la langue de toutes les dominations qui comptent pour de bon aujourd'hui. L'expression « plafond de verre » est la traduction littérale de glass ceiling, donc un emprunt métaphorique de l'anglais étasunien, voire wallstreetien. Elle désigne les « freins invisibles » à la promotion des femmes dans les structures hiérarchiques. Profitons-en pour rappeler que nous voulons les femmes partout et à côté de nous (masculin), et que nous ne souhaitons personne sur nous (inclusif, épicène), ni homme ni femme. La hiérarchie est une sorte de verticalité qui fout encore plus le vertige que toutes les autres. Elle comporte toujours une subordination et des supérieurs, bref une inégalité foncière et insupportable.

dimanche 10 avril 2016

Douze heures aux Halles parisiennes en 1952

C'étaient les vacances de Noël de 1979 et mon premier voyage à Paris. C'est alors que j'aperçus pour la première fois les Halles, ou plutôt la surface, le toit du complexe Forum des Halles-Gare RER-D'autres loisirs (avant de visiter leurs tripes), ce monstre cruel de laideur prétentieuse et dépourvu de sens ou de vie sur l'espace qu'occupèrent jadis les Halles centrales de Paris (1). Disons que le transfert de cet énorme marché de grossistes vers Rungis et La Villette eut lieu entre le 27 février et le 1er mars 1969. Georges Pompidou (1911-74) ordonna la destruction des vieilles Halles, ce qui fut fait entre 1971 et 1973 après beaucoup de critiques et bon nombre de manifestations (2).
Le hasard a voulu que j'en aie parlé jeudi et aujourd'hui avec plusieurs personnes pour des raisons différentes. Voilà pourquoi je me suis tourné vers la vidéo que j'insère un peu plus bas, fournie par l'INA, qui nous permet de (re)voir cet espace en 1952. C'était encore le très zolien ventre de Paris (3)...

En tout cas, ce reportage fut émis le 3 janvier 1952. À minuit commençait à arriver une armada de milliers de camions et se déclenchait une activité frénétique. À quatre heures, deux mondes complémentaires coïncidaient fatalement (suivant les règles inéluctables de leurs rôles) : l'infanterie marchande des Halles et les noceurs noctambules, issus notamment de la classe de loisir, Veblen dixit, selon ce témoignage. En 1968, soit dit en passant, Jacques Dutronc et Jacques Lanzmann, inspirés de la chanson Tableau de Paris à cinq heures du matin (1802), de Marc-Antoine-Madeleine Désaugiers, évoqueraient cette brève convergence matinale de travailleurs et de fêtards quand il est cinq heures et que Paris s'éveille...
Avant l'aube [s'animait] tout le peuple des manutentionnaires avec leurs diables... Que personne ne s'affole : les diables sont de petits chariots à deux roues servant à transporter caisses, sacs et autres lourdeurs exigées par toute intendance. Puis se donnaient rendez-vous les différents acteurs et actrices de la course à la nourriture —au total, à l'époque, 30 000 tonnes de marchandises dont Paris se nourrissait tout un jour— : troupiers, petites sœurs, ménagères... jusqu'à l'arrivée du service de nettoiement afin que tout fût net à midi.



L'INA nous rappelle :
Après 5 ans de travaux, Anne Hidalgo a inauguré cette semaine la Canopée du Forum des Halles, un espace de 6 000 m2 de commerces. À quoi ressemblait le "ventre de Paris" en 1952 ? De minuit à midi, immersion dans ce quartier disparu.
Pour ceux qui en veulent plus, voici Je me souviens des Halles (1971), un documentaire "qui retrace l'histoire du quartier des Halles à Paris des origines jusqu'à la destruction des célèbres pavillons de Baltard" :




