L'écrivain français J.-M.-G. Le Clézio (Nice, 1940) va présenter à Madrid son dernier roman Bitna, sous le ciel de Séoul.
Ce sera le mercredi 6 mars, à 19h, dans l'Espace Fundación Telefónica (Calle de Fuencarral, 3). L'entrée est gratuite et il sera accompagné de l'écrivaine et journaliste espagnole Berna González Harbour. On disposera d'un service de traduction simultanée français-castillan à travers une application pour portable (Olyusei).
Le Clézio a l'habitude de rouler sa bosse un peu partout et de projeter ses bourlingues sur ses ouvrages. Il arrive que je connais bien une partie de ses bouquins —dont j'ai traduit deux, Désert et Onitsha— et j'ai décidé donc d'aller le voir avec un groupe de mes élèves.
Le Clézio reçut le prix Nobel de Littérature en 2008. Pour l'écouter un peu plus à l'occasion de la présentation de son roman en castillan, traduit par Amaya García Gallego et María Teresa Gallego Urrutia, et éditée par Lumen, je vous propose de visionner cet entretien qu'il tint à Bordeaux en 2018 :
“Probably, one of the most important challenges
we are facing is not to equate Zionism and Judaism,
as Israel want us to do. I think that the more
we’ll dissociate the both, Zionism and Judaism,
the more we can challenge the Propaganda,
and the whole accusation of anti-Semitism would not be effective.” [Probablement, l’un des défis les plus importants auxquels il nous faut faire face, c’est de ne pas faire une équation entre le Sionisme et le Judaïsme, comme Israël voudrait qu’on le fasse. Plus nous arriverons à dissocier le Sionisme et le Judaïsme, plus nous pourrons défier la Propagande, et toute l’accusation d’antisémitisme ne serait plus efficace.] Ilan Pappé, septembre 2016.
[Ici, il faudrait une intro. Elle est peut-être en chantier, mais vu l'énormité de l'abjection, du cynisme et de la volonté de répression —réels et ressentis— des professionnels de l'amalgame, il y a urgence à favoriser la réflexion, à proposer la sérénité de Sand et de Collon —cf. un peu plus bas.
Cela fait longtemps que le pouvoir en France a choisi le lobby sioniste israélien, le colonialisme, contre la cause du peuple palestinien, la victime. L'usage que l'on a toujours fait de l'expression "antisémitisme" est inexact, philologiquement abusif, historiquement malveillant, racisant, donc raciste, politiquement opportuniste ; cette espèce de synecdoque biblique constitue une appropriation indue. Fils de Noé, Sem était un personnage de la Genèse, le premier des cinq livres du Pentateuque, donc, de la Torah. Et mis à part que les races n'existent pasbiologiquement (cf. aussi Albert Jacquard), que tous les racisants ("Ça se voit ! Le type, il n’a pas les mots d’un gitan. Il n’a pas les mots d’un boxeur gitan.") sont racistes, que tous les racismes sont misérables, insupportables, et que le régime sait toujours appliquer deux poids deux mesures à leur égard, rappelons que le terme "sémitique" relève de la Linguistique, de la Philologie. Le dictionnaire n'est pas très précis, mais en annonce la couleur. J'appelle "Judéophobes" les racistes qui détestent les "Juifs" (y compris beaucoup de descendants de Juifs qui ne se tiennent pas pour des Juifs). Évidemment l'analyse du terme "Juif", de cette identité multiple, a déjà mérité plusieurs livres. Sont judéophobes les misérables qui vandalisent des cimétières juifs et y inscrivent des croix gammées, ce symbole écœurant.
En ce qui concerne le Sionisme, on pourrait lire tant de choses... Mais puisqu'il faut en choisir une en vitesse, je vous conseille LTI (Lingua Tertii Imperii, Die Sprache des Dritten Reiches, La Langue du IIIe Reich), les notes d'un philologue juif à Dresden, concrètement le chapitre XXIX, justement intitulé Sion. Victor Klemperer lut les œuvres de Hertzl sous la botte nazie, clandestinement. Et après lecture, il écrivit (extrait de la traduction castillane d'Adan Kovacsics éditée par Minúscula, Barcelona 2001) :
Los leí con una consternación rayana en la desesperación. Mi primer apunte en los diarios sobre el tema reza así: "¡Señor, protégeme de mis amigos! Si uno posee la voluntad necesaria, encontrará en estos dos volúmenes pruebas de lo que Hitler, Goebbels y Rosenborg alegan contra los judíos, no se necesita una enorme habilidad para interpretar y distorsionar los hechos."
Más tarde, apunté algunas citas y palabras clave para determinar las semejanzas y desemejanzas entre Hitler y Herzl. Porque, gracias a Dios, también había desemejanzas.
Si toute expression antijuive dans le monde ne cesse de m’inquiéter, j’éprouve un certain écœurement face au déluge d’hypocrisie et de manipulations orchestré par tous ceux qui veulent désormais incriminer quiconque critique le sionisme.
Bien que résidant en Israël, « Etat du peuple juif », j’ai suivi de près les débats, en France, sur : antisémitisme et antisionisme. Si toute expression antijuive dans le monde ne cesse de m’inquiéter, j’éprouve un certain écœurement face au déluge d’hypocrisie et de manipulations orchestré par tous ceux qui veulent désormais incriminer quiconque critique le sionisme.
Commençons par les problèmes de définition. Depuis longtemps déjà, je ressens un malaise non seulement face à la récente formule en vogue : «civilisation judéo-chrétienne », mais aussi face à l’utilisation traditionnelle du vocable : « antisémitisme ». Ce terme, comme l’on sait, a été inventé dans la seconde moitié du 19ème siècle par Wilhelm Marr, nationaliste-populiste allemand qui détestait les juifs. Conformément à l’esprit de cette époque, les utilisateurs de ce terme tenaient pour présupposé de base l’existence d’une hiérarchie des races dans laquelle l’homme blanc européen se situe au sommet, tandis que la race sémite occupe un rang inférieur. L’un des fondateurs de la« science de la race » fut, comme l’on sait, le français Arthur Gobineau.
De nos jours, l’Histoire un tantinet plus sérieuse ne connaît que des langues sémites (l’araméen, l’hébreu et l’arabe, qui se sont diffusées au Proche Orient), et ne connaît, en revanche, nulle race sémite. Sachant que les juifs d’Europe ne parlaient pas couramment l’hébreu, qui n’était utilisé que pour la prière, (de même que les chrétiens utilisaient le latin), il est difficile de les considérer comme des sémites.
