mardi 23 octobre 2018

Morts par la France. Thiaroye 1944

Le 19 décembre 2017, ce blog s'était déjà penché sur le massacre de Thiaroye, au Sénégal.

Il y a quelques semaines, je lisais un article de Cyril Bensimon, Charlotte Bozonnet et Laurence Caramel (Le Monde, l sur ces dossiers mémoriels qui resurgissent maintenant en France, après la reconnaissance officielle par le président Emmanuel Macron de la responsabilité de la République française dans l'assassinat au couteau de Maurice Audin, crime perpétré à Alger en présence de sa femme Josette et de son fils Pierre par des parachutistes français sous le commandement du futur général Paul Aussaresses, militaire très versé en arrestations massives, renseignement, torture et exécutions.
Dans le corps du texte du Monde, on évoquait, entre autres, ledit massacre de Thiaroye : on nous apprenait à son égard que l’opiniâtreté de l'historienne Armelle Mabon avait récemment inspiré à Patrice Perna et Nicolas Otero la bande dessinée Morts par la France. Thiaroye 1944 (Éd. Les Arènes, 146 p., sortie le 2 mai 2018. 20 €). Dont acte. Faudra la chercher.


Entretemps, voici l'info que l'on peut lire à son propos sur le site des Arènes :
« LʼHistoire est une compagne de voyage intransigeante et parfois impitoyable… Elle vous fait prendre des chemins escarpés, des sentiers semés de pièges, dʼembûches et de déceptions. Celle que je mʼapprête à vous raconter a été trop longtemps dissimulée. Enfouie sous des tonnes de mensonges, sous des tombereaux dʼhypocrisie. Mais la vérité est comme la vie, elle trouve toujours un chemin. »
Le 1er décembre 1944, à Thiaroye, au Sénégal, lʼarmée coloniale française ouvre le feu et assassine des centaines de soldats « indigènes », anciens prisonniers de guerre. Depuis, lʼÉtat français ment sur cet épisode tragique en niant ce meurtre de masse. Armelle Mabon, historienne, se bat depuis vingt ans pour rétablir la vérité.
Morts par la France rend hommage à ces soldats oubliés et tente de réhabiliter leur honneur bafoué.
Et voici l'info éditoriale sur les auteurs :
Pat Perna quitte le monde du journalisme en 2006 pour se consacrer uniquement à la bande dessinée. En 2010, il reprend, avec Jenfèvre, les rênes du Joe Bar team, pour le tome 7. Chez 12bis, il a également signé La Question de Dieu, avec Laetitia Coryn. Il est l’auteur de Forçats (Les Arènes BD, 2016-2017).
Nicolas Otero a ressenti très tôt le besoin d’exorciser le fait qu’il y ait un début et surtout une fin à chaque chose. La meilleure solution fut pour lui d’illustrer des histoires. Il a dessiné la série AmeriKKKa (EP Éditions) et publié de nombreuses BD chez Glénat, telles que la série Le Sixième Soleil et le roman graphique Confessions d’un enragé (2016), dont il est aussi le scénariste.
Quant à Armelle Mabon, elle a accordé un long et détaillé entretien à Le Point / Afrique :
ENTRETIEN. Avec son enquête sur la répression sanglante du camp de Thiaroye dont le rendu est concentré dans sa BD « Morts par la France », Armelle Mabon lève bien des secrets d'un moment sombre des relations entre la France et les Africains.
PROPOS RECUEILLIS PAR JULIEN LE GROS
Publié le  - Modifié le  | Le Point Afrique
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La presse en parle :
Presse écrite















Radio






TV






Web

























dimanche 21 octobre 2018

Radio Babel Marseille : Nous les peu


Radio Babel Marseille : ils seront à Madrid (Caixa Forum) le 23 octobre à 20h00.

Léon-Gontran Damas (Guyane, 1912-1978), in Black-Label, Ed. Gallimard, 1956 : Nous les gueux...

Nous les peu
nous les rien
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres
Nous à qui n’appartient
guère plus même
cette odeur blême
des tristes jours anciens
Nous les gueux
nous les peu
nous les riens
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres
Qu’attendons-nous
les gueux
les peu
les rien
les chiens
les maigres
les nègres
pour jouer aux fous
pisser un coup
tout à l’envi
contre la vie
stupide et bête
qui nous est faite
à nous les gueux
à nous les peu
à nous les rien
à nous les chiens
à nous les maigres
à nous les nègres


Cargocollectif.com :
Radio Babel Marseille groove vocalement ses compositions originales portées par la poésie du marseillais Louis Brauquier, navigateur poète. L’univers du voyage, de la mer et de l’exil est ici suggéré dans un mélange de beat-box, de mélodies et rythmes du monde chanté a capella.
Des univers différents et complémentaires, une fusion qui met en musique le voyage, la rencontre, le partage, les cafés, les marchés, les quais, un monde ouvrier oublié...

D I S T R I B U T I O N

Willy Le Corre
Chanteur, percussionniste aux couleurs africaines, ses compétences rythmiques, mélodiques, vocales, ainsi que son rayonnement enjoué offrent au groupe une énergie communicative.