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(1) Sur le site urbain-trop-urbain.fr, sous la rubrique "Le Paris des Situationnistes", on peut lire :
(...) Dans son Essai de description psychogéographique des Halles, publié dans L’Internationale Situationniste de 1958, Abdelhafid Khatib défend les Halles Centrales en tant que « plaque tournante » des unités d’ambiance du Paris populaire, et dont on pourrait tirer modèle pour un « urbanisme mouvant » au service de « l’éducation ludique des travailleurs », qui édifierait « des labyrinthes perpétuellement changeants à l’aide d’objets plus adéquats que les cageots de fruits et légumes qui sont la matière des seules barricades d’aujourd’hui ».
(2) Libération propose une histoire du réaménagement des Halles parisiennes. On y lit à propos du projet de démolition des pavillons Baltard :
(...) Une partie de la presse s’engage pour défendre les pavillons, comme d’éminents critiques d’architecture tels qu’André Chastel ou André Fermigier. Mais l’époque n’est décidément pas à la préservation de l’architecture du XIXe siècle. Et pas non plus à la concertation. Rien ne fait plier le pouvoir : en 1971, les démolitions commencent. Elles s’achèvent deux ans plus tard. 
 (3) "Le Ventre de Paris" est un roman d'Émile Zola, troisième volet de la vingtaine qui constitue sa monumentale série des Rougon-Macquart, ensemble qui se voulait une Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire, ou une personnification de cette époque, selon Zola lui-même. Le ventre... présente un jeune républicain, Florent ; arrêté lors du coup d’État du féroce Louis-Napoléon Bonaparte en 1851, Florent s’évade après sept ans de bagne et, arrivé à Paris, il a du mal à reconnaître le vieux quartier médiéval des Halles, transformé par ordre du baron Haussmann —disons que ce furent Victor Baltard et Félix-Emmanuel Callet qui réaménagèrent les Halles à partir d'un projet qui avait été lancé par Rambouteau, préfet de la Seine (1833-1848) sous Louis-Philippe. Mais on sait bien que tout réaménagement peut en cacher un autre encore plus "moderne".
Voici le début du roman :
Au milieu du grand silence, et dans le désert de l’avenue, les voitures de maraîchers montaient vers Paris, avec les cahots rythmés de leurs roues, dont les échos battaient les façades des maisons, endormies aux deux bords, derrière les lignes confuses des ormes. Un tombereau de choux et un tombereau de pois, au pont de Neuilly, s’étaient joints aux huit voitures de navets et de carottes qui descendaient de Nanterre ; et les chevaux allaient tout seuls, la tête basse, de leur allure continue et paresseuse, que la montée ralentissait encore. En haut, sur la charge des légumes, allongés à plat ventre, couverts de leur limousine à petites raies noires et grises, les charretiers sommeillaient, les guides aux poignets. Un bec de gaz, au sortir d’une nappe d’ombre, éclairait les clous d’un soulier, la manche bleue d’une blouse, le bout d’une casquette, entrevus dans cette floraison énorme des bouquets rouges des carottes, des bouquets blancs des navets, des verdures débordantes des pois et des choux. Et, sur la route, sur les routes voisines, en avant et en arrière, des ronflements lointains de charrois annonçaient des convois pareils, tout un arrivage traversant les ténèbres et le gros sommeil de deux heures du matin, berçant la ville noire du bruit de cette nourriture qui passait. (...)

lundi 4 avril 2016

La Nuit Debout

En France, après Toujours debout, "résurrection" de Renaud (qui aime Fillon à la zombie), il y en a qui ont proclamé, après Pâques, la NUIT DEBOUT, et pas exactement pour dormir debout, mais pour contrer des khomries qui ne tiennent pas debout. Serait-ce une résurrection à l'envergure d'une insurrection ? « Apportons-leur la catastrophe » (καταστροφή : bouleversement, renversement, retournement...), Lordon dixit...
Voici ce qu'en racontent les sites de Là-bas, si j'y suis et de Reporterre :

La Nuit Debout à Paris, place de la République

Frédéric LORDON : « Il est possible qu’on soit en train de faire quelque chose »

Le
Le 31 mars au soir, après la manif, Frédéric LORDON était place de la République à Paris devant le public réuni pour la NUIT DEBOUT.
Voici son intervention filmée par Là-bas, si j'y suis :

images : Jonathan DUONG
son : Jérôme CHELIUS et Anaëlle VERZAUX
Télécharger la vidéo au format .mp3 :
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La Nuit debout : de plus en plus de monde pour inventer la démocratie

4 avril 2016 / Marie Astier et Hervé Kempf (Reporterre)
« Dimanche 34 mars », place de la République à Paris. Ici, depuis le jeudi 31 mars, un nouveau temps a commencé. Depuis trois nuits, et trois jours, quelques milliers d’utopistes dorment, débattent, s’organisent et se relaient pour penser et porter un autre monde.

L’occupation de la place a été lancée à la suite de la manifestation contre la loi Travail-la loi El Khomri. Malgré la pluie, ce soir là, près de 4.000 manifestants sont restés réunis pour la première « Nuit Debout ». Certains dorment sur place. Chaque matin à l’aube, les policiers viennent évacuer les lieux. Chaque après-midi, les tentes sont remontées, les scènes reconstruites, le matériel réinstallé, les bâches retendues. Et chaque jour, les participants sont un peu plus nombreux.
Ce dimanche 3 avril, le soleil a enfin montré ses rayons, rappelant que le printemps est là, prêt à accompagner ce mouvement de renouveau. Au dessus de quelques palettes qui ont permis de monter un guichet, une banderole « Accueil » appelle le visiteur. Ici, chacun fait la queue pour proposer de participer à la commission Démocratie, Restauration (pour les repas), Sérénité (pour assurer la sûreté des lieux), Logistique ou encore Communication. L’organisation s’inspire notamment de celle des Indignés espagnols. (...)