Faut-il rappeler que la haine raciale moderne envers les juifs constitue, avant tout, un héritage des églises chrétiennes ? Dès le quatrième siècle, le christianisme s’est refusé à considérer le judaïsme comme une religion légitime concurrente, et à partir de là, il a créé le fameux mythe de l’exil : les juifs ont été exilés de Palestine pour avoir participé au meurtre du fils de Dieu ; c’est pourquoi, il convient de les humilier pour démontrer leur infériorité. Il faut pourtant savoir, qu’il n’y a jamais eu d’exil des juifs de Palestine, et, jusqu’à aujourd’hui, on ne trouvera pas le moindre ouvrage de recherche historique sur le sujet !
Personnellement, je me range dans l’école de pensée traditionnelle qui se refuse à voir les juifs comme un peuple-race étranger à l’Europe. Dès le 19ème siècle, Ernest Renan, après s’être libéré de son racisme, avait affirmé que : Le juif des Gaules… n’était, le plus souvent, qu’un Gaulois professant la religion israélite. » L’historien Marc Bloch a précisé que les juifs sont : « Un groupe de croyants recrutés, jadis, dans toutle monde méditerranéen, turco-khazar et slave ». Et Raymond Aron d’ajouter : « Ceux que l’on appelle les juifs ne sont pas biologiquement, pour la plupart, des descendants des tribus sémites… ». La judéophobie s’est, cependant, toujours obstinée à voir les juifs, non pas comme une croyance importante, mais comme une nation étrangère.
Le lent recul du christianisme, en tant que croyance hégémonique en Europe ne s’est pas accompagné, hélas, d’un déclin de la forte tradition judéophobe. Les nouveaux « laïcs » ont transformé la haine et la peur ancestrales en idéologies « rationalistes » modernes. On peut ainsi trouver des préjugés sur les juifs et le judaïsme non seulement chez Shakespeare ou Voltaire, mais aussi chez Hegel et Marx. Le nœud gordien entre les juifs, le judaïsme et l’argent semblait aller de soi parmi les élites érudites. Le fait que la grande majorité des millions de juifs, en Europe orientale, ait souffert de la faim, et ait vécu en situation de pauvreté, n’a absolument pas eu d’effet sur Charles Dickens, Fiodor Dostoïevski, ni sur une grande fraction de la gauche européenne. Dans la France moderne, la judéophobie a connu de beaux jours non seulement chez Alphonse Toussenel, Maurice Barrès et Edouard Drumont, mais aussi chez Charles Fourier, Pierre-Joseph Proudhon, voire, pendant un temps, chez Jean Jaurès et Georges Sorel.
Avec le processus de démocratisation, la judéophobie a constitué un élément immanent parmi les préjugés des masses européennes : l’affaire Dreyfus a fait figure d’événement « emblématique », en attendant d’être surpassée, et de loin, par l’extermination des juifs durant la seconde guerre mondiale. C’est entre ces deux événements historiques qu’est né le sionisme, en tant qu’idée et mouvement.
Il faut cependant rappeler que jusqu’à la seconde guerre mondiale, la grande majorité des juifs et leurs descendants laïques étaient antisionistes. Il n’y avait pas que l’orthodoxie, forte et organisée, pour s’indigner face à l’idée de précipiter la rédemption en émigrant vers la Terre Sainte ; les courants religieux plus modernistes (réformateurs ou conservateurs), s’opposaient aussi vivement au sionisme. LeBund, parti laïque en qui se reconnaissait la majorité des yiddishophones socialistes de l’empire russe, puis de la Pologne indépendante, considérait les sionistes comme des alliés naturels des judéophobes. Les communistes d’origine juive ne perdaient pas une occasion de condamner le sionisme comme complice du colonialisme britannique.
Après l’extermination des juifs d’Europe, les rescapés qui n’avaient pas réussi à trouver à temps refuge en Amérique du Nord, ou en URSS, adoucirent leur relation hostile au sionisme, alors même que la majorité des pays occidentaux et du monde communiste en venait à reconnaître l’Etat d’Israël. Le fait que la création de cet Etat se soit effectuée, en 1948, aux dépens de la population arabe autochtone ne gêna pas outre mesure. La vague de la décolonisation en était encore à ses prémices, et ne constituait pas une donnée à prendre en compte. Israël était alors perçu comme un Etat-refuge pour les juifs errants, sans abri ni foyer.
Le fait que le sionisme ne soit pas parvenu à sauver les juifs d’Europe, et que les survivants aient souhaité émigrer en Amérique, et malgré la perception du sionisme comme étant une entreprise coloniale au plein sens du terme, n’altèrent pas une donnée significative : le diagnostic sioniste concernant le danger qui planait sur la vie des juifs dans la civilisation européenne du vingtième siècle (nullement judéo-chrétienne !), s’était avéré exact. Théodore Herzl, le penseur de l’idée sioniste, avait, mieux que les libéraux et les marxistes, compris les judéophobes de son époque.
Cela ne justifie pas, pour autant, la définition sioniste selon laquelle les juifs forment un peuple-race. Cela ne justifie pas davantage la vision des sionistes décrétant que la Terre Sainte constitue la patrie nationale sur laquelle ils auraient des droits historiques. Les sionistes ont, cependant, créé un fait accompli politique, et toute tentative de l’effacer se traduirait par de nouvelles tragédies dont seront victimes les deux peuples qui en ont résulté : les Israéliens et les Palestiniens.
Il faut en même temps se souvenir et le rappeler : si tous les sionistes ne réclament pas la poursuite de la domination sur les territoires conquis en 1967, et si nombre d’entre-eux ne se sentent pas à l’aise avec le régime d’apartheid qu’Israël y exerce depuis 52 ans, tout un chacun qui se définit comme sioniste s’obstine à voir en Israël, au moins dans ses frontières de 1967, l’Etat des juifs du monde entier, et non pas une République pour tous les israéliens, dont un quart ne sont pas considérés comme juifs, parmi lesquels 21% sont arabes.
Si une démocratie est fondamentalement un Etat aspirant au bien-être de tous ses citoyens, de tous ses contribuables, de tous les enfants qui y naissent, Israël, par-delà le pluralisme politique existant, est, en réalité, une véritable ethnocratie, à l’instar de ce qu’étaient la Pologne, la Hongrie, et d’autres Etats d’Europe de l’Est, avant la seconde guerre mondiale.
La tentative du président français Emmanuel Macron et de son parti visant aujourd’hui à criminaliser l’antisionisme comme une forme de l’antisémitisme s’apparente à une manœuvre cynique et manipulatoire. Si l’antisionisme devenait une infraction pénale, je recommanderais à Emmanuel Macron de faire condamner, à titre rétroactif, lebundiste Marek Edelman, qui fut l’un des dirigeants du ghetto de Varsovie et totalement antisioniste. Il pourrait aussi convier au procès les communistes antisionistes qui, plutôt que d’émigrer en Palestine, ont choisi de lutter, les armes à la main, contre le nazisme, ce qui leur a valu de figurer sur « l’affiche rouge ».