Matthieu Jacinto dit "Joos"
Spécialiste du Human Beat-Box, il assure les rythmiques ethnique, hip-hop et jungle ainsi que de nombreux effets et illustrations sonores.

Fred Camprasse
Chanteur basse, rythmique et harmonique. D'origine antillaise, il étaye de sa voix profonde et ronde les compositions du combo.

Mehdi Laifaoui
Chanteur, percussionniste : de son chant aérien il amène en un souffle les mélopées du Maghreb et d'autre contrées africaines.

Gil Aniorte-Paz
Chanteur, compositeur, directeur artistique, co-créateur des groupes Barrio Chino et des Chants gitans sacrés de Provence. Il pilote ce combo vocal lui donnant sa fougue latine et composant avec le monde...

" Radio Babel Marseille s'annonce comme une promesse de découverte, humaine, puissante et colorée. Promesse tenue et livrée, jaillissante de ces cinq voix qui s'élèvent. Au dessus du Vieux-Port avec l'énergie d'une polyphonie polyglotte. Dans ce premier album Vers des Docks et des Quais, les cinq musiciens ont mis à l'honneur les textes de Louis Brauquier poète marseillais, marin au long cours, mais ils se sont aussi inspirés des poètes de la rue, ceux qui, dans une Marseille ouverte à vif, ont toujours un bagage à partager, une nostalgie à crever, une émotion qui déborde. Par les timbres variés des voix et le groove du beat-box, les cinq hommes de Babel créent une variété de rythmes, de sons et d'ambiances, et nous mènent d'un pays à l'autre, d'une langue à une autre. Blues, combo, volutes arabes, racines occitanes sont les alliés d'une même destinée et finissent ensemble dans un bouge ou sur les rivages. Dans une ville où l'on change de continent en traversant la rue, Radio Babel Marseille chante ce monde depuis la Joliette, entre embarcadère et débarcadère, le regard toujours tourné vers l'ailleurs. " - Cathy Jauffred -

Les cinq chanteurs de "Radio Babel Marseille" forment un combo polyphonique hors normes. Ancrés à Marseille, ces fils de La Joliette mélangent mélopées orientales, voix gitanes ou corses et hip hop vocal sur fond de beatbox et de percussions traditionnelles.

mercredi 17 octobre 2018

1er Journal des infos dont on parle plutôt peu (2018-19)

... Car loin du psittacisme médiatique, il y a bon nombre d'événements qui nous interpellent autrement dont on ne parle que peu ou sous l'angle de la propagande unique. Nous essayons de repérer et de glaner des faits/sujets/positions en dehors de l'actu ou de l'éditocratie. Voici notre premier sommaire de cette année scolaire (pour le 17.10.18). Merci à mes élèves pour leurs contributions !



Ces infos renvoient parfois à des vidéos dont...

L'Humanité (2/10/2018) - Décroissance : pourquoi l'idée avance en Europe:
Suite à une conférence regroupant à Bruxelles plusieurs centaines de chercheurs, de militants, de députés et de syndicalistes, le député européen Philippe Lamberts (Verts-ALE ) explique pourquoi, face aux défis de l'intelligence artificielle et de l'urgence environnementale, la décroissance parait aujourd'hui un enjeu politique central en Europe.

Ça commence par moi, site de Julien Vidal "pour construire un monde meilleur" :


Quant aux petits gestes qui sauvent, il faudrait peut-être rappeler, pour mieux comprendre quel est vraiment l'enjeu en la matière et quel devrait être la taille des gestes, ce que Frédéric Lordon rappelait dans un article très récent (1) publié sur son blog (hébergé par Le Monde diplomatique) :
(...) Et plus le déchaînement du capitalisme explose, plus l’inanité appelliste prospère, plus il s’agit de parler haut pour ne rien dire, de titrer gros pour ne rien voir, d’avertir à la fin des temps pour exiger la fin des touillettes. Ou bien d’échapper au réel en se laissant plonger dans le monde enchanté, le monde des songes où l’on est dispensé de poser la question des causes, comme celles des conditions de possibilité de ce qu’on veut : le monde est bien près de finir, mais nous croyons à la fée Marjolaine. Convenablement disposée, il n’y a pas de raison qu’elle ne nous sauve pas. Même si l’accumulation sauvage est la raison d’être du capitalisme, on demandera au capitalisme de se faire apaisé et décroissant.
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(1) Frédéric Lordon : Appels sans suite (1), La Pompe à Phynance, blog.mondediplo.net, 12/10/18

mercredi 3 octobre 2018

Libre, film de Michel Toesca sur Cédric Herrou et les humanistes de la Roya

Ce qui m'a beaucoup intéressé dans cette aventure, c'est
que Cédric, que je connaissais au début, qui s'occupait
de ses poules et de ses oliviers, d'un seul coup s'est
retrouvé investi d'une puissance politique énorme.
Simplement parce qu'il réagit à ce qui se passe.
(Michel Toesca,
entretien avec Sophie Torlotin, le 18.05.18, sur RFI)


Libre (Français) par Outside the Box sur Vimeo.