jeudi 31 mars 2016

Niveau des mers, vrai poids de la viande

Le Monde expliquait hier à ses lecteurs que l’élévation du niveau des mers pourrait atteindre deux mètres à la fin du XXIe siècle.
C’est ce que suggère une étude américaine publiée jeudi 31 mars dans la revue Nature. Les auteurs, Robert DeConto, de l’université du Massachusetts, et David Pollard, de l’université de Pennsylvanie, ont modélisé la contribution de l’Antarctique à l’élévation des mers et ont mis en avant la sensibilité de cette calotte glaciaire.
(...)
Cette nouvelle modélisation revoit fortement à la hausse les prévisions du cinquième rapport du GIEC. Celles-ci prenaient en compte la fonte et l’écoulement du Groenland, la dilatation des océans et la fonte des glaciers de montagne. « Mais le GIEC n’avait pas pu tenir compte de l’effondrement de la calotte glaciaire au moment de son rapport, car les études manquaient », explique Catherine Ritz, chercheuse au laboratoire de glaciologie de Grenoble qui avait établi un modèle similaire en novembre 2015. « Cependant, ajoute-t-elle, le groupe avait déjà reconnu que l’Antarctique constituait un des plus grands risques. »
Selon le dernier rapport du GIEC, dans le meilleur scénario, les océans s’élèveront d’ici à 2100 de 40 centimètres, dans le pire des cas, si les émissions de gaz à effets de serre restent identiques, le niveau des mers monterait de 1 mètre. Mais en ajoutant la contribution de l’Antarctique, on arriverait à une augmentation comprise entre 60 centimètres et 2 mètres. 
D'autre part, le quotidien parisien nous rappelait le 20 mars les retombées de la production et de la consommation massives de viande, dont la croissance continue dans le monde constitue la plus importante menace pour la biodiversité...
Le Monde.fr | • Mis à jour le | Par


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Mise à jour du 4 avril 2016 :
Scandale des abattoirs : ce qu’en disent les éleveurs paysans
1er avril 2016 / Marie Astier (Reporterre) 
En trois vidéos choquantes, l’association L214 a soulevé un débat national sur l’abattage des animaux. Les éleveurs réclament, eux, un droit de regard sur ces pratiques et cherchent des solutions pour s’émanciper des abattoirs privés soumis à la rentabilité.

Mi-octobre 2015, l’association L214 diffusait une première vidéo tournée dans l’abattoir d’Alès, dans le Gard. Puis a suivi celle du Vigan, dans le même département : un abattoir certifié bio, dénoncé juste avant le Salon de l’agriculture. Enfin, une troisième, tournée à Mauléon-Licharre, dans les Pyrénées-Atlantiques, est sortie à quelques jours des fêtes de Pâques.
A priori, la réaction de rejet est unanime. « C’est pas normal, c’est pas normal, répète Pierre Brosseau, éleveur de porcs en Loire-Atlantique. Quand nos animaux sont abattus, on n’a pas envie qu’ils souffrent », réagit l’éleveur, membre de la Confédération paysanne.
« Je connais personnellement les gens qui travaillent à l’abattoir que j’utilise. J’espère qu’ils ne sont pas violents comme dans ces vidéos », commente Yves-Pierre Malbec, éleveur de moutons dans le Lot et lui aussi membre de la Confédération paysanne.
Du côté du syndicat majoritaire dans la profession, la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), la branche bovins a réagi à la vidéo de Mauléon-Licharre en portant plainte contre X. « Les éleveurs et producteurs de viande bovine sont offusqués et dénoncent avec la plus grande énergie les actes de maltraitance animale, intolérables, intervenus à l’abattoir Mauléon-Licharre dans les Pyrénées-Atlantiques », indique la Fédération nationale bovine, dans un communiqué.
« En tant qu’éleveurs, notre objectif est que nos animaux soient abattus dans les meilleurs conditions », rappelle Étienne Gangneron, éleveur de bovins bio dans le Cher et membre de la FNSEA. « Dans un premier temps, on est choqué par les images. Mais dans un deuxième temps, c’est le procédé utilisé par L214 qui interpelle », ajoute-t-il.

(En lire plus)

mercredi 30 mars 2016

Baobab

Dimanche 13 mars, 11h, Teatro Valle-Inclán, siège du Centro Dramático Nacional, à Lavapiés, Madrid. Salle El Mirlo Blanco. Séance de théâtre pour enfants à partir de cinq ans (sic) dans le cadre de Titerescena. Au Québec, c'est à partir de 4 ans qu'on la conseille. Ma fille n'avait pas encore eu sa troisième année et pourtant, j'avais adhéré illico à l'idée maternelle sans en savoir grand chose. La mère, le théâtre et le titre de la pièce, Baobab, me semblaient trois garanties plus que suffisantes. Le mot baobab évoque aussitôt dans mon esprit le Sénégal, source toujours chez moi d'affects très joyeux.
Cela fait très longtemps, après un voyage au Sénégal en 1996, j'écrivis un texte témoignage. La découverte d'un baobab (« Adansonia digitata ») cinq fois centenaire sur la savane, sur notre chemin vers Djiffère, me fit écrire :
De nuevo en marcha. La sabana de baobabs, las termiteras salpicándolo todo, también los campos cultivados. Nos detenemos a la altura de un baobab gigante de más de 500 años. En compañía de un guía de guardia, nos vamos colando todos por una rendija del tronco, cabeza y pierna al tiempo, único modo de embutirse. Una vez dentro, el experto nos habla del ancestral valor funerario del baobab, en tiempos cámara mortuoria del griot recién fallecido. Igual que muchos esclavos griegos cubrían la relevante función de pedagogos en la antigua Roma, los miembros de esta baja casta de poetas y músicos han sido los depositarios de la tradición oral de su pueblo. Al griot (géwal/géwél en uólof) nunca se lo enterraba: unas largas parihuelas sostenidas en lo alto de aquella oscura bóveda eran su sepulcro. Inhumarlo podía provocar una temible sequía.
Donc, les griots n’étaient pas enterrés, si l'on voulait éviter une terrible sécheresse ; on les inhumait dans les trous des baobabs qui devenaient de la sorte des arbres-sépultures. Cette tradition sérère relie par conséquent eau et baobab...