S’il entend faire preuve de cohérence dans la condamnation rétroactive de toutes les critiques du sionisme, Emmanuel Macron devra y joindre ma professeure Madeleine Rebérioux, qui présida la Ligue des Droits de l’Homme, mon autre professeur et ami : Pierre Vidal-Naquet, et aussi, bien évidemment : Éric Hobsbawm, Edouard Saïd, et bien d’autres éminentes figures, aujourd’hui décédées, mais dont les écrits font encore autorité.
Si Emmanuel Macron souhaite s’en tenir à une loi réprimant les antisionistes encore en vie, la dite-future loi devra aussi s’appliquer aux juifs orthodoxes de Paris et de New-York qui récusent le sionisme, à Naomi Klein, Judith Butler, Noam Chomsky, et à bien d’autres humanistes universalistes, en France et en Europe, qui s’auto-identifient comme juifs tout en s’affirmant antisionistes.
On trouvera, bien évidemment, nombre d’idiots à la fois antisionistes et judéophobes, de même qu’il ne manque pas de pro-sionistes imbéciles, judéophobes aussi, pour souhaiter que les juifs quittent la France et émigrent vers l’Etat d’Israël. Faudra-t-il les inclure également dans cette grande envolée judiciaire ? Prenez garde, Monsieur le Président, à ne pas vous laisser entraîner dans ce cycle infernal, au moment précis où la popularité décline !
Pour conclure, je ne pense pas qu’il y ait une montée significative de l’antijudaïsme en France. Celui-ci a toujours existé, et je crains, hélas, qu’il n’ait encore de beaux jours devant lui. Je n’ai, toutefois, aucun doute sur le fait que l’un des facteurs qui l’empêche de régresser, notamment dans certains quartiers où vivent des gens issus de l’immigration, est précisément la politique pratiquée par Israël à l’encontre des Palestiniens : ceux qui vivent, comme citoyens de deuxième catégorie, à l’intérieur de « l’Etat juif », et ceux qui, depuis 52 ans, subissent une occupation militaire et une colonisation brutales.
Faisant partie de ceux qui protestent contre cette situation tragique, je soutiens de toutes mes forces la reconnaissance du droit à l’autodétermination des Palestiniens, et je suis partisan de la « désionisation » de l’Etat d’Israël. Devrai-je, dans ce cas, redouter que ma prochaine visite en France, ne m’envoie devant un tribunal ?
Traduit de l’hébreu par Michel Bilis Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.
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Voici encore une réflexion pertinente pour mieux comprendre les enjeux dans ce domaine. Le 22 juin 2018, le journaliste bénévole Michel Collon, retraité et donc libre d'épées de Damoclès alimentaires, développait pendant 15 minutes le sujet...
Un programme très discret du gouvernement et de l’armée. Des dizaines de millions de dollars. Des experts sans scrupules. Plusieurs milliers de jeunes soldats et étudiants fanatisés. Leur mission : inonder Internet en permanence, manipuler Wikipedia, censurer Youtube, trafiquer Google.
L'enjeu : vous ! Contrôler vos infos et donc votre opinion. En réalité, les calomnies ne tombent pas du ciel, c’est une arme pour discréditer et empêcher le véritable débat. Une première enquête de Michel Collon. Basée sur des documents israéliens.
Parce que nous sommes décidés à lancer l’alerte. Il faut contrer cette campagne de désinformation massive salissant les personnalités qui soutiennent la cause palestinienne. Il faut défendre la liberté d’expression et de critique du colonialisme ! Merci pour votre soutien !
http://dons.michelcollon.info/fr
Investig’Action est un collectif fondé par Michel Collon en 2004. Il regroupe des journalistes, des écrivains, des vidéastes, des traducteurs, des graphistes et toute une série d’autres personnes qui travaillent au développement de l’info alternative. Parce qu’on ne peut laisser des médias dominés par la logique marchande monopoliser l’information sur les guerres, l’économie et les rapports Nord-Sud, Investig’Action milite pour donner la parole aux sans-voix.
(...)
Convaincu que la presse mainstream ne peut être réformée même si des journalistes courageux y font ce qu’ils peuvent, Michel décide de fonder Investig’Action avec l’idée que le rôle des citoyens est essentiel pour garantir le droit à l’info. Aujourd’hui, le collectif peut donc compter sur le soutien de centaines de bénévoles : journalistes professionnels, correspondants, capteurs de bonnes infos, traducteurs, diffuseurs, graphistes, écrivains, dessinateurs, correcteurs, étudiants, informaticiens…
________________________________ Mise à jour du 7 mars 2019 :
Voici encore un témoignage qui me semble intéressant à ce sujet :
(...) Le député Sylvain Maillard vient de proposer un projet de loi [visant à pénaliser non pas les propos racistes (ils le sont déjà dans plusieurs lois), mais ce qu'ils appellent des propos antisionistes], et affirme : « On a le droit de critiquer le gouvernement israélien, mais pas de remettre en question le droit de l'État [d'Israël] d'exister. Personne ne remet en question le droit à l'existence de la France ou de l'Allemagne. » Doublement faux : contrairement à la France ou à l'Allemagne, l'État d'Israël est le produit d'une colonisation, et nombreux ont été les États colonialistes dont on a refusé la légitimité (la Rhodésie ou l'Afrique du Sud, pour ne donner que deux exemples). De même que l'existence ne fait pas le droit, la non-existence ne signifie pas l'absence du droit à exister, comme l'ont montré le sort de dizaines d'États colonisés qui sont devenus souverains.
Deuxième erreur : l'antisionisme est originellement une idéologie juive et pas une invention d'islamo-gauchistes. Quand, au tournant du XXe siècle, le sionisme a vu le jour, l'immense majorité des Juifs s'y étaient opposés : les religieux pour des raisons théologiques, le mouvement ouvrier juif (en particulier le Bund) par socialisme... et les Juifs bourgeois d'Europe occidentale par peur de perdre leurs droits civiques.
L'antisémitisme est une forme de racisme et doit être combattu sans répit —d'autant plus qu'en Europe et aux États-Unis, il relève la tête, ou plutôt, sort au grand jour. L'antisionisme, lui, est une opinion politique, la forme spécifique de l'anticolonialisme en Palestine-Israël. Cette opinion n'est pas seulement légitime ; de mon point de vue, elle est juste. Quand Emmanuel Macron avait, en 2017, fait l'amalgame, il voulait caresser les dirigeants du Crif dans le sens du poil. Quand Sylvain Maillard propose son projet de loi, il veut dédouaner les dirigeants israéliens du véritable problème de ces dernières années : leur tentative de renforcer un front des États européens d'extrême droite (Hongrie, Pologne, Slovaquie, etc.) et semi-totalitaires, pour affaiblir la « vieille Europe. », attachée à une certaine conception du droit et des droits et donc critique face à la politique plus raciste que jamais de Benyamin Netanyahou.