La Roya, vallée du sud de la France frontalière avec l’Italie. Cédric Herrou, agriculteur, y cultive ses oliviers. Le jour où il croise la route des exilés, il décide, avec d’autres habitants de la vallée, de les accueillir, de leur offrir un refuge et de les aider à déposer leur demande d’asile.
Mais en agissant ainsi, il est considéré hors la loi… Michel Toesca, ami de longue date de Cédric et habitant aussi de la Roya, l’a suivi durant trois ans. Témoin concerné et sensibilisé, caméra en main, il a participé et filmé au jour le jour cette résistance citoyenne. Ce film est l’histoire du combat de Cédric et de tant d’autres.



Libre est un documentaire politique français qui vient de sortir sur les écrans mercredi 26 septembre 2018. Il dure 1h40mn.
Réalisé par Michel Toesca, produit par Jean-Marie Gigon et SaNoSi Productions, distribué par Jour2fête, il avait été présenté l'après-midi du 2.05.18 au festival de Cannes 2018, hors compétition, et y avait reçu la mention Œil d’or. Puis, en août, il avait été projeté en avant-première à la 41e édition du festival de Douarnenez. Nous devons la bande-son originale à Magic Malik.
Voici l'argument du film, selon SaNoSi :
La Roya, vallée du sud de la France frontalière avec l'Italie. Cédric Herrou, agriculteur, y cultive ses oliviers. Le jour où il croise la route des réfugiés, il décide, avec d’autres habitants de la vallée, de les accueillir. De leur offrir un refuge et de les aider à déposer leur demande d'asile. Mais en agissant ainsi, il est considéré hors la loi...
Michel Toesca, ami de longue date de Cédric et habitant aussi de la Roya, l’a suivi durant trois ans. Témoin concerné et sensibilisé, caméra en main, il a participé et filmé au jour le jour cette résistance citoyenne. Ce film est l'histoire du combat de Cédric et de tant d’autres.
Désolé, je ne l'ai pas encore vu, mais il m'intéresse (cf. ici, ici, ici et là).
Le site À voir, à lire en a fait et publié la critique le 3 septembre. Ils disent (et c'est moi qui y mets du rouge) :
Michel Toesca est un réalisateur indépendant ayant tourné des courts, moyens et longs métrages engagés pour la télévision et le cinéma (Démocratie Zéro6). On cherchera en vain dans Libre une tentative de renouveler le documentaire en proposant un travail formel qui se démarque de la production courante. À l’instar de Davis Guggenheim s’effaçant derrière Al Gore dans Une vérité qui dérange, Michel Toesca cerne avant tout le portrait de Cédric Herrou, même si la complicité entre les deux hommes est manifeste, le cinéaste se permettant même des interventions hors-champ. Ainsi, Libre intéressera davantage le juriste et le citoyen que le cinéphile. Cette remarque étant précisée, le documentaire est passionnant dans sa capacité à présenter les aberrations de la machine bureaucratique et force le respect par sa sincérité humaniste. (...)
Le film ne se focalise pas seulement sur Cédric Herrou et donne aussi la parole à des militants et bénévoles, telle cette infirmière libérale dispensant des soins aux migrants mais ne l’évoquant pas dans son entourage professionnel de peur d’entendre des remarques désobligeantes. Libre est aussi intéressant dans son traitement de la problématique des contradictions et ambiguïtés : flou juridique du territoire de la vallée de la Roya partagée entre la France et l’Italie, expulsion de clandestins dans un train vers le sud de l’Italie, avant qu’ils ne refassent à pied le trajet inverse, volonté de refouler des enfants du territoire français sachant que la loi impose leur protection, mise en exergue de l’idée de frontière, alors que l’espace Schengen l’a supprimée entre la France et l’Italie. Surtout, le documentaire pose la question du libre arbitre face à la nécessité d’aider des personnes en souffrance, tout en respectant la loi et les réglementations, les dispositions de l’État de droit ne permettant pas toujours de trancher ce dilemme.
(...)
Notons que le 6 juillet 2018, le Conseil constitutionnel a décrété que le principe de fraternité était désormais constitutionnel, et pouvait donc être invoqué dans un tribunal. Cette décision laisse augurer une relaxe de Cédric Herrou en cassation, ce dont nous nous réjouissons (1).
En lire plus.
RFI s'est penché sur le sujet au moins à deux reprises : le 18 mai 2018, à l'occasion du 71e festival de Cannes, Sophie Torlotin recevait Michel Toesca et Cédric Herrou (6'37''). Il y a quelques jours, le 26 septembre 2018, à l'occasion de la sortie du film en salles, Isabelle Le Gonidec a publié une chronique intitulée Réfugiés de la Roya: «Libre» de Michel Toesca, une caméra solidaire. Ce même jour, Daniel Mermet, de Là-bas si j'y suis, s'est entretenu avec Cédric Herrou (Cédric Herrou : « Ciotti est amoureux de moi ! ») :
Agriculteur, éleveur de poulets, citoyen pour certains, délinquant pour d’autres. Lui se dit aussi « anarchiste ». Un anarchiste qui s’efforce de faire appliquer la loi : celle qui assure aux migrants de pouvoir déposer une demande d’asile à la frontière franco-italienne, dans la vallée de la Roya où se trouve sa ferme. Un droit que leur dénient le préfet des Alpes-Maritimes et les forces de l’ordre, en préférant les repousser à la frontière italienne.
Parce qu’il accueille, héberge, encadre, accompagne juridiquement ces centaines d’Érythréens et de Sud-Soudanais, il est devenu la bête noire d’Éric Ciotti, président du Conseil départemental des Alpes-Maritimes : « qui peut dire avec certitude que dans les centaines de migrants que M. Herrou se targue d’avoir fait passer ne se dissimule pas un futur terroriste ? [1] ». Cédric Herrou, lui, rappelle que c’est justement la fermeture des frontières aux migrants qui est plus meurtrière que jamais. Un récent rapport de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés déplore l’augmentation du nombre de morts en Méditerranée : au premier semestre 2017, une personne qui tentait la traversée de la Méditerranée sur 42 en mourrait. Cette année, ce chiffre est monté à une personne sur 18 sur la même période [2].
Même certains policiers et gendarmes ont confié à Cédric Herrou désapprouver la gestion policière et militaire de la question migratoire : ils ont préféré mettre en place avec lui un « protocole » pour garantir le dépôt des demandes d’asile.
Michel Toesca a filmé pendant trois ans Cédric Herrou, ainsi que tous les citoyens de la vallée de la Roya qui sont toujours menacés de poursuites judiciaires pour leur action : après le succès de la projection au dernier festival de Cannes, le film Libre sort aujourd’hui en salles.
Un entretien de Daniel Mermet avec Cédric Herrou.