Deux minutes avant l'heure prévue, nous occupions nos sièges. Sur scène, un musicien tapait gaiement sur les lames de bois de son balafon, ce beau xylophone mandingue, ou malinké, à calebasses. À sa droite, une femme blonde immobile jouait subtilement de la kora avec maîtrise. La kora est une sorte de harpe-luth typique de la tradition mandingue, elle aussi, que le public espagnol intéressé identifie notamment avec le malien Toumani Diabaté —qui enregistra Songhai (1 et 2) avec le groupe Ketama. J'apprendrais plus tard que les artistes en question s'appellaient Aboulaye Koné et Nathalie Cora (de son vrai nom Nathalie Dussault), formée justement auprès de Diabaté au Mali et devenue maîtresse de l'instrument qui lui donne son surnom, dont elle dit...
La kora est un instrument diatonique à cordes pincées classé dans la famille des harpes-luths. Elle se compose d’une demi-calebasse sur laquelle est tendue une peau de vache et est traversée par un long manche où sont fixées ses 21 cordes. Deux antennes permettent de tenir l’instrument que l’on joue avec les pouces et les index. Chaque joueur de kora fabrique lui-même son instrument.
La kora est issue de l’Afrique de l’Ouest. On la retrouve principalement au Mali, au Sénégal, en Guinée et en Gambie parmi les ethnies malinkés. Elle est traditionnellement jouée par des hommes, les griots, dont le métier est de perpétuer l’histoire, les coutumes et la généalogie des familles.
Arrivèrent ensuite un homme très costaud et une femme. C'étaient Widemir Normil et Sharon James. Elle monta les marches divisant les spectateurs en deux pour demander les prénoms de quelques enfants, dont ma fille, qui seraient salués par les comédients interprètes dans leur litanie d'ouverture. Visiblement enrhumée, Sharon James n'arrêterait pas de jouer son rôle de marionnettiste avec précision, le sourire aux lèvres quand il le fallait.

Baobab est une coproduction de la troupe Sô (Mali) et du québécois Théâtre Motus [voir plus bas pour Hélène Ducharme] créée le 18 janvier 2009 avec le soutien du Théâtre de la Ville de Longueuil et la collaboration du comédien Hamadoun Kassogué (né en 1957 à Ley, Kani Godouna, Mali) et du peintre, infographe et sculpteur sénégalais Ismaïla Manga (1957-2015). Ce 13 mars 2016, c'était le premier anniversaire de sa mort.
La traduction en castillan —hélas, faible— est due à Humberto Pérez Mortera. La diction travaillée et en général claire des acteurs —notamment du puissant et protéiforme Widemir Normil— facilitait néanmoins la compréhension.
Voici le résumé officiel de la pièce :
Dans cette région d'Afrique où une sécheresse sévit depuis très longtemps, se dresse un baobab millénaire. Voilà qu'un jour, de ce baobab naît un œuf et, de cet œuf, un petit garçon. Les villageois découvrent qu'il est le seul capable de libérer la source d'eau. Débute alors une grande quête où seul le courage d'un enfant peut changer l'histoire du Monde. Dans cet univers rempli de soleil, où l'ombre est réconfortante, les percussions africaines se transforment en animaux et les masques et marionnettes deviennent génies ou sorcières ! Laissez-vous guider par le grand griot dans cette fabuleuse histoire inspirée de contes africains.
Ce jeune garçon sauveur s'appelle Amondo, le rassembleur. Sa présence sur scène est assurée par une marionnette inoubliable. Il n'est pas Hercule, c'est un môme qui ne devra exécuter que... trois travaux décisifs pour la reconquête de l'eau, symbole autrement significatif, surtout en Afrique où la sécheresse ne plaisante pas.
L’enfance croit ce qu’on lui raconte..., disait Jean Cocteau au début de son film La Belle et la Bête. En guise d'« il était une fois », Baobab démarre comme cela...
« LE GRIOT : Aw ni sogoma! À vous le petit matin… Nous sommes les griots du village et pour vous raconter notre histoire, nous avons besoin de vos oreilles. Voulez-vous nous prêter vos oreilles? Les enfants répondent et le griot fait le geste de prendre dans ses mains les oreilles des enfants et de les placer sur son cœur. Merci. Ne vous en faites pas, elles sont entre bonnes mains. Zirin ! / TOUS : Namou. »
Au sujet de l'archéologie de la conception de Baobab, le journaliste Jean Siag publiait le 12 décembre 2009 un article très instructif dans La Presse :
La genèse du projet Baobab vaut la peine d'être contée. Après avoir plongé plusieurs mois dans l'univers glacial des Inuits pour sa pièce Inuussia, la femme-phoque, présentée la semaine dernière au Festival Titirijai de Tolosa, en Espagne, la cofondatrice de Motus, Hélène Ducharme, avait envie d'un peu de chaleur.
«Mon ami Aboulaye Koné, m'a dit: tu dois aller à la rencontre de l'Afrique, raconte-t-elle. Oui, j'avais une idée de ce que je voulais écrire, mais je devais m'imprégner de la culture africaine et de ses traditions.»
L'auteure de Nombril et de Bulles s'est donc rendue au Mali et au Sénégal, dans une démarche de recherche. De ce périple en Afrique de l'Ouest, Hélène Ducharme fera deux rencontres déterminantes: Ismaïla Manga, artiste visuel sénégalais, qui a peint toutes les toiles de Baobab que l'on voit sur scène; et l'acteur Hamadoun Kassogué, le «Brad Pitt du Mali !» dixit l'auteure, qui a peaufiné la structure du texte (...).