Michel Warschawski inSiné Mensuel nº 84, mars 2019, page 25.
________________________________ Mise à jour du 10 mars 2019 :
...dont on parle plutôt peu. Car loin du psittacisme médiatique, il y a bon nombre d'événements qui nous interpellent autrement dont on ne parle que peu ou sous l'angle de la propagande unique. Nous essayons de repérer et de glaner des faits/sujets/positions en dehors de l'actu ou de l'éditocratie.
Voici notre cinquième sommaire de cette année scolaire, celui correspondant au 20 février 2019.
Et merci à mes élèves pour leurs contributions !
Voici quelques bribes extraites de notre journal :
Des véhicules blindés et des munitions fournis par la France sont au cœur de la répression sanglante des manifestations en 2013.
Des centaines de véhicules blindés, des navires de guerre, des machines à produire des munitions et même le fleuron de la production militaire française, l’avion de chasse Rafale. Nul inventaire à la Prévert, mais l’impressionnante liste des armes vendues par la #France à l’Égypte depuis 2012.
Une bien belle hypocrisie pour un pays qui a signé, ratifié et même promu des textes internationaux pour le contrôle des #armes. Retour sur une enquête de longue haleine dans ce nouvel épisode d’ « Eclairage ».
Présentation :
Sarah Roussel – chargé de campagne, Amnesty International France.
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Les gens de biens ont toujours soif, ils ne parviennent jamais à se désaltérer, et dans le courant de cette onde ultralibérale bien corrompue, ils font des progrès dans la privatisation de l'eau potable ou ont raflé sa gestion et sa distribution dans trop de municipalités, depuis quelques décennies, grâce aux services rendus par leurs subalternes (la plupart des élus) et quelques gogos (ahhh, la fraude innocente !) à l'échelle des communes, en ce qui concerne la France. Que le passage au robinet de tout un chacun nous rapporte des profits, que la soif des autres nous donne à trinquer, serait leur devise. Et ils se lâchent sans gêne par-dessus le marché, n'est-ce lé ? Vivement qu'ils mettent de l'eau dans leur vin !
Donc, un peu partout, au lieu de participer à la gestion de la flotte et de ses infrastructures, de veiller à leurs bons maintien, qualité et sécurité, et d'éviter les fuites de toutes les liquidités, les citoyens assistent à la déchéance du service, à la dégradation de la qualité du précieux liquide dans les réseaux (contaminée parfois à un niveau criminel) et à la détérioration de leurs infrastructures d'alimentation en eau. En échange, ils écopent de factures peu potables et bien salées destinées à engraisser des actionnaires et des directeurs financiers ou commerciaux et autres cadres.
Disons en passant qu'en France, il existe une association si hardie qu'elle ose troubler ce breuvage aux dividendes, persuadée que...
Parce que l’Eau n’est pas une marchandise mais un Bien Commun, il est
urgent de s’emparer de notre ressource de manière citoyenne et
participative.
Elle s'appelle Eau Bien Commun.AuRA et prône donc une gestion publique et citoyenne de l'eau et de son assainissement. Selon elle, l'eau en régie publique serait de 10 à 40% moins chère. En plus, elle ne réalise pas de bénéfices : quand il y en a, elle allège les factures ou réinvestit dans le réseau.
J'en ai entendu parler grâce à Léa Gasquet qui s'est penché sur le sujet dans le Siné Mensuel nº 83, de février 2019 (pages 10-12). Voici un extrait éclairant de son reportage :
(...) Anne Le Strat, cheville ouvrière de la remunicipalisation de l'eau à Paris, complète la démonstration : « Le vrai scandale est moins "combien on paie" que "qu'est-ce qu'on paie". Une entreprise privée doit dégager rapidement des profits pour ses actionnaires. En régie, c'est l'intérêt public qui prime. Cela passe par une vision à long terme, des investissements pour une gestion patrimoniale des infrastructures, et des actions en faveur de la préservation des ressources en eau. » La régie Eau de Paris, comme celle de Lons-le-Saunier dans le Jura, travaille avec les agriculteurs proches de ses zones de captage pour encourager les conversions en bio et protéger les nappes phréatiques des contaminations aux pesticides. Logique ! Rendre potable une eau peu polluée revient aussi moins cher. À Strasbourg ou à Grenoble, l'eau n'est même plus traitée avant d'arriver au robinet.
Avant d'en venir là, il s'agit de rattraper les dégâts. À Montpellier, Thierry Uso, de l'association Eau secours 34, s'est battu pour le retour en régie publique de la métropole et fait désormais partie du conseil d'administration : « On avait calculé que l'on pourrait baisser de 40% le prix de l'eau par rapport à l'ancienne société privée. Mais vu l'état des canalisations, on a décidé de ne le baisser que de 10% et de consacrer le reste aux investissements. Sans quoi, ce sont les générations suivantes qui paieront le prix fort. » Pratique courante à l'époque et interdite depuis, pour obtenir le marché en 1989, Veolia a versé un droit d'entrée à la mairie de Georges Frêche de 250 millions de francs. Ce « cadeau » était en réalité un prêt assorti d'un taux d'intérêt de 7,5% par an. D'après les calculs de l'association, l'entreprise s'est remboursée trois fois. À ce prix, on s'imagine des canalisations en plaqué or ! Pensez-vous... « Au rythme où allaient les travaux, il aurait fallu trois cents ans pour tout réparer. Or la durée de vie d'une canalisation est de cinquante à quatre-vingts ans. Au-delà, ça pète ou ça fuit ! » pointe Thierry Uso. Alors que le Grenelle II fixe comme objectif national un taux de fuite maximum de 15%, à Nîmes, où opère la Saur, 30% de l'eau produite se perd dans les sous-sols. À Évreux (Suez), c'est presque 40%. Et la palme revient ironiquement à Capesterre-Belle-Eau, en Guadeloupe, où Veolia a eu la mainmise pendant des décennies : 70% de taux de fuite ! » (...)
La France doit en finir avec les violences faites aux manifestants, en bannissant les armes mutilantes et en s'inspirant des méthodes de médiation mises en place dans plusieurs pays européens. Analyse et propositions avec Marie-Christine Vergiat (GUE-GVN) et Christine Revault d'Allonnes-Bonnefoy (S et D).
J'ai eu vent de ce nouveau film sur mai 68 grâce à une critique du metteur en scène et comédien Philippe Person, publiée par le numéro de février 2019 du Monde diplomatique (page 26). Il nous apprend que les réalisateurs ont ajouté au matériel qu'ils avaient filmé à l'époque « d'autres témoignages majeurs issus des films de William Klein, de Jean-Pierre Thorn, des groupes Medvedkine, etc. ». [À propos du film de Klein Grands soirs et petits matins, cliquez ci-contre].