Notes

[1] Éric Ciotti, « Non, M. Herrou n’est pas l’Azuréen de l’année », Nice-Matin, 30 décembre 2016.
[2] Agence des Nations Unies pour les réfugiés, « La traversée de la Méditerranée est plus meurtrière que jamais », 3 septembre 2018.
Dans son entretien avec Daniel Mermet, Cédric Herrou affirme, entre autres :
"Il y a 50 gardes mobiles autour de ma ferme, une ferme qui fait deux hectares, qui tentent d'empêcher les gens d'arriver chez moi. (...) En fait, il y a plus de gendarmes autour de ma ferme que sur l'axe autoroutier entre Ventimiglia [Vintimille] et Nice."
"Les personnes en migration, [nous], on leur donne accès à leurs droits et on les protège juridiquement pour qu'ils puissent demander l'asile [en France]. On a un protocole avec la gendarmerie locale et on nous ouvre tous les barrages policiers qui sont entre Breil-sur-Roya et Nice, ce qui est schizophrène, cette gestion, parce qu'en fait [enregistrer] la demande d'asile, c'est un devoir (2), ces personnes pourraient très bien faire une demande d'asile à la frontière, [mais] c'est une demande qui est entravée, on oblige les gens à passer la frontière clandestinement."
Et puis le préfet les "dégage" en Italie sans respecter leurs droits, faisant fi des procédures légales. Au bout du compte, le pouvoir peut compter sur "les média, la communication, la Justice".
Herrou explique qu'il accueille les réfugiés qui arrivent dans sa ferme comme des "individus à part entière". Comme le rappelle la page web de Là-bas, il évoque, effectivement, quelques chiffres apportés par le rapport « Voyage du désespoir » (Desperate Journeys) du Haut-commissariat aux réfugiés des Nations Unies, préfacé par Khaled Hosseini et publié le 3 septembre 2018.
Ce rapport signale que plus de 1500 migrants sont morts ou portés disparus en mer Méditerranée entre janvier et juillet en tentant de rejoindre l'Europe. Concrètement, 318 en Espagne, 1.095 en Italie, 99 en Grèce. Et, en effet, il affiche un paradoxe terrible qui prouve le caractère criminel de la politique européenne en la matière : il y a, en même temps, une baisse des tentatives de traversée de la Méditerranée (121.100 dans les 7 premiers mois de 2017 contre 72.100 en 2018) et une forte augmentation proportionnelle des disparitions au double sens : «pour chaque groupe de 18 personnes ayant entrepris la traversée entre janvier et juillet 2018, une personne est décédée ou portée disparue, contre une sur 42 au cours de la même période en 2017 ».
L'Agence des Nations Unies pour les Réfugiés en France publie en français un communiqué à cet égard où elle alerte : La traversée de la Méditerranée est plus meurtrière que jamais. Pascale Moreau, la Directrice du bureau du HCR pour l’Europe, y déclare : « Alors même que le nombre d’arrivants sur les côtes européennes diminue, il ne s’agit plus de tester la capacité de l’Europe à gérer les chiffres mais à faire preuve de l’humanité nécessaire pour sauver des vies. » Ce communiqué ajoute :
Le HCR exhorte également l’Europe à accroître les possibilités de voies d’accès légales et sûres pour les réfugiés, notamment en augmentant le nombre de places de réinstallation et en éliminant les obstacles au regroupement familial – ce qui permettrait de fournir d’autres options à des périples dont l’issue risque d’être fatale.
Le rapport souligne également les dangers auxquels sont confrontés les réfugiés lorsqu’ils voyagent le long des routes terrestres vers l’Europe ou lorsqu’ils traversent celle-ci. Notant les mesures prises par certains pour empêcher les réfugiés et les migrants d’accéder à leur territoire, le rapport exhorte les États à faire en sorte que les personnes cherchant la protection internationale puissent facilement accéder aux procédures d’asile. Il lance également un appel aux États afin que ceux-ci renforcent les mécanismes de protection des enfants qui voyagent seuls et demandent l’asile.
Au demeurant, justement ce matin même, nous avons appris que Domenico (dit « Mimmo ») Lucano, le maire de Riace (Calabre), a été arrêté, puis placé aux arrêts domiciliaires. « Bête noire » du ministre de l’intérieur italien d’extrême droite Matteo Salvini, il avait fait renaître Riace grâce à l'arrivée de centaines de réfugiés. Son initiative a permis de rénover les maisons abandonnées de sa petite commune et de stimuler son économie. Et ce qui était alors un bled fantôme est redevenu une bourgade pleine de vie. L'école qui avait fermé en 2000 a pu rouvrir. Solidarité à double sens, donc, comme d'hab. À l’entrée du village, on peut lire maintenant sur une pancarte, « Riace, cité de l’accueil » (paese dell'accoglienza).