Librement inspiré de ce spectacle, les Éditions de la Bagnole publièrent en 2010, l'ouvrage Baobab. Amondo le rassembleur, texte d'Hélène Ducharme, illustrations de Normand Cousineau. 
Hélène Ducharme est comédienne, marionnettiste, acrobate, danseuse, auteure en résidence pour le Théâtre Motus ; elle a aussi mis en scène les dernières créations de la compagnie : La Crise (2003), Inuussia, la femme-phoque (2005), Bulles, Légendes d'hiver pour micro-marionnettes (2007) et Baobab (2009).
Le Théâtre Motus fournit sur son site cette information sur ses origines et son projet :
Fondé au début de ce millénaire, le Théâtre Motus explore, crée et diffuse des pièces de théâtre originales destinées au jeune public et au public familial. Nous privilégions le médium de la marionnette pour les libertés que celle-ci nous offre au niveau de la dramaturgie et de la mise en scène, comme véhicule d’émotions et comme objet qui nous permet de repousser les frontières des formes.
Nous explorons le mariage entre la marionnette, le jeu de comédien, la musique en direct, le théâtre d’ombres noires et en couleur et toute autre forme théâtrale potentiellement complémentaire à la marionnette. Le dialogue entre cultures diverses nous inspire également beaucoup.
La compagnie, qui a été fondée par Hélène Ducharme et Sylvain Massé et a pignon sur rue à Longueuil, diffuse ses spectacles à l’échelle internationale et a déjà donné plus de 1 200 représentations de neuf spectacles ici, aux États-Unis, au Mexique, en Espagne, en France, en Grèce et au Mali.
Les amis des contes africains disposent ici (les trésors d'Amadou Hampâté Bâ) et (contes du Congo) d'autres références abordées dans ce blog.

mardi 15 mars 2016

La loi du marché

Avec les Allemands dénués de toute présupposition, 
force nous est de débuter par la constatation de la 
présupposition première de toute existence humaine, 
partant de toute histoire, à savoir que les hommes 
doivent être à même de vivre pour pouvoir "faire l'histoire"
Mais pour vivre, il faut avant tout boire, manger, se loger, 
s'habiller et quelques autres choses encore.
Karl Marx, Friedrich Engels : L'Idéologie allemande.


Sorti en mai 2015, La loi du marché est un film réalisé par Stéphane Brizé qui —sans soubresauts hollywoodiens, stridences, explosions, glamour ou effets spéciaux—nous fait frissonner, avaler notre salive sans arrêt, bref, nous prend bien aux tripes. Car quoiqu'il s'agisse d'une fiction, elle est trop vraie, trop réelle, presque un documentaire : c'est une chronique de la cruauté libérale ordinaire, cette machine implacable à capturer, presser et broyer les gens, à leur donner des leçons (culpabilisantes) et conformer leurs dispositions, à leur imposer des stages et des apprentissages creux, obnubilants et antivitaux, à leur prêcher la servitude et les sacrifices incontournables qu'exige la soif du Capital, la loi du marché...
Le film montre justement ces deux forces que tout oppose : la lutte pour la survie (d'individus dividus et décidus ; cf. diviser et choir) versus la lutte pour les profits —sur cette dualité travail-capital, cf. La mise à mort du travail, documentaire en trois volets commenté ici.
Thierry Taugourdeau (rôle joué par Vincent Lindon) est un homme courant qui s'est vu déclassé d'une manière absolument normale : après avoir bien travaillé pendant 25 ans pour sa boîte, il s'est retrouvé à la rue, sans autre forme de procès, comme tant d'autres, et il en a bavé derrière. Il partage sa vie avec sa femme et leur enfant Matthieu. 15 mois sans emploi rongent les économies familiales à force de factures, traites du crédit immobilier pesant sur l'appartement (il faut encore cinq ans pour payer l'hypothèque)... et la prise en charge des frais de scolarisation et de vie d'un enfant atteint d'une infirmité motrice cérébrale et de difficultés d'élocution. Heureusement Matthieu est un pilier de la famille, une source inépuisable de force, celle qui est peut-être à l'origine de l'aplomb de son père, que rien n'égare —mais dont la santé mentale, fragilisée par son parcours de combattant, le pousse à oublier d'autres combats : la survie est un flingue sur la tempe d'employés et chômeurs, une épée de Damoclès aussi bien matérielle que mentale suspendue chaque instant au-dessus de la tête des dominés —car dépendants d'un salaire. Le Capital, lui, dispose de temps, de pouvoir et d'une force de travail composée d'une foule d'individus angoissés, divisés, qui ont des urgences et, souvent, encore, quelque chose à perdre. Au demeurant, on perd trop quand on doit gagner sa vie, c'est-à-dire, vendre sa force de travail. Les salariés et les prétendants à un emploi/salaire se trouvent amputés, divisés, rapetissés, humiliés, complexés... La rébellion s'avère compliquée.
Thierry décroche finalement un poste de vigile dans un supermarché où il devra, entre autres, fliquer ses collègues. D'ailleurs, il n'y a pas eu beaucoup de départs en pré-retraite et le groupe cherche à virer du personnel. Le carnage est servi : il devra faire face à des situations écœurantes. C'est et la loi générale du marché et la loi particulière du supermarché.
 