Voici la bande-annonce des Révoltés :
Ouvriers, étudiants et jeunes s’opposent, en mai 1968, à la morale et au pouvoir en place. Les facultés et les usines sont occupées. Les barricades sont dressées. Les pavés sont lancés. La parole cède la place aux actes. C’est l’affrontement. Ces images nous plongent au coeur des évènements et témoignent des hommes et des femmes qui, indignés jusque-là, marchent vers leur révolution.
L'ouvrier qui s'exprime à la fin de cette bande-annonce dit exactement :
« Ça ne suffit pas, tout ça... Il faut voir plus loin, et le plus loin, pour moi, c'est une société humaine, et non une société de machines, une société de profits, une société totalement capitaliste. »
...Car loin du psittacisme médiatique, il y a bon nombre d'événements qui nous interpellent autrement dont on ne parle que peu ou sous l'angle de la propagande unique. Nous essayons de repérer et de glaner des faits/sujets/positions en dehors de l'actu ou de l'éditocratie. Voici notre quatrième sommaire de cette année scolaire (abordé aujourd'hui 23 janvier 2019).
Merci à mes élèves pour leurs contributions !
Voici un détail extrait de notre quatrième journal :
Glyphosate : les autorités sanitaires ont plagié Monsanto Ce document était au cœur de la décision de réautoriser en 2017 l’herbicide en Europe.
Le chapitre « Génotoxicité » de l’évaluation du glyphosate par le BfR. Les passages surlignés en rouge sont plagiés depuis le dossier d’homologation déposé par les industriels, selon deux chercheurs. Weber & Burtscher - Source : Stéphane Foucart/Le Monde
Sécurité des couches pour bébé est le nom du dernier rapport de l'ANSES.
Il s'agit d'un avis révisé relatif à la sécurité des couches pour bébé ; signé le 17 janvier 2019, il annule et remplace l’avis du 6 décembre 2018 en la matière et conclut qu'on a détecté des substances chimiques dangereuses, dont du glyphosate, dans les couches jetables pour bébés, y compris dans celles dites « écologiques », ce qui comporte un risque pour la santé des enfants.
Selon l'ANSES :
Les travaux [de l'expertise] ont été présentés aux CES [comités d’experts spécialisés] tant sur les aspects méthodologiques que scientifiques entre mai 2016 et novembre 2018. Ils ont été adoptés par le CES réuni le 15 novembre 2018.
L’Anses analyse les liens d’intérêts déclarés par les experts avant leur nomination et tout au long
des travaux, afin d’éviter les risques de conflits d’intérêts au regard des points traités dans le cadre
de l’expertise.
Le rapport indique comme introduction :
Depuis les années 1990, plus de 90% des familles de la majorité de l’Union européenne utilisent
des couches à usage unique (EDANA, 2011). En France, depuis bientôt 20 ans, plus de 95 % des
bébés portent des couches jetables (Group’Hygiène, 2015). L’estimation du nombre total de
couches jetables utilisées par bébé avant l’âge de l’apprentissage de la propreté varie entre 3 800
et 4 800. Cette estimation varie selon l’âge d’acquisition de la propreté considéré (entre 2,5 et 3
ans).
L’analyse et les conclusions de l’expertise portent sur les pathologies cutanées provoquées par le port de couches et les risques chimiques. Au sujet des pathologies cutanées, le rapport constate que...
La fréquence et la
sévérité des dermatites du siège ont diminué au cours du temps, principalement grâce aux
améliorations de la performance et du modèle des couches à usage unique au cours des 30
dernières années. L’âge le plus fréquent d’apparition de ces dermatites est de 9 à 12 mois.
Mais les conclusions de l'ANSES lancent une alerte :
Il n’existe aucune donnée épidémiologique permettant de mettre en évidence une association
entre des effets sanitaires et le port de couches. Toutefois, des substances chimiques
dangereuses ont été retrouvées dans ces couches. Sur la base des résultats des essais de l’INC
et du SCL et des données bibliographiques, une évaluation quantitative de risques sanitaires a été
réalisée sur les couches pour bébé à usage unique selon des scenarios affinés considérés
réalistes. Cette EQRS a mis en évidence des dépassements de seuils sanitaires pour plusieurs
substances. Aussi, à ce jour et en l’état actuel des connaissances, il n’est pas possible d’exclure
un risque sanitaire lié au port des couches à usage unique.
L'ANSES trouve que le dispositif réglementaire existant n'est pas « suffisant, du fait de la présence de substances chimiques dangereuses dans ces produits. Le
CES recommande l’élaboration d’un cadre réglementaire plus restrictif afin de limiter la présence de ces substances ». Puis, parmi ses recommandations, elle nous prévient :
Par ailleurs, l’Anses souligne en outre qu’il existe d’autres sources d’exposition à ces substances auxquelles les enfants entre 0 et 36 mois peuvent potentiellement être exposés, la présence, pour certaines d’entre elles, étant documentée notamment dans l’Étude alimentation totale infantile
(Anses, 2016). Il ne peut donc être exclu que le cumul des expositions par différentes voies d’exposition conduise à une augmentation des risques évalués dans la présente expertise, notamment pour ce qui concerne les dioxines, furanes, PCB-DL, HAP, COV, certains pesticides et le formaldéhyde.
En conséquence, l’Anses recommande d’éliminer ou de réduire autant que possible la présence de ces différentes substances et familles de substances indésirables dans les couches pour bébé en appliquant le principe ALARA.
ALARA est l’acronyme anglophone de « As Low As Reasonably Achievable », que l'on peut traduire en Français par « Aussi basse que raisonnablement possible ».
À propos de ce rapport de l'ANSES, Stéphane Mandard introduisait hier comme suit son information dans le quotidien Le Monde :
Voici une étude qui devrait inciter les parents à abandonner définitivement l’usage des couches jetables. Et à les troquer contre des modèles lavables, certes plus contraignants en matière de logistique mais moins à risque pour la santé des bébés. Dans un rapport inédit publié mercredi 23 janvier, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) alerte sur « la présence de différentes substances chimiques dangereuses dans les
couches jetables qui peuvent notamment migrer dans l’urine et entrer en contact prolongé avec la peau des bébés ».
La liste est aussi longue qu’inquiétante. L’Anses a identifié une soixantaine de substances chimiques, dont du glyphosate, le fameux herbicide de
Monsanto. Mais aussi des pesticides interdits depuis plus de quinze ans, comme le lindane, le quintozène ou l’hexachlorobenzène. Et de nombreuses substances parfumantes, comme l’alcool benzylique ou le butylphényl. Ou encore des polychlorobiphényles (PCB), des dioxines, des composés organiques volatiles (naphtalène, styrène, toluène, etc.), des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), que l’on retrouve habituellement dans la fumée de cigarette ou des moteurs diesel.