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(1) Oui, en réponse à Cédric Herrou, le Conseil Constitutionnel a tranché là-dessus le 6 juillet 2018 et reconnu le « principe de fraternité » et, donc, « la liberté d’aider autrui, dans un but humanitaire, sans considération de la régularité de son séjour sur le territoire national ».

(2) Cf. Service-public.fr : « Si vous venez en France pour obtenir le statut de réfugié, vous devez vous adresser aux autorités de police aux frontières pour leur signaler votre souhait puis effectuer des démarches en préfecture pour faire enregistrer votre demande d'asile. Vous ne pouvez pas directement saisir l'Ofpra. Une fois votre demande enregistrée par la préfecture, vous pouvez le saisir. »

jeudi 6 septembre 2018

Ni Dieu ni Maître - Une histoire de l'anarchisme

« Le veau d'or rend vache »
(slogan anarchiste)

 « Ni Dieu, ni Maître, ni Mari »
(devise de La Voz de la mujer)

N’oublions pas que le premier acte des anarchistes à Barcelone
a été la prise en main de l’industrie du cinéma et de la radio pour
tout filmer. Ils disaient, en gros : « À partir de maintenant,
c’est nous qui faisons, écrivons et racontons notre histoire. »


Ni Dieu ni Maître fut le titre du journal créé par Louis-Auguste Blanqui en 1880. Il devint une devise anarchiste.
Ni Dieu ni Maître est aussi un ouvrage de Daniel Guérin, une anthologie de l'anarchisme éditée en 1970 dans la « Petite collection Maspero » que l'on peut retrouver aujourd'hui chez les Éditions de la Découverte :
Devenu un classique depuis sa première édition dans la « Petite collection Maspero » en 1970, ce livre propose un choix raisonné de textes politiques et théoriques des grands noms de l'anarchisme. En les replaçant en perspective, Daniel Guérin a retracé l'aventure d'un mouvement politique et intellectuel dont la force de contestation n'a jamais faibli depuis sa naissance au XIXe siècle. Il offre un panorama complet, sur deux siècles, de la pensée anarchiste, en restitue la richesse, fait revivre les controverses qui l'animent. Daniel Guérin entend ainsi combattre le discrédit dont fut victime l'anarchisme, souvent réduit par ses détracteurs à une idéologie individualiste « réfractaire à toute forme d'organisation ».
La première partie de cette anthologie présente le travail théorique des anarchistes du XIXe siècle à travers des textes de Stirner, Proudhon, Bakounine, Guillaume et Kropotkine. La seconde, plus historique, dresse le portrait des grandes figures du mouvement à la fin du XIXe siècle et au XXe siècle : Malatesta, Henry, Pelloutier, Voline, Makhno, Durruti. Elle met en lumière le rôle intellectuel et politique des anarchistes pendant la révolution russe et la guerre d'Espagne.
Et Ni Dieu ni Maître - Une histoire de l'anarchisme..., c'est le titre d'un documentaire réalisé par Tancrède Ramonet, dont la confection fut assurée par la société de production audiovisuelle indépendante Temps noir (1) et ARTE France en 2016, avec la participation de LCP Assemblée nationale, UR-Swedish Educational Broadcasting Company et la RTS Radio Télévision Suisse.
Cette fresque monumentale fut initialement diffusée en Suède, en Colombie, au Canada et en Suisse, en 2016, puis, mardi 11 avril 2017 à 20 h 50, en France, par ARTE.
Côté financement —Ni Dieu ni Maître a coûté autour de 500 000 euros—, cette œuvre bénéficia du soutien de la Procirep (société civile des Producteurs de Cinéma et de Télévision) et l'Angoa (Agence Nationale de Gestion des Œuvres Audiovisuelles), du Centre National du Cinéma et de l'Image animée, et du Programme Europe Creative–MEDIA de l’Union européenne. On peut l'acheter physiquement [en DVD (2)] en librairie ou sur la boutique d'ARTE. Elle est aussi disponible de manière virtuelle, en VOD ou en téléchargement, sur le site des Mutins de Pangée.
Le film est visible en flux (en ligne et en continu) sur videos-streaming.eu et j'ai trouvé sur internet cette copie insérable :