Voici un entretien avec Stéphane Brizé, metteur en scène de La loi du marché, qui illustre bien sa conception du film et sa démarche vis-à-vis de sa confection :
Entretien avec Stéphane Brizé, réalisateur, et Eric Dumont, directeur de la photographie, à propos du film "La Loi du marché"
L’équipe invisible

Tourné avec un budget de 1,4 M€, sur 21 jours, et une équipe de treize personnes, La Loi du marché rompt avec les méthodes de fabrication des films en compétition à Cannes. Son réalisateur, Stéphane Brizé, et son chef opérateur, Éric Dumont, reviennent sur cette fiction sociale un peu hors normes, qui joue avec les codes de la fiction et du documentaire. (FR)
Dans quel contexte avez-vous conçu le film ?
Stéphane Brizé : Le film, dès son écriture, a volontairement été pensé comme un projet à petit budget, avec une équipe très réduite. Ce n’était pas une décision forcée, mais bien un choix de ma part. Techniquement, je ne souhaitais pas avoir de maquillage, pas de coiffeur, de machinerie et de lumière au sens traditionnel du terme. C’est pour cette raison que j’ai cherché un directeur de la photo qui cadre, qui puisse pointer lui-même, et qui soit habitué aux méthodes de travail en lumière qu’on rencontre plus souvent dans le documentaire. C’est à ce moment-là que j’ai rencontré Éric, présenté par un ami commun.
1,4 M€, c’est quand même un tout petit budget pour un long métrage, non ?
SB : On n’a jamais souffert du budget. Là-dessus, les choses étaient plutôt bien préparées. Les salaires du producteur, du comédien principal et de moi-même ont été mis en participation. Pour tout le reste, tout le monde a été payé au tarif syndical, et on n’a manqué de rien sur le film.
Le monde de la grande distribution n’est pas un modèle de transparence... Comment vous y êtes-vous pris ?
SB : Grâce à mes contacts, j’ai pu moi-même, lors de la préparation, m’immerger dans ce monde, passer des heures devant les écrans de contrôle et même faire un stage d’agent de sécurité... Ensuite, je suis allé, avec Vincent Lindon, rencontrer les autres employés, certains interprétant ensuite ses collègues de travail dans le film. Le fait de rencontrer un chef d’entreprise ouvert et intelligent, qui nous a autorisés à tourner dans son magasin, était une chance assez inespérée. C’est même assez paradoxal parce que si l’histoire met en lumière la brutalité qui règne dans ce milieu, ce patron n’est pas du tout quelqu’un comme ça !
Avez-vous fait des essais préalables ?
SB : La première étape de préparation réelle a été de tourner quelques scènes du film, un peu comme une maquette, en situation dans l’hypermarché. Ça a duré un jour, au mois de juin 2014 (soit cinq mois avant le tournage), et cette maquette de cinq minutes a permis de valider beaucoup de choix importants que je pressentais en matière de réalisation.
Par exemple, la volonté d’être toujours le plus loin possible des comédiens (qui sont tous des non professionnels à part Vincent Lindon). Ce dispositif passait par l’utilisation de longues focales (quasiment rien n’a été filmé en dessous du 100 mm), et la caméra placée à environ, parfois,10 à 20 mètres des sujets...
En termes d’image, j’avais envie aussi d’isoler souvent mon personnage principal du monde extérieur, en jouant sur une faible profondeur de champ. Et c’est grâce à l’expérience et au talent d’Eric que ces longs plans-séquences à pleine ouverture, avec les suivis de point qui vont avec, ont été possibles. Son rôle sur le film a été primordial, car c’est lui qui, caméra à l’épaule, tout au long des très longs plans-séquences, a su traduire mon point de vue.
Vous faites des répétitions ?
SB : Non, il n’y a eu aucune répétition, que ce soit avant le tournage ou avant les prises. D’ailleurs je ne distribue pas le scénario aux comédiens. Je leur explique juste la scène et il faut que la technique s’adapte immédiatement à eux. Mon projet, sur tous mes films, et encore plus précisément sur celui-ci, est de créer un cadre ultra défini avec des enjeux précis puis de créer un dispositif qui laisse s’engouffrer la vie. Je sais d’où je pars, je sais où je dois arriver... Mais entre les deux je refuse d’anticiper sur le trajet !
Cette méthode me fait penser un peu à celle de Mike Leigh ou de Ken Loach qui est réputée pour ne pas distribuer de scénario à leur équipe... Ils insistent en revanche tous les deux sur l’importance des projections de rushes en fin de journée... Est-ce la même chose pour vous ?
SB : Non, je ne regarde pas les rushes. Je juge sur place, au moment du tournage. On n’a pas non plus fait de "retakes" sur le film, mais je me suis permis parfois de laisser soudain tomber un décor ou une scène pour la réécrire car je me rendais compte que ça ne fonctionnait pas. Pour moi, ça fait partie du processus créatif de changer d’avis et de recommencer... Là-dessus, on fonctionne un peu pareil avec Vincent Lindon..., on s’interroge, on se confronte au réel, et c’est l’instant qui soudain nous parle.