Certains de ces agents ayant des effets cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques démontrés ou étant considérés comme des perturbateurs endocriniens, les risques liés à leur exposition ne se bornent pas à de simples irritations cutanées.
(...)
L’Anses avait été saisie, en janvier 2017, par la direction générale de
la santé, la DGCCRF et la direction générale de la prévention des risques après une enquête de l’association 60 millions de consommateurs.
Au sujet du glyphosate, laissons que la journaliste et réalisatrice Marie-Monique Robin, vraie experte en la matière, s'exprime un tant soit peu. La-voilà, invitée de l’émission « 7 jours sur la planète » (TV5Monde) :
Du même en pire. Voilà ce qu'on nous a donné après l'explosion de la bulle, après l'éclosion de la soi-disant Crise.
Les fantoches qui nous gouvernent, nous bourrent le crâne et nous pillent ne tirent de leçon, de recette, de "réforme", que du même empire, ne nous flanquent que du même en pire.
Bref, ça va de mal en pire puisque la pompe a toujours soif et que, conséquemment, logiquement, les remèdes sont pire que le mal —et mis à part que ça va de mal empire puisque le bon empire n'existe pas.
Donc, si on n'y fait rien, on peut conclure que le pire n'est point arrivé.
Mais voilà qu'en France, hors saison, des centaines de milliers de personnes se sont soulevées et ont commencé à s'organiser, en même temps —contre du macro-n-même en pire. Ce sont les Gilets Jaunes.
Les Gilets Jaunes sont des centaines de milliers de gens qui en ont vu
de toutes les couleurs, des gens vraiment de tout poil, c'est-à-dire, d'une énorme diversité générationnelle, régionale, sociale, culturelle, professionnelle et politique. Et parmi eux, il y en a beaucoup qui
appartenaient jusqu'à présent à des obéissances —les unes disons encore moins (1) sympathiques que les autres. Dans cette intéressante variété française, il y en a même qui ont décidé de frapper à la porte d'un porte-parole du pouvoir ploutocrate pour s'exprimer. Nous savions qu'un chariot élévateur (2) sert au chargement, au transport et au déchargement de palettes dans les usines, les ports ou les entrepôts de stockage, mais nous avons vérifié que sa souplesse d'utilisation rend d'autres usages possibles, y compris celui de porte-parole-enfonce-porte-du-porte-parole.
En tout cas, c'est une même rage qui rassemble tous ces Gilets Jaunes depuis octobre 2018, une même fureur qui les aide à comprendre qu'ils se ressemblent beaucoup plus qu'ils n'imaginaient. En tant qu'êtres humains qui souffrent et qui ont jusqu'à présent été la proie, et souvent la dupe, des mêmes charognards.
Le seul fait de se réunir, de faire des échanges, de libérer la parole est non seulement thérapeutique, mais foncièrement révolutionnaire (cf. beaucoup d'expériences du 15M en Espagne), car le régime libéral —qui se gargarise de liberté d'expression, de dialogue, de démocratie (pouvoir du peuple)...— exige, comme tous les régimes et toutes les églises, un peuple mouton bien conditionné, et se croyant libre par-dessus le marché, et auquel ne reviendra jamais son Économie (comme on ne revient pas sur la suppression de l'ISF). Bon, sauf aux moutonsRothschild dont certains sont parfois promus au rang de « premier grand crû et embelli classé ».
Alors, pour des loups dont le rôle est d'obtenir des moutons et quelquesvachestrès vaches moyennant un dressage tous azimuts, on ne peut pas comparer des individus-bien-divisés (intra et inter, voire concurrents) bossant tête baissée machinalement, sans désemparer, et des gens qui s'arrêtent, se rencontrent et échangent leurs idées. L'arrêt de travail et la tchatche en même temps ! La fin du monde ! Tout à coup, on découvre beaucoup de choses : on apprend. Et on apprend, par exemple, qu'on n'est ni seul ni fou.
Il est bon de sentir que ça-va-pas, quand ça va pas. Il serait aussi souhaitable de pousser un peu plus loin l'analyse pour en saisir les raisons et les enjeux. Il faut essayer de mieux comprendre. André Gorz peut bien aider dans ce but. Il écrivait, par exemple, dans sa présentation de Misères du présent, richesse du possible (Éditions Galilée, 1997) :
Il faut apprendre à discerner les chances non réalisées qui sommeillent dans les replis du présent. Il faut vouloir s’emparer de ces chances, s’emparer de ce qui change. Il faut oser rompre avec cette société qui meurt et qui ne renaîtra plus. Il faut oser l’Exode. Il faut ne rien attendre des traitements symptomatiques de la « crise », car il n’y a plus de crise : un nouveau système s’est mis en place qui abolit massivement le « travail ». Il restaure les pires formes de domination, d’asservissement, d’exploitation en contraignant tous à se battre contre tous pour obtenir ce « travail » qu’il abolit. Ce n’est pas cette abolition qu’il faut lui reprocher : c’est de prétendre perpétuer comme obligation, comme norme, comme fondement irremplaçable des droits et de la dignité de tous ce même « travail » dont il abolit les normes, la dignité et l’accessibilité. Il faut oser vouloir l’Exode de la « la société de travail » : elle n’existe plus et ne reviendra pas. Il faut vouloir la mort de cette société qui agonise afin qu’une autre puisse naître sur ses décombres. Il faut apprendre à distinguer les contours de cette société autre derrière les résistances, les dysfonctionnements, les impasses dont est fait le présent. Il faut que le « travail » perde sa centralité dans la conscience, la pensée, l’imagination de tous : il faut apprendre à porter sur lui un regard différent ; ne plus le penser comme ce qu’on a ou n’a pas, mais comme ce que nous faisons. Il faut oser vouloir nous réapproprier le travail. (...) À vouloir nier « la fin du travail » au nom de la nécessité et de sa permanence au sens anthropologique ou philosophique, on démontre le contraire de ce qu'on voulait prouver : c'est précisément au sens de réalisation de soi, au sens de « poièsis », de création d'une œuvre ou d'un ouvrage que le travail disparaît le plus rapidement dans les réalités virtualisées de l'économie de l'immatériel. Si on désire sauver et perpétuer ce « véritable travail », il est urgent de reconnaître que le véritable travail n'est plus dans le « travail » : le travail, au sens de poièsis, qu'on fait, n'est plus (ou n'est que de plus en plus rarement) dans le « travail » au sens social, qu'on a. Ce n'est pas en invoquant son caractère anthropologiquement nécessaire qu'on démontrera la pérennité nécessaire de la « société de travail ». Au contraire : il nous faut sortir du « travail » et de la « société de travail » pour retrouver le goût et la possibilité du travail « véritable ». (...)