Narrateur : Redjep Mitrovitsa. Textes dits par Audrey Vernon. Conseillers historiques : Gaetano Manfredonia et Frank Mintz. Musique originale : Julien Deguines. Graphisme et animation : Jean-Baptiste Delorme

Ce documentaire historique commence en 1840, date de publication du manifeste Qu’est-ce que la propriété ? Ou recherches sur le principe du droit et du gouvernement, signé par Pierre Proudhon, et conclut à la Seconde Guerre mondiale. Il a été monté en deux parties, pour l'instant (3), La Volupté de la destruction (1840-1914) et La Mémoire des vaincus (1911-1945). Car ceux-ci, on les a vaincus et écrasés à plusieurs reprises, on les a diabolisés en permanence (y compris dans les dictionnaires) et pourtant, ils existent toujours ; ils sont toujours debout, selon Léo Ferré ou selon Michel Mathurin, par exemple.

Voici la présentation de Ni Dieu ni Maître par son distributeur, la chaîne ARTE France (dont les deux derniers paragraphes reprennent le quatrième de couverture du coffret) :
"Ni Dieu Ni Maître" revient sur tous les grands événements de l'histoire sociale des deux derniers siècles et dévoile l’origine et le destin de ce courant politique qui combat depuis plus de 150 ans tous les maîtres et les dieux.
Né du capitalisme, frère ennemi du communisme d'Etat, l'anarchisme n'a eu de cesse de souffler son vent de justice et de liberté sur le monde. Et si certains libertaires purent se changer en criminels, jouant du revolver ou faisant parler la dynamite, on oublie qu'ils furent nombreux à proposer des alternatives et initier les grandes révolutions du XXe siècle.
A partir d’images d’archives inédites, de document oubliés, d’entretiens exclusifs avec les plus grands spécialistes du mouvement ouvrier, ce film exceptionnel raconte pour la première fois l’histoire de ce mouvement qui combat depuis plus de 150 ans tous les maîtres et les dieux et qui, de Paris à New York et de Tokyo à Buenos Aires, n'en finit pas de faire trembler le monde.
Son auteur a précisé :
Je ne voulais pas faire un film « anarchiste » dans les choix graphiques, typographiques, musicaux ou de montage. Je voulais que le film ressemble à un film classique sur la Seconde Guerre mondiale : archives, entretiens sur fond noir, musique orchestrale. En cela, je m’inspire un peu de ce que disait Jean Genet dans un entretien à Bertrand Poirot-Delpech en 1982. Il expliquait en substance qu’il voulait que sa langue soit la plus pure et la plus classique possible, de manière à faire entrer imperceptiblement dans la tête du lecteur des idées défendues.
Pendant cinq ans, Tancrède Ramonet a bien pioché son sujet : l'histoire occultée de l'anarchisme. Et la mise au clair de beaucoup d'éléments traditionnellement manipulés de l'histoire, comme le cas de François Claudius Koënigstein dit Ravachol. On imagine l'énormité du travail de recherche, l'embarras des choix et les complexités du montage de cette fresque énorme, vu la quantité de documentation de tout poil et d'entrevues employées qu'il fallut compacter en deux heures et une vingtaine de minutes. Dans le documentaire prennent longuement la parole des spécialistes des mouvements anarchistes : Jean-Christophe Angaut, Éric Aunoble, Normand Baillargeon, Giampietro Berti, Matthew Carr, Alain Doboeuf, David Doillon, Marianne Enckell, Robert Graham, Gaetano Manfredonia (auteur d'Histoire mondiale de l'Anarchie), Frank Mintz, Jean-Yves Mollier, Servando Rocha, Michael Schmidt, Anne Steiner, Mikhail Tsovma, Édouard Waintrop et Kenyon Zimmer. La liste de remerciements, vraiment touffue, prouve également un nombre très considérable de consultations : Ramonet est bien conscient d'avoir monté "une" histoire de l'anarchisme parmi d'autres possibles. La sienne est dense, honnête et pertinente.