Avec quelle base de lumière avez-vous travaillé ?
Eric Dumont : Dans le supermarché, j’ai surtout travaillé à partir des lumières fluos existantes, en utilisant des tubes équilibrés en température de couleur. Sinon, j’ai principalement utilisé des SmartLight SL1. Ces panneaux LED étant très fins, on pouvait les accrocher dans les décors, et plus ou moins les rendre invisibles car ils se fondaient parfois avec les luminaires qu’on peut trouver dans la vraie vie. Enfin, j’ai pu obtenir plusieurs Flex Light de Westcott, des toutes nouvelles mini ambiances à LEDs sur support carré flexible (25 x 25 cm) qui sont très légères et qu’on peut accrocher à peu près n’importe où. Ces outils sont devenus une des clés de mon dispositif d’éclairage, alimentées par batterie, ce qui rend leur installation extrêmement discrète et rapide.
Aviez-vous un "gaffer" ?
ED : Selon les jours, notamment quand on s’installait dans un lieu le premier jour, ou qu’on changeait de décor plusieurs fois dans la journée. La production faisait alors appel à un chef électro qui s’occupait du pré-light. Mais autrement, j’étais seul avec deux assistants qui s’occupaient essentiellement de la caméra et du déchargement des rushes.
Avez-vous tout tourné à une seule caméra ?
Stéphane Brizé : La grande majorité du film a été tournée à une caméra, mais pour certaines séquences de dialogues j’ai opté pour un dispositif un peu différent à deux caméras. Mais pas en champ contrechamp comme on le fait d’habitude. Les caméras étaient plutôt perpendiculaires aux comédiens, côte à côte. L’idée étant au montage de donner l’impression que ça n’a été filmé qu’à une seule caméra. Pour cela, Éric prenait la main sur la caméra A, il était le point de vue principal de la scène, tandis que la caméra B se calait sur lui en opposition exacte pour saisir le contrechamp, une réaction ou parfois une version plus large... Le léger décalage de point de vue entre les deux caméras dynamise le mouvement de la scène au montage.
Qu’est-ce qui vous a séduit sur ce projet ?
Eric Dumont : J’étais très motivé par la démarche de Stéphane, sa volonté de tourner sans répétition, quasiment sans filet au niveau du découpage, avec de longs plans-séquences où on suivait les comédiens. Personnellement, j’ai développé une certaine technique en documentaire qui me permet de me passer d’assistant opérateur et d’assurer tout seul des suivis de personnages au téléobjectif, sans perdre le point. Pour cela j’utilise des optiques photo Canon EF qui sont assez douces et plus maniables que des optiques à monture PL et surtout avec une course de point plus réduite. C’est pour cette raison que j’ai insisté pour tourner le film avec une caméra Canon, sur laquelle on pouvait installer ces optiques et les contrôler au niveau du diaph.
Avec quel modèle avez-vous tourné ?
ED : On a tourné en C500. Bien sûr, la question du format d’enregistrement s’est posée. On a testé l’enregistrement interne sur carte avec le codec Canon, mais la qualité n’était vraiment pas là. On avait des effets bizarres de créneaux entre le blanc et le noir, et on voyait clairement que la structure d’image ne serait pas suffisante pour un étalonnage de long métrage. L’enregistrement RAW a été considéré un moment, mais vu la quantité importante de rushes (plus de 80 heures) le surcoût en production n’était pas négligeable. En plus, on trouvait ça un peu bizarre d’alourdir autant, en termes de volume de données, un film qui se voulait si léger dans sa conception et sa réalisation ! Alors on est passé sur un enregistreur externe AJA, en 2K ProRes. C’était pour moi le meilleur rapport qualité encombrement pour le film et surtout en termes d’efficacité en haute sensibilité.
Un mot sur l’étalonnage ?
Stéphane Brizé : Sur le papier, je pensais rajouter du grain film à l’image lors de l’étalonnage. Et puis, ce travail achevé, je me suis aperçu que cette texture d’image me retirait un effet de réel. On a donc laissé tomber et on a gardé cette image plus brute qui, d’une certaine manière, est plus signifiante, avec à la fin un mixage en mono. Toujours pour accentuer cet effet de réalisme.
Toute la réflexion de ce film a tourné autour de cette question du mélange des codes de la fiction et du documentaire. Le scénario, Vincent Lindon et le cadre 2,35 amènent par essence la fiction qui vient en contrepoint d’un casting et d’un filmage qui semble saisir le réel à l’instant où il se produit. C’est sur cette crête que nous avons évolué et inventé ce film.
(Propos recueillis par François Reumont pour l’AFC)
Stéphane Brizé s'est également exprimé pour Politis.
Il a été l'objet de plusieurs accusations de mauvaise conduite car il se serait inspiré de/il aurait plagié un court-métrage du réalisateur Patrice Deboosère, avec François Godart dans le rôle de gardien du centre commercial, visible en ligne et titré Lundi CDI. Si cette polémique vous intéresse, cliquez ci-contre : Brizé répond sur le site de Slate.fr.
Voici Lundi CDI :