On verra ce que pourra donner ce mouvement composite des Gilets Jaunes. Pour l'instant, en voici un échantillon : il m'est un plaisir de relayer l'émouvant Deuxième Appel des Gilets Jaunes de Commercy, du 30 décembre 2018, qui annonce une certaine couleur. Sans langue interlope, ils encouragent tous les Gilets Jaunes et "toutes celles et ceux qui ne portent pas encore le gilet mais qui ont quand même la rage au ventre" à former des assemblées populaires partout en France et à essayer une convergence nationale ; dans ce but, ils ont proposé et réussi l'organisation d'une grande assemblée justement à Commercy, dans la Meuse, en Lorraine, les 26 et 27 janvier (guide et déroulé du programme), une grande assemblée "où débattre tous ensemble des suites de notre mouvement".
Notre deuxième appel s’adresse :
A tous les Gilets Jaunes. A toutes celles et ceux qui ne portent pas encore le gilet mais qui ont quand même la rage au ventre.
Cela fait désormais plus de six semaines que nous occupons les
ronds-points, les cabanes, les places publiques, les routes et que nous
sommes présents dans tous les esprits et toutes les conversations.
Nous tenons bon !
Cela faisait bien longtemps qu’une lutte n’avait pas été aussi suivie, aussi soutenue, ni aussi encourageante !
Encourageante car nos gouvernants ont tremblé et tremblent encore sur leur piédestal
Encourageante car ils commencent à concéder quelques miettes.
Encourageante car nous ne nous laissons désormais plus avoir par quelques os à ronger.
Encourageante
car nous apprenons toutes et tous ensemble à nous respecter, à nous
comprendre, à nous apprécier, dans notre diversité. Des liens sont
tissés. Des modes de fonctionnement sont essayés. Et ça, ils ne peuvent
plus nous l’enlever.
Encourageante
aussi, car nous avons compris qu’il ne faut plus nous diviser face à
l’adversité. Nous avons compris que nos véritables ennemis, ce sont les
quelques détenteurs d’une richesse immense qu’ils ne partagent pas : les
500 personnes les plus riches de France ont multiplié par 3 leur
fortune depuis la crise financière de 2008, pour atteindre 650 milliards
d’€ !!! Les cadeaux fiscaux (3) et sociaux faits aux plus grandes sociétés
s’élèvent également à plusieurs centaines de milliards par an. C’est
intolérable !
Encourageante
enfin, car nous avons compris que nous étions capables de nous
représenter nous mêmes, sans tampon entre les puissants et le peuple,
sans partis qui canalisent les idées à leur seul profit, sans corps
intermédiaires davantage destinés à amortir les chocs, à huiler le
système, plutôt qu’à nous défendre.
Nous pleurons aujourd’hui les victimes de la répression, plusieurs
morts et des dizaines de blessés graves. Maudits soient ceux qui ont
permis cela, mais qu’ils sachent que notre détermination est intacte,
bien au contraire !
Nous sommes fiers de ce chemin accompli si vite et de toutes ces
prises de conscience qui sont autant de victoires sur leur système
écrasant.
Et nous sentons très bien que cette fierté est partagée par énormément de gens.
Comment pourrait-il en être autrement, alors que ce système et ce
gouvernement qui le représente n’ont de cesse de détruire les acquis
sociaux, les liens entre les gens, et notre chère planète ?
Il nous faut donc continuer, c’est vital. Il nous faut amplifier ces
premiers résultats, sans hâte, sans nous épuiser, mais sans nous
décourager non plus. Prenons le temps, réfléchissons autant que nous
agissons.
Nous appelons donc toutes celles et ceux qui partagent cette rage et
ce besoin de changement, soit à continuer à porter fièrement leur gilet
jaune, soit à l’enfiler sans crainte.
Il faut désormais nous rassembler partout, former des assemblées
citoyennes, populaires, à taille humaine, où la parole et l’écoute sont
reines.
Des assemblées dans lesquelles, comme à Commercy, chaque décision est
prise collectivement, où des délégués sont désignés pour appliquer et
mettre en musique les décisions. Pas l’inverse ! Pas comme dans le
système actuel. Ces assemblées porteront nos revendications populaires
égalitaires, sociales et écologiques.
Certains s’autoproclament représentants nationaux ou préparent des
listes pour les futures élections. Nous pensons que ce n’est pas le bon
procédé, tout le monde le sent bien, la parole, notre parole va se
perdre dans ce dédale ou être détournée, comme dans le système actuel.
Nous réaffirmons ici une fois de plus l’absolue nécessité de ne nous laisser confisquer notre parole par personne.
Une fois ces assemblées démocratiques créées, dans un maximum d’endroits, elles ouvriront des cahiers de revendications.
Le gouvernement a demandé aux maires de mettre en place des cahiers
de doléances dans les mairies. Nous craignons qu’en faisant ainsi nos
revendications soient récupérées et arrangées à leur sauce et qu’à la
fin, elles ne reflètent plus notre diversité. Nous devons impérativement
garder la main sur ces moyens d’expression du peuple ! Pour cela, nous
appelons donc à ce qu’ils soient ouvert et tenus par les assemblées populaires !
Qu’ils soient établis par le peuple et pour le peuple !
Depuis Commercy, nous appelons maintenant à une grande réunion nationale des comités populaires locaux.
Fort du succès de notre 1er appel, nous vous proposons de l’organiser démocratiquement, en janvier, ici à Commercy, avec des délégués de toute la France, pour rassembler les cahiers de revendications et les mettre en commun.
Nous vous proposons également, d’y débattre tous ensemble des suites de notre mouvement.
Nous vous proposons enfin de décider d’un mode d’organisation collectif des gilets jaunes, authentiquement démocratique, issu du peuple et respectant les étapes de la délégation.
Ensemble, créons l’assemblée des assemblées, la Commune des communes.
C’est le sens de l’Histoire, c’est notre proposition.
VIVE LE POUVOIR AU PEUPLE, PAR LE PEUPLE, ET POUR LE PEUPLE !
Si vous êtes intéressés par notre démarche, nous proposons que l’assemblée des assemblées se tienne le samedi 26 janvier à 14h à Commercy (ou endroit proche, selon la disponibilité des lieux).
L’ordre du jour, le lieu, et les modalités pratiques seront bientôt annoncés sur la page Facebook "Les Gilets Jaunes de Commercy".
(...)
Et c'est au cœur de la morte saison, par ces courtes journées de pénombre rabougrie où le printemps semble si loin qu'on craint qu'il ne revienne jamais, qu'une éclosion de jonquilles, un tsunami de tournesols, une marée de mimosa se déverse sur ronds-points et boulevards, rallume l'esprit de lutte.