Le 19 décembre 2016, la revue Ballast publia un entretien avec Tancrède Ramonet sous le titre Faire entendre des voix inaudibles. Extraits :
« Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur. » Nous voulons raconter l’histoire du point de vue des lions. C’est le cas de la série « Afrique(s), une autre histoire du XXe siècle » [cf. ce blog] écrite par Elikia M’Bokolo, directeur à l’EHESS du département de l’histoire de l’Afrique. Il y raconte l’histoire de ce continent du point de vue des Africains, de ceux qui l’ont faite, vécue et pensée. Le film Le Ventre des femmes — qui donne la parole aux 330 000 femmes stérilisées de force au Pérou entre 1995 et 2000 — est un autre exemple de cette ligne éditoriale. Dans Ni Dieu ni Maître, qui est une histoire de l’anarchie par des penseurs et des acteurs de l’histoire libertaire, la démarche est la même. Ma démarche militante — si elle existe — consiste à faire entendre ces autres voix.
(...)
Sa défaite répétée tient largement à l’entente d’un ensemble de pouvoirs que sont le communisme d’État (4), les démocraties bourgeoises et les fascismes, pour l’enterrer au plus vite. La guerre au sein de l’Internationale, le massacre de Haymarket, l’insurrection ukrainienne, la bataille pour la Maison des syndicats en France, les luttes pour faire innocenter Sacco et Vanzetti ou même la révolution libertaire en Catalogne, les grandes heures de l’histoire libertaire, c’est-à-dire toute une part de l’histoire sociale, ont été systématiquement enfouies dans un oubli forcé ou volontaire. Et dans cette entreprise, la censure douce des démocraties bourgeoises n’a rien eu à envier au contrôle de l’information des grandes dictatures.
On peut lire ici le résumé des deux volets proposé par les Mutins de Pangée et ici et là, les deux pages (Et l’anarchie enfin va triompher !) que lui consacra Là-bas, si j'y suis le 4 mars 2017, donc avant sa première, y compris un entretien de Daniel Mermet avec le réalisateur Tancrède Ramonet.
Le Web fournit plusieurs critiques à l'égard de ce long métrage, dont celle d'Antoine Flandrin (Le Monde).
Le jour de la première diffusion du film sur ARTE, Tancrède Ramonet fut invité par l'émission La grande table, d'Olivia Gesbert (France Culture), à discuter avec Irène Pereira, sociologue, professeure de philosophie, membre du comité de rédaction de la revue anarchiste Réfractions, spécialiste des pratiques militantes et autrice de "L'anarchisme dans les textes" (Ed textuel, 2011) :

"Il existe encore des figures anarchistes, de Tardi à Ovidie en passant par Chomsky"
"Partout les anarchistes ont été les premiers à mener les combats pour les acquis sociaux. On a tendance à l'oublier"
"L'histoire de l'anarchisme a été occulté par l'historiographie stalinienne et l'histoire bourgeoise".
Tancrède Ramonet, La grande table
"Les médias ont crée dés le départ les conditions d'une peur de l'anarchiste. Des choix sont faits dans la mémoire"
"C'est parfois une illusion rétrospective de dire que l'anarchisme était nécessairement féministe. Proudhon était misogyne".
Irène Pereira, La grande table



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(1) Extrait d'un entretien de la revue Ballast avec Tancrède Ramonet :
Avec Martin Laurent et Axel Ramonet, nous avons déposé les statuts de notre société de production juste après le 21 avril 2002, dans l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle, quand Jean-Marie Le Pen accédait au second. Plutôt que d’aller voter, c’était notre réponse à nous. Nous voulions développer des thématiques historiques, culturelles et sociétales avec une visée résolument internationale. Nous voulions donner la parole aux réalisateurs issus des pays ou des mouvements qui sont le sujet de nos films, en racontant les histoires de l’intérieur. Presque tous nos films se font l’écho de ce souci : l’histoire de l’Afrique écrite par Elikia M’Bokolo, Cuba, une odyssée africaine, réalisé par la réalisatrice égyptienne Jihan El-Tahri, ou Colonia Dignidad, par l’ancien combattant chilien José Maldavsky, qui raconte l’existence d’une secte nazie en Amérique latine. Nous voulons donner des points de vue invisibles ou faire entendre des voix inaudibles, car mises sous le boisseau. Ceci est d’autant plus important que cette tradition documentaire s’éteint à mesure que se réduit le nombre de porteurs d’une autre vision du monde et que se normalisent les discours et les histoires. L’industrie audiovisuelle a une responsabilité énorme : de manière paradoxale, alors qu’il n’y a jamais eu autant de chaînes de télévision et que le nombre de documentaires croît de manière exponentielle, il n’y a jamais eu aussi peu de diversité de points de vue. L’uniformisation et la standardisation touchent autant l’agroalimentaire que le discours politique ou le secteur culturel.
(2)  Deux DVD incluant les deux parties du film et quelques compléments : L'affaire Schwartzbard, Mujeres Libres, Anarchie en Mandchourie et un entretien avec Noam Chomsky.
Le coffret contient en outre un livret de 60 pages intitulé Ils ne peuvent pas détruire nos idées. Il s'agit d'une petite anthologie de textes libertaires encadrés entre un avant-propos de Tancrède Ramonet et une postface de Frank Mintz. Ces extraits composent une « foule hétéroclite de réflexions, lettres, manifestes, mémoires, qui se contredisent parfois et se complètent souvent », et correspondent à Pierre Sylvain Maréchal (1750-1803), Pierre-Joseph Proudhon (1809-65), Max Stirner (pseudonyme de Johann Kaspar Schmidt, 1806-56), Michel (Mikhaïl Aleksandrovitch) Bakounine (1814-76), Louise Michel (1830-1905), le Manifeste des Anarchistes (déclaration collective de 66 anarchistes au Tribunal de Lyon le 19 janvier 1883), Ravachol (1859-guillotiné en 1892), Errico Malatesta (1853-1932), Pierre (Piotr Alexeïevitch) Kropotkine (1842-1921), Fernand Pelloutier (1867-1901), Léon (Lev Nikolaïevitch) Tolstoï (1828-1910), Élisée Reclus, Francisco Ferrer Guardia (Francesc Ferrer i Guàrdia, 1859-fusillé en 1909), Albert Libertad (pseudonyme de Joseph Albert, 1875-mort empoisonné en 1908), Gustav Landauer (1870-assassiné en 1919), Kōtoku Shūsui, Voltairine de Cleyre (1866-1912), l'Internationale Anarchiste et la Guerre (Manifeste des 35, février 1915), Ricardo Flores Magón (1873-1922 au pénitencier de Leavenworth, Kansas), Emma Goldman (1869 - 1940), l'Union Générale des Anarchistes (Projet du groupe Dielo Trouda —Cause Ouvrière— de 1926), Ba Jin (1904-2005), Nicola Sacco (1891-exécuté en 1927), Nestor Makhno (1889-1934), Mujeres Libres (organisation féminine, autonome et prolétarienne fondée en Catalogne en 1936 qui créa des libératoires de prostitution, car elle s'était donnée pour objectif d'abolir le « triple esclavage des femmes : l'ignorance, le capital et les hommes ».), Rudolf Rocker (1873-1958), Albert Camus (1913-60), Abraham Guillén (1913-1993), Guy Debord (1931-94 ; cité ici, p. e.), Murray Bookchin (1921-2006), Hakim Bey (Peter Lamborn Wilson dit Hakim Bey, 1945), le sous-commandant Marcos (1957), Sam Mbah (1963-2014), le Comité Invisible et Abdullah Öcalan (1949).
Affiche féminine gratuite