Où l'on voit qu'un brin d'humanité est considéré comme un excès d'affectivité —trop, c'est trop— nuisant aux affaires et justifiant l'accélération de la caducité (de caduc, décidu) programmée des individus dans la mondialisation heureuse, guerre de tous contre tous.

, agent de sécurité, vigile comme Taugourdeau, contraint lui aussi de surveiller ses collègues, a livré son témoignage à l'Obs. Vous pouvez en faire ici une lecture complète.
(...) Par exemple, dès qu’il y a une nouvelle caissière, elle est placée à une caisse spéciale au-dessus de laquelle on trouve une caméra. Pendant les premiers jours, on nous demande d’observer si elle fait bien son travail, si elle scanne bien tous les articles. Il faut savoir qu’une caissière n’a pas le droit d’encaisser sa famille.
Si je constate qu’une caissière ou qu’un magasinier vole dans les rayons, je dois en avertir mon directeur. Évidemment, ça me dérange, ce n’est pas mon travail, mais je n’ai pas vraiment le choix. Je suis moi aussi sur un siège éjectable.
J’ai été confronté à deux reprises à des vols par des caissières. La première fois, je suis allé dire à la personne qui était en pause que j’avais vu son petit jeu. Je lui ai gentiment demandé de cesser en lui précisant que je commençais mon travail à 10 heures du matin, elle à 8h, donc si elle voulait continuer, elle n’avait qu’à le faire en dehors de mes heures.
J’ai fait la même chose avec une autre collègue qui a malgré tout continué à voler. Je n’ai pas eu d’autres choix que d’alerter mon directeur. C’était elle ou moi. (...)
Enfin, l'univers nerveux de La loi du marché, le film, rappelle à mon souvenir un texte de Paul Lafargue d'il y a au moins 135 ans. En 1881, il avait publié la première édition de son Droit à la paresse dans L'Égalité, journal républicain socialiste et organe du Parti Ouvrier Français qu'il avait fondé avec Jules Guesde. Incarcéré en 1883 à la prison Sainte-Pélagie pour propagande révolutionnaire, il y peaufine son livre et rédige un avant-propos dont voici le début, selon l'exemplaire dont je dispose (Éditions Allia, Paris, 1999, 2011) :
M.  T H I E R S, dans le sein de la Commission sur l'instruction primaire de 1849, disait : "Je veux rendre toute-puissante l'influence du clergé, parce que je compte sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l'homme qu'il est ici-bas pour souffrir et non cette autre philosophie qui dit au contraire à l'homme : ‘Jouis’." M. Thiers formulait la morale de la classe-bourgeoise dont il incarna l'égoïsme féroce et l'intelligence étroite.
La bougeoisie, alors qu'elle luttait contre la noblesse, soutenue par le clergé, arbora le libre examen et l'athéisme ; mais, triomphante, elle changea de ton et d'allure ; et, aujourd'hui, elle entend étayer de la religion sa suprématie économique et politique. Aux XVe et XVIe siècles, elle avait allégrement repris la tradition païenne et glorifiait la chair de ses passions, réprouvées par le christianisme ; de nos jours, gorgée de biens et de jouissances, elle renie les enseignements de ses penseurs, les Rabelais, les Diderot, et prêche l'abstinence aux salariés. La morale capitaliste, piteuse parodie de la morale chrétienne, frappe d'anathème la chair du travailleur ; elle prend pour idéal de réduire le producteur au plus petit minimum de besoins, de supprimer ses joies et ses passions et de le condamner au rôle de machine délivrant du travail sans trêve ni merci. (...)