Des mauvaises herbes et de la graine de facho disséminées dans les parterres ne suffiront pas à éteindre la flamme inespérée.
(...)
(2) Le troisième volet de La mise à mort du travail, de Jean-Robert Viallet, La Dépossession, raconte l’extraordinaire pouvoir des actionnaires sur le travail et les travailleurs. Le point de départ du documentaire est justement une usine Fenwick, premier constructeur des chariots élévateurs en France. En contemplant l'image de cet engin de levage défonçant le portail de l'Hôtel Rothelin-Charolais, 101 rue de Grenelle, qui est actuellement le siège, entre autres, du porte-parolat du gouvernement français, après avoir aussi été le siège du cabinet du ministère du Travail en 2012-13, j'y ai vu un signe après-curseur très symbolique. Ceux qui travaillent pour le capital, et en sont dépossédés, se rebiffent.
Dès son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron a pris plusieurs mesures qui
lui ont valu le surnom de « Président des riches » : la transformation
de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) en simple impôt sur la
fortune immobilière (IFI) et la création d’un prélèvement forfaitaire
unique (PFU) de 30% sur les revenus du capital (aussi appelé flat tax).
Le gouvernement avait justifié ces mesures en expliquant qu’elles
allaient profiter à la relance de l’investissement et de l’emploi, les
plus riches réinjectant cette hausse de pouvoir d’achat dans l’économie
réelle. Or, de l’aveu même du comité d’évaluation nommé par le
gouvernement, ces mesures n’ont pas d’effets positifs sur l’économie.
________________________________ Mise à jour du 22 janvier 2019 :
Pour mieux comprendre la dimension de la dépossession, d'un côté, de la concentration de richesse, de l'autre, entraînées par cette économie de la fraude innocente (qui frappe notamment les femmes et les filles), tombe à point nommé le dernier rapport de l'ONG Oxfam International qui s'intitule Partager la richesse avec celle et ceux qui la créent. Cliquez ci-contre pour le télécharger.
Voici le communiqué de presse l'introduisant :
Les 1 % les plus riches empochent 82 % des
richesses créées l’an dernier, la moitié la plus pauvre de l’humanité
n’en voit pas une miette
Publié : 22 janvier 2018
Des richesses générées l’année dernière, 82 % ont profité aux 1 % les plus riches de la population mondiale, alors que les 3,7 milliards de personnes qui forment la moitié la plus pauvre de la planète n’en ont rien vu. C’est ce que révèle un nouveau rapport d’Oxfam, « Partager la richesse avec celles et ceux qui la créent », publié aujourd’hui, à la veille du Forum économique mondial qui rassemblera le gotha du monde
politique et des affaires à Davos, en Suisse.
Ce rapport montre comment le système économique mondial permet à une élite fortunée d’accumuler d’immenses richesses, tandis que des centaines de millions de personnes peinent à survivre avec un salaire de misère.
Le patrimoine des milliardaires a augmenté en moyenne de 13 % par an depuis 2010, soit six fois plus vite que la rémunération des
travailleuses et travailleurs, qui n’a progressé que de 2 % par an en
moyenne. Entre mars 2016 et mars 2017, le nombre de milliardaires a
augmenté plus rapidement que jamais, à raison d’un nouveau milliardaire
tous les deux jours.
Quatre jours suffisent au PDG de l’une des
cinq premières marques mondiales de mode pour gagner ce qu’une ouvrière
de la confection bangladaise gagnera au cours de sa vie. Aux États-Unis,
en à peine plus d’une journée de travail, un PDG gagne autant qu’un
simple ouvrier en une année.
Porter les salaires des 2,5
millions d’ouvrières et ouvriers du textile vietnamiens à un niveau
décent coûterait 2,2 milliards de dollars par an. Cela équivaut à un
tiers des sommes versées aux actionnaires par les cinq plus grands
acteurs du secteur de la mode en 2016.
Le rapport d’Oxfam
précise les principaux facteurs qui contribuent à accroître les
rémunérations des actionnaires et des dirigeant-e-s d’entreprise au
détriment du salaire et des conditions de travail : l’érosion des droits
des travailleurs, l’influence excessive des grandes entreprises sur les
politiques publiques et la constante volonté des entreprises de réduire
au minimum les coûts pour maximiser les dividendes des actionnaires.
Pour
Winnie Byanyima, directrice générale d’Oxfam International, « le boom
des milliardaires n’est pas le signe d’une économie florissante, mais le
symptôme d’un système économique défaillant. Les personnes qui
fabriquent nos vêtements, assemblent nos téléphones et cultivent notre
nourriture sont exploitées pour assurer un approvisionnement continu de
produits bon marché et grossir les profits des multinationales et de
leurs investisseurs milliardaires. »
Les travailleuses se
retrouvent souvent au bas de l’échelle. Partout dans le monde, les
femmes gagnent systématiquement moins que les hommes et occupent
généralement les types d’emplois les moins rémunérés et les plus
précaires. En revanche, 9 milliardaires sur 10 sont des hommes.
(...) En lire plus.
Note aux rédactions :
Le rapport « Partager la richesse avec celles et ceux qui la créent »
et la méthodologie, qui explique comment Oxfam a obtenu les
statistiques y figurant, sont téléchargeables ici. Vidéos et photos haute définition
de Lan, ouvrière dans une usine de confection vietnamienne qui fournit
nombre de marques mondiales de la mode. Cela fait neuf mois que Lan n’a
pas pu rentrer voir son fils du fait de ses longues heures de travail et
de la faiblesse de son salaire.
Selon de nouvelles données du
Crédit Suisse, 42 personnes possèdent désormais autant que la moitié la
plus pauvre de l’humanité. Ce chiffre n’est pas comparable à ceux des
années précédentes, notamment la statistique des huit hommes détenant
autant de richesses que la moitié du monde (2016-2017), car il repose
sur des données actualisées et enrichies, publiées par le Crédit Suisse
en novembre 2017. En revoyant les chiffres de l’an dernier à la lumière
de ces nouvelles données, Oxfam a calculé que 61 personnes possédaient
autant que la moitié de la planète en 2016.
Les calculs d’Oxfam sont basés sur les données fournies par le Crédit Suisse dans son rapport Global Wealth Databookpublié
en novembre 2017. Le patrimoine des milliardaires a été calculé à
l’aide du classement des milliardaires publié par le magazine Forbes en
mars 2017.
RIWI et YouGov ont réalisé l’enquête en ligne pour
Oxfam dans les dix pays suivants : Inde, Nigeria, États-Unis,
Royaume-Uni, Mexique, Afrique du Sud, Espagne, Maroc, Pays-Bas et
Danemark. Pour plus d’informations sur la méthodologie et l’intégralité
des résultats, voir ici.