(3) Il y aurait, selon Tancrède Ramonet, un troisième épisode déjà tourné et monté, intitulé Les réseaux de la colère. Il couvrirait la période 1945-2001. Le réalisateur expliqua à TéléObs le 9 avril 2017 :
Arte n'a pas voulu du troisième volet, "les Réseaux de la colère", qui porte sur la période de 1945 à nos jours. Nous y expliquons pourtant comment l'anarchisme renaît de ses cendres après la Seconde Guerre mondiale et devient l'inspirateur de toutes les formes de résistance qu'ont été les mouvements hippie, punk, situationniste, Action directe (et le retour à la lutte armée), Black Bloc, ZAD, mouvance anarcho-autonome ou Nuit debout…
Encore une fois, le régime libéral nous éclaire de manière pratique la vraie nature de sa liberté d'expression et son amour pour la contestation au présent.
Dans ce même entretien, Ramonet affirma :
On ne prend pas de carte de militant anarchiste : ce qui le définit, c'est sa pratique. Or on retrouve en 2017 cet esprit dans des mouvements contre les violences policières, pour les migrants (No Border), à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, à Nuit debout ou encore dans le féminisme pro-sexe d'Ovidie. Il s'exprime aussi dans l'exigence d'une démocratie directe ou dans l'idée de convergence des luttes : alors que le communisme n'oppose que les travailleurs à la bourgeoisie, l'anarchisme a toujours pointé d'autres formes d'exploitation plus insidieuses : homme/femme, Blanc/ Noir, pays du nord/pays du sud, homme/nature…
(4) Cf., par exemple, Rudolph Rocker : La tragedia de España, Melusina, 2009 (traduction de Marc Viaplana à partir de The Tragedy of Spain, 1937), page 85 :
"En lo que a Cataluña se refiere, ya se ha puesto en marcha la limpieza de elementos trotskistas y anarcosindicalistas, y será llevada a cabo con la misma energía que en la URSS." (Pravda, 17 de diciembre de 1936)
À propos de l'expérience anarchiste pendant la guerre civile espagnole, La2 de RTVE diffusa en 1997 Vivir la Utopía, film documentaire réalisé par Juan Gamero qui recueillait les témoignages des anarchistes espagnols Miguel Alba, Ramón Álvarez, Federico Arcos, Marcelino Bailo, María Batet, Severino Campos, Francisco Carrasquer, Miguel Celma, Valerio Chiné; José España, José Fortea, Juan Giménez, Antonio Lahuerta, Concha Liaño, Fidel Miró, Aurora Molina, Heleno Molina, Conxa Pérez, Suceso Portales, Dolors Prat, Ximo Queirol, Maravillas Rodríguez, Juan Romero, Manuel Sanz, Liberto Sarrau, José Sauces, Josep Serra Estruch, Antonio Turón, José Urzáiz, Antonio Zapata.